LE FIQH DE L'IMAM AS–SADIQ (A.S) OU (LA JURISPRUDENCE ARGUMENTE'E DE L'E'COLE CHIITE) VOLUME 2
 
Les conditions concernant les bénéficiaires de la zakat

Pour qu’un individu puisse bénéficier de la zakat, il faut que certaines conditions soient réunies chez lui, à savoir:

1- Il faut qu’il soit un chiite duodécimain. La preuve pour cela est le hadith où l’Imam as–Sadiq (a.s) a dit pour un de ses partisans: «Ne donne l’aumône et la zakat qu’à tes amis.»[198]

Je crois que personne n’ignore la raison pour laquelle la zakat ne doit être donnée qu’aux chiites. En effet, tout le monde sait que chaque communauté réserve ses biens aux gens qui lui appartiennent. D’ailleurs, même les états donnent la priorité à leurs citoyens.

Il convient de signaler que cette condition ne concerne pas les gens dont les cœurs sont à gagner à l’islam et ceux à qui on donne la zakat pas pour leur propre intérêt mais pour l’intérêt commun.

Il convient de signaler aussi que cette condition concerne uniquement la zakat et ne concerne pas l’aumône recommandée. C’est–à–dire il est permis de donner celle–ci même à un mécréant, car il y a un hadith qui dit: «Quiconque [étanchera la soif] d’un assoiffé sera rétribué.»[199]

2- Il ne doit pas être quelqu’un qui dépense son argent dans des péchés. Ceci n’a pas besoin de preuve.

3- Il ne doit pas être à la charge de la personne qui doit acquitter la zakat. En effet, l’imam as–Sadiq (a.s) a dit: « [L’homme] ne doit pas donner la zakat à son père, sa mère, ses enfants, son épouse, et son esclave, parce qu’ils sont à sa charge et ils sont tout le temps avec lui.»[200] Quant aux autres proches (comme le frère et l’oncle), il est permis de leur donner la zakat, voire recommandé. En effet, l’Imam as–Sadik (a.s) a dit: «Tant qu’un proche est dans le besoin, on n’a pas le droit de donner l’aumône à quelqu’un d’autre.»[201]

Si un homme est nécessiteux, son épouse pourra lui donner la zakat, car elle n’est pas obligée de subvenir à ses besoins. Et d’après certains jurisconsultes, il n’est pas permis à l’homme de subvenir aux besoins de sa femme avec la zakat qu’il a reçue d’elle. Mais cet avis ne s’appuie que sur al–istihsan[202], et celui–ci n’est pas considéré comme une preuve juridique.

Il est permis à l’homme de rembourser la dette de son fils ou de le marier avec la zakat, c’est–à–dire avec la somme qu’il doit donner en aumône (et inversement), car aucun des deux n’est obligé de faire ces deux choses à l’autre. En effet, ce que chacun d’eux est obligé de faire pour l’autre (s’il est nécessiteux), c’est de le loger, le nourrir et l’habiller.

Il est également permis à chacun de ces deux–là de donner la zakat à l’autre de ce qu’il reçoit en qualité de percepteur de la zakat (c’est–à–dire s’il est un percepteur), parce que la part réservée à celui–ci est une rémunération et n’est pas une aumône.

4– Il ne doit pas être un Hachémite, à moins que la personne qui veut lui donner la zakat ne soit Hachémite elle aussi. En effet, quelqu’un a dit à l’Imam as–Sadiq (a.s): «Quelle est l’aumône interdite aux Hachémites?» Et l’Imam (a.s) lui a dit: «La zakat» Alors, la même personne lui a dit: «Est–il permis à un Hachémite de donner l’aumône à un autre Hachémite?» Et l’Imam (a.s) lui a dit: «Oui»[203]

Certes, en cas de nécessité, un Hachémite peut recevoir la zakat d’un non–Hachémite. Quant à l’aumône recommandée, il peut la recevoir de lui, mais il n’est pas contraint de le faire. En effet, quelqu’un a dit à l’Imam as–Sadiq (a.s): «Est–il permis de donner l’aumône aux Hachémites?» Et l’Imam (a.s) lui a dit: «L’aumône obligatoire est illicite pour nous. Mais il n’y a aucun mal [à ce que quelqu’un donne à un Hachémite] une autre aumône.»[204]

Les préceptes concernant la zakat

L’acquittement de la zakat doit être accompagné d’an–niyya

La zakat ne pourra être acceptée par Dieu que si elle est faite avec an–niyya (l’intention de se rapprocher de Dieu), parce qu’elle est une ‘ibada. Donc, si quelqu’un acquitte la zakat juste pour être vu, Dieu n’acceptera pas son action. Toutefois, il n’y a aucun mal à ce que quelqu’un acquitte publiquement la zakat, surtout s’il faut faire cela pour encourager les gens à faire comme lui. En effet, l’Imam as–Sadiq (a.s) a dit: «Il n’y a aucun mal à ce qu’un homme acquitte publiquement la zakat.»[205] Et il a dit dans un autre hadith: «Il vaut mieux [l’acquitter] publiquement que secrètement.»[206] Dieu a dit dans le Coran: «Si vous donnez vos aumônes manifestement, c’est bien, et si vous le cachez et les donnez aux pauvres [discrètement] c’est encore meilleur pour vous.»[207]

Qui doit partager la zakat?

De même que le croyant n’a pas besoin d’intercession pour que sa prière, son jeûne et son pèlerinage soient acceptés par Dieu, il n’a pas besoin aussi de recourir à un jurisconsulte pour que sa zakat soit acceptée.

A ce propos, l’auteur d’al–hada’iq a dit: «La plupart des jurisconsultes, notamment ceux de l’époque récente, ont dit qu’il est permis au propriétaire ou à son mandataire de partager eux–mêmes la zakat. La preuve pour cela est les hadiths que nous avons déjà cités dans certains paragraphes et que nous allons citer une autre fois ultérieurement, les hadiths qui incitent les croyants à faire parvenir la zakat aux nécessiteux, les hadiths qui les incitent à transférer la zakat vers un autre pays lorsqu’ils ne trouvent pas à qui la donner dans leur pays, les hadiths qui les incitent à affranchir les esclaves avec la zakat, …»[208] Et un peu plus loin, le même auteur a dit: «Ce qui appuie cet avis, c’est un hadith».

En effet, quelqu’un s’est présenté un jour chez l’Imam al–Baqir (a.s) et lui a dit: «Que Dieu t’accorde Sa miséricorde! Prends ces cinq cents dirhams et donne–les à ceux à qui ils sont destinés; je les ai prélevés sur mon argent à titre de la zakat.» Et l’Imam (a.s) lui a dit: «Prends–les plutôt toi–même et donne–les à tes voisins, aux orphelins, aux miséreux et à tes frères parmi les musulmans.»[209]

La façon dont on partage la zakat

Question: Est–il obligatoire de partager la zakat de telle façon à ce que tous les bénéficiaires (ou ceux qui sont présents) prennent leur part, ou bien peut–on se contenter de la partager entre certains d’entre eux même si les autres sont présents?

Réponse: D’après l’auteur d’al–jawahir[210], les jurisconsultes sont unanimes à dire qu’il est permis de la donner à une seule catégorie de bénéficiaires, à un groupe de personnes appartenant à une seule catégorie, ou bien à une seule personne appartenant à une catégorie quelconque.

Cet avis s’appuie sur plusieurs hadiths. En effet, l’Imam as–Sadiq (a.s) a dit: «Le Prophète (a.s.s) partageait l’aumône des bédouins entre les bédouins et celle des citadins entre les citadins, mais il ne la partageait pas également entre eux; il la partageait uniquement entre les présents.»[211] Quelqu’un lui a dit: «Est–il permis à un homme dont le père est mort endetté de rembourser la dette de celui–ci avec ce qu’il doit donner à titre de la zakat?» Et l’Imam (a.s) lui a dit: «… La dette de son père passe avant tout. Si, dans un tel cas (c’est–à–dire dans le cas où son père n’aura rien laissé en héritage), il rembourse la dette de son père avec ce qu’il doit donner à titre de la zakat, sa zakat sera acceptée.»[212]

Dans un autre hadith, l’Imam as–Sadiq (a.s) a dit: «Tu peux soit la partager entre eux tous, soit la donner à quelqu’un d’entre eux.»[213]

Certes, il faut donner la zakat de préférence aux proches, aux savants et aux gens pieux. En effet, quelqu’un a dit à l’Imam as–Sadiq (a.s): «Comment dois–je partager la zakat entre ceux qui la méritent?» Et l’Imam (a.s) lui a dit: «Donne–leur selon leur ancienneté dans l’adoption de l’islam, leur niveau du savoir, et le degré de leur sagesse.»[214]

L’Imam as–Sadiq (a.s) a dit aussi: «De préférence, il faut donner à ceux qui ne demandent pas l’aumône avant de donner à ceux qui la demandent.»[215]

Le propriétaire doit être cru

Si quelqu’un affirme qu’il a acquitté la zakat sur son bien ou sur son argent, ou affirme qu’il n’est pas dans l’obligation d’acquitter la zakat, on devra le croire même s’il n’apporte aucune preuve et ne prête pas serment, à moins qu’on ne sache avec certitude qu’il a menti.

Cet avis provient de la tradition de l’Imam Ali (a.s). En effet, à chaque fois que l’Imam Ali (a.s) chargeait quelqu’un de percevoir la zakat, il lui disait: «Quant tu arriveras chez le propriétaire du bien, dis–lui: «Que Dieu t’accorde sa miséricorde! Donne l’aumône de ce que Dieu t’a donné. Alors, s’il se détourne de toi, n’insiste pas.».»[216]

Ce hadith peut servir de preuve pour l’avis qui dit qu’on n’a pas besoin d’intermédiaire pour pouvoir acquitter la zakat et la faire parvenir aux nécessiteux.

Est–il permis de transférer la zakat?

Les jurisconsultes ont dit: «Si les habitants d’un pays ne trouvent pas à qui donner leur zakat, il pourront la transférer vers un autre pays.»

Nous avons cité cet avis (quoique il n’intéresse pratiquement personne) pour dire que, à une certaine époque, les gens étaient obligés de se déplacer d’un pays à l’autre afin de trouver à qui donner la zakat, parce que les pauvres s’abstenaient de prendre leur part de celle–ci.

Aujourd’hui, bien que l’argent et les biens abondent, le nombre de ceux qui acquittent la zakat est en baisse et celui de ceux qui la réclament ne cesse d’augmenter.

La quantité minimale à donner à chaque nécessiteux

L’Imam as–Sadiq (a.s) a dit: «On ne doit donner à personne moins de cinq dirhams à titre de la zakat; c’est le minimum que Dieu Tout–Puissant a ordonné aux musulmans d’acquitter sur leur argent. Donc, ne donnez à personne moins de cinq dirhams à titre de la zakat.»[217]

Quelqu’un a dit à l’Imam as–Sadiq (a.s): «Peut–on donner à quelqu’un deux ou trois dirhams à titre de la zakat?» Et l’Imam (a.s) lui a dit: «Il est permis de faire cela.»[218]

Pour enlever la contradiction entre ces deux hadiths, certains jurisconsultes ont dit que le premier hadith veut dire qu’il est déconseillé de donner à quelqu’un moins de cinq dirhams à titre de la zakat, et le deuxième veut dire qu’il est permis de le faire. Ce type de conciliation est appelé al–jam‘ al–‘ourfi».[219]

Est–il permis de recourir à la ruse?

Dans l’ouvrage intitulé al–‘ourwa al–wouthqa, as–sayyid Kadhim al–Yazdi a dit: «Il n’est pas permis au pauvre et au gouverneur d’accepter la zakat de quelqu’un pour la lui rendre par la suite, ou la lui céder en échange d’une petite somme d’argent ou d’un bien d’une valeur inférieure à ce qu’il a reçu de lui, et il leur est interdit de recourir à toute autre ruse susceptible de priver les pauvres de leurs droits. Il est de même pour le khoms, al–madhalim[220], …».[221]

En commentant cette fetwa, as–sayyid al–Hakim a dit textuellement dans al–moustamsak: «Vraisemblablement, il leur est permis de l’accepter, à moins qu’il ne leur exige à l’avance de la lui rendre. Ceci est conforme aux règles établies par les jurisconsultes.»[222] C’est–à–dire si le propriétaire dit à celui à qui il veut donner la zakat: «Je te donne cette somme d’argent à titre de la zakat, à condition que tu me la rendes.», il devra acquitter la zakat une nouvelle fois. Et s’il la lui donne sans lui rien dire mais en souhaitant au fond de lui–même qu’il la lui rende, et l’autre la lui rend toute entière ou lui rend une partie, il ne sera pas obligé d’acquitter de nouveau la zakat .

Il y a plusieurs questions qui se posent ici:

1- En acquittant la zakat avec une telle intention, le propriétaire ne rompra–t–il pas an–niyya qui est l’une des conditions nécessaires pour que la zakat soit acquittée correctement?

2- Y a–t–il vraiment une différence entre ces deux cas–là?

3- Admettons qu’il y a une différence entre les deux cas, les gens du commun sont–ils à même de la comprendre?

4- Admettons que cette différence ne peut être comprise que par des jurisconsultes comme as–sayyid al–Hakim, alors doit–on se référer à l’entendement de ceux–ci ou bien à celui des gens du commun?[223]

5- Si vraiment la loi islamique ne permet que ce qui est réellement dans l’intérêt des gens et n’interdit que ce qui est réellement préjudiciable pour eux (comme le disent les jurisconsultes de l’école chiite), alors comment se fait–il qu’avec un jeu de mots une chose illicite devient licite?

6- Et si vraiment le recours à la ruse est une chose permise, quel sens pourra avoir le hadith qui dit: «Si on payait les droits à ceux à qui ils reviennent de droit, il ne resterait aucun pauvre.»[224]

7- Et si vraiment il est permis de recourir à la ruse, le fossé séparant les riches et les pauvres ne s’élargira–t–il pas d’avantage?

8- Peut–on admettre l’existence d’une ruse licite et d’une autre illicite alors que le mot «ruse» lui–même implique un jugement dépréciatif?

La zakat de la rupture du jeûne

Tout musulman est censé savoir que la zakat de la rupture du jeûne (appelée aussi la zakat du corps) fait partie des obligations de la loi islamique. L’Imam as–Sadiq (a.s) a dit: «De même que la prière sur le Prophète (a.s.s) est nécessaire pour que la prière soit complète, la zakat de la rupture du jeûne est nécessaire pour que celui–ci soit complet. En effet, si quelqu’un s’abstient d’acquitter la zakat de la rupture du jeûne, son jeûne ne sera pas accepté, et si quelqu’un s’abstient de prier sur le Prophète (a.s.s), sa prière ne sera pas acceptée. [Dans le Coran], Dieu a cité la zakat avant la prière. Il a dit: «Heureux celui qui acquitte la zakat, et se rappelle le nom de son Seigneur, puis fait la prière.»[225].»[226]

Qui doit acquitter cette zakat?

L’Imam as–Sadiq (a.s) a dit: «Celui qui a de quoi se nourrir pendant une année n’a pas le droit à l’aumône, et doit acquitter la zakat de la rupture du jeûne.»[227]

Il a dit aussi: «L’orphelin n’est pas obligé d’acquitter la zakat.»[228]

Pour qu’un individu soit obligé d’acquitter la zakat de la rupture du jeûne, il faut que les conditions suivantes soient réunies:

1- Il doit avoir effectivement de quoi se nourrir et nourrir sa famille pendant une année complète, ou bien avoir un gagne–pain.

2- Il doit être pubère.

3- Il doit être sain d’esprit.

4- Il doit être conscient (c’est–à–dire il n’a pas perdu connaissance).

Ces trois dernières conditions doivent être réunies chez lui avant le coucher du soleil du dernier jour du mois de Ramadhan.

Les personnes concernées par cette zakat

L’Imam as–Sadiq (a.s) a dit: «Il est obligatoire d’acquitter la zakat de la rupture du jeûne pour les petits, les grands, les personnes libres et les esclaves. Il faut acquitter pour chacun d’entre eux un sa‘[229] de blé, de dattes ou de raisins secs.»[230]

Quelqu’un a dit à l’Imam as–Sadiq (a.s): «Si un invité reste chez son hôte jusqu’au jour de l’Aïd, celui–ci devra t–il acquitter la zakat pour lui?» Et l’Imam (a.s) lui a dit: «Oui. Il devra acquitter la zakat de la rupture du jeûne pour toute personne qui est à sa charge, qu’elle soit grande ou petite, du sexe masculin ou féminin, libre ou esclave.»[231]

Les jurisconsultes ont dit que l’homme doit acquitter la zakat de la rupture du jeûne pour soi–même et pour tous ceux qui sont à sa charge. Il doit l’acquitter même pour l’invité et le nouveau–né, mais à condition qu’ils soient présents avant le coucher du soleil du dernier jour du mois de Ramadhan. Et si, la veille de l’Aïd, l’une des personnes qui sont à sa charge est prise en charge par une autre personne (même en tant qu’invité), il ne sera pas obligé d’acquitter la zakat pour elle.

Ce qu’il faut donner en aumône

Quelqu’un a dit à l’Imam as–Sadiq (a.s): «Si on veut acquitter la zakat de la rupture du jeûne, que devra–t–on donner en aumône?» et l’Imam (a.s) lui a dit: «Il faut donner un sa‘ de dattes, de raisins secs, ou d’un autre aliment.»[232]

Il a dit aussi: «Il est obligatoire d’acquitter la zakat pour chaque tête… [Pour chacune], il faudra donner en aumône quatre moudds de blé, de dattes ou de raisins secs, soit un sa‘ tout entier.»[233]

L’Imam as–Sadiq (a.s) a dit aussi: «[Les habitants de chaque pays] doivent acquitter la zakat de la rupture du jeûne en donnant en aumône les mêmes aliments que ceux dont ils nourrissent leurs familles, comme le lait, les raisins secs, ou tout autre aliment.»[234]

Il a dit aussi: «Chacun doit donner en aumône les mêmes aliments que ceux dont il se nourrit.»[235]

Quelqu’un lui a dit aussi: «Est–il permis d’acquitter la zakat de la rupture du jeûne en donnant au pauvre une quantité d’argent (c’est–à–dire le métal précieux) ayant la même valeur que la quantité de vivres qu’il faudra lui donner en aumône?» Et l’Imam (a.s) lui a dit: «Oui. Cela est plus utile pour lui. Il pourra s’en servir pour acheter ce qu’il voudra.»[236]

Les jurisconsultes ont dit ceci: «Ce qu’on est obligé de donner en aumône lorsqu’on veut acquitter la zakat de la rupture du jeûne est un sa‘ de blé, d’orge, de dattes, de raisins secs, de fromage, de riz, de maïs ou de tout autre aliment.» Et d’après eux, il est préférable de donner en aumône du blé, de l’orge, des dattes, ou des raisins secs, parce que ces quatre aliments ont été cités dans plusieurs hadiths.

Vraisemblablement, à l’époque des Imams (a.s), les gens se nourrissaient principalement de ces quatre aliments, et c’est la raison pour laquelle ils ont été cités dans plusieurs hadiths. Donc, on peut dire qu’il est préférable de donner en aumône l’aliment le plus consommé à l’époque où l’on est. C’est ce qu’on peut comprendre du hadith que nous venons de citer, c’est–à–dire celui où l’Imam as–Sadiq (a.s) a dit: «Chacun doit donner en aumône les mêmes aliments que ceux dont il se nourrit.»

Il convient de signaler que chaque sa‘ pèse environ trois kilogrammes, et qu’il est permis, voire préférable, de donner en aumône de l’argent au lieu des aliments, car avec l’argent, le pauvre pourra acheter ce qu’il voudra.

Le moment de l’acquittement de cette zakat

Quelqu’un a dit à l’Imam as–Sadiq (a.s): «Quand est–ce qu’on doit acquitter la zakat de la rupture du jeûne?» et l’Imam (a.s) lui a dit: «Avant la prière du jour de la rupture du jeûne (c’est–à–dire le jour de l’Aïd).»[237]

Quelqu’un lui a dit: «Est–il obligatoire d’acquitter la zakat pour un nouveau–né qui est venu au monde la veille de l’Aïd?» Et l’Imam (a.s) lui a dit: «Il n’est pas obligatoire d’acquitter la zakat de la rupture du jeûne pour lui. Celle–ci n’est obligatoire que pour celui qui était présent au mois de Ramadhan.»[238]

Les jurisconsultes ont dit que le moment où la zakat de la rupture du jeûne devient obligatoire coïncide avec l’apparition de la nouvelle lune du mois de Chawwal, et que le moment de son acquittement commence au moment où elle devient obligatoire et se prolonge jusqu’au milieu du jour le l’Aïd. Mais, d’après plusieurs hadiths, il est préférable de l’acquitter avant la prière de l’Aïd.

Si quelqu’un n’acquitte pas la zakat de la rupture du jeûne avant midi ou ne la met pas de côté avant ce moment–là, il devra l’acquitter après midi avec l’intention de se rapprocher de Dieu. C’est–à–dire il ne devra l’acquitter ni avec niyyat–ul–qadha’ (l’intention de compenser une ‘ibada manquée) et ni avec niyyat–ul–ada’ (l’intention d’accomplir une ‘ibada en son temps), car certains éminents jurisconsultes (comme cheikh as–Sadouq, cheikh al–Moufid et al–Mouhaqqiq al–Hilli) ont dit qu’elle ne peut pas être acquittée après midi puisque le moment de son acquittement se termine à midi.

D’ailleurs, c’est ce qu’on comprend du hadith où l’Imam as–Sadiq (a.s) a dit: «Si tu l’acquittes avant d’aller faire la prière de l’Aïd, elle sera considérée comme étant la zakat de la rupture du jeûne. Et si tu l’acquittes après la prière, elle sera considérée comme étant une simple aumône.»[239]

Il n’est pas permis d’acquitter la zakat de la rupture du jeûne avant l’apparition de la nouvelle lune du mois de Chawwal, parce que le moment de son acquittement commence avec l’apparition de celle–ci. Donc, si quelqu’un l’acquitte avant l’apparition de la nouvelle lune, elle sera pareille à une prière faite avant son temps. Toutefois, il est permis de la donner à un pauvre à titre de prêt, puis la considérer comme étant la zakat de la rupture du jeûne après l’apparition de la nouvelle lune.

A qui doit–on la donner?

Quelqu’un a dit à l’Imam as–Sadiq (a.s): «A qui peut–on donner la zakat de la rupture du jeûne?» Et l’Imam (a.s) lui a dit: «A celui qui n’a rien.»[240]

L’Imam as–Sadiq (a.s) a dit aussi: « [Donne] la zakat de la rupture du jeûne à ceux qui la méritent. Et si tu ne trouves aucun d’entre eux, donne–là à ceux qui ne se sont pas dressés contre [Ahl–ul–bayt (a.s)].»[241]

En s’appuyant sur des hadiths d’Ahl–ul–bayt (a.s) et sur le verset coranique qui dit: «Les aumônes ne sont destinées qu’aux pauvres, aux miséreux…», Les jurisconsultes ont dit que les bénéficiaires de la zakat de la rupture du jeûne sont les mêmes que ceux des autres zakats, à l’exception de deux catégories: les gens dont les cœurs sont à gagner et les percepteurs de la zakat.

Les jurisconsultes ont dit aussi qu’il est permis de donner la zakat de la rupture du jeûne aux nécessiteux sunnites, à moins qu’il n’y ait des nécessiteux chiites.

Quelques préceptes

1- Il n’est pas permis de donner à un pauvre moins d’un sa‘ (environ trois kilogrammes) à titre de la zakat de la rupture du jeûne. La preuve pour cela est le hadith où l’Imam as–Sadiq (a.s) a dit: «Ne donne à personne une quantité inferieure à celle qui doit être acquittée pour chaque tête.»[242]

2- La zakat de la rupture du jeûne doit être acquittée avec an–niyya (l’intention de se rapprocher de Dieu), car elle est une ‘ibada.

3- L’auteur d’al–jawahir a dit: «Il est recommandé de donner l’aumône d’abord aux proches, puis aux voisins. La preuve pour cela, est le hadith où l’Imam as–Sadiq (a.s) a dit: «Tant qu’un proche est dans le besoin, on n’a pas le droit de donner l’aumône à quelqu’un d’autre.» et le hadith où il a dit: «Les voisins d’une personne méritent son aumône mieux que les autres.» Il faut commencer de préférence par les savants et les gens pieux. La preuve pour cela, est le hadith où l’Imam as–Sadiq (a.s) a dit: «Donne–leur selon leurs ancienneté dans l’adoption de l’islam, leur niveau du savoir, et le degré de leur sagesse.».» Ensuite, ce même auteur a dit: «Cela veut dire que le lien de parenté, le voisinage, la piété, le savoir et la sagesse doivent être pris en considération [lors du partage de la zakat].»[243]

LE KHOMS

Le khoms (le cinquième)

Dieu a dit dans le Coran: «Sachez que tout ce que vous avez ramassé comme butin, son cinquième appartient à Dieu, au Prophète et au proche parent, aux orphelins, aux pauvres et aux voyageurs.»[244]

En commentant ce verset, l’Imam al–Kadhim (a.s) a dit: «La part de Dieu revient à son Prophète (a.s.s), et la part de celui–ci revient à nous… Par Dieu! Dieu a rendu la subsistance des croyants aisée avec cinq dirhams: ils ont réservé un dirham pour leur Seigneur, et ils ont dépensé quatre dirhams licites.»[245]

L’Imam as–Sadiq (a.s) a dit: «Lorsque Dieu a rendu l’aumône illicite pour nous, il a fait descendre[246] le khoms pour nous. Donc, il nous est interdit d’accepter l’aumône, et [les gens] doivent obligatoirement nous donner le khoms.» [247]

Les choses concernées par le khoms

D’après les hadiths, les choses sur lesquelles il est obligatoire d’acquitter le khoms sont: le butin, les minéraux, le trésor, les objets de valeur trouvés au fond de la mer, les bénéfices, le terrain d’un musulman acheté par un juif ou un chrétien, et le bien ou l’argent dont une partie est licite et l’autre est illicite.

1. Le butin

Toute chose dont s’est emparé un musulman dans un pays ennemi ou bien pendant une guerre sainte est concernée par le khoms, qu’elle appartienne à l’armée ennemie ou pas, qu’elle soit mobile (comme les animaux, les meubles, l’argent,…) ou immobile (comme les terrains, les arbres, les bâtiments,…), qu’elle soit en petite ou en grande quantité. Mais elle ne doit pas être une chose qui ne peut pas être possédée par un musulman (comme le vin ou le porc), ou bien une chose volée à un musulman ou à un non–musulman autorisé à vivre en terre d’islam. La preuve pour cela, est le hadith où l’Imam al–Baqir (a.s) a dit: «Nous avons le droit au cinquième de toute chose pour laquelle est menée une guerre sainte; et il n’est permis à personne d’acheter une partie du khoms avant que nous recevons notre part de celui–ci.»[248]

Ce hadith montre clairement qu’une chose ne peut être considérée comme étant un butin licite (c’est–à–dire qui peut entrer en la possession d’un musulman, et sur lequel on doit acquitter le khoms) que si elle est prise à un non–musulman lors d’un combat mené réellement pour la cause de Dieu.

2. Les minéraux

Le minéral concerné par le khoms est celui qu’on retrouve dans son état naturel à l’intérieur de la terre ou sur sa surface, et qui a une valeur, comme l’or, l’argent, le plomb, le cuivre, la turquoise, le sel, le souffre,…

Quelqu’un a dit à l’Imam as–sadiq (a.s): «Est–il obligatoire d’acquitter le khoms sur l’or, l’argent, le cuivre et le plomb s’ils sont dans leur état naturel?» Et l’Imam (a.s) lui a dit: «Le khoms est obligatoire sur toutes ces choses–là.»[249]

Quelqu’un lui a dit aussi: «Combien doit–on acquitter sur le trésor et les minéraux?» Et l’Imam (a.s) lui a dit: «Le cinquième»[250]

Quelqu’un a dit à l’Imam al–Baqir (a.s): «Est–il obligatoire d’acquitter quelque chose sur le sel, le pétrole et le soufre?» Et l’Imam (a.s) lui a dit: «Il est obligatoire d’acquitter le khoms sur ces choses–là et sur tout ce qui est de leur genre.»[251]

Pour être obligé d’acquitter le khoms sur un minéral, il faut que sa valeur soit supérieure ou égale à vingt dinars. La preuve pour cela est le hadith où l’Imam (a.s) a dit: «Il n’est obligatoire d’acquitter quelque chose sur un minéral que s’il est d’une valeur [supérieure ou] égale à la somme minimale sur laquelle on doit acquitter la zakat, soit vingt dinars.»[252] Toutefois, il n’est obligatoire de donner en aumône le cinquième d’un minéral qu’après avoir déduit les frais de son extraction et son affinement. Mais après avoir déduit les différents frais, il faudra acquitter le khoms sur le reste, et cela même si la valeur est égale à un dinar d’or seulement.

Si quelqu’un extrait de la terre des petites quantités d’un minéral à des moments différents, il devra donner en aumône le cinquième de la quantité globale, sauf si elle n’a pas atteint an–nisab (c’est–à–dire vingt dinars d’or). Et il devra faire la même chose si, à chaque fois, il extrait un minéral différent.

Si un groupe de personnes extrassent ensemble une quantité d’un minéral, ils devront donner en aumône son cinquième, sauf si la part de chaque personne est inférieure au nisab.

Tout minéral extrait d’un terrain privé appartient au propriétaire de celui–ci, et tout minéral extrait d’un terrain commun appartient à celui qui l’a extrait.

3. Le trésor

Par le mot «trésor», les jurisconsultes désignent toute chose de valeur enfouie (comme l’argent, les bijoux…), qu’elle appartienne à l’époque islamique ou bien à l’époque antéislamique, qu’elle soit découverte en terre d’islam ou bien dans un pays ennemi.

Si quelqu’un découvre un trésor, il sera à lui. Et s’il est d’une valeur supérieure ou égale à vingt dinars, il devra donner en aumône son cinquième. En effet, quelqu’un a dit à l’Imam ar–Rédha (a.s): «Que devra être la valeur d’un trésor pour être obligé de donner en aumône son cinquième?» Et l’Imam (a.s) lui a dit: «S’il a atteint la valeur minimale que doit atteindre la chose dont il est constitué pour qu’elle soit concernée par la zakat, il faudra donner en aumône son cinquième. Et s’il n’a pas atteint cette valeur, il ne sera pas concerné par le khoms.»[253] C’est–à–dire pour être obligé de donner en aumône le cinquième d’un trésor, il faut que sa valeur soit supérieure ou égale à vingt dinars d’or.

On peut s’appuyer sur ce hadith même s’il n’est pas authentifié, car tous les jurisconsultes l’ont pris en considération. En outre cheikh al–Hamedani a authentifié un hadith qui a été rapporté par al–Bizanti et qui est proche de celui–ci. En effet, ce narrateur a dit: «Je lui ai dit: «Qu’elle doit être la valeur d’un trésor pour être obligé de donner en aumône son cinquième?» Et il m’a dit: « [Tout trésor] qui est d’une quantité égale à celle sur laquelle on doit acquitter la zakat est concerné par le khoms.»[254]

Le trésor trouvé dans le terrain d’autrui

D’après l’auteur d’al–jawahir, l’auteur d’al–madarik, et l’auteur d’al–hada’iq, les jurisconsultes sont unanimes à dire que tout trésor trouvé dans un terrain qui n’appartient à personne devient une propriété de celui qui l’a trouvé, qu’il ait une marque indiquant qu’il appartenait aux musulmans ou pas, qu’il soit enfoui en terre d’islam ou bien dans un pays ennemi. Toutefois, la personne qui l’a trouvé doit donner en aumône son cinquième.

Si quelqu’un achète un morceau de terrain et y trouve un trésor, il devra informer le vendeur. Alors, si celui–ci prétend que le trésor lui appartient, il devra le lui remettre même s’il n’apporte aucune preuve, car le terrain dans lequel il a été trouvé était en sa possession.

Toutefois, si la personne qui a découvert le trésor sait avec certitude que celui–ci n’appartient ni au vendeur et ni à aucun de ses contemporains, elle pourra en prendre possession. Mais si elle le prend, elle devra donner en aumône son cinquième.

Si quelqu’un trouve un trésor dans le trésor d’autrui, il devra informer son propriétaire. Alors, si celui–ci prétend que le trésor lui appartient, il devra le lui remettre, sinon il pourra le prendre lui–même. Cet avis est attribué à la plupart des jurisconsultes. Moi, je pense qu’il a besoin d’une clarification.

A mon avis, tout ce qui se trouve dans un terrain quelconque (les arbres, les minéraux, le trésor,…) fait partie de celui–ci, et appartient à son propriétaire, qu’il l’ait eu gratuitement ou bien en échange de quelque chose. Donc, si quelqu’un trouve un trésor dans le terrain d’autrui, il ne devra pas le toucher. Et s’il le déterre sans la permission du propriétaire du terrain, il devra le lui rendre même si celui–ci ignore l’existence du trésor dans son terrain. De même, si quelqu’un trouve un trésor dans un terrain dont il est devenu propriétaire, il ne sera pas obligé d’informer son ancien propriétaire, sauf s’il pense qu’il a été enfoui par celui–ci ou bien par son héritier.

Cet avis s’appuie sur un hadith rapporté par Mohammed Ibn Mouslim. En effet, ce narrateur a dit à l’Imam as–sadiq (a.s): «Si quelqu’un trouve une somme d’argent dans une maison que devra–t–il faire?» Et l’Imam (a.s) lui a dit: «Si elle est habitée, [la somme trouvée] est à ceux qui l’habitent.

Et si elle est tombée en ruine, tu la mérites mieux que tous les autres.»[255]

Si quelqu’un trouve dans le ventre d’une bête qu’il a achetée quelque chose de valeur (un bijou, de l’argent,…), il devra informer le vendeur.

Alors, si celui–ci prétend qu’elle est à lui, il devra la lui rendre. Et s’il affirme qu’elle ne lui appartient pas, alors il pourra en prendre possession. Mais, dans ce cas–là, il devra donner en aumône son cinquième. En effet, quelqu’un a dit à l’Imam as–sadiq (a.s): «Si quelqu’un achète un chameau ou une vache pour l’immoler le jour des sacrifices et, en l’égorgeant, il trouve à l’intérieur de son ventre un bijou ou une bourse pleine d’argent, que devra–t–il faire?» Et l’Imam (a.s) lui a dit: «Fais–en une description pour le vendeur. S’il l’ignore, tu pourras en prendre possession; c’est une chose qui t’as été offerte par Dieu.»[256]

Ce hadith, n’a aucun lien avec notre sujet, car le mot «trésor» ne s’applique pas à une chose trouvée dans le ventre d’un animal.

Si quelqu’un achète un poisson et trouve dans son ventre quelque chose de valeur, il pourra le prendre directement. C’est–à–dire il n’aura pas besoin de vérifier si elle appartient au vendeur ou pas, car, contrairement au cas précédent, il n’y a aucun hadith qui dit qu’il devra informer le vendeur. Mais s’il décide de la garder pour lui, il devra donner en aumône son cinquième.

Cet avis est adopté par la plupart des jurisconsultes

Il convient de signaler qu’il est obligatoire d’acquitter le khoms sur toute chose de valeur trouvée dans le ventre d’une bête ou d’un poisson, et cela même si elle n’a pas atteint an–nisab (c’est–à–dire vingt dinars d’or).

4. L’objet trouvé au fond de la mer

Il est obligatoire d’acquitter le khoms sur tout objet précieux (comme les bijoux, les perles, le corail,…) trouvé au fond de la mer, sauf si sa valeur est inférieure à un dinar d’or. En effet, quelqu’un a dit à l’Imam as–sadiq (a.s): «Si quelqu’un fait sortir de la mer un objet précieux (comme les perles, le corindon, l’or, l’argent,…), que devra–t–il faire?» Et l’Imam (a.s) lui a dit: «Si sa valeur est [supérieure ou]égale à un dinar, il devra donner en aumône son cinquième.»[257]

Si quelqu’un fait sortir du fond de la mer quelque chose qui s’est enfoncé dedans (un bateau, une barque,…), il ne sera pas obligé de donner en aumône son cinquième. La preuve pour cela, est le hadith où l’Imam as–Sadiq (a.s) a dit: «Ali (a.s), le Commandeur des croyants, a dit: «Si un bateau fait naufrage, alors tout ce qui est rejeté sur le rivage par les vagues revient de droit à son propriétaire, et tout ce qui s’est enfoncé au fond de la mer et qui a été abandonné par son propriétaire appartient à celui qui le fera sortir de celle–ci.»[258]

5. Le bénéfice

Il est obligatoire d’acquitter le khoms sur ce qui reste du bénéfice après avoir déduit les dépenses annuelles (c’est–à–dire ce qu’on dépense pour soi–même et pour sa famille).

A propos de cet avis, l’auteur d’al–jawahir a dit: «Il n’y a aucun avis considérable différent de celui–ci. Certains ont même prétendu qu’il fait l’unanimité.» En suite il a dit: «Les adeptes de l’école d’Ahl–ul– (a.s) ont toujours agi conformément à cet avis. On peut même dire que c’était le cas même à l’époque des Imams (a.s).»[259]

Cet avis s’appuie sur plusieurs hadiths d’Ahl–ul–bayt (a.s). En effet, quelqu’un a envoyé une lettre à l’Imam al–Baqir (a.s) dans laquelle il lui a dit: «Doit–on acquitter le khoms sur tous les bénéfices et sur les terrains cultivés? Et comment cela?» Et l’Imam (a.s) lui a écrit avec sa propre main: «On acquitte le khoms après avoir déduit les dépenses annuelles.»[260] Et quelqu’un a interrogé l’Imam al–Kadhim (a.s) sur le khoms, et l’Imam (a.s) lui a dit: « [Il faut l’acquitter] sur chaque bénéfice, qu’il soit considérable ou pas.»[261] Donc, après avoir déduit les dépenses annuelles, il faudra donner le cinquième du reste à titre du khoms, et cela même s’il est d’une valeur égale à un dirham.

Il convient de signaler qu’il n’y a pas une date précise pour l’acquittement du khoms. En effet, le commerçant doit l’acquitter une année après le jour où il a commencé à faire le commerce; le cultivateur doit l’acquitter une année après le jour de la récolte, et l’employé doit l’acquitter une année après le jour de l’encaissement de la première paie.

D’après l’auteur d’al–hada’iq et l’auteur d’al–madarik, la plupart des jurisconsultes ont dit que la dot et une chose reçue en héritage ou en don ne sont pas concernées par le khoms. Quant à l’auteur de kachif–al–ghita’ et l’auteur d’al–‘ourwa al–wouthqa, ils ont exclu aussi les choses reçues à titre de la zakat ou du khoms car, d’après eux, il n’est pas certain que le mot «bénéfice» s’applique à ces choses–là.

Quant à nous, nous pensons que même l’avis adopté par la plupart des jurisconsultes n’est pas fondé. En effet, le hadith sur lequel ils se sont appuyés (c’est–à–dire le hadith rapporté par Ali Ibn Mahzayar) ne permet pas de dire que les trois choses exclues par la plupart des jurisconsultes ne sont pas concernées par le khoms. C’est–à–dire il ne peut pas restreindre la portée des hadiths qui disent que le khoms concerne tous les bénéfices.

Les dépenses à déduire du bénéfice

Ce n’est pas la loi islamique qui doit déterminer les dépenses à déduire du bénéfice, c’est les gens eux–mêmes qui doivent le faire. Et dans l’esprit de ceux–ci, les dépenses annuelles varient d’une personne à l’autre et se limitent à ce qui est utile, comme l’achat de nourriture, de vêtements ou de meubles, le payement du loyer, l’achat de cadeaux, le paiement des frais de transport…

A ce propos, l’auteur d’al–jawahir a dit: «Il est impossible de dresser une liste exhaustive, surtout si on veut prendre en considération le niveau de vie de chaque personne, les coutumes de chaque région, … Donc, il vaut mieux laisser les gens dresser eux–mêmes la liste de leurs dépenses et celle des personnes qui doivent être prises en charges…»[262]

Question: Le paiement de la dette fait–il partie des dépenses à déduire du bénéfice?

Réponse: D’après les jurisconsultes, si quelqu’un contracte une dette dans le but de faire du commerce ou bien pour subvenir aux besoins de sa famille pendant la même année où il a eu un bénéfice, il pourra la déduire de celui–ci. Et s’il la contracte après l’année où le bénéfice a été enregistré, il ne devra pas la déduire de celui–ci. En cela, les jurisconsultes sont tous d’un même avis.

A propos de la dette contractée avant l’année où le bénéfice a été enregistré, certains jurisconsultes ont dit que son remboursement ne fait pas partie des dépenses annuelles (c’est–à–dire qu’on ne doit pas la déduire du bénéfice), d’autres ont dit qu’il en fait partie (c’est–à–dire qu’on peut la déduire du bénéfice). Quant à nous, nous avons adopté ce dernier avis car nous savons que tout ce qu’on dépense pour satisfaire un besoin licite fait partie des dépenses annuelles. Et le remboursement de la dette est un besoin impérieux.

A ce propos, l’auteur d’al–jawahir a dit: «Le remboursement de la dette fait partie des dépenses annuelles même si, au moment où on s’est endetté, on n’avait pas besoin de le faire. Toutefois, il faut qu’on ait besoin de la somme empruntée au moment où on doit la rembourser.»[263]

Question: Si quelqu’un achète un produit durable (comme un tapis, un lit, un bijou, une voiture, …), devra–t–il donner le cinquième de sa valeur à titre de khoms une année après le jour de son acquisition?

Réponse: Tant qu’il en aura besoin, il ne sera pas obligé de donner le cinquième de sa valeur à titre de khoms car, pendant l’année où le bénéfice a été enregistré, son acquisition faisait certainement partie des dépenses (c’est–à–dire qu’il n’était pas concerné par le khoms); et il n’y a aucune preuve permettant de dire qu’il est obligatoire de donner le cinquième de sa valeur à titre de khoms l’année suivante.

6– Le terrain d’un musulman acheté par un juif ou un chrétien

Si un juif ou un chrétien achète un terrain appartenant à un musulman, il devra donner le cinquième de sa valeur à titre de khoms. La preuve pour cela est le hadith où l’Imam as–Sadiq (a.s) a dit: «Si, un dhimmi [264] achète un terrain appartenant à un musulman, il devra donner le cinquième de sa valeur à titre de khoms.»[265]

7– Un bien licite mélangé avec un bien illicite

– Si quelqu’un sait qu’une partie indiscernable d’un bien qui est en sa possession ne lui appartient pas, mais ignore son propriétaire, il devra donner le cinquième de la valeur de ce bien à titre de khoms. Et s’il fait cela, le reste sera licite.

A ce propos, al–‘Allama al–Hilli a dit dans son ouvrage intitulé at–tadhkira: «Car, si on lui interdit de disposer de ce bien–là, on le privera de sa propriété. Et si on lui permet d’en disposer, il commettra certainement un péché, car une partie de ce bien–là est illicite pour lui. Donc, la seule solution c’est d’acquitter le khoms sur ce bien–là. Ce qui appuie cet avis, c’est le hadith où l’Imam as–Sadiq (a.s): « [Un jour], un homme s’est présenté chez le Commandeur des croyants Ali (a.s) et lui a dit: «O^ Commandeur des croyants! J’ai en ma possession une somme d’argent dont j’ignore la quantité licite et la quantité illicite.» Et [l’Imam Ali (a.s)] lui a dit: «Donne le cinquième de cet argent–là à titre de khoms, car [en ce qui concerne] les biens, Dieu s’est contenté du khoms.»[266]

– Si quelqu’un sait qu’une partie indiscernable du bien qui est en sa possession est illicite, et sait combien elle vaut, il devra donner en aumône une somme égale à sa valeur, que celle–ci soit supérieure ou inférieure au cinquième de la valeur du bien. Et s’il ne connaît pas la valeur exacte de cette partie–là mais sait avec certitude qu’elle est supérieure au cinquième de la valeur du bien, il devra donner le cinquième de celle–ci à titre de khoms, et donner en aumône ce qu’il croit être le complément. Et s’il ne connait pas la valeur de la partie illicite mais connaît son propriétaire, il devra s’accorder avec lui sur la somme à lui payer. Et si ce dernier refuse tout compromis, il devra lui donner seulement le cinquième de la valeur du bien, car il suffit d’acquitter le khoms sur un bien dont une partie indiscernable est illicite pour que Dieu considère celui–ci comme étant un bien licite.

La quantité minimale sur laquelle le khoms doit être acquitté

Les seules choses sur lesquelles il n’est obligatoire d’acquitter le khoms que si elles ont atteint an–nisab sont: les minéraux, le trésor et l’objet retiré du fond de la mer.

An–nisab des minéraux et du trésor est de vingt dinars. C’est–à–dire si quelqu’un extrait de la terre un minéral ou un trésor d’une valeur supérieure ou égale à vingt dinars, il devra donner son cinquième à titre de khoms. Toutefois, il ne sera obligé d’acquitter le khoms qu’après avoir déduit les frais de l’extraction et de l’affinement.

An–nisab des objets précieux retirés du fond de la mer est de un dinar d’or. C’est–à–dire si quelqu’un retire du fond de la mer un objet précieux d’une valeur supérieure ou égale à un dinar, il devra donner son cinquième à titre de khoms.

Il convient de signaler que l’acquittement du khoms est obligatoire même pour ceux qui n’ont pas atteint l’âge de la puberté. Donc, si un enfant possède une chose concernée par le khoms, son tuteur devra donner son cinquième (ou le cinquième de sa valeur) à titre de khoms.

Après avoir cité cet avis, as–sayyid al–Hakim a dit: «Car les hadiths et les fetwas relatifs au khoms ont une portée générale.»[267]