LES NATIONS DISPARUES
 
Le pharaon monothéiste Amenhotep IV

Les pharaons égyptiens furent en général brutaux, oppresseurs, belliqueux et sans aucune pitié. En général, ils adoptèrent la religion polythéiste de l'égypte et se déifièrent eux-mêmes par le biais de cette religion. Mais il y eut un pharaon dans l'histoire de l'égypte, qui fut radicalement différent des autres. Ce pharaon a défendu la croyance en un Créateur unique, et il s'est trouvé confronté à l'opposition farouche des prêtres d'Ammon, qui profitaient du système polythéiste, et de certains militaires qui soutenaient les prêtres, et il mourut assassiné. Ce pharaon s'appelait Amenhotep IV, et son règne eut lieu au cours du 14ème siècle avant Jésus-Christ.

Lorsque Amenhotep IV arriva sur le trône en 1375 avant Jésus-Christ, il eut à faire face à un conservatisme et à un traditionalisme vieux de plusieurs siècles. Jusqu'alors, la structure de la société et les relations entre le palais royal et le peuple n'avaient subi aucune modification.

Tout événement extérieur et toute réforme religieuse étaient complètement ignorés, attitude qui avait frappé les voyageurs grecs et qui, nous l'avons expliqué plus haut, provient des spécificités géographiques de l'égypte.

Imposée au peuple par les pharaons, la religion officielle requérait une foi aveugle dans les traditions du passé. Mais Amenhotep IV refusa d'adopter la religion officielle. L'historien Gombrich écrit:

Il (Amenhotep IV) rompit avec de nombreuses coutumes consacrées par une vieille tradition. Il refusa de rendre hommage aux nombreux dieux étranges vénérés par son peuple. Pour lui il n'y avait qu'un seul Dieu suprême, Aton, qu'il adorait et qu'il représentait sous la forme du Soleil. Il s'est d'ailleurs lui-même surnommé Akhenaton, d'après le nom de son Dieu, et il déplaça sa cour en un lieu éloigné dénommé aujourd'hui El-Amarna, pour se mettre hors de portée des prêtres des autres dieux.34

Après la mort de son père, le jeune Amenhotep IV se trouva soumis à de fortes pressions, à cause de sa croyance monothéiste et de sa volonté d'effectuer des changements radicaux dans tous les domaines. Les prêtres de Thèbes firent tout pour l'empêcher de répandre sa religion. Le jeune pharaon et ses partisans quittèrent alors la cité de Thèbes pour aller s'établir à Tell-El-Amarna. Là, ils édifièrent une cité nouvelle et moderne, qui fut surnommée "Akh-et-aton". Amenhotep IV changea aussi son nom, qui signifiait "satisfaction d'Amon" en Akh-en-aton, qui signifiait "soumis à Aton". Amon était le nom donné à la plus grande idole dans le polythéisme égyptien. Selon Amenhotep, Aton était le "Créateur des cieux et de la terre", titre qui revient à Allah en Islam.

Choqués par ces événements, les prêtres d'Amon voulaient chasser Akhenaton à tout prix, et ils tirèrent profit d'une crise économique dans ce sens. Akhenaton fut empoisonné par des conspirateurs. Les pharaons qui régirent ensuite l'égypte prirent soin de rester soigneusement sous l'influence des prêtres.

Après Akhenaton, des pharaons soutenus par l'armée accédèrent au pouvoir, ce qui ne fit que renforcer le vieux polythéisme traditionnel et favoriser le retour de l'égypte vers le passé. Presque un siècle plus tard arriva sur le trône Ramsès II, qui connut le plus long règne de l'histoire de l'égypte. Selon de nombreux historiens, Ramsès II a été le pharaon qui persécuta les Enfants d'Israël et qui combattit contre Musa.35

La venue du Prophète Musa

A cause de leur profonde bigoterie, les anciens égyptiens rejetaient ceux qui voulaient proclamer le message de l'adoration d'Allah seul, et ils revenaient sans cesse à leurs croyances déviées. Finalement, Musa fut envoyé par Allah comme messager (rasul) auprès d'eux, à une époque où le peuple égyptien suivait un système religieux contraire à la religion de vérité, et avait réduit en esclavage les Enfants d'Israël. Musa reçut pour instruction d'inviter les égyptiens à embrasser la vraie religion, et de sauver les Enfants d'Israël de l'esclavage et de leur rappeler le droit chemin. Dans le Coran, Allah dit:

Nous te racontons, en toute vérité, l'histoire de Musa et de Pharaon, à l'intention des gens qui croient. Pharaon était hautain sur terre; il répartit en clans ses habitants, afin d'abuser de la faiblesse de l'un d'eux: il égorgeait leurs fils et laissait vivantes leurs femmes. Il faisait vraiment partie des corrupteurs. Mais Nous avons voulu favoriser ceux qui avaient été faibles sur terre et en faire des dirigeants et en faire les héritiers, et les établir puissamment sur terre, et faire voir à Pharaon, à Haman et à leurs soldats ce qu'ils redoutaient. (Sourate al-Qasas: 3-6)

Pharaon voulut empêcher le nombre des Enfants d'Israël de grandir, en faisant tuer tous les bébés de sexe masculin de leur communauté. C'est pour cela que, suite à l'inspiration d'Allah, la mère de Musa plaça ce dernier dans un panier qu'elle mit ensuite sur le fleuve Nil. C'est ainsi que Musa parvint au palais de Pharaon. Dans le Coran, les versets relatifs à cet épisode sont les suivants:

Et Nous révélâmes à la mère de Musa ceci: "Allaite-le. Et quand tu auras peur pour lui, jette-le dans les eaux. Et ne crains rien et ne t'attriste pas: Nous te le rendrons et ferons de lui un messager." Les gens de Pharaon le recueillirent, pour qu'il leur soit un ennemi et une source d'affliction! Pharaon, Haman et leurs soldats étaient fautifs. Et la femme de Pharaon dit: "Cet enfant réjouira mon œil et le tien! Ne le tuez pas. Il pourrait nous être utile ou bien nous le prendrons pour fils." Et ils n'imaginaient pas les conséquences de ce qu'ils faisaient. (Sourate al-Qasas: 7-9)

La femme de Pharaon empêcha le meurtre de Musa et elle l'adopta. Par suite, Musa effectua son enfance dans le palais de Pharaon. Des années plus tard, Musa quitta l'égypte et se rendit à Madyan. ? la fin de la période qu'il passa auprès du peuple de Madyan, Allah lui parla directement et lui annonça sa qualité de prophète. Il reçut pour instruction de retourner chez Pharaon et de proclamer à ce dernier le message de la religion d'Allah.

Le palais de Pharaon

Musa et son frère Harun se rendirent chez Pharaon et lui transmirent le message de la religion de vérité, obéissant ainsi à l'ordre d'Allah. Ils lui demandèrent d'arrêter de tourmenter les Enfants d'Israël et de les laisser partir avec eux. Il parut inacceptable à Pharaon que Musa, qu'il avait gardé auprès de lui pendant tant d'années , se tienne aujourd'hui face à lui et lui parle de cette manière. C'est pour cela que Pharaon l'accusa d'ingratitude:

Pharaon dit: "Ne t'avons-Nous pas élevé chez nous quand tu étais un petit enfant? Et n'es-tu pas demeuré chez nous de nombreuses années de ta vie? Puis tu as commis le méfait que tu as accompli, et tu es vraiment ingrat." (Sourate ash-Shu'ara: 18-19)

Pharaon essayait par là de jouer sur les sentiments de Musa. Il lui paraissait évident que, puisque lui et son épouse avaient élevé Musa, ce dernier devrait continuer de leur obéir. L'atmosphère émotionnelle créée par Pharaon avait aussi pour objectif d'influencer les notables de son peuple, afin qu'ils penchent de son côté.

D'autre part, le message de la religion de vérité proclamé par Musa minait le pouvoir de Pharaon, et rabaissait ce dernier au niveau des gens ordinaires. A partir de là, il serait dans l'obligation d'obéir à Musa. Et s'il libérait les Enfants d'Israël, il perdrait ainsi une importante main d'œuvre, ce qui compromettrait gravement ses projets.

Pour toutes ces raisons, Pharaon ne prit pas en considération les paroles de Musa. Il essaya de se moquer de lui, et voulut prouver sa force. Et il l'a refusé. Dans le même temps, il essaya de présenter Musa et Harun comme des anarchistes et de les accuser d'avoir des arrière-pensées politiques. Finalement, personne au sein des proches de Pharaon n'obéit à Musa et à Harun, exceptés les magiciens, refusant donc la religion de vérité présentée à eux. C'est pourquoi Allah leur infligea tout d'abord quelques calamités.

Les fléaux qui s'abattirent sur Pharaon et les siens

La peste est dans tout le pays.

Le sang est partout.

Ipuwer Papyrus, chapitre 2, pages 5-6

Pharaon et son cercle étaient si profondément plongés dans leur polythéisme et leur idolâtrie, à savoir "la religion de leurs ancêtres", qu'ils n'envisageaient aucunement de pouvoir y renoncer. Même les miracles accomplis par Musa ne suffirent pas à ébranler leurs superstitions. De plus, ils exprimèrent leur négation ouvertement:

Et ils dirent: "Quel que soit le miracle que tu nous apportes pour nous fasciner, nous ne croirons pas en toi." (Sourate al-A'raf: 132)

A cause de leur comportement, Allah fit s'abattre sur eux séparément plusieurs fléaux "surnaturels" (Sourate al-A'raf: 133) pour leur faire goûter aux tourments de ce monde, précédant bien évidemment les tourments éternels de l'au-delà. Le premier malheur a consisté en une sécheresse et une raréfaction des récoltes. A ce propos, le Coran précise:

Et Nous avons éprouvé les gens de Pharaon par des années de disette et par une diminution des récoltes afin qu'ils se rappellent. (Sourate al-A'raf: 130)

Les égyptiens avaient basé leur système agricole sur le fleuve Nil et, par conséquent, ils n'étaient pas soumis aux aléas climatiques. Mais un désastre inattendu survint à cause de l'arrogance et de l'orgueil de Pharaon et de ses proches à l'égard d'Allah et de leur rejet de Son prophète.

Ainsi le niveau des eaux du Nil se mit-il à baisser sérieusement, et les canaux d'irrigation issus du fleuve se montrèrent défaillants dans l'apport d'eau aux cultures. De plus, une extrême chaleur causa le dessèchement des récoltes. Les égyptiens furent très ébranlés car ils considéraient le fleuve Nil comme étant infaillible. Cette sécheresse éprouva aussi Pharaon, qui avait pour habitude de s'adresser à son peuple en ces termes:

… ô mon peuple! Le royaume d'égypte ne m'appartient-il pas ainsi que ces canaux qui coulent à mes pieds? N'observez-vous donc pas? (Sourate az-Zukhruf: 51)

Cependant, au lieu de tirer des enseignements de cette situation, Pharaon et ses proches pensèrent que Musa et les Enfants d'Israël étaient la cause de ces malheurs, aveuglés qu'ils étaient par leurs superstitions. Ils ne firent en fait que s'enfoncer dans leur insolence, et d'autres malheurs allaient suivre; Allah leur envoya une série de désastres énumérés dans le Coran:

Et Nous avons envoyé sur eux l'inondation, les sauterelles, les poux, les grenouilles et le sang, comme signes explicites. Mais ils s'enflèrent d'orgueil et demeurèrent un peuple profondément pécheur. (Sourate al-A'raf: 133)

Ces plaies qui firent souffrir l'égypte sont également décrites dans l'Ancien Testament, en accord cette fois-ci avec le Coran:

Et si tu refuses de les laisser partir, eh bien Je répandrai des grenouilles à toutes tes frontières: et le fleuve regorgera de grenouilles, qui sortiront de l'eau pour venir dans ta maison et dans ta chambre à coucher, et sur ton lit, et chez tes serviteurs, et sur tes proches, et dans tes fours et dans tes pétrins. (Exode, 8: 2-3)

Et le Seigneur dit à Moïse: "Dis à Aaron de saisir son bâton et de frapper avec la poussière du pays, afin que se répandent partout en égypte des poux." (Exode, 8: 16)

Et les sauterelles envahirent la terre d'égypte, et recouvrirent toutes les côtes d'égypte: elles étaient très agressives, il n'y en avait jamais eu de semblables auparavant et il n'y en aura plus de semblables après elles. (Exode, 10: 14)

... et le cœur de Pharaon se durcit, et il ne leur prêta pas l'oreille; ainsi l'avait voulu le Seigneur. (Exode, 8: 19)

Des désastres continuèrent de s'abattre sur Pharaon et les siens. Certains de ces désastres furent d'ailleurs occasionnés par des objets qui étaient adorés par les égyptiens; par exemple, le fleuve Nil et les grenouilles avaient été déifiés par eux et, comme ils étaient assimilés à des sources infaillibles de grands bienfaits, Allah a puni les gens par l'intermédiaire de ces pseudo-divinités, afin de secouer les consciences tétanisées et leur montrer qu'ils n'avaient aucune puissance.

Selon les exégètes de l'Ancien Testament, le "sang" désigne la transformation des eaux du fleuve Nil en cet élément, ce qui expliquerait la métaphore du Nil devenant rouge vif. D'après une autre interprétation, c'est une bactérie qui aurait donné la couleur rouge aux eaux du fleuve.

Le Nil était la principale source de vie pour les égyptiens. Toute atteinte portée à ce fleuve pouvait donc entraîner la mort de l'égypte entière.

Mais si la bactérie avait infesté le Nil au point qu'il devienne rouge sur toute sa longueur, alors tout être vivant consommant de l'eau du fleuve aurait été infecté par la bactérie en question.

De récentes explications pour la coloration rouge de l'eau ont mis en avant les protozoaires, le zooplancton, le phytoplancton et les dinoflagellés.

Toutes ces diverses floraisons ont tendance à désoxygéner l'eau et à produire des toxines nocives à la fois pour les poissons et les grenouilles.

Citant le récit de l'Exode dans la Bible, Patricia A. Tester, du Service des Pêches de la Marine Américaine, a écrit, dans un article publié dans les Annales de l'Académie des Sciences de New York, qu'un peu moins de 50 espèces de phytoplancton sur les 5000 espèces connues sont toxiques, mais que ces espèces toxiques sont dangereuses pour la vie aquatique. Dans la même publication, Ewen C.D. Todd, du Ministère Canadien de la Santé, a cité presque deux douzaines de phytoplanctons spécifiques ayant causé divers troubles à travers le monde, en se basant sur des données historiques et préhistoriques. W. W. Carmichael et I. R. Falconer ont établi une liste de maladies associées à l'algue d'eau douce bleu-verte. L'hydro-écologiste Joann M. Burkholder, de l'Université d'état de Caroline du Nord, a décrit une espèce de dinoflagellés, appelée Pfiesteria piscimorte et trouvée dans les eaux des estuaires, et qui est capable de tuer des poissons, comme son nom l'indique (piscimorte).36

A l'époque de Pharaon, il semble donc que ce genre de calamité ait bel et bien existé. Selon ce scénario, quand le Nil fut contaminé, les poissons moururent également et les égyptiens perdirent ainsi une abondante source de nourriture. Vu l'absence de poissons prédateurs, les grenouilles purent alors se multiplier à une vitesse vertigineuse et le Nil connut alors une surpopulation relativement à cette espèce; ces grenouilles cherchèrent probablement à migrer sur la terre ferme pour échapper à l'environnement aquatique devenu anoxique et toxique, en voie de putréfaction, mais elles moururent là et se décomposèrent tout comme les poissons. Le Nil et les terres adjacentes devinrent de la sorte infects, et l'eau douce inconsommable. De plus, l'extinction des espèces de grenouilles a inévitablement entraîné la prolifération d'insectes tels que les sauterelles et les poux.

?videmment, ce sont seulement des interprétations. Mais peu importe comment ces désastres se sont produits ou quelles conséquences ils ont entraînées, l'important c'est que ni Pharaon ni aucun de ses proches ne sont revenus dans la voie d'Allah; au contraire, leur arrogance ne fit qu'augmenter.

Pharaon et les siens étaient si hypocrites qu'ils pensaient pouvoir tromper Musa, et donc Allah, par de fausses promesses, implorant Musa de les soulager chaque fois qu'un nouveau malheur s'était abattu sur eux:

Et quand le châtiment les frappa, ils dirent: "ô Musa, invoque pour nous ton Seigneur en vertu de Sa promesse envers toi. Si tu éloignes de nous le châtiment, nous croirons certes en toi et nous laisserons partir avec toi les Enfants d'Israël." Et quand nous eûmes éloigné d'eux le châtiment jusqu'au terme fixé qu'ils devaient atteindre, voilà qu'ils violèrent l'engagement. (Sourate al-A'raf: 134-135)

L'exode hors d'égypte

Allah a expliqué à Pharaon et aux siens, par l'intermédiaire de Musa, ce dont ils devaient avoir conscience, et ainsi furent-ils avertis. Pour toute réponse, ils se rebellèrent et l'accusèrent d'être possédé ou d'avoir des ambitions cachées. Allah prépara une fin humiliante pour eux. Il révéla à Musa ce qui devait arriver:

Et Nous révélâmes à Musa: "Pars de nuit avec Mes serviteurs, car vous serez poursuivis." Puis Pharaon envoya des hérauts dans les villes pour dire: "Ce sont, en fait, une bande peu nombreuse, mais ils nous irritent, tandis que nous sommes tous vigilants." Ainsi, Nous les fîmes donc sortir des jardins et des sources, des trésors et d'un lieu de séjour agréable. Il en fut ainsi! Et Nous les donnâmes en héritage aux Enfants d'Israël. Au lever du soleil ils les poursuivirent. Puis, quand les deux partis se virent, les compagnons de Musa dirent: "Nous allons être rattrapés." (Sourate ash-Shu'ara: 52-61)

Alors que Pharaon et son armée, sûrs d'eux-mêmes, se rapprochaient des Enfants d'Israël et que ces derniers pensaient être pris au piège, Musa a toujours gardé une foi infaillible dans l'aide d'Allah:

Jamais! Car j'ai avec moi mon Seigneur qui va me guider! (Sourate ash-Shu'ara: 62)

C'est à ce moment qu'Allah sauva Musa et les Enfants d'Israël en ouvrant la mer.

Pharaon et ses hommes furent noyés sous les eaux qui se refermèrent sur eux après que les Enfants d'Israël eurent traversé sans dommages:

Alors Nous révélâmes à Musa: "Frappe la mer de ton bâton." Elle se fendit alors, et chaque versant devint semblable à une énorme montagne. Nous fîmes approcher l'autre parti. Et Nous sauvâmes Musa et tous ceux qui étaient avec lui; ensuite Nous noyâmes les autres. Voilà bien là un prodige, mais la plupart d'entre eux ne croient pas. Et ton Seigneur est, en vérité, le Tout-Puissant et le Tout-Miséricordieux. (Sourate ash-Shu'ara: 63-68)

Le bâton de Musa était doté de propriétés miraculeuses. Ainsi Allah l'avait-Il transformé en un serpent lors de Sa première révélation à lui, et plus tard ce même bâton s'était encore transformé en un serpent et avait avalé les sorcelleries des magiciens de Pharaon. Et maintenant, Musa divisa la mer après l'avoir frappée avec ce bâton. Ce fut là l'un des plus grands miracles accordés au Prophète Musa.

La noyade de Pharaon et de ses hommes dans la mer

Le Coran nous informe des aspects les plus importants de l'événement de la division de la Mer Rouge. Selon le récit coranique, Musa quitta l'égypte accompagné des Enfants d'Israël qui lui ont obéi. Cependant, Pharaon ne put supporter ce départ effectué sans sa permission. Lui et ses soldats les poursuivirent, en se montrant "hargneux et méprisants" (Sourate Yunus: 90).

Alors que Musa et les Enfants d'Israël avaient atteint une rive de la mer, l'armée égyptienne surgit non loin d'eux. Certains Israélites se sont révoltés de ce fait contre Musa.

Cette faiblesse de la communauté est également décrite dans le verset coranique suivant:

Puis, quand les deux partis se virent, les compagnons de Musa dirent: "Nous allons être rattrapés." (Sourate ash-Shu'ara: 61)

A vrai dire, ce n'était pas la première fois que les Enfants d'Israël faisaient preuve d'un tel comportement empreint de doute et de refus d'obéissance. A titre d'exemple, ils s'étaient déjà plaints de lui par le passé, en disant:

Nous avons été persécutés avant que tu viennes à nous, et après ton arrivée… (Sourate al-A'raf: 129)

Contrairement au tempérament faible de son peuple, Musa se montrait extrêmement confiant, puisqu'il avait la certitude en Allah. Dès le début de sa lutte, Allah l'avait informé qu'Il le soutiendrait et le secourrait:

Ne craignez rien. Je suis avec vous: J'entends et Je vois tout. (Sourate Ta-Ha: 46)

Lorsque Musa se trouva confronté aux magiciens de Pharaon, il ressentit "quelque peur en lui-même" (Sourate Ta-Ha:67).

Sur ce, Allah lui révéla qu'il devait se montrer serein car la victoire lui reviendrait finalement:

N'aie pas peur. C'est toi qui auras le dessus. (Sourate Ta-Ha: 68)

C'est pourquoi il a réagi sans aucune hésitation quand ses coreligionnaires ont craint d'être subjugués. Il a dit:

Jamais! Car j'ai avec moi mon Seigneur qui va me guider! (Sourate ash-Shu'ara: 62)

Allah révéla à Musa qu'il devrait frapper la mer avec son bâton:

Alors Nous révélâmes à Musa: "Frappe la mer de ton bâton." Elle se fendit alors, et chaque versant fut comme une énorme montagne. (Sourate ash-Shu'ara: 63)

En fait, Pharaon aurait dû comprendre que la situation avait quelque chose d'extraordinaire, ce miracle se déroulant devant ses yeux; il était clair qu'il y avait là une intervention divine. La mer s'ouvrit pour que puisse passer le peuple que Pharaon s'apprêtait à détruire. De plus, il n'y avait aucune assurance que la mer ne se refermerait pas après le passage des Enfants d'Israël. Et pourtant Pharaon et son armée continuèrent alors la poursuite, s'engouffrant entre les deux pans de mer. Il est probable qu'alors, les égyptiens aient perdu toutes leurs capacités à penser avec raison, et ce car ils étaient aveuglés par la haine et le mépris, et ils étaient ainsi incapables de comprendre la nature miraculeuse de l'événement.

Dans le Coran, Allah décrit comme suit les derniers moments de Pharaon:

Et Nous fîmes traverser la mer aux Enfants d'Israël. Pharaon et ses armées les poursuivirent, hargneux et méprisants. Puis, quand la noyade l'eut atteint, il dit: "Je crois qu'il n'y a pas d'autre divinité que Celui en qui ont cru les Enfants d'Israël. Et je suis du nombre des musulmans." (Sourate Yunus: 90)

Ici nous pouvons voir un autre miracle de Musa. Rappelons-nous du verset suivant:

Et Musa dit: "ô notre Seigneur, Tu as accordé à Pharaon et à ses notables des parures et des biens dans la vie présente, et voilà, ô notre Seigneur, qu'avec cela ils égarent les gens loin de Ta voie. ô notre Seigneur, anéantis leurs biens et endurcis leurs cœurs afin qu'ils ne croient pas, jusqu'à ce qu'ils aient vu le châtiment douloureux." Allah dit: "Votre prière est exaucée. Demeurez tous deux sur le chemin droit, et ne suivez point la voie de ceux qui ne savent pas." (Sourate Yunus: 88-89)

Il ressort clairement du verset précédent que Musa avait été informé en réponse à son invocation que Pharaon croirait en Allah au moment où il serait confronté personnellement au châtiment douloureux. En effet, Pharaon proclama sa foi quand il fut sur le point d'être submergé par les flots. Mais son repentir de mourant n'a pu le sauver de se noyer. Pharaon et son armée qui se sont noyés servent d'exemples pour l'humanité:

Maintenant donc? Alors qu'auparavant tu as désobéi et que tu as été du nombre des corrupteurs! Nous allons aujourd'hui épargner ton corps sans âme, afin que tu deviennes un signe pour tes successeurs. Mais, en vérité, beaucoup de gens ne prêtent aucune attention à Nos signes. (Sourate Yunus: 91-92)

Nous sommes aussi informés que les hommes de Pharaon ont également reçu leur part du châtiment; puisqu'ils étaient "hargneux et méprisants" (Sourate Yunus: 90), "des hommes enfoncés dans le péché" (Sourate al-Qasas: 8), "des injustes" (Sourate al-Qasas: 40), et que "ils pensèrent qu'ils ne seraient pas ramenés vers Allah" (Sourate al-Qasas: 39), ils méritaient d'être châtiés par Allah. Ainsi Allah a-t-il saisi Pharaon et les siens pour les jeter dans la mer:

Alors Nous Nous sommes vengé d'eux; Nous les avons noyés dans les flots, parce qu'ils traitaient de mensonges Nos signes et n'y prêtaient aucune attention. (Sourate al-A'raf: 136)

Allah décrit ensuite ce qu'il est advenu après la mort de Pharaon:

Et Nous avons fait hériter les gens qui étaient opprimés des contrées orientales et occidentales de la terre, contrées que Nous avons bénies. Et la très belle promesse de ton Seigneur sur les Enfants d'Israël s'accomplit en récompense de leur endurance... (Sourate al-A'raf: 137)

CHAPITRE 7

LE PEUPLE DE SABA ET L'INONDATION D'ARIM

Il y avait assurément, pour la tribu de Saba, un signe dans leurs demeures: deux jardins, l'un à droite et l'autre à gauche.

"Mangez de ce que votre Seigneur vous a attribué, et soyez reconnaissants envers Lui: une contrée agréable et un Seigneur pardonneur." Mais ils se détournèrent. Nous déchaînâmes alors contre eux Sailal-Arim (l'inondation du Barrage), et Nous leur changeâmes leurs deux jardins en deux bosquets aux fruits amers, des tamaris et des jujubiers rabougris.

(Sourate Saba: 15-16)

La communauté de Saba à laquelle se réfère le verset ci-dessus, faisait partie des quatre plus grandes civilisations qui vivaient en Arabie du Sud. On estime que ce peuple s'est établi là dans la période comprise entre 1000 et 750 avant Jésus-Christ, pour disparaître définitivement vers l'an 550 de l'ère chrétienne suite à deux siècles de conflits avec les Arabes et les Perses.

L'époque exacte de l'établissement de la civilisation de Saba est sujette à de nombreuses discussions, le peuple de Saba ayant commencé à tenir des registres gouvernementaux écrits vers l'an 600 avant Jésus-Christ. C'est pourquoi nous ne disposons pas de documents écrits émanant d'eux antérieurs à cette date.

Les plus anciennes sources faisant référence au peuple de Saba sont des chroniques militaires annuelles rédigées au temps du Roi assyrien Sargon II (722-705 avant Jésus-Christ); alors que Sargon enregistrait la liste des gens redevables de l'impôt envers lui, il a inscrit le roi de Saba, Yith'i-amara (It'amara). C'est là la plus vieille trace écrite de l'existence du Royaume de Saba.

Pourtant, il serait faux de conclure d'après ce seul document que la culture de Saba n'a vu le jour que vers 700 avant Jésus-Christ, car il est plus que probable que Saba existait depuis longtemps déjà. D'ailleurs, dans les inscriptions d'Arad-Nannar, l'un des plus anciens rois de l'état d'Ur, le mot "Sabum", dont on pense qu'il désigne "le pays de Saba", a été utilisé.37 Si ce terme désigne effectivement Saba, alors c'est là une preuve que l'histoire de Saba remonte jusque vers l'an 2500 avant Jésus-Christ.

Les sources historiques mentionnant le peuple de Saba disent habituellement qu'ils étaient les vecteurs d'une véritable civilisation, à l'instar des Phéniciens, et qu'ils pratiquaient beaucoup le commerce. En conséquence, ils contrôlaient et administraient certaines pistes caravanières qui traversaient l'Arabie du Nord. Pour que les commerçants Sabéens puissent acheminer leurs marchandises vers la Méditerranée et Gaza, ils devaient traverser l'Arabie du Nord, et il leur fallait pour cela obtenir l'autorisation du roi Sargon II, qui gouvernait la région, ou bien s'acquitter d'un impôt envers lui. Et lorsque les Sabéens commencèrent à verser de l'argent au Royaume Assyrien, leur nom se trouva naturellement mentionné dans les annales de cet état.

Les Sabéens sont connus pour avoir atteint un certain degré de civilisation, comme en témoignent les termes "restaurer", "consacrer" et "construire", que les dirigeants de Saba ont fréquemment employés. Le Barrage de Ma'rib, qui est l'un des plus importants monuments de ce peuple, démontre clairement le niveau technologique qu'ils possédaient.

L'état Sabéen se permit même d'adopter une politique expansionniste, grâce à son armée qui était l'une des plus puissantes dans la région. Ainsi les Sabéens ont-ils conquis les terres du vieil état Qatabéen, et ils géraient de nombreux territoires en Afrique. En l'an 24 avant Jésus-Christ, lors d'une expédition menée vers l'Afrique du Nord, l'armée sabéenne infligea une sévère défaite à l'armée de Marcus Aelius Gallus, qui gouvernait l'?gypte au nom de l'Empire Romain, confirmant ainsi sa suprématie dans cette partie du monde à cette époque. Il semble que l'état Sabéen poursuivait une politique généralement modérée, n'hésitant cependant pas à faire usage de la force s'il jugeait cela nécessaire. Doté d'une culture et d'une armée dominantes, l'état Sabéen pouvait être qualifié de "superpuissance" régionale à cette époque-là.

La grande force de l'état Sabéen est également décrite dans le Coran. Une déclaration des commandants de l'armée sabéenne, mentionnée dans le noble Livre, prouve que ceux-ci avaient une grande confiance en eux-mêmes; ils avaient en effet déclaré:

Nous sommes détenteurs d'une force et d'une puissance redoutable. Le commandement cependant t'appartient. Regarde donc ce que tu veux ordonner. (Sourate an-Naml: 33)

La capitale de l'état Sabéen était Ma'rib, qui jouissait d'une grande opulence grâce à son emplacement géographique. Cette cité était située aux abords du fleuve Adhanah. Et l'endroit où le fleuve atteignait le Mont Balaq était très propice à la construction d'un barrage. Utilisant cette topographie favorable, les Sabéens élevèrent très tôt un ouvrage de ce type, et ils commencèrent à pratiquer l'irrigation. Ils atteignirent après cela un degré véritablement élevé de prospérité. Et Ma'rib fut l'une des cités les plus modernes de l'époque. Les voyageurs grecs visitant la région parlèrent en termes admiratifs de cette prospérité et témoignèrent du caractère verdoyant de cette partie de l'Arabie.38

La hauteur du barrage de Ma'rib était de 16 mètres, sa largeur était de 60 mètres et il était long de 620 mètres. Selon les estimations, il permettait d'irriguer une zone de 9.600 hectares, dont 5.300 situés sur la plaine du sud et le restant appartenant à la plaine du nord. Ces deux plaines étaient d'ailleurs mentionnées dans l'expression "Ma'rib et les deux plaines" dans les inscriptions sabéennes.39 L'expression du Coran, "les deux jardins, l'un à droite et l'autre à gauche" (Sourate Sabah: 15) désigne probablement les jardins imposants et les vignobles de ces deux vallées. Grâce à ce barrage et à son irrigation induite, la région acquit la réputation d'être la plus florissante et la mieux irriguée du Yémen. Le Français J. Holevy et l'Autrichien Glaser ont prouvé d'après des documents écrits que le barrage de Ma'rib existait depuis une époque fort reculée.

En effet, des inscriptions rédigées dans le dialecte Himer établissent que ce barrage a rendu la région environnante très productive.

Ce barrage a bénéficié d'importantes réparations aux 5ème et 6ème siècles de l'ère chrétienne. Pourtant, cette restauration ne put empêcher l'effondrement de l'ouvrage en l'an 542. Cette catastrophe s'est traduite par "l'inondation du Barrage" mentionnée dans le Coran, source de dégâts profonds: des centaines d'années de labeur des Sabéens disparurent soudain avec la destruction de vignobles et terres cultivées et jardins. Il est un fait avéré que le peuple sabéen est entré dans une phase de récession suite à cet événement, et ce déclin amena la disparition de l'état Sabéen.

L'inondation d'Arim qui frappa l'état de Saba

Lorsque nous examinons le Coran à la lumière des données historiques évoquées précédemment, nous constatons qu'il existe un réel accord. Les découvertes archéologiques et les données historiques indiquent ce qui est écrit dans le Coran. Les versets rappellent que le peuple de Saba a été détruit pour n'avoir pas écouté les exhortations de leur prophète et pour avoir rejeté la foi, faisant ainsi preuve d'ingratitude, et ce par le biais d'une terrible inondation. Cette inondation est ainsi décrite dans le Coran:

Il y avait assurément, pour la tribu de Saba, un signe dans leurs demeures: deux jardins, l'un à droite et l'autre à gauche. "Mangez de ce que votre Seigneur vous a attribué, et soyez reconnaissants envers Lui: une contrée agréable et un Seigneur pardonneur." Mais ils se détournèrent. Nous déchaînâmes alors contre eux Sailal-Arim (l'inondation du Barrage), Et Nous leur changeâmes leurs deux jardins en deux bosquets aux fruits amers, des tamaris et des jujubiers rabougris. Ainsi les rétribuâmes-Nous pour leur mécréance. Saurions-Nous sanctionner un autre que le mécréant? (Sourate Sabah: 15-17)

Comme il ressort de ces versets, les Sabéens vivaient dans une région réputée pour sa douceur, ses vignobles et ses jardins. Traversé par des pistes caravanières, le pays de Saba jouissait d'un niveau de vie enviable et était parmi les plus prospères de son époque.

Dans une telle contrée, ce qui était attendu de ses habitants était de "manger de ce que notre Seigneur a attribué, et être reconnaissants envers Lui", comme le précise le verset.

Pourtant ils n'ont pas agi de la sorte. Ils pensèrent être à l'origine de leur prospérité, considérant que tout cela était venu grâce à leurs seuls efforts. Ils choisirent l'arrogance plutôt que la reconnaissance et, comme le Coran le déclare, "ils se détournèrent [d'Allah]"…

Et parce qu'ils attribuaient à eux-mêmes tout ce qu'ils possédaient, ils perdirent tout. L'inondation du Barrage fit tout disparaître.

Mawdudi a écrit dans son commentaire du Coran à propos de l'appellation "Sayl al-Arim", qui est employée dans le noble Livre pour désigner ce désastre:

Le vocable "arim", qui apparaît dans l'expression "Sayl al-Arim", est une forme dérivée du vocable "arimen", utilisé dans le dialecte de l'Arabie du Sud, et qui signifie "barrage, barrière". Dans les ruines exhumées lors des fouilles menées au Yémen, ce mot est apparu utilisé dans ce sens dans de nombreuses inscriptions; par exemple, dans celles qui furent réalisées après la restauration du grand mur de Ma'rib en 542 et 543, sous l'ordre du roi éthiopien Ebrehe (Abraha), qui gouvernait aussi le Yémen, le mot "arim" est employé à plusieurs reprises pour désigner le barrage. C'est pourquoi l'expression "Sayl al-Arim" veut dire "une inondation désastreuse qui se produit après la rupture d'un barrage". Le verset: "Nous leur changeâmes leurs deux jardins en deux bosquets aux fruits amers, des tamaris et des jujubiers rabougris" (Sourate Saba: 16), décrit l'état du pays après la catastrophe. Après l'effondrement du mur, les canaux d'irrigation creusés par les Sabéens se trouvèrent également détruits. Par voie de conséquence, la région qui était, auparavant, semblable à un vaste jardin, se trouva transformée en une jungle. Et il n'y eut dès lors plus de fruits autres que ceux, semblables à des cerises, portés par de petits arbustes.40

L'archéologue chrétien Werner Keller, auteur de l'ouvrage Und Die Bible Hat Doch Recht (Le Livre saint avait raison), reconnut que l'inondation d'Arim s'était produite selon la description du Coran, et il écrivit que l'existence d'un tel barrage et la destruction du pays entier suite à son effondrement prouvent que l'épisode coranique relatif aux gens du jardin a bel et bien eu lieu.41

Après la catastrophe, la région devint peu à peu un désert, et les Sabéens perdirent la source essentielle de leurs revenus avec la disparition de leurs terres agricoles. Cette situation était une sanction pour l'ingratitude des gens et leur refus de croire en Lui. La société sabéenne commença à se désintégrer et les habitants de cette région abandonnèrent leurs demeures pour émigrer vers l'Arabie du Nord, La Mecque et la Syrie.42

La cité de Ma'rib, autrefois prospère et aujourd'hui à l'état de ruines, constitue sans nul doute un avertissement pour tous ceux qui répéteront les mêmes erreurs que les Sabéens. Les Sabéens n'ont pas été les seuls à être frappés par une inondation en guise de châtiment. Dans le Coran, la sourate al-Kahf rapporte l'histoire de deux hommes, propriétaires chacun d'un jardin. L'un d'eux possédait un jardin vraiment imposant et productif, semblable à ceux que détenaient les Sabéens. Pourtant, il commit la même faute qu'eux: il se détourna d'Allah. Il pensa pouvoir s'attribuer la paternité des bienfaits dont il jouissait, c'est-à-dire qu'il considéra être la cause de son propre bien-être:

... [il] dit alors à son compagnon, avec qui il discutait: "Je possède plus de bien que toi, et je suis plus puissant que toi grâce à mon clan." Il entra dans son jardin, coupable d'injustice envers lui-même [de par sa mécréance]; il dit: "Je ne pense pas que ceci puisse jamais périr, et je ne pense pas que l'Heure viendra. Et si on me ramène vers mon Seigneur, je trouverai certes un meilleur lieu de retour que ce jardin." Et sa récolte fut détruite, et il se mit alors à se tordre les deux mains à cause de ce qu'il y avait dépensé, cependant que ses treilles étaient complètement ravagées. Et il disait: "Malheur à moi! Que je souhaiterais n'avoir associé personne à mon Seigneur!" Il n'y eut aucun groupe de gens pour le secourir contre la punition d'Allah. Et il ne put se secourir lui-même. (Sourate al-Kahf: 34-36, 42-43)

Comme il ressort de ces versets, l'erreur commise par le propriétaire du jardin prospère n'a pas été de nier l'existence d'Allah. Il reconnaît bien Allah puisqu'il a même supposé que s'il était ramené vers son Seigneur, il trouverait auprès de Lui quelque chose d'encore meilleur. Mais il a transgressé en affirmant que le bien dont il jouissait était en fait uniquement dû à ses efforts.

Et c'est là l'un des aspects d'association avec Allah: tenter de s'attribuer ce qui appartient à Allah exclusivement, et oublier de Le craindre.

C'est ce qu'ont fait les Sabéens. Et leur châtiment fut identique, à savoir que tout leur territoire fut détruit, afin qu'ils sachent qu'ils n'étaient pas les véritables détenteurs du pouvoir, mais que seule une partie de la puissance leur avait été "accordée".

LE PROPHETE SULAYMAN ET LA REINE DE SABA

On lui dit: "Entre dans le palais." Puis, quand elle le vit, elle le prit pour de l'eau profonde et elle se découvrit les jambes. Alors il [Sulayman] dit: "Ceci est un palais pavé de cristal." Elle dit: "Seigneur, je me suis fait du tort à moi-même: je me soumets avec Sulayman à Allah, Seigneur des mondes."

(Sourate an-Naml: 44)

Les données historiques relatives à la rencontre de Sulayman et de la Reine de Saba indiquées dans le Coran furent mises en lumière lors de fouilles entreprises dans l'ancien pays de Saba, au sud du Yémen. Les ruines exhumées ont révélé qu'une "reine" a vécu dans cette région entre l'an 1000 et l'an 950 avant Jésus-Christ, et qu'elle a voyagé vers le nord jusqu'à Jérusalem.

L'information concernant les contacts entre les deux souverains, ainsi que la puissance économique et politique de chaque état, sont explicités dans la sourate an-Naml. Ce récit expliqué dans la sourate évoque tout d'abord la Reine de Saba par le biais des nouvelles qu'une huppe, qui accompagnait l'armée de Sulayman, avait communiquées à ce dernier:

Mais elle n'était restée absente que peu de temps et dit: "J'ai appris ce que tu n'as point appris; et je te rapporte de Saba une nouvelle sûre:

j'ai trouvé qu'une femme est leur reine, que de toute chose elle a été comblée et qu'elle a un trône magnifique. Je l'ai trouvée elle et son peuple se prosternant devant le Soleil au lieu d'Allah. Satan leur a embelli leurs actions, et il les a détournés du droit chemin, et ils ne sont pas bien guidés. Que ne se prosternent-ils pas devant Allah, qui fait sortir ce qui est caché dans les cieux et en terre, et qui sait ce que vous cachez et aussi ce que vous divulguez? Allah! Il n'y a pas de divinité digne d'adoration à part Lui, le Seigneur du Trône Immense." Alors Sulayman dit: "Nous allons bientôt voir si tu as dit la vérité ou si tu as menti!" (Sourate an-Naml: 22-27)

? la réception de ces informations fournies par la huppe, Sulayman transmit à celle-ci le commandement suivant:

Pars avec ma lettre que voici; puis jette-la leur, ensuite tiens-toi en retrait pour voir ce que sera leur réponse. (Sourate an-Naml: 28)

Après cela, le Coran rapporte les événements qui se produisirent après que la Reine de Saba eut reçu la lettre de Sulayman:

La reine dit: "ô notables! Une noble lettre m'a été lancée. Elle vient de Sulayman; et il est écrit: 'Au nom d'Allah, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux, ne soyez pas hautains avec moi et venez à moi en tout soumission.' Elle dit: 'ô notables! Conseillez-moi sur cette affaire, je ne déciderai de rien sans que vous ne soyez présents.' Ils dirent: "Nous sommes détenteurs d'une force et d'une puissance redoutable.

Le commandement cependant t'appartient. Ordonne donc ce que tu veux." Elle dit: "En vérité, quand les rois entrent dans une cité ils la corrompent, et font de ses honorables citoyens des humiliés. Et c'est ainsi qu'ils agissent. Moi, je vais leur envoyer un présent, puis je verrai ce que les envoyés ramèneront." Puis, lorsque la délégation arriva auprès de Sulayman, celui-ci dit: "Est-ce avec des biens que vous voulez m'aider, alors que ce qu'Allah m'a procuré est meilleur que ce qu'Il vous a procuré? Mais c'est plutôt vous qui vous réjouissez de votre cadeau. Retournez vers eux.

Nous viendrons avec des armées contre lesquelles ils seront impuissants. Et nous les en expulserons tout humiliés et méprisés." Il dit: "ô notables! Qui de vous m'apportera son trône avant qu'ils ne viennent à moi soumis?" Un jinn puissant dit: "Je te l'apporterai avant que tu ne te lèves de ta place; pour cela, je suis fort et digne de confiance." Quelqu'un qui avait une connaissance du Livre dit: "Je te l'apporterai avant que tu n'aies cligné de l'œil." Quand, ensuite, Sulayman vit le trône installé auprès de lui, il dit: "Ceci provient de la grâce de mon Seigneur, afin de m'éprouver pour voir si je suis reconnaissant ou bien si je suis ingrat. Et quiconque est reconnaissant, c'est dans son propre intérêt qu'il le fait, et quiconque est ingrat, alors vraiment mon Seigneur Se suffit à lui-même et Il est Généreux." Et il dit encore: "Déguisez-lui son trône afin de le rendre méconnaissable, nous verrons alors si elle sera guidée ou bien si elle est du nombre de ceux qui ne sont pas guidés." Quand elle fut arrivée, on lui dit: "Est-ce que ton trône est ainsi?" Elle dit: "C'est comme si c'était lui. Le savoir nous a été donné auparavant, et nous étions déjà soumis à Allah." Et il la détourna de l'adoration d'autres qu'Allah, et elle était issue d'un peuple de mécréants. On lui dit: "Entre dans le palais." Puis, quand elle le vit, elle le prit pour de l'eau profonde et elle se découvrit les jambes. Alors il [Sulayman] dit: "Ceci est un palais pavé de cristal." Elle dit: "Seigneur, je me suis fait du tort à moi-même: je me soumets avec Sulayman à Allah, Seigneur des Mondes." (Sourate an-Naml: 29-44)

Le palais de Sulayman

Dans les versets faisant référence à la Reine de Saba, le Prophète Sulayman est également mentionné. Il est écrit qu'il possédait un palais et un royaume fabuleux, et de nombreux autres détails sont aussi fournis.

Ainsi, nous apprenons que Sulayman avait à sa disposition la technologie la plus avancée de son époque. Dans son palais se trouvaient des œuvres d'art étonnantes et d'autres objets de valeur, qui impressionnaient tous ceux qui les voyaient. Le sol de l'entrée du palais était fait de cristal.

Dans le Coran, Allah décrit ce palais et l'effet qu'il produisit sur la Reine de Saba:

On lui dit: "Entre dans le palais." Puis, quand elle le vit, elle le prit pour de l'eau profonde et elle se découvrit les jambes. Alors il [Sulayman] dit: "Ceci est un palais pavé de cristal." Elle dit: "Seigneur, je me suis fait du tort à moi-même: je me soumets avec Sulayman à Allah, Seigneur des Mondes." (Sourate an-Naml: 44)

La raison de la destruction de ce temple ainsi que d'autres bâtiments à Jérusalem réside dans l'attitude arrogante et maligne des générations de Juifs qui vécurent après Sulayman. Nous lisons dans le Coran à ce propos:

Nous avions clairement averti les Enfants d'Israël dans le Livre: "Par deux fois vous sèmerez la corruption sur terre et vous transgresserez d'une façon excessive, et par deux fois vous serez punis!" Lorsque vint l'accomplissement de la première de ces deux sentences, Nous envoyâmes contre vous certains de Nos serviteurs doués d'une force terrible, qui pénétrèrent à l'intérieur des demeures. Et l'avertissement se trouva concrétisé. Ensuite Nous vous donnâmes la revanche sur eux; et Nous vous renforçâmes en biens et en enfants. Et Nous fîmes de vous un peuple plus nombreux. Si vous fîtes le bien, vous le fîtes pour vous-mêmes; et si vous fîtes le mal, vous le fîtes contre vous-mêmes. Puis, quand vint le moment pour la seconde sentence de s'accomplir, vos ennemis défigurèrent vos visages et entrèrent dans le Temple comme cela s'était déjà produit la première fois, et ils détruisirent tout ce qui tomba en leur pouvoir. (Sourate al-Isra: 4-7)

Tous les peuples mentionnés dans les chapitres précédents méritèrent le châtiment divin à cause de leur rébellion et de leur ingratitude à l'égard des bienfaits d'Allah. Ayant erré d'un endroit à un autre pendant des siècles, sans posséder un quelconque état, et ayant finalement trouvé une patrie d'adoption dans les terres saintes au temps de Sulayman, les Juifs furent de nouveau châtiés à cause de leur transgression des lois divines.

Les Juifs contemporains, qui se sont établis dans la même région dans un passé récent, sèment de nouveau la corruption et se montrent excessivement transgresseurs.