(Ma'âlim-ul-Madrasatayn) Les Repères des deux Ecoles
 
(Ma'âlim-ul-Madrasatayn)
Les Repères des deux Ecoles
Celle des califes
et
Celle d'Ahl-ul-Bayt (a.s)


Sayyid Murtadâ Al-'Askarî
Publication de la Cité du Savoir


Editeur:
Abbas Ahmad al-Bostani
(La Cité du Savoir)
C. P. 712 Succ. (B)
Montréal, Qc., H3B 3K3
Canada

E-Mail: abbas @bostani.com

Site wb: www.bostani.com

Première édition: Novembre 2002

Titre original (arabe): Ma'âlim-ul-Madrasatayn

Auteur: 'Allâmah Sayyid Murtadâ Al-'Askarî

Traducteur: Sayyid Abû 'Ali Hâshimî

© Tout droits de reproduction et d'adaptation
réservés à:
Abbas Ahmad al-Bostani
ISBN: 2-922223-16-7

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Avis au lecteur : abréviations et termes utilisés dans ce livre :

V = Verset du Coran

Vs = Versets.

Muhammad = le prénom du Prophète de l'Islam.

Mohamed = prénom de musulman.

Compagnon = Compagnon du Prophète de l'Islam, en particulier

compagnon = celui qui tient compagnie

prophète = tout prophète autre que Muhammad (SAW).

Prophète = Muhammad (SAW).

(SAW) = Sallâllahu 'Alayhi wa 'âlihi wa Sallam

(a. s.) = 'Alayhis-Salâm

(r. d.) = radiyallâhu 'anhû ('anhâ)

imam = celui qui guide la prière ou calife

Imam = l'un des douze Imams d'Ahlul-Bayt (a.s)

Ahlul-Bayt = La famille du Prophète ('Ali, Fâtimah, Hassan, Hussayn, et neuf des descendants de Hussayn (a. s.).

Makkah = La Mecque.

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Avis au lecteur 5

1ère partie

- I -

Préliminaires

Introduction

Allah instaura l'Islam et en fit pour l'homme un système de vie compatible avec sa Fitrah, son innéité (sa conception originelle), IL le guida par l'intermédiaire de Ses prophètes (a. s)(1). Quand l'un parmi ceux-ci vint à mourir et que sa communauté altéra, après lui, Sa Shari'a (loi divine), Allah envoya un nouveau prophète afin de renouveler Sa religion. De par Sa sagesse, IL décida de couronner Ses shara'î' successives par celle du Sceau des prophètes et sauvegarder les fondements de l'Islam par la conservation éternelle du Qur'ân(2) contre toute altération par addition ou par soustraction. La clarification des lois et leurs explications sont consignées dans la sunnah (Tradition) du Messager d'Allah (SAW). Toutefois, celle-ci ne fut pas conservée au même titre que le Coran; ses rapporteurs ne furent pas exempts de l'inadvertance ou de l'oubli et les transcripteurs de livres de hadîths (récits de la sunnah) n'échappèrent pas non plus à l'erreur et à la faute. Durant quatorze siècles, les récits de la sunnah du Prophète (SAW) étaient transmis par les Musulmans qui, en matière de Sîrah (biographie du Prophète) et de traditions diverses, rapportèrent beaucoup de récits contradictoires. L'existence de l'implicite et de l'explicite, du général et du spécifique dans les dits récits, l'infiltration et la diffusion des traditions judéo-chrétiennes dans les études islamiques par des personnages tels Ka'bul-Ahbâr et Tamîm Ad-dârî, les histoires et les récits apocryphes inventés par des hypocrites tels Ibn Abîl'Aujâ' et Sayf b. 'Umar, contribuèrent à susciter la discorde et l'opposition dans les commentaires des Mujtahidînes ou Ulémas qui, en évaluant ces récits pour en retenir les plus valables, exprimaient aussi leurs opinions particulières dans les différents domaines des sciences islamiques. Les uns et les autres s'agrippant à leurs opinions respectives, des clans se formèrent, chacun ayant une vision spécifique de l'Islam conformément à laquelle il interprétait les versets "équivoques" (Mutashâbihât) du saint Coran et y ramenait la signification des versets clairs et confirmés (Muhkamât).

Avec de tels contrastes et de telles oppositions, comment est-il possible d'unifier la parole des Musulmans? Non. Le rapprochement entre eux ne se réalisera jamais ainsi et tant qu'ils resteront, dans leur imitation non fondée, cramponnés aux prises de positions du Salaf (musulmans des premières générations).

Il est nécessaire que tout rite musulman clarifie sa position en exposant ses différentes vues de l'Islam, les procédés adoptés pour l'interprétation du Sain Coran, du hadîth et des avis religieux résultant des efforts déployés (ijtihâd) par le salaf (les anciens) quand ces avis sont matière de divergence et de polémiques. Toutefois, il faut que cette exposition se fasse dans le cadre d'une recherche scientifique rigoureuse, dans le style consacré de l'appel à la vérité et sans recours aucun aux injures et aux diffamations en vue de faire triompher son point de vue et son clan - qu'Allah nous en préserve -. Ensuite, la vérité étant fille de la recherche, il faudra écouter sans parti pris ce que les autres écoles ou clans veulent aussi faire entendre et valoir.

Le chemin le plus droit pour y arriver serait que les savants musulmans prennent l'initiative, entament ces études (comparatives) avec l'objectivité et un pur esprit scientifique. Ensuite les résultats de leurs travaux seront exposés dans les séminaires et les plus hautes sphères scientifiques et islamiques telles l'Université d'Al-Azhar ash-Sharîf au Caire, celle de la Sainte Médine, la Ligue Mondiale Islamique à la Sainte Makkah (la Mecque) celles d'An-Najaf al-Ashraf, de Qum, de Khurassân, d'Al-qayrawân et d'Az-Zaytûnah, afin d'être l'objet d'examen et de critique. Par après, les gouvernements des pays musulmans publieront les résultats de ces études universitaires et les diffuseront parmi tous les Musulmans afin que ceux parmi eux qui veulent comprendre le point de vue de l'autre le saisissent exempt de confusion et de calomnie. Ainsi ce point de vue sera soit accepté volontiers et partagé, soit son auteur sera, en tant que musulman, respecté et excusé dans sa prise de position et ses opinions. Il sera ainsi aisé pour les Musulmans de se comprendre les uns les autres, de se rapprocher et d'unifier leurs efforts pour sauvegarder leurs intérêts.(3)

Pour ce faire, il est nécessaire que les chercheurs commencent par scruter les sources islamiques de la Shari'â et établir la manière dont les Musulmans usèrent et quels chemins ils empruntèrent pour aborder la sunnah prophétique.

C'est pour atteindre ce but noble que j'entrepris la composition de ce livre en implorant l'aide d'Allah-gloire à Lui.

- II -

De l'Impact de la Discorde au Sein

de la Communauté Musulmane

(notes de voyages)

Dans la description de l'état de division que connaissent les Musulmans accusés les uns par les autres de mécréance ou d'apostasie, je me suis appuyé sur leurs diverses argumentations que j'exposerai plus tard, sur leurs publications et sur les observations que j'avais notées lors de mes voyages effectués en terre d'Islam et suite à mes rencontres avec les Ulémas et penseurs des différentes Ecoles musulmanes (surtout lors de mes dix voyages de pèlerinage aux lieux saints de l'Islam).

Lors du premier voyage

C'était à l'époque du Roi Adbal'aziz al-Sa'ud. Quand le groupe des pèlerins irakiens dont je faisais partie arriva à Rimah, une ville saoudiene, nous y passâmes vingt quatre heures durant lesquelles nous assistons tous aux prières faites en commun avec les habitants de la ville dans leur mosquée. A l'heure du départ, certains d'entre eux assistèrent à notre embarquement. Un orateur parmi eux prit la parole nous montre du doigt et dit: "Ce sont des polythéistes. Ceux-ci pleurent sur Hassan et Hussayn!".

Ensuite, en me montrant, il dit: "C'est leur guide! S'il vient à échoir entre mes mains, je l'égorgerai et lécherai son sang!".

L'un de nos pèlerins lui dit: "Pourquoi sommes-nous polythéistes? Nous avons fait le pèlerinage à la Maison d'Allah; nous avons rendu visite au tombeau du Prophète!". Sur ce, l'orateur cria, écuma et dit: "Tu as mécru! Si Abû Sa'ûd (le roi saoudien à l'époque) venait en personne, il ne saurait te protéger! Qui fut Muhammad? Muhammad était un homme comme moi! Il est mort et s'en est fini de lui". Le pèlerin irakien trembla puis demanda que dirai-je alors? Que dirai-je? L'autre répondit: "Dis que seul Allah porte préjudice, seul Allah fait le bien!".

Le pèlerin répétait l'apprentissage quand un autre pèlerin irakien intervient en demandant: "Le Prophète (SAW) fut-il un homme comme toi?". L'orateur confirme de nouveau ses propos. Le pèlerin rétorqua alors: "Muhammad a reçu le Coran en révélation, en reçois-tu, toi?". L'homme ne répondit point et nous nous hâtâmes de monter en voiture et de nous en aller.

Dans notre groupe de pèlerins, il y avait un homme qui habitait l'Irak mais avait un passeport saoudien. Quand nous arrivâmes aux frontières, l'employé à la douane le gronda, se moqua de lui et dit: "Délaisses-tu la terre de l'Islam pour aller habiter en terre du polythéisme!?". Le pèlerin en question ne put que s'humilier devant lui et quémanda humblement la remise de son passeport!

Lors du deuxième voyage

A cette époque, le souci majeur des savants musulmans irakiens était de réintroduire les lois islamiques dans la société en sensibilisant les membres de la communauté islamique dans leurs mosquées et lors des fêtes et des festivités religieuses. Ils s'opposaient aussi au pouvoir en place qui instaurait des lois en contradiction avec les principes islamiques. Tout ce qui se rapportait aux mouvements des Musulmans dans ce chemin, là où ils se trouvaient, était pour nous un sujet d'intérêt et d'attention. Nous avons soutenu de toutes nos forces la révolution algérienne contre la France et la révolution palestinienne.

Celle de l'Erythrée contre l'Ethiopie retenait notre attention également. Nous estimions que la consciencisation des Musulmans, leur solidarité, leur soutien mutuel et la mise en veilleuse de leurs divergences cautionnaient le succès de leur combat en vue de réhabiliter les lois islamiques dans leurs sociétés. Quand éclata le combat islamique en Iran, entre le pouvoir du tyran (taghût) et les Ulémas musulmans, à commencer par l'émeute de l'école Faydiyyah à la grande Université islamique de Qum, le 25 Shawwâl 1382 h, nous y vîmes un prélude de bien. Pour y venir en aide, nous mobilisions toutes nos énergies et nous nous mîmes à son service.
Qu'Allah rétribue tous les Ulémas d'Irak qui l'(le mouvement irakien) ont soutenu de toutes leurs forces. Je fis partie de ceux qui organisèrent des cérémonies funèbres dont l'une, celle de Bagdad, qui dura trois nuits successives durant lesquelles des sermons visant à clarifier toutes les dimensions de la lutte islamique qui se déroulait en Iran, ses retombées et le sens qui s'en dégageait.

C'était dans ces circonstances que je suis parti en pèlerinage emportant une devise et une thèse. Ma devise était l'appel à l'unité des Musulmans en vue de l'instauration dans leurs pays d'une vie islamique authentique. Ma thèse consiste à promouvoir l'éveil islamique dont les prémices virent le jour en Iran par le fait des Ulémas musulmans. Je m'attelais alors à en expliquer les motivations aux leaders et penseurs musulmans et à leur demander de lui apporter leur appui. L'argument était que le combat des Musulmans dans la voie de la réinstauration des lois islamiques est un; que s'il aboutit dans un pays musulman, les retombées bénéfiques du succès se répandront dans toute la Communauté Musulmane. J'étais tout espoir de rencontrer des réactions positives à mon appel relatif au drame que subirent les Musulmans d'Iran, étant donné que la cause et le devenir des uns et des autres, étaient communs à tous.

Lors de ce voyage, je rencontrai les leaders des "frères musulmans" de Syrie, Adam, le leader de la révolution érytréenne à la station 'Arafât, une élite palestinienne en Jordanie et à Baytul-Maqdis, des journalistes musulmans, des orateurs, des savants et des leaders de mouvements islamiques tels Abul-Hassan an-Nadawî, Abul-A'lâl- Mawdûdî et d'autres.

A Médine, je commençai mon travail par la participation à la rédaction des publications destinées à la diffusion parmi les pèlerins. J'y ai introduit quelques modifications. Nous avons expliqué les dimensions du soulèvement musulman en Iran et souligné l'injustice du pouvoir taghûtî en place et sa complicité avec les Etats mécréants. J'avais opté pour la distribution des publications la veille d'Al-'Aïd (fête du sacrifice) à Muzdalifah (Al-Mash'arul-Harâm). Mais le soir du septième jour du Dhul-Hijjah, je fus surpris à la Mecque, par la nouvelle que le sheikh responsable de la diffusion des publications avait été arrêté après en avoir distribué quelques-unes dans l'enceinte de la Sainte Mosquée mecquoise. Toutes les publications furent confisquées et le sheikh fut incarcéré. Nous, savants d'Irak et d'Iran, rencontrâmes, le jour de l'Aïd (la fête), le prince héritier Fayçal. J'en pris alors acte et lui demandai la libération du sheikh incarcéré et la restitution des publications en rappelant que son gouvernement avait levé pour devise l'application des lois coraniques, que cela impliquait le devoir d'aider les Musulmans qui combattent chez eux dans cette voie à l'encontre de leurs gouvernements qui veulent plutôt appliquer les lois de la mécréance et que la Cité sacrée devait être, par conséquent, un refuge pour les persécutés parmi les Musulmans qu'on devait aider à expliquer leur cause à leurs frères pèlerins afin que se réalisât effectivement ce verset: "Pour témoigner des bienfaits qui leur ont été accordés..."

Après, j'ai invoqué le soulèvement des Ulémas musulmans à la grande Université de Qum en Iran et me suis étendu sur l'explication des tenants et aboutissants de cet événement et sur le devoir des leaders musulmans, le gouvernement saoudien en particulier, à son égard avant de conclure par la défense de la cause du sheikh arrêté pour avoir distribué les dites publications. Des discussions furent engagées à ce sujet, qui aboutirent à la libération de l'homme incarcéré.

Après l'accomplissement des rites du pèlerinage et notre retour à la Mecque, nous apprîmes que des journaux avaient invité le public à assister dans la mosquée indienne de la Mecque au discours du professeur Al-Mawdûdî prononcé le vendredi après la prière d'Al-'Ishâ' et comportant d'autres les huit questions nécessaires (selon l'orateur) aux Musulmans en vue de la restitution de la vie islamique à la société.

Après lui, je me tins derrière le micro pour prendre la parole et commenter son discours en disant: "pour leur éveil et redressement; les Musulmans ont besoin aujourd'hui de trois choses:

"Premièrement: Quatorze siècles après l'apostolat du Messager d'Allah (SAW) et en raison des vicissitudes qu'ils ont traversées, les Musulmans ressentent le besoin d'entreprendre une étude objective englobant la manière dont les lois devraient être puisées des sources islamiques et la science des hadiths (la sunnah) loin du mimétisme par lequel on ne faisait qu'imiter les anciens et ruminer leurs traités en ces matières.

"Deuxièmement: Réaliser que les conquérants et colonisateurs mécréants après avoir pris possession des terres de l'Islam, purent diviser la parole des Musulmans et mater tout mouvement islamique naissant là où il apparut. Là, j'ai dû parler des révolutions, algérienne et erytréenne, et du soulèvement des Ulémas iraniens contre le Tâghût agent et pion des Etats nantis. Je me suis étendu sur ces événements afin de sensibiliser les Musulmans et les inciter à venir en aide à leurs frères.

"Troisièmement: Avoir enfin une foi solide comme celle d'Abî Dahr, de 'Ammâr et de Sumayyah. J'ai expliqué alors comment ces compagnons glorieux du Prophète avaient enduré dans la voie de l'Islam, la persécution et la douleur, là à la Mecque où nous étions".

A la Sainte Médine, le Doyen de son Université islamique Sheikh Abdul-'Aziz b. Bâz qui fut informé de mes rencontres avec les délégations musulmanes voulut me faire visiter la nouvelle Université islamique de Médine, croyant que j'étais disciple de l'Ecole des califes. Il envoya des voitures de service pour nous prendre ainsi que des ulémas de Bagdad et certains de ses dignitaires et hommes de culture. Dans le préau de l'Université ses professeurs étaient réunis et attendaient de nous recevoir. Des étudiants se penchaient des fenêtres pour nous voir. Quand nous avons pris place, je commençai après les louanges consacrées adressées à Allah, par transmettre les salutations des Ulémas de l'Irak et leurs félicitations exprimées à l'occasion de l'institution à Sainte Médine de l'Université islamique. Ensuite je dis:

"Quand le Prophète (SAW) arriva en 1ère année de l'hégire à Médine, il commença par établir le pacte de la confraternisation parmi les Emigrés (Al-Muhâjirîne) et les Alliés (Al-Ancâr). Sur cette base, la glorieuse société islamique fût bâtie. Aujourd'hui, vous, qui comptez parmi vous des étudiants appartenant à 45 Etats, pouvez lui emboîter le pas et présenter d'immenses services à l'Islam et aux Musulmans qui en ont besoin. Partout dans le monde, ils sont éprouvés par l'invasion du colonisateur mécréant. Parmi eux certains gémissent directement sous son joug, d'autres subissent l'assujettissement de ses agents et complices. Les uns et les autres mènent aujourd'hui le combat contre l'agression de l'envahisseur. Je citai encore l'exemple de l'Algérie, de l'Erythrée et de l'Iran où le but était de rétablir les lois islamiques dans un pays musulman..."

J'avais bien sûr introduit ce discours par le rappel des drames causés par la division des rangs musulmans, en citant des exemples à l'appui...

Quand vint le tour de mon hôte Sheikh Ben Bâz - c'était un homme aveugle - qui apprit finalement que j'étais disciple de l'Ecole d'Ahlul-Bayt, il toussota avant de dire textuellement: "Vous êtes polythéistes! Embrassez d'abord l'Islam puis demandez aux Musulmans de faire l'union avec vous".

Le sang brûla dans mes veines et j'ai dû entrer avec lui dans une longue discussion qu'il est inopportun de rapporter ici(4).

Lors de mes voyages de pèlerin, j'eus l'occasion d'écouter les orateurs des vendredis, à la Mecque et à Médine. J'entrais en discussion avec certains d'entre eux à la Mosquée Al-Khayf entre les deux dernières prières de la journée. J'ai assisté à des réunions tenues à la Mecque par la Ligue islamique mondiale. Je fis aussi connaissance avec des savants d'Egypte, en particulier ceux de l'Université Al-Azhar, du Liban, du Golf, de l'Inde, du Pakistan, de Kashmîr et d'autres contrées musulmanes. Nous avons causé de tout. Parfois on me dit ce qu'il n'est pas commode de rapporter aujourd'hui. A travers ces discussions avec les penseurs et leaders musulmans, j'appris - mieux que l'informé ne saurait vous aviser - que nul rapprochement ou entente ne pouvait se réaliser sans une étude commune préalable des divergences qui les opposent, de leurs origines et des démarches à suivre afin de les traiter et de les dépasser. Nous en citons ici des exemples avant de conclure par la proposition de l'acte à mener dans la voie du traitement adéquate. Commençons par les divergences relatives à certains attributs divins-gloire à Allah.

- III -

Certains Attributs d'Allah - Exaté soit-IL - et l'Origine de la Divergence les Concernants

Certains Musulmans croient:

- Qu'Allah créa Adam à son image.(5)

- Qu'IL a des doigts(6), une jambe(7) et un pied.

- Que le jour de la Résurrection, IL posera Son pied sur le feu de la Géhenne qui dira alors "Qat", assez, assez.(8)

- Qu'IL a un espace, qu'IL se déplace d'un lieu à un autre, à cause de ce qui est rapporté que le Messager d'Allah(SAW) dit: "Son trône est situé sur ces cieux comme cela (en montrant avec ses doigts l'exemple d'un dôme) et qu'il (le trône) fléchit sous Son poids comme le fait le bât ou le chargement sous le cavalier".(9)

- Qu'IL descend chaque fin de nuit au ciel de ce bas monde et dit: "Qui M'appelle pour que Je l'exauce? Qui Me demande pour que Je lui donne?...".(10)

- Que le Prophète (SAW) dit: "Certes, vous verrez à vue d'il votre Seigneur!"(11)et ceci: "Lorsque les habitants du Paradis s'adonnent aux délices, soudain, une lumière leur apparaît; quand ils lèvent leurs têtes, leur Seigneur se penche d'en haut, sur eux et leur dit: As-Salâmu-alaykom, Habitants du Paradis!, le Prophète ajouta: c'est l'interprétation de la parole d'Allah (verset coranique):

""Paix" telle est la parole qui leur sera adressé de la part d'un Seigneur Miséricordieux. (V. 58/XXXVI).

"Alors, ajouta le Prophète: IL regardera vers eux et ils regarderont vers Lui, sans pouvoir se détourner de Lui vers quelque délice que ce soit tant qu'ils Le regardent et jusqu'à ce qu'IL se cache d'eux. Mais Sa Lumière et Sa Bénédiction subsisteront".(12)

Contentons-nous de ces exemples de hadiths - très nombreux en fait - qui parlent des attributs divins, de la vision qu'auront les serviteurs de leur Seigneur, le Jour de la Résurrection... Ne voulant pas recenser ces traditions, analysons-en néanmoins l'interprétation donnée par les uns et les autres.

L'opposition quant à l'interprétation des hadiths précédents

Il y a parmi les Musulmans ceux qui croient à la lettre de ces hadiths et trouve que la foi qu'on y porte équivaut à la foi en Allah et en Son Unicité - gloire à Lui -. Ceux-qui, pour éviter tout anthropomorphisme, donnent une autre interprétation à ces hadiths, sont taxés par les littéralistes de "Négateurs des Attributs Divins".

Les dits hadîths furent rapportés par Muslim dans le livre Al-'Imân de son Sahih ainsi que par Al-Bukhârî dans le livre d'At-Tawhîd du Sahîh.

Ibn Khuzaymah composa en la matière un livre intitulé: At-Tawhîd wa Ithbâtu-Sifâtur-Rabbi, (l'Unicité et la confirmation des Attributs du Seigneur, exalté soit-IL, par lesquels IL s'est décrit dans Sa Révélation et par l'intermédiaire de Son Prophète), selon une transmission de récits authentiques de justes en justes sans rupture dans la chaîne de transmission ni flétrissure ni stigmatisation des rapporteurs équitables de ces hadiths.(13)

Ad-Dhahabî composa à son tour, le livre: Al-'uluwwul-'âl lil'Aliyyil-Ghaffâr (14) (La Hauteur suprême du Très Haut, le Pardonneur).

L'auteur y cita les versets et les hadiths dont ils (les littéralistes) comprennent que la suprématie d'Allah réside dans la hauteur spatiale. Il y cita à l'appui de cette thèse les récits des Compagnons, des Tâbi'îne (leurs disciples) et des traditionnistes.

L'origine du désaccord relatif aux attributs divins et à la visibilité d'Allah

Contrairement à ceux parmi les Musulmans qui optaient, à ce sujet, pour le premier point de vue cité ci-dessus, il y en a d'autres qui évoquent aux antipodes de cette thèse, des versets coraniques tels que:

"Les regards ne sauraient L'atteindre alors qu'Il peut atteindre les regards..." (V. 103/ VI)

Quant au verset 22/LXXV: "Ce jour-là, il y aura des visages brillants qui tourneront leurs regards vers leur Seigneur", le regard sera tourné vers l'ordre du Seigneur dans l'expectative, à l'instar du verset 82/XII "Interroge la cité où nous étions", c'est-à-dire les gens de la cité. Ainsi se fait l'interprétation des versets dont la lettre indique en apparence qu'Allah, exalté soit-IL, est un corps. Pour cette dernière Ecole, sont donc des mujassimah ou mushabbihah (anthropomorphistes) ceux qui prêtent à leur Seigneur les attributs de Ses créatures.

A l'appui de cette thèse, on cite l'Imam 'Ali (a. s): "Allah ne descend pas et n'a pas besoin de le faire. Parle ainsi celui qui Lui attribue quelque manque ou ajout. Tout mouvant a besoin d'être mû par quelqu'un ou par quelque chose. Prenez garde, au sujet de Ses Attributs, ne parlez pas de limite, n'évoquez ni manque ni ajout, ni l'acte de mouvoir ni l'état d'être mû, ni départ, ni descente, ni redressement ni station assise".(15)

Le narrateur dit à l'Imam 'Ali b. Mûssâr-Ridâ (a. s.): "Nous rapportions qu'Allah - glorifié soit-IL - a fait un partage au sujet de Sa parole et de Sa vision: à Mûssâ (Moïse) (a. s.) la parole et à Muhammad (SAW) la vision! Abûl-Hassan Ar-Ridâ (a. s.)

rétorqua alors: "Ne fut ce pas Muhammad (SAW) qui a transmis aux djinns et aux Humains, ces versets?

"Les regards ne sauraient L'atteindre alors qu'Il atteint les regards". (V. 103/XX)

"Leur science ne peut L'atteindre". (V. 110/XX)

"Rien n'est semblable à Lui". (V. 11/XLII)

Il (le narrateur) répondit: Si.

L'Imam (a. s.) ajouta: "comment alors un homme vient-il à tous les Humains pour leur annoncer qu'il est l'Envoyé d'Allah à Qui il les appelle sur ordre d'Allah que Celui-ci dit: "les regards ne sauraient L'atteindre ...", puis il (l'Envoyé) dit qu'il L'a vu avec ses yeux, qu'il L'a cerné avec sa science et qu'IL est à l'image des hommes?". N'avez-vous pas honte? Les mécréants ne purent lancer un tel blasphème: transmettre les paroles d'Allah puis d'une autre manière, proférer ce qui les contredit".

Le narrateur répondit: mais IL dit: "Il L'a vu, en vérité, une autre fois". (V. 13/LIII)

Abul-Hassan (a. s) dit alors: la suite de ce verset indique ce qu'il a vu étant donné qu'IL dit d'abord: "Le cur n'a pas menti en ce qu'il a vu". (V. 11/LIII)

C'est à dire que le cur de Muhammad (SAW) n'a pas démenti ce que ses yeux avaient vu: "Il a vu les plus grands signes de son Seigneur". (V. 18/LIII)

Les signes d'Allah exalté soit-IL ne sont pas Allah qui dit: "Leur science ne peut L'atteindre". (V. 110/XX)

Or, si les regards venaient à L'atteindre, l'entendement L'atteindrait et Le connaître (le cerner) serait effectif.

Abu Qurrah demanda alors: "Nies-tu donc les récits?" Abul-Hassan (a. s) répondit: "Si les récits sont en contradiction avec le Qur'ân je les nie...".(16)

C'est ainsi que les Imams d'Ahlul-Bayt (a. s.) expliquèrent les versets coraniques et donnèrent la signification des termes tels que la jambe, la main et le trône dans le Sait Coran.

- IV -
L'Origine du Désaccord Relatif

aux Qualités Spécifiques des Prophètes

Certains Musulmans croient:

- Que chercher les reliques des prophètes et prier auprès de leurs tombes relèvent du polythéisme!

- Que la construction de mausolées sur leurs tombes équivaut également au polythéisme!

- Que la célébration de leurs anniversaires et de ceux des hommes justes et alliés d'Allah est un péché et une innovation illicite.

- Que l'imploration d'Allah par l'intermédiaire de quelqu'un d'autre que Lui avoisine le polythéisme.

- Que chercher l'intercession du Prophète (SAW) après sa mort est en contradiction avec les lois islamiques.

Ceux qui ne partagent pas ce point de vue avancent les arguments suivants:

1- La considération des reliques bénies des prophètes (a. s.)

Les adeptes de ce point de vue arguent de ce qui est amplement rapporté dans les livres de hadiths (mutawâtir) que les Compagnons considéraient avec vénération la personne du Prophète (SAW) et ses effets personnels de son vivant et après sa mort (ses reliques).

L'effet bénéfique de la salive du Prophète (SAW)

Sahl. B. Sa'd rapporte dans le sahîh de Bukhârî que le Messager d'Allah (SAW) dit le Jour de Khaybar: "Demain je remettrai ce drapeau à l'homme par lequel Allah nous accordera la victoire, un homme qui aime Allah et Son Messager et qui l'aiment également".

Les gens passaient leur nuit à se chamailler et à se demander qui en aurait le privilège. Le matin, une fois auprès du Messager d'Allah (SAW), tous espéraient se faire accorder le drapeau. Le Prophète (SAW) demanda: "Où est 'Ali?". "Il a mal aux yeux, ô!

Messager d'Allah", répondit-on. Le Prophète demanda qu'on l'amenât.

Dans une autre version au sein du même livre, le Prophète cracha sur ses yeux (de 'Ali a. s.), ce qui les guérit sur-le-champ comme s'il n'avait jamais été malade.(17)

Dans le récit rapporté par Salamah b. Al-Akwa' (dans la Shîh de Muslim), le Compagnon dit: "Je conduisis 'Alî chassieux jusque devant le Messager d'Allah (SAW). Il cracha alors sur ses yeux. 'Alî guérit et reçut le drapeau".(18)

La recherche de la bénédiction dans l'eau ayant servi aux ablutions du Prophète (SAW).

Anas b. Mâlik rapporte (dans le Sahîh de Bukhârî): "Le moment de la prière du 'Asr (la 3e prière) fut venu, les hommes cherchaient de l'eau pour faire les ablutions mais ils n'ont trouvé qu'un vase contenant un peu d'eau, qu'on apporta devant l'Envoyé d'Allah (SAW). Il y plongea sa main et ordonna aux hommes de faire leurs ablutions. Je vis à ce moment l'eau jaillir du dissous de ses doigts et les hommes faire leurs ablutions du premier au dernier".(19)

Dans le même recueil, à l'occasion du traité d'Al-Hudaybiyyah, 'Urwah b Mas'ûd rapporte ceci: "Par Allah, le Messager (SAW) n'eût rejeté quelque crachat sans qu'une main de Compagnon ne le prît pour en frotter le visage et la peau. De même quand il finit de faire ses ablutions, ils (les Compagnons) allaient s'entre-tuer pour s'emparer de l'excédent de ses ablutions".(20)

La recherche de la bénédiction dans les cheveux du Prophète (SAW)

Muslim rapporte dans son Sahîh que le Messager d'Allah (SAW) se rendit à Mîna, se fit couper les cheveux (rite du pèlerinage) après avoir lapidé et immolé. Ensuite, il en donnait aux gens. Dans une autre version, il appela le coiffeur et quand il s'est fait couper les cheveux, il les donna à Abî Talhah pour les partager entre les gens.(21)

La recherche de la bénédiction dans l'endroit touché par la main du Prophète (SAW)

A propos de la biographie de Handhalah tant dans Al-Içâbah (Ibn Hajar) que dans Al-Musnad (Ibn Hanbal) le dit: Compagnon raconte:

"Mon grand-père m'amena devant le Prophète (SAW) et dit: j'ai des fils dont certains possèdent des barbes, d'autres sont mois âgés. En voici le plus jeune. Je te prie de demander à Allah pour son bien (bénis-le). Alors le Prophète (SAW) passa sa main sur sa tête en disant: Qu'Allah te bénisse. Le narrateur commente: par après, j'ai vu qu'on amenait à Handhalah une personne souffrant d'une enflure au visage ou une bête atteinte d'dème, qu'il dit Bismillah, soufflant sur sa main qu'il posa sur sa tête là où le Prophète (SAW) avait posé la sienne puis la passa sur l'organe soufflant. Le narrateur ajoute: et l'dème disparaît".(22)

Un récit similaire est rapporté par l'auteur d'Al- Içâbah (Ibn Hajar Al-'Asqalânî).

Enfant ou âgé, en voyage ou en résidence, de nuit ou de jour, bébé dans la tente de Halimas-Sa'diyyah ou en mission commerciale en Syrie, émigré chez ummi Ma'bad ou chef d'Etat à Médine, la bénédiction se répandait immanquablement de la personne du Prophète (SAW) à la manière de la lumière qui se dégageait du soleil et du parfum qu'exhalait la fleur. Ce n'est qu'à titre d'exemple que les récits ci-dessus sont proposés au lecteur. En faire un recensement exhaustif serait ici hors de propos; ce qui vient d'en être dit est suffisant pour "qui a un cur, prête l'oreille et est témoin".(23)

Ci-après, nous étudions la question de l'intercession du Messager d'Allah (SAW) implorée par le croyant ainsi que les autres spécificités qui distinguent le Messager des autres Humains.

2- La demande de l'intercession au Messager d'Allah (SAW)

Ceux qui croient en la légitimité de cette demande (adressée en tout temps par le croyant au Seigneur) avancent le fait que cela fut un agrément pour Allah avant la création de la personne du Prophète (SAW), durant sa vie sur terre, après sa mort et au Jour de la Résurrection. En voici les arguments:

Premièrement: chercher accès auprès d'Allah par l'intermédiaire du Prophète (SAW) avant sa création (physique)

Ceci est rapporté par nombre de traditionnistes dont Al-Hâkim (dans son Mustadrak citant b. Al-Khattâb) qui dit: "Quand Adam commit sa contravention il dit: Oh! Seigneur, par Muhammad, je T'implore de me pardonner. Allah dit: Adam! Comment as-tu connu Muhammad que je n'ai pas encore créé? Adam répondit: Oh Seigneur! Parce que quand Tu m'as créé, insufflé en moi de Ton Esprit, j'ai levé la tête et aperçu cet écrit sur les colonnes du Trône: "Il n'y a d'autre divinité qu'Allah; Muhammad est-Son Messager", j'ai alors compris que Tu n'as joint à Ton Nom que celui de l'être le plus aimé par Toi. Allah dit: tu dis vrai, Adam, c'est lui le bien-aimé de Mes créatures, implore Moi par son nom, je t'ai pardonné et (sache que) n'eût été Muhammad, je ne t'ai pas créé".

At-Tabarânî rapporta le même récit avec cette addition: "Et c'est le dernier prophète de ta postérité".(24)

Deuxièmement: Durant sa vie

Ahmad. B. Hanbal, Tirmidhî, Ibn Mâjah et Al- Bayhaqî rapportent à partir de 'Uthmân b. Hunayf qu'un homme aveugle vint auprès du Prophète (SAW) et dit: "Demande à Allah de me guérir! Le Prophète lui dit: je le ferai si tu veux mais si tu supportes (ton mal) en patience, ce sera mieux pour toi! L'aveugle réitère: implore (pour moi)! Le Prophète (SAW) lui ordonna alors de bien faire ses ablutions, et de faire cette invocation: Seigneur (Allahumma)! je T'implore en ayant recours à Ton Prophète Muhammad, le Prophète de la Miséricorde, ô Muhammad! j'ai recours à Toi pour demander au Seigneur d'exaucer mon vu "Allahumma", permets-lui d'intercéder en ma faveur". Al-Bayhaqî et At-Tirmidhî disent que(25)ce hadith est authentique.

Troisièmement: Après sa mort

At-Tabarânî rapporte dans son grand Mu'jam, à partir de 'Uthmân b. Hunayf qu'un homme se rendait pour une affaire à la porte du Calife 'Uthman b. 'Affân (r.d). Mais ce dernier ne faisait pas attention à lui et ne se pencha point sur son affaire. L'homme s'en est plaint auprès de 'Uthmân b. Hunayf (le Compagnon) qui le conseilla ainsi: "fais tes ablutions, ensuite va à la Mosquée et quand tu auras fait une prière de deux inclinations, tu diras ceci avant d'évoquer ton besoin: Allahumma (Seigneur), je T'implore en ayant recours à Ton Prophète Muhammad (SAW), le Prophète de la Miséricorde. Ô Muhammad, j'ai recours à toi pour demander à mon Maître d'exaucer mon vu! De me donner satisfaction". L'homme dit alors ce qu'on lui a conseillé de faire puis se rendit à la porte du Calife. Le concierge vint à lui, lui prit la main et l'introduisit chez 'Uthmân qui le fit s'asseoir avec lui sur le tapis avant de lui demander: "C'est quoi ton affaire?" Le Calife donna alors satisfaction à l'homme en disant: "chaque fois que tu as besoin de quelque chose, viens me le dire!"

En principe, avec l'existence de ces hadiths clairs dans la Sunnah du Messager (SAW), aucune divergence n'aurait dû être envisagée quant aux hautes qualités des prophètes en particulier celles du Sceau des prophètes (SAW).

Nous abordons à présent l'origine de ces divergences et de la négation des traits distinctifs du Messager d'Allah (SAW)

En fait, le problème vient de la diffusion de plusieurs récits relatifs au dénigrement des prophètes (a.s) dans les livres de hadith. De tels récits placent les prophètes au-dessous du niveau commun des gens. Ces récits qui sont diamétralement opposés à ceux que nous avons cités ci-haut forment chez celui qui y croit une vision particulière du statut d'un prophète. Pour quiconque veut y prêter attention, voici des exemples de récits concernant le sceau des prophètes et le meilleur des messagers (SAW):

1)- Al-Bukhârî rapporte dans son Sahîh: "Avant la révélation, le Messager d'Allah (SAW) présenta un jour un plat contenant de la viande à Zayd b. 'Amru b. Nufayl qui refuse d'en manger en disant: je ne mange que de ce sur quoi le nom d'Allah a été invoqué".(26)

Ce Zayd donc était à l'époque anté-islamique (la Jâhilliyyah), meilleur que le Messager d'Allah puisqu'il évitait les turpitudes de cette époque plus que ne le faisait le Messager d'Allah (SAW).

2)- Al-Bukhârî et Muslim rapportent que: lorsque Jibril (Gabriel) (a. s.) révéla au Messager d'Allah (SAW) ces versets du Coran.

"Prêche au Nom de ton Seigneur Qui créa par le calame" (XCVI), le Prophète (SAW) revint chez lui plein de frisson et dit à Khadijâ (son épouse): Je crains pour moi-même. Elle lui rétorqua: Mais non, sois heureux de la bonne nouvelle. Je jure par Allah qu'IL ne t'humiliera jamais. Ensuite, elle l'emmena chez Waraqah b. Nawfal qui était devenu chrétien auparavant. Le Messager l'informa de ce qu'il avait vu. Waraqah lui dit alors: il s'agit de la loi divine qui descendit sur Moïse ...".(27)

Donc ce Waraqah le chrétien en savait plus sur la Révélation et sur Gabriel que le Messager d'Allah (SAW) qui en fut pourtant l'interlocuteur. C'était donc la parole de ce Waraqah qui apaisa le Prophète (SAW) sur son devenir, sinon il voulait - comme le rapporte Ibn Sa'd dans At-Tabaqât - se jeter d'une crête de montagne. At-Tabarî rapporte aussi que le Messager d'Allah (SAW) dit à ce propos: "celui-là (c'est-à-dire lui-même) s'avère un poète ou un fou! Non! Quraych ne parlera jamais de la sorte sur moi".(28)

3)- Al-Bukhârî et Muslim rapportent ceci: "Le Messager d'Allah (SAW) se fâchait, maudissait, insultait ainsi ceux qui ne le méritaient pas. Mais il demanda à Allah qu'il en fît un bien et une purification pour la personne concernée".(29)

4)- Ils rapportent aussi ce récit: "Quelque juif ensorcela le Messager d'Allah (SAW) jusqu'à ce qu'IL lui arrivât d'imaginer qu'il faisait la chose alors qu'il n'en était rien".(30)

5)- Muslim rapporte ceci: "Le Messager d'Allah (SAW) passa près d'un groupe de personnes qui étaient en train de ''féconder'' des dattiers et leur dit: si vous ne le faites pas, ce sera mieux. Ces gens mirent fin alors à cette opération de fécondation. Quand la récolte en dattes s'est avérée bien médiocre, le Prophète se contenta de dire: Vous êtes plus à même de savoir ce qui arrange les affaires de votre vie (d'ici-bas)".(31)

6)- Al-Bukhârî et Muslim rapportent aussi ceci: "Le Messager d'Allah (SAW) écoutait des filles d'Al- Ançâr qui chantaient jusqu'à ce qu'Abû Bakr les éloignât".(32)

7)- Muslim rapporte ceci: "Le Messager d'Allah (SAW) porta un jour Aïsha sur son épaule afin qu'elle puisse regarder les Abyssins qui jouaient dans la Mosquée, jusqu'à ce que 'Umar les grondât".(33)

Dans la version d'At-Tirmidhî: "Soudain il ('Umar) surgit; les gens alors se dispersèrent ce qui fit dire au Messager d'Allah (SAW): j'ai vu des démons tant parmi les djinns que parmi les Humains s'enfuir devant 'Umar".(34)

Dans une autre version: "Au retour d'une de ses batailles, une esclave noire joua du tambour et chanta devant le Messager (SAW).

Quand 'Umar fut entré, elle mit le tambour sous son séant et s'assit dessus. Le Messager d'Allah dit alors: Certes, Satan te craint, ô 'Umar!".(35)

8)- Al-Bukhârî et Muslim rapportent à partir de Aïsha que: "Lorsque le Prophète (SAW) entendit une fois un homme réciter du Coran dans la Mosquée, il dit: Qu'Allah lui accorde Sa grâce, il vient de me rappeler le verset "tel" que j'avais amputé de la sourate "telle"".(36)

Ces hadiths (et un tas d'autres similaires) affirment que le Messager d'Allah (SAW) était, avant l'Islam, inférieur à Zayd, que par après, Waraqah le chrétien savait plus que lui au sujet de la Révélation et de Gabriel, qu'Abû Bakr et 'Umar évitaient le divertissement et les futilités mieux que ne le faisait le Messager d'Allah (SAW), que le Compagnon qui, par sa récitation, rappela ce que le Messager avait amputé du Coran avait une mémoire plus fidèle que celle du Prophète, et que celui-ci était comme le commun des mortels, faillible et sujet aux moqueries des juifs et à leur sorcelleries et qu'il s'emportait et insultait celui qui ne le méritait pas.(37)

Ainsi quiconque croit en l'authenticité de ces hadiths ne peut qu'avoir une conception diamétralement opposée au contenu des hadîths que nous avons signalés auparavant, c'est à dire ceux d'après lesquels Allah dota exclusivement le sceau de Ses Prophètes de vertus nombreuses. Autrement dit, c'était cette conception dénigrante qui fit dire à l'homme (de science) saoudien que "Muhammad était un homme comme moi, qu'il est mort".

Outre ces hadiths dégradants cités ci-dessus, il y a, dans la mémoire des gens, l'acte perpétré par le calife 'Umar b. Al-Khattâb, qui, selon une interprétation personnelle, ordonna de couper l'arbre sous lequel le Messager d'Allah (SAW) reçut l'allégeance des Musulmans (voir les détails de ce récit dans le commentaire de Nahj Al-Balâghah d'Ibn Abîl-Hadîd 1/59).

Nous soulignerons plus loin lors de l'étude consacrée aux sources de la Shari'ah islamique, les diverses tentatives du pouvoir dans les Etats Musulmans pour hausser aux yeux des Musulmans le statut du calife au-dessus de la prophétie. Contentons-nous ici de citer un seul exemple, celui d'Al-Hajjâj b. Yûssuf Ath-Thaqafî, gouverneur sur l'Irak du calife 'Abdel-Malik b. Marwân, à savoir Al-Hajjâj b. Yûssuf, lors d'un sermon à Kûfah, critiqua les pèlerins qui se recueillaient à Médine auprès du Tombeau du Messager (SAW): "Malheur à eux, ils tournent autour de lattes et de vieux ossements! Qu'ils tournent autour du palais du Commandant des Croyants Abdel-Malik! Ne Savent-ils pas que le représentant d'un homme a plus de valeur que son envoyé?".(38)

De nos jours, l'esprit de dénigrement qu'on rencontre chez certains musulmans au sujet du Prophète (SAW) n'est que le résultat de ces tentatives malveillantes perpétrées au cours des siècles tant au niveau des récits dégradants qu'ils ont rapportés qu'à celui de l'exégèse et de l'interprétation qu'ils inculquaient aux Musulmans afin de les orienter là où ils voulaient. En fait partie leur opinion au sujet de la célébration de l'anniversaire (Al-Mawlid) du Messager (SAW).