La Femme en l'Islam
 
LE PROCESSUS D'INTEGRATION HUMAINE

Cette parole divine nous présente l'image de la société croyante qui suit la voie de perfection. Cette image représentée par le fait que les Croyants et les Croyantes se dressent ensemble, à travers l'union de la soumission à l'autorité de Dieu, soumission ouverte à la responsabilité de faire face à la déviation sociale, politique et doctrinale qui se manifeste dans l'abandon du bien et l'encouragement du mal. Cela assure l'unité universelle des Croyants qui agissent ensemble pour redonner la vie à la ligne du bien et rompre les liens avec la ligne du mal à travers l'exercice de la prière, le versement de l'aumône et l'obéissance à Dieu et à son Messager dans tout ce qui touche le contenu de ce message que ce soit au niveau de la doctrine et de ses différents concepts ainsi que dans la Loi et l'étendu de ses qualifications.

C'est seulement cela qui leur permet d'avoir la miséricorde de Dieu et de gagner son Paradis –dont les délices sont éternels- pour s'élever ainsi au rang suprême et supérieur à tout cela, à savoir celui où l'on gagne les bonnes grâces de Dieu et où l'on atteint l'objet d'espérance et la raison de vivre pour tout Croyant et toute Croyante. Face à cette image rayonnante qui flotte dans les lointains horizons de la miséricorde de Dieu et de ses bonnes grâces, se trouve une autre image; celle des hommes et des femmes hypocrites qui se débattent dans le monde négatif et déviant représenté par la société fondée sur l'unité organique des hypocrites des deux sexes qui s'attachent les uns aux autres et qui coopèrent pour empêcher la vie de s'engager dans la ligne du bien, pour la diriger vers la ligne du mal, pour bloquer en elle la possibilité de s'ouvrir à la charité et pour lui faire oublier Dieu qui, en réponse, l'oublie en se détourant d'elle et de ceux qui s'attachent à elle. Cela est clair dans la parole divine qui dit:

"Les hommes et les femmes hypocrites font partie les uns des autres; ils recommandent le mal et déconseillent le bien et ils ne tendent pas leurs mains (pour donner). Ils ont oublié Dieu et (en réponse) Il les a oubliés. Les hypocrites sont les pervers. Dieu a promis aux hommes et aux femmes hypocrites ainsi qu'aux infidèles le Feu de l'Enfer où ils seront éternels. Il est leur lot et ils auront la malédiction de Dieu et les supplices sans fins".

Corna, "at-Tawba" (le Repentir), versets 67 et 68.

Il en est ainsi pour la société où convergent les facteurs de la déviation pour l'entraîner loin de Dieu. L'hypocrisie donne lieu, chez les hommes et les femmes, à une situation anormale qui les met devant le danger de se trouver au milieu du Feu de l'Enfer où hypocrites et infidèles se trouvent à pied d'égalité devant la colère de Dieu qu'ils ont bien méritée.

Nous voyons ainsi comment le Coran parle des hommes et des femmes en les unissant dans leur vie dynamique, loin des considérations de la paternité, de la maternité et du lien conjugal où l'on se trouve toujours dans deux sphères antagonistes dont l'une est positive et l'autre négative.

Au contraire le Coran ne donne pas aux hommes un rôle plus important que celui des femmes. Il ne repousse aucun d'eux vers la marge de la vie en l'embourbant dans des rôles spécifiques comme celui de père, de mère, d'épouse et d'époux. Il est même possible de dire que c'est le rôle général qui confère au rôle particulier ou spécifique son contenu humain ou missionnaire à travers ses effets positifs au niveau de la pensée et de l'âme de l'être humain, effets qui s'étendent avec force et foi pour couvrir toute la réalité et tout le terrain de l'activité pratique.

Il existe un problème complexe dans la mentalité de beaucoup de Croyants, islamistes ou non. Il considèrent la femme comme si elle était un être sexuel qui ne s'ouvre à la vie qu'à partir de l'aspect sexuel de sa nature charnelle dans ses dimensions relatives à la procréation. De la sorte, la vie de la femme sera réduite à cette seule sphère et ce au niveau des engagements moraux, des relations sociales et des tendances personnelles. Il n'y a pas de place, à leurs yeux, pour aucune vision de la femme qui la porterait devant les larges perspectives de la vie. Ils ne pensent pas que la femme possède, en tant qu'être humain, des énergies actives qui pourraient donner de l'élan, du mouvement et de la pensée à la vie et au processus de l'invention créative… A la place d'une telle attitude, on ne manque pas de rencontrer des gens qui se moquent de ces idées, les considérant comme des plaisanteries ou comme des chimères fantastiques ne possédant aucune chance réelle de se réaliser et prendre vie.

Ceux-là ne regardent pas l'homme du même œil bien qu'aucune différence ne soit enregistrée entre l'homme et la femme du point de vue de la fonction humaine de la pulsion sexuelle considérée comme un mouvement instinctif dont la satisfaction aboutit à la détente physique et assure la procréation et la continuité du genre humain. Il n'existe pas de différence sur ce plan, bien que les caractéristiques propres de l'homme et de la femme soient différentes en fonction du rôle consécutif à la différence de leurs constitutions physiques.

Mais cette différence n'implique pas des différences correspondantes au niveau des questions morales relatives à la pudeur de l'homme et de la femme, à leurs engagements légaux concernant la question sexuelle, à la nature des frontières à respecter dans leurs relations humaines et à leurs capacités intellectuelles, spirituelles et pratiques.

La pensée islamique considère la femme et l'homme à travers leur humanité et n'établit pas de différences entre eux à partir de leurs constitutions physiques ou à partir de leurs responsabilités.

Elle les invite ensemble à introduire le mouvement de la civilisation islamique dans la vie des gens… Elle les considère ensemble comme responsables, à parts égales, de la déviation et du progrès dans la voie droite. Elle partage leurs tâches et leurs rôles sur la base du processus de l'intégration humaine où chaque partie, le mâle et la femelle, donne à l'autre quelque chose de ses propres caractéristiques de sorte qu'au niveau des résultats, les propriétés humaines s'unissent dans l'intégration des rôles et des responsabilités.

LE SLOGAN DE LA LIBERATION DE LA FEMME

Le slogan de la libération de la femme est, peut-être, une réaction à la mauvaise condition vécue dans l'atmosphère des traditions et des coutumes arriérées qui oppriment son humanité et la traitent comme si elle était un simple objet, parmi d'autres, dont dispose l'homme et qui est faite pour lui procurer du plaisir sans qu'il ne lui soit possible de jouer aucun rôle actif dans la vie.

Même la maternité, qui constitue son message dans son contenu humain, n'est considérée, de la part de la société arriérée, que dans le cadre des services que la mère rend à ses enfants. L'éducation et l'orientation ne sont pas prises en compte car la question de l'instruction de la femme ne figure pas parmi les occupations de la société arriérée, et ce dans la mesure où une telle affaire ne constitue pas un besoin pour la femme, dans ses rapports avec le mari, l'enfant et la maison.

De la sorte, la question se prolonge au niveau de la tradition sociale pour trouver dans le hijab (voile) et dans la législation qui lui est correspondante une raison et un point de départ pour toute la pratique qui met la femme à l'écart de toute l'ambiance de l'action matérielle, de l'activité sociale, de l'attitude politique et de la culture générale. Pour ceux qui adoptent cette attitude, le voile englobe le sens interne et le contenu dynamique de la personnalité aussi bien que son aspect en relation avec sa fonction comme couverture du corps.

Tout cela a donné à la situation réelle du mouvement de la femme dans la vie un sens qui fait d'elle l'être humain opprimé et asservi qui ne vit ni le mouvement de son humanité ni l'indépendance de sa volonté et qui reste l'ombre des autres, l'écho de leurs voix et le moyen de consommation mis au service de la satisfaction de leurs instincts et besoins. Tout cela donne à la question une signification proche de celle de la révolution et de la libération car elle est en relation avec le changement animé par le mouvement de la liberté de l'homme qui comprend et intègre la libération de la femme, dans les domaines où son humanité est sujette à l'oppression. Cette libération a pour but de redonner à la femme son statut d'être humain porteur de message et de créature multidimensionnelle qui agit par sa raison, par son affectivité, par sa volonté et par toutes ses énergies pour donner à la vie quelque chose de nouveau.

Ceux qui ne sont pas d'accord avec l'idée d'une telle libération la considèrent comme une corruption de la femme dans la mesure où elle lui permet d'entrer dans la société par la grande porte: la même que l'homme franchit dans le but de l'égarer et de l'exploiter davantage en la mettant au service de ses instincts et passions. Ce phénomène est visible dans le contenu de la situation réelle que vit la femme dans l'ambiance culturelle et sociale de la civilisation occidentale qui a introduit la femme dans un contexte nouveau faisant d'elle un objet de consommation charnelle, mais d'une manière moderne qui lui donne l'illusion de vivre sa liberté en se soumettant aux instincts des hommes sous leurs formes et expressions les plus variées.

Ceux-là pensent que les acquis de la femme et les chances qu'elle a de participer à l'activité sociale, économique et politique ne peuvent pas résoudre le problème de l'homme. Bien au contraire, ils le compliquent davantage dans la mesure où les acquis de la femme sont faits aux dépens de l'homme qui perd la chance de travailler dans beaucoup de secteurs, ce qui se traduit par l'augmentation des taux de chômage masculin. En même temps, ils augmentent les charges de la femme qui n'est pas dispensée, pour autant, de son rôle d'épouse avec toutes ses responsabilités, ni de son rôle de mère avec tous les problèmes et les ennuis qui lui sont inhérents… Quant à la femme qui a abandonnée la maternité en tant que telle, ou en tant que rôle, elle crée - pour elle-même- un grand vide psychique qu'elle comble par les complexes morbides, ce qui plonge la société dans d'innombrables autres problèmes.

Ainsi, ils pensent que le message de la maternité et les tâches liées à la relation conjugale ainsi que la pudeur ont perdu beaucoup de leur valeur à cause de la liberté de la femme, alors que celle-ci et l'humanité entière n'ont rien eu, en échange, qui pourrait augmenter les richesses spirituelles ou matérielles de la vie.

Mais la chose n'est pas telle qu'ils le pensent, car au rôle de la maternité chez la femme correspond celui de la paternité chez l'homme; et comme son rôle de père n'annule pas chez l'homme les autres rôles qu'il rempli dans le mouvement de la vie, à travers la large dimension humaine de sa personnalité, il n'est pas nécessaire que le rôle de mère annule les autres rôles en liaison avec les dimensions humaines de la femme.

Si la maternité est plus compliquée que la paternité du fait qu'elle implique l'aspect corporel et biologique de l'existence de la femme, alors que la paternité n'implique pas l'aspect extérieur de l'existence de l'homme, cela n'annule pas la nature de rôle, quoi qu'il puisse être, du point de vue de sa nature ou de son importance. Il en est de même en ce qui concerne les tâches de la vie conjugale qui n'annulent pas le rôle humain que la femme est en devoir de remplir.

Pour ce qui est de la valeur de la pudeur, les règles islamiques qui fixent les limites et les frontières de la liberté sont à même de ne pas laisser la question morale déborder la sphère contrôlée par la volonté de la femme croyante, exactement comme c'est les cas avec toute femme soumise au mouvement de la valeur, dans sa conscience de croyante et dans sa personnalité active.

Le problème avec beaucoup de partisans de la liberté et de leurs adversaires est qu'ils partent d'observations hâtives, d'études centrées sur des types déterminés d'hommes et d'une confrontation superficielle avec les problèmes et les solutions, ce qui les oblige à donner des jugements hâtifs, positifs ou négatifs, qui se perdent dans les perspectives d'un absolu noyé dans le brouillard.

Pour cette raison, il est nécessaire de s'arrêter devant le slogan de la liberté de la femme pour poser la grande question suivante: de quoi la femme doit-elle se libérer? Quelle est la conception islamique de la liberté prise dans sa comparaison avec la même conception prônée par les partisans de la liberté de la femme? La liberté de l'homme s'arrête-t-elle à l'intérieur de limites bien déterminées où s'entrecoupent ses intérêts, ses causes et ses buts ou bien elle avance vers l'absolu sans limites et sans entraves?

Pour répondre à ces questions, il nous faut étudier la question de la liberté dans sa dimension absolue où l'homme ne s'arrête pas devant des limites données lorsqu'il s'agit de la satisfaction de ses pulsions, de ses désirs, de ses ambitions et de ses projets personnels ou généraux. Dans ce cas, l'affaire se pose comme si tout coïncide avec la réalité individuelle de l'homme. Comme si personne n'existe en dehors de lui. Comme si aucun problème ne se pose au cas où sa liberté entrave celle des autres ou arrive même au point de la supprimer.

Il est peut-être naturel que le discours sur la liberté absolue soit un discours sans objet dans la mesure où cette liberté représente le désordre dans l'ordre universel, et ce lorsque son mouvement suit les oppositions et les différences des gens pour conduire aux conflits et à la suppression des uns par les autres… Même au niveau de l'individu qui exerce sa liberté sans limites, cette liberté appartenant à une situation donnée peut se heurter à cette même liberté appartenant à une autre situation. Cela l'oblige à choisir entre l'une et l'autre situation en fonction de l'intérêt et de l'importance du choix, ce qui est une manière de limiter le champ des manœuvres et de réduire le mouvement dans la situation.

Il est donc nécessaire de recourir à des règles pratiques qui font de la liberté un mouvement réaliste allant dans le sens de l'intérêt suprême de l'homme, au niveau de l'individu, en ce qui lui assure la protection de sa vie et son équilibre dans le mouvement de l'esprit et du corps et, au niveau du groupe, dans le terrain ouvert aux changements des situations sociales, dans le domaine des larges transformations ainsi que dans celui des transformations restreintes. Cela permet à la société d'élaborer sa constitution civile où s'équilibrent les besoins et les causes et se meuvent les moyens et les buts sur les plans de la culture, de la société, de l'économie, de la politique et de la sécurité, de sorte que chaque individu y trouve la satisfaction de ses besoins dans l'intégration avec les besoins des autres. Chaque individu fait, à l'autre, des concessions au niveau des frontières de certains de ses besoins et ce au lieu d'entrer, avec lui, dans le conflit égoïste allant dans le sens de son annulation ou suppression, ce qui conduit à la destruction de la société et à sa chute dans l'abîme des antagonismes et des guerres.

On n'a pas besoin d'aller plus loin dans les détails de ce sujet car, dans tout son mouvement, l'humanité cherche à mettre sur pied un ordre équilibré qui assure à chaque homme la satisfaction de ses besoins, dans les limites des besoins plus larges de la société en général.

Il est ainsi naturel que la liberté soit restreinte par des limites morales à travers une philosophie humaine allant dans le sens de l'intérêt profond et général de l'homme.

Il y a la philosophie matérialiste qui parle de la liberté d'une manière qui la place dans le voisinage de l'absolu. Elle ne lui impose des limites que dans le cas où elle se transforme en un état d'agression dirigée contre l'autre. Pour cette philosophie, l'homme, mâle ou femelle, a le droit d'exercer sa liberté dans les limites da sa vie personnelle, sans qu'il y ait besoin de telles ou telles limites particulières imposées d'en haut, exception faite des limites imposées par l'ordre public et dans le cadre du respect des libertés publiques.

Mais certaines personnes, parmi celles qui se soumettent à cette philosophie, peuvent critiquer les législateurs responsables de l'institution des limites et des entraves qui pèsent sur l'homme et confisquent son humanité.

L'imagination peut déborder chez certains poètes réfléchis sur les profondeurs de leur subjectivité et les conduire ainsi vers les airs de l'absolu où ils ne trouvent aucune raison de limiter la liberté, comme si la chose était comparable à l'idée d'emprisonner l'air que les gens respirent ou la lumière qui illumine la vie… Ceux-là peuvent aller jusqu'à voir dans la loi une menace pour la liberté, ce qui les amène à penser que la vie ne doit absolument pas être soumise à la Loi.

Il y a aussi la philosophie religieuse qui donne à l'homme son statut naturel et réaliste. Pour cette philosophie, l'homme est, dans toute son existence et dans toutes ses capacités, une créature de Dieu. Il est, du point de vue de la nature de l'interaction organique entre son être et les éléments constitutifs de son appartenance physique et sociale, une partie de l'univers qui agit sur la vie et celle-ci l'affecte et agit sur lui à son tour. Il ne possède pas les moyens de s'en séparer, comme elle ne peut pas se séparer de lui sur le terrain de l'existence vivante en lui et en elle. Pour cette raison, son mouvement fait partie du mouvement de l'ordre universel.

Il est –à travers tout cela- un serviteur de Dieu, soumis à ses ordres qui ne sont nullement contraires à son intérêt individuel ou collectif sur le plan de son humanité, car cet intérêt fait partie de l'ordre de l'équilibre que Dieu a établi comme fondement de la vie et voulu que l'homme l'applique à lui-même et à l'univers qui l'entoure. Ainsi, l'ordre moral est une longue ligne qui s'étend -puisque l'homme est, dans le mystère des profondeurs de son être, un mélange d'esprit et de matière- dans toutes les articulations de son existence, dans toutes les voies ouvertes vers Dieu et vers l'homme et dans les perspectives ouvertes à ses besoins physiques et spirituels.

C'est ainsi que se pose la question morale qui organise, pour l'homme, le mouvement de sa liberté, pour équilibrer sa vie publique et privée. La question n'est pas l'affaire d'un goût personnel et de chimères qui planent et se perdent dans l'absolu. Elle est l'affaire d'une réalité bien déterminée et limitée par les exigences d'un intérêt suprême fixé pour l'homme par le Créateur de l'homme.

De la sorte, les limites de la liberté ne constituent pas un état d'être dramatique pour l'homme soumis à ces limites. Le drame n'est pas un simple état d'âme qui demeure dans le sentiment, mais plutôt un état pratique localisé dans la réalité. Il est une question relative dans la vie et l'homme ne peut pas échapper à ce genre de sentiments subjectifs dramatiques chaque fois que sa liberté se heurte aux libertés des autres. Il n'y a aucun problème, de ce point de vue, dans le déchirement vécu par l'homme, entre la dimension individuelle et la dimension sociale de la question morale, qui constitue le mystère où réside l'intérêt de l'homme.

Il est à remarquer que, dans ce domaine, l'Islam a imposé des limites légales touchant la question sexuelle chez l'homme et la femme à la fois. Il considère le mariage comme le lieu naturel pour la satisfaction du désir instinctif et interdit toutes les autres voies car l'anarchie sexuelle peut, peut-être, résoudre le problème de l'homme considéré sous un angle donné et localisé dans le cadre strict de son individualité, mais elle complique les choses sur un autre niveau et crée d'autres problèmes dans d'autres domaines et sur d'autres plans.

Si l'Islam donne à l'homme une marge plus importante quant à la satisfaction de ses désirs instinctifs à travers la polygamie, il ne le fait pas (nous y reviendrons) par discrimination arbitraire entre l'homme et la femme, mais à partir des particularités instinctives généralement différentes chez l'homme et la femme. Il le fait aussi à partir des particularités relatives au régime patriarcal lui-même et ce en relation avec la question de la parenté fondée, d'une part, sur des considérations naturelles qui ramènent l'arbre à la graine d'où il est issu et non à la terre où il pousse et, d'autre part, sur des considérations sociales en relation avec l'organisation générale et dynamique qui domine la société humaine dans le mouvement de la responsabilité directe.

Dans cette atmosphère qui donne un ordre à suivre à l'instinct sexuel et qui trace des limites à la relation entre l'homme et la femme, il est indispensable de trouver les règles pratiques qui permettent d'assiéger les processus d'excitation et d'étouffer les émotions de la déviation? Dans ce sens, le voile est l'ordre vestimentaire islamique que la femme doit suivre pour paraître devant les hommes étrangers. Cela s'applique à la femme en tant que l'être humain symbole de la provocation dans l'histoire consciente de ce phénomène qu'est l'attraction de l'homme par la femme, attraction qui l'oblige d'éviter de se mouvoir devant lui en sa qualité de femelle susceptible de provoquer ses instincts. L'alternative étant son mouvement en sa qualité d'être humain susceptible de susciter son respect.

L'Islam n'a pas fait du voile ainsi conçu une prison pour la féminité de la femme. Celle-ci a le droit de mettre en évidence les expressions de sa féminité au moyen des vêtements et de l'ornement, à l'intérieur de la société féminine ou dans le cercle d'hommes appartenant à sa parenté sexuellement interdite (maharim)5. Elle peut aussi l'exprimer dans la maison conjugale, sans aucune restriction, et avec toute la liberté nécessaire pour répondre à ses besoins affectifs à travers la satisfaction des profonds sentiments de sa propre personnalité de femme considérée dans sa particularité instinctive.

Il se peut que, dans le contexte social enflammé par les incalculables facteurs d'excitation, la femme ne trouve pas dans la liberté de sa féminité le moyen de nourrir des ambitions personnelles suffisantes pour affirmer son humanité ou pour établir son équilibre psychique. Cela est d'autant plus pressant qu'elle voit, dans les yeux des autres, l'admiration qu'ils ont de sa propre beauté sans qu'elle puisse avoir l'expérience intérieure du sentiment esthétique en tant que valeur. Faute d'un tel sentiment, elle vit la soif du désir et consomme la satisfaction charnelle exactement comme on le fait avec la nourriture sans que ce comportement ne soit le vecteur d'aucune valeur vitale.

Pour ces raisons, l'admiration de soi que provoquent chez la jeune fille ou chez la femme les regards désireux des hommes peut donner naissance à de profonds sentiments de satisfaction allant jusqu'aux limites de l'arrogance. Mais lorsque la femme suit la ligne de cette expérience pour être toujours poursuivie par les paroles frivoles et les désirs enflammés, pour être toujours assiégée par les situations anormales, elle se sent alors envahie par les problèmes qui lui causent honte et embarras, qui la poussent à fuir ou qui l'embourbent dans d'incurables complexes psychiques.

Ainsi, on voit que l'Islam n'étouffe pas la féminité de la femme, ni n'emprisonne son instinct, ni n'entrave sa liberté. Il la situe dans une sphère où s'équilibrent les questions personnelles, morales et sociales dans le cadre de la situation particulière et générale de l'homme individuel et social, situation qui est, elle-même, sous-tendue par la foi en Dieu et le respect des limites qu'Il a fixées et qui constituent les limites de l'intérêt suprême de l'homme.

Nous avons souvent évoqué les aspects de l'idée selon laquelle le voile annulerait l'énergie de la femme et l'empêcherait de s'ouvrir aux diverses responsabilités de la vie publique car, pour les tenants de cette idée, il l'isolerait de la société à travers l'attitude négative vis-à-vis de la promiscuité et à partir des limites étroites du mode vestimentaire réservé.

Et nous avons dit, à ce sujet, que la femme peut exercer toute son activité en tant qu'être humain en soi, et ce à travers l'enrichissement scientifique sans limites de sa personnalité dans le cadre du mouvement de l'activité pratique, politique et sociale située dans la sphère morale que le décret divin a rendue commune à l'homme et à la femme avec, toutefois, le respect des particularités de celle-ci en tant que femme et les particularités de celui-là en tant qu'homme.

Cette considération est issue du fait que la promiscuité légalement interdite est celle qui conduit, dans les conditions objectives reconnues, à la déviation. Toute promiscuité n'est pas interdite et le voile ne signifie pas que la femme doit cacher son visage, mais tout le corps à l'exception du visage et des mains et ce conformément à la parole divine:

"…Que (les Croyantes) ne montrent de leurs atours que les parties qui en sont extérieurs"

Coran, "an-Nour", (la Lumière), XXIV 31.

La femme reste –dans sa personnalité humaine, à l'intérieur et à l'extérieur de la vie conjugale- un être humain indépendant de l'homme qui n'a sur elle aucune autorité dans ce domaine, sauf certaines limitations imposées par la nature des responsabilités imposées, a leur tour, par la nature de l'organisation islamique de la vie conjugale, dans le partage des rôles et la diversification des particularités. Il est très important de noter ici qu'il existe certaines conditions qu'on prend en considération et qui permettent à la femme d'aller au-delà de certains aspects négatifs de la législation qui donne à l'homme la liberté de décision en ce qui concerne la question du divorce, liberté dont il jouit –dans des mesures plus ou moins grandes, dans toutes les législations.

La différence entre l'Islam –tel qu'il se présente dans la société islamique qu’il se propose d'édifier pour l'être humain, pour l'homme et pour la femme- et la déviation telle qu'elle se présente dans la société capitaliste est que l'Islam cherche à élever l'homme et la femme pour que chacun d'eux vive son humanité en tant qu'être humain indépendant, dans son esprit comme dans son corps. De son côté, la société capitaliste cherche à transformer la femme en une marchandise de consommation pour la publicité et pour la vulgarité sexuelle sous la forme de l'excitation, ce qui fait d'elle un produit publicitaire de bon marché au lieu d'être un élément humain de pleine respectabilité.

En résumé, la liberté responsable est celle qui coïncide avec le sens humain de l'homme, dans le mouvement de ses diverses dimensions où s'équilibrent les caractéristiques et les rôles sur les ambitions et les passions personnelles qui font plonger l'homme dans ses désirs, dans ses instincts et dans ses caprices l'éloignant ainsi de ses responsabilités réelles dictées par le devoir qu'il a envers l'existence.

FEMME ET LA REALITE DE L'ARRIERATION

L'ARRIERATION, DEFINITION DU CONCEPT:

On pose souvent la question de l'arriération de la société et ses retombées au niveau de la femme, elle-même considérée comme une partie intégrante de cette réalité de l'arriération. Quelle est la responsabilité de la femme à l'égard de cette réalité? Peut-elle en sortir? Et quel est son rôle dans le processus du développement?

Beaucoup de questions se posent. Avant d'y répondre, il est nécessaire de définir le concept d'arriération: Il existe des concepts généraux d'arriération, qui ne changent pas d'une civilisation à une autre. L'ignorance, par exemple, peut être considérée comme une expression de l'arriération et ce du point de vue de la civilisation islamique comme de celui de la civilisation occidentale dans la mesure où l'Islam insiste sur l'importance de la connaissance et sur la nécessité de l'instruction… Il en est de même pour ce qui est du tribalisme et du fanatisme tribal qui sont considérés aussi comme deux expressions de l'arriération. Cela s'applique à beaucoup de concepts qui se meuvent pour produire beaucoup de problèmes à l'intérieur de la société. Il existe, bien sûr, des concepts d'arriération et des concepts de progrès qui partent de la ligne de pensée de telle ou de telle civilisation. On peut signaler, par exemple, le fait que la civilisation occidentale considère que l'octroi de la liberté individuelle et totale à l'homme est l'une des expressions du progrès.

Cela signifie que l'homme n'a pas à respecter les règles et les limites morales dans le domaine de la relation entre l'homme et la femme et sur tous les niveaux de cette relation. Il en est de même pour ce qui est de la liberté économique ainsi que pour d'autres questions où les théories diffèrent à l'intérieur des sociétés occidentales elles-mêmes… Pour tout cela, il ne nous est pas possible, ici, de coller l'étiquette de l'arriération sans s'arrêter devant le contenu du terme. Nous devons donc étudier nos concepts islamiques qui cherchent à donner à l'homme les moyens de faire un saut vers le progrès, vers le développement et vers la prospérité et ce sur la base de l'enseignement divin tel qu'il se présente dans ce que Dieu a légiféré pour l'homme tout en le considérant sous toutes ses dimensions spirituelles et matérielles. Il nous faut donc considérer la question du progrès et de l'arriération comme une question relative, qui change en fonction de la nature des idées qui avancent vers le progrès ou qui reculent vers l'arriération. Par relativité, on entend que rien n'existe en tant que progrès absolu ou arriération absolue. Chaque pensée possède sa philosophie et ses lignes qui tracent pour la vie ses tendances vers le progrès ou vers l'arriération en fonction des concepts enracinés dans la réalité.

L'ARRIERATION: QUI EN EST RESPONSABLE

La réalité de l'arriération qui s'installe à l'intérieur de la société islamique n'est pas l'œuvre de l'homme en-soi, ni celui de la femme en-soi.

L'homme et la femme sont tous deux victimes de maintes situations intérieures sur le plan du pouvoir aussi bien que sur celui des situations nouvelles qui ont noyé les Musulmans dans des atmosphère compliquées et chargées de conflits et le tout dans une ambiance de relâchement généralisé, au point qu'ils ont fait abstraction de la radicalisation de la personnalité islamique dans leur vie individuelle et collective.

A cela s'ajoutent d'autres facteurs d'origine extérieure qui se sont abattus sur la réalité islamique pour consacrer et encourager l'état d'arriération.

Et lorsque l'extérieur a voulu que les Musulmans se civilisent, il ne leur a donné que l'écorce de la civilisation pour les égarer ainsi entre ce qu'est l'Islam et ce qu'est la civilisation occidentale. Il les a éloignés de leur Islam au nom du progrès sans leur donner l'essence de ce qui est censé être le progrès dans sa profondeur culturelle et civilisationnelle. Ainsi, la question ne se fonde pas sur un seul facteur, mais sur une multitude de facteurs extérieurs et intérieurs qui jouent ensemble dans la formation des différentes situations de la société musulmane.

LE ROLE DE LA FEMME DANS LE PROCESSUS DU DEVELOPPEMENT:

La femme est un organe actif dans la société. Cela lui permet d'agir pour jouer son rôle d'avant-garde représenté dans plusieurs tâches dont la diffusion, dans la vie sociale, des idées en rapport avec le développement; l'action ayant pour but de lancer des initiatives dans les endroits où elle peut mener son activité librement et œuvrer afin de convaincre l'homme qu'elle est un être humain capable de participer, à côté de l'homme, au processus du développement, sur tous les plans culturels, économiques et sociaux, et ce parce que ses capacités, quand elle sont investies efficacement, ne sont pas inférieures à celles de l'homme.

La question est que l'initiative est indispensable et la lutte contre les conceptions arriérées est inévitable dans la mesure où le développement ne peut avoir lieu qu'avec la suppression de la mentalité de l'arriération, car c'est le seul moyen qui pourrait nous aider à vaincre la réalité de l'arriération puisque Dieu…"ne change rien de ce qu'a un peuple avant qu'il ne change lui-même ce qu'il a" Coran, "ar-Ra’d" (le Tonnerre) XIII, 11.

Nous pensons que les éléments cultivés, conscients et qui possèdent un esprit civilisé doivent se mettre en action pour créer un climat favorable pour la diffusion, parmi les femmes, de la conscience islamique sur les plans spirituels, culturels et politiques. Cela est indispensable pour donner naissance à une génération de femmes possédant un crédit culturel et civilisationnel suffisant pour lancer un mouvement capable d'élever le niveau de conscience chez les autres femmes. Il peut aussi favoriser, à travers l'atmosphère générale, l'apparition d'une pensée féminine ouverte et non complexée vis-à-vis des vraies et authentiques ambitions islamiques en rapport avec la personnalité de la femme et son mouvement ainsi qu'avec le mouvement de l'Islam sur le plan de la réalité.

LA NECESSITE D'EDUQUER LA FEMME

Lorsqu'on se propose d'instruire la femme dès les débuts de son enfance, on doit porter l'intérêt sur son humanité. On doit la diriger de sorte à ce qu'elle vive pleinement les éléments de son humanité qui font d'elle un être humain responsable du mouvement de la vie qui l'entoure. On doit faire de sorte que la maternité soit une partie de ses responsabilités et non pas la totalité de ses responsabilités, exactement comme on le fait avec l'homme lorsqu'on agit pour faire développer les dimensions de son humanité à travers leurs rapports à la vie, où la paternité ne constitue qu'une partie de ses responsabilités et non pas la totalité de ses responsabilités. On doit ensuite faire de sorte que la femme ne sente pas que la féminité est une chose honteuse ou un point faible dans la vie. Nous devons faire en sorte qu'elle la considère comme une chose naturelle, exactement comme on le fait avec l'homme pour qu'il considère sa masculinité comme une chose naturelle. On peut, dans les deux cas, souligner le fait que ce sont des choses qui font partie de la constitution biologique de l’homme et que l’homme ne doit pas être complexé même s'il rencontre certaines difficultés dans ce domaine.

Il est aussi nécessaire, dans un tel contexte, d'éduquer la femme de sorte à ce qu'elle retrouve la vie conjugale tout en ayant la personnalité de l'épouse qui possède une pleine conscience du rôle de l'épouse dans sa propre vie et dans celle de l'autre. Il en est de même pour l'homme. Nous devons faire de sorte que la femme ne soit pas complexée vis-à-vis de la question de la maternité, qu'elle arrive à la considérer comme une vocation et non comme une lourde charge dont elle chercherait à se débarrasser pour acquérir la liberté absolue de s'adonner aux distractions à la manière de certaines mères qui se complexent de la maternité et l'abandonnent complètement, ou à la manière de certaines autres qui cherchent à échapper aux sacrifices de la maternité en se contentant d'avoir un seul enfant, non pour des raisons économiques ou pédagogiques valables, mais par simple amour du repos et pour ne pas se trouver en prise avec les responsabilités. Pour ces raisons, il est nécessaire que la femme sache que la maternité est une instance centrale dans sa personnalité et dans le mouvement de son sentiment humain. Elle doit aussi savoir que le mariage joue un grand rôle dans la construction de l'homme et dans l'enrichissement de sa personnalité et, au retour, l'homme doit savoir que le mariage est un mouvement dans la construction de la personnalité de la femme et dans le développement des éléments constitutifs de son humanité.

En résumé de cette idée, la méthode pédagogique dans l'éducation de la femme doit la considérer comme un être humain multidimensionnel qui agit dans plusieurs directions en rapport avec la question humaine. Aucune de ces dimensions ne doit dominer les autres, mais la femme doit être instruite pédagogiquement dans l'harmonie de ses rôles physiques et humains, sur les plans individuels et collectifs de la vie. Dans ce sens, les dimensions morales, sociales, spirituelles, sexuelles et légales6 de l'éducation doivent s'intégrer les une avec les autres pour que la femme puisse vivre sa propre personnalité humaine, tout en jouant naturellement son rôle multidimensionnel.

LA FEMME ET LE DROIT AU TRAVAIL

L'Islam considère la femme comme un être humain juridiquement indépendant tout comme c'est le cas pour l'homme. Personne n'a autorité sur elle dès lors qu'elle atteint l'âge adulte et prouve qu'elle est en bonne disposition mentale. Cela ne concerne pas ce qu'elle octroie, librement, et sur la base d'un contrat valable.

A partir de ces données, nous constatons que le mari n'a pas, sur sa femme, autorité de lui interdire d'exercer un travail considéré comme tel. Mais les choses prennent une allure différente si l'exercice du travail exige qu'elle sorte de la maison conjugale. Les points de vue divergent sur cette question. L'un de ces points de vue –et il est prédominant chez les jurisconsultes- n'autorise pas la femme à sortir de la maison conjugale sans la permission du mari. Un autre point de vue adopté par certains jurisconsultes –et auquel nous optons nous-mêmes- ne voit pas d'inconvénient à ce que la femme sorte de la maison conjugale sans l'autorisation du mari, sauf dans le cas où cela porterait atteinte à son droit conjugal en relation avec les rapports sexuels.

Toutefois, la femme qui voudrait garder son travail, avec l'accord de son mari, peut prévenir cette situation en posant, dans le contrat de mariage, des conditions lui permettant d'user de son droit d'exercer son travail pendant la vie conjugale, comme elle l'exerçait avant cette vie. Avec ces conditions le mari n'aura pas le droit de lui interdire l'exercice du travail.

Nous comprenons, à partir de ce qui précède, que le mari n'a pas le droit d'interdire à sa femme d'exercer tout travail licite (muhallal, halal) aux yeux de la Loi, sauf dans le cas où le mari n'autorise pas –d'une manière absolue ou d'une manière relative au besoin qu'il a d'avoir sa femme auprès de lui pour des raisons de nature sexuelle- sa femme de sortir de la maison conjugale pour l'exercice du travail.

Dans le cadre de cette même question, nous trouvons que le père n'est autorisé d’interdire l'accès au travail à sa fille adulte et en bonne disposition mentale que dans le cas où cette interdiction est motivée par la compassion qu'un père peut avoir envers son enfant. La fille et le garçon sont traités sans distinction dans ce genre d'affaires en rapport avec la compassion. L'attitude négative de leur part vis-à-vis de ce devoir paternel consistant à les prémunir des dangers est un comportement non excusable. La fille est donc indépendante, en toute chose, de son père et de toute autre personne, sauf pour ce qui est des affaires en rapport avec la compassion dont nous venons de parler.

Si certains jurisconsultes pensent que l'autorisation du père est indispensable pour le mariage de la fille vierge, ce n'est certainement pas en raison de l'appartenance d'une telle affaire à la sphère de l'autorité. Il s'agit seulement d'une qualification (hukm) prononcée dans le cadre d'un effort de réflexion (ijithad) qui peut être contredite par d'autres réflexions libres en rapport avec diverses considérations comme la nécessite de protéger la fille, peu renseignée dans ce domaine, contre les expériences difficiles.

Pour ce qui est du mari, il est naturel que le contrat de mariage limite la liberté de la femme et ce du fait qu'elle renonce elle-même à cette liberté, conformément à ce contrat. Il est naturel aussi que, lorsque nous disons que le père et le mari n'ont pas le droit d'interdire à la fille, ou à l'épouse, de travailler, sauf dans le cas de l'exception précitée, cette qualification ne soit valable que pour le travail légalement admis. Si la femme fait certains travaux contraires à la Loi, le père, le mari et toute autre personne auront le droit de les lui interdire. Mais une telle interdiction ne peut se faire au nom de l'autorité du père et du mari, mais au nom du principe: ordonner le bien et interdire le mal (al-amr bil ma'ruf wa an-nahiy 'an al munkar), qui peut être appliqué à l'homme comme à la femme en cas d'entorse faite à la loi morale.

L'ACTION MISSIONNAIRE DE LA FEMME

On trouve dans le Noble Coran beaucoup d'appels qui invitent l'homme à prendre ses responsabilités dans les différentes affaires de la vie et sur les plans du mouvement du message et de celui de la société ainsi que dans la lutte contre les difficultés et les défis qui pourraient se dresser devant les missionnaires pour les empêcher de mener à bien l'exécution de leurs tâches, ou pour menacer les libertés des gens et leurs causes vitales. En lançant ces appels, le Noble Coran n'établit aucune distinction entre l'homme et la femme. Lorsque nous lisons les interpellations coraniques qui commencent par des expressions comme: "ô gens!", ou comme: "ô vous les Croyants", nous comprenons qu'il s'agit d'appels adressés à tous les Croyants, sans distinction aucune entre l'homme et la femme.

Ces considérations peuvent être déduites, même si ce n'est que d'une manière très indirecte, des affirmations données par le Noble Coran lorsqu'il évoque la récompense qu'obtiendront de la part de Dieu ceux et celles qui suivent la voie de bonnes œuvres. En effet, plus d'un verset insiste sur l'usage de deux termes de "mâle" et de "femelle", ce qui peut suggérer que lorsque ce double usage n'est pas en vigueur, tout ce qui est qualifié de "bonnes œuvres" est l'œuvre de la femme tout comme il est l'œuvre de l'homme. Dieu récompense donc la femme tout comme Il le fait pour l'homme et cela nous permet de dire que l'Islam considère les choses générales dans leur communauté à l'homme et à la femme, en fonction des capacités et des efforts de l'une et de l'autre partie, sauf dans les cas où le texte prononce des qualifications particulières. Parmi ce genre de qualifications, on peut citer la lutte sacrée (jihad) qui, tout en étant interdite pour la femme, n'est pas considérée comme une activité absolument illicite (haram).

On peut même trouver dans les actes du prophète (Sira) des épisodes où la femme joue un rôle effectif dans le jihad. Elle se chargeait des tâches de la soignante, de l'infirmière et de celle qui distribue l'eau aux soldats assoiffés, parmi tant d'autres affaires en rapport avec les besoins de la lutte et des combattants avant, pendant et après le combat. Nous considérons donc que la responsabilité est générale sauf dans les cas caractérisés et spécifiés par l'Islam. Parmi ces cas, on peut citer les charges dont certaines sont attribuées, par la Loi, aux seuls hommes, comme les affaires juridiques et de gouvernement parmi d'autres. Cela peut être déduit de la parole divine suivante:

"Les Croyants et les Croyantes ont de l'autorité les uns sur les autres. Ils ordonnent le bien et déconseillent le mal"Coran, "at-tawba" (le Repentir), IX 71.

"Ordonner le bien et déconseiller le mal" est donc la responsabilité des hommes et des femmes à la fois. Il est vrai que nous pouvons rencontrer des affirmations selon lesquelles le rôle fondamental de la femme consisterait dans l'éducation des enfants, dans le service du mari et dans l'administration de la vie conjugale. Mais cela ne signifie pas que ces tâches constituent son unique rôle car, en revanche, nous remarquons que Dieu a chargé l'homme de travailler pour assurer la nourriture à sa famille sans que cela ne veuille dire que ce travail est son unique rôle, tout comme les fonctions de maîtresse de maison qui ne peuvent constituer l'unique rôle de la femme. Celle-ci possède un vaste champ d'action où elle peut avoir des responsabilités en fonction de son niveau d'instruction et de ses capacités dans le domaine de l'action sociale. Elle peut faire, dans ce domaine, de grandes réalisations et exploits comparables à ceux que l'homme est capable de faire en dehors de ses responsabilités familiales.

L'humanité de l'homme, qu'il soit mâle ou femelle, peut englober toutes les dimensions de la vie et l'Islam ne supprime pas l'humanité de la femme et ne l'écarte pas de ses responsabilités.

Et lorsque nous nous penchons, de notre côté et du point de vue légale particulier, sur la question de la femme, nous trouvons que lorsqu'une femme sait qu'elle est capable de conduire vers la vérité tout un groupe d'autres femmes, elle doit le faire dans les limites de ses possibilités naturelles et réalistes. Si elle peut élargir ses possibilités sans toutefois forcer les conditions de sa vie à supporter un tel élargissement, elle doit le faire sans hésitation. Il se peut aussi qu'il y ait intérêt à ce que le rôle culturel soit l'une de ses responsabilités particulières car, dans certaines situations, l'intérêt général est prioritaire par rapport à l'intérêt particulier. De la sorte, nous voyons que la femme peut faire face à toutes les situations pratiques en liaison avec la mission et la vie et en relation avec les affaires de la société en général, et ce dans les limites de ses capacités et dans le cadre des activités obligatoires qu'elle doit exercer ainsi que dans celui des activités non obligatoires dont l'exercice est souhaitable.

Nous devons donc étudier la question à travers une vue largement ouverte et inspirée du rôle que l'homme doit jouer dans la vie, conformément à la volonté divine exigeant que chacun participe, en vertu du principe du vicariat général (khilafat 'amma), à la construction de la vie selon ses capacités. Chaque homme a donc le devoir de déployer ses capacités dans le domaine où ces capacités sont les plus fructueuses.

L'idée qui réduit le rôle de la femme à un domaine particulier, ou réduit le rôle de l'homme à un domaine particulier n'est ni pratique ni saine.

Les gens ont l'habitude de donner à chacun un rôle qui correspond à sa spécialité. Nous remarquons que, dans certaines sociétés islamiques, on réduit le rôle du jurisconsulte (faqih) à sa seule fonction de jurisconsulte. Ceux qui adoptent cette attitude ne veulent pas, conformément aux vues selon lesquelles la religion ne doit pas intervenir dans la politique, que la femme intervienne dans les activités sociales et politiques.

Ceux-là peuvent, dans la même logique, reprocher son intervention dans les affaires extérieures à sa spécialité, à l'architecte qui a des capacités lui permettant de répondre aux différentes exigences de sa vie. Nous pensons que chaque homme possède des capacités diverses et dynamiques qu'il doit, même obligatoirement, mettre, dans les limites du possible, au service de la vie de tous les gens. Il est, peut-être, naturel qu'il en soit de même pour la femme qui sait administrer son temps et l'investir efficacement… N'est-ce pas que beaucoup d'activités parmi celles qui consomment notre vie peuvent être réduites ou même supprimées, partiellement ou même entièrement ?