Les principes de l'union islamique
 
L'utilité de la philosophie et de la religion

Au nom d'Allah le Clément, le Miséricordieux. Gloire à Allah, le Seul digne de louanges et de toute adoration.

Ce soir, nous allons tenter ensemble de réfléchir à la question de l’utilité de la philosophie et de la religion dans notre vie quotidienne. Car ces deux notions sont parfois mal comprises. Si l’une est souvent perçu comme inutile, à savoir la philosophie, l’autre au contraire est réduite à son aspect juridique, tel chose est halal et tel autre haram, ou encore à l’enfer et au paradis. D'ailleurs, je tiens à préciser que mon propos n'est pas affirmatif mais plutôt interrogatif c'est à dire je cherche à susciter le questionnement en chacun de nous et encore moins à faire la morale à qui que ce soit. Bien sur, il est impossible et prétentieux de vouloir traiter cette question dans sa totalité en une quinzaine de minutes.

Nous tenterons plutôt de questionner ces deux notions en nous demandant ce qu'elles sont en elles mêmes et ce que la Philosophie peut apporter à la Religion. Je tiens à préciser une chose : toutes les critiques et tous les conseils que je pourrai émettre sont d'abord diriger vers moi-même.

I/ La Philosophie

Qu'est ce que la Philosophie ? Il est coutume de penser que la Philosophie est un luxe, qu’elle ne sert à rien, qu’elle est inutile et que tous les philosophes sont des fous et ainsi de suite. Donc Philosophie égale perte de temps.

Pourtant si on fait un effort de réflexion, on se rend très vite compte que la Philosophie est indispensable. En effet, à l’époque où elle est apparue dans le monde Occidental, c'est à dire vers le quatrième siècle avant JC, la Philosophie n'était pas ce qu'elle est aujourd'hui. A notre époque, la Philosophie, c'est produire un discours théorique sur le monde, c'est s'intéresser à des choses auxquelles le commun des mortels ne s'intéresse pas comme par exemple “ Comment la connaissance est elle possible ? “, “ Comment l'acquisition des connaissances est elle rendue possible ? “. Bref, la Philosophie c'est discourir, c'est rester dans le monde des idées, pour reprendre une expression de Platon. Alors qu'à l'époque antique, la Philosophie n'était pas qu'un discours. Au contraire, elle était avant tout une manière de vivre, un engagement existentiel, donc la Philosophie est ici rattachée à la pratique. On est donc dans du concret, dans le monde réel.

Voyons maintenant ce que signifie manière de vivre. Vivre philosophiquement c’est vivre selon ses idées ou plutôt selon les idées de l'école à laquelle on s'est attaché car à cette époque il était question d'adhérer à une école. Les plus connues étaient les suivantes : l'école épicurienne, platonicienne, aristotélicienne, stoïcienne, cynique. Chacune de ces écoles avaient une doctrine et il s'agissait à ce moment là, de l'appliquer, de vivre en fonction de cette doctrine. On voit à partir de là que celui qui décidait de vivre philosophiquement prenait la décision de changer radicalement sa manière de vivre mais aussi sa manière de voir et de comprendre le monde.

Que recherchaient toutes ces écoles ?

Elles cherchaient toutes à transformer l'individu, à le rendre meilleur. Le but était de vivre vertueusement, de se détacher de ce monde matériel, de prendre de la distance à l'égard de ses passions, de ses désirs. Il était question de devenir meilleur et l'outil fondamental qui permettait cette transformation était LA RAISON. Par exemple, pour l'école stoïcienne, il s'agissait de ne pas être affecté par le monde extérieur, c'est à dire le monde extérieur ne peut pas nous faire du mal. Si nous sommes malheureux, ce n'est pas parce que le monde qui nous entoure nous rend triste, ce n'est pas le monde qui est la cause de notre tristesse, c'est le jugement que nous portons sur le monde qui nous rend triste. Donc nous sommes nous même la cause de notre propre malheur car l'école stoïcienne a un principe fondamental qui est parfaitement résumé dans cette formule d'Epictète :

“ Il y a des choses qui dépendent de nous et il y a des choses qui ne dépendent pas de nous. Celles qui dépendent de nous sont intérieures à nous, à savoir notre volonté et celles qui ne dépendent pas de nous sont extérieures à nous, à savoir le monde qui nous entoure. “

Si un individu applique scrupuleusement cette formule, l'on peut affirmer en toute certitude qu'il ne connaîtra jamais le malheur. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il y a une distinction fondamental entre le monde intérieur qui est le monde où règne notre volonté donc un monde qui dépend de nous, un monde sur lequel nous avons la capacité d'agir alors que le monde extérieur nous échappe, c’est un monde où nous ne pouvons avoir de maîtrise totale car c'est le règne de la contingence, les choses ne fonctionnent pas selon notre volonté.

C'est pourquoi, les stoïciens s'attachent au premier monde, celui où notre volonté a tous les pouvoirs et les stoïciens nous demandent pour cela de fortifier notre volonté, notre “ citadelle intérieure “ pour reprendre une expression de Pierre HADOT.

Prenons un exemple afin que ce soit plus clair : Quelqu'un me donne une gifle. La réaction spontanée, je dis bien spontanée est de s'énerver et de vouloir lui rendre la gifle. Le Stoïcisme nous demandera de marquer un temps d'arrêt c'est à dire réfléchissons avant d'agir. N'agissons pas sous le coup de la colère. Quelqu'un me donne une gifle, ce n'est pas un mal car je ne pouvais pas vouloir que celui qui avait pris la décision de me donner une gifle ne le fasse pas car je n'ai aucun pouvoir sur sa volonté donc on est dans le monde des choses qui ne dépendent pas de nous. Par contre ce qui est mal c'est de considérer cette gifle comme un mal car on est dans le monde intérieur, dans celui de la volonté où personne ne peut m'obliger de m'énerver. Le fait de dire que cette gifle n'est rien, c'est garder son calme, c'est rester maître de soi et c'est justement ce que vise le stoïcisme à savoir la totale maîtrise de soi. D'ailleurs tout le monde connait l'expression “ être stoïque “. Donc le stoïcisme nous demande de marquer un temps d’arrêt avant d'agir, prenons le temps de réfléchir, usons de notre raison, faisons la part des choses et agissons en conséquence.

Par conséquent, la Philosophie n'est pas si inutile qu'elle n'y paraît au premier abord. Ce qu'elle tente de faire c'est de nous aider à vivre mais avec une différence fondamentale. Tous les hommes veulent vivre, le philosophe aussi. Sauf que dans le cas de ce dernier, celui-ci veut BIEN vivre, c'est à dire vivre selon la raison. Alors que l'Homme commun aussi veut vivre, mais selon ses passions et nous connaissons les conséquences que cela entraîne : tristesse, jalousie, haine, bref, une vie agitée.

Passons maintenant au grand deux.

II/ La Religion

Nous allons procéder de la même manière concernant la religion, c'est à dire ce qu'elle est, ce qu'elle signifie et ce qu'elle vise.

La Religion est un ensemble de croyance et de dogmes définissant le rapport de l'Homme avec le sacré, ou la divinité. Autrement dit, elle met en place un certain nombre d'actes d'adoration qui nous permettent de créer un lien entre Dieu et nous. Cela signifie que si l'on pratique ces différents actes, nous devrions normalement, être plus proches de Dieu. Pourtant, si l'on regarde attentivement, il n'en est rien. Bien au contraire, au lieu de nous rapprocher de Dieu, nous nous en éloignons. C'est pourquoi si l'on se pose la question comme nous l'avions fait concernant la Philosophie de l'utilité de la Religion, l'on est tenté de répondre que la Religion ne sert à rien. Elle serait comme une perte de temps et d'énergie. Je sais que c'est très choquant ce que je suis entrain d'affirmer mais justement je vais tenter d'expliquer pour quoi la Religion ne sert à rien si on ne l'a comprend pas comme il le faut. Elle ne sert à rien si l'on ne retire pas les bénéfices escomptés.

En effet, nous sommes tous d'accord pour dire que les préceptes religieux sont dans l'intérêt de l'Homme et non dans celui de Dieu. Dieu n'a rien à faire de nos actes d'adoration, que l'on soit pratiquant ou pas, cela ne change rien à Sa toute puissance. Par conséquent, accomplir des actes d'adoration est avantageux pour l'Homme. La question qui se pose est la suivante : Quel est le but recherché par ces différents actes cultuels ? La seule fin recherchée est de rendre l'Homme meilleur afin que ce dernier se rapproche du Créateur. Tous les actes d'adoration quel qu'ils soient, visent à rapprocher l'Homme de Dieu. Comme dans le cas de la Philosophie, il est question dans la Religion de donner la possibilité à l'Homme de se parfaire. C'est comme un mode d'emploi. Si l'Homme l'applique, il atteint la félicité, la béatitude donc en quelque sorte le bonheur. C’est pourquoi, la Religion comme la Philosophie est une manière de vivre.

Pourtant, tout ceux qui sont assis dans cette assemblée, tous sans exception accomplissent les actes d'adoration obligatoires tels que les cinq prières quotidiennes, le jeûne, le pèlerinage, le khoums, etc... Mais soyons honnêtes vis à vis de nous même. Combien se sentent proche de Dieu ? Combien sont prêts à rejoindre le créateur ? Combien sont prêts à se détacher du monde matériel, de ses désirs, de ses passions. Bref, combien sont prêts à être des musulmans, c'est à dire soumis à Dieu. Là aussi c'est très choquant ce que je suis entrain d'insinuer dans le sens où nous pratiquons la Religion, nous sommes croyons pourtant nous ne sommes pas musulmans car être musulman signifie être soumis à Dieu sans aucune condition, s'abandonner totalement à lui, étouffer ses désirs par plaisir d'Allah. Je ne juge personne, je ne veux choquer personne mais soyons deux minutes honnêtes avec nous même et voyons à quel niveau sommes nous.

C'est pourquoi, comme je le disais précédemment la Religion ne sert à rien si nous ne réalisons l’objectif qui est de devenir meilleur. Par exemple, en accomplissant mes prières et une fois ces dernières terminées, je me mets à faire du mal à mon frère, à moi de me demander si j'ai atteint le but fixé par la Religion. Combien sommes nous à jeûner, à accomplir nos prières, à accomplir le pèlerinage et pourtant nous sommes toujours autant remplis de haine, de jalousie, de mauvaises intentions concernant autrui.

A quoi sert-il de se donner autant de peines à accomplir tous ces actes d'adoration et de continuer à être mauvais. En définitif, à rien.

En réalité, si le changement n'apparaît pas en nous, si les promesses de la Religion ne se réalisent pas, c'est tout simplement, parce que nous pratiquons par habitude, par héritage et même mécaniquement donc inconsciemment. Quand nous conduisons une voiture, nous ne réfléchissons plus à la manière de passer les vitesses, nous le faisons mécaniquement, inconsciemment. Il en est de même pour la Religion et c'est à ce niveau que la Philosophie peut être utile à la Religion car la Philosophie nous questionne. Elle nous pousse à poser des questions. En quelque sorte la Philosophie donne sens aux choses. Se poser la question du sens des différents actes d'adoration, du sens de la prière par exemple c'est faire l'effort de comprendre pour quoi cela nous est rendu obligatoire et avec cette connaissance, la pratique religieuse ne peut que devenir meilleur. Nous n'aimons une chose que lorsque nous en comprenons le sens. C'est pourquoi sans un effort de réflexion, la Religion ne nous apportera RIEN. Attention, je ne dis pas de ne plus accomplir les actes d'adoration obligatoire sous prétexte que nous n'en comprenons pas le sens. De toute façon, nous devons les accomplir mais nous n'en retirerons pas tous les bénéfices escomptés. Par conséquent, la Philosophie est un complément nécessaire et utile à la Religion dans la mesure où elle questionne notre pratique et nous pousse à une meilleure compréhension des choses.

Mais ce Dieu dont il est question dans la Religion, Quel est-Il ? L'avons nous compris ? Il est évident qu'aucun être humain, si ce n'est notre Prophète et nos douze Imams, ne peut prétendre avoir saisi le sens de l'existence de Dieu. Ce que l'on peut par contre faire ici c'est de souligner les fausses idées que nous avons lui concernant. Il est coutume de percevoir Dieu comme un être faible dans le sens où si nous ne faisons pas ceci, il ne nous donnera pas cela. Si nous n’accomplissons pas tel acte, Dieu ne sera pas content. Comprendre ainsi Dieu c'est le réduire à nos sentiments. Alors que c'est plutôt l'Homme qui agit ainsi c'est à dire par vengeance ou par affection. C'est ce qu'on appelle de l'anthropomorphisme c'est à dire projeter sa propre image sur celle de Dieu, transférer notre partie sensible sur Dieu. C'est en sommes l'humaniser.

Pourtant, Dieu est toujours au-delà de ce que l'on peut dire ou penser de Lui. Lorsque nous disons que Dieu est miséricordieux il faut se dire qu'Il n'est pas simplement miséricordieux, Il est encore des millions de fois plus miséricordieux que ce que nous entendons par cet attribut. Il est impossible d'enfermer Dieu dans un quelconque concept car ce serait le limiter alors qu'il est infini. Bien sur nous sommes prisonniers de notre finitude, de la pauvreté de notre langage et de toute façon nous n'avons pas d'autres outils pour tenter de comprendre Dieu. En fait, une des clés pour tenter de le comprendre c'est de se dire que l'idée que j'ai de Lui actuellement, Il est encore au-dessus de l'idée que je forme Le concernant.

Il est toujours au-delà de ce que je peux penser de lui. Ainsi l'on peut espérer se rapprocher d’une compréhension adéquate de Dieu.

En conclusion

Philosophie et Religion sont indissociables. Toutes deux visent la même chose : la perfection de l'Homme, même si ce dernier ne pourra jamais l'atteindre du fait de sa finitude. Il est malgré tout nécessaire de tendre vers cette perfection. De plus, l'une est l'autre ne servent à rien si nous ne faisons pas un effort de compréhension et de réflexion. Prenons la décision de philosopher et je vous assure sans aucune hésitation de la mise en marche d'une révolution existentielle. Pour les frères et sœurs qui seraient intéressés par la problématique de la Philosophie comme manière de vivre, je vous conseil deux livres extraordinaire dont la lecture peut nous pousser au questionnement. Celui de Pierre HADOT, Qu'est ce que la Philosophie Antique et le Manuel d'Epictète, tous deux sont disponibles en livre de poche.