Un Regard Nouveau Sur Certains Versets Coraniques
 
>Chapitre 8

" …Celles de qui vous craignez l'insoumission, faites-leur la morale, désertez leur couche, corrigez-les… "

(Coran, sourate 4, verset 34)

" æõ ÇááÇøÊí ÊõÎõÇÝõæäó äÔæÒõåäøõ ÝóÚöÙõæåäøõ æõ ÇåðÌöÑæåäøõ Ýöí ÇáãõÖõÇÌöÚ æõ ÇÖðÑöÈæåäøõ "

ÇáäÓÇÁ: ÇáÇíÉ (34)

Il est possible que le verbe zaraba, traduit ici[6] par corrigez-les, consiste dans le fait même de se séparer d'elles, de les bouder et de ne pas leur prêter attention[7].

Le verbe zaraba ou le radical ZRB possède en effet plusieurs acceptions[8]. L'une signifie le fait de se séparer, de rejeter quelque chose, comme l'expression zaraba al-dahru baynanâ qui littéralement signifie ''le temps nous a frappés'' mais où le verbe zaraba est employé dans le sens de séparer, et qui signifie donc ''le temps nous a séparés, a dressé un mur de séparation entre nous''.

L'autre sens que véhicule le verbe est celui de se montrer indifférent, de ne pas prendre en compte, comme de dire à propos d'une proposition non logique " frappe-la (lance-la) contre le mur ", c'est à dire ignore-la.

Ceci nous permet de porter un autre regard sur le verbe zaraba qui se trouve employé dans le verset et que le traducteur (ici Jacques Berque) a traduit par " corriger "[9].

Dans ce noble verset aussi cette acception peut être prise en compte, car le mot est employé pour désigner une sorte de séparation, d'éloignement soudain, en tout cas quelque chose qui ne se fasse pas de façon graduelle, qui intervient brusquement comme dans le cas d'une séparation entre les époux qui intervient après que les deux premières recommandations se soient terminées sans résultat probant, et qui consistent à faire la morale, puis à déserter provisoirement le lit conjugal.

Ces deux premières tentatives suffisent parfois à ramener l'épouse à la raison.

Nous pouvons donc paraphraser le verset ainsi : " Lorsque l'épouse n'accomplit pas ses devoirs conjugaux, et qu'elle manifeste de l'insoumission, il incombe à son mari de tenter de la guider par la raison, puis de la laisser seule, et en troisième étape de l'abandonner totalement.

Cet abandon total ne signifie pas ici divorce, mais seulement le fait de déserter la couche conjugale et de ne plus adresser la parole à l'épouse.

Le verset indique bien trois étapes, la troisième étant la plus dure, la plus sévère, car elle suspend le lien affectif avec l'épouse, ce qui signifie sa mise au ban de l'environnement du milieu familial, en tant que mesure ferme pour la ramener sur la voie de la raison et la contraindre à assumer ses responsabilités.

Si nous prenions le verbe dans son sens courant de frapper pour interpréter le verset, en ce sens que l'homme recourrait à l'emploi de la force afin de ramener son épouse à la raison, à lui faire changer de comportement, ce sens, pour des raisons que nous allons examiner, ne serait pas acceptable car il permettrait nullement à l'époux d'atteindre son objectif.

1- Dans les ouvrages de droit, il est expressément affirmé que la correction corporelle qui causerait des lésions apparentes sur le corps de la femme n'est pas permise. Ceci d'une part. D'autre part, on ne peut pas savoir jusqu'à quel degré une correction physique légère peut être effective et détourner l'épouse rétive et désobéissante de la voie qu'elle empruntait. Ce qui au sujet de l'insoumission recueille le plus l'attention des jurisconsultes, c'est le cas ou la réaction de l'époux serait de suspendre la pension, non le fait de la battre ou de lui infliger une correction corporelle[10]. En général, les spécialistes du droit se sont peu intéressés à l'étude détaillée du sujet de la correction, et se sont très peu penchés sur les points de détails de cette question comme le nombre de coups, le nombre de fois qu'il faudra répéter la correction, les cas éventuels où le risque d'expiation est exceptionnel, ou encore la question de savoir combien de fois l'homme peut-il recourir à la correction dans le cas où son épouse commet l'insoumission et l'obstination de façon répétée, et pendant combien de temps il lui sera permis de recourir à cette solution. Ce sont des points qui n'ont généralement pas été discutés en droit[11].

2- La correction corporelle ne conduirait généralement qu'à pousser la femme à faire preuve de plus d'hostilité, surtout lorsque cette correction n'est pas fondée : l'homme se retrouve dans une impasse, et la correction physique n'a plus d'effet dissuasif.

3- Une mesure violente conduit dans la plupart des cas à des réactions imprévisibles dues à la capacité de maîtrise de soi.

Il arrive souvent que la violence physique destinée à contraindre l'épouse à la soumission et à reprendre une relation affective n'aboutisse qu'à des résultats négatifs, comme l'installation d'un climat de tension et de déchirement entre les époux, et à l'aggravation de la fracture affective, et à l'éloignement des chances de concorde et de reprise entre les époux.

4- Le recours à la force pour contraindre la femme à se soumettre ne conduit pas, sur le plan psychologique, à un résultat satisfaisant, de même la persistance dans cette voie conduit à affaiblir les liens conjugaux, alors que le fait pour le mari de se séparer de son épouse pour un temps est susceptible de l'inciter à méditer à réviser sincèrement son comportement, ses manières et ses attitudes, en dépit de la souffrance et des désagréments que cela pourrait causer pour la femme dans le cas où le retour à la situation normale tarderait à s'instaurer.

5- La dernière étape avant que règne la mésentente totale entre les époux, et que la situation conflictuelle prenne le dessus définitivement, est celle du divorce.
C'est une situation qui intervient après voir tenté les trois étapes. L'époux prend conscience alors d'être arrivé dans une impasse, car aucune solution ne lui paraît susceptible de donner un résultat positif dans l'attitude de la femme. Il envisage alors de mettre un terme à la relation conjugale de façon définitive. Et c'est ce que l'on appelle le divorce. Il n'y a désormais plus aucun moyen de faire marche arrière, de revenir à une vie conjugale normale, il y a épuisement de tous les recours. La vie est devenue infernale entre les deux époux, et même l'usage de la violence à l'encontre de la femme n'y ferait rien.

6- Nous savons parfaitement que la consolidation de la relation conjugale, la fondation d'une famille stable font partie des objectifs premiers de l'islam en matière sociologique. Dès l'origine, l'islam a porté un intérêt au rang et au statut de la femme, et lui a reconnu ses droits et responsabilités au sein de la famille. Il n'a pas reconnu à l'époux le droit d'exercer des pressions sur son épouse pour l'accomplissement des tâches ménagères. Même au sujet de l'allaitement, l'épouse n'est nullement contrainte juridiquement parlant, d'allaiter son enfant. Elle peut exiger du mari qu'il lui verse une indemnité d'allaitement ou qu'il prenne une nourrice à ses frais.

Tenant compte de cette ambiance juridique concernant la femme, on peut facilement en déduire que le droit musulman ne permet pas à l'époux de recourir à la force, en cas d'insoumission. Car l'esprit de l'islam vise à instaurer un climat familial empreint de chaleur, de sincérité et d'amour.

Le noble Prophète (SAW) a dit : " Je m'étonne de celui qui bat sa femme…, car il mérite plus de recevoir des coups… Ne frappez pas vos épouses avec du bois, car cela entraînerait une situation de talion. Par contre frappez-les par la faim[12] et le dénuement, afin de gagner ce monde et l'au-delà[13]. "

Dans cette tradition, le Prophète (SAW) désavoue de façon générale de battre l'épouse, et appelle à suivre une autre voie en cas de conflit avec elle, si elle refuse de se plier à ses devoirs. Dans ce dernier cas, la récompense sera double, l'homme aura le bonheur ici-bas, car il n'aura fait aucun mal à son épouse, et il gagnera l'au-delà aussi, par voie de conséquence.

7- Pour conclure, nous dirons que dans le cas où l'on insisterait quand même sur le sens propre, réel, du verbe frapper qui figure dans le verset, à savoir qu'il s'agirait d'une punition corporelle infligée à la femme, il s'imposerait alors de dire que l'emploi de l'impératif dans la phrase " corrigez-la ! ", n'implique pas une valeur obligatoire en cas d'insoumission de l'épouse. Il est plutôt une façon d'orienter l'époux au cas où d'autres méthodes se seraient avérées vaines.

Mais il est évident en même temps que l'ambiance suggérée par les autres éléments de ce débat incite plutôt à suivre la voie de ''l'embargo'' économique, si l'on peut s'exprimer ainsi.

La correction serait alors une mesure à envisager comme une méthode visant à ramener la stabilité et le retour à la normale dans l'attitude de l'épouse.

De façon générale, il semble que cette question obéisse aux changements qui interviennent dans les sociétés. Il est possible en effet que la correction corporelle infligée à l'épouse ait été considérée par certaines sociétés, à certains moments de leur histoire, comme une façon de résoudre le problème de ce que l'époux considère comme de l'insoumission[14], et qu'en revanche en d'autres moments, les hommes recourent plutôt à des méthodes plus douces, moins humiliantes pour la femme.

Chapitre 9

" - Si deux parties d'entre les croyants se combattent, eh bien ! réconciliez-les. Si l'un d'eux avait commis un passe-droit au détriment de l'autre, combattez le coupable jusqu'à ce qu'il fasse retour au commandement de Dieu. Alors, s'il fait retour, eh bien ! réconciliez les uns avec les autres dans la justice : soyez équitables, Dieu aime ceux qui opèrent dans l'équité. "

(Coran, Sourate 49, verset 9)

æóÅöä ØóÇÆöÝóÊóÇäö ãöäó ÇáúãõÄúãöäöíäó ÇÞúÊóÊóáõæÇ ÝóÃóÕúáöÍõæÇ ÈóíúäóåõãóÇ ÝóÅöäú ÈóÛóÊú ÅöÍúÏóÇåõãóÇ Úóáóì ÇáúÃõÎúÑóìþ ÝóÞóÇÊöáõæÇ ÇáøÊöí ÊóÈúÛöí ÍóÊøìþ ÊóÝöíþÁó Åöáóìþ ÃóãúÑö Çááøåö ÝóÅöä ÝóÇÁóÊú ÝóÃóÕúáöÍõæÇ ÈóíúäóåõãóÇ ÈöÇáúÚóÏúáö æóÃóÞúÓöØõæÇ Åöäø Çááøåó íõÍöÈø ÇáúãõÞúÓöØöíäó

" ÓæÑÉ ÇáÍõÌõÑÇÊ (9)

La communauté du Prophète (SAW) se caractérise par la justice et la recherche du juste milieu. C'est ainsi que Dieu a voulu guider la Communauté de l'islam vers la voie droite, qui se tient loin des deux extrêmes de l'excès et du défaut.

Le verset précédent évoque le cas de la réconciliation entre deux parties qui se combattent. Ce verset juge entre les deux parties en toute objectivité, loin de toute forme de parti pris, afin que la réconciliation intervienne conformément à des critères rationnels, et non sur la base de sentiments ou de préférences personnelles.

Explicitons à présent la réalité que cache le verset.

Les conflits et antagonismes entre les individus ne prennent pas une seule forme. Les motifs et les cas de conflits sont multiples, ce qui a pour conséquence d'influer sur les modalités de la réconciliation éventuelle.

Le verset nous laisse entrevoir l'existence d'une distinction entre la simple animosité et les différents types de conflit.

Il est possible que le préjugé négatif, l'erreur ou les divergences dans les goûts et les opinions soient à l'origine du conflit. Dans ce cas, le Coran, recommande de réconcilier les deux parties, mais pas selon la clause figurant en fin de verset, où la réconciliation est conditionnée par l'équité.

" Réconciliez-les ". Ceci est à prendre en considération quand il n'y pas de personne physique ou morale, quelqu'un qui se rendrait coupable de prévarication, quand on est en présence d'une situation sans conflit ni confrontation. Dans ce dernier cas, il n'est pas nécessaire de recommander la réconciliation dans l'équité.

Mais si l'une des deux parties en cause recourt à la force, et prend l'initiative d'une agression, et foulant par là les critères moraux et humains sous ses pieds, il devient nécessaire dans ce cas de stopper l'agresseur et de le contraindre à se soumettre à la volonté de Dieu.

C'est là que le Coran insiste sur la réconciliation avec équité.

Il y a ici une question subtile qu'il est possible d'aborder. Les intentions de l'islam, ses objectifs éducatifs visent à l'édification d'une communauté musulmane sur la base de l'équité, de la justice, et éradiquant toutes les causes du comportement agressif parmi les individus de la société. C'est ce qui explique que le Coran insiste sur la réconciliation sur la base de l'équité.

La personne qui se charge d'instaurer la réconciliation entre les deux parties devra absolument rechercher les voies et moyens d'arriver à une solution équitable.

En d'autres termes, cela revient à éviter de ne pas tomber dans la compromission et la concession sur les principes. Car ce sont les agresseurs et les tyrans qui déclenchent les guerres pour s'arroger des privilèges et arracher aux autres leurs droits.

En pareilles situations, lorsque les médiateurs tentent de parvenir à la formulation d'un accord satisfaisant les deux parties, en convaincant une des deux parties à renoncer à ses droits, et à pardonner à son adversaire, cette attitude conduit à ancrer davantage l'esprit d'agression chez les personnes, et il arrive malheureusement très souvent que les agresseurs se voient reconnaître des privilèges en échange de leur accord.

C'est la raison pour laquelle le Coran insiste sur la nécessité d'ancrer l'esprit de la paix, sans accorder de privilège à une partie au détriment de l'autre.

D'où l'accent mis par le verset sur la paix juste, la nécessité d'affronter l'agresseur, et la concrétisation des objectifs éducatifs de l'islam consistant en l'instauration de l'équité.

Bien que les concessions et le renoncement à ses droits en échange de l'obtention de la paix, constituent parfois un élément positif, il n'empêche que les conséquences ultérieures d'une telle attitude peuvent s'avérer catastrophiques, car ce comportement en apparence pacifique contribue aussi à renforcer l'esprit d'agression et encourage à fouler au pieds les droits d'autrui.

A notre époque aussi, l'islam se propose de faire face à l'esprit d'agression, d'iniquité et d'éradiquer toutes leurs formes au sein de la société, afin d'assurer aux hommes la sécurité, la paix et afin qu'il ne soit permis à personne de recourir à la force pour s'arroger des privilèges au dépens des autres.

Chapitre 10

" - Vous qui croyez, rappelez-vous le bienfait de Dieu, quand vous assaillirent des armées, et que Nous dépêchâmes contre elles l'ouragan et des armées que vous ne pouviez voir…

- Tandis que Dieu voit clair dans vos actes. "

(Coran, Sourate 33, verset 9)

" íõÇ ÃíÜøõåõÇ ÇáøóÐöíäõ ÂãõäæÇú ÇÐúßõÑæÇú äöÚãõÉó Çááøóåö Úáóíßõãð ÅöÐú ÌÂÁóÊßõãð ÌäæÏø ÝóÃóÑÓõáúäõÇ Úõáóíåöãð ÑöíÍÇð æÌäæÏÇð áóãð ÊõÑõæðåõÇ æõ ßóÇäó Çááøóå ÈöãõÇ ÊõÚðãõáõæäó ÈõÕöíÑÇð "

ÇáÃÍÒÇÈ: ÇáÇíÉ (9)

La noble mission de Muhammad (SAW) a consisté à transmettre aux hommes la Lumière divine. En cela, le Prophète fut un Annonciateur et un Avertisseur. Cependant lorsque l'ignorance atteint ses limites, et se manifeste sous la forme de la rébellion et la haine envers la mission prophétique, il ne reste plus rien d'autre à faire qu'à se soulever pour défendre la Mission, et à se sacrifier pour elle. C'est là que Dieu fait triompher les croyants et leur apporte les énergies nécessaires.

Le verset précédent décrit un moment de la bataille des Factions (siège de Médine). Les forces des impies et des polythéistes s'étaient rassemblées pour former une force évaluée à 10.000 combattants, qui s'étaient pactisés pour mettre un terme définitif à la mission islamique.

Les forces musulmanes n'étaient pas dans une position qui leur permettrait de faire face à une telle troupe qui ne s'était jamais rassemblée auparavant dans la péninsule arabe.

L'armée des païens équivalait au triple des forces musulmanes, et leurs équipements matériels étaient de loin supérieurs à ceux des musulmans assiégés.

A cela, il faut ajouter que les Juifs qui se trouvaient à Médine constituaient un poignard pouvant s'abattre d'un moment à l'autre sur le dos de la force musulmane.

Puis, il y a aussi les Hypocrites, et ceux dont la foi était chancelante, qui constituaient une cinquième colonne travaillant à saper le moral des troupes musulmanes.

Pourtant, c'est en de telles conditions on ne peut plus défavorables, que Dieu a fait triompher Ses serviteurs croyants. Il a dépêché un vent et des soldats invisibles, qui sont les anges qui ont donné de l'énergie au moral des croyants.

Les vents puissants qui soufflaient anéantissaient les armées païennes. Leurs tentes étaient emportées, dispersées, leurs foyers étaient éteints, alors qu'ils étaient dans un besoin pressant de chauffage en cette saison hivernale.

C'est ainsi que les polythéistes n'eurent pas d'autre alternative que de se retirer, de lever le siège. Cette retraite signifiait la défaite du paganisme et la victoire de l'islam.

Les musulmans, conformément à l'enseignement de leur foi, croyaient en l'existence de soldats et de forces invisibles qui se tiennent à leurs côtés durant le combat, alors que les païens n'y croyaient pas.

Quant aux forces sensibles, concrètes, en l'occurrence les vents puissants, ils étaient ressentis par les deux parties.

Le Coran s'est exprimé clairement là-dessus, il a évoqué les rafales de vents qui ont été le facteur d'anéantissement de l'armée païenne. Si cela ne s'était pas produit, si les vents n'avaient pas été à l'origine de la défaite des païens, les polythéistes n'auraient pas manqué de se livrer à une grande propagande diffamante contre le Coran et l'islam. Ils auraient opposé un démenti à ce qu'affirme explicitement le Coran, et auraient suscité une vague de dénigrement contre l'islam.

Or nous savons que ni les païens, ni les Hypocrites n'avaient trouvé à redire après la révélation de ce verset.

Ceci constitue une preuve évidente de leur approbation de cette réalité, à savoir que ce sont bien les vents dévastateurs qui avaient causé leur défaite.

Ce qui est digne de méditation, c'est que le rassemblement des forces confédérées des nombreuses tribus païennes auxquelles se sont jointes les tribus juives, et les manœuvres des Hypocrites, toutes ces différentes forces n'ont pas été en mesure de porter la moindre contestation à la déclaration divine qui est claire et évidente. Ceci peut sans doute, être considéré comme un miracle du Coran que tout le monde est invité à méditer.

Chapitre 11

" N'avons-Nous pas fait de la terre un rassemblement pour les morts et pour les vivants ? "

(Coran, Sourate 77, verset 25)

" Ãóáóã äõÌðÚõáö ÇáÃÑðÖõ ßöÝÇÊÇð * ÃÍíõÇÁð æ ÃãðæõÇÊÇð "

ÇáãÑÓáÇÊ: ÇáÇíÊÇä (25 Ü 26)

La méthode d'utilisation des ressources naturelles fait partie des préoccupations fondamentales des disciplines scientifiques modernes.

La question de l'exploitation abusive et déraisonnée de ces ressources est devenue un casse-tête pour les savants en raison des risques et des soucis qu'elle occasionne à l'humanité. C'est ce qui explique que tant d'efforts soient déployés pour que les vastes projets d'investissements soient réalisés de façon positive. Cela peut se constater dans les forums et symposiums qui se tiennent ça et là dans le monde.

La sagesse divine, dont la science humaine reflète une partie infime, a instauré à ce sujet un ordre extrêmement précis. De telle sorte que si les humains employaient à bon escient et rationnellement ces ressources qui sont des dons de Dieu, elles ne connaîtraient jamais l'épuisement.

Dans le passé, quand la population mondiale ne représentait même pas le tiers de ce qu'elle est aujourd'hui, la famine et la pauvreté s'abattaient sur les sociétés humaines dans leur ensemble de façon plus inquiétante qu'aujourd'hui.

De nos jours, en tenant compte du fait que les niveaux de vie se sont élevés de façon remarquable, la pauvreté a reculé en dépit de l'accroissement notable de la population mondiale. La consommation des ménages a atteint des niveaux incomparables avec ceux du passé.

Par conséquent, il est clair que les phénomène de paupérisation et de pénurie des ressources naturelles relève en réalité de la mauvaise qualité de l'exploitation de ces ressources, et de l'inégalité qui se manifeste dans la distribution des richesses, et non dans une quelconque insuffisance de ces dernières.

Le gaspillage, la surconsommation, l'égoïsme de certaines puissances, la convoitise des hommes, sont à l'origine de cette crise.

Jetons un regard sur les sociétés passées.

Les données dont nous disposons concernant l'apparition des premiers êtres vivants sur la Terre ne sont pas précises. On peut même dire que dans ce domaine, c'est la confusion qui règne. On ne s'appuie en fait que sur de simples hypothèses sans fondement scientifique sérieux.

Par conséquent nous n'avons pas de données avérées sur l'époque de l'apparition de notre planète, ni sur celle de l'apparition des êtres vivants, et par conséquent sur celle de l'apparition de l'homme.

Dieu y a déployé toutes ses créatures, hommes, animaux et végétaux pour qu'elles y vivent, qu'elles s'en nourrissent.

Notre propos porte sur le paradoxe que présente la limitation des ressources disponibles sur la terre, et d'autre part, le fait qu'en dépit de cela un système étonnant par sa précision, assure les besoins des êtres vivants y compris les végétaux.

Depuis l'apparition des créatures, qui remonte à la nuit des temps et dont nous ignorons totalement les détails, jusqu'à un futur dont Dieu seul connaît le terme final, aucune matière terrestre n'a manqué. Ceci est quelque chose de stupéfiant. Le Coran l'exprime ainsi : " N'avons-Nous pas fait de la terre un rassemblement pour les morts et pour les vivants ? "

Dans le passé lointain, l'homme avait éprouvé le besoin de s'abriter dans une habitation. Il trouva les pierres et les troncs d'arbres, l'argile dont il avait besoin, et s'en servit pour se confectionner les premiers abris où il organisa sa vie de sédentaire.

A notre époque, les hommes construisent de beaux immeubles et des gratte-ciels… qui demandent de grandes quantités de ciment et d'acier obtenues à partir de matières enfouies dans la terre depuis des milliards d'années, ces matières qu'ils vont chercher dans des mines et des carrières.

Elles sont mises à leur disposition. Il leur est seulement demandé de concevoir, de déployer l'effort et d'innover. Comment tirer le meilleur de ce qui existe et de ce que recèle la terre ?

Nous venons de voir que la terre répond aux besoins des vivants. Mais le Coran nous dit aussi dans la deuxième partie du verset que la terre répond aussi aux besoins des morts.

En effet, quand un homme meurt, la terre lui donne aussi un espace pour le recevoir dans son sommeil en paix. Il en va de même pour toutes les créatures vivantes ou végétales. Au bout d'une période plus ou moins longue, elle finit par les dissoudre et les recycler en tant que matière première, comme à l'origine.

Les animaux meurent, se décomposent et retournent à l'état de poussière. Les végétaux perdent leurs feuilles qui connaissent le même destin, de même pour les branches et les troncs. La terre devient un tombeau pour toutes les créatures vivantes.

Ainsi la terre répond aux besoins des vivants aussi bien que des morts.

Les êtres vivants, dans leur ensemble, se nourrissent des choses bénies que Dieu a créées. Et quand ils meurent, ils retournent à la terre et se mélangent de nouveau aux atomes de la poussière.

Les transformations et interactions qui se produisent entre les différents éléments de la terre et les résultats auxquels ils aboutissent sont extrêmement remarquables.

Il n'y a par conséquent aucune faille ni imperfection dans la création de Dieu…

L'ordre qui régit l'existence reflète la sagesse du Créateur ; c'est à cela que fait allusion le verset coranique qui appelle à la méditation sur la création divine :

" Lui qui a créé sept cieux par niveaux : tu ne saurais percevoir de discordance dans la création du Tout miséricorde. Reportes-y le regard : y vois-tu la moindre faille ? "

(Coran, Sourate 67, verset 3)

Chapitre 12

" Votre Seigneur dit : ''Invoquez-Moi, que Je vous exauce. Ceux qui sont trop orgueilleux pour M'adorer entreront prostrés dans la Géhenne''… "

(Coran, Sourate 40, verset 60)

" æõ ÞÇá ÑõÈßõã ÇÏðÚæäöí ÇÓðÊõÌöÈð á˜õãð Çöäø ÇáøÐöíäõ íõÓðÊõ˜ÈöÑæä Úõäð ÚöÈõÇÏõÊöí ÓõíõÏðÎáõæä Ìõåõäøõãõ ÏõÇÎöÑöíäõ "

ÛÇÝÑ¡ ÇáÇíÉ (60)

Ce verset soulève plusieurs interrogations. D'après ce verset, Dieu s'engage à répondre, à exaucer tous les vœux de Ses serviteurs. Mais l'évidence nous montre que la plupart des prières des hommes sont loin d'être exaucées. Si nous considérions tous ces bras qui se lèvent en prière pour invoquer le Seigneur, et le grand nombre de demandes qui Lui sont adressées, nous constaterons que très peu de prières reçoivent une réponse. La question se pose par conséquent de chercher les raisons pour lesquelles en dépit de la promesse divine d'exaucer les prières des serviteurs, celles-ci demeurent sans conséquence.

Les grands commentateurs du Coran ont apporté principalement deux réponses à cette question :

1- L'exaucement d'une prière dépend de certaines conditions, dont la principale consiste dans l'absence de toute impureté en l'homme, due aux nombreux péchés et désobéissances, car la désobéissance et le péché envers Dieu sont considérés comme les plus grands obstacles à l'exaucement des prières.

2- la sagesse divine, qui est la source de toutes les sagesses requiert que certaines prières soient exaucées et d'autres ne le soient pas, car Dieu connaît mieux l'intérêt des hommes, et Il considère que l'accomplissement de toutes les demandes des hommes n'est pas dans leur intérêt. Cela aussi semble aller tout à fait dans le sens du bien des hommes. On peut comparer cela au comportement d'un père généreux qui cependant n'accorde à son fils qu'en fonction de son intérêt.

Ces deux réponses principales sont recevables formellement mais elles ne sont pas suffisantes pour convaincre ceux qui examinent le verset, d'autant plus que dans ce verset Dieu déclare formellement qu'il garantit l'exaucement des prières, et les termes en sont clairs, ne faisant mention d'aucune condition.

Par conséquent, il est possible qu'une exclusion de la plupart des invocations connues de la portée de ce verset, en considérant ce verset comme s'il ne visait qu'un type particulier de prières, ne soit pas adéquat. Il faut par conséquent que la réponse à apporter soit à la fois de nature à se conformer avec le sens apparent du verset, et à répondre pleinement à l'attente de celui qui aspire à comprendre le sens général du verset.

Quand nous examinons attentivement les versets coraniques, nous pouvons remarquer que les invocations que Dieu garantit d'exaucer présentent quelques qualités spécifiques qu'il convient de réunir, en même temps qu'une sincérité et attachement fort aux valeurs, une tension et un mouvement de l'homme en vue du but qui est la réalisation de la prière. Ce n'est qu'à cette condition que les prières des créatures recevront forcément une réponse positive.

En d'autres termes, les désirs des hommes et leurs demandes doivent être en parfaite conformité avec les buts de la création et la volonté divine. Cela veut dire aussi que les prières adressées à la présence seigneuriale doivent viser l'élévation de l'esprit, l'acquisition des qualités humaines parfaites, en un mot elles doivent viser à gravir les degrés les plus élevés de la spiritualité.

C'est sous cet angle qu'il faut envisager les invocations dans leur signification réelle, et non dans la dimension matérielle, partielle et sans grande portée qu'ordinairement les hommes expriment dans leurs prières…

Au niveau des invocations authentiques, les deux obstacles majeurs à l'exaucement des prières, en l'occurrence le péché (de l'invocateur) et la vanité de la prière (formulée par lui), seront écartés, car la demande de pardon du péché (istighfâr) et le repentir sont les piliers dans ce genre de prières, et Dieu exalté soit-Il accepte aussi bien la demande de pardon de Ses serviteurs que leur repentir.

Quanta la question du manque d'intérêt et de conformité de la prière, elle ne se pose pas non plus dans le cadre des prières authentiques, car les serviteurs adressent leurs prières à la Présence Seigneuriale, ce qui a pour effet d'accroître leur connaissance de Dieu, de parachever leur perfection, et l'acquisition des vertus spirituelles, et il va de soi que l'exaucement des prières se fera ici dans l'intérêt de celui qui demande.

Par conséquent, en écartant ces deux obstacles majeurs, la voie pour l'exaucement des prières s'aplanit totalement.

Les meilleurs critères de la prière authentique sont à rechercher dans le Coran et les paroles divines.

Dieu nous montre les modèles d'invocations à travers les exemples donnés par ses prophètes et les saints. Ces prières possèdent les critères spécifiques mentionnés, à savoir ceux qui peuvent servir de moyen efficace pour réaliser l'élévation spirituelle. Et s'il arrive dans le Coran qu'une prière soit adressée à Dieu par un prophète en présentant une préoccupation d'apparence mondaine, cette prière contient toujours une portée spirituelle qui doit être prise en compte.

Ainsi Zacharie (AS) aspire à avoir un enfant non pas pour le plaisir de la paternité, mais pour assurer la perpétuation de la Présence divine à travers des hommes. Les paroles qu'il adresse au Seigneur dans sa prière intime expriment parfaitement cela. Il n'emploie pas le mot walad, enfant pour désigner ce à quoi il aspire, mais le mot walî, qui veut dire un héritier, mais aussi un ami de Dieu, un saint, afin que son héritage conduise à la poursuite de la mission prophétique sur terre au bénéfice des hommes.

" Accorde-moi de Ta part un héritier héritant de moi et de la famille de Jacob, et fais, Seigneur, qu'il T'agrée ! "

(Coran, sourate 19, verset 6)

De même Salomon (AS) n'aspirait pas à la puissance et au pouvoir pour le motif de la volonté de puissance personnelle et de la jouissance des privilèges que confère la souveraineté, mais uniquement pour s'en servir comme moyen de guidance des hommes vers Dieu, afin que se déploie haut le drapeau de l'unicité divine, et que s'installe la justice parmi les hommes.

Ce n'est donc pas un hasard si la seule prière d'un prophète que Dieu refuse d'exaucer soit celle de Noé (AS) qui par amour filial a demandé que son fils soit sauvé du Déluge. Mais Dieu ne tient pas compte de cette sorte de demande, même émanant d'un prophète aussi grand que Noé (AS).

Dans les versets coraniques, les prières qu'adressent les anges et les (anges) porteurs du Trône à la Présence divine visent toutes à faire parvenir les serviteurs de Dieu à la félicité éternelle.

" Ceux qui portent le Trône et qui l'entourent exaltent par la louange la transcendance de leur Seigneur ; ils croient en Lui et implorent Son pardon pour les croyants : ''Seigneur, Tu contiens toute chose en Ta science et Ta miséricorde. Pardonne à ceux qui reviennent à Toi repentants pour suivre Ton chemin, sauve-les du tourment de Géhenne. Seigneur, fais-les entrer dans les jardins d'Eden que Tu leur a promis, ainsi qu'aux justes d'entre leurs parents, leurs épouses et leur progéniture. C'est Toi qui es le Tout-Puissant, le Sage'' "

(Coran, sourate 40, versets 7 et 8)

De même, une recherche rapide dans le Coran au sujet des prières adressées par les serviteurs exceptionnels et qualifiés de Dieu, nous révèle aussi que cette spécificité des prières des prophètes et des anges se manifeste :

" …Ceux qui rappellent Dieu assis, debout, sur le côté, et réfléchissent sur la création des cieux et de la terre : " Notre Seigneur, Tu n'as pas créé tout cela dans le faux, à Ta transcendance ne plaise. Alors sauve-nous du châtiment du Feu "

" Notre Seigneur nous avons entendu quelqu'un appeler à la croyance : ''Croyez en votre Seigneur''. C'est pourquoi nous croyons. Seigneur, aussi pardonne-nous nos fautes, ignore nos mauvaisetés, recouvre-nous parmi les vertueux ".

(Coran, Sourate 3, versets 191 et 193)

Les versets qui concluent la deuxième sourate du Coran montrent que les prières des croyants présentent le même contenu :

" Notre Seigneur, ne nous en veuille pas de nos omissions, non plus que de nos erreurs. Notre Seigneur, ne nous fais pas porter un faix aussi lourd qu'à nos devanciers. Notre Seigneur, ne nous fais pas porter plus que nous ne pouvons. Passe sur nos fautes, pardonne-nous, aie de nous miséricorde. Tu es notre Maître. Viens à notre secours contre le peuple du déni. "

(Coran, Sourate 2, verset 286)

Toutes ces implorations portent sur l'aspiration à l'élévation et l'ascension spirituelle ainsi qu'à se rapprocher de la Présence divine. C'est la raison pour laquelle, après avoir donné ces exemples de prières prononcées par les croyants, Dieu déclare :

" Puis Dieu leur a répondu (a exaucé leur prières) "

(Coran, sourate 3, verset 195)

Il ressort nettement de tout cela que dans l'ensemble de toutes ces implorations, il n'existe pas la moindre mention d'une prière exprimant le désir d'une vie tranquille, d'une prospérité personnelle ou d'une position sociale dans ce bas-monde.

Les Imams purs de la Maison du Prophète (AS) nous ont laissé des invocations qui sont un modèle inestimable. La plus connue d'entre elles est l'invocation (Dou'â) dite de Kumayl, que l'imam 'Alî (AS) a enseigné à son disciple Kumayl ibn Zyâd.

En voici un extrait :

" Seigneur, fortifie mes membres pour que je puisse mieux Te servir, et consolide mes flancs pour renforcer ma détermination ! Accorde-moi le sérieux dans la crainte révérencieuse de Toi, et la persévérance dans Ton service…. " " Et Fais-moi la faveur d'exaucer bellement mes prières, de réduire le poids de ma faute, et de pardonner mon péché ! "

Cette invocation témoigne de la justesse de ce que nous disons ici :

" Car Tu as décrété à Tes serviteurs de T'adorer, et Tu leur as ordonné de T'invoquer, de T'implorer, et Tu les as assurés de les exaucer ! "

Cette phrase est une référence au contenu du verset coranique.

En réalité, l'émir des Croyants, Ali ibn abî Tâlib (AS) expose les invocations des prophètes, des envoyés des saints et des anges ainsi que des croyants, à travers certains exemples qui les illustrent. Il nous invite à apprendre la bonne méthode pour pratiquer l'invocation, comment s'adresser à Dieu avec respect afin d'obtenir l'exaucement de nos vœux.

Si nous examinons aussi les invocations et prières qui se trouvent dans la Sahîfa al-Sajjâdiya de l'imam Zayn al-'Abidîn, nous y trouverons d'autres critères de l'invocation exaucée, car les prières de l'imâm (AS) sont axées sur les valeurs spirituelles et morales.

Méditons à ce propos cet extrait d'une prière de l'imam (AS) où il dit :

" Mon Dieu, accorde-nous le succès dans l'obéissance, éloigne-nous du péché, conforte-nous dans notre bonne intention, fais-nous connaître la sacralité, honore-nous par la guidance et la droiture, fortifie nos langues dans la vérité, la sagesse, et emplis nos cœurs de savoir, de gnose, et purifie nos ventres de ce qui est illicite et ambigu… " et ainsi de suite jusqu'à la fin de l'invocation qui ne comporte même pas une seule allusion aux jouissances de ce monde .

Tous les Imams Purs (AS) ont prononcé des invocations sublimes à grand pouvoir d'édification spirituelle, qui visent toutes à l'acquisition des degrés supérieurs de la spiritualité.

Les grands maîtres mystiques ont tous insisté sur ce point que le secret de l'invocation de la Présence Seigneuriale est visé en soi, car la philosophie à l'origine de l'invocation et de l'entretien secret avec le Seigneur consiste dans la recherche de la guidance et de l'édification spirituelle de l'homme, même si l'invocation contient des éléments matériels et de peu de valeur.

Par conséquent, l'invocation véritable, celle dont l'exaucement est garanti pour les hommes sincères, est l'invocation qui aplanit la voie du mouvement de l'homme vers le Réel, qui accroît la remise confiante de soi à Dieu, et qui le fait parvenir au besoin absolu. Mais cela n'empêche pas que Dieu, par un effet de Sa bonté, réponde aussi à quelques demandes ordinaires et matérielles de Ses serviteurs. A ce sujet, il est bon de rappeler que les Imams purs de la Maison du Prophète (SA) ont recommandé à leurs disciples de prendre l'habitude d'adresser toutes leurs demandes à Dieu, de quelque sorte qu'elles soient, car en définitive, c'est Dieu qui détermine toute chose.

A ce propos, les invocations authentiques qui bénéficient d'un exaucement peuvent consister à demander à Dieu d'accorder de Ses faveurs et de Sa bonté (rahmah), afin que la Présence Seigneuriale Très-Sainte prenne aussi en considération certaines demandes ordinaires et aspirations matérielles et leur donne une suite favorable.

Bien sûr, il ne faut pas négliger de demander la récompense dans l'autre monde, quels que soient les problèmes existentiels et matériels rencontrés dans cette vie terrestre.

Si le verset coranique et le contenu de la garantie d'exaucement de la prière incluaient aussi des demandes d'avantages et privilèges matériels et de confort, une sorte de situation contradictoire verrait le jour, car ce monde-ci est le lieu des épreuves pour les hommes. Dieu a, selon Sa coutume immuable, établi définitivement ce monde comme étant jalonné d'épreuves. La confrontation avec les épreuves et les problèmes de l'existence fait partie de l'édification même de l'homme, et joue un rôle fondamental dans son progrès et son élévation. C'est d'ailleurs par cette voie que tout un chacun peut réaliser son rang réel dans la vie.

Les prophètes et les grands hommes spirituels ont traversé les épreuves les plus dures dans ce monde, avant de mériter les places qui les ont rapprochés du Seigneur.

Si l'on pouvait régler les difficultés de la vie par la seule invocation, et si le Seigneur garantissait d'exaucer toutes ces prières, Il n'aurait pas institué cette pratique dans ce monde. Ce serait contraire à la sagesse divine que, d'une part elle édicte que les hommes seraient soumis dans ce monde à des épreuves d'endurance et des difficultés, et que d'autre part, elle prévoie que cet ensemble de difficultés et de problèmes puissent être écartés par la seule invocation.

Le Coran nous met en garde et nous rappelle bien :

" Les hommes pensent-ils qu'on va les laisser dire :'' Nous croyons'', sans une mise à l'épreuve ? "

(Coran, sourate 29, verset 2)

N'oublions pas de rappeler aussi que la partie finale du verset qui fait l'objet du commentaire se réfère avec précision et clarté au fait que l'invocation est un acte d'adoration.

Car Dieu dit :

" Invoquez-Moi et J'exaucerai vos prières… "

Le point qu'il convient de relever à propos du verset que nous étudions ici est que, si le mot adoration qui figure en fin de verset, devait être entendu dans le sens de prière, d'invocation, qui figure au milieu du verset, ce dernier présenterait une meilleure logique interne, une meilleure cohérence.

" …Ceux qui sont trop orgueilleux pour M'adorer entreront prostrés dans la Géhenne " (Coran, Sourate 40, verset 60)

Car l'invocation est le culte par excellence, ce qu'il y a de plus significatif dans l'adoration. D'autre part, l'adoration exprime plus la grandeur du Seigneur, la louange qui Lui est due, et la gratitude envers les faveurs et bénédictions divines, alors que l'invocation procède des profondeurs de l'âme humaine consciente de son impuissance, de la reconnaissance de sa faiblesse et de ses limites.

C'est ici que l'on comprend pourquoi l'arrogance, la vanité stupide des superbes les conduisent à se croire au-dessus du besoin d'adresser des prières à Dieu, de reconnaître leur faiblesse, leur indigence ontologique devant la Présence Seigneuriale.

C'est pourquoi Dieu le Dominateur, le Dispensateur de l'être met en garde les superbes contre les conséquences néfastes, châtiment et perdition éternels, que leur attitude va engendrer dans ce monde et dans l'autre.

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