La Femme en l'Islam
 
ETRE JUSTE AVEC SES FEMMES

Une autre question se pose dans ce domine. C'est celle d'être juste avec ses femmes.

Le noble Coran dit: "...Si vous craignez de ne pas être équitables, prenez une seule femme, …". Coran, "An-Nisa’" (les Femmes), IV 3.

Toute relation humaine doit être fondée sur la justice, que cette relation soit conjugale ou autre, car Dieu veut que la vie s'engage dans la voie de la justice. Pour cette raison, la polygamie est conditionnée par la justice que l'homme doit respecter au niveau de ses responsabilités et engagements envers ses femmes. Il ne peut pas les négliger au niveau de leurs droits et au niveau de ses devoirs envers elles. Ce qui est, peut-être, plus proche de la ligne de la piété est que l'homme étudie ses possibilités avant d'entrer dans une telle expérience. Alors, il peut avancer seulement s'il trouve en lui-même la capacité de remplir ses engagements légaux. Mais si, au contraire, il trouve que la question n'est pas assez claire et qu'il risque de ne pas pouvoir être juste en raison de ses conditions générales et personnelles, il lui est préférable de se contenter d'une seule femme, car cela est plus proche de la piété et correspond mieux à ses possibilités matérielles. Il ne doit donc pas se charger d'un fardeau qu'il ne peut pas supporter.

LA JUSTICE EST-ELLE UNE CONDITION POUR LA VALIDITE DE LA POLYGAMIE?

Une autre question peut se poser : la justice, ou les possibilités de la justice, sont-elles une condition nécessaire pour la validité de la relation polygame, de sorte que le contrat avec plus d'une seule femme n'est pas valide si l'homme craint de ne pas pouvoir être juste, ou bien la justice n'est-elle pas une condition de la validité du contrat, mais seulement une condition de la fidélité à la ligne de la responsabilité légale, sans que cela ne concerne l'aspect juridique du contrat?

Nous disons, pour répondre, que la question peut paraître, au niveau de l'apparence, comme si la justice est une condition juridique pour la validité et l'exécution du contrat… dans la mesure où Dieu n'a pas autorisé la polygamie dans les conditions de la crainte, de la part de l'homme, de ne pas être juste. Mais les savants ont admis la validité du contrat dans toutes les situations et n'ont pas opter pour l'annulation du contrat au cas où l'on se heurte à l'incapacité du mari de verser la pension qui est la condition de la justice. Il se peut que la raison soit dans le fait que la suite du verset "cela vaut mieux que de se trouver avec une famille nombreuse", signifie que la condition a la valeur d'un conseil ou d'une instruction et non pas celle de l'obligation légale et juridique… car se marier avec plus d'une seule femme tout en craignant de ne pas pouvoir être juste expose l'homme à des problèmes légaux dans sa relation et le met dans une situation instable du point de vue économique… et Dieu connaît mieux la vérité de ses institutions.

COMMENT TROUVER L'EQUILIBRE ENTRE CE VERSET ET CELUI QUI NIE LA POSSIBILITE DE LA JUSTICE?

Une autre question peut se poser : la comparaison de ce verset avec le verset qui dit: "Vous ne pouvez pas être justes à l'égard de chacune de vos femmes, même si vous en avez le désir. Ne soyez donc pas trop partiaux et ne laissez pas l'une d'entre elles comme en suspens". Coran, an-Nisa' (Les Femmes) IV 129, nous conduit au résultat suivant: Dieu interdit la polygamie car Il l'a conditionnée à la justice que le second verset considère comme impossible à réaliser, même au cas où l'on tient ardemment à la respecter, ce qui donne à penser que la Législation est entravée d'une manière qui empêche son application en lui donnant l'aspect d'une solution habile qui annule l'autorisation de la polygamie d'une façon indirecte.

On peut dire à ce propos:

Premièrement: nous avons déjà signalé que la condition intervient dans le sens de la prévention liée à la situation légale et économique de l'homme et non pas dans le sens de l'obligation juridique.

Deuxièmement: la justice ayant le statut de condition dans le premier verset est la justice dans le versement de la pension, alors que la justice dont parle le seconde verset est la justice en matière d'amour et du penchant sentimental. Cela se comprend de la parole divine disant: Ne soyez donc pas trop partiaux et ne laissez pas l'une d'entre elles comme en suspens", Coran, an-Nisa' (les Femmes) IV 129, qui représente l'ordre divin interdisant la déviation, au niveau affectif, au point avec lequel l'homme arrive à abandonner sa femme et à la laisser "suspendue", entre le mariage et le divorce. On peut même dire que cette manière de souligner l'envergure que la relation doit représenter un aveu de sa légitimité. La distinction des deux sens de la "justice" dans les deux versets provient des Imams de la Famille du Prophète (que la paix soit sur eux).

REFLEXIONS SUR "REGARDS ISLAMIQUES SUR LA FEMME"

Dans son dynamisme, la vie dépasse beaucoup de valeurs sociales muables. Et face à ce mouvement, toujours nouveau, de la vie, certains peuvent penser qu'il est nécessaire de trouver de nouvelles valeurs immuables. Mais ce qui est vraiment nécessaire est de suivre ce mouvement en s'ouvrant à lui avec les valeurs immuables existantes.

Sur le plan du mouvement de la vie considérée dans sa dimension sociale et, en particulier, à travers le rapport homme/femme, le livre de l'ayatollah as-Sayyid Muhammad Hussein Fadlullah "Regards islamiques sur la femme" intervient comme une goutte de lumière qui se déplace sur les horizons de la vie islamique humaine pour révéler la vérité dont l'image se voile derrière les lignes rapides et enchevêtrées du mouvement. Il intervient pour manifester la logique islamique sans soumission aucune au chantage de la modernité: "Nous n'adoptons pas la logique syncrétique qui part du désir de se réconcilier avec l'idée voulant moderniser l'Islam par son assujettissement aux changements occasionnels issus de la domination d'une pensée bien déterminée..".

Le livre part du fait que l'homme musulman, qu'il soit mâle ou femelle, doit agir suivant la ligne missionnaire. Cela ne peut avoir lieu qu'à travers la mobilisation de toutes ses énergies humaines même aux dépens de sa masculinité ou de sa féminité, sans toutefois supprimer ces deux instances. C'est à partir de cette constante qu'il est possible de déterminer les rôles respectifs de l'homme et de la femme missionnaires.

Mais parler de la femme pose le problème de vieilles sensibilités historiques en raison de la capacité qu'a la femme d'être plus séductrice que l'homme et en raison aussi de l'injustice qui, dans les pratiques dominantes, a consacré la faiblesse de la femme en face de la force de l'homme.

Il est donc nécessaire de mettre les points sur les "i" pour que le sens se manifeste clair et authentique, sans omissions ni ajouts et pour ainsi éviter l'extrémisme de la négligence et de l'abus à la fois, extrémisme qui, au lieu d'atteindre la vérité, tombe dans deux erreurs….

Nous ne devons donc pas reprendre à notre compte une partie de la pratique sociale fondée sur un mauvais héritage qui frustre la femme de ses droits. "Beaucoup de membres de la nouvelle génération reproduisent les comportements de leurs pères dont ils récusent l'arriération et se laissent paradoxalement influencer par eux.

De la sorte, la vie cesse d'être le fruit d'une relation bien étudiée par les deux conjoints et devient une relation qui subit le désordre et l'influence des résidus, des coutumes et des situations ambiantes". Nous ne devons non plus reprendre à notre compte l'autre partie qui appelle à la liberté de la femme sans, pour autant, respecter les règles permettant à la femme de ne pas s'écarter de la ligne en tant que personne ayant une mission à servir. "Il est donc nécessaire de recourir à des règles pratiques qui font de la liberté un mouvement réaliste allant dans le sens de l'intérêt suprême de l'homme, au niveau de l'individu, ce qui protège sa vie et y assure l'équilibre dans le mouvement de l'esprit et du corps et, au niveau du groupe, dans le terrain ouvert aux changements des situations sociales, dans le domaine des larges transformations ainsi que dans celui des transformations restreints". As-Sayyid Fadlullah appelle à établir une situation de ce genre au niveau du mouvement de la femme, de son travail et de ses contacts avec les hommes dans la vie publique, ou au niveau de ses choix, de son mariage et de sa maternité dans la vie privée. Cela permet à l'homme et à la femme de se compléter sous le grand titre de l'"homme", sans que l'un d'eux ne supprime la personnalité ou le rôle de l'autre.

Il est indiscutablement établi que l'Islam n'est pas une religion cléricale. Il est la dernière et la plus intégrale des Lois révélées. Elle régit les diverses orientations des relations de l'homme et leur assure les moyens du progrès et de la sublimation. Son intérêt ne se réduit pas à la dimension morale de l'homme, puisqu'elle active la dimension instinctive dans le cadre d'un noble projet sacré. L'Islam n'interdit pas aux humains de satisfaire leurs besoins charnels, mais il soumet cette satisfaction aux exigences du progrès. Ainsi, l'Islam interdit l'adultère, mais il permet ou, plutôt, sacralise le mariage. Il interdit l'usure, mais donne ses bénédictions aux échanges et au commerce. Il interdit le vol, mais protège la propriété légale et ainsi de suite. En outre, il propose des législations préventives dignes de nous prémunir contre toute situation pouvant conduire à la déviation.

A partir de ces fondements légaux, le livre se penche sur maintes affaires en rapport avec la femme et avec la société en général, comme le travail, l'amitié et l'amour. Le travail est un devoir pour l'homme tout comme il l'est pour la femme, puisque l'homme et la femme ont un rôle commun au service du message. "L'Islam n'a pas supprimé l'humanité de la femme et n'a pas, non plus, dispensé la femme de ses responsabilités". Mais ces responsabilités vont de pair avec le respect des règles de la conduite islamique: par exemple, l'homme n'a pas le droit d'interdire à sa femme d'exercer un travail légal sauf pour ce qui est des implications de ce travail comme la sortie de la femme de la maison conjugale, sortie qui doit être autorisée par le mari, d'une manière absolue ou de la manière ne portant pas préjudice à son droit. Cela est en relation avec les considérations de la responsabilité ne touchant que les affaires en rapport avec la maison conjugale".

En ce qui concerne la question de la promiscuité, "on peut avoir besoin d'un climat commun dans l'action sociale, dans l'action islamique ou dans l'action culturelle. Ces climats doivent être protégés par beaucoup de conditions et règles pour ainsi prévenir toute déviation". "La société des Croyants doit étudier ces affaires de manière rigoureuse afin de ne pas tomber dans l'expérience difficile qui pourrait porter atteinte aux deux parties ou, même, à la totalité de la société des Croyants".

Pour ce qui est de la question de l'amour, "l'Islam n'interdit pas à l'homme d'être attiré par la femme ni n'empêche la femme d'être attirée par l'homme. La seule condition est que cette attirance ait lieu dans le respect de la ligne légale", c'est-à-dire celle qui conduit à une relation légale.

As-Sayyid Fadlullah s'est aussi penché sur la réalité d'arriération dont souffre la femme. Il signale que la question du progrès est en rapport avec des considérations culturelles et que l'arriération de notre société, celle des hommes et des femmes à la fois, est le produit d'une pratique erronée qui a fait abstraction de "l'originalisation de la personnalité islamique dans la vie individuelle et collective". Quant à l'arriération de la femme, elle a été consacrée par les pratiques héritées et la femme "doit agir, à travers un long processus de lutte pour convaincre l'homme qu'elle est, elle aussi, un être humain qu'il est dans son pouvoir de mener, comme l'homme, le processus du développement sur tous les plans culturels, économiques ou sociaux".

Le quotidien libananis al-'Ahd

2 octobre 1992

LA FEMME CORANIQUE EST PAREILLE A` L'HOMME ET LA REALITE NUIT AU TEXTE

La question de la femme en Islam pose de nombreuses questions embarrassantes qui n'ont pas encore reçu de réponses claires et précises. Toutefois, cette question occupe une grande place dans le débat et la réflexion à l'intérieur et à l'extérieur de la société islamique.

Pour sa part, as-Sayyid Muhammad Hussein Fadlullah traite la question de la femme et propose un point de vue intégral dans son livre récent "Regards islamiques sur la femme". Il nous a accordé cette interview sur les principaux axes du livre:

Question: la question de la femme paraît faire l'objet d'une confusion permanente dans la pensée et la réalité islamiques. Quelles en sont les raisons?

Réponse: la question de la femme est complexe dans le mouvement de la réalité qui est négative vis-à-vis d'elle dans la mesure où elle part de considérations floues qui essayent de poser des concepts pour la réalité ou de tirer de cette réalité des suggestions permettant de mettre l'interprétation du texte au service de la réalité, au lieu de faire de la réalité un mouvement vers les textes.

Il est naturel que toute pensée qui apparaît dans toute société soit incapable de transformer la réalité, même si cette pensée s'élance dans l'opération de la législation quotidienne pour l'homme. Le changement peut avoir besoin de beaucoup de temps et celui-ci peut assécher beaucoup de solutions parmi celles emmagasinées dans les profondeurs de l'âme qui renferme l'historie dans sa totalité. D'où, il se peut que nous trouvions que la nature de la réalité, dans ses résidus et dans son arriération, s'impose aux concepts pour les interpréter dans le sens de ses intérêts. Ainsi, nous remarquons que le texte islamique a accompagné la réalité anté-islamique de sorte que le mouvement nouveau qui a pris naissance dans cette réalité n'a pas pu changer le concept d'une manière radicale. Toutefois, ce mouvement a essayé d'élargir les horizons de cette réalité ou de lui injecter certains concepts nouveaux. Pour cette raison, la question de la femme s'est posée comme une réalité qui se meut dans la société islamique beaucoup plus que comme un concept adressé à la société islamique. Je pense que la société islamique a hérité la question de la réalité qu'elle a combinée avec certains points qu'elle a, encore une fois, distribués à certains des positions de la femme au foyer et dans la société d'une manière qui donne à la question une forme islamique.

Nous savons que l'Islam a fait de la femme un être indépendant en plein sens du terme. La femme croit, pense et en prend la responsabilité dans ce bas-monde et dans la vie future.

Et lorsqu'elle vit sous une autorité, n'importe quelle autorité, la femme prend la responsabilité de son engagement, ou de son non engagement au service de cette autorité. Pour cette raison, nous remarquons que le Coran parle du serment d'allégeance prêté par les hommes. Dans les versets coraniques, la femme est aussi un être humain qui se révolte contre la réalité qu'elle refuse et agit avec violence pour se débarrasser de cette réalité. C'est ce que le Coran nous a relaté en parlant des femmes croyantes et E'migrantes qui ont fui leurs maris ou leurs pères pour rejoindre le Prophète et sauvegarder leur foi. Leur fuite pouvait être l'expression d'une situation personnelle ou d'une révolte contre la réalité régie par le polythéisme et le paganisme. C'est pour cette raison que le Coran dit: "Si tu sais qu'elles sont croyantes, ne les rend donc pas aux mécréants". Cela veut dire que, dans la conception islamique, La femme est un être humain qui est responsable de son action et qui s'ouvre sur la réalité de l'autorité sociale pour prendre une attitude positive ou négative dans ce domaine…

Question: (Si vous permettez). Le manque de justice dans la société islamique et qui ne va pas dans le sens de l'intérêt de la femme, est-il issu de l'incapacité de comprendre le texte ou bien le texte ne peut pas être mis en application?

Réponse: La question peut ne pas être celle du peu de réalisme du texte. Mais la question a deux aspects. Le premier est que la réalité peut rendre le texte brumeux, surtout avec la langue arabe où les mots peuvent prendre des sens différents, ce qui augmente les possibilités de l'interprétation dans l'intérêt de la réalité. Le second est que le texte ne peut pas se protéger de la réalité car, lorsque le texte se transforme en réalité, à travers les conditions objectives qui entourent le milieu ambiant du texte, que ce milieu soit celui de l'homme, ou l'autre milieu à l'intérieur duquel l'homme se met en action… pour cette raison, je pense que la question se pose, d'un côté, à travers la profonde incompréhension du texte à partir de l'influence de ceux qui provoquent la position des concepts dans la réalité et, d'un autre côté, à travers la pression de la réalité sur le mouvement du texte allant dans le sens de sa transformation en application pratique dans la vie de l'homme.

Question: certains pourraient dire (qu'à son époque), le texte qui a traité la question de la femme ne peut pas s'appliquer à la question de la femme de notre époque.

Réponse: beaucoup de textes parmi ceux qui s'adressent à la question humaine dans le processus de l'évolution et du changement ne peuvent pas se réaliser à leur époque originelle, et ce pour une simple raison: les opérations d'évolution et de changement interviennent pour effacer des montagnes d'idées différentes ou contraires. Cela signifie que la sclérose qui frappe le sujet, avec tout ce qu'il a comme résidus et dispositions, ne peut pas être effacée au moyen d'un prêche, d'un conseil ou d'une analyse intellectuelle. Comme ils ont besoin de temps pour s'imposer au niveau de la réalité universelle, les éléments naturels ont également besoin d'un temps encore plus long pour s'imposer à la réalité intellectuelle de l'homme. Pour cette raison, nous pensons que, à toute époque, le rôle du texte dans le changement est de créer une atmosphère d'interrogation et de discussion, d'ouvrir la voie à une petite expérience par ci, à une autre par là, et de lancer une sorte de pensée opposée qui pose la question sur le terrain du conflit, ce qui enfin, l'aide à se transformer en un mouvement nouveau et enraciné dans la réalité à condition que les conditions objectives soient prêtes à cet enracinement.

Mais il se peut que, pendant que certains textes agissent dans le sens du processus du changement, dans le sens du heurt avec les barrières de l'arriération qui s'imposent à la réalité, ces barrières empêchent le texte de se transformer en pratique. Ce phénomène ne se réduit pas à la pensée religieuse qui cherche à faire évoluer le concept humain dans le sens de son humanité: nous pensons que tous les autres concepts issus, non pas d'un terrain religieux, mais d'un terrain philosophique, ont pris naissance de manière réaliste et à travers les éléments de la réalité, mais les conditions ambiantes les ont toujours empêchés d'atteindre leurs objectifs dans ce domaine.

Question: Votre Excellence! E^tes-vous convaincu que la femme est égale à l'homme?

Réponse: dans la question humaine, c'est-à-dire en ce que la femme est pensée, sentiment, affectivité, mouvement et responsabilité, je ne pense pas qu'elle soit différente de l'homme. Je ne parle pas ici d'une manière "subjective" fondée sur une réflexion subjective sur cette question, mais je pense, par exemple, que je parle à partir du concept islamique. Nous remarquons qu'en parlant des aspects positifs et négatifs concernant la question de la responsabilité, le Noble Coran n'a pas mis de frontières entre l'homme et la femme. Nous considérons donc que c'est la question de la responsabilité qui nous donne le concept au sujet de la question de l'égalité de l'homme et de la femme ou de leur distinction.

Question: parlez-vous des responsabilités des droits et des devoirs ou des devoirs seulement?

Réponse: il s'agit de la responsabilité de l'être humain dans son action, abstraction fait de sa responsabilité envers l'autre. C'est-à-dire lorsque nous agissons comme des personnes responsables, sans aucune faille dans la responsabilité et lorsque la responsabilité de l'un, dans sa propre situation, est en accord avec la responsabilité de l'autre, dans sa propre situation.

Le fait est que le Coran n'évoque pas de différence entre l'homme et la femme quant à l'intégration de la valeur par chacun d'eux. La valeur est la même dans la conscience de l'un comme dans la conscience de l'autre. Cela prouve que la question de la conscience en relation avec les possibilités intellectuelles et spirituelles est la même chez l'homme et la femme. De plus, nous remarquons, en ce qui touche les conséquences de la responsabilité que:

"Dieu ne laisse pas sans récompense l'œuvre de quiconque d'entre vous, qu'il soit mâle ou femelle" et "Donnez cent coups de fouet à l'homme et à la femme qui commettent l'adultère". Coran, an-Nour (la Lumière), XXIV 2.

Nous remarquons ainsi que la question de l'humanité de l'homme et de la femme dans leur conscience de la responsabilité qui est l'expression vivante de leur égalité est la même. Et il existe des zones où l'homme se distingue de la femme dans le mouvement de la réalité et où la femme se distingue de l'homme dans la nature de ses caractéristiques existentielles. Il existe un texte qui dit au sujet de la vie conjugale que: "Les hommes sont responsables des femmes", Coran, "an-Nisa'" (les Femmes), IV, 34.

Et la responsabilité n'est pas ici la question de distinction en matière administrative. Les hommes sont responsables des femmes en ce que Dieu a privilégié les uns par rapport aux autres à travers la nature des possibilités qui donnent à l'homme plus de capacités à se charger des responsabilités de la vie conjugale du fait qu'il possède plus de liberté et, peut-être, plus de ténacité propre.

Question: Qui lui a donné cette liberté?

Réponse: je vais continuer. … Et à travers le fait de se charger des responsabilités de la vie conjugale pour ce qui est des dépenses. Dans ce domaine, on peut se poser la question de savoir qui a donné cette liberté à l'homme? Nous disons, pour répondre, que la nature de la liberté est fondée sur le rôle naturel propre à l'homme. Pourquoi? En entrant dans la vie conjugale, nous trouvons la paternité qui, dans son sens naturel, ne coûte rien à l'homme et ne l'occupe point. Quant à la maternité de la femme, elle entrave sa liberté car elle change le cours de sa vie physique à travers les conséquences négatives de la grossesse. D'autre part, la nature de la maternité, dans son sens en tant que telle et abstraction faite de tout ce qui peut servir comme remplacement de la maternité, implique l'allaitement et les soins nécessaires à l'enfant qui prennent beaucoup du temps de la femme et la privent d'une grande part de sa liberté. Tout ce rôle maternel de la femme la prive donc de sa liberté naturelle, alors que l'homme ne perd rien avec son rôle paternel.

(…) Je pense que la civilisation moderne qui a ouvert devant la femme les portes de la vie qu'elle a ouvertes devant l'homme n'a pas pu résoudre la problème de la famille. Elle a plutôt supprimé la famille. Pour cette raison, et lorsque nous nous mettons à réfléchir au sujet de ces questions, nous ne devons pas nous laisser absorber par le "drame" de la femme et la considérer comme une victime de la situation que lui imposent les affaires du foyer. Nous avons privé la femme de sa vie familiale et du mouvement de la maternité dans son sens proprement humain, et ce dans la mesure où elle est devenue une mère qui produit l'enfant qui n'est plus le sien mais celui de la crèche...

En donnant à la femme la liberté de ne pas travailler à la maison contre son gré et en lui octroyant le droit de toucher le prix du lait qu'elle donne à son propre enfant, l'Islam veut que la femme agisse au service de sa maison et de son mari à travers son entière liberté. Et puis, comment prétendre que le travail de la maison est contraire à l'humanité de la femme? C'est un travail comme les autres. Et nous pensons que le rôle de la femme en tant qu'épouse et mère n'annule pas son rôle créateur. Elle peut, dans l'accord avec son mari, et à l'écart de la mentalité bédouine, participer à la création dans maints domaines sociaux et politiques etc...

Question: comment cela lui serait possible alors que la promiscuité lui est interdite comme vous le dites dans votre livre?

Réponse: il y a une différence entre la promiscuité qui nuit à la moralité de la femme et celle liée aux règles sociales qui empêchent la femme et l'homme de sombrer dans la déviation.

Question: pourquoi vous fixez, à priori, les conséquences de la promiscuité?

Réponse: il n'en est pas ainsi. La question est fondée sur les expériences sociales. Car la question de la masculinité vit dans la mentalité de l'homme et détermine son attitude envers la femme. De son côté, la femme tend, du fait de sa féminité, à attirer l'homme, sinon comment expliquer la tendance qu'a la femme à montrer sa beauté, ou à se parer. Il ne s'agit pas d'une simple question historique en rapport avec l'éducation de la femme. C'est plutôt une question sexuelle que la femme essaye d'exprimer de cette manière qui l'ouvre à la sexualité de l'homme à travers la préparation des atmosphères dans le but de l'attirer. Toute la littérature de l'histoire humaine en est le témoin. Tous les sentiments exprimés par les écrivains ou par les gens, au sujet de la femme et de l'homme ne disent autre chose que le sexe que nous maquillons avec des mots comme l'amour et l'affectivité. En planifiant pour la construction de la réalité, l'Islam part de la réalité elle-même. Et en voulant que la vie sexuelle soit soumise à des règles bien déterminées, à partir de ses visions morales, l'Islam a essayé de réconcilier la ligne morale et l'application pratique.

Pensons-nous, à propos de la question morale, que la sexualité est sans rapport à l'éthique? La sexualité est-elle l'un des besoins quelconques de l'homme comme la nourriture et la boisson et qui ne doit être frappée d'aucun tabou? Ou bien la sexualité est un besoin qui doit être soumis à des règles morales bien déterminées et nécessaires pour que la société puisse vivre la paix et l'équilibre dans ses affaires particulières et générales?

En disant que la sexualité est un besoin personnel et que chaque individu a l'entière liberté de l'exercer sans tabous, les questions de l'interdiction de la promiscuité et de l'adultère deviennent insignifiantes. Mais en fixant des règles morales, la question prend une dimension différente et alors, il est naturel que la législation se mette au service de ces règles.

L'Islam a essayé de fixer des règles pour la relation entre l'homme et la femme qui l'empêcheraient d'être prisonnière de la mentalité masculine de l'homme qui peut bouleverser les dispositions psychiques et pratiques de la femme. En même temps, l'Islam a voulu que la promiscuité ait lieu dans le cadre de règles bien déterminées qui permettraient à la femme de vivre son humanité, sous son aspect pratique, sans porter atteinte à sa moralité, sous son aspect comportemental.

La différence entre l'Islam et les autres courants est que l'Islam considère la question de l'homme sous la totalité de ses aspects, alors que les autres courants cherchent à s'attacher à une seule dimension de l'homme. On s'attarde trop devant la dimension relative à liberté de la femme sans prêter attention à la question de la famille. Il en est de même pour ce qui est de la liberté de l'homme dans ce domaine. Nous pensons, à ce propos, que l'homme n'est pas une créature unidimensionnelle.

Question: peut-on comprendre ici que la liberté est en contradiction avec les fondements sociaux?

Réponse: il n'en est pas ainsi. Nous disons que nous avons besoin d'un certain genre de règles sociales. Pour cette raison, nous devons, lorsque nous voulons agir avec liberté, la faire dans l'équilibre de l'individuel et du collectif. Le problème qu'on discute maintenant est l'individualisme où beaucoup de personnes se laissent perdre en imaginant qu'il s'agit de l'individu qu'il faut sauver d'une situation dramatique. Nous devons penser au drame de l'individu et de la société. Que perd la société lorsque la femme travaille et qu'est ce qu'elle gagne? Que perd la femme sous les pressions que lui impose la société et qu'est ce qu'elle gagne? Nous posons ces questions car nous savons que la question de la liberté telle qu'elle est pensée par certains poètes ne peut jamais exister dans la réalité de ce poète au cas où il vit sa liberté. C'est qu'il la vit à travers son existence propre. Mais dès qu'il se trouve en confrontation avec l'autre, il lui impose beaucoup d'entraves sans lesquelles il ne pourrait jamais exercer sa propre liberté.

Question: vous avez dit dans votre livre que l'homme a le droit de frapper sa femme seulement si elle refuse le commerce sexuel avec lui. J'ai trouvé cela révoltant…

Réponse: lorsqu'un homme se marie, il est normal que son mariage joue, pour lui, le rôle de protecteur contre les relations illégales et contre la satisfaction de son désir dans un autre domaine… Que faire alors si sa femme se révolte, non pas pour une raison légale, mais seulement parce qu'elle n'en veut pas? Au cas où l'homme est calme et tranquille, il est préférable qu'il soit tolérant avec sa femme. Mais que pourrait-il faire, au cas où il a un besoin pressant de se satisfaire sexuellement au point que cela pourrait le conduire à la déviation et à la recherche d'un autre moyen de satisfaction? Doit-il, par exemple, déposer une plainte auprès de la justice? Oui, ça fait rire!

La solution donnée, à cette question, par le Coran est que l'homme essaye de parler à sa femme de sorte à la convaincre. Mais si elle se révolte, la réponse est "Abandonnez leurs lits", c'est-à-dire, ayez recours à la correction… Si cela ne résout pas le problème il est possible de la frapper légèrement, sans la faire saigner et sans "lui briser un os". Cela veut dire que lorsque les choses arrivent à ce niveau de blocage qui immobilise la vie conjugale, l'homme peut exercer de légères pressions sur sa femme. On peut se demander pourquoi l'homme peut user de ce droit. La réponse est que cela est établi par le contrat de mariage et c'est pour cette raison que l'Islam ne donne à l'homme aucun droit, auprès de sa femme, en dehors de ce droit sexuel.

Question: ce que vous venez de dire signifie-t-il que le contrat de mariage est essentiellement fondé sur le côté sexuel?

Réponse: il y a une différence entre le droit qu'on a à la sexualité et réduire toute la question à la sexualité. Le Coran présente le mariage en tant que relation humaine. Mais l'Islam n'est pas idéaliste pour parler des relations humaines sans prendre les désirs en considération. Nous ne nions pas que la sexualité a une place fondamentale dans la relation conjugale.

Question: et la femme a-t-elle un droit sexuel auprès de l'homme?

Réponse: elle en a le droit dans la mesure où l'Islam distingue la question de l'excitabilité réelle de la femme (qui est une question complexe) et celle de l'excitabilité de l'homme. La femme a un droit sexuel auprès de l'homme, mais il n'est pas égal à celui de l'homme auprès d'elle et cela s'explique par l'excitabilité différente des deux parties.

Le quotidien libanais as-Safir

25/12/1992

LA LIBERATION DE LA FEMME-ETRE HUMAIN; L'ISLAM VEUT QU'ELLE SOIT NOBLE

Comme les interrogations ne manquent pas au sujet de l'attitude de l'Islam vis-à-vis de la femme, le savant as-Sayyid Muhammad Hussein Fadlullah a publié son livre "Regards islamiques sur la femme" qui comprend un ensemble diversifié de discours en liaison avec la réalité féminine et qui sont donnés d'un point de vue jurisprudentiel dont l'auteur cherche à ce qu'il soit Franc. Dans ce livre, le Savant paraît révolutionnaire, libérateur, révolté contre l'application tordue des traditions et opposé au ritualisme religieux. Il revendique le retour à la dimension islamique humaine loin des nombreuses opinions qui ont porté atteinte à la cause.

Le savant Fadlullah pose sa question la plus générale:

"Le moyen de découvrir la personnalité de la femme, sa raison et sa foi est-il représenté par les textes religieux ou par l'étude des éléments propres de la personnalité de la femme à travers le mouvement de son existence dans la réalité vivante?"

Interrogation charnière dans le problème que l'auteur se propose de confronter car l'approche contemplative de la réalité humaine de la femme est normalement parallèle à celle de la réalité humaine de l'homme. Dans cette visée, l'auteur se penche sur la nature des conditions influentes, y compris les textes, et à certains indices qui empêchent de comprendre le texte dans son sens apparent pour lui donner un sens nouveau. Parfois, l'auteur signale des failles dans des Traditions Prophétiques qui contredisent les fondements immuables de la doctrine.

Là, une question se pose: les fondements de la doctrine sont-ils immuables et insensibles aux changements?

L'auteur dit, quelque part dans son livre, que "l'Islam porte en lui toutes les charges qui font de lui un mouvement historique, c'est-à-dire un mouvement de création et un mouvement de pénétration au point que les choses arrivent à se poser en problèmes de pensée. (…) L'Islam n'est pas simplement une doctrine suprasensible et il n'est pas non plus un simple phénomène de dévotion". En d'autres termes, le mot "mouvement" signifie l'aptitude au changement, c'est-à-dire, à l'abandon de l'état figé. Dire que l'Islam n'est pas "un simple phénomène de dévotion" c'est dire que l'Islam avance, avec le mouvement de la vie, dans toutes ses confrontations et tous ses conflits, sans que le besoin ne s'impose d'y transplanter de nouveaux organes ou de nouvelles idées. Je pense que le savant as-Sayyid Muhammad Hussein Fadlullah ne nie pas les idées évolutionnistes même s'il est opposé à l'interprétation des textes coraniques et à la méthode syncrétique qui essaye de réconcilier la théorie législative islamique et les progrès de la science dans le mouvement de la réalité. Cela veut dire que l'auteur ne fait pas sienne l'idée de la modernisation de l'Islam par sa soumission aux péripéties des changements passagers.

Il est vrai que l'Islam ne méconnaît pas les vérités, mais les affirme et se conforme à elles. L'auteur lui-même dit: "je pense que les masses islamiques ne s'éloignent pas des lumières islamiques dynamiques et ouvertes du fait qu'elles revivent annuellement l'état de refus à travers la commémoration de 'Achoura" (l'anniversaire de l'assassinat de l'Imam al-Hussein (p)). Leur engagement sur la voie des Imams appartenant à la Famille du Prophète (P), ouverte à la voie de l'Islam, les met en état de dynamisme permanent dans la direction de la liberté et de la justice".

L'auteur qui cherche à sortir de la sphère des instincts établit une situation d'équilibre entre l'homme et la femme. Le verset 33 de la sourate "an-Nisa'" (les Femmes) dit:

"Les hommes sont responsables des femmes en vertu de la préférence que Dieu leur a accordée sur elles, et à cause des dépenses qu'ils font pour assurer leur entretien. Les femmes vertueuses sont pieuses; elles préservent dans le secret ce que Dieu préserve. Avertissez celles dont vous craignez l'infidélité; abandonnez leurs lis et frappez-les. Mais ne soyez pas injustes avec elles si elles vous obéissent. Dieu est élevé et grand", Coran, "an-Nisa'" (les Femmes) IV, 34.

Pourtant le grand Savant arrive à l'"ijtihad" (opinion nouvelle obtenue par l'effort de réflexion sur les textes) suivant: "Si l'élément féminin se caractérise par une certaine faiblesse dans la personnalité de la femme, du fait de sa dimension affective qui est plus évidente au niveau de ses sentiments, ou du fait de sa faiblesse physique qui ne lui permet pas de porter de lourdes charges, comme c'est le cas de l'homme, il n'y a rien qui puisse empêcher de transformer cette faiblesse en force par l'éducation de la pensée par la connaissance, par le renforcement de la raison par la pratique et par l'affaiblissement de l'affectivité par la conscience qui fait face aux événements d'une manière objective à travers une méthode éducative équilibrée".

Le savant trouve que l'Islam n'a interdit la promiscuité des hommes et des femmes et n'a fait de cette interdiction une obligation que dans la sphère qui conduit à la déviation morale. Il insiste sur la grande valeur de la maternité dans un magnifique processus d'intégration humaine. D'où, le savant Muhammad Hussein Fadlullah refuse de considérer la femme comme si elle était un être sexuel qui s'ouvre à la vie comme si elle n'était rien d'autre que ce rapport sexuel dans sa nature instinctive et ses conséquences procréatrices… Il refuse de cloîtrer la femme à l'intérieur de cet ellipsoïde suspendu. Il conclut, dans ce sens que "la pensée islamique considère l'humanité de l'homme et de la femme sous un seul et même angle, que ce soit au niveau de la constitution ou au niveau de la responsabilité. Elle les invite ensemble à construire le mouvement de la civilisation islamique dans la vie des gens. Elle les considère ensemble, et au même degré, comme responsables de la déviation et de la droiture. Elle leur distribue les rôles et les tâches sur la base du processus d'intégration humaine où chaque partie, le mâle et la femelle, donnent à l'autre une partie de ses caractéristiques propres dans la voie de l'unité des caractéristiques humaines, au niveau des conséquences dans l'intégration des rôles et des responsabilités".

LE SLOGAN DE LA LIBE'RATION DE LA FEMME

Le savant as-Sayyid Muhammad Hussein Fadlullah signale que le slogan de la libération de la femme est issu de la mauvaise réalité vécue et des déformations des traditions qui oppriment la femme: "Comme si elle était l'un des objets de l'homme faits pour sa jouissance".

Le savant dit, dans l'une de ses importantes conclusions: "Ainsi la question s'étend, dans cette législation sociale, pour voir dans le voile un point de départ d'un processus visant à l'éloigner de tous les milieux de l'action matérielle, de l'activité sociale, de l'attitude politique et de la culture générale car le voile, disent-ils, englobe le sens intérieur et le contenu dynamique de la personnalité comme il englobe l'aspect relatif au fait de couvrir le corps". Ici, le Savant reprend le concept du changement impliquant le mouvement de la liberté de l'homme pour faire de la libération de la femme une partie intégrante de la libération de l'homme, pour que la femme redevienne un être humain porteur d'un message et une créature multidimensionnelle qui donne un apport nouveau à la vie. Le Savant passe en revue les avis de ceux qui s'opposent à la liberté de la femme telle qu'elle se présente en Occident où elle est devenue un produit de consommation instinctive qui donne à la femme une simple illusion de liberté et l'écarte de sa dimension maternelle ce qui l'expose aux complexes psychiques. Le Savant en conclut: "Mais l'affaire n'est pas aussi sombre: face au rôle de la maternité chez la femme, il y a le rôle de la paternité chez l'homme. Si le rôle de la paternité ne supprime pas les autres rôles de l'homme dans le mouvement de la vie, à travers la grande dimension humaine de sa personnalité, comment donc serait-il nécessaire que le rôle de la maternité arrive à supprimer les autres rôles de la femme et qui sont relatifs à son humanité?". Le Livre de Dieu (sourate Al-'Imran), verset 44 dit:

"Et lorsque les Anges dirent: 'O^ Marie, Dieu t'annonce la bonne nouvelle d'un verbe émanant de Lui. Son nom est le Messie, Jésus, Fils de Marie.

Illustre en ce monde et dans la vie future. Il est parmi ceux qui sont proches de Dieu". Coran, "Al-'Imran" (la Famille d'Imran), III, 43.

Ici, le Savant pense qu'il est nécessaire de fixer des règles scientifiques susceptibles de transformer la liberté en un mouvement réel allant dans le sens de l'intérêt supérieur de l'homme au niveau de l'individu et de la collectivité. Et sans entrer dans les détails, il est possible de dire que l'humanité s'oriente vers l'établissement d'un ordre équilibré qui garantit, pour chacun, la satisfaction de ses besoins, dans le cadre des besoins généraux de la société. Pour cette raison, le Savant pense que la liberté a des limites morales et dehors des caprices égoïstes et des chimères flottantes.

L'Islam a institué des règles légales en ce qui concerne la question sexuelle de l'Homme et de la femme à la fois. Il a considéré le mariage comme un lieu naturel pour la satisfaction de l'instinct et a interdit tous les autres moyens de le satisfaire. Le Savant conclut ici que "la différence entre l'Islam –tel qu'il se présente dans la société islamique qui doit être construite pour l'homme et pour la femme- et la déviation telle qu'elle se présente dans la société capitaliste, est que l'Islam veut promouvoir la femme et l'homme pour que chacun d'eux vive son humanité comme des êtres humains indépendants sur les deux plans de l'esprit et du corps. En revanche, la société capitaliste cherche à transformer la femme en une marchandise de consommation publicitaire et de vulgarité sexuelle présentée sous la forme d'excitation. Cela fait d'elle un produit pour la publicité au lieu d'être un élément humain respectable".

LA FEMME, LA REALITE ARRIEREE ET LA FEMINITE

Le savant as-Sayyid Muhammad Hussein Fadlullah pense que l'homme, en tant que tel, et la femme, en tant que telle, ne sont pas responsables de l'arriération de la réalité. L'homme et la femme sont plutôt les victimes d'une situation intérieure au niveau de l'autorité et au niveau des situations nouvelles qui ont compliqué l'atmosphère en mélangeant ce qui est islamique avec ce qui est issu de la civilisation occidentale.

A ce propos, le Savant conclut: "Les milieux cultivés, conscients et possédant une mentalité civilisée doivent se mettre en action pour préparer le terrain de l'éduction spirituelle et de l'instruction islamique de la femme afin de former une génération de femmes aptes à tenir des responsabilités culturelles et d'agir dans le sens d'élever le niveau de conscience des autres femmes". La maternité n'est pas tout dans la vie de la femme et la paternité n'est pas tout dans la vie de l'homme. La féminité n'est pas une honte dans la vie de la femme. Pour ces raisons, l'Islam considère la femme comme un être humain indépendant du point de vue juridique et considère son action comme une action missionnaire, car l'humanité de l'être humain, qu'il soit homme ou femme, peut englober toutes les dimensions de la vie. L'Islam n'a pas supprimé l'humanité de la femme et n'a pas, non plus, annulé ses responsabilités. D'où, il est possible d'admettre le rôle spécifique et distingué de la femme car l'Islam a insisté sur la féminité de la femme et sur la nécessité de lui accorder la liberté de sentir sa beauté sans pour autant recourir à des conduites spectaculaires ou faire des tentatives de provocation passionnelle.

En lançant sa vision morale et sociale, l'Islam prépare la base préventive pour ne pas permettre à l'affaire de dépasser les limites de la discipline, du sérieux et des bonnes manières. Les réserves ne sont pas ici des entraves mais des règles pour contrôler la réalité des sensations passionnelles humaines. Si l'homme est laissé sans dissuasion morale, il peut sortir de sa trajectoire raisonnable exactement comme un satellite qui sort de sa trajectoire et se perd dans l'espace. En d'autres termes, la nature humaine n'est pas muable. Elle ne se meut pas d'une manière absolue, mais d'une manière relative en ce qui concerne la question de la beauté physique. D'où, le Savant Muhammad Hussein Fadlullah conclut: « La féminité est essentielle dans la subjectivité de la femme et l'Islam ne veut pas que la femme soit réprimée. L'Islam considère d'une manière négative la femme masculinisée ou la femme qui cherche à ressembler aux hommes en matière de masculinité et non pas en matière de force. L'Islam ne veut pas que la femme supprime sa féminité, mais il veut qu'elle organise le mouvement de la féminité dans sa vie ».

LA LOI ET LE TRAVAIL DOMESTIQUE DE LA FEMME

Il est naturel de signaler que l'Islam ouvre des larges horizons devant la femme pour qu'elle puisse s'affirmer dans son humanité, et ce d'une manière qui n'est signalée par aucune autre communauté humaine, par aucune autre société, ou par aucune autre loi. La femme n'est pas, aux yeux de l'Islam, une maîtresse de maison dans le sens obligatoire de ce terme, car l'Islam ne lui assigne aucune tâche ménagère. Elle n'est donc pas obligée de faire le travail domestique. C'est l'homme qui est chargé de lui procurer, selon ses moyens, tout ce dont elle a besoin sur les deux plans du nécessaire et du luxueux. L'Islam arrive, dans ce domaine à un point tel qu'il n'oblige pas la femme à allaiter son propre enfant.

Il va donc de soi que les autres tâches de l'éducation ne lui sont, non plus, obligatoires. L'Islam considère que le travail domestique de la femme fait partie des travaux qui méritent d'être rémunérés. Même si la femme demande à son mari de lui verser un salaire ou un prix en échange de l'allaitement de leur propre enfant, il est de son devoir de le lui payer. Cela est de son droit à condition qu'elle ne demande pas un salaire supérieur à celui reconnu pour les nourrices car, l'homme a toujours le droit de livrer l'enfant à une autre nourrice. Si donc l'Islam considère la travail domestique de la femme comme une activité indépendante que l'homme n'a pas le droit d'investir sans son consentement, et s'il est du droit de la femme de demander à être payée pour un tel travail, il est d'autant plus légal qu'elle demande à être payée si son mari lui demande de travailler à la ferme ou de tenir la boutique, car la distance est nettement large entre ce genre de travaux et le travail domestique.

Avec une telle législation, l'Islam n'encourage pas la femme à être un élément négatif devant ses responsabilités dans la vie conjugale et dans la vie en général. L'Islam ne veut pas que la femme ait une personnalité "matérialiste" et "commerciale" dans sa manière de considérer son travail au foyer. Mais face à la longue histoire qui traitait la femme comme une esclave et qui faisait d'elle un meuble qu'on héritait et qu'on utilisait comme tout autre meuble…, face à cette histoire qui ne reconnaissait ni la personnalité ni l'humanité de la femme, qu'elle soit fille, sœur, épouse ou mère, l'Islam cherche à en finir avec le sens de l'esclavage accumulé dans l'histoire de l'ignorance et sa manière de considérer la femme.

Il cherche à en finir avec le sens de l'esclavage pour le remplacer par le sens de la liberté de choix dans le travail, afin que la femme inaugure sa vie conjugale par un contrat qu'elle reconnaît de sa propre volonté, un contrant que le mari reconnaît, lui aussi, de sa propre volonté, pour que les deux parties se soumettent ensemble à des règles fondées sur la loi divine. Cette loi a pour finalité de laisser à la femme la liberté d'exercer ou de ne pas accomplir les travaux du foyer, d'une part, et de signaler au mari qu'il n'a aucune autorité sur sa femme en ce qui concerne cette question, tant qu'elle n'est pas nommément stipulée dans le contrat. De la sorte, lorsque la femme agit à l'intérieur de la vie conjugale, elle le fait avec un esprit de sacrifice et de fidélité pour la relation qui affirme le sens de l'amour, de la compassion et du rapprochement d'avec Dieu –qu'Il soit exalté et glorifié-. La législation islamique considère le travail de la femme dans sa maison comme un effort qui participe à la promotion de la vie conjugale, à la promotion des liens entre la femme et son mari, et ce dans le sens où elle considère ce travail comme une lutte sacrée et non comme un fardeau qui la transforme en un objet sans liberté et sans volonté.