Les principes de l'union islamique
 
L’Ayatollah Naïni :

Mirza Mohammad Hossein Naïni Gharavi est né en 1861 à Naïn, dans la province iranienne d’Ispahan. Il a fait ses études primaires dans sa ville natale, et il s’est rendu ensuite à Ispahan pour continuer ses études. Plus tard, l’Ayatollah Naïni a voyagé en Irak pour poursuivre ses études religieuses dans les écoles théologiques des villes saintes de Samarra, de Karbala et de Nadjaf. Il a eu la chance de profiter des cours de très grands maîtres tels que Agha Nadjafi Esfahani (philosophie et Kalam), et Mirza Bozorg (jurisprudence et principes religieux). Dès le début de la révolution constitutionaliste en Iran, l’Ayatollah Naïni est devenu le conseiller le plus proche et le plus écouté de l’Ayatollah Akhound Khorasani. Pendant cette même période, l’Ayatollah Naïni a écrit un ouvrage intitulé « L’éveil du peuple et la purification de la nation » ( ÊäÈ?å ÇáÇãå æ ÊäÒ?å Çáãáå ) pour défendre les principes de la révolution constitutionaliste iranienne. Cet ouvrage est devenu ensuite une référence classique des pensées politiques modernes des musulmans à l’époque contemporaine. L’Ayatollah Naïni a consacré toute sa vie aux efforts scientifiques, théologiques et politiques. Il est décédé à l’âge de 76 ans.

L’Ayatollah Naïni avait lancé un débat très profond sur la question de la légitimité du mouvement constitutionaliste. Dans ce débat, il a avancé plusieurs notions sur la signification et les types de l’Etat. Dans son ouvrage, l’Ayatollah Naïni a divisé l’Etat en deux types :

1- L’Etat despotique, autoritaire et dominateur ;

2- L’Etat constitutionnel, limité et dominé.

Dans l’optique de l’Ayatollah Naïni, l’Etat constitutionnel peut se réaliser de deux façons différentes, à savoir :

1- Un Etat parfait et idéal, loin de toute imperfection. Cet Etat est instauré par l’imam immaculé (SA). L’Etat établi par l’imam immaculé (SA) devient un Etat constitutionnel en raison du caractère immaculé et infaillible de son dirigeant et fondateur. En effet, l’infaillibilité empêche un tel gouverneur de se soumettre aux désirs personnels ou aux méthodes despotiques et autoritaires.

2- Un Etat constitutionnel peut voir le jour par les efforts des hommes ordinaires. Cet Etat ne sera pas parfait et il souffrira évidemment des défauts et des imperfections. Cependant, cette forme de l’Etat serait préférable et avantageux par rapport à un Etat despotique et autoritaire.

Pour prouver le caractère légitime d’un système constitutionnel, l’Ayatollah Naïni avance non seulement des arguments logiques et rationnels, mais aussi des justifications religieuses et jurisprudentielles dont les suivantes :

1- « Il y a des conditions dans lesquelles il est impossible d’empêcher le sultan de commettre tous les actes illicites ou prohibés, dont la prise par force du pouvoir. Cependant, dans ces mêmes conditions, il est possible parfois de limiter le pouvoir et l’autorité du sultan, de sorte qu'il soit possible de lui interdire certains actes prohibés. Dans ce cas, il ne faut absolument pas perdre cette occasion (l’établissement d’un Etat constitutionnel) pour limiter et conditionner le pouvoir du sultan. »

2- « Etant donné la compétence du docteur en jurisprudence (Mudjtahid) en matière des questions profanes, et compte tenu de la nécessité de l’établissement de l’ordre et de la sécurité dans le pays musulman …, il incombe aux hommes religieux et aux oulémas musulmans d’agir de la meilleure façon pour limiter le pouvoir des gouverneurs despotiques et autoritaires, par le biais de l’instauration d’un Etat constitutionnel. C’est une obligation pour les leaders religieux, étant donné leurs responsabilités, notamment dans le cadre de l’établissement de l’ordre et de la sécurité dans les pays musulmans, et pour renforcer le pouvoir de l’Islam et des musulmans. »

3- « A l’époque de l’occultation de l’Imam du temps, il est possible que les leaders religieux et les oulémas ne soient pas capables d’assumer complètement leurs responsabilités en matière de limitation du pouvoir despotique et autoritaire du sultan. Dans ce cas, il incombe aux oulémas musulmans de s’efforcer, dans la mesure du possible, d’agir pour limiter le pouvoir du sultan despotique et autoritaire, en essayant d’établir un Etat constitutionnel. »

Selon les pensées de l’Ayatollah Naïni, dans un système parlementaire, les députés de l’Assemblée nationale peuvent légiférer après avoir obtenu l’autorisation des docteurs de jurisprudence (Mudjtahid). Par conséquent, leur travail de législateurs sera soumis au contrôle et à la supervision des oulémas compétents en matière de la jurisprudence islamique. Selon lui, ce mécanisme pourrait assurer la légitimité du système constitutionnel. Pour justifier la légitimité de l’Etat constitutionnel, l’Ayatollah Naïni avance un autre argument : les élus du peuple auront le droit de légiférer dans les domaines où la charia reste silencieuse et n’exprime pas un avis définitif. Il s’agit, par exemple, des considérations d’ordre politique, budgétaire, etc., c’est-à-dire des questions qui sont liées aux impératifs du temps et de l’époque. Dans ce cas, la charia ne s’oppose pas au mécanisme de législation parlementaire. Il est à noter que dans le même temps que l’Ayatollah Naïni présentait ses arguments pour défendre le système constitutionnel, le cheikh Fazlallah Nouri et ses partisans s’opposaient, au nom de la défense de la charia, au principe de la législation parlementaire. Ils croyaient que le législateur suprême est Dieu et que les humains n’avaient pas le droit de faire la loi et de légiférer.

Il faut souligner qu’à l’époque de la révolution constitutionaliste iranienne, il existait d’autres divergences de vue entre l’Ayatollah Naïni et le cheikh Fazlallah Nouri. A titre d’exemple, ce dernier s’opposait à l’idée de la liberté absolue, en croyant que l’émancipation totale des contraintes et des règles religieuses conduiraient les gens à nier la religion et à propager des croyances hérétiques ou blasphématoires. Par contre, pour l’Ayatollah Naïni, la liberté était définie comme l’émancipation du joug du despotisme et de la tyrannie, pour exprimer librement ce qui est juste et bon pour le peuple, loin de toute pression de la part des pouvoirs despotiques et autoritaires. En d’autres termes, la liberté à laquelle croyait l’Ayatollah Naïni, n’était pas du tout l’émancipation de l’homme des contraintes et des règles de la religion, car l’homme libre reste, selon lui, un humble serviteur du Seigneur. Tandis que les partisans de la charia prétendaient que les slogans de la révolution constitutionaliste pour l’égalité constitutionnelle étaient contraires aux lois de la charia, l’Ayatollah Naïni disait que l’idée de l’égalité se définissait dans le cadre de l’égalité des individus, gouvernés ou gouvernants, devant la loi.

Fazlallah Nouri :

Le cheikh Fazlallah Nouri est né en 1878 dans le village de Lashk, dans la région Kajour de la province du Mazandéran (au nord de l’Iran). Il a commencé ses études primaires à Baladeh, près de la ville de Nour. Pour continuer ses études supérieures et apprendre les sciences religieuses, le cheikh Fazlallah Nouri s’est rendu d’abord à Téhéran, ensuite dans les villes saintes de Nadjaf et de Samarra. Pendant ses études, le cheikh Fazlallah Nouri comptait parmi les meilleurs élèves de Mirza Mohammad Hassan Shirazi (Mirza Bozorg). Il a formé, pour sa part, de célèbres oulémas dont le cheikh Abdolkarim Hayeri Yazdi. A la fin de ses études religieuses, Mirza Bozorg lui a conseillé de rentrer en Iran. Il s’est soumis au conseil de son maître et il est rentré en Iran. Peu de temps après, il a joué un rôle considérable dans le mouvement baptisé le « Mouvement du Tabac ». Dès le début de la révolution constitutionnelle iranienne, le cheikh Fazlallah Nouri a rejoint le rang des forces révolutionnaires. Mais plus tard, lorsque le mouvement constitutionnel s’est mis à s'opposer aux principes de la charia, le cheikh Fazlallah Nouri s’est démarqué du rang des forces constitutionalistes, car il estimait que le mouvement constitutionnel ne respectait plus les lois et les principes de la charia islamique. Les révolutionnaires ont considéré son opposition comme trahison au mouvement. Il a donc été arrêté et pendu à Téhéran.

Le martyr cheikh Fazlallah Nouri était d’avis que pour sauver le mouvement constitutionnel et le protéger contre la dérive et la décadence, il fallait le contraindre à respecter les lois de la charia islamique. Il estimait alors que l’Etat devait être un Etat religieux respectueux envers les principes divins et les lois de la charia, conformément aux enseignements du noble Coran, la charia et la Sunna du Prophète (SA). Cette croyance était le noyau des pensées politiques et sociales du cheikh Fazlallah Nouri. Ses autres opinions politiques et sociales s’articulaient, en fait, autour de ce noyau principal fondé sur la priorité de la charia islamique. Par conséquent, une meilleure compréhension des pensées politiques du cheikh Fazlallah Nouri nécessite la connaissance de sa perception à la fois de la charia et de l’Etat constitutionnel.

D’après le cheikh Fazlallah Nouri, la loi, la législation et un parlement, en tant qu’appareil législatif, devraient tous se soumettre à la prépondérance et à la supériorité de la charia islamique. Selon lui, l’ordre du monde dépend de l’existence de la loi. La meilleure loi pour assurer l’ordre du monde est la loi divine, car c'est la loi absolue et parfaite qui assure, de la meilleure façon, tous les besoins de l’humanité de tous les temps et de toutes les époques, pour réaliser le bien de l’homme dans ce monde et dans l’au-delà. Selon le cheikh Fazlallah Nouri, la jurisprudence chiite représentait ces lois de la charia sous leur meilleure forme. Partant de cette hypothèse, le cheikh Fazlallah Nouri estimait qu’en présence de la charia, les hommes n’auront plus besoin de légiférer de nouvelles règles et lois, et ce d’autant plus que les hommes n’ont pas d’ailleurs le droit de légiférer, sauf dans les cas où les nouvelles règles et lois soient établies uniquement pour régulariser les relations sociales. Même dans ce cas, le cheikh Fazlallah Nouri insistait sur le fait que ces nouvelles règles ne devaient en aucun cas contredire la charia islamique et la jurisprudence chiite. C’est la raison pour laquelle, le cheikh Fazlallah Nouri a insisté pour que le principe de la supervision des docteurs de jurisprudence islamique et des oulémas, sur les décisions et les approbations du parlement soit intégré dans l’amendement de la Constitution iranienne.

En ce qui concernait la notion de la liberté, le martyr cheikh Fazlallah Nouri estimait que la liberté devait être limitée par les règles et les contraintes de la charia islamique. Cette croyance était, en fait, à l’origine de l’opposition des partisans du mouvement constitutionaliste aux pensées du cheikh Fazlallah Nouri. A l’époque de la grande immigration des personnalités et des leaders du mouvement constitutionaliste, en réponse à l’Ayatollah Tabatabaï qui avait dit : « Le régime constitutionnel apportera une liberté totale au peuple », le cheikh Fazlallah Nouri a dit : « En Islam, nous n’avons pas de la liberté totale, permettant aux hommes de faire tout ce qu’ils veulent. » Peu de temps après le retour des leaders du mouvement constitutionaliste de leur immigration, certains journaux des révolutionnaires se sont mis à se moquer des idéaux et des croyances religieuses du peuple iranien. Pour empêcher que de telles choses ne se reproduisent, le cheikh Fazlallah Nouri a proposé que le principe du contrôle des oulémas musulmans sur la liberté de la presse soit intégré dans la Constitution iranienne, mais les forces constitutionalistes ont rejeté cette proposition du cheikh Fazlallah Nouri. Ce dernier s’est toujours opposé à une interprétation erronée de la liberté qui pourrait conduire vers la profanation des croyances religieuses, de la personnalité du Prophète et des imams immaculés, ou la propagation des croyances hérétiques et blasphématoires, ainsi que la culture occidentale. Le cheikh Fazlallah Nouri pensait donc que la liberté devait être définie très clairement dans le cadre de la charia islamique. Parmi les pensées politiques du cheikh Fazlallah Nouri, nous pouvons évoquer les suivantes :

1- les droits et les lois ne sont pas les mêmes pour les musulmans et les non musulmans, les hommes libres et les esclaves, les hommes et les femmes, …

2- L’établissement d’une justice véritable dépendrait du développement et du renforcement de la foi et des croyances religieuses.

3- A l’époque de l’occultation de l’imam du temps, le droit de gouverner revient aux docteurs de jurisprudence et aux oulémas musulmans.

4- L’Etat constitutionnel a uniquement le droit d’intervenir dans les affaires publiques, et ne peut pas intervenir dans les domaines relatifs à la charia islamique.

5- Le pouvoir monarchique doit être limité et contrôlé.

Il est à noter ici que les pensées politiques de Seyed Jamaleddin Assadabadi, du cheikh Mohammad Abduh, de l’Ayatollah Naïni ou du Cheikh Fazlallah Nouri n’englobent pas tous les courants de pensée de la période contemporaine. C’est pourquoi nous jugeons nécessaire de présenter les pensées politiques d’autres personnalités et de penseurs de la même période, notamment celles des grandes personnalités telles que Mohammad Eqbal Lahouri, Abol-Ala Modoudi, Seyed Qotb, l’Ayatollah Mohammad Bagher Sadr, etc. L’intérêt de connaître ces courants de pensée est grand, car ils s’approchent de plus en plus des courants de pensées qui existent aujourd’hui dans les pays islamiques.

Mohammad Eqbal Lahouri :

Mohammad Eqbal Lahouri (1877-1938) est poète, écrivain, penseur, théoricien politique et religieux, et un leader intellectuel et culturel des musulmans du sous-continent indien. Il a joué également un rôle considérable dans l’indépendance d’abord de l’Inde et ensuite du Pakistan. Mohammad Eqbal Lahouri était de confession sunnite, mais il éprouvait toujours un grand respect et un grand amour pour le vénéré imam Ali (SA). Cela explique peut-être le grand intérêt qu’il manifestait pour la nécessité de l’unité entre les musulmans sunnites et chiites. Ces idées sur l’unité des musulmans ont conduit Mohammad Eqbal Lahouri à adhérer à « l’Association de l’unité islamique » à l’époque où il était rentré dans son pays, après avoir fait ses études modernes, notamment dans le domaine de la philosophie, en Angleterre et en Allemagne. Ainsi, Eqbal Lahouri est devenu un disciple de Seyed Jamaleddin Assadabadi qu’il considérait comme instigateur de l’idée de l’unité islamique. Pour mieux connaître ses pensées profondes sur l’unité des peuples musulmans, il nous faudrait nous familiariser avec les pensées et les opinions politiques de Mohammad Eqbal Lahouri.

Eqbal Lahouri voyait le monde de l’Islam comme un tout cohérent, homogène et indivisible. Il croyait donc que les différentes populations musulmanes, quelles que soient leurs origines ethniques, raciales ou linguistiques, étaient unies les unes avec les autres par les liens religieux et confessionnels de l’Islam. Eqbal Lahouri pensait que la grande communauté musulmane ne devait pas être dirigée par des Etats despotiques et autoritaires dont la nature était essentiellement opposée à la nature humaine. Dans le même temps, Eqbal Lahouri pensait que le système démocratique à l’occidentale n’était adéquat pour les sociétés humaines non plus, notamment les sociétés musulmanes, car ces systèmes étaient en contradiction avec les principes de la raison humaine, de l’Islam et de la spiritualité. Selon lui, la meilleure forme de l’Etat pour gérer les affaires de l’Oumma islamique était un régime politique dans lequel le noble Coran fasse la loi, la Kaaba fasse le centre de la spiritualité, et le leadership soit assuré par les dirigeants religieux éclairés.

Mohammad Eqbal Lahouri pensait que la concrétisation de cet objectif sublime, c’est-à-dire l’établissement de l’Etat islamique, dépendait d’un changement profond dans les mentalités des peuples musulmans. En d'autres termes, Eqbal Lahouri se référait à ce verset coranique selon lequel le Seigneur ne change pas le destin d’un peuple, tant que ce dernier ne changerait pas ses conditions pour aller vers un meilleur sort et vivre dans de meilleures conditions. Il appelait donc les musulmans du monde entier à renforcer leur foi en Dieu et leur confiance en soi. Il prévenait les musulmans qu’ils ne pourraient compter sur l’aide et l’assistance d’aucune puissance extérieure et aucune autorité pour réaliser leurs buts. Autrement dit, il disait que l’homme musulman devait se réveiller et sortir de son sommeil historique, en réunissant toutes ses forces et ses moyens pour réaliser ses objectifs. « Celui qui est de fer, pourra atteindre tout ce qu’il veut », disait-il.

Selon Eqbal Lahouri, les musulmans ont perdu leur identité islamique depuis qu’ils ont été confrontés à la culture et à la civilisation occidentales. Il conseillait donc aux peuples musulmans de retrouver leurs origines et leur identité perdues, par un mouvement du retour vers la foi, la culture, les traditions et la spiritualité islamiques. Il est à noter cependant que dans cet appel de retour, Mohammad Eqbal Lahouri ne rejetait pas du tout l’apprentissage des sciences et des technologies modernes du monde occidental. Par contre, il pensait que les peuples musulmans devaient absolument apprendre les sciences et les techniques modernes de l’Occident, sans pour autant permettre que cela les occidentalise dans leur âme et leur esprit. Cette vision particulière de Mohammad Eqbal Lahouri est devenue célèbre comme la « philosophie du moi ». Cette école philosophique appelle les musulmans à se tourner de nouveau vers leurs origines et leur identité islamiques pour retrouver la grandeur et la puissance d’antan.

Abol-Ala Modoudi :

Abol-Ala Modoudi est né en 1903 à Hyderabad en Inde. Jusqu’en 1941, il a poursuivi avec assiduité une carrière scientifique, mais à partir de cette date, il s'est donné à des activités politiques. La même année, il fonde un parti qu’il baptise « Association islamique » ( ÌãÇÚå ÇÓáÇã? ). Dans la fondation de cette formation politique, il s’est largement inspiré des pensées de Hassan Al-Bana et du mouvement égyptien des Frères musulmans. L'objectif annoncé d’Abol-Ala Modoudi consistait à créer un parti politique pour essayer d’établir un Etat islamique. Pour déterminer ses objectifs et décrire ses pensées, Abol-Ala Modoudi a écrit près de cent livres, essais et articles. Il était un militant politique très actif, et il a été arrêté plusieurs fois par des autorités officielles qui s’opposaient évidemment aux pensées et aux actions politiques de Modoudi et de son parti. Après l’indépendance du Pakistan, Abol-Ala Modoudi est resté fidèle au jeune régime politique du pays où il a été toujours très respecté comme un pacificateur, un penseur musulman et un combattant politique. La théorie politique d’Abol-Ala Modoudi se fonde sur trois principes, à savoir :

1- Le pouvoir n’appartient qu’à Dieu. Par conséquent, personne n’a le droit d’exercer son pouvoir et sa domination sur son prochain ;

2- Dieu est le seul législateur. Par conséquent, aucun homme – même les prophètes – n’a le droit de légiférer.

3- L’Etat islamique est fondé uniquement dans le but d’appliquer les règles et les lois divines. L’Etat islamique est respecté tant qu’il respecte à la lettre les lois divines.

Etant donné ces principes, Abol-Ala Modoudi estime que le système politique islamique n’est pas tout à fait conforme au modèle démocratique, car la démocratie se définit en principe par le gouvernement du peuple, tandis que selon Modoudi, les hommes n’ont pas le droit de légiférer. Il croit qu’un Etat islamique est légitime tant qu’il applique les lois de la charia islamique. Selon Abol-Ala Modoudi, le gouvernement islamique est responsable de l’application des règles suivantes :

- Empêcher l’exploitation de l’homme par l’homme ;

- Sauvegarder la liberté des hommes ;

- Protéger le peuple face aux assauts des puissances étrangères ;

- Développer et renforcer la justice sociale ;

- Recommander le bien et interdire le mal ;

- Etablir un ordre social islamique ;

- Eradiquer les vices et encourager les vertus.

Selon Abol-Ala Modoudi, l’application de ces règles et principes ne se limite pas à l’intérieure des frontières d’un pays musulman. Il estimait que ces règles sont universelles et qu’elles peuvent s’appliquer au-delà des frontières politiques. En effet, Abol-Ala Modoudi était pour la formation d’un grand Etat islamique pour le monde entier.

Pour assurer la concrétisation desdits objectifs, Abol-Ala Modoudi pensait que l’Etat islamique doit être dirigé par ceux qui croient profondément aux principes et aux lois divines. D'après lui, le leader de l’Etat musulman doit être élu selon le principe coranique de « Le plus pieux parmi vous est le plus vertueux aux yeux de Dieu » (Çä ǘÑã˜ã ÚäÏ Çááå ÇÊÞí˜ã ). Ce leader gagne la confiance totale de tous les musulmans. Il procède au débat et à la consultation avec les autres, dans la prise des décisions importantes pour gérer les affaires de la communauté musulmane. Modoudi s’opposait à l’idée que les gens présentent leur candidature au poste de leadership de la société islamique. Selon lui, c’était le peuple lui-même qui devait découvrir les conditions requises pour le leadership en la personne qu’il choisit en toute liberté. D’après Abol-Ala Modoudi, les gens qui cherchent à obtenir des postes de leadership ou de califat sont souvent les personnes les moins compétentes pour un tel poste.

Seyed Qotb :

Grand penseur du Mouvement égyptien des Frères musulmans, Seyed Qotb était l’un des plus grands penseurs politiques musulmans à l’époque contemporaine. Seyed Qotb est né en 1906 à Assiout en Egypte. En 1940, il a adhéré au mouvement des Frères musulmans, et il a joué un rôle très important dans la survie et le développement des Frères musulmans après la mort en martyre de Hassan Al-Bana. En 1954, le gouvernement de l’ancien président égyptien, Jamal Abdel Nasser, a arrêté Seyed Qotb en raison de ses activités politiques. Une dizaine d’année plus tard, le président irakien de l’époque, Abdel Salam Aref, a intercédé auprès du gouvernement égyptien pour la libération de Seyed Qotb. Mais un an plus tard, Seyed Qotb a été de nouveau arrêté. Finalement, il a été exécuté en 1966, pour avoir été impliqué dans un complot contre le régime de Nasser.

Seyed Qotb était un grand penseur. Son objectif consistait à propager ses pensées politiques en l’Egypte. Selon lui, dans une société qui n’est pas gouvernée par un Etat islamique, les règles et les lois de l’Islam ne sont pas appliquées. Dans une telle société qu’il qualifiait d’ignorante et ennemie, les enseignements de l’Islam sont ignorés et les croyances islamiques sont rejetées. Seyed Qotb pensait qu’une société qui n’est pas gouvernée par un Etat islamique, n’est pas la vraie patrie des musulmans, même si ces derniers estiment qu’ils sont propriétaires de leurs biens sur ce territoire-là. Pour Seyed Qotb, le devoir des musulmans qui vivent dans une société pareille est de déclencher une guerre de libération pour renverser le régime au pouvoir. Dans le cas où la situation n’est pas favorable au déclenchement d’une guerre de libération, les musulmans n’auront d’autres choix que de se résigner à la paix avec le gouvernement des ignorants.

Seyed Qotb disait : « La vraie foi en l’Islam commence par une soumission totale à la volonté de Dieu et la souveraineté divine ». Par conséquent, « si les dirigeants politiques de l’Egypte sont sincères dans l’expression de leur foi en Dieu et en l’Islam, ils devront nier et rejeter toutes les croyances matérialistes ou socialistes », disait-il. D’après Seyed Qotb, l’Islam est incompatible avec le socialisme. « Le socialisme s’appuie sur des idéaux comme le bien-être social ou le bonheur matériel, et ignore complètement le salut spirituel de l’humanité. Or, l’Islam ne néglige jamais la cohérence et l’équilibre qui doit exister entre le bonheur et le bien-être matériel de l’homme d’une part, et son salut spirituel de l’autre. », avait écrit Seyed Qotb, pour qui l’Islam est doté de tous les moyens et instruments nécessaires pour s’adapter aux évolutions sociales de l’époque contemporaine.

Dans les pensées de Seyed Qotb, la théorie politique de l’Islam se fonde sur les principes de la justice. Il insistait sur le fait que les versets coraniques qui parlent de la justice, appellent toujours les musulmans à nier et à rejeter la discrimination, l’inégalité et l’injustice. Il s’agit alors d’une justice dans laquelle il n’y a aucune place pour l’amour ou la haine, pour les privilèges sociaux, économiques, familiaux ou raciaux. Cette justice suprême s’applique même aux ennemis. Ceux qui tournent le dos à la justice, n’auront d’autres choix que de s’approcher des oppresseurs qui interprètent la justice en fonction de leurs intérêts.

Seyed Qotb s’appuyait sur des versets coraniques pour appeler les peuples musulmans à se soumettre au « dirigeant » de la communauté islamique. Cependant, cette soumission ne signifiait pas pour lui que les musulmans devront obéir à toute personne qui a les rênes du pouvoir. Ce qu’il entendait par là portait sur la soumission des musulmans à un dirigeant qui respecte les règles et les lois de l’Islam. Par contre, il disait que si le dirigeant de la communauté islamique cesse de respecter et appliquer les lois divines, « il ne mériterait plus d'être à la tête de la société islamique » et les musulmans ne devraient plus se soumettre à sa volonté.

Seyed Mohammad Bagher Sadr :

Seyed Mohammad Bagher Sadr est né dans une famille religieuse en 1934 à Kazemein en Irak. Il a réussi à terminer ses études religieuses avant l’âge de vingt ans. Il s’est mis ensuite à enseigner les sciences islamiques à l’école théologique de la ville sainte de Nadjaf. Après le décès de l’Ayatollah Hakim, Seyed Mohammad Bagher Sadr est devenu une source d’imitation des chiites irakiens alors qu’il n’avait que 36 ans.

Seyed Mohammad Bagher Sadr a commencé ses activités politiques à l’âge de 24 ans, activités qui s’orientaient souvent contre les démarches du gouvernement irakien. Pendant une dizaine d’année, l’Ayatollah Seyed Mohammad Bagher Sadr est devenu à la fois la source d’imitation religieuse et le leader politique des chiites irakiens.

Les fatwas qu’il émettait rendaient furieux les dirigeants du parti Baathiste irakien : Il a boycotté le parti Baathiste et a rendu illicite l’adhésion des chiites à ce parti, il a insisté sur la nécessité du déclenchement d’un combat armé pour mettre fin au pouvoir du parti Baathiste, il était pour la création d’un Etat islamique et soutenait la république islamique. Ces fatwas ont suscité de vives protestations de la part des chiites irakiens à l’encontre du parti Baathiste. Finalement, le gouvernement irakien a assassiné l'Imam Mousa Sadr en 1980 pour mettre fin à ses activités politiques.

Le martyr Sadr croyait que l’existence de l’Etat est une nécessité pour la survie de l’ordre social. L’Etat doit, selon lui, se charger de la gestion des affaires sociales et de jouer le rôle d’arbitre dans les conflits. Il estimait que l’Etat possède d’autres devoirs, dont les suivants :

1- L’Etat musulman doit exploiter les moyens et les possibilités de l’Oumma islamique afin d’assurer le progrès et le développement de l’humanité ;

2- L’Etat doit protéger les musulmans contre la dépendance aux puissances étrangères et la division intérieure ;

3- La formation de l’Etat islamique est une obligation religieuse. Sur la scène de la politique intérieure, l’Etat islamique est responsable de l’application des règles et des lois de l’Islam, d’assurer et d’établir la justice sociale et de propager la culture musulmane. Sur la scène des relations internationale, l’Etat islamique a le devoir de propager les idées universelles de l’Islam et de soutenir la justice et les peuples opprimés et déshérités.

Dans l’optique du martyr Sadr, l’Etat islamique doit être un Etat constitutionnel, fondé sur les principes de la charia et les lois divines. En d’autres termes, il croyait que le pouvoir et la souveraineté appartiennent à Dieu. Le droit de l’homme à déterminer son sort provient du fait qu’il est le calife de Dieu sur la terre. « Le leader religieux trace le chemin que l’Oumma doit prendre pour réaliser son statut de calife de Dieu sur la terre. Le leader religieux surveille l’avancement de ce projet et veille sur la conformité de ce que fait l’Oumma avec ce que Dieu a ordonné », disait le martyr Sadr. Conformément à cette croyance, le martyr Seyed Mohammad Bagher Sadr estime que la démocratie qui donne le pouvoir et la souveraineté au peuple, sans respecter le leadership religieux n’est pas compatible avec l’Islam. De même, la monarchie ou l’aristocratie qui s’opposent à la souveraineté commune de Dieu et de l’homme sur le sort de l’humanité sont en contradiction avec les principes de l’Islam.

D’après le martyr Sadr, le leader religieux qui se charge de diriger la communauté musulmane doit répondre aux conditions suivantes :

1- La justice, l’équilibre et la modération dans son comportement et son action ;

2- La science, la connaissance et la compréhension complètes du Livre Saint ;

3- Une connaissance et une vision réaliste et parfaite sur les réalités existantes et les conditions de la communauté musulmane et du monde ;

4- La compétence spirituelle, la sagesse, la raison, la patience et le courage pour diriger la communauté islamique.

D’après le martyr Sadr, ce leader religieux est le garant de la charia, il veille sur le sort de l’Oumma, il occupe le poste le plus haut de l’Etat et il commande toutes les forces armées.

L'unité autour de l'axe du système de l'éducation prophétique

E'crit par Mohammad Ehsani

L'unité des musulmans du monde entier est l'une des nécessités primordiales de toutes les communautés musulmanes à travers le monde. En effet, les musulmans doivent se réunir autour d'un axe unique et global qui fasse l'objet d'un consensus général des adeptes de toutes les écoles et confessions islamiques, afin que la cohésion et la solidarité soient renforcées parmi les musulmans.

Il paraît, à bien des égards, que le noble Prophète de l'Islam, le vénéré Mohammad (SA) est le meilleur axe de l'unité des musulmans. Le présent article se donne pour mission d'étudier le système de l'éducation et de l'enseignement du Prophète (SA), en tant qu'axe le plus important de l'unité parmi les musulmans du monde entier, afin que tous les adeptes de la religion musulmane puissent se réunir sous la bannière des enseignements sacrés du Messager de Dieu. En réalité, la personnalité du vénéré Prophète de l'Islam (SA) et ses différents aspects, peuvent constituer le meilleur modèle et le meilleur exemple, au-delà de tous les temps et lieux. En d'autres termes, le vénéré Messager de Dieu a été, dans le passé, le meilleur modèle pour tous les fidèles, et aujourd'hui encore, sa personnalité peut être le meilleur modèle pour l'humanité tout entière. Les enseignements du vénéré Prophète (SA), de ses descendants –Ahlulbeit – et ses compagnons assureront l'unité, la dignité, la grandeur et le progrès de tous les musulmans.

La signification de l'éducation :

Dans la culture islamique, le terme "éducation" signifie la croissance, le développement, l'augmentation, la multiplication et la correction. L'éducation signifie la mise en œuvre des moyens propres à assurer la formation et le développement des capacités et des talents matériels et spirituels de l'être humain, et leur orientation vers des perfections que Dieu a placées dans l'être humain. D'près les enseignements du noble coran et les acquis et les connaissances des savants musulmans, nous pouvons conclure que l'éducation peut être définie comme un processus qui prépare le terrain à la croissance et au développement global de la personne dans tous les domaines et dans tous les aspects. Ce processus est tel que la personne qui reçoit cette éducation puisse prendre des pas, de son gré et dans le cadre de sa propre volonté, sur le chemin de la perfection matérielle et spirituelle. D'après cette définition, l'éducation a pour objectif final le rapprochement entre l'être humain et son Créateur.

Dans le cadre de la définition que nous avons donnée plus haut, l'éducation est un processus applicable d'après les méthodes différentes, sous des formes directes ou indirectes. Ces méthodes sont choisies évidemment en fonction des objectifs déterminés, et en fonction des moyens et des instruments existants.

Dans chaque école éducative, il est nécessaire d'avance de définir les notions principales et les thèmes de base afin de pouvoir élaborer la méthode nécessaire pour réaliser les objectifs bien définis. En général, ces notions fondamentales sont les suivantes : Le fondement, l'objectif, les principes et les méthodes. Les relations qui s'établissent parmi ces notions, les modalités de leur abstraction, et les méthodes permettant leur application dans un système de l'éducation font les principaux objets des débats et des études des spécialistes de l'éducation. Ceci étant dit, il est nécessaire ici d'appliquer une étude comparative afin de retrouver ces notions de base dans les pensées, les enseignements et la Sunna – les traditions – du vénéré Prophète de l'Islam (SA).

Les fondements de l'éducation de l'école prophétique :

Ce que nous entendons ici par "fondement" désigne en réalité les faits et les données qui existent dans les différents domaines de connaissances scientifiques et non scientifiques, et qui constituent, en vérité, la base et le fondement de toute connaissance.

Dans le domaine de l'éducation et de l'enseignement, nous avons besoin, avant toute chose, de définir ces fondements. En d'autres termes, les pensées et les connaissances fondamentales, générales et stables d'un individu ou d'un groupe d'individus par rapport à l'éducation et l'enseignement, constituent les fondements éducatifs de cet individu ou de ce groupe. En ce qui concerne le système d'éducation du vénéré Prophète de l'Islam (SA), nous devons chercher ces fondements religieux de l'éducation et de l'enseignement dans le Livre saint des musulmans, le noble Coran qui constitue, en réalité, la base de tous les enseignements et de toutes les actions du Messager de Dieu (SA). Etant donné que les enseignements sacrés du vénéré Prophète de l'Islam (SA) étaient axés autour de la révélation divine, ce recours au Livre saint est absolument nécessaire, car c'est le Coran qui caractérise l'ensemble de ces enseignements révélés par le Seigneur.

1) La nature innée de l'être humain :

Dans le système de l'éducation islamique, la nature innée de l'être humain constitue le premier critère et le premier fondement, sur lequel insistent d'ailleurs le texte sacré et les savants et les oulémas musulmans.

Dans l'optique du vénéré Messager de Dieu (SA), tous les humains viennent au monde avec une nature divine. Autrement dit, si la nature innée de l'être humain ne subit pas de modification, de souillure, de dégradation ou de corruption, l'homme tend naturellement vers la connaissance d'un chemin qui le conduira vers la perfection et vers son Créateur le Très-Haut. Dans un hadith du vénéré Prophète de l'Islam (SA), il est dit : " Tout nouveau-né vient au monde avec une nature divine. Mais ce sont les pères et les mères qui leur apprennent à devenir adeptes du judaïsme, du christianisme ou de paganisme. " Ce hadith prophétique nous apprend donc qu'une mauvaise éducation dégrade la nature innée de l'être humain, et empêche son développement et son progrès. Autrement dit, une mauvaise éducation risque de conduire l'être humain vers un chemin qui est diamétralement opposé au chemin qu'il pourrait choisir naturellement pour assurer sa perfection et son élévation. Il est évident qu'ici, nous entendons par la nature innée de l'homme, son esprit intact et son âme profonde qui n'ont pas été affectés par une mauvaise éducation et qui sont aptes à se diriger naturellement vers le bien et le juste.

Les enseignements de l'Islam et les enseignements du noble Coran se fondent tous sur la nature innée de l'être humain. Ceci garantit, une cohérence et une compatibilité parfaites de ces enseignements avec les structures et les besoins naturels de l'être humain. Cela veut dire donc, qu'il n'y a, en Islam et dans le saint Coran, aucun principe qui se fonde en dehors de la nature de l'homme ou en contradiction avec elle.

Dans les enseignements les plus élémentaires de l'Islam, ainsi que dans les principes les plus complexes que la religion musulmane établit pour gérer les affaires judiciaires et juridiques, nous constatons une compatibilité parfaite et une concertation complète avec les caractéristiques naturelles de l'être humain. En d'autres termes, il n'y a la moindre dérive dans ces principes en ce qui concerne la nature innée de l'homme. C'est la raison pour laquelle le noble Coran qui constitue, en fait, le programme éducatif par excellence du vénéré Messager de Dieu (SA), appelant à toute occasion les humains à recourir constamment à leur nature innée pour accepter la vérité et à se soumettre entièrement à la justice et à la vérité ; car ce recours à la nature humaine protégera l'être humain devant toute dérive et toutes les tentations sataniques.

Dans le noble Coran, Dieu s'adresse à Son messager pour lui dire : " Tourne-toi vers la religion pure du Seigneur. Dieu a créé tous les humains d'après une nature innée, et il n'y a aucune modification et changement dans la création du Seigneur. Voilà la religion solide pour les humains. " Conformément à ce verset du noble Coran, la religion musulmane se fonde sur les caractéristiques de la nature innée de l'être humain, et elle est parfaitement en harmonie et en cohérence avec l'univers de la création, sans qu'il y ait la moindre contradiction entre elle et le monde tel qu'il a été créé par le Seigneur. Ceci veut dire que Dieu Tout-Puissant a muni toutes Ses créatures de ce dont elles ont besoin pour leur élévation et leur perfection. Dieu indique à chacune d'elles la voie qui amène à ce but.

2) L'unicité :

Le deuxième fondement important du système de l'éducation du noble Prophète de l'Islam (SA) n'est autre que l'unicité du Créateur de l'univers. Selon cette croyance, depuis le début de la création jusqu'à nos jours, et jusqu'à la fin du temps, les messagers du Seigneur prêchent tout le temps pour l'adoration du Dieu unique. L'unicité du Créateur est le pilier fondamental des enseignements de tous les prophètes. Au cours de l'histoire de l'humanité, les messagers du Seigneur ont toujours appelé les humains à connaître et à adorer le Dieu loué. Ils appelaient ainsi l'humanité toute entière à pratiquer des actes qui seraient conformes avec la foi en Dieu unique.

Le noble Coran détermine l'objectif de tous les messagers du Seigneur, lorsque Dieu s'adresse à Son messager, le vénéré Mohammad (SA) pour lui dire : " Nous n'avons envoyé avant toi les autres prophètes, qu'après leur avoir révélé qu'il n'y a d'autre divinité que Moi. N'adorez donc que Moi seul. " Dans ce verset du saint Coran, le Seigneur nous apprend donc que tous les messagers de Dieu, depuis Adam jusqu'au vénéré Prophète de l'Islam (SA) avaient tous pour mission de propager parmi les humains la foi en Dieu unique, et d'appeler les gens à adorer le Dieu de l'univers. Tous les prophètes étaient donc chargés d'établir l'éducation de toute la communauté selon la foi en Dieu unique. Dans un autre verset du noble Coran, nous lisons : " Votre Seigneur n'est qu'un Etre unique en dehors de qui il n'y a aucune divinité. C'est Lui le Loué clément et miséricordieux. "

La foi en l'unicité du créateur est en parfaite compatibilité avec la nature innée de l'être humain qui tend naturellement à l'existence d'un Créateur unique. Cette nature innée appelle les humains à se soumettre à une religion qui répond à tous ses besoins et qui est entièrement conforme à la création et à la nature de l'homme. Ceci nous amène à l'idée de l'unicité de la religion. En d'autres termes, tout au long de l'histoire de l'humanité, il n'y avait qu'une seule religion, à savoir l'Islam, et que tous les prophètes ont appelé les humains à cette même religion unique.

Le Prophète de l'Islam, le vénéré Mohammad (SA) appelait, lui aussi, ses adeptes à la foi en l'unicité du Seigneur. Il leur demandait de s'éloigner de l'associationnisme et de l'idolâtrie, pour croire en Dieu unique et pour se soumettre entièrement à Lui. Dès les premiers jours de sa mission prophétique, il a dit aux hommes : " O les gens ! Dites que Dieu est unique pour assurer votre salut. " Avec cette formule courte et précise, il appelait, en fait, les gens à s'éloigner de toutes les pensées erronées qui risquaient de les égarer dans l'associationnisme et l'idolâtrie, pour remplir leur cœur et leur âme de la foi en Dieu unique.

3) L'objectif de la création de l'univers et de l'homme :

Dieu a créé l'univers dans le cadre d'un plan général et déterminé d'avance. Le créateur de ce plan n'est ni l'homme ni aucune autre créature, mais Dieu Tout-Puissant. C'est Dieu le Très-Haut qui est le seul et l'unique créateur de l'univers.

Il est donc tout à fait normal que dans le plan élaboré avec finesse et avec précision par Dieu le sage, il n'y ait aucune imperfection, il n'y ait rien d'inutile, et il n'y ait rien qui soit laissé au hasard, car il est inimaginable que l'action divine soit inutile ou laissée au hasard.

Dans le noble Coran, nous lisons : " Ils réfléchissent aux secrets de la création des cieux et de la terre, et ils disent : O Dieu ! Tu n'as rien créé d'inutile. " La moindre créature qui existe dans cet univers suit son chemin déterminé et se dirige vers le but qui lui a été fixé. Comment pourra-t-on croire donc que l'ensemble de l'univers n'ait aucune orientation et qu'il ne se dirige vers aucun but ? Les hommes qui pensent avec clairvoyance et qui contemplent les créatures du Seigneur apprennent ce message et ils disent, comme nous l'indiquait ce verset coranique : " O Dieu ! Tu n'as rien créé d'inutile. Tu es au-delà de tout acte inutile. " Dans un autre verset du noble Coran, Dieu dit : " Nous n'avons pas créé inutilement le ciel et la terre et ce qu'il y a entre eux. "

Ce verset nous apprend, en fait, que si nous contemplons avec clairvoyance les signes de Dieu dans la création de la terre et des cieux, nous comprendrons que la création de l'univers et de l'être humain suit un but très clair et très précis. Là, il n'y a aucun doute pour un esprit libre, logique et raisonnable. Ce but fixé par Dieu fait, dans le même temps, l'objectif du système de l'enseignement qu'établit le Messager de Dieu (SA). En effet, les enseignements et les principes éducatifs de l'Islam visent tous l'objectif de la création de l'être humain. En d'autres termes, les principes et les méthodes du système éducatif du vénéré Prophète de l'Islam (SA) s'axent autour du fait que l'univers et l'homme sont créés par Dieu pour un but clair et déterminé.

4) La vie éternelle de l'être humain :

Selon l'Islam, l'homme a deux aspects, matériel et spirituel. La vérité éternelle de l'homme n'est pas dépendante des composantes matérielles de son existence, mais de son aspect spirituel. Le Livre saint des musulmans explique la création de l'être humain, en insistant sur la dualité qui caractérise les hommes. Dans un verset coranique, Dieu s'adresse à Ses anges pour dire : " Et lorsque J'ai mis de l'ordre dans le corps de l'homme, j'y ai soufflé de Mon âme. Vous devez donc vous prosterner devant lui. "

Le système de l'éducation établi sur les enseignements et les traditions du Prophète (SA) est un système au service de la croissance globale de l'homme, dans tous les aspects matériels et spirituels de son existence. L'Islam insiste sur la croissance et l'élévation matérielles de l'être humain, et il a établi une éducation complète pour la réalisation de cet objectif. De même, l'Islam donne une importance toute particulière à la purification et à l'éducation spirituelle de l'homme, car le corps encadre l'esprit et l'âme, et l'élévation et la perfection de l'être humain dépendent de l'éducation simultanée et harmonieuse de ces deux aspects.

Nous pouvons dire en conclusion que le système éducatif fondé sur les enseignements du Prophète de l'Islam est basé sur quatre fondements religieux : la nature innée de l'être humain, l'unicité de Dieu, l'objectif de la création de l'univers et de l'homme et enfin la vie éternelle de l'homme. Les musulmans du monde entier croient à tous ces fondements, et cette croyance pourrait contribuer considérablement à leur unité.

En ce qui concerne l'éducation de l'être humain, Dieu le Très-Haut a donné des ordres très importants et très précis à Son messager. Il l'a chargé de l'éducation spirituelle des hommes. Selon la foi musulmane, l'objectif de la révélation du noble Prophète de l'Islam (SA) était d'éduquer et de purifier les humains, conformément aux enseignements de l'Islam et du noble Coran. En effet, la phrase "Tu dois les purifier" (íÒßíåã) que Dieu adresse à Son messager consiste à rappeler la mission du Prophète de l'Islam (SA) pour éduquer les fidèles sur le plan moral et spirituel. Le Coran insiste, à maintes reprises, sur cette mission du Messager de Dieu (SA).