Aperçu des Grandes Ames
 
Aperçu de la vie à Constantinople à l'époque de l'Empire romain

Nous avons choisi un texte de l'auteur français Auguste Bailly qui dresse, dans son ouvrage Byzance, un tableau éloquent des mœurs d'un autre âge des populations sous domination impériale catholique et trinitaire romaine : "L'hippodrome est, à Byzance , le centre de la vie publique. Le peuple, dont l'activité grouillante fermentait dans la saleté de ses bouges, y prenait conscience de son existence collective, de sa masse, de sa puissance. Il y contemplait le maître de ses destinées - l'empereur, le despote, l'autocrator, le Basileus , - il l'adorait de loin, comme une idole animée d'un souffle divin, mais parfois aussi, dans une éruption de fureur panique, il se soulevait contre lui, et c'était alors, sur la piste, l'effroyable et minutieux supplice d'un Andronic Comnène .

"Tous les historiens de Byzance s'accordent sur ce point : plus encore que l'agora , plus encore que le forum , l'enceinte du cirque est le creuset où s'exaspèrent les passions populaires : "C'est d'après la situation de l'Hippodrome , écrit Alfred Rambaud, que Constantin oriente la résidence impériale, que Justinien édifie Sainte Sophie ; l'inflexible église orthodoxe elle-même consent à ce que la métropole penche légèrement vers le sud-est. Le Cirque impose donc sa loi au Palais-Sacré, à l'église, à la ville : tous sont obligés de se soumettre à lui. L'axe de l'Hippodrome, qu'on peut définir aujourd'hui encore grâce aux deux énormes obélisques, est pour ainsi dire l'axe autour duquel gravite tout le monde byzantin". Pour quiconque ne connaît que légendairement l'histoire de Byzance, elle se caractérise tout entière par les rivalités et les combats sanglants des Verts et des Bleus. C'est là une vue pittoresque, qui ne traduit que d'assez loin la réalité, ou, du moins, ne l'exprime que partiellement ; ce qu'on ne saurait nier, c'est la violence, c'est l'enthousiasme frénétique qui animaient ces partis, et souvent les opposaient. Mais ce n'est pas là une institution d'origine byzantine. Les factions au nombre de quatre, existaient à Rome sous les empereurs. Leurs couleurs symbolisaient, disait-on, les éléments. Peut-être aussi leur répartition correspondait-elle à des divisions administratives de la cité : nous en trouverions l'équivalent dans la distribution de Sienne en quartiers, dont chacun a pour symbole un animal figuré sur son étendard ; si la course du Palio ne soulève que des rivalités assez anodines et provoque au pis aller d'inoffensives bagarres, elle suscite pourtant dans la ville une fièvre et un esprit de compétition qui nous aident à comprendre ce qui se passait à Byzance. Transportées de Rome aux rives du Bosphore, avec tout ce qui formait la vie impériale, les factions y virent croître leur importance et s'exalter leurs fureurs. Alfred Rambaud en diminue un peu trop la signification : il n'y veut voir que le déchaînement de rivalités sportives. Mais les rivalités sportives provoquent-elles jamais des soulèvements populaires et des massacres, si elles ne trouvent pas, dans des oppositions politiques, économiques, ou religieuses, des stimulants qui les exaspèrent ? Il faudrait savoir, - et l'on a pas pu le déterminer encore - si les deux grands partis byzantins, les Verts et les Bleus, ne représentaient pas deux tendances sociales, une gauche et une droite. Rien ne le prouve, évidemment, et sans doute n'y a-t-il là qu'une conjecture ; mais on admettra qu'elle est plausible, et qu'elle est peut-être la seule satisfaisante. Ainsi s'expliquerait, notamment, la haine d'une faction contre l'empereur, lorsqu'elle le voyait adopter, pour les courses, les couleurs de la faction adverse : car les spectateurs portaient une écharpe qui indiquait à quel parti ils appartenaient, et le souverain ne dérogeait pas à cet usage.

"Les quatre factions - les Blancs n'étant qu'un sous-parti Bleu, et les Rouges un sous-parti Vert - étaient organisées selon les règles analogues à celles que nous voyons adoptées dans nos groupements politiques. Elles comprenaient ce que nous appellerions les membres actifs, les militants inscrits sur les listes ; ceux-ci formaient une sorte de club, versaient des cotisations, nommaient leur bureau, et finançaient une organisation sportive : élevage de coursiers, recrutement de cochers, choix d'attractions diverses, etc. De ce club dirigeant dépendait le personnel qu'il faisait vivre et rémunérait : conducteurs de chars, équilibristes, danseurs, prestidigitateurs, montreurs d'ours. Enfin venait la foule des aficionados, c'est-à-dire toute la partie de la population qui, sans être inscrite sur les rôles du parti, en portait et en défendait les couleurs. La même organisation se retrouvait dans toutes les grandes villes de l'empire, qui toutes avaient leur hippodrome, leur parti bleu, leur parti vert. Ce qu'il est particulièrement intéressant de constater, c'est la solidarité qui, d'une cité à l'autre, unissait les tenants d'une même couleur, au point que, par exemple, les Bleus de Constantinople assassinaient un comte isaurien qui à Tarse , avait malmené les Bleus locaux. M. Rambaud, qui rapporte le fait, écrit à ce propos le mot de franc-maçonnerie. Comment ne pas reconnaître qu'il y avait là, en effet, beaucoup plus qu'une simple organisation sportive, et que les factions devaient représenter des tendances politiques ou sociales ? La course, spectacle brillant, tumultueux, émouvant, la course sur la piste de sable, dans le flamboiement du soleil, avec le galop des chevaux, la frénésie des cochers, les hurlements de la foule, la course était le brutal coup de fouet qui soulevait les passions latentes, les déchaînait, les précipitait au fond de ce trou rutilant, et chargeait de leur poids les chars bondissants. Après un tel paroxysme d'incertitudes, d'angoisses, d'espoirs, les âmes ne pouvaient résister ni à la joie de la victoire ni à la rage de la défaite : il fallait des morts pour assouvir les cœurs. Aussi, combien de fois vit-on la course se terminer par une bataille ! La moitié de cette foule, dans la fureur et l'humiliation de se voir vaincue, se ruait dans la piste pour se jeter à l'assaut des gradins opposés, où triomphait la faction adverse. Les poignards entraient en jeu. Aussitôt la garde impériale intervenait, frappant au hasard les combattants qui s'entrégorgeaient. Comme le fait remarquer M. A. Rambaud, on comprend que Byzance n'ait pas eu besoin de combats de gladiateurs : quels duels de rétiaires et de spadassins eussent pu soutenir la comparaison avec telle sédition qui, sous Justinien , laissa dans le cirque, selon les mémorialistes contemporains, un entassement de quarante mille cadavres ?

"Ces factions occupaient dans la vie publique une place officielle, extrêmement importante. Elles constituaient des milices civiles qui, bien encadrées et armées, pouvaient le cas échéant, s'opposer à des soulèvements militaires. Imaginons par exemple, que le fascisme italien possède, non pas un, mais deux corps de miliciens, toujours prêts à s'exterminer, et l'on se représentera assez exactement ce qu'étaient les Bleus et les Verts. Participant à tous les cortèges, à toutes les grandes cérémonies, ils étaient, auprès de l'Empereur, et parfois contre lui, une manière de représentation populaire, dernier reliquat, peut-être des libertés républicaines de Rome. A l'intérieur de chaque parti, le formalisme byzantin, avec son amour de la hiérarchie, des titres, des rites, avait multiplié les dignitaires, ceux que dans nos associations sportives nous nommons les officiels. C'étaient, au sommet, les deux grands chefs, le démocrate, désigné par le basileus, et le démarque , nommé par la faction elle-même. C'étaient les notarii, chargés de rédiger tous les actes, les chartularii, qui les conservaient, les mandatores, qui les signifiaient, les poètes, les musiciens, les choristes, les décorateurs, les modeleurs, les gardiens de l'ordre, les préposés à la surveillance des urnes -, car la place des chars, durant la course, était tirée au sort - et, au bas de la hiérarchie tout un peuple de salariés subalternes.

"Quant aux cochers, auxquels les Byzantins accordaient plus d'importance qu'aux chevaux, ils étaient idolâtrés plus passionnément encore que ne le sont aujourd'hui les plus illustres vedettes de cinéma. Nommés par l'empereur, exemptés de charges fiscales, placés presque au-dessus des lois, ils inspiraient les poètes, qui entonnaient en leur honneur des odes retentissantes, et les sculpteurs, qui leur dressaient des statues : elles s'élevaient sur les places de Byzance à côté de celles des empereurs. On se figure aisément à quelles sollicitations, de tout genre, étaient exposés ces héros, et quelles fortunes ils pouvaient amasser, soit par leurs victoires, soit par leurs complaisances.

"Certains historiens étrangers, notamment Sir Galahad, dans son étude sur Byzance, s'efforcent de dégager la signification symbolique qu'affectent à leurs yeux toutes les fêtes et toutes les coutumes du cirque. Peut-être, en effet, à l'origine, pour quelques initiés, le spectacle visible était-il la matérialisation de tout un déroulement de concepts métaphysiques, théologiques, cosmogoniques, et même magiques. Il est seulement regrettable qu'en ce domaine nous nous trouvions réduits à d'invérifiables hypothèses, ou placés devant des affirmations qui n'échappent pas toujours au plus fâcheux des charlatans, celui de la philosophie. Nous nous résignons humblement à considérer comme des fantaisies quelque peu délirantes les interprétations de Bachofen, qui, dans sa Gr?bersymbolik, assimile chaque tour de char à l'évolution d'un cycle de l'existence, - à un achèvement suivi d'une renaissance -, les voitures figurant les ailes d'un bœuf symbolique représenté par le cirque, et emporté par le désir de devenir… Il est plus aisé d'admettre que, lorsque la foule hurlait au passage d'un char, elle était soulevée par la passion du jeu, identique à elle-même à travers tous les âges de l'humanité, et l'on peut imaginer que ces visions mystagogiques lui étaient totalement étrangères.

"Nous connaissons très exactement, par les travaux de l'archéologie contemporaine, la forme, les dimensions, le mode de construction de l'Hippodrome. Tracé et fondé par Septime Sévère, cent vingt-quatre ans avant que Byzance ne devînt Constantinople, le cirque étendait son arène de 370 mètres de long au bas d'un amphithéâtre, entièrement construit de marbre, qui ne comptait pas moins de quarante assises de gradins : des degrés supérieurs, on apercevait la mer couverte de vaisseaux. Aux deux extrémités se trouvaient, d'une part, les carceres, de l'autre la tribune officielle. Les carceres, ainsi nommés parce que, comme des cachots de prison, ils étaient fermés de grilles, étaient les coulisses du cirque. Derrière les barreaux, les cochers attendaient le signal du départ. Placée directement en face, la loge impériale, - la cathisma -, était une dépendance du palais, une sorte de promontoire architectural qui pénétrait dans l'enceinte de l'Hippodrome. Le Basileus s'y rendait en traversant ses jardins. De cet observatoire, haut dressé au-dessus de la piste, et inaccessible de ce côté, le prince pouvait se montrer à son peuple, dans toute sa majesté, sans avoir rien à craindre des mouvements tumultueux qui soulevaient les spectateurs ; il pouvait y offrir des festins, car il y avait là un triclinium , s'y reposer, ou changer de vêtements dans un cubiculum, suivre enfin les péripéties des jeux, de la tribune où il siégeait sur son trône, immobile et chargé d'or, tandis qu'autour de lui se pressait la foule des dignitaires et des serviteurs. A un niveau moins élevé, de part et d'autre, s'alignaient les loges des ministres et des généraux. Ils pouvaient descendre, s'ils le souhaitaient, sur une terrasse qui, elle aussi, dominait la piste sans que, de l'Hippodrome, on y pût accéder. Quant à l'impératrice et à ses femmes, c'était des galeries de l'église Saint Etienne, contiguë au palais et à la tribune impériale, qu'elles suivaient le spectacle - spectacle fastueux, même lorsque l'arène était abandonnée, car, tout autour de l'immense amphithéâtre, s'élevaient des théories de statues : celles de l'un des côtés, avec les gradins, les portiques voûtés, les promenoirs, appartenaient aux Bleus ; celles qui, symétriquement, dans un identique décor, leur faisaient face, appartenaient aux Verts.

"La partie centrale de l'Hippodrome, dans sa plus grande dimension, était occupée, presque jusqu'aux extrémités, par une longue arête de marbre, la spina, dont les chars suivaient les bords, et aux bouts de laquelle ils tournaient. A chacun des deux virages se dressait une borne terminale, la meta, formée de trois colonnes accouplées : c'était là que se produisaient des chutes souvent mortelles ; c'était là aussi que les cochers pouvaient faire éclater leur virtuosité. Marquant à la fois le milieu de la spina et le centre du cirque, s'élevait un obélisque égyptien. Un second obélisque avait été édifié près de l'extrémité sud de la spina ; entre l'un et l'autre, on révérait la colonne dont nous avons parlé plus haut, et qui constituait le plus ancien souvenir que la Grèce eût transmis à Byzance.

"Si l'on songe que cent mille êtres humains se massaient sur ces gradins, que le peuple n'avait d'autre lieu de réunion, que là seulement il se sentait fort et libre, si l'on imagine la violence des passions qui animaient les partis, si l'on se figure enfin l'atmosphère d'exaltation qui enveloppait cette énorme foule, on comprendra que l'Hippodrome ait été bien souvent le théâtre de drames furieux. Rappelons seulement la fin de l'empereur Andronic Comnène : "promené en triomphe sur un chameau galeux, le visage ignominieusement tourné vers la queue de l'animal, tandis que les parents de ses victimes lui arrachaient avec les ongles des lambeaux de chair ; c'est entre deux colonnes du cirque qu'on le pendit, la tête en bas, les yeux crevés, tandis qu'il murmurait lamentablement des "Miserere mei, Domine ! "… et qu'on lui ouvrit le ventre avec un couteau de boucher" .

"En d'autres circonstances, l'Hippodrome offrait au peuple de Byzance des fêtes plus glorieuses et moins répugnantes : il y assistait au triomphe de ses généraux sur les ennemis vaincus. Il pouvait y suivre également les débats judiciaires, car les tribunaux siégeaient sous les portiques ; c'était enfin dans l'enceinte du cirque qu'avaient lieu les exécutions capitales, et que se développaient les supplices ingénieux que le code de l'époque infligeait aux condamnés. Parfois même, on avait le régal d'y voir brûler vif un hérétique, ou quelque magistrat vénal. L'importance de l'Hippodrome est donc capitale dans la vie de Byzance ; toutes les passions d'un peuple s'y rencontraient et s'y multipliaient, et, une fois enfermées entre ces murs de marbre, elles s'exaltaient jusqu'à la démence des frénésies collectives".

Sans doute aucun, et selon les pages de l'auteur français Auguste Bailly, les loisirs de l'Hippodrome impérialiste romain était un facteur qui influençait la foule à la délinquance civile et criminelle ; on peut aussi constater que, parmi les dizaines de milliers de spectateurs, adultes en général, beaucoup d'entre eux étaient très certainement des agresseurs violents récidivistes ce qui nous amène à dire que l'Hippodrome placé sous l'autorité impériale romaine catholique était un lieu mal fréquenté. Or, tout le monde sait que la fréquentation d'amis eux-mêmes délinquants, agressifs et violents ou simplement immoraux influence considérablement sur la formation de la personnalité de l'agresseur. A l'inverse les activités cultuelles et culturelles rattachées à La Religion de Çááå-Dieu nommée Islam, les rassemblements dans les Mosquées pour l'accomplissement des Prières quotidiennes, aux Lieux Saints de Beyt Allah les Plus Sacrés et les Plus Anciens du Monde pour l'accomplissement du Hadjdj, auprès d'autres Lieux Saints répartis un peu partout dans le Monde, les mouvements de jeunesse islamique, etc., ne produisent aucune délinquance.

Soulignons que les incidences de l'exécution de jeux violents, sanguinaires et sauvages sur la formation et l'évolution de la personnalité des spectateurs peuvent être dénoncées sous le thème : jeux du Cirque impérial romain catholique, facteur criminogène. On a fait remarquer que les rassemblements importants pour tout un mois Sacré de Ramadhan de Pèlerins à La Sainte Mecque venus du Monde entier par millions, chacun chargé de ses problèmes et difficultés, donnaient de bien meilleurs résultats pour le Salam civil et au point de vue de la prévention de la violence et de l'agression. Même pour les courtes durées des Prières rituelles quotidiennes dans les Mosquées du Monde, rien de sauvage, barbare et criminel ne s'y développe. Il est certain que les conditions déplorables dans lesquelles les jeux du Cirque impérial romain catholique s'exécutaient, alimentent à juste titre le thème de jeux du Cirque impérial romain catholique, facteur criminogène.

Ce qui vient d'être dit est de nature à permettre de porter une appréciation sur la pertinence de l'enseignement et de l'éducation islamiques. L'Islamisation produit des modèles à suivre et à vivre, son entreprise est telle qu'elle devrait servir de base essentielle aux progrès tant souhaités dans les sciences de l'homme par les sociétés héritières de la culture de Rome : " Quand l'Empire [romain] disparut en Occident, le pape apparut d'une certaine manière, à Rome, comme le successeur des Césars. ". La conversion de Constantin n'a pas trahi Rome. Elle a sauvé sa culture : celle que le clergé transmettra au Moyen Age.

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LE PROPHèTE MOHAMMED IBN ABDULLAH Que la Paix et les Bénédictions soient avec lui et sur sa Famille

S 'IL y a des débuts de siècles qui sont très marqués de la Miséricorde de Çááå-Dieu, alors le début du 7e siècle après le Prophète Jésus fils de Marie (pse) fait bien partie de ceux-là en tant que début de siècle qui ouvre la voie au grand événement mohammadien éclaireur de la conscience universelle. Au vu de l'Histoire, l'époque avait besoin d'un Prophète, plus encore que les époques antérieures car peu suivaient encore la Religion d'Abraham (psl). Et qui sinon un Prophète envoyé par Çááå-Dieu, serait à même de délivrer cette époque des idéologies-systèmes tel le culte des faux dieux ou bien des doctrines-systèmes présentées comme religieuses ou politiques mais en fait terriblement polythéistes et idolâtres. Disposés en cercle autour de la Kaaba, à quelque distance de celle-ci, on dénombrait trois cent soixante idoles ; presque chaque maisonnée mecquoise possédait sa divinité petite ou grande qui trônait au centre de la vie familiale.

La Sainte Mecque n'était pas exceptionnelle à cet égard, car ces pratiques étaient répandues dans le monde entier. En presque tout et presque partout, malgré la multitude de Prophètes et de Messagers de Çááå-Dieu, exalté soit-IL, venus parmi les hommes pour les conduire sur la voie du Monothéisme pur, il y avait une forme de l'influence du polythéisme ancien et récurrent. Aussi, les gens du désert de l'Arabie n'étaient pas épargnés du fléau de l'idolâtrie, de la magie, de la sorcellerie, des superstitions, ainsi que l'Empire byzantin des 6e et 7e siècles de l'empereur Flavius Mauricius Tiberius (Arabissos vers 539 - en Chalcédoine 602) à l'empereur Constantin 5 (741-775) où la situation religieuse et sociale était honteusement catastrophique selon les pages de l'histoire : " Les événements prodigieux qui bouleversèrent l'Empire au cours du 7e siècle eurent des répercussions profondes sur la structure sociale et sur les mœurs byzantines.[…] guerres civiles inexpiables, luttes religieuses acharnées, tous ces événements concoururent à rendre la société plus brutale, plus violente, plus barbare. […] Les mêmes causes ont produit les mêmes résultats dans l'église comme dans la société civile. Un trait caractéristique de cette époque est la cruauté des supplices, les tortures raffinées, la mutilation, l'ablation du nez, des oreilles, de la langue elle-même, et ce n'est pas contre des criminels que l'on emploie ces horreurs, mais contre des ennemis politiques […]. Cette folie sanguinaire atteignit son maximum sous le règne du fou couronné que fut Justinien 2 [empereur byzantin ; 685-695 et 705-711].

L'abaissement des caractères, le désordre des esprits, l'affaiblissement du sentiment religieux, le renouveau des superstitions qui perpétuaient des pratiques païennes au milieu de la société chrétienne, tels furent les résultats de ce régime. Les canons disciplinaires du concile de Quinisexte, qui essaya de réagir contre ce désordre moral, nous révèlent le mal dans toute son étendue. Sans doute ces canons forment en grande partie un code pénal, mais l'énumération même des abus qu'il s'agissait de guérir et les considérants qui accompagnent les sanctions édictées attestent la démoralisation universelle.

" Les pratiques multiples et extérieures de la dévotion byzantine n'empêchaient pas à l'occasion une certaine tiédeur pour l'accomplissement des devoirs religieux et même un manque complet de respect pour le caractère sacré des églises. Le concile doit menacer d'une punition le laïc ou le clerc qui cesseraient de paraître à l'église trois dimanches de suite. Les femmes sont invitées à ne pas bavarder pendant le service divin. Des boutiques d'alimentation ou même des tavernes étaient installées aux abords et jusque dans l'enceinte de l'église. Dans certains cantons ruraux on y abritait le bétail la nuit ; en prohibant cette pratique, le concile admet cependant que, si un étranger de passage ne trouve pas d'abri pour lui et son bétail, on pourra l'admettre dans l'église.

" Des faits plus graves sont signalés. Le concile croit utile de punir ceux qui profanent les églises en y entretenant un commerce charnel avec leurs femmes. Il excommunie pendant un an ceux qui détériorent des livres saints ou les vendent à des marchands de parfums pour en faire des cornets. Il interdit de célébrer des agapes [repas copieux et joyeux entre amis] dans les églises.

" Des punitions sévères sont prévues contre quiconque a commerce avec une personne consacrée à Çááå-Dieu. L'avortement est puni à l'égal du meurtre. A côté de son art religieux, Byzance possédait un art profane dont les œuvres étaient parfois licencieuses : le concile prononce l'excommunication contre ceux qui fabriqueraient ou conserveraient des peintures de cette espèce. Dans son rigorisme, le concile interdit sous peine d'excommunication les coiffures trop savantes qui n'ont d'autre but que de séduire le prochain.

" Certains usages traditionnels d'origine païenne avaient survécu et étaient en grand honneur, même à la cour impériale. Un texte hagiographique atteste que les Saturnales [fêtes de la Rome antique célébrées au solstice d'hiver en l'honneur de Saturne, durant lesquelles régnait la plus grande débauche] étaient encore célébrées en Mésie eu 7e siècle : le 1e janvier, les habitants de Durostorum se déguisaient avec des peaux de bêtes et se grimaient le visage ; une autre fête importante était celle des Broumalia, en l'honneur de Bacchus, qui durait du 24 novembre au 17 décembre. Elle était célébrée en grande pompe à la cour impériale et chaque jour, désigné par une des lettres de l'alphabet grec, était réservé à ceux dont le nom commençait par la même initiale. La fête consistait en travestissements, en libations, en danses symboliques accompagnées par des joueurs de cithares. La Vie de saint ?tienne le Jeune montre qu'en dépit des prohibitions du Quinisexte, l'empereur Constantin 5 et les hauts dignitaires ne manquaient pas à cette tradition. Le concile Quinisexte condamne, en même temps que les Broumalia, la fête des Maïoumai, premier mai, fête du printemps, marquée aussi par des déguisements, l'usage d'allumer des feux dans les rues le jour de la nouvelle lune, la fête des vendanges en l'honneur de Bacchus et tous les déguisements d'hommes en femmes, de femmes en hommes, les masques comiques ou tragiques, les travestissements des étudiants en droit à certaines fêtes.

" Plus dangereuse et plus répréhensible que ces usages traditionnels était la vogue qu'avait prise à cette époque la magie, accompagnée d'une multitude de superstitions, débris d'antiques religions, qui finissaient par altérer chez leurs adeptes la pureté de la foi chrétienne. Innombrables étaient les devins et les sorciers de toute espèce. Un Philippicus avait fini par devenir empereur après avoir été hanté pendant plusieurs années par les prédictions d'un vieux moine hérétique. Le concile de Quinisexte traite avec une sévérité toute particulière ceux qui s'adonnent à ces superstitions. Une pénitence de six ans est infligée à ceux qui interrogent les sorciers et les devins, à ceux qui montrent des ours et autres bêtes, dont ils vendent les poils comme amulettes, qui expliquent les sorts ou interrogent les nuages. Ces mesures furent loin de déraciner le mal. Des simples d'esprit croyaient à l'existence d'une sorte de vampire-femelle, Gellô, la tueuse d'enfants, qui se glissait dans les maisons par les moindres fissures pour perpétrer ses crimes. Plus répugnante encore est l'histoire du meurtre rituel d'une femme enceinte par les habitants de Pergame, assiégée par les Arabes en 717, qui croyaient se rendre invulnérables en s'enduisant du sang de leur victime. Rien ne montre mieux que cet exemple, dont la véracité est garantie à la fois par Nicéphore [patriarche de Constantinople ; 806-815] et Théophanes, la dépradation de cette société ".

A La Sainte Mecque, les chrétiens, les juifs, et les idolâtres rendaient hommage au sanctuaire d'Abraham - la Sainte Kaaba - et les Bédouins leur faisaient un bon accueil, d'autant que le pluralisme cultuel des païens s'accommodait fort bien des images et des statues. Parmi les gens de La Mecque vivait un homme honorable, Abd Al-Muttaleb, connu pour sa probité et surtout par son fils Abd Allah dont la lumière qui rayonnait de son visage semblait venir d'un autre monde que celui éclairé par le soleil : " Ab-al-Muttalib était le chef de la tribu des Bani Hachem ainsi que le gardien de la Kaaba. Parmi ses dix enfants, Abdullah sera le père du Saint Prophète ".

Il transmettra cette lumière divine à son épouse Aminah et le miracle de la naissance au monde terrestre du Dernier des Prophètes aura lieu en l'an 570 après Jésus fils de Marie (pse), soit cinquante trois années avant l'Hégire, à La Sainte Mecque, dans une famille considérée comme la plus honorable et la plus authentique famille descendant du Prophète Ismaël (s), premier fils d'Abraham (psl). Avant de venir au monde terrestre, son père décédera, puis six années après sa naissance ce sera le tour de sa mère Aminah.

Le petit garçon sera alors confié à la charge du grand-père Abdoul Muttalib, mais celui-ci quittera ce monde peu d'années plus tard, ce qui fera prendre en charge le petit garçon par son oncle paternel, l'affectueux et pieux Abou Taleb - père d'Ali, futur Amir Al-Mu'minin - qui va dès lors lui donner une excellente éducation, un soutien constant, une protection indéfectable. Cet appui s'affirmera jusqu'à son décès qui surviendra à la veille de l'Hégire : " Mohammed est né le 17 Rabi'Al-Awwal - 570 après Jésus Son père était Abdullah, fils de Abd al-Muttalib, décédé avant sa naissance. A l'âge de six ans il perdra sa mère Amina bint Wahab. Son grand-père Abd al-Muttalib prendra la responsabilité de l'éducation et de la vie de l'orphelin. A l'âge de 10 ans, il perdra son grand-père. Ce dernier désignera son fils Abu Taleb en tant que tuteur de Mohammed ".

Le Dernier des Prophètes : le Bien-Aimé Mohammed (pslf) était enfin ici-bas lorsque les gens de La Mecque s'interposaient face à lui, son grand-père Abdoul Muttalib avait l'habitude de dire : " Laissez donc faire mon fils ; car, par Çááå-Dieu, un grand avenir l'attend ".

L'environnement du glorieux événement mohammadien

L'Arabie distinguée par l'aridité de son climat et par sa population de souche sémitique est appelée par ses habitants Djazîrat al-'Arab-L'île des Arabes. Les populations de cette île, au demeurant très riche par ses activités commerciales, ne sont pas unifiées sous une direction commune ni protégées du fléau de la pauvreté fuyant des contrées ingrates pour se rapprocher de la richesse.

Le territoire des Arabes, tout en restant en dehors des foyers d'autres civilisations qui se sont succédées des rives de la Méditerranée aux plateaux montagneux de la Perse, accueille dans sa légendaire règle de l'hospitalité le fond religieux et social d'une multitude de doctrines-systèmes présentées comme religieuses notamment parmi la chrétienté, selon le rapport de l'Histoire : " Rappelons donc que deux doctrines se partageaient l'église, l'arianisme et le nicéisme. Pour les sectateurs d'Arius, le Fils, subordonné au Père, ne pouvait être de la même essence, il était créé, non éternel ; ouvrage du Père, non consubstantiel au Père.

" Soumise par Constantin au jugement du Concile de Nicée, la doctrine d'Arius fut condamnée, et, par l'acte célèbre connu sous le nom de Symbole de Nicée, il fut établi et posé comme dogme catholique que : " Jésus-Christ est né du Père avant tous les siècles, qu'il est Dieu de Dieu, lumière de lumière, consubstantiel à son Père ". L'arianisme était donc tenu désormais pour une hérésie. Mais condamnation et persécution enflammaient l'ardeur des hérétiques, qui redoublaient de violence. Beaucoup d'évêques n'avaient feint de se soumettre que par opportunisme, mais demeuraient fidèles à leur croyance.

" Après la mort de Constantin, l'Arianisme triomphait dans la partie orientale de l'Empire, alors que Rome et l'Occident professaient l'orthodoxie nicéenne. Sous Théodose le Grand, nicéen déterminé, la persécution reprit. Il donna aux nicéens toutes les églises de Constantinople, et en expulsa l'évêque, qui abandonna la ville et poursuivit hors des murs la propagande arienne. Avec une rigueur implacable, Théodose s'efforça d'abattre l'hérésie. Seuls les nicéens eurent le droit de s'intituler catholiques ; il ne fut même plus permis aux ariens d'attribuer à leurs groupements la désignation d'églises. Exilés, dépouillés de leurs biens, privés du droit d'hériter, ils se virent encore arracher celui de se réunir.

" Par un second concile œcuménique convoqué en 381 à Constantinople, les décisions du concile de Nicée furent confirmées, et réaffirmées la consubstantialité du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Le même concile établit que le patriarche de Constantinople serait désormais le premier après l'évêque de Rome. A l'égard du paganisme, Théodose ne se montra pas moins rigoureux. Toutes les cérémonies, toutes les pratiques cultuelles des païens furent interdites. Les temples furent fermés, un grand nombre d'entre eux livrés au pillage ".

[Arius, prêtre d'Alexandrie (vers 256-336), qui en niant la divinité du Christ, provoqua une des crises les plus graves de l'église chrétienne. L'hérésie arienne fut condamnée par les conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381)].

[Constantin 1er le Grand, en latin Caius Flavius Valerius Aurelius Constantinus (Naissus, aujourd'hui Ni?, entre 270 et 288 - Nicomédie 337), empereur romain (306-337), fils de Constance Chlore, proclamé empereur à la mort de son père. Sa victoire contre Maxence sous les murs de Rome, en 312, décida du triomphe du christianisme ; en 313, l'édit de Milan établit la liberté religieuse. En 324, Constantin vainquit Licinius, qui régnait sur l'Orient, rétablissant ainsi l'unité impériale. L'année suivante il convoqua un concile œcuménique à Nicée : considérant l'église comme un des principaux soutiens de l'?tat, il intervint directement dans les questions religieuses. En 324-330, pour mieux surveiller la frontière du Danube et les Perses, il fonda une nouvelle Rome, Constantinople. Sous son règne, l'Empire prit la forme d'une monarchie de droit divin, centralisée, s'appuyant sur une société très hiérarchisée ].

[Théodose 1er, en latin Flavius Theodosius, dit le Grand, (Cauca, Espagne, vers 347 - Milan, Italie 395), empereur romain (379-395). Il fit du christianisme une religion d'?tat (380) et interdit toute pratique païenne. Les concessions accordées aux Barbares qu'il introduisit dans le territoire impérial et dans l'armée freinèrent pour un temps la désagrégation de l'Empire. A sa mort, celui-ci fut partagé entre ses deux fils, Honorius et Arcadius].

Comme imperméables aux différences, les gens de l'Arabie s'accommodent des principaux événements qui ont jusque-là fait date dans l'histoire même si parfois ces événements les ont préoccupés, soit que les gens du désert aient été entraînés dans des conflits pour de multiples raisons de défense de leur territoire, de leur vision du monde, de leurs richesses, de leurs alliances, etc. ; soit qu'ils aient eux-mêmes conduit quelques attaques préventives ou bien des razzias de plus ou moins grande importance contre les tentatives d'incursions au cœur de leur territoire qu'ils partageaient pacifiquement avec d'autres tant que ces derniers n'étaient pas une menace.

L'hospitalité des Arabes est connue et reconnue dans le monde entier pour en faire l'éloge mais sa contre partie défensive est aussi bien réelle d'autant que les gens du désert sont réputés être des peuplades farouchement indépendantes et par le fait toujours prêtes à se défendre voire contre attaquer avant même que le danger soit patent.

En effet, la légendaire opulence de Djazîrat al-'Arab d'un côté, l'esprit conquérant et dominateur du système impérial d'un autre, excité par quelques convoitises et sa prétention de détenir les clés de la civilisation contribuent à des exagérations qui se traduisent par quelques expéditions hasardeuses telle celle du Romain Aelius Gallus, sous Auguste, auxquelles il peut être ajoutées les visées colonisatrices de la politique persane et éthiopienne à partir du 4e siècle.

Mais en fait, tous ces événements ont été de peu de portée car ils ne sont ni essentiels ni fondamentaux pour être des agents d'assimilation ou de contribution à la modification de l'intériorité arabe ni même au changement de l'organisation sociale de la péninsule au demeurant ni plus ni moins efficace que celle des prétendants à la conquête de l'île des Arabes. Des événements mineurs, donc, pour les Arabes, qui attendent autre chose de plus grand, de plus prestigieux, de plus divin que des prétentions mues par des convoitises terrestres : l'événement mohammadien va jouer bientôt le rôle suprême dans l'évolution de tous, gens du désert et gens des empires conquérants et dominateurs persan et romain.

En fait, le degré de civilisation des uns et des autres est demeuré assez faible par le fait même de s'être détournés des principes monothéistes du Grand Ancêtre Abraham (psl) et d'être tombés dans l'envie continuelle de dominer par tous les moyens ce qui donne à leur rayonnement l'éphémère du temporaire et du limité.

On sait, du moins pour Djazîrat al-'Arab, de façon certaine, que ses parfums et aromates couvrent de leurs odeurs le monde gréco-romain auquel ils apportent un peu de douceur orientale dans les luttes cruelles que mène ce monde à la dérive contre ses rivaux persans, expression, somme toute, de l'orgueil et de la décadence morale du monde païen commun à tous en cette époque nécessiteuse de la bonté d'une Grande Ame : celle du dernier des Prophètes (pse), le Bien-aimé Mohammed (pslf).

Ainsi est l'environnement de l'événement mohammadien, de ce milieu de l'Antéislam dit aussi de la Jahiliyyah, c'est-à-dire de l'Ignorance, de la cruauté, de la guerre de chacun contre chacun, essentiellement dominé par les habitudes impériales d'un côté, tribales et nomades de l'autre. Les Bédouins, malgré tout, sans atteindre à la cruauté généralisée de certains empereurs, dominent l'ensemble de l'île aux mille parfums et aromates convoitée et déchirée par les tentatives d'incursions des conquérants. Les gens du désert connaissent un autre mode de vie que celui des esprits dominateurs, un monde d'existence adapté à leur esprit d'indépendance, de dignité et de liberté qui fait d'eux des pasteurs à la suite des troupeaux de chameaux, d'ovins et de caprins dont ils tirent une bonne partie de leur subsistance, des chefs de caravanes marchandes qui parcourent de grandes étendues : "L'importance du rôle politique et économique pour les Qouraïches de la présence du sanctuaire sacré de la Kaaba les protégeaient des invasions des tribus à l'esprit guerrier de la Péninsule arabique ce qui leur permit de contrôler les échanges commerciaux du Nord au Sud ainsi que dans le sens inverse. En été, ils avaient l'habitude de se rendre en Syrie où sévissait un climat tempéré, alors qu'en hiver ils se dirigeaient vers le Yémen où ils trouvaient un climat plus chaud. Dans l'un et l'autre cas, ils se déplaçaient à des fins commerciales. D'évidence, c'était dans la Grâce de Çááå-Dieu qu'ils pouvaient voyager en sécurité, sans encombres durant leurs séjours, car les routes caravanières étaient loin d'être sûres, peu de gens parvenaient à voyager sans être attaqués au point d'être tués, pillés et anéantis.

" La position particulière attachée aux Qouraïches était due au fait de leur implication dans le service du Sanctuaire sacré de la Kaaba qui leur assurait, par la volonté de Çááå-Dieu, sécurité et honneur parmi les gens. Çááå-Dieu avait programmé leur sécurité, par Sa Grâce, en vue de l'avènement de l'Islam et la présence du Saint Prophète au sein de cette tribu et dans ce territoire sacré.

" Malgré tout, les Qouraïches dont la protection, la sécurité et l'honneur étaient dus au rôle du Sanctuaire sacré de la Kaaba érigé dans leur cité et dont ils étaient les gardiens, devinrent par la suite les premiers ennemis de l'Islam ".

Pour parvenir à mener à bien leur vie ils doivent affronter dans une lutte impitoyable les éléments naturels, la rareté des points d'eau et des lieux de campements favorables, le tout couronné par un profond respect des liens familiaux qui assurent à la personne de trouver au milieu de ses proches en premier et avec ceux rapprochés par des alliances un recours contre les ennemis de l'intérieur et ceux de l'extérieur.

Il peut être constaté, selon l'histoire, deux tendances animant la vie en société des gens du désert. L'une étant la division en groupes et sous groupes, l'autre laissant apparaître l'unité en vastes confédérations ralliées à la descendance d'un seul et même ancêtre dont les noms transmis par l'Histoire islamique sont encore connus.

Donc, malgré un esprit puissamment indépendant, une division évidente au demeurant davantage politique que sociologique, il y a bien présence d'une puissante organisation sociale, bien structurée, d'une cohésion tenant surtout à la reconnaissance de l'ancêtre commun donc d'une parfaite connaissance de l'Histoire et des généalogies qui permettent de faire remonter sans hésitation leur origine, pour certains, jusqu'à l'Ancêtre, le Grand patriarche Abraham (psl) par l'intermédiaire des douze fils de son premier fils Ismaël (s).

Parmi ces groupes et confédérations certains se différencient par leur niveau de vie à l'image de toute société. Soit parce qu'ils vivent en bordure d'oasis productrices de dattes et de faibles récoltes de céréales, soit qu'ils sont les tenants des marchés locaux constituant autant de centres d'échanges et d'influences où prospère la vie dans toutes ses activités religieuses, sociales et financières, soit qu'ils sont les propriétaires et les financiers des puissantes caravanes marchandes.

De toute façon, ces lieux de rencontres commerciales mais aussi spirituelles, intellectuelles, politiques et sociologiques sont avant tout pacifiques par le fait même que le commerce pacifie les mœurs et amoindrit les aspérités de la vie. Ils sont des lieux de rencontre pour être aussi les lieux d'entrepôts et des étapes marchandes des innombrables routes de caravanes qui traversent de partout l'île des Arabes pour transporter des marchandises du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest, ce qui fait dire qu'il s'agit déjà d'un commerce international et d'une puissante interdépendance entre tous les acteurs proches ou lointains. La tradition du commerce à grande échelle des Arabes est donc bien inscrite dans leurs coutumes de vie et leur trafic assure la fortune de quelques noyaux de population sédentaire où des acteurs de la vie arabe se sont aussi sédentarisés en se mêlant aux populations qui les entourent tout en conservant leur ancestrale vocation de commerçants nomades et de pasteurs.

De toute façon, les effets de la prospérité due au commerce touchent de nombreuses régions et celle du Hidjaz n'en est pas exclue au point de devenir avant l'événement mohammadien le centre des activités marchandes auparavant commandées et financées par ses voisins du Nord et du Sud. Ce qui porte au fait que non seulement les habitants du Hidjaz vont être ceux qui détiendront la sécurité des routes marchandes mais ils deviendront également les financiers de leur commerce et leurs investissements internationaux leur vaudra de substantiels gains.

Le commerce étant formateur à la discipline collective ainsi qu'aux aptitudes de négociations politico-économiques, les gens du Hidjaz vont y gagner en ouverture avec le monde extérieur et lointain, aboutissant, soit à des échanges et progrès techniques soit à l'adoption de croyances qu'ils mêlent pêle-mêle avec les leurs sans toutefois se convertir massivement soit au judaïsme soit au christianisme qu'ils acceptent déjà en tant que croyances autonomes et libres d'expression.

Toutefois, les gens du désert devenus puissants par le commerce et les échanges de toutes natures, n'en restent pas moins en ce début du 7e siècle après Jésus (s), profondément malheureux spirituellement malgré une langue arabe dont tous sont fiers par le fait qu'elle se distingue par le haut des autres langues sémitiques, ce qui lui donne son caractère marqué par le goût à la poésie et à la belle éloquence mais pour clamer en définitive leur crainte des multiples divinités souvent astrales, incarnées dans des pierres et pourvues de territoires sacrés où il leur est rendu hommage, ou bien encore pour faire l'étalage de leurs superstitions nuisibles : " Par conséquent, rien ne justifie qu'on puisse s'incliner devant autre que Lui, ou qu'on puisse orienter notre attention vers autre que Lui, puisque tout ce qui est autre que Lui n'a pas le moindre effet sur notre condition et notre destin ".

La réalité commerçante vient aussi en tant qu'agent d'accentuation de l'honneur arabe et de la dignité, elle renforce le respect des lois sacrées de l'hospitalité, elle élève de plusieurs degrés la glorification des qualités humaines. Malheureusement, le tout sociologique des gens du désert est largement dominé par l'implacable esprit de l'individualisme qui envenime les querelles présentes en toute vie en société au point où sévissent des luttes entreprises au nom de l'honneur voire à celui de l'orgueil mais jamais au nom d'une cause fondamentale et essentielle. L'événement mohammadien va changer les comportements d'une sociologie mal vécue et pourtant possédant un fond porté à la tranquillité.

Dans ce monde arabe ni plus stable ni instable qu'un autre, demeuré convoité par les ennemis extérieurs, connaissant un développement économique sans précédent, il n'est évidemment pas question de suprématie religieuse ni sociale malgré le rôle exceptionnel dévolu depuis des siècles à la ville de La Sainte Mecque dû au fait de la présence du Lieu sacré et millénaire de la Ka'aba construite, selon l'histoire, par l'Ancêtre Abraham (psl), son premier fils Ismaël (s) et les gens du désert venus s'installer aux abords de la source Zem Zem qu'avait fait jaillir le talon de Agar (s), l'une des épouses d'Abraham (psl) et mère de son premier fils Ismaël (s).

La Sainte Mecque est donc le lieu le plus actif spirituellement et le plus peuplé socialement de tous les points de semi-sédentarisation. Elle est déjà la ville connue pour son fond de bons principes d'hospitalité en opposition avec la solitude d'autres villes. Et pourtant, ce Lieu sacré par la présence de la Maison de Çááå-Dieu -Beyt Allah, est situé dans un cadre peu favorable à la vie telle qu'elle est couramment entendue, sans terre arable permettant une abondante verdure, dominé par de hauts sommets et facilement inondé en cas d'orages subits. Mais ce Lieu de haute spiritualité a été décidé Sacré par Çááå-Dieu et ça les gens du désert le savent malgré son cadre peu porté à la vie matérielle mais tellement favorable, en contre partie, à la vie spirituelle, première vie de l'Homme après tout, même si certains : " […] s'imaginent que le monde n'a besoin d'une cause première qu'au moment où il est créé, et qu'une fois cette condition accomplie, le monde et Çááå-Dieu sont à jamais séparés l'un de l'autre. Ils nient également l'instant premier de l'apparition du monde, et en le réfutant, ils se sont imaginé avoir résolu le problème de Çááå-Dieu et de la création, et que le monde n'a plus besoin du Créateur. Cette conception procède de ce qu'ils méconnaissent ce besoin intrinsèque et inhérent de l'univers, car le monde n'est rien d'autre qu'un mouvement, et le mouvement, lui-même, est dépendant. Chaque instant est le début d'une création, et le monde s'innove atome par atome à chaque instant […] ".

Depuis longtemps déjà, à l'époque de l'événement mohammadien, les familles qui habitent et dominent les relations extérieures soit de croyances soit commerciales appartiennent à la tribu des Qoraïches. Le pouvoir est avant tout entre les mains d'une oligarchie polythéiste, idolâtre et marchande, dont l'autorité s'étend sur les territoires voisins soit par le jeu des mariages et des alliances avec les tribus nomades soit par l'effet des liens de clientèle que ne manque pas de tisser le commerce qui reste avant tout une activité portant à la paix et aux bonnes relations de voisinage et au-delà. Parmi les Qoraïches il y a les prestigieux Hachémites qui assurent la garde et la renommée du Sanctuaire de la Ka'ba, largement respecté et visité par toutes les tendances religieuses.

Toutefois, le sanctuaire édifié à l'origine au service de l'Unicité de Çááå-Dieu est envahi des statues d'idoles qu'il renferme ou bien qu'il détient dans ses proches environs transformés en emplacement faisant l'objet des rites devenus au fil des temps polythéistes, idolâtres, païens. D'importantes cérémonies s'y déroulent tout au long de l'année et plus particulièrement à la saison du pèlerinage institué par Çááå-Dieu qui est aussi celle d'une grande activité commerciale où se bousculent une multitude bigarrée de commerçants, négociants, grossistes, détaillants, clients, autochtones et étrangers, ce qui, bien évidemment, donne à l'ensemble du Lieu sacré de la Ka'aba, voulu par Çááå-Dieu, une réputation internationale de protection et de sécurité à quiconque y séjourne malgré ses différences de croyances et d'origine. Bien que l'apparence cultuelle soit largement favorable au culte des idoles et aux superstitions de toutes sortes, il n'en demeure pas moins vrai que le fond de croyance arabe porte toujours l'empreinte du Monothéisme de l'Ancêtre Abraham (psl) et de son premier fils Ismaël (s). Ils restent, l'un et l'autre, les principaux agents de la tendance unificatrice arabe par le jeu des confédérations et des alliances menacée, certes, par l'implacable ennemi de l'unité : l'individualisme. Les Hachémites remplissent certains offices au service du sanctuaire de la Ka'aba.

D'évidence certaine, le Lieu sacré voulu par Çááå-Dieu est impropre à l'agriculture mais favorable à la pensée religieuse et aux activités commerciales génératrices d'une sociologie portée à la pacification et à la bonne socialisation. La population de La Mecque, en dehors de sa vénération des idoles-dieux, s'occupe surtout de préparer les voyages de ses caravanes marchandes et d'accueillir les caravanes marchandes en provenance de pays voisins et lointains.

Mais qui dit richesses dit aussi nécessité de leur défense par les armes et la population de La Mecque n'échappe pas à la règle. Elle va devoir faire face aux convoitises, dès la fin du 6e siècle, de certains pays voisins voire lointains.

En exemple, l'histoire d'un fameux chef éthiopien du nom d'Abraha qui va tenter contre la Sainte ville une expédition infructueuse restée mémorable dans l'Histoire de Djazîrat al-'Arab par la présence des éléphants qui accompagnent les troupes de ce chef œuvrant de sa propre initiative et à des fins d'intérêt personnel. Son échec, selon l'Histoire, est dû à l'intervention divine, ce qui ne manque pas de renforcer la légende du Lieu sacré et de rendre encore plus crédible la puissance mecquoise et les prétentions de ses notables dont la richesse commerciale, l'opulence et l'autorité se font chaque jour plus dominatrices voire arrogantes.

La défaite et la fuite de l'envahisseur vont être suivies d'une période annonciatrice de l'événement mohammadien par la naissance en 570 après Jésus fils de Marie (pse), de Mohammed (pslf), l'attendu pour remettre de la Civilisation dans le comportement religieux et social au sein de la cité sainte de La Mecque et surtout pour renouveler l'allégeance faite au sanctuaire de la Ka'aba au service de l'Unicité de Çááå-Dieu et non à celui des idoles-dieux venues encombrer la vraie spiritualité et détourner la sociabilité de la nature humaine. En effet, peu à peu, la cité mecquoise semble ne plus pouvoir fournir les garanties nécessaires à la paix civile suite aux conséquences nuisibles à l'île aux mille parfums et aromates d'une économie mercantiliste à outrance, génératrice d'inégalités qui ne cessent de creuser le fossé du désespoir entre la richesse arrogante et dominatrice et la pauvreté à la main tendue engloutissant chaque jour davantage les moins fortunés condamnés à l'appauvrissement généré par toute économie abusive et restrictive.

Il n'en faut pas moins à l'événement mohammadien pour être le réformateur d'une situation générale faite d'indigence spirituelle, intellectuelle, morale et sociale. Une situation sévissant, certes, à La Sainte Mecque mais aussi dans les empires romain et persan, chinois et européens. La règle d'or, de tous ces empires, établie sur la richesse et le pouvoir avant tout, va être mise en échec par l'événement mohammadien. Il vient consacrer les nuisances des idoles-dieux et les méfaits d'un capitalisme déjà trop libéral.

?chec donc du polythéisme et du mercantilisme à outrance en tant que facteurs décidés uniques par leurs tenants pour la construction de la société. ?chec donc des choix d'une époque emportant avec eux l'humanisme des gens du désert et en même temps apparition du libérateur en la personne du Prophète Mohammed (pslf), sensible aux difficultés d'ordre spirituel en premier et par voie de conséquences d'ordre intellectuel, matériel, moral et social. La prédication de l'Islam va ainsi constituer l'ouverture à l'ère de la spiritualisation vraie et de la belle et bonne socialisation. Ce qui laisse déjà entrevoir son remarquable succès à long terme à la grande satisfaction de certains hommes demeurés très attachés aux règles, valeurs et principes du Monothéisme originel : " En outre, il faut noter l'existence de certaines personnes éclairées et contestataires qui, elles, mettaient en cause les valeurs dominantes de leur société. Cette révolte, aussi lente qu'elle fût, était continuelle et progressive. Les symptômes les plus sérieux étaient le refus du polythéisme et l'attachement aux sources premières du Monothéisme c'est-à-dire à la Religion d'Abraham.

" Ibn Ishâq (pp. 98-103), rapporte que quatre hommes de la génération qui précédait celle de Mohammed avaient refusé le polythéisme en prêchant la hanifiyya (Religion d'Abraham). Il s'agit de Waraqa b. Naufal (qurayshite, du clan Asad), cousin de Khadidja (la première épouse du Prophète) ; 'Obaydallah b. Djahsh (confédéré du clan Asad) ; Ziâd b. 'Amr (qurayshite, du clan 'Adi) et 'Othmân b. al-Huwayrith ".