Les Chiites et les sciences islamiques
 

Les Chiites et les sciences islamiques

Les Chiites

et

les sciences islamiques

Par

Le grand Marja‘ Ayatollah as-Sayyed H.assan as.-S.adr

L'auteur de «Ta’sîs ach-chi‘a li ‘ulûm al-islâm»

Traduit par

La Fondation Amkanahullah

Dhul Qa‘ada Nas.rullah Amkanahullah

&

As-Sayyed Moncef Hamdi

Centre Mondiale d'Ahl-ul-Bayt (a.s.)

*************** *************

ÈÓã Çááå ÇáÑÍãä ÇáÑÍíã

Au nom d'Allah le Très Clément le Tout Miséricordieux

ÞÇá Çááå ÊÚÇáì:

{ ÅöäøóãóÇ íõÑöíÏõ Çááøóåõ áöíõÐúåöÈó Úóäúßõãú ÇáÑøöÌúÓó Ãóåúáó ÇáúÈóíúÊö æóíõØóåøöÑóßõãú ÊóØúåöíÑðÇ }

Dieu a dit dans le Coran: «En vérité, Dieu veut seulement éloigner de vous la souillure, ô gens de la Demeure [du Prophète], et vous purifier totalement.»

Sourate al-Ahzab (S: 33, V: 33)

Plusieurs hadiths rapportés tant par l’école sunnite que par l’école chiite disent que ce verset a été révélé à propos d’Ahl-ul-bayt, c’est- à-dire le Prophète, ‘Ali, Fat.ima, al-Hacène et al-Hussein (que la paix de Dieu soit sur eux).

Pour plus de détails, le lecteur pourra consulter les ouvrages suivants: Musnad Ah.mad (v:1, p:331 / v:4, p:107 / v:6, p:292 et 304); S.ah.îh. Muslim (v:7,p:130); ; Sunan at-Tirmithi (v:5, p:361); adh- dhourriyya at.-t.ahira an-nabawiyya de Doulabi (p:108); as-sunan al-koubra de Nisa’i (v:5, p:108 et 113); mustadrak ‘ala as.-s.ah.ih.ayn d’al-H.akem an-Neychabûri (v:2, p:416/v:3, p:133, 146 et 147); al-borhân de Zarkachi (p:197); fath.-ul-Bâri fi charh. s.ah.ih. al-Bukhari de Ibn Hajar al-‘Asqalani (v:7, p:104); os.ûl al-Kâfi d’al-Kuleyni (v:1, p:287); al-imama wa at-tabs.ira de Ibn Babaweyh (p:47, hadith:29); al-Khis.âl de cheikh as.-S.adouq (p:403 et 550); al-’amali de cheikh at.-T.ûsi (hadiths 438, 482 et 783),…

ÞóÇáó ÑÓæá Çááå ’:

«Åöäøöí ÊóÇÑößñ Ýöíúßõãõ ÇáËøóÞóáóíúäö: ßöÊóÇÈó Çááåö æó ÚöÊúÑóÊöí Ãóåúá ÈóíúÊöí¡ ãóÇ Åöäú ÊóãóÓøóßúÊõãú ÈöåöãóÇ áóäú ÊóÖöáøõæÇ ÈóÚúÏöí ÃÈóÏðÇ æó ÅöäøóåõãóÇ áóäú íóÝúÊóÑöÞóÇ ÍóÊøóì íóÑöÏóÇ Úóáóíøó ÇáúÍóæúÖó.»

(æÑÏ åÐÇ ÇáÍÏíË ÇáÔÑíÝ ÇáãÊæÇÊÑ ÈÕæÑ ãÊÚÏÏÉ Ýí Çá˜ËíÑ ãä ÇáãÕÇÏÑ ÇáÅÓáÇãíÉ ãäåÇ: ÕÍíÍ ãÓáã Ì7¡ Õ122¡Óää ÇáÏÇÑãí Ì2¡ Õ432¡ ãÓäÏ ÃÍãÏ¡ Ì3¡ Õ14¡ 17¡ 26¡ 59¡ Ì4¡ Õ366¡ 371¡ Ì5¡ Õ182¡ ãÓÊÏј ÇáÍǘ㡠Ì3¡ Õ109¡ 148¡ 533¡ æ ÛíÑåÇ ãä ÇáãÕÇÏÑ).

Le Prophète (a.s.s) a dit: «J’ai laissé parmi vous deux trésors: le Livre de Dieu (le Coran) et les membres [immaculés] de ma famille (Ahl-ul-bayt); si vous y attachez, vous ne vous égarerez jamais après moi. Ils ne se sépareront point jusqu’à ce qu’ils viennent me rejoindre au Bassin paradisiaque.»

Ce hadith authentique a été cité dans plusieurs ouvrages islamiques, parmi lesquels on peut citer: S.ah.îh. Muslim, (v: 7, p: 122) ; Sunan ad-Dârami, (v: 2, p: 432); Musnad Ah.mad, (v: 3, p: 14, 17, 26, 59 / v: 4, p: 366, 371 / v: 5, p: 182), mustadrak al-H.âkem (v: 3, p: 109, 148, 533), …

äÇã ˜ÊÇÈ:ÇáÔíÚÉ æ Ýäæä ÇáÅÓáÇã

ãÄáÝ: ÓíÏ ÍÓä ÕÏÑ

ãÊÑÌã: ãäÕÝ ÍÇãÏí æ ÐæÇáÞÚÏÉ äÕÑÇááå

ÒÈÇä ÊÑÌãå: ÝÑÇäÓæí

khat1Les Chiites et les sciences islamiques

Rédigé par: Ayatollah as-Sayyed H.assan as.-S.adr

Supervision du projet: Direction génerale recherche, Service des traductions –Département des Affaires Culturelles– Centre Mondial d’Ahl-ul-bayt

Traduit par: La fondation Amkanahullah

Dhul Qa‘ada Nasrullah & as-Sayyed Moncef Hamdi

Editeur: Dr. ‘Abbâs Bostâni

Rédactrice: Fâézeh Sâdât Mirhédjâzi

Projet supervisé par: Le département des affaires culturelles

Date de publication: 2011

Edition: 1ère édition

Tirage: 5000

Publié par: Centre Mondial d'Ahl-ul-Bayt (a.s.)

Imprimerie: Mojâb

Site: www.ahl-ul-bayt.org

E-mail: info@ahl-ul-bayt.org

ISBN: 978-964-529-605-4

Tous droits réservés pour tous pays.

SOMMAIRE

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PREFACE

Le patrimoine légué par Ahl–ul–bayt (le Prophète et les membres immaculés de sa famille) et conservé par leurs fidèles partisans, est à juste titre une école pluridisciplinaire. Source intarissable de savoir, cette école n’a cessé de former des savants érudits capables d’assimiler les opinions des différents courants idéologiques et de répondre aux questions soulevées, tant en terre d’Islam qu’ailleurs.

A l’instar d’Ahl–ul–bayt (a.s) et de leurs fidèles partisans qui ont su relever tous les défis, le Centre Mondial d’Ahl–ul–bayt s’est chargé d'éclairer et de défendre la vérité si longtemps occultée, tant par les maîtres des différentes écoles islamiques que par les ennemis de l’Islam.

Les ouvrages dont dispose l’école d’Ahl–ul–bayt témoignent d’une expérience tout à fait particulière dans le débat et la critique. Ils recèlent un capital de connaissances exemptes de préjugés et appuyées par des arguments logiques. Ces ouvrages adressent aux savants et intellectuels concernés des messages rationnels que les gens de bon sens admettent de bon gré.

A ce riche patrimoine, viennent s’ajouter des livres plus récents recélant de nouvelles recherches. Certains d'entre eux ont été compilés par des chercheurs issus de l’école d’Ahl–ul–bayt et d’autres par des auteurs convertis à cette noble école.

A une époque marquée par une ouverture d'esprit plus intense et un mélange croissant des populations, le Centre Mondial d’Ahl–ul–bayt s’est engagé à répandre le message d’Ahl–ul–bayt (a.s) à travers le monde en publiant tout ouvrage susceptible de guider les personnes en quête de vérité.

Nous tenons à remercier tous ceux qui ont contribué à la réalisation de cet ouvrage, et nous demandons à Dieu d’accorder sa miséricorde à Ayatollah as-Sayyed H.assan as.-S.adr.

En réalisant ce travail, nous espérons avoir accompli une partie de notre devoir envers Dieu «qui a envoyé son Messager avec la guidée et la religion de vérité pour la faire triompher sur toute autre religion. Dieu suffit comme témoin»[1]

Le Centre Mondial d’Ahl–ul–bayt

NOTE DU TRADUCTEUR

Louanges à Allah le Seigneur de l'univers qui a créé l'homme et qui lui a enseigné ce qu'il ne connaissait pas. Que le salut et la paix d'Allah soient sur la meilleure des créatures, son Prophète Moh.ammad, ainsi que sur les membres de sa sainte et noble famille ; et que la malédiction soit sur leurs ennemis ainsi que sur les ennemis de l'Islam, aussi bien humains que démons, jusqu'au jour dernier.

Le Saint Prophète (Que le salut et la paix de Dieu soient sur lui ainsi que sur sa sainte et noble famille) a dit:

« ÃõØúáõÈõæÇ ÇáúÚöáúãó æó áóæú ÈöÇáÕøöíäö»

"Allez acquérir la science même jusqu'en Chine."[2]

Si la Chine représentait à l'époque la difficulté liée à la distance en plus de la durée du voyage, elle représentait également la difficulté liée à la langue chinoise elle-même réputée comme étant difficile à maîtriser.

Nous pouvons ainsi conclure que la distance et la barrière linguistique constituent deux facteurs majeurs à prendre en considération dans l'enseignement et dans l'apprentissage. Des milliers de personnes sont privées de connaissances, et par conséquent en proie à ce grand ennemi de l'humanité que constitue l'ignorance, parce qu'elles sont tout simplement incapables de surmonter ces deux énormes difficultés.

Nous sommes convaincus que la traduction et la publication des ouvrages dans diverses langues constituent des moyens de choix pour surmonter les difficultés posées par la barrière linguistique et le déplacement.

Puisque la langue française se présente comme étant la langue la plus parlée dans le monde après la langue anglaise, et que l'espace francophone souffre d'une carence en manuels traduits en langue française, nous nous sommes résolus à rédiger, à sélectionner, à traduire et à publier une série d'ouvrages en version française, tout en espérant l'aide, la grâce ainsi que la satisfaction d'Allah.

Toutes nos œuvres sont dédiées exclusivement aux Ahl-ul-Bayt (Que la paix soit sur eux tous) auprès de qui nous sollicitons l'intercession en faveur des nôtres.

Nous profitons de cette occasion pour remercier profondément tous ceux qui auraient contribué à notre formation ou qui nous auraient autrement soutenus, et leur demandons sincèrement de pardonner notre médiocrité et de ne pas cesser de nous soutenir.

Nous prions tous nos lecteurs d'excuser toute imperfection qui se serait glissée dans cette œuvre et leur demandons de daigner nous faire parvenir leurs remarques et suggestions afin de nous faire profiter de leur expérience:

O Seigneur, accepte cette œuvre de notre part! Car c'est Toi qui écoutes, l'Omniscient.

O Seigneur, nous te demandons de nous pardonner pour toute imperfection! Car c'est toi qui connais le plus.

O Seigneur, accrois-nous en savoir ainsi qu'en sagesse. Car notre réussite ne dépend que de Toi. C'est en Toi que nous plaçons toute notre confiance.

Au nom de Fât.ima, de son père, de son mari et de ses enfants (Que la paix soit sur eux tous).

Louanges à Allah, Seigneur de l'univers!

C'est Lui qui connaît le plus!

Humblement vôtre

Fondation Amkanahullah

Kmdnasr@yahoo.fr

Kmdnasr@hotmail.com

PREFACE DU DR. SULEYMAN DUNYA

Professeur de philosophie à la faculté des dogmes religieux de l'Université d'al-Azhar en Egypte

Louanges à Allah, Seigneur des mondes. Que le salut et la paix soient sur le messager d'Allah, la plus noble de toutes les créatures, sur les membres de sa famille les bons et les purs ainsi que sur la totalité de ses compagnons.

Il y a quelques années nous avons eu l'honneur de publier une petite brochure intitulée «bayna ach-chi‘a wa ahl-is-sunna» sur laquelle nous avions beaucoup misé pour le rapprochement entre les fidèles musulmans de la tendance Chiite et ceux de la tendance Sunnite pour un début de fraternisation et d'amour afin de parer à la division et aux discordes créées par les ennemis qui voulaient à tout prix les séparer les uns des autres.

Nous y avions également invité aussi bien les fidèles chiites que sunnite à faire chacun un effort pour tolérer l'opinion de l'autre et de le considérer comme étant un savant à la quête de la vérité, un savant vraiment convaincu que seule la voie de la vérité mérite d'être suivie.

Et nous avions dit: Etant donné que nous avons hérité de notre bon ascendant du principe qui insiste sur la nécessité de rechercher la vérité où qu'elle se trouve, un principe qui souligne également le fait que l'acquisition de la sagesse est l'objectif même du croyant, ce dernier doit fatalement l'adopter ; et cela même si elle sort de la bouche d'un incrédule. Ce principe prouve aussi que l'homme intelligent ne reconnaît pas la vérité en fonction de son auteur, mais plutôt en fonction des preuves et des arguments. Une fois que la vérité devient évidente, elle nous permettra d'évaluer les gens afin de reconnaître ses partisans, ceux qui sont des véridiques. Il est vraiment indispensable pour notre génération de se cramponner fermement à la vérité, de s'y conformer, de s'engager à y inciter les gens et s'accorder sur d'elle sans tenir compte de la personne qui nous y aurait invités et qui nous l'aurait communiquée.

Il est évident pour tout homme sensé que n'importe quelle matière ambiguë sur laquelle on n'a pas de connaissance sûre et précise sera toujours sujet de divergence d'avis et d'opinion.

Tout comme il est également évident que chaque chercheur doit nécessairement respecter l'avis ainsi que l'opinion des autres lorsqu'il s'agit des sujets ambigus et équivoques qui font l'objet d'une controverse. Ils peuvent d'ailleurs se contredirent tout en étant amis, camarades ou autrement liés intimement. Que la grâce d'Allah soit sur celui qui avait déclaré: «La divergence d'opinion ne peut en aucun cas causer la rupture des liens affectifs.»

L'Islam propage toujours le message d'indulgence et de douceur. Allah -Gloire à Lui- a dit: (Appelle les hommes dans le chemin de ton Seigneur, par la sagesse ainsi que par une bonne exhortation et discute avec eux de la meilleure manière.)[3]

Si tout être humain veut à tout prix jouir de sa liberté d'opinion et d'expression, il n'est pas du tout commode ni logique d'en priver les autres.

Les fidèles musulmans doivent être fiers du fait qu'ils se soient tous mis d'accord au sujet des dogmes de leur religion, et l'unicité d'Allah est vraiment plus sacrée et plus importante pour eux.

Il en est de même pour la croyance à la résurrection ainsi que l'admission de la prophétie, son importance et son accomplissement par le plus honorable et le plus noble des descendants d'Adam qui n'est d'autre que le Saint Prophète Moh.ammad Ibn ‘Abdullâh (Que le salut et la paix d'Allah soient sur lui ainsi que sur sa sainte et noble famille).

Les fidèles musulmans se sont également tous accordés sur l'authenticité du saint Coran en plus de la vraie tradition prophétique.

Tous ces fondements occupent vraiment une place de choix tout au fond des cœurs des fidèles musulmans à la différence de n'importe quelle autre religion.

Nous avions dit tout cela en plus d'autres choses dans notre petite brochure intitulée «bayna ach-chi‘a wa ahl-is-sunna» bien que nous n'eussions pas pu dire tout ce que nous aurions vraiment aimé exprimer, et cela à cause des conditions relatives à l'édition et à la publication des livres à l'époque.

Nous sommes vraiment heureux d'avoir eu l'honneur de présenter aux honorables lecteurs le présent livre intitulé «ach-chi‘a wa funûn-ul-islâm» (les chiites et les sciences islamiques) dans lequel l'auteur, l'Honorable as-Sayyed H.assan Abû Moh.ammad, a pris curieusement une position qui peut sembler on ne peut plus bizarre aux yeux des fidèles sunnites. Nous aurions vraiment souhaité étudier personnellement ce livre en toute objectivité afin de relever les preuves et les arguments sur lesquels s'appuie le jugement émis par l'auteur. Nous nous sommes cependant rendu vite compte combien cette affaire nous dépasse largement étant donné que le vénérable auteur (Qu'Allah soit satisfait de lui) était si hautement compétent et tellement bien informé vu qu'il possédait une quantité assez importante et suffisante de connaissances islamiques en plus d'une certaine connaissance de la littérature arabe qu'il avait d'ailleurs largement et suffisamment exploitées avec beaucoup de maîtrise. Il en connaissait apparemment les moindres détails et secrets, l'origine ainsi que l'évolution. Cette affaire nécessite ainsi de regrouper à la fois plusieurs spécialistes dans ces différents domaines afin de voir chacun entamer uniquement les recherches ayant trait à sa propre spécialité pour pouvoir approuver ou contredire avec toute objectivité cet illustre auteur.

Si nous n'avons pas pu présenter correctement les sujets abordés par l'auteur dans ce livre, c'est tout simplement parce que nous préférons laisser cette tâche aux spécialistes à qui nous demandons d'analyser ce livre avec le maximum de respect. Nous ne manquerons pas cependant de dire un mot qui n'est autre que la suite de ce que nous avons déjà dit dans notre propre livre intitulé «bayna ach-chi‘a wa ahl-is-Sunna» à propos du rapprochement entre les fidèles musulmans de la tendance Chiite et ceux de la tendance Sunnite, à savoir que l'auteur déclare que ce sont les Chiites qui étaient les premiers à fonder les disciplines islamiques et arabes. Il présente des preuves tangibles et avance des arguments convaincants pour soutenir et justifier sa déclaration. Ce livre essaie en tout cas d'expliciter cette déclaration tout en développant les preuves ainsi que les arguments de son auteur.

Les gens se sont divisés en deux groupes par rapport à cette déclaration:

D'une part les étudiants: Ceux-ci ne donnent pas du tout de l'importance au fondateur d'une discipline quelconque, mais considèrent plutôt la discipline elle-même. Ils sont ainsi carrément indifférents quant aux fondateurs desdites disciplines, œuvres des chiites ou des sunnites voire des deux à la fois soient-elles. Et d'autre part, nous avons les éminents savants: Ceux-ci, au contraire, s'intéressent à la fois aux disciplines elles-mêmes et à leurs fondateurs en plus de leur développement. Les sciences ont, autant que les illustres personnages, une origine ainsi qu'une histoire, et, comme les humains, une naissance et un développement. Ce qui leur offre aussi la nécessité d'avoir une histoire, autrement dit, une biographie.

Nous nous adressons à ce deuxième groupe en disant: Ce livre intitulé «les chiites et les sciences islamiques» constitue un effort digne d'éloges dans l'accomplissement d'une tranche de la lourde responsabilité assumée par les Savants de l'Islam, à savoir: L'histoire des disciplines islamiques ainsi que celle de toutes les autres disciplines auxiliaires. Ce grand effort mérite en tout cas d'être loué sans aucune forme de mépris ni de dédain. Il n'est pas du tout commode de dire par exemple que ce livre a été écrit sur base de fanatisme ou de rivalité voire de n'importe quel autre prétexte avancé par certaines gens afin de s'épargner la peine causée par la recherche et l'étude. En effet, il n'est pas du tout correct de faire de telles déclarations, car il n'y a absolument rien à voir avec le fanatisme ni avec la rivalité puisque les fidèles Chiites aussi bien que les fidèles Sunnites sont indiscutablement tous des musulmans. La divergence entre eux se situe tout juste dans des sujets secondaires et pas du tout fondamentaux. Ainsi, Ils sont tous des frères musulmans. Et le devancement des savants chiites dans certaines disciplines n'est qu'une simple avance d'un fidèle musulman sur son frère musulman. Si cet aspect des choses engendre une certaine concurrence, elle ne peut en aucun cas finir par une querelle ni par une inimitié.

D'où, il n'y a plus que l'une des deux alternatives suivantes:

Soit nous saluons carrément avec révérence l'effort fournit par l'honorable auteur ainsi que les résultats obtenus, ou alors, nous fournissons un effort comparable au sien à titre de concurrence afin de présenter des résultats valables fondés sur des preuves tangibles et acceptables.

Quant à nous, nous invoquons de notre part Allah (Gloire à Lui) afin qu'il purifie les âmes des fidèles musulmans de toute forme de haine et les remplisse d'amour, de bienveillance et d'esprit de fraternité. Qu'Allah rende aux fidèles musulmans leur unité perdue, qu'il leur fasse comprendre leur religion, qu'il leur montre l'aboutissement de leur entreprise, qu'il leur fasse suivre le vrai chemin de l'Islam aussi bien dans leur vie intime que dans toutes leurs affaires afin qu'ils propagent leur religion à l'humanité toute entière en s'appuyant sur sa beauté, sur sa perfection et sur sa nécessité pour l'humanité.

Nous profitons de cette occasion pour parler d'un exploit glorieux dont chacun de nous a le droit d'être fier. Il s'agit en l'occurrence des livres écrits par l'honorable as-Sayyed Moh.ammad Bâqir as.-S.adr intitulés respectivement «falsafatuna» (Notre philosophie) et «iqtis.âduna» (Notre économie). Nous ne croyons pas que nous soyons capables de produire à notre époque des livres ayant la même valeur. Ces livres représentent en tout cas la foi islamique ainsi que son système des relations sociales d'une façon tellement extraordinaire en supplantant toutes les théories dont s'enorgueillissent les mécréants occidentaux ainsi que leurs adeptes vis-à-vis de l'Islam.

Nous invitons tous ceux qui sont influencés par des avis étrangers à lire ces livres. Ils purifieront sûrement leur esprit de toute idée fausse jusqu'à le disposer à adopter la vérité. Ces livres vont certainement les aider à discerner la lumière de l'existence après avoir été égarés dans l'abîme du néant. Ils recouvreront ainsi leur identité après l'avoir totalement perdue.

Nous lançons un vif appel à tous les jeunes musulmans dupés par la civilisation mensongère matérialiste de lire spécialement ces deux livres de haute valeur. Et d'ailleurs, auront-ils vraiment l'occasion de les lire étant donné qu'ils s'occupent beaucoup plus des plaisanteries au lieu des choses sérieuses, et du faux au lieu du vrai ; tout simplement parce que la plaisanterie et le faux se sont très profondément ancrés dans leurs esprits ainsi que dans leurs cœurs et les ont carrément précipités dans la distraction au détriment du sérieux et du vrai.

Que les honorables enseignants prennent connaissance de ce genre de livres et s'y réfèrent à tout prix afin de redresser les comportements indécents et les sentiments obscurs des personnes encore récupérables nécessitant une renaissance.

Nous ne pourrons terminer sans avoir à remercier notre honorable frère as-Sayyed al-Mortad.â Rad.aoui, le propriétaire de la bibliothèque «an-Najâh.» à Nadjaf al-Ashraf en république d'Iraq pour ses énormes efforts dans la propagation de la science et la présentation des trésors scientifiques ainsi que pour cette occasion qu'il m'a offert en nous faisant découvrir ce livre intitulé «ach-chi‘atu wa funûn-ul-islâm» (Les Chiites et les disciplines islamiques). Et nous croyons que ce document sera sûrement objet d'études vraiment intéressantes de la part des savants et chercheurs lorsque l'occasion leur en sera offerte.

Suleyman Dunya

Professeur de philosophie

Faculté des fondements religieux

Université d'al-Azhar, Caire, Egypte

Le 20 ramad.an 1386/ le 01-01-196

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BIOGRAPHIE DE L'AUTEUR

Par

Son excellence Ayatollah le combattant as-Sayyed ‘Abdul-H.ussein Charaf-ud-dîn (Qu'Allah le sanctifie)

1. Sa naissance et son enfance

As-Sayyed H.assan as.-S.adr (Qu'Allah le sanctifie) est né le vendredi 29 du mois sacré de Ramadan de l'an 1272 de l'Hégire à midi dans la ville sainte de Kâz.imayn[4] (Que la paix soit sur eux tous). Il eut de la chance de naître au sein d'une famille aussi bénie que sage et considérée parmi les meilleures. Son père s'était investi pour lui offrir une éducation parfaite. Il lui enseigna la littérature dès son enfance et, à l'âge de quinze ans, il maîtrisait parfaitement la grammaire, la morphologie arabe, l'élocution, la rhétorique et il se débrouillait brillamment en logique.

Il apprit toutes ces sciences auprès d'illustres et éminents maîtres de la ville de Kâz.imayn[5] choisis soigneusement par son propre père qui l'aida d'ailleurs énormément pour les maîtriser convenablement. Son Excellence tentait déjà dès son enfance de se perfectionner. Il se distingua nettement de ses collègues par ses qualités scientifiques superbes.

A l'âge de dix huit ans, il avait déjà fini avec succès les études de Fiqh (Fiqh) et des Os.ûl-ul-fiqh (fondements du Fiqh) auprès de son propre père. Il était devenu tellement célèbre que tout le monde parlait de ses compétences extraordinaires. Il était connu pour sa haute sagesse, pour sa grande capacité de raisonnement, pour sa conduite irréprochable ainsi que pour sa beauté en plus de sa droiture. Il incarnait le modèle même de la jeunesse quant à son éthique et ses mœurs.

2. Son voyage à Nadjaf al-Ashraf

Nadjaf al-Ashraf était devenu une cité de savoir ainsi que la passion des savants depuis que son éminence le chef de l'école chiite, le Cheikh l'imam Abû Ja‘far Moh.ammad Ibn H.assan at.-T.ûsi y avait immigré en l'an 448 de l'Hégire. Et jusqu'à nos jours, Nadjaf ne cesse d'être reconnue comme étant une mine de connaissances divines et même comme étant la cité de toutes les sciences ainsi que tous les arts.

Aujourd'hui, Nadjaf est devenue la capitale de la religion islamique, et plus particulièrement celle de la tendance chiite, ainsi que la grande université vers laquelle accourent les éminents savants. C'est aussi un grand centre commercial de livres aux échanges intellectuels très intenses d'où sont sortis des milliers d'écrivains parmi les savants et les hautes personnalités qui ont inondé le monde de la science et de la guidance, et qui se sont éparpillés sur toute l'étendue de la terre comme des astres célestes en tant que annonciateurs et avertisseurs au même rang que les prophètes israélites.

Et Son Excellence, as-Sayyed H.assan as.-S.adr (Qu'Allah le sanctifie) était l'un de ces astres rayonnants et l'une de ces lampes brillantes. Il s'était rendu à Nadjaf sous l'ordre de son honorable père en l'an 1290 de l'Hégire afin de développer ses connaissances. Il s'était totalement consacré à l'apprentissage de Fiqh (la jurisprudence) et des Os.ûl-ul-fiqh (Fondements du Fiqh) chiites auprès de grands savants musulmans de l'époque.

Il a étudié la philosophie et la théologie auprès de Mawlâ Cheikh Moh.ammad Bâqir Chaki jusqu'à la mort de ce dernier. Après la mort de son maître, il put parachever ces deux sciences auprès des Cheikhs Moh.ammad-Taqi Golpâygani et ‘Abdun-Nabi at.-T.abarsi. Il est resté longtemps à Nadjaf afin de compléter l'apprentissage de différentes sciences auprès de grands savants pour pouvoir à son tour les enseigner aux autres.

Durant son séjour à Nadjaf, il avait reparti son temps entre les conférences, l'enseignement, la rédaction des livres et les débats avec les autres savants jusqu'à ce qu'il quittât la ville de Nadjaf pour la ville de Samarra. Ses maîtres l'avaient loué et félicité pour sa compétence tout en confirmant son titre de Mujtahid[6]. Ce qui prouva qu'il avait alors atteint le degré d'Ijtihâd.

3. Son voyage à Samarra

Lorsque l'imam ach-Chirâzi, le chef des Chiites de l'époque et le rénovateur de la loi divine, avait quitté la ville de Nadjaf al-Ashraf pour la ville de Samarra en l'an 1291 de l'Hégire, l'élite de son école l'avait suivi de toute diligemment. Ils se sont regroupés tout autour de lui à la manière d'un amas de pléiades ou celle d'un anneau d'un éventail incapable de distinguer ses propres extrémités. Ils s'adonnèrent corps et âme et persistèrent minutieusement dans les recherches matin et soir, et nuit et jour sans se lasser. Et d'ailleurs comment auraient –ils pu relâcher ou se lasser pendant que Dieu avait déjà soufflé en eux son saint esprit afin d'affiner leur caractère, aiguiser leur intellect et disposer leurs cœurs à l'acquisition de la science renforcée par sa mise en pratique. Leurs oreilles ainsi que leurs cœurs étaient très attentifs, assimilant toute la sagesse et la science.

La science s'était tellement développée à Samarra qu'elle était devenue plus célèbre que tous les autres milieux scientifiques. Sa célébrité était due au fait d'avoir produit toute une multitude de hautes personnalités et de savants dans le domaine religieux. Et as-Sayyed H.assan as.-S.adr était l'un de ceux qui avaient forgé cette renommée.

Son excellence, as-Sayyed H.assan as.-S.adr (Qu'Allah le sanctifie) était arrivé dans la ville de Samarra en l'an 1297 de l'Hégire après avoir quitté la ville de Nadjaf afin de profiter de la science ainsi que des connaissances de ce grand imam rénovateur de l'Islam. Il s'était concentré sur ses études ainsi que tous ses autres collègues en s'investissant totalement dans la recherche en profitant largement de tout leur temps.

Imam ach-Chirâzi de son coté misait beaucoup sur as-Sayyed as.-S.adr dans l'espoir d'en faire un grand savant. Ce dernier put d'ailleurs largement prouver qu'il était à la hauteur de ses espérances.

As-Sayyed as.-S.adr avait tissé avec tous les autres étudiants des relations fraternelles fondées sur l'amour, la loyauté et la solidarité. Ils se présentaient dès le matin chez leur maître et s'adonnaient entièrement aux études, aux analyses ainsi qu'aux recherches afin de maîtriser les fondements ainsi que les différentes branches de la science. Ils étaient toujours soit occupés par les cours auprès de leur maître soit en train de discuter entre eux pour l'assimilation.

Ces débats scientifiques étaient sous la forme d'un concours entre les étudiants d'une même promotion. Cependant, il arrivait que ces débats s'effectuent, comme c'était le cas d'as-Sayyed as.-S.adr, entre les étudiants des niveaux différents.

Son excellence, as-Sayyed H.assan as.-S.adr (Qu'Allah le sanctifie) avait passé dix sept ans à Samarra au cours desquels il put beaucoup profiter de son maître sans jamais gaspiller son temps. Il put ainsi profiter de l'expérience de grands savants de la tendance imâmite dans le but de parfaire ses méthodes de recherche. Car il était à la recherche de la meilleure méthode pour déduire les principes juridiques conformément à ce qu'a dit le saint Coran:

«Ceux qui écoutent la parole et qui obéissent à ce qu'elle contient de meilleur. Voilà ceux qu'Allah a guidés! Voilà ceux qui sont doués d'intelligence!»[7]

As-Sayyed as.-S.adr avait reparti son temps entre les conférences de son maître, les débats avec ses collègues, les conférences devant ses étudiants, la rédaction de ses livres et l'adoration de son seigneur. Il discutait et révisait régulièrement avec l'imam et chercheur Muqaddas, Mirzâ Moh.ammad-Taqi ach-Chirâzi en toute particularité, et cela pendant douze ans.[8]

As-Sayyed est resté dans la ville de Samarra et s'est investi corps et âme dans les études et le travail jusqu'à ce qu'il retournât à Kâz.imayn, sa ville natale, deux ans après la mort de son maître.

4. Un petit mot sur son maître[9]

Son maître était l'imam rénovateur[10] H.ujjat-ul-Islam[11] as-Sayyed Chérif Mirzâ Moh.ammad H.assan Ibn Mirzâ Mah.mûd Ibn Mirzâ Ismâ‘îl al-H.usseini ach-Chirâzi. Il appartenait à une noble et honorable famille de Chiraz.

Il est né le 15 du mois Joumada al-awwal 1230 de l'Hégire dans la ville de Chiraz où il a commencé ses études primaires avant d'aller dans la ville de Ispahan à l'époque des deux Chérifs al-Mûsawi, à savoir as-Sayyed Moh.ammad Bâqir ar-Rachti et as-Sayyed as.-S.adr al-‘Amili. Il eut la chance d'y poursuivre ses études auprès d'éminents maîtres avec assiduité avant d'aller à Nadjaf en l'an 1259 de l'Hégire[12]. Il s'était entièrement consacré aux études jusqu'à atteindre le degré de l'Ijtihâd[13] absolu confirmé [14] par son maître, l'auteur du livre intitulé «al-jawâhir».

A Nadjaf, il travailla aux côtés de l'imam des chercheurs, le Cheikh al-Mortad.â al-Ans.âri jusqu'à la mort de ce dernier.

Après la mort du Cheikh al-Mortad.â al-Ans.âri, les gens s'étaient retrouvés dans l'incapacité de se choisir un nouveau Marja‘ jusqu'à ce que de grands savants[15] de l'époque optassent à l'unanimité pour la personne d'as-Sayyed Chérif Mirzâ Moh.ammad H.assan Ibn Mirzâ Mah.mûd Ibn Mirzâ Ismâ‘îl al-H.usseini ach-Chirâzi de tous les élèves du défunt maître.

En l'an 1288 de l'Hégire, as-Sayyed ach-Chirâzi accomplit le pèlerinage de la ville sainte de la Mecque et eut également l'honneur de visiter la ville sainte de Médine, la ville du Prophète (Que le salut et la paix de Dieu soient sur lui ainsi que sur les membres de sa sainte et noble famille).

En l'an 1291 de l'Hégire, il a immigré pour la ville de Samarra où il décida de passer le reste de ses jours ainsi qu'un grand nombre de ses compagnons. Ce qui ouvrit les portes de la ville de Samarra à toute personne qui voulait étudier les sciences religieuses. Un très grand nombre de savants[16] eurent la chance d'étudier dans son école jusqu'à être rconnus «Eminents savants».

Ces étudiants à leur tour ont pu propager la science de leur maître du haut des chaires ou en écrivant des livres de haute qualité. Qu'Allah (Très-Haut) les récompense eux tous ainsi que leur maître pour nous avoir tant rendu service.

Le titre de «Marja‘» fut accordé à ce grand imam Hachémite étant donné qu'il disposait d'un bagage intellectuel assez fourni, de la sagesse en plus de la confiance de toute sa communauté. Cette dernière l'avait entièrement accepté comme Marja‘ tout en l'adoptant également comme un père aussi clément. Quant à lui, il fut le sage maître de la religion islamique et de l'école Chiite qui émet son avis pour les servir et investit tout son cœur pour leur protection. Il était doté d'une grande intelligence, de bonnes mœurs et d'un grand cœur. Il était généreux, ascète vis-à-vis de la vie terrestre et vraiment attaché à la vie de l'au-delà. Il fut un guide suprême digne de respect, et même de la part des tyrans.

Il suffit pour cela de citer l'incident du tabac, lorsque la Grande Bretagne avait exigé au gouvernement Iranien de produire du tabac à l'époque du Sult.ân Nas.iriddîn Châh Qâjâr. Craignant pour l'indépendance de l'Iran, l'imam ach-Chirâzi avait émis une fatwâ interdisant la consommation du tabac tout en manifestant sa colère contre les deux gouvernements, iranien et britannique, pour un tel accord. Cette fatwâ avait alors soulevé le peuple iranien contre l'autorité et l'avait décidé de ne plus consommer du tabac de la même manière que les hommes pieux évitent le vin, comme s'il s'agissait d'un vin illicite. Les deux gouvernements étaient alors obligés d'annuler ledit accord malgré la lourdeur des conséquences. Allah a renvoyé les incrédules avec leur rage ; ils n'acquerront jamais aucun bien. Allah a épargné aux croyants le combat ; Allah est fort et puissant[17].

Cet exploit s'était répandu partout dans le monde, ce qui ouvrit la porte des richesses à ce grand Imam. Toutefois, son ascétisme l'empêchait de garder toutes ces richesses pour lui, il privilégiait plutôt l'intérêt de la communauté[18].

As-Sayyed ach-Chirâzi (Qu'Allah le Très-Haut soit satisfait de lui) ne donnait beaucoup plus la priorité à deux types de personne lors de la distribution des biens en sa possession:

D'une part, il y avait les savants, afin de les mettre à l'abri des besoins et leur permettre ainsi de propager tranquillement leur science, d'inciter à la vérité et d'appeler les gens au droit chemin.

En d'autre part, il y avait les pauvres, les nécessiteux ainsi que les orphelins et les endettés en plus des voyageurs chiites qu'il pouvait atteindre à travers le monde. Les membres des deux groupes précités qui résidaient dans la ville de Samarra étaient tous sous sa protection. Quant à ceux qui se trouvaient en dehors de Samarra, ils avaient un salaire mensuel perçu sur les richesses provenant de différentes contrées qu'il leur faisait parvenir partout où ils se trouvaient.

Ceux qui avaient l'honneur de débarquer chez lui recevaient des dons et étaient comblés de ses bienfaits, ce qui engendrait encore plus de gratitude de la part des gens.

Nous avons eu la chance de vivre auprès de l'imam ach-Chirâzi (Qu'Allah élève son rang) au cours de notre voyage d'études dans la ville de Samarra en l'an 1310 de l'Hégire. A cette époque, l'imam jouissait déjà de beaucoup d'estime et la vie lui souriait. Son degré de savoir ainsi que sa piété témoignaient largement que c'était l'homme tant attendu. Son domicile était toujours peuplé et inondé par ses proches compagnons, et ils étaient tous vraiment attachés à leur communauté.

Nous étions personnellement témoin des qualités de ce grand imam que nous venons tant bien que mal de décrire. Quant au reste de ses qualités, nous les avions entendues de la bouche d'honorablesgens, des poètes et de différents autres personnages. Ses qualités ont été tant louées par des poètes que l'on pourrait constituer des tomes et des tomes de poèmes.

Allah a beaucoup comblé ce grand imam en l'entourant d'honorables gens issus de son école. Des gens dotés d'une forte intelligence ainsi que de la haute sagesse et sur qui reposait de l'espoir à l'instar d'Abû Moh.ammad H.assan as.-S.adr, l'auteur de ce livre. Après les avoir éprouvés, leur maître s'était rendu compte qu'ils étaient tous des conseillers dignes de foi. Il leur avait alors confié de différentes responsabilités dans l'administration. Ces derniers, à leur tour, avaient mis à sa disposition tout ce qu'ils avaient comme potentialité.

L'auteur de ce livre était l'étudiant préféré et le plus proche de cet illustre imam. Il bénéficiait ainsi d'un amour particulier de la part de son maître et occupait une place de choix au fond de son cœur. Ce qui explique pourquoi l'imam lui exposait en toute priorité ses stratégies avant d'en parler aux autres membres du conseil. Ceci constitue une preuve de haute sagesse et du degré de confiance que l'imam avait à son égard jusqu'à privilégier son avis par rapport à celui du conseil.

Ce grand imam et ses compagnons constituaient pratiquement le vrai modèle du verset coranique suivant: «Ceux qui répondent à leur Seigneur, qui s'acquittent de la prière, qui délibèrent après entre eux au sujet de leurs affaires et qui donnent en aumônes une partie des biens que nous leur avons accordés.»[19]

C'est ainsi qu'était ce grand imam et ses compagnons tout au long de son mandat à la tête de la communauté. Ils étaient tous dévoués à leur Seigneur -Gloire à Lui- dans leurs œuvres jusqu'à ce qu'ils quittèrent cette vie pour retourner auprès de Lui.

Ce grand imam (Qu'Allah le sanctifie) est décédé à Samarra au cours de l'année 1321 de l'Hégire. Les habitants de Samarra portèrent sa dépouille en se la passant de main en main jusqu'à Nadjaf après avoir parcouru des centaines de kilomètres et traversé plusieurs villes d'où des foules de gens accouraient d'une manière sans précédent. Ils firent passer son cortège funèbre dans des quartiers, dans des cités ainsi que dans des villes afin de profiter de cet honneur et de cette bénédiction. La prière funéraire fut célébrée dans toutes les quatre villes sacrées. Les habitants de Bagdad ainsi que ceux des quatre villes, et plus particulièrement ceux de Nadjaf, accoururent en masse pour accompagner sa dépouille mortuaire.

Son excellence, as-Sayyed ach-Chirâzi (Qu'Allah le sanctifie) fut enterré le deuxième jour du mois sacré de Ramadan au sein de sa propre école près du mausolée sacré de ‘Ali Ibn Abî T.âleb (Que la paix soit sur lui). C'était un jeudi. Lors de son enterrement, c'est son meilleur étudiant, à savoir l'imam Abû Moh.ammad H.assan as.-S.adr, l'auteur de ce livre, qui coordonnait les cérémonies d'adieu qui fit descendre sa dépouille dans la tombe avec l'assistance du père de l'auteur de l'introduction du présent livre qui était venu visiter ses aïeux infaillibles (Que la paix soit sur eux tous).[20].

5. Le retour à la ville de Kâz.imayn

En l'an 1341[21] de l'Hégire, Son Excellence, as-Sayyed H.assan as.-S.adr (Qu'Allah le sanctifie) revint à Kâz.imayn, sa ville natale et il habita à coté du mausolée de l'Imam al-Kâz.im (Que la paix soit sur lui). Son temps était partagé entre la mosquée, la bibliothèque, les cours, la rédaction des livres, les recherches et l'administration.

A la mosquée, lorsqu'il se tenait débout devant son Seigneur, on aurait dit que s'était l'Imam Zayn-ul-‘Abidîn et Sayyed-us-Sâjidîn (Que la paix soit sur lui) en personne en pleine adoration, tellement il était entièrement humble de tout son esprit et de tout son corps.

Quand il se rendait dans sa bibliothèque qui était d'ailleurs si fournie, il se plongeait profondément dans l'étude des œuvres des érudits et analysait avec attention les différentes argumentations et s'arrêtait encore plus sur les moins claires, les moins explicites.

Et lorsqu'il donnait cours, on s'écrierait sûrement: «Celui-ci n'est pas du tout un être humain. Ce ne peut être qu'un ange plein de noblesse». Et lorsque l'on examine ses composition et ses rédactions, on dira sûrement: «C,a c'est vraiment le sommet.»

Lorsqu'il se plongeait dans des recherches, il finissait toujours par découvrir tous les secrets et prouver la vérité.

A son retour à Kâz.imayn alors que son sacré père était encore en vie, ils s'étaient plongés tous deux dans la recherche scientifique selon une coutume qu'ils avaient déjà acquise chaque fois qu'ils se retrouvaient ensemble ; et ce depuis l'enfance d'Abû Moh.ammad jusqu'à sa vieillesse.

A chaque fois qu'ils pouvaient se réunir, ils s'adonnaient tous les deux à la recherche et tiraient ainsi au maximum profit de leur rencontre. Ils ne laissaient échapper aucune occasion et ne gaspillaient jamais inutilement leur temps.

Et lorsqu'il faisait des sermons ou quand il tenait des conseils, Allah faisait couler de sa bouche des sources de sagesse. Ce qui attirait tellement les cœurs des gens qu'ils s'éloignaient de la passion ainsi que des bestialités. Ils détournaient ainsi leurs yeux des interdits et leurs cœurs se remplissaient alors de la crainte d'Allah (Très-Haut) et de la tendresse.

Moins de deux ans après son retour à Kâz.imayn, son vénérable père décéda. Ce qui l'affecta profondément.

Après la mort de son maître, il avait catégoriquement refusé d'être imité comme Marja‘ et avait recommandé aux gens de suivre son propre cousin as-Sayyed Ismâ‘îl as.-S.adr. Toutefois, après la mort de ce dernier au cours de l'an 1338 de l'Hégire, il fut alors obligé d'accepter cette lourde responsabilité. Il publia ainsi sa Risâla (Guide pratique) sous le nom de «ro’ûs al-masâ’il al-muhimma» en plus des annotations dans des livres tels que «tabs.irat al-‘allâma», «najât-ul-‘ibâd» et «‘urwat al-wuthqâ». Des annotations qui firent de tous ces livres des références supplémentaires et des guides pratiques pour ses adeptes qui les imitaient par Taqlîd.

Tout au long de son mandat, et même avant cela d'ailleurs, Son Excellence, as-Sayyed H.assan as.-S.adr (Qu'Allah le sanctifie) était compté parmi les meilleurs amis de la famille du Prophète Moh.ammad (Que le salut et la paix de Dieu soient sur lui ainsi que sur les membres de sa sainte et noble famille) étant donné le sérieux qu'ils avaient dans l'accomplissement de leurs obligations ainsi que leurs compassions envers leurs orphelins[22]. As-Sayyed H.assan as.-S.adr (Qu'Allah le sanctifie) et ses compagnons consacrèrent la quasi-totalité de leur vie à la revivification de la tradition des Ahl-ul-Bayt (Que la paix soit sur eux tous). Ils ne pensaient nullement au repos et ne manquaient aucune occasion pour s'attirer leurs égards.

6. Ses assemblées

Quant à ses assemblées, elles consistaient en des écoles ambulantes qui l'accompagnaient partout où il se rendait. On y trouvait la science ainsi que la sagesse nécessaire pour la perfection de l'homme en plus des exhortations qui incitaient à privilégier le royaume des cieux et à s'associer aux religieux. On dit d'ailleurs à ce propos:

«Son corps périssable est sur la terre pendant que son esprit est dans les cieux.»

As-Sayyed H.assan as.-S.adr (Qu'Allah le sanctifie) était vraiment très éloquent et employait un langage clair et précis. Ce qui facilitait la compréhension à son auditoire en lui permettant ainsi de profiter de sa sagesse et de toute la richesse contenue dans ses enseignements.

7. Son bagage intellectuel

Le degré de savoir d'as-Sayyed H.assan as.-S.adr (Qu'Allah le sanctifie) autant que son titre de Marja‘ en Fiqh faisaient que le gens accourent vers lui. C'était un jurisconsulte par lequel Allah (Très-Haut) avait parachevé sa grâce sur les serviteurs ainsi que sa guidance vers lui. Il constituait une vraie preuve d'Allah à la charge des serviteurs vu qu'il représentait un secours et une référence pour Taqlîd. Il était la preuve tangible pour la tradition et un véritable génie quant aux Os.ûl-ul-fiqh. Il était expert dans le Commentaire du saint Coran ainsi que dans d'autres sciences coraniques, un spécialiste dans le rapportage de hadiths, à savoir le ‘Ilm-ur-rijâl et ad-Dirâya. Il maîtrisait parfaitement la généalogie des Quraychites ainsi que celle des autres arabes, et plus particulièrement les Hachémites, en plus de tant d'autres disciplines de la littérature arabes telles que le Nah.w (la grammaire arabe) le S.arf (la morphologie), l'élocution et la rhétorique. Il était également compté parmi les sommités de la logique, de la philosophie, de la théologie, de l'astronomie, des mathématiques et de l'éthique.

8. Ses débats d'éclaircissement

Nous n'avions jamais vu quelqu'un d'aussi résistant qu'as-Sayyed H.assan as.-S.adr (Qu' Allah le sanctifie) dans la défense de la religion islamique et de l'école chiite. Il ne laissait vraiment aucun répit à son adversaire en se servant des arguments convaincants et irréfutables. Nous n'avions jamais non plus vu quelqu'un d'aussi captivant dans ce domaine.

9. La littérature

Quant à la littérature arabe, elle pouvait aussi bien être considérée comme sa passion que comme sa spécialité vu qu'il avait le sens critique, un raisonnement logique ainsi que de la sagacité. Néanmoins, ses occupations et ses activités scientifiques l'en avaient détourné depuis sa jeune enfance jusqu'à la mort. La facilité qu'il avait dans le domaine ne le grisait pas du tout et il n'était pas non plus satisfait de lui-même. Quand il en avait l'occasion, il récitait des vers sans jamais être tenté de participer à un quelconque concours. Il ressemblait vraiment à Khalil Ibn Ah.mad qui était la personne la plus compétente dans la poésie mais qui n'avait à aucun moment récité ne fut-ce qu'une strophe. Et lorsqu'on lui avait demandé:

- ô Khalil Ibn Ah.mad, Pourquoi ne fais-tu pas de la poésie ?

- C'est tout simplement parce que je ne trouve pas ce que je veux et je ne veux pas ce que je trouve, avait-il répondu tout bonnement.

Il en était de même avec As.ma‘î à qui, lorsqu'on lui avait demandé ce qui l'empêchait de réciter des poèmes, il répondit, malgré sa grande capacité littéraire: «Je tiens tellement à la qualité que cela m'empêche de réciter quoi que ce soit».[23]

10. Ses œuvres

As-Sayyed H.assan as.-S.adr (Qu'Allah le sanctifie) était de ceux qui avaient le privilège de rédiger beaucoup de livres avec la finesse des thèmes dans différents domaines du savoir. Ces livres se distinguaient par la qualité des thèmes, la profondeur de la recherche, la justesse de la méthodologie ainsi que par de bonnes annotations. Nous y retrouvons: