LES NATIONS DISPARUES
 
CHAPITRE 4

LES PEUPLES DE 'AD ET UBAR, L'ATLANTIS DES SABLES

Et quant aux 'Ad, ils furent détruits par un vent mugissant et furieux, qu'Allah déchaîna contre eux pendant sept nuits et huit jours consécutifs; tu voyais alors les gens renversés par terre comme des souches de palmiers évidées; en vois-tu le moindre vestige? (Sourate al-Haqqa: 6-8)

Les 'Ad sont un autre peuple ayant été détruit et qui est mentionné à plusieurs reprises dans le Coran, évoqués en général après le peuple de Nuh. Le Prophète Hud fut suscité auprès des gens de son peuple, pour les exhorter à croire en Allah sans Lui attribuer d'associés et pour leur demander de lui obéir. Mais ils réagirent envers lui avec animosité.

Dans la sourate Hud, toutes les tribulations de ce prophète avec son peuple sont énoncées en détail:

Au peuple de 'Ad Nous avons envoyé leur frère Hud, qui leur dit: "ô mon peuple, adorez Allah. Vous n'avez point de divinité en dehors de Lui. Vous n'êtes que des forgeurs de mensonges. ô mon peuple, je ne vous demande pas de salaire pour cela. Mon salaire n'incombe qu'à Celui qui m'a créé.

Ne raisonnez-vous pas? ô mon peuple, implorez le pardon de votre Seigneur et repentez-vous à Lui afin qu'Il envoie sur vous, du ciel, des pluies abondantes et pour qu'Il rende encore plus forts. Et ne vous détournez pas de Lui en revenant aux péchés." Ils dirent: "ô Hud, tu n'es pas venu à nous avec une preuve, et nous ne sommes pas disposés à abandonner nos divinités sur ta parole, et nous n'avons pas de foi en toi. Nous dirons plutôt que c'est l'une de nos divinités qui t'a affligé d'un mal." Il dit: "Je prends Allah à témoin, et vous aussi soyez témoins, qu'en vérité je désavoue ce que vous associez en dehors de Lui. Rusez donc tous contre moi et ne me donnez pas de répit. Je place ma confiance en Allah, mon Seigneur et le Vôtre. Il n'y a pas d'être vivant qu'Il ne tienne pas par le toupet de son front. Mon Seigneur est certes sur un droit chemin. Si vous vous détournez, voilà que je vous ai transmis le message que j'étais chargé de vous faire parvenir. Et mon Seigneur vous remplacera par un autre peuple, sans que vous ne Lui nuisiez en rien, car mon Seigneur est le gardien par excellence de toute chose." Et quand vint Notre décret Nous sauvâmes, par une miséricorde de Notre part, Hud et ceux qui avaient cru avec lui. Et Nous les sauvâmes d'un terrible châtiment. Voilà les 'Ad, ils avaient nié les signes de leur Seigneur, désobéi à Ses messagers et suivi le commandement de tout tyran obstiné. Et ils furent poursuivis, ici-bas, d'une malédiction, ainsi qu'au Jour de la Résurrection. En vérité les 'Ad n'ont pas cru en leur Seigneur. Que périssent les 'Ad, peuple de Hud! (Sourate Hud: 50-60)

La sourate ash-Shu'ara mentionne également les 'Ad; certains traits caractéristiques des 'Ad y sont mis en exergue. Ainsi, il est dit que les 'Ad étaient un peuple qui bâtissait "par frivolité un monument sur chaque colline", et qu'ils édifiaient de belles demeures comme s'ils devaient y vivre éternellement. Par ailleurs, ils se montraient brutaux envers autrui et commettaient des méfaits. Lorsque Hud avertit ses concitoyens, ceux-ci déclarèrent que ses paroles n'étaient autres que "les légendes des anciens", et ils affirmèrent avec certitude que rien de préjudiciable ne leur arriverait:

Les 'Ad traitèrent de menteurs les envoyés. Quand Hud, leur frère, leur dit: "Ne craindrez-vous pas Allah? Je suis pour vous un messager digne de confiance. Craignez donc Allah et obéissez-moi. Et je ne vous demande pas de salaire pour cela; mon salaire n'incombe qu'au Seigneur des mondes.

Bâtissez-vous par frivolité un monument sur chaque colline? Et édifiez-vous de belles demeures comme si vous deviez y vivre éternellement? Et quand vous sévissez contre quelqu'un, vous le faites impitoyablement. Craignez donc Allah et obéissez-moi. Craignez Celui qui vous a pourvus de toutes les bonnes choses que vous connaissez, qui vous a accordé des bestiaux et des enfants, des jardins et des sources. Je crains pour vous le châtiment d'un jour terrible." Ils dirent: "Que tu nous exhortes ou pas, cela nous est parfaitement égal! Ce ne sont là que les légendes des anciens. Et nous ne serons nullement châtiés." Ils le traitèrent donc de menteur. Et Nous les fîmes périr. Voilà bien là un signe! Cependant la plupart d'entre eux ne croient pas. Et ton Seigneur, c'est Lui vraiment le Tout-Puissant, le Très-Miséricordieux. (Sourate ash-Shu'ara: 123-140)

Ainsi ceux qui s'étaient rebellés contre Allah et avaient rejeté Hud furent effectivement détruits: une terrible tempête de sable anéantit les 'Ad et ce fut comme s'ils n'avaient jamais existé.

La découverte de la cité d'Iram par les archéologues

Au début de l'année 1990 furent publiés dans plusieurs journaux connus des articles évoquant "la découverte de la cité arabe disparue", "la découverte de la cité arabe légendaire", "l'Atlantis des sables, Ubar". Ce qui rendit cette découverte encore plus stupéfiante est le fait que cette cité est mentionnée également dans le Coran. Nombreux furent ceux, qui auparavant pensaient que le peuple de 'Ad évoqué dans le Coran était purement mythique et que leur cité était introuvable, qui ne purent dissimuler leur étonnement face à l'événement.

Ce fut Nicolas Clapp, un archéologue amateur, qui réussit à mettre à jour la ville de légende évoquée dans le Coran.19 étant arabophile et réalisateur à succès de films documentaires, Clapp était tombé sur un ouvrage très intéressant lors de ses recherches concernant l'histoire arabe.

Ce livre, intitulé Arabia Félix, avait été écrit par le chercheur britannique Bertram Thomas en 1932. Arabia Félix était l'appellation romaine pour le sud de la Péninsule Arabique, qui inclut aujourd'hui le Yémen et une grande partie du Sultanat d'Oman. Les Grecs surnommaient cette région "Eudaimon Arabia", et les érudits arabes médiévaux l'appelaient "Al-Yaman as-Saida".20

Tous ces termes signifient "l'Arabie Heureuse", parce que les gens vivant autrefois dans cette région étaient les plus prospères de leur époque. Mais d'où provenait donc cette prospérité?

Elle était en partie due à leur emplacement stratégique, qui faisait d'eux des intermédiaires privilégiés pour le commerce d'épices entre l'Inde et les métropoles régionales du nord de la Péninsule Arabique. De plus, les gens vivant dans cette région produisaient et distribuaient de l'encens, une résine aromatique issue d'arbres rares. étant hautement appréciée des communautés anciennes, la fumée issue de sa combustion était utilisée lors de plusieurs rites religieux. A cette époque-là, l'encens avait autant de valeur que l'or.

Le chercheur britannique Thomas a longuement parlé de ces tribus "chanceuses" et a même prétendu avoir trouvé les traces d'une ancienne cité fondée par l'une d'elles.21 Il s'agissait de la cité connue sous le nom de "Ubar" par les bédouins. Lors de l'un de ses voyages dans la région, les bédouins vivant dans le désert lui avaient montré d'anciennes pistes et avaient déclaré que ces pistes menaient vers la vieille cité d'Ubar. Thomas, qui était passionné par ce sujet, mourut avant qu'il ait pu compléter ses investigations.

Clapp, s'étant plongé dans les écrits de Thomas, a cru en l'existence de la cité perdue évoquée dans l'ouvrage. Sans perdre beaucoup de temps, il commença ses propres recherches.

Clapp essaya de deux façons différentes de prouver l'existence d'Ubar. Premièrement, il retrouva les pistes mentionnées par les bédouins. Il s'adressa ensuite à la NASA afin d'obtenir les photos satellites de la région. Après beaucoup d'efforts, il parvint à convaincre les autorités de prendre des clichés de cette zone-là.22

Clapp étudia après cela les anciens manuscrits et cartes de la bibliothèque Huntington en Californie. Son objectif était de trouver une carte de la région visée. Une courte recherche lui permit d'en découvrir une: il s'agissait d'une carte dessinée par le géographe égypto-grec Ptolémée au 2ème siècle (de l'ère chrétienne). Cette carte révélait l'emplacement d'une ancienne cité trouvée dans la région ainsi que les pistes qui y menaient.

Entre-temps il reçut la nouvelle que la NASA avait fait procéder aux clichés souhaités. Ces photos montraient l'existence de pistes caravanières difficilement décelables à l'œil nu au niveau du sol, mais clairement identifiables depuis le ciel. En comparant les clichés avec la carte de Ptolémée, Clapp parvint à la conclusion qu'il recherchait: les pistes des deux documents coïncidaient, et elles aboutissaient à un vaste site apparaissant comme ayant été l'emplacement d'une cité.

Finalement, les récits oraux des bédouins trouvèrent une concrétisation. Il ne se passa pas longtemps avant que ne commencent des fouilles et que des vestiges enfouis sous les sables ne fussent exhumés. C'est pourquoi cette cité perdue fut surnommée "l'Atlantis des sables, Ubar".

Mais qu'est-ce qui permettait de prouver que cette ancienne cité était bien celle où avait habité le peuple de 'Ad évoqué dans le Coran?

La concordance devint incontestable à partir du moment où, parmi les restes découverts, on mit à jour les vestiges des colonnes et tours mentionnées dans le Coran. L'un des responsables des fouilles, le Docteur Zarins, déclara que ces indices si particuliers suffisaient à prouver que le site déterré n'était autre qu'Iram, la cité des 'Ad décrits dans le Coran. Dans le Coran, Iram est mentionné ainsi:

N'as-tu pas vu comment ton Seigneur a agi avec les 'Ad? De la cité d'Irâm aux colonnes remarquables, dont jamais pareille ne fut construite parmi les villes? (Sourate al-Fajr: 6-8)

Le peuple de 'Ad

Nous avons donc vu que Ubar était finalement la cité d'Iram dont parle le Coran. Selon la révélation, les habitants de cette cité n'ont pas prêté attention aux exhortations du Prophète Hud, suscité auprès d'eux comme avertisseur et porteur d'un message, et ils ont péri à cause de cela.

L'identité des 'Ad, qui ont fondé la cité d'Iram, a donné lieu à de multiples débats. Dans les récits historiques relatifs à cette région, il n'est nulle part fait mention d'un peuple ayant possédé une culture aussi développée, et il n'est pas question non plus de la civilisation qu'ils ont établie. Il paraît ainsi étrange que le nom de ce peuple n'ait pas été enregistré quelque part.

Mais d'autre part, il n'est pas si surprenant que cela que les archives des anciennes civilisations ne mentionnent pas tout ce qui s'est passé au sud de la Péninsule Arabique, car cette région était éloignée de la Mésopotamie et du Moyen-Orient, traditionnels bassins de civilisations qui n'avaient que peu de contacts avec elle.

La raison principale de l'absence de traces écrites relatives aux 'Ad semble quand même être la quasi inexistence de la communication écrite dans la région à cette époque-là. Et si la civilisation des 'Ad avait duré plus longtemps, on en saurait peut-être un peu plus sur eux aujourd'hui. Bien qu'il n'existe que peu de traces des 'Ad, il est possible de trouver beaucoup d'informations sur leurs "descendants", et ainsi on peut se faire une idée sur les 'Ad à la lumière de ces renseignements.

Les Hadramites, descendants des 'Ad

Il est tout à fait logique de rechercher les traces d'une civilisation établie par les 'Ad ou leurs descendants au Sud Yémen, où "l'Atlantis des sables, Ubar", a été découverte et qui constitue l'ex-Arabie Fortunée. Au Sud Yémen, quatre peuples ont existé avant notre époque, et qui ont été surnommés "les Arabes Fortunés" par les Grecs: il s'agit des Hadramites, des Sabéens, des Minéens et des Qatabéens. Ils ont régné côte à côte pendant un certain temps dans des territoires se jouxtant mutuellement.

Beaucoup de chercheurs contemporains disent que les 'Ad sont entrés dans une période de transformation et sont ensuite réapparus à l'époque historique. Le Docteur Mikail H. Rahman, chercheur à l'Université de l'Ohio, croit que les 'Ad sont les ancêtres des Hadramites, l'un des quatre peuples qui vivaient au Sud Yémen. Apparus vers 500 avant Jésus-Christ, les Hadramites constituent le peuple le moins connu parmi les "Arabes Fortunés". Ils ont régné sur le Sud Yémen pendant une longue période de l'histoire, avant de connaître le déclin et de disparaître vers l'an 240 de l'ère chrétienne.

Le nom Hadrami lui-même montre qu'il est possible qu'ils soient les descendants des 'Ad. Un écrivain grec les avait désignés par le terme "Adramatai", signifiant les Hadrami.23 La terminaison de l'appellation grecque est un suffixe, accolé au nom "Adram", ce dernier nom pouvant être un dérivé de "Ad-i Irâm" mentionné dans le Coran.

Le géographe grec Ptolémée (vers 100- vers 170) a considéré que le sud de la Péninsule Arabique était l'endroit où vivaient les gens appelés "Adramatai". D'ailleurs cette région a été jusqu'à récemment connue sous le nom de "Hadhramaut". La capitale de l'?tat Hadramite, Shabwah, était située à l'ouest de la Vallée de Hadhramaut. Selon beaucoup d'anciennes légendes, la tombe du Prophète Hud se trouverait en Hadhramaut.

Un autre facteur tendant à confirmer que les Hadramites sont les descendants des 'Ad, est leur richesse. Les Grecs ont défini les Hadramites comme étant la "race la plus riche du monde". Des écrits ont établi que les Hadramites étaient très avancés dans la culture de l'encens, plante très recherchée à cette époque-là. Ils avaient de plus trouvé de nouveaux usages pour l'encens, élargissant ainsi son domaine d'utilisation. Et cette culture était bien plus développée à leur époque qu'elle ne l'est aujourd'hui.

Les fouilles menées à Shabwah ont permis d'effectuer des découvertes intéressantes. Elles ont commencé en 1975, et il fut très difficile aux archéologues d'atteindre les restes de la cité, à cause de l'ampleur des dunes de sable. Mais les vestiges exhumés furent à la hauteur des efforts accomplis: le site se révéla être d'une ampleur inégalée au Yémen, et les constructions mises à jour ont montré que le peuple qui vivait là possédait de grandes qualités architecturales, les Hadramites ayant sans doute hérité ce don de leurs ancêtres les 'Ad. Le Prophète Hud avait dit aux siens en guise d'avertissement:

Bâtissez-vous par frivolité un monument sur chaque colline? Et édifiez-vous de belles demeures comme si vous deviez y vivre éternellement? (Sourate ash-Shu'ara: 128-129)

On a ainsi trouvé à Shabwah des restes de colonnes rondes, arrangées en portiques circulaires, tandis qu'ailleurs au Yémen n'ont été exhumées à ce jour que des colonnes carrées et monolithiques. Photios, un patriarche de Constantinople au 9ème siècle, entreprit de vastes recherches sur les habitants du sud de la Péninsule Arabique et leurs activités commerciales, ayant accès à d'anciens manuscrits grecs non conservés jusqu'à nos jours, en particulier le livre des Agatharachides (datant de 132 avant Jésus-Christ), relatif à la Mer d'?rythrée (Mer Rouge). Photios a écrit dans l'un de ses articles: "Il est dit qu'ils (les Arabes du Sud) ont édifié de nombreuses colonnes recouvertes d'or ou d'argent. Les espaces entre ces colonnes sont agréables à contempler."24

Bien que la déclaration précédente de Photios ne fasse pas directement référence aux Hadramites, elle donne néanmoins une idée de l'opulence et des prouesses architecturales des gens de la région. L'auteur grec classique Strabon a décrit leurs cités comme étant "ornées de temples et de palais somptueux".

Quand nous pensons au fait que les habitants de ces villes étaient les descendants des 'Ad, le verset coranique suivant prend toute sa dimension:

... la cité d'Irâm aux colonnes remarquables. (Sourate al-Fajr: 7)

Les sources et les jardins des 'Ad

De nos jours, le désert domine très largement dans le sud de l'Arabie. Les seules exceptions sont les cités et les parcelles de territoire qui ont bénéficié d'une reforestation. Le désert règne depuis des centaines, voire des milliers d'années.

Mais dans le Coran, l'un des versets relatifs aux 'Ad fournit une information importante quant aux caractéristiques physiques de cette région; tout en avertissant son peuple, Hud attire leur attention sur les sources et les jardins qu'Allah leur a accordés:

Craignez donc Allah et obéissez-moi. Craignez Celui qui vous a pourvus de toutes les bonnes choses que vous connaissez, qui vous a accordés des bestiaux et des enfants, des jardins et des sources. Je crains pour vous le châtiment d'un jour terrible. (Sourate ash-Shu'ara: 131-135)

Mais comme nous l'avons remarqué précédemment, Ubar ainsi que tout autre emplacement ayant pu héberger les 'Ad, est aujourd'hui recouvert par le désert. Alors, pourquoi Hud a-t-il parlé de cette façon lors de sa mise en garde?

La réponse est contenue dans les changements climatiques qui se sont produits au cours de l'histoire. Des sources fiables mentionnent l'existence de terres fertiles et de forêts, là où règne aujourd'hui le désert. Ainsi le Sud Yémen était-il, à une époque reculée, une région verdoyante, comme le sous-entend le Coran.

Les forêts permettaient alors de tempérer le climat difficile des alentours, et rendait la région tout à fait vivable. Le désert existait bien ici et là, mais son ampleur était modeste.

En Arabie du Sud, des découvertes significatives ont été effectuées là où les 'Ad vivaient, qui permettent de projeter un peu plus de lumière sur ce sujet. Ainsi on a pu montrer que les habitants de cette région utilisaient un système d'irrigation hautement développé, qui ne servait probablement qu'à l'agriculture. Dans ces régions, en effet, les gens cultivaient autrefois la terre.

Les photos satellites ont également révélé l'ancienne existence d'un vaste système de canaux et de barrages utilisés pour l'irrigation autour de Ramlat et Sab'atayan, dont on estime qu'il a pu faire vivre plus de 200.000 personnes dans l'ensemble de ces cités.25 Doe, l'un des chercheurs ayant participé à l'opération, a d'ailleurs déclaré: "La région autour de Ma'rib devait être si fertile que l'on peut imaginer que tout le territoire compris entre Ma'rib et Hadhramaut était alors cultivé."26

Des auteurs anciens ont décrit cette région comme étant très fertile, parsemée de collines boisées et de rivières. Les inscriptions trouvées dans d'anciens temples près de Shawbah, la capitale des Hadramites, révèlent que la chasse était pratiquée dans cette région et que certains animaux étaient sacrifiés. Tout ceci confirme que le désert était alors marginal.

La vitesse de propagation du désert est mieux connue depuis les travaux de l'Institut Smithsonien au Pakistan, où une région réputée pour sa fertilité au Moyen Age s'est trouvée transformée en un désert sableux, avec des dunes hautes de six mètres, le désert ayant avancé d'environ 15 centimètres par jour. A cette vitesse, les sables peuvent "avaler" même les plus hauts bâtiments, et les recouvrir comme s'ils n'avaient jamais existé. Ainsi des fouilles menées à Timna au Yémen dans les années 50 ont déjà été presque entièrement recouvertes. Les pyramides égyptiennes se trouvaient aussi entièrement ensablées autrefois, et il a fallu mener de longs travaux pour les mettre à jour de nouveau. En conclusion, nous pouvons affirmer que de nombreuses régions où sévit le désert de nos jours avaient il y a longtemps un tout autre aspect.

Comment les 'Ad furent-ils ruinés?

Dans le Coran, Allah dit qu'un vent furieux a fait périr les 'Ad. Les versets précisent que ce vent a duré sept nuits et huit jours, détruisant totalement les 'Ad:

Les 'Ad ont traité de menteur leur messager; comment furent alors Mon châtiment et Mes avertissements? Certes Nous avons envoyé contre eux un vent violent et glacial, en un jour néfaste et interminable; il arrachait les gens comme des souches de palmiers déracinés. (Sourate al-Qamar: 18-20)

Et quant aux 'Ad, ils furent détruits par un vent mugissant et furieux, qu'Allah déchaîna contre eux pendant sept nuits et huit jours consécutifs; tu voyais alors les gens renversés par terre comme des souches de palmiers évidées. (Sourate al-Haqqa: 6-7)

Bien qu'ayant déjà été avertis, les gens n'ont accordé aucune attention aux avertissements successifs, et ils ont sans cesse rejeté leurs messagers. Ils étaient tellement plongés dans l'illusion qu'ils furent tout abasourdis lorsqu'ils virent la destruction approcher, incapables de comprendre quoi que ce soit et s'enfonçant dans leur négation:

Puis, voyant un nuage se dirigeant vers leurs vallées, ils dirent: "Voici un nuage qui nous apporte de la pluie." Au contraire! C'est cela même que vous cherchiez à hâter: un vent contenant un châtiment douloureux. (Sourate al-Ahqaf: 24)

Dans le verset, il apparaît clairement que les gens ont bien vu arriver le nuage fatal, mais leur vision des choses était brouillée et ils crurent ainsi qu'il s'agissait d'un nuage de pluie. A ce propos, rappelons qu'un cyclone se déplaçant en "balayant" le sol du désert ressemble de loin à un nuage de pluie. Il est possible que les 'Ad aient été trompés par cette apparence et n'aient pas imaginé la venue d'une calamité. Le chercheur Doe donne une description de ces tempêtes de sable, qui semble provenir de son expérience personnelle: "Le premier signe consiste en l'approche d'un mur d'air chargé de poussière, pouvant s'élever jusqu'à une hauteur de quelques centaines de mètres, mis en mouvement et sustenté par de forts courants ascendants et se propageant en avant par le biais d'un vent très fort."27

La cité d'Ubar, considérée comme ayant été la patrie des 'Ad, a été ensevelie sous une couche de sable épaisse de plusieurs mètres. Il semble que les vents furieux qui, comme le Coran le précise, ont duré sept nuits et huit jours, aient accumulé des tonnes de sable, submergeant la cité et enterrant les gens vivants. Les fouilles menées à Ubar confirment tout cela. Le magazine français çà M'Intéresse va dans le même sens lorsqu'il rapporte: "Ubar fut enterrée sous une couche de sable épaisse d'environ douze mètres, résultat d'une tempête."28

Mais la preuve la plus éloquente de l'ensevelissement des 'Ad par une tempête de sable est l'emploi du terme "ahqaf" dans le Coran pour localiser l'endroit où vivait ce peuple. La description utilisée dans le verset 21 de la sourate al-Ahqaf est la suivante:

Et rappelle-toi le frère des 'Ad quand il avertit son peuple à Al-Ahqaf, alors qu'avant et après lui des avertisseurs sont passés, en disant: "N'adorez qu'Allah. Je crains pour vous le châtiment d'un jour terrible."

Le mot "ahqaf" signifie "dunes de sable" en arabe, et c'est le pluriel de "hiqf" qui signifie "une dune de sable". Ceci permet d'affirmer que les 'Ad vivaient dans une région où abondaient les dunes de sable, ce qui explique le recouvrement de leur cité par autant de sable. Selon une interprétation, ahqaf a perdu sa signification originelle de "collines de sable" pour devenir le nom donné à la région du Sud Yémen où vivaient les 'Ad. Cela ne change rien au fait que la racine de ce mot est dunes de sable, mais nous voyons ainsi qu'il est devenu propre à cette région, pour rendre compte de son aspect physique particulier.

La destruction ayant anéanti les 'Ad, par un vent qui "arrachait les gens comme des souches de palmiers déracinés" (Sourate al-Qamar: 20) s'est vraisemblablement produite en un temps très bref, faisant disparaître toute trace de leur civilisation, que ce soit les hommes ou leurs demeures ou encore les systèmes d'irrigation, canaux et barrages construits pour assurer la fertilité de la région. Et les récentes découvertes archéologiques n'ont fait que confirmer le Coran.

En considérant l'anéantissement des 'Ad, il est nécessaire de prendre en considération les avertissements du Coran. Allah déclare dans le Coran que les 'Ad se sont égarés du droit chemin à cause de leur arrogance et ont même lancé le défi suivant: "Qui nous est supérieur en force?" Le Coran vient tout de suite mettre un terme à leurs prétentions:

Quoi! N'ont-ils pas vu qu'en vérité Allah qui les a créés est plus fort qu'eux? (Sourate Fussilat: 15)

Ce dont chacun d'entre nous doit se souvenir, c'est qu'Allah est le plus Grand et le seul Digne de louanges, et que la voie de la prospérité passe obligatoirement par Son adoration.

CHAPITRE 5

THAMUD

Les Thamud ont traité de mensonges les avertissements. Ils dirent: "Allons-nous suivre un seul homme [Salih] d'entre nous-mêmes? Nous serions alors dans l'égarement et la folie. Est-ce que le message a été envoyé à lui à l'exception de nous tous? C'est plutôt un grand menteur, plein de prétention et d'orgueil."

(Sourate al-Qamar: 23-26)

Comme il est dit dans le Coran, les Thamud méprisèrent les mises en garde d'Allah tout comme les 'Ad avaient agi avant eux, et ils furent donc châtiés en conséquence. Aujourd'hui, suite aux études archéologiques et historiques, beaucoup d'éléments ont été mis en lumière, qui étaient inconnus auparavant: par exemple le lieu où vivaient les Thamud, leurs demeures et leurs styles de vie. Les Thamud constituent donc une réalité historique, annoncée par le Coran bien avant que des études modernes ne viennent l'authentifier.

Avant d'examiner les découvertes archéologiques liées à ce peuple, il est utile d'examiner ce qui est rapporté par le Coran concernant leur opposition obstinée à leur prophète. Et comme le Coran est un livre s'adressant aux gens de toutes les époques, le destin des Thamud est en fait un avertissement destiné à toutes les générations, en tout lieu.

La transmission du message par le Prophète Salih

Dans le Coran, il est dit que le Prophète Salih fut suscité auprès de ses frères les Thamud, en guise d'avertisseur. Salih était, avant d'être investi de sa qualité de prophète, un personnage éminent au sein de sa société. Ses concitoyens, qui ne s'attendaient pas à ce qu'il proclame la religion de vérité, furent surpris de l'entendre les exhorter à abandonner leurs déviations. Leur première réaction fut de le calomnier et de jeter l'anathème sur lui:

Et Nous avons envoyé au peuple de Thamud leur frère Salih, qui dit: "? mon peuple, adorez Allah. Vous n'avez point de divinité en dehors de Lui. De la terre Il vous a créés, et Il vous l'a fait peupler. Implorez donc Son pardon puis repentez-vous à Lui. Mon seigneur est bien proche et Il répond toujours aux invocations." Ils dirent: "? Salih, tu étais auparavant un espoir pour nous. Nous interdirais-tu d'adorer ce qu'adoraient nos ancêtres? Cependant, nous voilà bien dans un doute troublant au sujet de ce vers quoi tu nous invites." (Sourate Hud: 61-62)

Peu nombreux furent ceux qui acceptèrent de suivre l'appel de Salih, la plupart préférant demeurer dans une attitude de rejet. En particulier, les chefs de la communauté renièrent Salih et s'opposèrent à lui aveuglément. Ils s'efforcèrent de nuire à ceux qui suivaient Salih, essayant de les opprimer. Ils enrageaient contre Salih, car il les appelait à adorer Allah. Cette hargne n'était pas spécifique aux Thamud; car les Thamud ne faisaient qu'emboîter le pas au peuple de Nuh et aux 'Ad, qui avaient vécu avant eux, réitérant leurs erreurs. Le Coran fait ainsi référence à ces trois communautés comme suit:

Ne vous est-il pas parvenu le récit de ceux qui vous ont précédés: du peuple de Nuh, des 'Ad, des Thamud et de ceux qui vécurent après eux, et que seul Allah connaît? Leurs messagers vinrent à eux avec des preuves, mais ils dirent, portant leurs mains à leurs bouches: "Nous ne croyons pas au message avec lequel vous avez été envoyés et nous sommes, au sujet de ce à quoi vous nous appelez, dans un doute vraiment troublant." (Sourate Ibrahim: 9)

En dépit des avertissements du Prophète Salih, les gens continuèrent d'être assaillis par le doute, hormis une petite minorité de croyants, qui d'ailleurs furent sauvés lorsque vint la grande catastrophe. Et les chefs de la communauté exercèrent des pressions sur eux:

Les notables de son peuple qui s'enflaient d'orgueil dirent aux opprimés, à ceux d'entre eux qui avaient la foi: "Savez-vous si Salih est envoyé de la part de son Seigneur?" Ils dirent: "Oui, nous croyons à son message." Ceux qui s'enflaient d'orgueil dirent: "Nous, nous ne croyons certainement pas en ce à quoi vous avez cru'." (Sourate al-A'raf: 75-76)

L'hostilité ne fit que croître, et un groupe parmi les mécréants se mit même à comploter en vue d'attenter à la vie de Salih, en jurant paradoxalement par Allah qu'ils s'engageaient à s'en débarrasser:

Ils dirent: "Nous voyons en toi et en ceux qui sont avec toi des augures de malheur." Il dit: "Votre sort dépend d'Allah. Mais vous êtes plutôt des gens qu'on soumet à la tentation." Et il y avait dans la ville un groupe de neuf individus qui semaient le désordre sur terre et qui ne faisaient rien de bon. Ils dirent: "Jurons par Allah que nous l'attaquerons de nuit, lui et sa famille. Ensuite nous dirons à celui qui sera chargé de le venger: Nous n'avons pas assisté à l'assassinat de sa famille et nous sommes sincères." Ils complotèrent donc, et Nous complotâmes aussi sans qu'ils ne s'en rendent compte. (Sourate an-Naml: 47-50)

Pour mettre son peuple à l'épreuve, Salih leur montra une certaine chamelle, selon la révélation d'Allah. Pour voir s'ils suivraient ou non les commandements d'Allah, il leur enjoignit de partager leur eau avec elle et de ne pas lui faire de mal. Mais ils réagirent en la tuant, et ces événements sont évoqués dans le Coran:

Les Thamud traitèrent de menteurs les messagers. Quand Salih, leur frère, leur dit: "Ne craindrez-vous pas Allah? Je suis pour vous un messager digne de confiance. Craignez donc Allah et obéissez-moi. Je ne vous demande pas de salaire pour cela, mon salaire n'incombe qu'au Seigneur des mondes. Vous laissera-t-on en sécurité dans votre condition présente? Au milieu de jardins, de sources, de cultures et de palmiers aux fruits presque mûrs? Creusez-vous habilement des maisons dans les montagnes? Craignez donc Allah et obéissez-moi. N'obéissez pas à l'ordre de ceux qui outrepassent les limites, qui sèment le désordre sur la terre et n'améliorent rien." Ils dirent: "Tu n'es qu'un ensorcelé, tu n'es qu'un homme comme nous. Apporte donc un prodige, si tu es du nombre des véridiques." Il dit: '"Voici une chamelle; à elle de boire un jour convenu, et à vous de boire un autre jour. Et ne lui infligez aucun mal, sinon le châtiment d'un jour terrible vous saisira." Mais ils la tuèrent. Eh bien, ils eurent à le regretter! (Sourate ash-Shu'ara: 141-157)

Et dans la sourate al-Qamar, le bras de fer entre Salih et son peuple est décrit comme suit:

Les Thamud ont traité de mensonges les avertissements. Ils dirent: "Allons-nous suivre un seul homme [Salih] d'entre nous-mêmes? Nous serions alors dans l'égarement et la folie. Est-ce que le message a été envoyé à lui à l'exception de nous tous? C'est plutôt un grand menteur, plein de prétention et d'orgueil." Demain ils sauront qui est le plus grand menteur plein de prétention et d'orgueil. Nous leur enverrons la chamelle, comme épreuve. Surveille-les donc et sois patient. Et informe-les que l'eau sera en partage entre eux et la chamelle; chacun boira à son tour. Puis ils appelèrent leur camarade, qui prit son épée et la tua. (Sourate al-Qamar: 23-29)

Le fait qu'ils ne furent pas punis immédiatement ne fit qu'augmenter leur insolence; ils s'en prirent à Salih, le critiquant et l'accusant d'être un menteur:

Ils tuèrent la chamelle, désobéirent au commandement de leur Seigneur et dirent: "? Salih, fais-nous venir ce dont tu nous menaces, si tu es du nombre des envoyés d'Allah." (Sourate al-A'raf: 77)

Allah affaiblit les plans et les stratagèmes des incroyants, et Il sauva Salih des mains de ceux qui voulaient lui nuire. Après cet événement Salih, voyant qu'il avait proclamé le message à son peuple de différentes façons mais que presque personne ne l'avait sérieusement écouté, annonça à son peuple qu'ils seraient détruits dans trois jours:

Mais ils la tuèrent. Alors il leur dit: "Jouissez de vos biens dans vos demeures pendant encore trois jours! Voilà une promesse qui ne sera pas démentie." (Sourate Hud: 65)

Promesse tenue: trois jours plus tard, l'avertissement de Salih devint réalité et c'en fut fait des Thamud:

Le cri affreux saisit les injustes. Et les voilà foudroyés dans leurs demeures, comme s'ils n'y avaient jamais prospéré. En vérité, les Thamud n'ont pas cru en leur Seigneur. Que périssent les Thamud! (Sourate Hud: 67-68)

Les découvertes archéologiques concernant les Thamud

Parmi tous les peuples mentionnés dans le Coran, les Thamud sont certainement ceux dont nous avons la meilleure connaissance de nos jours. En effet, des sources historiques révèlent qu'un peuple dénommé Thamud a bel et bien existé.

La communauté d'al-Hijr évoquée par le Coran, et les Thamud, ne font probablement qu'un seul peuple, car l'autre nom des Thamud est "Ashab al-Hijr".

Donc "Thamud" est le nom d'un peuple, tandis que la cité d'al-Hijr peut être l'une des cités fondées par ce peuple. Un géographe grec ancien a écrit que Domatha et Hegra étaient les endroits où les Thamud habitaient, et que Hegra a cédé plus tard la place à la cité de Hijr.29

Les sources les plus anciennes faisant référence aux Thamud sont les annales des victoires du Roi babylonien Sargon II (8ème siècle avant Jésus-Christ), qui vainquit ce peuple lors d'une campagne menée dans le nord de l'Arabie. Les Grecs font aussi référence à ce peuple sous le terme "Tamudaei", c'est-à-dire "Thamud", notamment dans les écrits de Ptolémée.30 Les Thamud disparurent complètement avant la venue du Prophète Muhammad (pssl), entre 400 et 600 de l'ère chrétienne.

Dans le Coran, les 'Ad et les Thamud sont toujours mentionnés ensemble. De plus, certains versets montrent que les Thamud ont été exhortés à tenir compte du sort des 'Ad qui les ont précédés. Donc les Thamud possédaient de bonnes connaissances sur les 'Ad:

Et au peuple de Thamud Nous avons envoyé leur frère Salih. Il dit: "? mon peuple, adorez Allah car vous n'avez pas d'autre divinité que Lui. Et rappelez-vous quand Il vous fit succéder au peuple de 'Ad et vous installa sur la terre. Vous avez édifié des palais dans ses plaines, et taillé des maisons dans les montagnes. Rappelez-vous donc les bienfaits d'Allah et ne répandez pas la corruption sur la terre." (Sourate al-A'raf: 73-74)

Il y a donc un lien entre les peuples, et les 'Ad ont peut-être fait partie de l'histoire et de la culture des Thamud. Salih a ordonné à ses concitoyens de prendre en considération l'exemple des 'Ad et de ne pas se croire différents d'eux.

Les 'Ad, quant à eux, avaient reçu en guise d'avertissement l'exemple du peuple de Nuh, qui avait vécu avant eux. Tout comme les 'Ad avaient une importance historique pour les Thamud, le peuple de Nuh avait également une importance historique pour les 'Ad. Ces peuples possédaient d'ailleurs peut-être le même lignage. Mais les lieux où ont vécu les 'Ad et les Thamud étant géographiquement très éloignés, il ne semble pas y avoir de lien entre eux, et pourtant dans le Coran, Allah a exhorté les Thamud à se souvenir des 'Ad et de leur destruction, pourquoi alors vouloir relier les deux peuples?

La réponse apparaît clairement après une courte recherche. La distance entre leurs lieux de vie respectifs est trompeuse. Les Thamud connaissaient les 'Ad car les deux peuples provenaient probablement de la même origine. L'ouvrage Britannica Micropaedia décrit ainsi ce peuple sous le titre "Thamud":

Dans l'Arabie ancienne, tribu ou groupe de tribus qui semblent avoir connu un certain rayonnement. Bien que les Thamud soient probablement originaires de l'Arabie du Sud, un grand nombre d'entre eux ont apparemment émigré très tôt vers le nord, s'établissant de façon privilégiée sur les pentes du Jabal (Mont) Athlab. De récents travaux archéologiques ont permis de mettre à jour des écritures et gravures rupestres non seulement sur le Jabal Athlab, mais aussi en divers lieux d'Arabie Centrale.31

Des traces d'écriture semblables à l'alphabet smaïtique (appelé également thamudique) ont été trouvées en Arabie du Sud et plus haut dans tout le Hidjaz.32 Ces découvertes ont d'abord concerné une région du nord du Yémen connue sous le nom de Thamud, et qui est bordée au nord par le Rub'al Khali, au sud par l'Hadramaut, et à l'ouest par Shabwah.

Nous avons dit plus haut que les 'Ad étaient un peuple vivant en Arabie du Sud. Il est donc très significatif que des vestiges des Thamud aient été trouvés dans la région où vivaient les 'Ad, en particulier là où les Hadramites, descendants des 'Ad, ont vécu. Ceci explicite la relation établie par le Coran entre les deux peuples lorsque Salih a déclaré en s'adressant aux Thamud:

Et au peuple de Thamud Nous avons envoyé leur frère Salih. Il dit: "? mon peuple, adorez Allah car vous n'avez pas d'autre divinité que Lui… Et rappelez-vous quand Il vous fit succéder au peuple de 'Ad et vous installa sur la terre…" (Sourate al-A'raf: 73-74)

En conclusion, les Thamud ont payé le prix de leur non-obéissance à leur messager, et ils furent détruits. Leurs constructions audacieuses et leurs talentueuses œuvres d'art n'ont pas permis d'éloigner d'eux la punition. Les Thamud furent implacablement éradiqués, tout comme cela s'était déjà produit pour les peuples qui avaient avant eux rejeté la vérité.

CHAPITRE 6

PHARAON QUI FUT NOYE

Il en fut de même pour les gens de Pharaon et pour ceux qui, avant eux, avaient traité de mensonge les signes de leur Seigneur. Nous les avons fait périr pour leurs péchés. Et Nous avons noyé les gens de Pharaon. Car ils étaient tous des injustes. (Sourate al-Anfal: 54)

L'ancienne civilisation égyptienne, à l'instar d'autres cités-états établies en Mésopotamie à la même époque, est connue pour avoir été l'une des plus vieilles civilisations du monde, et il a été montré qu'elle a constitué un état organisé doté de l'ordre social le plus avancé de son temps.

Trois facteurs ont grandement contribué à l'essor de la civilisation égyptienne: l'écriture y a été découverte et utilisée dès le 3ème millénaire avant Jésus-Christ, le fleuve Nil a été mis à profit et l'égypte s'est naturellement trouvée protégée des agressions extérieures de par la nature de son territoire.

Mais cette civilisation a aussi été celle du "règne des Pharaons", qui est le système mécréant le plus nettement dénoncé dans le Coran. Ces souverains débordèrent d'orgueil, dévièrent de la voie droite et blasphémèrent; et finalement, ni leur civilisation avancée, ni leur ordre socio-politique, ni leurs succès militaires ne les sauvèrent de la destruction.

L'autorité des pharaons

Cette civilisation égyptienne était fondée sur la fertilité du fleuve Nil. Les égyptiens s'étaient établis dans la Vallée du Nil à cause de l'abondance des eaux de ce fleuve, et parce qu'ils pouvaient cultiver la terre avec cette eau sans être dépendants de la saison des pluies.

L'historien Ernst H. Gombrich a rappelé que l'Afrique a un climat très chaud et peut ne pas connaître de pluies durant des mois. C'est pour cette raison que beaucoup de régions de ce continent sont extrêmement sèches, et sont recouvertes de vastes déserts. D'ailleurs, il y a le désert des deux côtés du fleuve Nil, et il pleut rarement en égypte. Mais cela importe peu dans ce pays, puisque le fleuve Nil traverse le territoire en son milieu, et ce du nord au sud.33

Ainsi, quiconque exerce un contrôle sur ce fleuve exerce par conséquent un pouvoir sur le vecteur le plus important du commerce et de l'agriculture de l'égypte. C'est de cette manière que les pharaons ont dominé l'égypte.

Le parcours étroit et vertical du Nil à travers le pays ne permettait pas l'établissement de larges zones résidentielles autour du fleuve, et par conséquent la civilisation égyptienne était constituée de petites villes et de villages, et non d'énormes cités. Cette dissémination de la population a également contribué à la domination du peuple égyptien par les pharaons.

Le roi Ménès est connu pour avoir été le premier pharaon égyptien ayant unifié toute l'ancienne égypte en un seul état, vers le 3ème millénaire avant Jésus-Christ. En fait le terme "pharaon" désignait à l'origine le palais où vivait le roi égyptien à cette époque mais, avec le temps, il servit à désigner le roi d'égypte lui-même. C'est pourquoi les dirigeants de l'ancienne égypte commencèrent à être appelés "pharaons".

étant les possesseurs, les administrateurs et les chefs de l'?tat dans sa totalité, ces pharaons furent facilement acceptés comme étant des incarnations de la plus grande divinité de la religion polythéiste qui sévissait dans l'ancienne égypte. L'administration des terres égyptiennes, leur répartition, leurs revenus, ainsi que tous les services et domaines du pays, étaient gérés au nom du pharaon.

Le caractère absolu du régime procurait au pharaon un tel pouvoir qu'il pouvait se permettre tout ce qu'il voulait. Dès l'établissement de la première dynastie, au temps de Ménès qui devint le premier roi d'égypte en unifiant la Haute et la Basse égypte, les eaux du Nil furent distribuées au public par le biais de canaux. En plus de cela, toute production de biens et de services fut placée sous la tutelle du souverain. La répartition et la distribution des sources de richesses étaient ainsi laissées à la discrétion du pharaon qui, sans difficulté, maintenait dans la soumission toute une population. Le roi d'égypte, bientôt couramment appelé pharaon, était considéré comme un être saint qui détenait un immense pouvoir et subvenait aux besoins de tout son peuple; et il n'y avait qu'un pas vers sa divinisation, pas qui fut aisément franchi. Et les pharaons eux-mêmes se mirent à croire en leur caractère divin.

Certains termes utilisés par pharaon lors de sa conversation avec Musa, et mentionnés dans le Coran, prouvent qu'ils avaient vraiment adopté cette croyance. Il essaya ainsi d'intimider Musa en disant:

Si tu adoptes une autre divinité que moi je te ferai jeter en prison! (Sourate ash-Shu'ara: 29)

et il déclara aux gens autour de lui:

… je ne connais pas de divinité pour vous autre que moi… (Sourate al-Qasas: 38)

Ceci montre amplement qu'il se considérait lui-même comme un dieu.

Les croyances religieuses des anciens égyptiens

Selon l'historien grec Hérodote, les anciens égyptiens étaient les gens les plus "dévots" dans le monde. Pourtant, leur religion n'était pas la religion de la vérité, mais il s'agissait bien au contraire d'un polythéisme pervers, qu'ils se refusaient à abandonner à cause de leur extrême conservatisme.

Les anciens égyptiens étaient largement influencés par l'environnement naturel dans lequel ils vivaient. La géographie naturelle de l'égypte protégeait le pays de façon parfaite contre les agressions extérieures, car l'égypte était entourée de déserts, de montagnes et de mers. Les attaques éventuelles ne pouvaient aisément emprunter que deux voies, et il était aisé pour les égyptiens de garder ces deux chemins d'accès. Les égyptiens demeurèrent donc isolés du monde extérieur à cause de ces facteurs naturels. Mais avec les siècles, cet isolement fut la source d'une bigoterie obscurantiste; les égyptiens adoptèrent une attitude hostile à toute innovation et à toute remise en question, se traduisant par un conservatisme forcené en matière de religion. Et la "religion de leurs ancêtres", mentionnée fréquemment dans le Coran, devint leur valeur la plus importante.

C'est pourquoi Pharaon et son cercle rapproché tournèrent le dos à Musa et à Harun lorsque ceux-ci leur proclamèrent la religion de vérité, en disant:

Ils dirent: "Est-ce pour nous écarter de ce sur quoi nous avons trouvé nos ancêtres que tu es venu à nous, et pour que la grandeur appartienne à vous deux sur la terre? Et nous ne croyons pas en vous!" (Sourate Yunus: 78)

La religion de l'ancienne égypte était divisée en branches, dont les plus importantes étaient la religion officielle de l'?tat, les croyances des gens du peuple et la croyance dans la vie après la mort.

Selon la religion officielle de l'?tat, le pharaon était un être divin. Il était l'incarnation vivante sur la terre des dieux de la population, et son devoir était l'exercice de la justice et la protection de cette population.

Les croyances répandues au sein du peuple étaient extrêmement compliquées, et les individus qui venaient contredire la religion officielle de l'?tat furent opprimés par les pharaons successifs. De façon simplifiée, les égyptiens croyaient en de nombreuses divinités, et ces dieux étaient habituellement représentés sous la forme de corps humains surmontés de têtes d'animaux. Il pouvait cependant y avoir quelques variantes d'une région à l'autre.

La vie après la mort occupait une place centrale dans la croyance égyptienne. Ils pensaient que l'âme survivait après le décès du corps, et qu'elle était transportée par des anges particuliers auprès du Dieu qui exerçait une fonction de Juge, assisté de quarante-deux autres "juges assistants"; une balance était alors selon eux avancée, et l'âme du défunt y était pesée. Ceux chez qui la bonté l'emportait connaissaient ensuite la félicité, tandis que les réprouvés étaient sujets à de grands tourments: les malfaisants étaient tourmentés à jamais par une étrange créature surnommée "Le Mangeur de Morts".

La croyance des anciens égyptiens en l'au-delà montre clairement des connotations avec la religion monothéiste et la religion de vérité. Ce point particulier de la croyance dans l'au-delà prouve que la religion de vérité et le message divin avaient atteint autrefois la terre d'égypte, mais que cette religion avait été plus tard pervertie, le monothéisme se trouvant entaché d'ajouts polythéistes. Il est un fait avéré que des avertisseurs appelant les gens à attester de l'unicité d'Allah et à se comporter comme Ses serviteurs ont été envoyés à plusieurs reprises en égypte, tout comme cela a également été le cas pour tous les peuples sur terre à une époque ou une autre. L'un d'eux était le Prophète Yusuf, dont l'histoire est rapportée en détail dans le Coran. L'histoire de Yusuf est aussi extrêmement importante parce qu'elle inclut l'arrivée des Enfants d'Israël en égypte et leur établissement dans ce pays.

Par ailleurs, il existe dans les sources historiques des références à certains égyptiens qui invitèrent les gens autour d'eux à embrasser des religions monothéistes, et ce avant même la venue de Musa. L'un d'entre eux est le pharaon le plus remarquable de l'histoire de l'égypte, à savoir Amenhotep IV.