Un Regard Nouveau Sur Certains Versets Coraniques
 
Chapitre 4

" Et Nous sauvâmes Moïse et ses compagnons jusqu'au dernier. Et de surcroît engloutîmes les autres. En quoi réside un signe : la plupart ne croient pas pour autant. Ton Seigneur n'en est pas moins le Tout-Puissant, le Miséricordieux. "

(Coran, Sourate 26, versets 65-68)

" æÃóäÌíäÇ ãõæÓì æãä ãÚå ÃóÌãÚöíä * Ëõã ÃóÛúÑÞúäÇ ÇáÇúóÎÑöíä * Åöäøó Ýöì Ðóáöß áÂíÉð æ ãÇ ßóÇäó ÃóßúËóÑõåõã ãÄúãöäöíä * æÅöäøó ÑÈß áóåõæ ÇáúÚÒöíÒõ ÇáÑÍöíãõ "

ÇáÔÚÑÇÁ:ÇáÇíÇÊ (65 Ü 68)

" Le peuple de Noé a démenti les envoyés. "

(idem, verset 105)

" ßóÐøÈÊð Þóæðã äæÍò ÇáúãÑðÓõáöíä "

ÇáÔÚÑÇÁ: ÇáÇíÉ: (105)

" Nous le sauvâmes donc, avec ses compagnons, sur l'arche surchargée. Pour ensuite engloutir le restant..-En quoi réside un signe : la plupart ne croient pas pour autant. Ton Seigneur n'en est pas moins le Tout-Puissant, le Miséricordieux . Ceux de 'Ad ont démenti leurs envoyés.. "

(idem, versets 119-123)

" ÝóÃóäÌíäÇå æõ ãõäð ãõÚõå Ýöì ÇáúÝõáúßö ÇáúãõÔÍæäö * Ëõã ÃóÛúÑõÞúäÇ ÈõÚðÏ ÇáúÈÇÞöíäõ * Åöäøó Ýöì Ðóáöß áÂíÉð æõ ãõÇ ßóÇäó ÃóßúËóÑåã ãÄðãöäöíäõ * æÅöäøó ÑõÈß áóåæõ ÇáúÚõÒöíÒ ÇáÑõÍöíã * ßóÐøÈÊð ÚÇÏ ÇáúãÑðÓõáöíä "

ÇáÔÚÑÇÁ: ÇáÇíÇÊ (119 Ü 123)

" Donc ils le démentirent, donc Nous les avons abolis. - En quoi réside un signe : la plupart ne croient pas pour autant. Ton Seigneur n'en est pas moins le Tout-Puissant, le Miséricordieux"

(idem, versets 139 et 140)

" ÝóßóÐøóÈõæå ÝóÃóåáóßúäÇåãú Åöäøó Ýöí Ðóáöß áÂíÉð æãÇ ßóÇäó ÃóßúËóÑåã ãÄðãöäöíä* æÅöäøó ÑÈóß áóåõæ ÇáúÚÒöíÒ ÇáÑõÍöíã* ßóÐøóÈÊ ËóãæÏ ÇáúãÑÓõáöíä "

ÇáÔÚÑÇÁ: ÇáÇíÇÊ (139 Ü 141)

" Car les saisit le châtiment. - En quoi réside un signe : la plupart ne croient pas pour autant. Ton Seigneur n'en est pas moins le Tout-Puissant, le Miséricordieux . Le peuple de Loth a démenti ceux qu'on lui envoyait…"

(idem, versets 158-160)

" ÝóÃóÎÐóåã ÇáúÚÐóÇÈõ Åöäøó Ýöí Ðóáöß áÇóíÉ æãÇ ßóÇäó ÃóßúËóÑåã ãÄãöäöíä * æÅöäøó ÑÈß áóåæ ÇáúÚõÒöíÒ ÇáÑõÍöíã * ßóÐøóÈÊ Þóæã áõæØ ÇáúãÑúÓáíä "

ÇáÔÚÑÇÁ: ÇáÇíÇÊ (158 Ü 160)

" En faisant pleuvoir sur eux une pluie, funeste pluie sur ceux qu'avait touchés l'alarme ! -En quoi réside un signe : la plupart ne croient pas pour autant. Ton Seigneur n'en est pas moins le Tout-Puissant, le Miséricordieux. Ceux de la Brousse ont démenti les envoyés… "

(idem, versets 173-176)

" æÃóãØóÑäÇ Úáóíåöã ãØóÑÇ ÝóÓÂÁó ãØóÑõ ÇáúãäðÐóÑöíä * Åöäøó Ýöì Ðóáöß áÂíÉð æãÇ ßóÇäó ÃóßúËóÑåã ãÄðãöäöíä * æÅöäøó ÑõÈß áóåæõ ÇáúÚõÒöíÒ ÇáÑõÍöíã * ßóÐøóÈõ ÃóÕðÍõÇÈ áúÆíðßóÉö ÇáúãÑúÓáöíäõ "

ÇáÔÚÑÇÁ: ÇáÇíÇÊ (173 Ü 176)

" Eux donc le démentirent, donc les saisit le châtiment du Jour de l'ombre, ce fut le châtiment d'un Jour terrible. - En quoi réside un signe : la plupart ne croient pas pour autant. Ton Seigneur n'en est pas moins le Tout-Puissant, le Miséricordieux. "

(idem, versets 189, 190, 191)

" ÝóßóÐøÈæå ÝóÃóÎõÐóåãú ÚÐóÇÈõ íõæãö ÇáÙøõáøÉö Åöäøõå ßóÇäó ÚÐóÇÈ íõæãò ÚõÙöíãò * Åöäø Ýöì Ðóáöß áÂíÉð æõ ãõÇ ßóÇäó ÃóßúËóÑåãð ãÄãöäöíä * æ Åöäøó ÑõÈßõ áóåæõ ÇáúÚõÒöíÒ ÇáÑõÍöíã "

ÇáÔÚÑÇÁ: ÇáÇíÇÊ (189 Ü 190 Ü 191)

Le terme 'azîz (tout-puissant) est un des noms divins les plus remarquables employés souvent par le Coran.

Ce mot qui désigne la suprématie divine apparaît le plus souvent accolé à un autre terme, celui de hakîm, de sage. Cette conjonction des deux termes témoigne en elle-même de la sagesse de la parole divine.

Cependant, dans la sourate Les Poètes, cet attribut divin de 'Azîz, Tout-Puissant, est accompagné d'un autre attribut, celui de al-Rahîm, Le Miséricordieux.

Ce couple Tout-Puissant et Miséricordieux a été employé en des nombreux versets. Ils sont employés concurremment, en diverses occurrences, ce qui nous a amené à tenter d'en comprendre les significations diverses que ce couple génère selon le cas où il apparaît dans le Coran :

La sourate des Poètes traite des évènements auxquels ont été confrontés les envoyés de Dieu, en commençant par l'histoire de Moïse (AS) avec Pharaon, puis les histoires d'Abraham, de Noé, de Houd, de Sâlih, de Loth et de Shou'ayb (AS).

Ces nombreux récits qui exposent les souffrances des prophètes, ainsi que les épreuves qu'ils ont du affronter, visent à renforcer le cœur de l'Envoyé de Dieu (SAW) :

" Remets-t-en au Tout-Puissant, au Miséricordieux "

(Coran, sourate 26, verset 217)

Ce qui est remarquable, c'est que dans l'ensemble des versets, il y a une concomitance entre le couple Tout-Puissant et Miséricordieux, d'une part et l'évocation du châtiment divin, et de la vengeance à l'encontre des impies, car ces derniers n'ont pas reconnu la vérité des paroles divines, ils n'ont pas cru en Sa révélation, et sont demeurés de plus en plus rétifs, opposés, ou indifférents à Dieu.

Tenant compte de ce qui précède, transparaît la vérité que cherche à suggérer l'association des deux attributs divins dans un même contexte, et pourquoi ils sont répétés dans la sourate des Poètes.

L'un des penchants de l'âme charnelle de tout être humain est de tendre au pouvoir, à exercer une influence et à disposer de la force.

Cette aspiration est plus ou moins forte d'un individu à un autre, pouvant varier d'un extrême à un autre.

Il en va ainsi en dépit de l'existence d'hommes pieux, qui ont maîtrisé les tendances de leur âme charnelle, et qui ne laisseraient jamais se développer en eux de telles tendances.

De tels hommes sont naturellement rares, et il est presque impossible d'en repérer un parmi les groupes humains.

En revanche, nous trouvons des milliers et des milliers d'individus, dans chacune des sociétés humaines, qui aspirent à réaliser leurs ambitions au moyen de la domination et de l'influence personnelle et qui, dans ce but n'hésiteraient pas à fouler sous leurs pieds les valeurs humaines et les qualités morales les plus nobles.

Tout cela pour le seul désir d'étancher leur soif de pouvoir, ce feu qui ne s'éteint presque jamais dans les âmes charnelles.

Tout au long de l'histoire humaine, la passion de domination a toujours été accompagnée par le refus de l'hégémonie et de l'injustice. Chaque fois que s'est élevée la tentation d'hégémonie, de convoitise, il s'est trouvé d'autres voix pour se dresser devant elles avec force et pour défier la rébellion des tyrans.

Les prophètes qui sont les messagers de Dieu et tous ceux qui sont à l'avant-garde de ceux qui s'efforcent de libérer l'homme et les sociétés de l'adoration des idoles et de les protéger du danger de chuter dans le bourbier du vice, ont reçu de Dieu l'ordre de prendre en charge leurs congénères pour les guider vers les rivages salutaires du bonheur éternel.

Ils éclairent les cœurs, les âmes et les esprits avec la piété, la foi, et endurent toutes les formes de la souffrance et de la douleur, afin d'assurer le salut des hommes, sans rien demander en contrepartie.

" Je ne vous demande pour autant nul salaire ; mon salaire n'incombe qu'au Seigneur des univers "

(Coran, sourate 26, verset 109)

La prédication des prophètes ainsi que leur message d'affirmation de l'unité divine et de refus de la tyrannie sont au cœur de la mission divine. Ils combattent afin de purifier l'âme humaine de toutes les formes de l'arrogance, de l'égoïsme, de la superbe et de la course effrénée à la domination et a la passion du pouvoir. Car il existe un lien très étroit entre la passion de domination et la dureté du cœur. Plus on a de pouvoir, plus le cœur s'endurcit.

Les chefs politiques et militaires les plus notoires de l'histoire se caractérisaient par cette qualité de dureté de cœur. Ils faisaient preuve de plus de barbarie, de moins de disposition à supporter leurs congénères, au fur et à mesure que s'accroissait leur puissance.

Ils faisaient preuve d'une réaction énergique à la moindre velléité d'opposition et de refus de leur pouvoir. Ils se montraient ainsi même envers leurs plus proches parents.

Les versets de la sourate des Poètes (numéro 26) évoquent précisément la destinée qui fut réservée aux peuples désobéissants à cause de leur entêtement continuel, et leur refus de répondre à la prédication de Dieu, suscitant la colère de Dieu à leur égard.

Combien de sociétés humaines ont-elles opprimé les prophètes de Dieu et dont le sort fut l'anéantissement à cause de leur refus de suivre la prédication qui leur fut apportée ! Ils se bouchaient les oreilles pour ne pas entendre et pour ne pas obéir aux prescriptions divines. Ils ont même infligé des souffrances aux prophètes de Dieu qui n'avaient pas d'autre but que le bien des hommes et qui n'aspiraient à rien d'autre que le bonheur de l'humanité.

C'est pourquoi les versets qui évoquent le destin ultime des peuples désobéissants se terminent par le terme al-'Azîz, le Tout-Puissant, pour exprimer la puissance, la capacité et la gloire de Dieu qui l'emportent de toute façon.

Le second nom, al-Rahîm, le Tout miséricorde, semble faire dissonance avec le nom précédent, car la miséricorde ne va pas avec le destin qui a été celui des peuples et des nations qui se sont révoltés contre Dieu.

Pour mettre en lumière cette question, il faut considérer les prophètes en tant qu'ils sont des manifestations des attributs et noms divins sur la terre, de même que leur magnanimité constitue un modèle évident du principe de l'existence.

L'étude et l'examen de la vie des prophètes, leur méthode de prédication pour guider les hommes et les sauver, nous aident à mieux percevoir les degrés de leur endurance et de leur magnanimité, en face de l'injustice et de l'oppression, et aussi face aux moqueries, aux accusations et au diffamations dont ils furent l'objet, ainsi qu'aux dénis que leur opposèrent leurs peuples. Nous réaliserons alors que le degré, le rang d'un prophète auprès de Dieu est en rapport direct avec les souffrances, les tortures qu'il a endurées dans cette voie.

Ainsi le prophète Noé (AS) a prêché son peuple durant 950 ans, période pendant laquelle il endura l'injustice, l'oppression la haine, sans pour cela renoncer à poursuivre sa prédication de nuit, en secret, et de jour, ouvertement.

Malgré cela, Noé ne parvint pas à des résultats probants, car l'opposition de son peuple ne faisait que s'accroître de jour en jour. Son peuple devenait de plus en plus insolent, plus agressif. Ce qui amènera Noé à invoquer la colère divine contre son peuple, après tant de siècles de patience, et après qu'il eut la conviction que plus personne ne croirait en son message, hormis ceux qui avaient déjà cru.

Tel fut le sort des prophètes qui durent supporter le mal de leurs peuples, et qui s'efforcèrent quand même de les guider.

La prédication des prophètes traverse trois phases, après quoi ils invoquent la malédiction de Dieu contre leur peuple et demandent que Son châtiment s'abatte sur eux.

Premièrement : la grande magnanimité dont ils font preuve face aux attitudes hostiles des impies, et où ils font preuve d'une patience extrême qui n'est pas à la portée de l'homme ordinaire.

Deuxièmement : la désespérance définitive de pouvoir guider le peuple et la société, la persistance de l'hostilité et de la désobéissance, et l'inefficacité de toutes les tentatives de les guider, ainsi que la réticence à la prédication divine.

Troisièmement : l'impertinence des peuples rebelles à l'égard de la prédication divine au point de défier le prophète en lui demandant d'invoquer son Dieu pour qu'Il fasse abattre sur eux le châtiment dont Il les menace.

C'est à la dernière de ces trois étapes, que les prophètes décident de lever les mains en signe de prière pour invoquer la malédiction et le châtiment de Dieu contre ces peuples rebelles qui s'obstinent dans leur désobéissance et leur hostilité.

Dans le récit de Jonas, nous voyons que la patience dont fait preuve ce prophète au début, n'est pas au niveau souhaité. Avant même d'avoir désespéré de guider son peuple, Jonas va le maudire. C'est pour cette raison que Dieu va lui imposer une autre épreuve où il sera avalé par une baleine et séjournera quelque temps dans le ventre de cette dernière avant d'être rejeté sur le rivage.

Mais son peuple se ressaisira et se repentira, et se mettra dans le droit chemin, montrant son remords et pleurant sur son pêché, Jonas invoquera Dieu pour que le châtiment qui menaçait de s'abattre sur ses concitoyens soit écarté. Dieu exauça sa prière, et ils furent ainsi sauvés du châtiment divin après avoir cru en la mission divine de Jonas.

Quand nous considérons la puissance absolue de Dieu, en comparaison de laquelle la puissance des gouvernants les plus puissants ne représente rien, nous comprendrons parfaitement que Dieu est vraiment le Tout-Puissant le Tout miséricorde (al-'Azîz al-Rahîm), car Sa miséricorde se manifeste dans sa magnanimité envers la révolte de ses créatures, leur désobéissance. Quelle que soit son ingratitude, ou sa rébellion, les portes de la miséricorde divine demeurent toujours ouvertes pour quiconque se repent.

Parmi les manifestations de sa Toute Puissance et aussi de Sa miséricorde envers Ses créatures désobéissantes et rebelles, il y a aussi le fait que le châtiment dans ce monde a été suspendu, depuis la dernière révélation, celle qu'a apportée notre Maître Muhammad (SAW), et ce jusqu'à la fin du monde, et jusqu'à l'apparition de notre Maître le Messie, ce grand prophète qui est l'Esprit de Dieu et Sa Parole.

Le Messie a enduré toutes les formes de la souffrance, et a enduré toutes les douleurs jusqu'à ce que son peuple décide de le mettre à mort. Mais malgré cela, Dieu n'a pas fait abattre Son châtiment sur les Juifs. Il a reporté leur compte et leur châtiment au Jour de la résurrection.

Quant à notre Maître Muhammad (SAW) qui souffrit les pires tortures de ses compatriotes, qui le combattirent, l'assiégèrent, le prirent en dérision et ont comploté pour le tuer, au point qu'il a dit : " Aucun prophète n'a souffert autant que j'ai souffert ! ", alors qu'il est le noble prophète que Dieu a envoyé par miséricorde pour les univers. Malgré tout, Dieu ne châtia pas son peuple dans ce monde et n'a pas fait abattre sur eux Son châtiment.

Si nous prenons en considération tous les points que nous venons de voir et examinions de près les données historiques, nous verrions alors que les peuples qui ont eu à souffrir du châtiment divin, dans le passé, étaient des peuples qui ne représentaient pas, numériquement parlant, une grande multitude. Il s'est agi le plus souvent de cités ou de villes moyennes, et quand le châtiment divin s'abattait sur elles, les prophètes et ceux qui les avaient suivi ont toujours été sauvés : seuls sont éradiqués les pires corrupteurs et corrompus qui niaient en bloc l'enseignement divin.

Si nous devions estimer quantitativement l'ensemble des populations qui ont été soumises au châtiment de Dieu tout au long de l'histoire, nous verrions qu'il ne constitue qu'un faible pourcentage par rapport aux morts causées par une seule guerre des hommes durant notre époque[5].

Les guerres modernes sont le plus souvent causées par les convoitises expansionnistes, la soif de domination et les ambitions agressives et sans fondement moral.

Alors que le châtiment divin ne concerne que des régions et des domaines limités et vise à sauvegarder les valeurs humaines et morales, et à éliminer les méchants et les fauteurs de trouble incurables sur qui aucune prédication n'a plus d'effet.

Ces interventions divines surviennent pour servir d'avertissement et de leçons aux autres peuples.

D'autre part, bien que le châtiment divin vise continuellement les impies et les égarés jusqu'au Jour de la résurrection, la croissance démographique galopante de notre temps, le développement des moyens de communications, des moyens de transport, rendent aisée la transmission de l'enseignement prophétique et mettent la preuve manifeste à l'attention des gens à une époque où les peuples vivent un paganisme moderne où l'on rend un culte aux idoles contemporaines, tout cela devrait conduire à l'éradication de la majorité de l'humanité, si le châtiment divin devait s'abattre, et pire, la terre pourrait même se retrouver vidée de l'espèce humaine.

C'est alors que s'explicite clairement la réalité du nom le Tout-Puissant le Tout miséricorde, qui associe Sa Toute puissance et Sa bonté infinie.

C'est cette miséricorde qui a préservé la persistance de l'espèce humaine, en dépit de toute les tyrannies, de tous les pêchés, de toutes les déviations et de l'abandon des hommes à leur passion.

Chapitre 5

" N'as-tu pas vu comme Dieu fait descendre du ciel une eau dont Nous faisons sortir des fruits de variétés diverses ? De même sur les montagnes règnent des traînées blanches, des rouges de variétés diverses et de ténébreuses noirceurs "

(Coran, Sourate 35, verset 27)

" Çáã ÊõÑõ Çäø Çááå ÇäðÒõá ãöäõ ÇáÓõãõÇÁö ãõÇÁð ÝÇÎðÑõÌðäõÇ Èöå ËãõÑõÇÊò ãÎðÊõáöÝÇð ÇáæõÇäåõÇ æõ ãöäõ ÇáÌöÈõÇáö ÌÏõÏø ÈöíÖø æõ ÍãðÑø ãÎðÊõáöÝø ÇáæõÇäåõÇ æõ ÛÑõÇÈöíÈ ÓæÏø "

ÝÇØÑ¡ ÇáÇíÉ (27)

Le Coran classe les merveilles de la création en deux catégories :

La première englobe les phénomènes étonnants dans l'univers de la création et de la nature, et la deuxième concerne les réalités qui frappent les esprits dans le monde de l'au-delà et d'une façon générale tout ce qui est métaphysique.

Les ouvrages d'exégèse coranique se sont largement étendus sur la deuxième catégorie. Ils explicitent réellement une petite part des évènements du monde situé au-delà de la nature.

En ce qui concentre les phénomènes du monde naturel, on peut aborder leur étude sous deux aspects :

Le premier : l'analyse des versets coraniques conformément aux données de la tradition et aux disciplines modernes des différents phénomènes naturels (animaux, végétaux et minéraux) en vue de démontrer la compatibilité des réalités coraniques avec les réalités de la tradition, et par là, établir le bien fondé du Coran, et démontrer qu'il ne s'y trouve aucune contradiction ni différence flagrante entre le Coran et la science.

Et prouver ainsi par la même occasion que la raison et la science corroborent cela avec force, à condition de ne pas outrepasser les réalités scientifiques évidentes. Il faut se garder de la tentation d'accorder (d'adapter) le Coran y compris avec les hypothèses scientifiques, car les hypothèses ne garantissent pas un progrès scientifique certain, et à chaque fois que les humains découvrent de nouvelles réalités, les hypothèses perdent de leur consistance. C'est par conséquent, le Coran que nous devons considérer comme le critère dans la comparaison et la mise en conformité.

Deuxièmement : considérer les conditions et les circonstances de la révélation coranique en ce qui concerne la recevabilité des interlocuteurs de ce temps là, et considérer aussi les traditions concernant les merveilles de la création et plus généralement celles relatives aux merveilles de la nature ainsi que les charismes du Prophète (SAW).

En examinant le verset précédent à la lumière de cet deuxième point de vue, il ressort que :

Les gisements de pierres colorées sont considérés de nos jours comme des richesses, et les pays qui en sont dotés en développent l'exploitation pour les exporter en différents points du monde. Les principaux gisements se situent en Iran, en Italie, en Chine, en Corée du sud, en Inde et au Portugal.

Les couleurs fondamentales de ces pierres sont le blanc, le noir et le rouge. Les autres couleurs en sont dérivées. Le Coran évoque aussi ces trois couleurs fondamentales, tout en faisant allusion aux autres couleurs dérivées et en les rattachant aux couleurs mères.

Si Dieu qui est le créateur de ces gisements de pierres n'était pas à l'origine de ce verset, comment aurait-on pu savoir cela, tenant compte du fait que Muhammad (SAW) vivait à la Mecque puis à Médine, et n'avait jamais voyagé dans d'autres pays excepté la Syrie, où il se rendit dans sa jeunesse.

Sachant que ces pierres se trouvent en différents points du monde, est-il possible que la source de ces informations soit autre que la révélation divine ?

Outre cela, il faut noter que le verset parle des bienfaits et avantages de ces pierres pour les hommes, alors qu'à l'époque de la Révélation du Coran, les hommes n'avaient pas encore pris conscience de l'importance de cette sorte de pierres, et se contentaient d'employer des pierres ordinaires pour la maçonnerie, et alors que de nos jours les hommes ont introduit l'usage des pierres colorées dans leur matériaux de construction, dans leur économie et leurs usages quotidiens.

Dans le verset qui suit celui que nous examinons ici, le Coran dit :

" De même parmi les humains et les animaux et le bétail, il en est de variétés diverses. C'est ainsi, mais seuls craignent Dieu, parmi Ses adorateurs, ceux qui connaissent. Dieu est Tout pardon, Tout-Puissant. "

(Coran, Sourate 35, verset 28)

Le verset parle de la diversité des couleurs des minéraux des roches, des montagnes, ajoutant aussi celles des hommes et des animaux. Or nous savons que les hommes diffèrent en couleurs. Il en est des blancs, des noirs, des rouges, des jaunes…

Cette diversité se retrouve aussi dans les couleurs des animaux, ce qui est une des merveilles de la création divine. A chacun ses caractéristiques qui témoignent de la science infinie de Dieu, de Son savoir absolu et de Sa puissance infinie. Raison pour laquelle ceux qui savent sont parmi les hommes ceux qui montrent plus de crainte révérencieuse devant le Créateur, car ils ont appréhendé une partie de la grandeur de Dieu à travers la méditation et la réflexion sur les merveilles de Sa création.

Ces réalités subtiles offrent un autre exemple du caractère inimitable de la Révélation et de la Parole divines.

Chapitre 6

" -Il a lancé sur la terre des ancrages, pour qu'elle ne bouge sous vos pas, et des fleuves et des chemins pour que bien vous vous guidiez. "

(Coran, Sourate 16, verset 15)

" æõ ÇáÞìõ Ýöí ÇáÃÑðÖö ÑõæõÇÓöíõ Ãä ÊõãöíÏõ Èößãð æõ ÇäðåõÇÑÇð æ ÓÈáÇð áÚõáøßõãð ÊõåðÊõÏæä "

ÇáäÍá: ÇáÇíÉ (15)

La guidance est une orientation psychologique et spirituelle. Ce terme peut d'ailleurs être pris pour un synonyme d'orientation, car il s'agit bien de mettre quelqu'un dans le droit chemin, le vrai chemin, la voie qui lui permettra d'atteindre son but.

Dans le contexte divin, ce terme englobe aussi l'émanation éternelle et infinie du Miséricordieux.

La guidance par Dieu de Ses créatures intervient de plusieurs façons :

1- La guidance universelle ou guidance ontologique, c'est à dire liée à l'essence même des créatures. Les docteurs de la foi musulmane sont en effet unanimes à affirmer que le Créateur a instauré la guidance des êtres dans leur structure atomique même, dans le sens où chaque créature se dirige du fait même de son existence vers sa perfection physique, et cette loi s'applique aux organismes micro-cellulaires ainsi qu'aux êtres de constitution plus complexe et plus grande.

2- La guidance par la Loi divine : de même que l'orientation universelle régit l'ordre naturel, l'homme qui est l'être de rang le plus élevé dans la hiérarchie de l'univers a fait l'objet d'une attention particulière de Dieu, car Dieu lui a envoyé des émissaires de guidance afin de le guider vers la bonne voie qui est la sienne et qui lui assure son bonheur, tout en le dotant de sa liberté, de son libre arbitre, de sa pleine volonté pour décider d'emprunter la voie de son bonheur ou celle de son malheur.

3- La guidance écologique : cette troisième sorte de guidance n'a pas reçu la même attention. C'est à elle que se réfère le verset commenté ici, qui lève un voile sur cette réalité.

Dieu exalté soit-Il est la source de l'émanation et de la miséricorde. C'est pour cette raison qu'Il a aussi révélé aux hommes cette sorte de guidance.

Cette guidance se résume dans l'existence de facteurs et de causes naturelles inscrites dans la création et qui oriente les créatures dans leur parcours biologique.

En d'autres termes, cette sorte d'orientation régit les destinées biologiques, dans le sens où les créatures sont contraintes de la produire afin de parachever leur but biologique et d'assurer leur subsistance.

Le point que soulève le verset étudié ici est que Dieu a par un effet de sa sagesse extrême, déposé dans les animaux et les oiseaux des instruments pour leur permettre de connaître la bonne attitude à adopter vis à vis de la vie : depuis le moment où l'oiseau quitte son nid et prend son envol pour affronter seul la vie, assurer seul ses besoins quotidiens, cherchant les points d'eau, ceux de la nourriture jusqu'à son retour au nid. Tous ces mouvements, apprend-on, sont régis par une loi, par un système.

Nous sommes en effet témoins de migrations d'oiseaux qui traversent des distances évaluées parfois en milliers de kilomètres et qui durent un temps considérable. Ces longs voyages, les oiseaux les accomplissent afin d'atteindre une destination précise et bien déterminée auquel ils aspirent. Ils y demeurent un temps qui peut s'estimer en mois, avant de reprendre la route pour le voyage de retour à leur point d'origine.

Comment les oiseaux accomplissent-ils de tels périples, traversant des milliers de kilomètres et revenir à leur point de départ sans commettre d'erreur et avec une précision stupéfiante ?

Avant de commencer leur long voyage, les oiseaux se livrent à des manœuvres au cours desquelles ils volent en groupes faisant beaucoup de mouvements dans différentes directions qui laissent stupéfait l'esprit de l'observateur. Durant ces manœuvres, les oiseaux, groupés sont amenés à voler de façon très serrée les uns aux autres sans jamais cependant qu'une collision se produise entre eux.

Les avions les plus perfectionnés qui se livrent avec prouesse à des manœuvres dans le ciel seraient incapables d'accomplir le prodige des oiseaux en vols groupés. Les avions ne pourraient pas voler en aussi grand nombre, et surtout ne seraient pas capables de voler en groupe de façon aussi serrée, comme le font les oiseaux migrateurs.

Outre les oiseaux, il y a aussi d'autres animaux et insectes qui sont dotés de système précis de navigation qui leur permettent de reconnaître les parcours et itinéraires exacts.

Quant à l'homme sous ce rapport, on ne peut dire de lui que ce qu'en dit Dieu dans le Coran :

" …car l'homme fut créé faible. "

(Coran, Sourate 4, verset 28)

Du point de vue de sa constitution physique, l'homme est de loin le plus faible des animaux, et il ne jouit pas de ces instruments et capacités biologiques dont bénéficient naturellement bien d'autres animaux. Mais il est doté des capacités intellectuelles et mentales sans commune mesure avec celles de tous les autres êtres naturels.

C'est que Dieu, pour compenser cette faiblesse organique chez l'homme, l'a doté de forces naturelles et de facultés qui l'aident à mieux percevoir l'univers qui l'entoure.

Dans les temps anciens, quand il n'y avait ni moyens de communications ni transports modernes, et quand l'homme n'avait pour seul moyen de transport que les montures animales, ses voyages et déplacements étaient constamment sous la menace de nombreux périls.

Les voyageurs pouvaient s'égarer dans les déserts et les grands espaces à cause du fait qu'ils ne pouvaient plus fixer des repères. Combien ont laissé leurs vies dans ces conditions, sans jamais atteindre leur destination !

Cependant les montagnes, les endroits élevés servaient de repères dans les routes des voyageurs et étaient une garantie de retrouver le chemin en cas d'égarement.

Le verset nous permet de comprendre cette réalité que Dieu a compensé l'homme, dépourvu de capacités naturelles semblables à celles des autres animaux, en lui faisant connaître la possibilité qu'offre les ondulations et les reliefs de la croûte terrestre. Les montagnes, les collines et tous les reliefs, les sources, les grottes dans les flancs des montagnes et les rivières servent ainsi aux hommes à repérer les différents points sans grande peine ni risque de s'égarer.

De nos jours, les pilotes, bien qu'ils disposent d'appareils électroniques performants, pour naviguer dans des couloirs aériens bien dessinés, continuent parfois de s'aider des sommets des montagnes, du tracé des fleuves pour s'assurer de la justesse de leur itinéraire.

Ceci est une des bénédictions de Dieu qui a ancré les montagnes, qui a créé les fleuves, et toutes les formes du relief de la géographie.

Chapitre 7

" Lors, sermonnant son fils, Luqmân disait : ''Mon petit, n'associe à Dieu personne. Lui associer quiconque est iniquité'' "

(Coran, Sourate 31, verset 13)

" æõ ÇöÐ ÞÇá áõÞãõÇäõ áÇöÈðäöåö æõ åæõ íõÚöÙõå íõÇ Èäíõ áÇ ÊÔðÑößð ÈöÇááå Çöäø ÇáÔöøÑðßõ áÙõáãø ÚõÙöíãø "

áÞãÇä: ÇáÇíÉ (13)

Le système des devoirs régit l'ensemble de la vie humaine. Le devoir commence dès les premiers instants de la vie et accompagne l'homme jusqu'à la fin de son séjour terrestre. Il est impossible de concevoir une ligne séparant l'homme de ses devoirs globaux, ne serait-ce qu'un instant. A chaque fois qu'il y a une force, une capacité, il y a forcément un devoir, et la relation entre les deux est nécessaire. Le dossier des devoirs de l'homme ne se ferme ainsi qu'au moment où il quitte ce monde avec la mort.

De façon générale, les lois de la raison constituent l'axe des devoirs, et la conformité aux ordres religieux relève aussi des exigences rationnelles, car les questions sociales, les affaires de la vie et les préceptes de la religion constituent toutes des réponses rationnelles universelles.

Plus la capacité intellectuelle sera développée, plus la vision sera perspicace, plus le sentiment du devoir se fera plus intense.

Quand l'homme veut jouer un rôle dans l'éducation morale et spirituelle des autres, il lui incombe encore plus de se conformer aux valeurs et fondements moraux afin d'accomplir son devoir d'éducateur et de maître, et pour que son enseignement atteigne son objectif et laisse une empreinte. Autrement, quand le maître néglige ses devoirs moraux, cela jette de l'ombre sur son rôle d'éducateur, et ses efforts seront infructueux, d'autant plus que les élèves ne manqueront pas de relever les écarts dans la conduite de leur maître, et de rapporter constamment ses paroles à ses actes.

Le Coran nous fournit une série de recommandations morales pleines de sagesse. Luqmân conseille son fils et le sermonne. Il lui donne les leçons d'une importance cruciale, lui expliquant son devoir principal envers le Créateur en le mettant en garde de Lui associer un autre dieu :

" Lors, sermonnant son fils, Luqmân disait : ''Mon petit, n'associe à Dieu personne. Lui associer quiconque est iniquité''… Nous-même avons recommandé à l'homme ses père et mère : sa mère ne l'a-t-elle pas porté, malaise sur malaise, et mis deux ans à le sevrer ? Sois-M'en reconnaissant, comme à tes père et mère. Je suis la destination de tout.. "

(Coran, Sourate 31, versets 13 et 14)

Ce verset nous donne à connaître un fragment du discours que tint Luqmân à son fils, tout en rappelant les recommandations divines à l'homme envers ses parents.

On peut se poser ici la question de savoir pourquoi Luqmân a interrompu son discours à son fils, et gardé le silence.

Ce silence peut s'expliquer peut-être par le souci de mettre en exergue le rang du père, et le devoir de l'enfant de respecter son père, et de rendre grâce à ses parents.

Or une telle approche ne saurait être celle de Luqmân lui-même, car il ne convient pas de lui attribuer une telle attitude où il demanderait à son fils de suivre aveuglément ses opinions et ses conseils, comme si l'enfant n'avait pas d'autre alternative en toute chose que de suivre son père.

Une telle attitude ne peut pas être compatible avec le rang et la position de Luqmân, ses qualités et sa personnalité éminente, car elle sous-entendrait une concession indigne de la noblesse du père et de son haut rang.

Après ce silence, Luqmân reprend son sermon à son fils en évoquant sa vie individuelle et sociale.

" Mon enfant, accomplis la prière, prescris le convenable et proscris le blâmable, sois patient aux vicissitudes "… Ce sont des préceptes de rigueur.

" Ne te rengorge pas sur les autres. Ne marche pas sur terre avec pétulance "… Dieu déteste l'outrecuidant, le fanfaron "

(Coran, sourate 31, versets 17-18)

Enfin il recommande à son fils de suivre un comportement droit dans sa vie, y compris dans sa façon de marcher et de parler :

" …mesure ta démarche, mets une sourdine à ta voix " - la plus infecte des voix est bien celles des ânes !… "

(Idem, verset 19)