La Femme en l'Islam
 

La Femme en l'Islam

Au nom d'Allah, le Clément, le Miséricordieux

Louange à Dieu et que la paix soit sur les serviteurs qu'Il a élus.

Dieu créa l'homme et la femme et a voulu qu'ils se meuvent dans les profondeurs de la difficile expérience vivante, pour qu'ils puissent se comporter, avec responsabilité dans la sphère du permis et de l'interdit… le Paradis fut –selon le Noble Coran- le premier lieu de l'épreuve: ils pouvaient, telle fut l'objet de l'épreuve, manger là où ils le voulaient, de tous les fruits du Paradis et de tous ses arbres, sauf d'un seul.

Tout se passait bien dans le sens du respect de l'engagement car l'homme et la femme ne connaissaient qu'une seule dimension de l'expérience: celle consistant à obéir et à se conformer aux recommandations de Dieu. Mais envieux et injuste, Satan qui fut mécontent de la création d'Adam et de l'honneur qu'il obtint auprès de Dieu refusa, par orgueil, de se prosterner devant lui, puis profita de la naïveté d'Adam et d'Eve, de leur bonté, de leur faiblesse et de leur manque de fermeté et de volonté pour leur insuffler l'idée obsessionnelle. Il les incita donc à découvrir l'autre dimension de l'expérience et, les plongeant dans des rêves agréables, il les poussa à s'interroger: pourquoi cet arbre a-t-il été interdit parmi tous les autres? Ils ne pouvaient pas trouver la réponse, mais il la leur insuffla: c'est l'arbre de la vie éternelle, l'arbre des biens inépuisables. Celui qui en mange ne connaîtra pas la mort!

De la sorte, le premier rêve prit place dans l'imaginaire de l'homme et de la femme. Ils en mangèrent donc sans réfléchir et sans se pencher sur les conséquences négatives de cet acte… Ils trébuchèrent ensemble et leurs nudités apparurent à leurs yeux. Alors, ils se mirent à se couvrir avec des feuilles cueillies sur les arbres du Paradis.

L'initiative était prise par l'homme et la femme, mais Adam en fut seul responsable. Cependant, Adam reçut des paroles de son Seigneur qui lui accorda le pardon et le dirigea sur la bonne voie.

L'homme comprit, et sa femme aussi, ce qu'est Satan. Ils saisirent aussi ce qu'est l'autre dimension des choses et ce qu'est l'expérience dans ses conséquences négatives et positives… Ils saisirent ce que veut dire la responsabilité dans son contenu spirituel, intellectuel et pratique… Ils saisirent ce qu'est le terrain du conflit, ce qu'est l'éducation de soi par la crainte révérencielle (taqwâ) et ce qu'est la culture de la volonté par la détermination et la fermeté.

Adam descendit donc avec sa femme et ils s'établirent sur terre. Satan descendit avec eux pour que prenne naissance, dans le bas-monde, l'histoire du conflit entre la raison et l'instinct, entre le vrai et le faux, entre le bien et le mal.

Les messages divins se succédèrent pour mettre l'homme et la femme, ensemble, face à la responsabilité. Si la continuité de la vie s'assurait à travers leur interaction physique, de telle sorte que chacun d'eux, pris séparément, ne pouvait aucunement reproduire la vie dans la nouvelle naissance, l'évolution spirituelle ainsi que le développement pratique et la prospérité matérielle de la vie ne pourraient prendre leur élan que dans la responsabilité commune. Ainsi, chacun –de l'homme et de la femme- a un rôle qui correspond à ses caractéristiques spécifiques les distinguant l'un de l'autre et un rôle commun qui correspond à la communauté de leur appartenance humaine et à celle de leur volonté, de leur pensée et de leur mouvement.

Ainsi, Dieu voulut que l'homme et la femme mettent leur raison en action afin d'équilibrer l'affectivité en la sauvegardant de l'évanouissement et de la déviation. Il voulut qu'ils fertilisent l'affectivité pour ainsi raffiner la raison en l'empêchant de se durcir et de dépasser la mesure. Il leur dit qu'il se peut que l'un d'eux soit plus affectueux que l'autre, en vertu de ses caractéristiques propres relatives à la masculinité ou à la féminité, à la paternité ou à la maternité… Mais cela ne doit pas empêcher la raison d'être puissante, supérieure et dynamique. La raison ne doit être ni figée ni exclue. Il faut la consulter même pour se prononcer au sujet des sentiments relevant du domaine de l'affectivité; il faut s'ouvrir à la raison même quand il ne s'agit que des petites choses de la vie.

A la lumière de cet enseignement, la législation islamique cherche à assurer l'équilibre humain et s'intéresse au rôle central de l'équilibre dans la vie. Elle légifère pour l'homme et la femme pris ensemble; ce qui exige la diversité à l'intérieur de l'unité; ce qui enrichit le contenu intérieur de l'unité à travers la diversité des éléments aux caractéristiques différentes et permet de discerner l'utile dans ce qui est permis et recommandé et le nuisible dans ce qui est interdit et rejeté. Et tout cela à la suite de l'étude minutieuse de ce qui peut leur être avantageux et de ce qui peut rendre meilleur le monde qui les entoure.

Pour toutes ces raisons, il est indispensable de se pencher sur la question des droits de la femme dans la vie, à travers le contenu théorique de ces droits pris dans leur rapport avec le sens de ce qui est avantageux pour la vie pratique, et non à travers le contenu de nos sensibilités affectives. Le caractère limité de notre univers implique que chacun de ces phénomènes, ou des éléments constitutifs de ces phénomènes, perde une partie de son être, de sa conscience, de son tempérament, de son statut ou de ses ambitions, au profit de l'autre. Et ce pour que, dans la vie, il y ait, pour ainsi dire, et puisqu'il est impossible d'atteindre l’absolu, des concessions réciproques pour que chacun échange avec l'autre ce qu'il lui prend contre ce qu'il lui donne.

Le problème de certains penseurs est, peut-être, dans le fait qu'ils se laissent absorber par le drame du sujet au lieu de s'intéresser à l'équilibre de la vie. Ils se détournent ainsi de la réalité pour sombrer dans le déséquilibre, ce qui est un drame encore plus douloureux, dans la mesure où le préjudice touchera les deux parties, l'homme et la femme, à la fois. Car ce que l'une des deux parties fait, sans prise en considération du pour et du contre, est nuisible pour cette partie elle-même et pour l'autre partie.

Ces considérations sont en rapport avec la question des libertés et des modalités de leur respect, lorsqu'on a à observer la réalité sous tous ses aspects et lorsqu'on a à être conscient de toutes les dimensions du problème humain, pris dans son sens réel. Il se peut qu'une contrainte, donc quelque chose d'indésirable en soi, soit imposée à la femme. Mais il se peut aussi que cette contrainte conduise à quelque chose de positif vu sous l'angle de l'équilibre du mouvement vital. Il se peut aussi qu'une contrainte semblable, en rapport avec ses responsabilités et ses devoirs, soit imposée à l'homme. Elle pourrait porter atteinte à son orgueil mais pour lui assurer beaucoup de bien sur le plan de l'équilibre des droits et des devoirs qui sont communs à l'homme et à la femme.

Le problème est que beaucoup de gens regardent le tableau sous un seul angle et se penchent sur un seul aspect des problèmes. Ils ne s'aperçoivent pas, de ce fait, du secret qui explique la présence de la beauté ici et de la laideur ailleurs, du bien sous cet aspect-ci et du mal sous cet aspects-là.

Ces réflexions sont une tentative pour saisir la ligne de l'équilibre dans le regard que porte l'Islam sur la femme considérée dans son indépendance, mais aussi sous l'angle de sa vie avec l'homme, sous l'angle de sa responsabilité dans la vie et dans les appels discrets de son humanité et de ses aspirations.

Il nous semble que, dans leurs expériences dans le domaine de l'ijtihâd (effort intellectuel), les jurisconsultes doivent multiplier leurs efforts et se pencher sur l'affaire avec l'ouverture intellectuelle nécessaire pour comprendre le texte sans rester prisonniers des aspectes négatifs de la réalité. Et ce pour découvrir la profondeur de la conception islamique de cette question vivante qui continue à alimenter les discussions qu'elles soient au niveau des idées, de la législation, de la méthode et du mouvement…. Certaines fatwa (qualifications juridiques) sont prononcées, il est vrai, à partir de conditions subjectives et non objectives.

Nous espérons tant que ce livre arrivera à traduire la contribution de la conception islamique de la femme et que les observations et remarques des lecteurs seront assez critiques pour corriger l'erreur, empêcher la déviation et éclairer l'idée.

Louange à Dieu, le Maître des Mondes!

Nous comptons sur Lui,

Il est le meilleur de ceux auxquels on se confie!

Le Paradis est sous les pieds des mères

La maternité : Une cime de dévouement et d’affection

Dès ses débuts dans le Noble Coran et la sainte Sunna prophétique, l’Islam a donné à la mère un statut distingué par rapport à celui du père pour ce qui est du dévouement, d’affection et de charité. Car pour donner la vie à l’enfant, la mère met la totalité de l’effort et porte la totalité du poids. Il existe une différence entre la paternité et la maternité. La première ne constitue pas une fatigue corporelle pour l’homme qui ne met en œuvre que son instinct et son désir, alors que la seconde constitue une tâche lourde et expose la mère au danger. C’est elle qui entretient l’enfant, qui le nourrit de tout son corps et aux dépens de sa santé, qui s’expose au danger lors de l’accouchement et de l’allaitement, ce qui entrave la liberté de la mère et réduit l’espace de son mouvement.

Dieu, le Très Haut, a parlé des peines de la mère beaucoup plus que celles du père : ((Et nous avons enjoint à l’homme la bienfaisance envers ses parents. Sa mère l’a péniblement porté et péniblement accouché. Grossesse et sevrage en trente mois, puis quand il a atteint ses pleines forces et atteint quarante ans, il a dit : ‘ô Seigneur ! Dispose-moi pour que je rende grâce du bienfait dont Tu nous a comblé, moi et mes parents’)) (Coran XLVI, 15).

D’autre part, le père a le mérite de travailler pour subvenir aux besoins de la famille. Pour cette raison, Dieu considère le père et la mère comme égaux dans la responsabilité à l’égard de l’enfant et dans le devoir de bienfaisance de ce dernier à leur égard. Cette égalité est signalée dans beaucoup de versets coraniques, mais la mère a beaucoup de mérites en raison de ses peines dans la grossesse et l’accouchement.

Dans ce sens, la Tradition Prophétique dit que « Le Paradis est sous les pieds des mères ». D’autres Traditions disent que si la mère enceinte est décédée lors de l’accouchement, elle aura la même rétribution que les martyrs, ces derniers protégeant la terre de la nation et sa dignité, alors que la mère donne naissance aux martyrs, aux combattants, aux savants, aux dirigeants et aux réformateurs.

Dans l’Epître des Droits, l’Imâm Zayn al-‘âbidîn (p) adresse à chacun de nous les paroles suivantes : « Le droit de ta mère revient au fait qu’elle t’a porté là où personne ne supporte personne, qu’elle t’a donné du fruit de son cœur ce que personne ne peut donner à personne, qu’elle t’a protégé par la totalité de son corps sans se soucier de sa faim pour te donner à manger, de sa soif pour te donner à boire, de son dépouillement pour t’habiller, du soleil brûlant pour t’ombrager, d’avoir des insomnies pour te procurer le sommeil. Elle t’a protégé de la chaleur et du froid et il n’est dans ton pouvoir de la remercier que par l’aide de Dieu ». Il est clair que ce que la mère procure à son enfant ne peut être procuré par personne à quiconque d’autre.

Apprécier les dons de la mère

On rapporte qu’un homme a dit au Messager de Dieu (P) : « Je donne à manger à mes parents, je les porte sur mon dos et je les lave. Ai-je ainsi accompli mes devoirs envers eux ? ». - « Non ! a répondu le Prophète (P), car tu les sers tout en attendant qu’ils meurent, alors qu’ils t’avaient servi en ne pensant qu’à ta vie ». D’après l’Imâm al-Bâqir (p) « Mûsâ Fils de ‘Imrân (Moïse) (p) a dit : ‘ Seigneur ! Fais-moi une recommandation !’. Dieu a répondu : ‘Je te recommande de ne pas M’oublier’ et Il l’a répété trois fois. Moïse (p) a demandé une deuxième fois : ‘Seigneur !

Fais-moi une recommandation !’ Dieu a répondu : ‘Je te recommande de ne pas oublier ta mère’. Et comme Moïse (p) demandait encore une recommandation, Dieu lui a recommandé sa mère trois fois et son père une seule fois ». D’après l’Imâm as-Sâdiq (p) « Un homme a demandé au Messager de Dieu (P) : ‘ô Messager de Dieu ! Avec qui je dois être plus charitable !’. Le Messager de Dieu (P) a répondu : ‘Avec ta mère’ et il l’a répété trois fois avant de dire une seule fois : ‘Avec ton père’». A un homme qui s’appelait Abû Muhzam et qui a parlé durement à sa mère, l’Imâm as-Sâdiq (p) a dit : « ô Abû Muhzam ! qu’as-tu fait avec ta mère ? Hier, tu as parlé durement avec elle ; ne sais-tu pas que son ventre est une maison où tu as habité, que son giron est un berceau qui t’a bercé et que son sein est un abreuvoir d’où tu as bu ? Et comme l’homme répondait par l’affirmatif, l’Imâm (p) lui a dit : « Ne lui parle pas durement ». Le Noble Coran a recommandé de ne pas maltraiter les parents même par le plus infime des mots : ((Si l’un d’eux ou tous deux doivent atteindre la vieillesse près de toi ; alors ne leur dis point : ‘Fi’ et ne les repousse pas, mais dis-leur noble parole. Et par miséricorde baisse pour eux l’aile de l’humilité et dis : ‘ô mon Seigneur ! Fais-leur miséricorde comme ils m’ont élevé tout petit)) (Coran XVII, 23-24). Cette humilité ne rabaisse pas l’homme mais l’élève car elle est l’humilité de la miséricorde.

Un homme qui a embrassé l’Islam après y avoir été appelé par l’Imâm as-Sâdiq (p) alors que sa mère n’a pas abandonné sa religion est venu voir l’Imâm et lui a demandé conseil au sujet de la manière d’échanger avec sa mère. L’Imâm (p) lui a dit : « Change la manière avec laquelle tu servais ta mère et tu la soignais lorsque tu suivais encore sa religion, mais en doublant les services que tu lui rendais ». Remarquant ce changement, la mère a appris de son fils que c’est en raison de sa conversion à l’Islam et lui a demandé de lui expliquer l’Islam qu’elle a fini par l’embrasser à son tour.

Le Commandeur des Croyants (p) marchait un jour avec un homme de religion juive. Arrivant à un carrefour, l’Imâm (p) a continué à accompagner le Juif qui lui a demandé s’il a changé de chemin. L’Imâm (p) a dit : « Non ! Mais le Messager de Dieu nous a recommandé lorsque nous accompagnons quelqu’un en route de continuer à l’accompagner, sur son chemin, pour quelque temps par respect du droit de la compagnie ». Apprenant que cela fait partie des moralités de l’Islam, le Juif a prononcé la profession de foi de l’Islam. Voilà une façon d’appeler à l’Islam par la bonne parole et par la belle exhortation et qui diffère de celle où certains le font comme s’ils tenaient les portes du Paradis dans leurs propres mains, alors que Dieu dit : ((Dis : ‘Si vous étiez maîtres des trésors de la miséricorde de mon Seigneur, vous les serreriez, certes, de peur de dépenser)) (Coran XVII, 100).

La question de la maternité est donc essentielle en ce qui concerne le programme islamique propre à la famille. Ce que nous avons dit à ce propos nous met face à deux responsabilités : Celle des parents à l’égard de l’enfant qu’il soit garçon ou fille, d’une part, et celle de l’époux, d’autre part. Le problème de certains époux est qu’ils ne donnent pas la juste valeur à la maternité. Ils ne respectent pas les efforts de la mère et son dévouement. I’un d’eux entre dans la maison et sort comme s’il était « Antar » !

D’autre part, l’homme doit être conscient lorsqu’il choisit la mère de ses enfants. Il doit choisir celle ayant assez de conscience, de bons caractères et de bonne éducation. Il ne doit pas compter sur le coup de cœur, car la Tradition dit : « Celui qui épouse une femme pour sa fortune ou sa beauté, Dieu le privera de sa fortune et d sa beauté », car en vivant dans le cadre de la vie conjugale, on ne vie pas avec le carnet de chèques ou avec le tableau d’art, mais avec une femme et à travers sa raison, son humanité et ses bons caractères. « Epouse celle qui est pieuse » a dit le Prophète (P) à un homme qui lui a demandé conseil à ce propos. Bien sûr, il ne s’agit pas de la piété formelle, mais de la piété par la raison, par les sentiments et par toute la vie.

Une fois que l’homme choisit sa femme, il doit prendre sa maternité en considération et reconnaître ce qu’elle fait en matière d’effort. De son côté, la femme doit prendre son mari en considération, car si elle a peiné pendant la grossesse, l’accouchement et l’allaitement, le mari peine aussi jour et nuit pour que la vie familiale soit complémentarité entre l’homme et la femme dans tous les domaines. Ensemble, ils se rapprochent de Dieu et si tous les deux sont bons avec leurs enfants, Dieu les réunit tous dans la demeure de Sa miséricorde : ((Les Jardins d’Eden, où ils entreront, eux et aussi ceux qui font le bien parmi leurs ancêtres, épouses et descendants. De chaque porte, sur eux, les anges entreront : ‘Paix sur vous, pour ce que vous avez enduré !’ ; combien meilleure est la demeure finale !)) (Coran XIII, 23-24). Dieu dit aussi : ((Et c’est là que doivent entrer en concurrence les concurrents)) (Coran LXXXIII, 26).

I- La jalousie du mari

Il existe deux raisons qui peuvent être à l'origine de la jalousie:

La première consiste dans la puissance des sentiments que le mari porte envers sa femme, sentiments qui lui font craindre toute autre personne, qui lui font craindre la possibilité que sa femme ne soit attirée, d'une manière spontanée, par un autre homme. Avec ces sentiments, il commence à la harceler par des doutes, par des pressions concrètes ou par des expressions violentes. Il commence à se conduire vis-à-vis d'elle comme se conduit celui qui aime quelque chose et qui craint la perte de ce qu'il aime.

La seconde consiste dans la peur des conditions et des circonstances qui entourent la femme et qui peuvent conduire à la déviation. Ces conditions peuvent être en rapport avec l'éducation de la femme qui peut parfois la poser dans une situation proche de la déviation, ou avec les circonstances issues des contraintes sociales qui poursuivent la femme et la poussent dans le sens de la chute. Ces contraintes deviennent actives lorsque l'homme se trouve soumis à une sorte de chantage dans le milieu social et moral où il vit, surtout si cet homme a déjà connu l'expérience de l'infidélité conjugale, en étant lui-même le victime ou le bourreau des autres. Dans ce cas, il peut lui être difficile d'avoir confiance en une autre femme et même s'il arrive à trouver une femme qui lui inspire la confiance nécessaire, il ne peut jamais se libérer de la peur de voir cette femme devenir comme les autres qui dissimulent l'infidélité derrière le voile de la pudeur.

Nous pensons que la jalousie trouve ses racines essentiellement dans ces deux phénomènes. Il se peut que la manière avec laquelle la femme vit dans la société, ainsi que la nature de ses relations avec l'autre sexe participent à susciter le sentiment de jalousie. Par exemple, la femme de haut niveau de beauté physique peut facilement séduire les hommes et peut être aussi facilement exposée à la séduction de leur part. Nous pensons qu'il est du devoir de l'homme d'aider une telle femme à se protéger, de tous les côtés, des failles ou des brèches qui peuvent laisser la déviation s'introduire dans sa vie. A ce propos, il se peut que certains hommes –parmi ceux qui comprennent mal les besoins de leurs femme sur les différents plans de la communication humaine, morale ou sexuelle- agissent d'une manière qui provoque chez leurs femmes l'apparition de points faibles que les autres pourront bien exploiter…

Il se peut aussi que certains hommes agissent d'une manière qui suscite le doute de la femme et la conduise à perdre sa confiance en elle-même et, par la suite, à dévier du droit chemin. Certaines femmes peuvent répondre au doute par la révolte. Elle cherche à s'y affirmer et la transforme ainsi en une réalité à partir de laquelle elle punit son mari et se venge de lui.

Pour cette raison, le mari doit faire de telle sorte à ce que sa femme ait confiance en lui pour qu'elle puisse avoir confiance en elle-même. Il est indispensable que le sentiment amoureux qu'il a envers sa femme soit un élément qui renforce sa confiance en elle et non pas son doute. S'il doute de certains comportements de sa femme, il doit lui en parler avec franchise, dans le cadre d'un effort de compréhension et d'étude objective des éléments susceptibles de conduire au doute ou aux soupçons.

C'est ce que nous pouvons dégager de la recommandation de l'Imam 'Ali (p) à son fils l'Imam al-Hassan (p) où il dit:

"Evite la jalousie là où il ne doit pas y avoir de jalousie, car celle-ci peut rendre malade celle –d'entre les femmes- qui est saine. Agis sagement avec elles et, au cas où tu remarques une faille, n'hésite pas à réprimander les grands, mais aussi, les petits gestes".

Si l'homme essaye de provoquer la jalousie de sa femme ou d'être jaloux à son égard, dans les situations normales qui ne suscitent ni crainte ni jalousie, comme lorsque la femme parle avec un homme de sa parenté, ou avec n'importe quel autre homme parmi ceux auxquels on peut avoir besoin de parler dans les conditions normales, cet homme peut, avec sa jalousie injustifiable, pousser sa femme innocente à douter d'elle-même et à tomber en proie à de graves problèmes psychiques.

Et lorsque la jalousie se pose comme étant un phénomène normal où l'homme fait face à la question sur la base de la protection de la femme vis-à-vis de la déviation, d'une manière raisonnée et bien étudiée, la jalousie peut alors être considérée comme relevant de la foi.

Mais lorsque la jalousie se transforme en un phénomène morbide, en un "complexe psychique", elle devient un problème pour l'homme et pour la femme. Elle peut, le plus souvent, constituer une injustice qu'on exerce à l'égard de la femme et un moyen de la bouleverser et de lui faire perdre sa confiance en elle-même.

II- La jalousie de la femme

La première cause de la jalousie de l'épouse est l'amour qu'elle porte à son époux et sa crainte de le perdre. C'est ce que l'Imam as-Sadiq (p) exprime dans la réponse qu'il donne à une question que lui pose l'un de ses compagnons disant que "la femme poursuit son mari avec sa jalousie au point de l'accabler et de le submerger". "C'est le fait de l'amour!" répondit l'Imam (p).

La femme peut donc être jalouse parce qu'elle aime son mari et craint de le perdre, de le voir partir avec une autre femme. Cette crainte est d'autant plus légitime que son mari a le droit de se marier avec une deuxième ou une troisième femme… qu'il a le droit d'avoir recours au mariage temporaire… La jalousie peut être considérée, dans ce genre de situations, comme un phénomène naturel dans la mesure où elle se fonde sur l'amour que la femme porte à son mari et sur sa crainte de le perdre. Mais en la considérant ainsi, on fait abstraction du fait que la jalousie peut suivre une direction extrémiste lorsque la femme se comporte dans un sens contraire à ce qui est permis par la loi divine…

L'Islam n'intervient pas dans les affaires relatives aux états psychiques de la femme. Celle-ci peut ne pas regarder d'un bon œil le mariage, temporaire ou permanent, de son mari avec une autre femme. L'Islam ne lui reproche pas son mécontentement à cet égard, mais il condamne son comportement négatif qui peut contribuer à empêcher son mari de jouir de son droit ou qui peut lui être injustement désavantageux. Ce sont ces considérations qui permettent de comprendre les paroles du Commandeur des Croyants, l'Imam 'Ali disant que:

"La jalousie de la femme relève de l'impiété".

Cela ne veut pas dire qu'elle est identique à l'impiété, mais qu'elle conduit à certaines manifestations d'impiété, à savoir: considérer comme illicite ce qui est divinement institué licite. Car la femme peut prendre, sur le plan de ses sentiments, une attitude négative extrémiste vis-à-vis du mariage avec une autre femme de son mari, et se comporter comme si ce mariage est illicite, ou comme si son mari pratiquait l'adultère. Elle peut exagérer dans la condamnation du geste de son mari, ce qui peut conduire à une attitude équivalente à la condamnation de la Législation et à la protestation vis-à-vis de Dieu –qu'Il soit exalté et glorifié- et de sa législation concernant cette question. En effet, certaines femmes peuvent considérer cette législation comme injuste et ce, sans se soucier de ses justifications légitimes et légales.

La seconde raison de la jalousie féminine consiste dans la nature des comportements de l'homme, surtout lorsque cet homme est brillant et admiré par les femmes, ou lorsqu'il fait partie de ceux qui vivent pour la satisfaction de leurs désirs et caprices.

Il se peut aussi que ce phénomène soit issu des comportements que certaines femmes adoptent dans leurs relations avec leurs maris.

Nous disons donc à la femme et à l'homme que la jalousie est un phénomène humain. Tout homme, qu'il soit homme ou femme, connaît l'instinct d'appropriation. L'homme aime, de son côté, posséder la femme dans son affectivité et dans sa raison et la femme aime, de son côté, posséder l'homme dans son affectivité, dans sa raison et dans toutes les affaires de son existence. Nous devons considérer les relations humaines comme des relations dynamiques et ouvertes qui ne peuvent pas être soumises à des règlements rigoureux. L'homme ne peut pas étouffer les horizons de sa femme d'une manière définitive et décisive et la femme ne peut, non plus, étouffer les horizons de son mari d'une manière définitive et décisive.

Pour ces raisons, il est nécessaire de se comporter, face à la jalousie, d'une manière raisonnée, équilibrée et placide. Il en est ainsi car l'étude minutieuse, par la femme, des dispositions mentales, psychiques et vitales de son mari, ainsi que celle de ses caprices et de ses différentes situations est d'autant plus nécessaire que la femme peut être, parfois, obligée, si elle tient à son mari, de lui laisser une certaine marge de liberté pour la satisfaction de ses désirs licites. Cela veut dire qu'elle doit "laisser tomber" dans certaines situations et "demander des explications", dans certaines autres. Mais cette dernière solution doit se faire "en douceur", de sorte que l'homme se sente envahi par le feu ardent du désir amoureux et non pas par celui de la haine et de la rancune.

Qu'elle soit exprimée dans les relations conjugales ou dans tout autre genre de relations, la question humaine doit être affirmée à travers le fait que l'être humain est capable de gagner le cœur d'un autre être humain au moyen de la bonne parole et du comportement convenable. Ces moyens sont beaucoup plus efficaces que la pression et les autres moyens contraignants. C'est ce que l'enseignement coranique affirme dans le verset qui dit:

"Dis à mes serviteurs de dire les meilleures paroles". Coran, "al-Isra'" (le Voyage Nocturne), XVII 53.

La bonne parole a la valeur de l'aumône. C'est elle qui ouvre le cœur. Il est donc du devoir des deux époux qui souffrent d'une jalousie fondée, dans la plupart de ses manifestations, sur un amour profond…, il est de leur devoir de savoir comment faire face au problème pour le résoudre de manière à rendre la vie conjugale plus ouverte, plus heureuse et plus humaine, au lieu de lui faire face d'une manière qui détruit la vie conjugale et fait tomber ses décombres sur les têtes de tous.

L'EGOiSME DANS LA VIE CONJUGALE

Lorsque nous parlons d'une vie conjugale raisonnée et équilibrée, nous parlons de deux époux normaux et non pas de deux époux anormaux qui éprouvent de la répulsion l'un pour l'autre. Nous parlons de deux époux qui ont, en eux-mêmes, le sens humain et non pas le sens de l'égoïsme qui pèse sur les conditions de l'autre et se heurte à son propre égoïsme qui pèse, à son tour, sur ses propres conditions. Nous parlons de deux époux dont la vie de chacun d'entre eux se fond dans la vie de l'autre. Nous ne parlons pas de deux individus dont chacun ne sent que soi-même, qui pense qu'il n'a d'autre rôle que d'affirmer sa particularité aux dépens de l'autre. Nous parlons d'une situation où le mari sent de la compassion envers sa femme lorsqu'il témoigne des peines et des efforts qu'elle déploie au service de la famille. D'une situation où la femme se sent solidaire de son mari qui peine et passe tout son temps dans des situations dures et difficiles qui l'obligent à souffrir de l'humiliation et de l'oppression des conditions de travail et des patrons pour lui assurer, à elle et à ses enfants, une vie noble et honnête. L'épouse doit comprendre ces situations ainsi que le besoin qu'a son mari de se reposer. Elle doit lui assurer l'atmosphère de tendresse et de chaleur qui lui manque dans ses rapports avec les patrons et dans les dures conditions de travail qui l'oppriment et entament son humanité.

Elle doit sentir le besoin d'être, sur le plan affectif, comme la mère de son mari et se représenter l'image de la mère et son attitude vis-à-vis de son fils, elle doit savoir comment le couver dans sa douleur et dans sa fatigue pendant le jour comme durant la nuit pour compenser ce qu'il perd, ou pour alléger ses peines. Elle doit vivre cette expérience pour connaître ce que veut dire le sacrifice et le don charitable et pour se représenter le sens conjugal qui fait entrer chaque partie de la relation dans l'âme de l'autre pour ouvrir sa vie au grand espoir et à l'immense vie. De son côté, le mari doit répondre à l'affection par l'affection et à l'amour par l'amour. Nous pensons que chacun de nous retient en lui, et jusqu'à sa vieillesse, sa personnalité d'enfant: il sent donc le besoin de la maternité et de la paternité même dans sa vieillesse, la femme peut, de son côté, sentir le besoin de vivre le rôle de mère, vis-à-vis de son mari, et ce pour lui procurer affection et tendresse. L'homme peut, de son côté, sentir le besoin d'être le père de sa femme pour lui procurer ce dont elle a besoin en matière d'affection et de tendresse. Et ce parce que toute personnalité ne meurt pas en nous, mais reste vivante au profond, où elle respire et éprouve le besoin d'assouvir sa faim qui peut demander à être satisfaite durant toutes les phases de la vie humaine. La nature de ces phases que nous traversons affirme, elle-même, l'existence profonde de ce besoin. Ce besoin n'est pas simplement une chose quelconque dans notre histoire, mais la base même au-dessus de laquelle s'élèvent les autres phases dont chacune n'est rien d'autre que la base de la phase suivante.

C'est pour cette raison que l'homme peut être enclin à jouer à l'âge de soixante ans. Il peut sentir le besoin de s'ébattre et de s'amuser comme les enfants. Beaucoup de pères récupèrent leur enfance à travers l'enfance de leurs enfants et vivent avec eux comme s’ils étaient eux-mêmes des enfants. C'est peut-être de ce phénomène que le Prophète (P) parlait lorsqu'il disait:

"Que le père d'un enfant se comporte avec lui comme s'il était lui-même un enfant".

A ce propos, l'éducation de bonne qualité est celle où l'éducateur entre dans la peau de la personne éduquée. Il ne s'agit pas ici d'un artifice où on joue le rôle de l'enfant. Cela peut être le cas au début de l'expérience. Mais au fur et à mesure de l'évolution de la situation, l'enfance de l'adulte se réveille et le plonge totalement dans le rôle qu'il joue au point qu'il oublie pour un instant, le fait qu'il est un vieillard ou un jeune homme et non plus un enfant…

L’homme qui ne vit pas son enfance dans son âge adulte et qui ne vit pas sa jeunesse dans sa vieillesse est un homme qui ne fait que tuer les éléments fondamentaux de sa personnalité au profit d'autres éléments. Un tel homme vit comme un "complexé" qui s'étouffe dans la phase actuelle de sa vie se privant ainsi des phases antérieures qui ont la vertu de lui procurer une ambiance chaleureuse et des états de fraîcheur nécessaires pour adoucir la vie dans les phases à venir.

LA ROUTINE DE LA VIE CONJUGALE

La routine est un phénomène ordinaire qui prend naissance au niveau de toute relation entre deux personnes qui vivent ensemble en permanence, dans toutes les situations et pour une longue période, au point que chacune d'elles perd toute ombre de mystère qui pourrait susciter l'intérêt de l'autre et l'inciter à tendre vers elle pour la découvrir.

Dans la relation conjugale, le mari ne tarde pas à être entièrement connu par sa femme et celle-ci à l'être par celui-là. Leur vie devient alors très commune et sans excitation commune, dans la mesure où ils administrent leurs relations sociales, leur vie privée, leurs désirs et leurs affaires domestiques en les enfermant dans un système clos. De la sorte, il ne reste pas à la disposition de chacun d'eux de quoi intéresser l'autre et l'attirer. Même les éléments d'excitation qui animaient et vivifiaient leur relation avant et au début de leur vie commune disparaissent car, lorsque l'homme satisfait ses besoins sous tous leurs aspects, ceux-ci ne tardent pas à s'émousser et à se banaliser. Cela n'est pas un phénomène qui caractérise la seule relation conjugale, mais un fait qui s'étend pour marquer toutes les relations humaines comme la parenté et l'amitié, etc…

Au début de la relation, les rapports sont normalement dynamiques et énergiques, mais ils finissent, avec le temps, par tomber sous l'emprise de l'inertie, de la fermeture et de la routine, ce qui conduit à l'ennui qui peut menacer la relation.

Le même phénomène peut être constaté au niveau de nos réactions face aux expressions de l'originalité, de la majesté et de la beauté dans la vie.

Ces expressions peuvent parfois ne pas nous sensibiliser. Le soleil, la lune, les fleuves… peuvent ne pas nous sensibiliser. Même la nourriture, les vêtements et toutes les autres choses que nous aimons peuvent perdre leur attrait et cesser de nous intéresser lorsqu'elles nous deviennent familières à force d'être toujours présentes devant nous.

Il est donc nécessaire, pour les deux époux, de se mobiliser pour trouver ce qui pourrait renouveler leur activité et leur dynamisme, même au niveau des petits détails de leur vie au foyer. Il peut être utile, à ce propos, de changer, de temps en temps, l'ordre des choses dans la maison et celui même des désirs conjugaux intimes. Il leur est utile, par exemple, de modifier leurs manières de satisfaire leurs désirs. Il peut leur être utile, dans le cas où ils possèdent le niveau culturel nécessaire, de poser et de discuter des questions nouvelles, dans le domaine culturel ou politique… Cela pourrait introduire quelque chose de nouveau dans leur vie et affecter, pour les améliorer, leurs discussions, leurs désirs, leurs affaires domestiques et leurs relations sociales…

Nous pensons que la découverte de la nouveauté, ou de la création, au sein de la vie conjugale, peut préserver la vitalité nécessaire pour que cette vie suscite l'intérêt réciproque de l'homme et de la femme. Et ce à travers le fait que chacun réalise quelque chose pour l'autre, comble le vide de sa pensée et répond positivement à ses désirs et à ses besoins de renouvellement. Nous aspirons toujours au nouveau et, de ce fait, les deux conjoints doivent agir dans le sens du renouvellement de leur vie conjugale. Il va de soi qu'une telle affaire ne peut se réaliser sans plus de conscience, davantage de conditions favorables et plus d'ambiances sociales convenables. Il faut surtout un niveau culturel suffisant pour ouvrir chez chacun les horizons nécessaires pour constituer le champ du renouvellement escompté.

LA GESTION DE LA VIE CONJUGALE

Il est évident que c'est la personne la plus consciente qui doit tenir la responsabilité de la gestion et de la planification. Dans la vie conjugale, il se peut qu'il y ait harmonie et équivalence des niveaux de conscience de l'homme et de la femme. Mais il se peut que l'un soit plus conscient que l'autre. Dans le premier cas, les deux conjoints doivent s'accorder sur la planification de leur vie et sur la distribution des rôles qu'ils doivent remplir pour mieux gérer cette vie en tout ce qui touche la responsabilité de chacun envers l'autre, ou envers leur vie commune.

Si le niveau de conscience n'est pas le même, la partie qui est plus consciente doit se charger de la planification pour la gestion de la relation conjugale. Elle doit chercher à contenir la pensée de l'autre dans sa conscience, à l'inciter à participer à la planification et à la gestion à travers la découverte et le développement des éléments positifs de sa personnalité, dans le sens de l'intégration et de la complémentarité des rôles dans la gestion commune.

La question de la planification au sein de la vie conjugale ressemble à la question de la planification dans la vie sociale. La planification peut relever des responsabilités de l'élite, comme de celles de la société toute entière, à travers le suffrage universel qui détermine les éléments importants pour le présent et pour l'avenir.

Si la femme est plus consciente que l'homme, elle peut avoir besoin d'étudier la nature des éléments positifs de sa personnalité afin de ne pas provoquer ses susceptibilités quant à la question du niveau de conscience. Elle ne doit pas toucher au sentiment, même s'il est morbide, de sa virilité, sentiment qu'ont les hommes qui imaginent que l'élément masculin est supérieur à l'élément féminin. La femme doit, dans les situations de ce genre, essayer de pénétrer dans sa conscience, dans ses sentiments, pour lui présenter le projet comme s'il était produit en commun. Puis, elle doit passer à l'étude des détails de la gestion au sein de la vie conjugale pour les partager avec l'homme. La femme peut arriver, par son tact, par sa finesse et par sa conscience, à gérer la vie conjugale dans les affaires intérieures, ou aussi, dans certaines affaires extérieures. Mais cela doit se faire d'une manière qui respecte l'importance, pour l'homme, de sentir qu'il a raison et qu'il est important. La femme ne doit pas dépasser les limites au-delà desquelles l'homme commence à sentir que le mouvement de sa femme devient de plus en plus étouffant de sa propre personnalité et de son propre sentiment de soi-même.

INTEGRATION ET COMPLEMENTARITE

Dans le cas où c'est l'homme qui détient la responsabilité de la gestion, il est nécessaire pour lui d'avoir un certain nombre de qualités. Il ne doit pas, par exemple, considérer la femme comme une masse négligeable dont le rôle se réduit à recevoir les ordres et appliquer les instructions.

Il doit la considérer comme un être humain qui a un rôle en rapport direct avec le sien, qui a une vie en rapport direct avec la sienne. Il doit agir dans le sens de sa participation, dans la gestion, à sa propre manière. Il doit s'efforcer d'élever son niveau pour qu'elle puisse vivre dans une ambiance qui lui permette d'atteindre plus d'objectifs et d'arriver à plus de résultats.

Il y a une chose essentielle dans toute situation de gestion, qu'elle doit celle de la vie conjugale par l'homme ou par la femme, ou celle de tout autre responsable de ce dont il est responsable. Celui qui est chargé de la gestion doit être sensible à l'humanité de ses collègues. La gestion n'est pas une instance inerte régie par des articles juridiques ou pour des instructions légales ou sociales. Nous devons considérer la gestion comme une instance humaine qui ne peut réussir que dans la meure où toutes les conditions humaines se trouvent réunies pour les personnes qui travaillent dans l'établissement. Pour que cette condition soit remplie, l'homme doit respecter l'humanité de la femme et la femme doit respecter l'humanité de l'homme. L'un et l'autre doivent se conduire à partir de ce sentiment de respect pour que la relation conjugale soit une instance humaine vécue par l'un comme par l'autre. C'est à cette condition que les sentiments et les idées prennent leur essor et s'intègrent de sorte qu'aucune des deux parties ne pèse sur l'autre. Si l'une des deux parties veut soumettre l'autre à sa volonté, elle doit le faire de manière humaine et non de manière sauvage ou autoritaire.

LES QUESTIONS PERSONNELLES DE LA VIE CONJUGALE

Il est nécessaire, tout d'abord, d'évoquer un point présent au niveau de tous le rapports humains. A savoir que chacune des parties de la relation humaine doit comprendre que l'autre possède, comme nous, une sphère personnelle qu'il ne faut pas envahir ou violer.

Il est donc nécessaire pour chacun de ne pas chercher à supprimer la sphère personnelle de l'autre, dans le but de s'approprier sa liberté de bien s'installer dans sa propre sphère personnelle.

Il est naturel qu'en dehors de la vie conjugale, le mari continue à entretenir des relations avec ses parents et ses amis anciens et nouveaux.

Il est naturel aussi que la femme continue à entretenir ce même genre de relations. C'est que la personnalité de chacun d'eux et les différences de leurs statuts sociaux et de leurs relations peuvent être à l'origine d'une particularité différente pour chacun d'eux. Les différences peuvent aussi être présentes au niveau de la culture. L'un peut avoir une culture scientifique et l'autre littéraire. Il n'est pas possible, dans ce cas, que l'un d'eux impose sa culture à l'autre en lui supprimant sa propre culture. Sur cette base, il est naturel que, dans certaines phases de sa vie conjugale, le mari se voit prisonnier de ses propres particularités au point que cela donne naissance à une attitude négative vis-à-vis de sa femme, et ce en raison de certaines failles dans les relations de ses parents avec sa femme, ou en raison de certaines failles dans les relations de sa femme avec ses amis… Et il en est de même pour ce qui est de la femme.

Les deux parties doivent donc tracer des limites et des frontières fixes entre les sphères personnelles de chacune d'elles, et ce dans le but d'éviter que l'une ne pèse sur l'autre dans ce domaine. Ils doivent, dans le cas où la vie conjugale l'exige, sacrifier certaines de leurs sphères personnelles qu'il est possible de sacrifier si un tel sacrifice ne conduit pas à une situation plus difficile à supporter, comme lorsque la nécessité s'impose de renoncer à certaines amitiés ou à certaines relations occasionnelles sans importance capitale pour la vie conjugale.

Quant aux sphères personnelles qui revêtent une importance fondamentale, comme dans la relation du mari, ou de la femme, avec leurs parents, ou entre eux-mêmes, il est indispensable d'étudier toutes les situations afin de s'accorder sur les règles qui empêchent les questions personnelles de l'un de se transformer en un état d'agression sur celles de l'autre. Une telle étude ne peut se faire sans beaucoup de rigueur et de sagesse en raison des sensibilités particulières de certaines relations qui peuvent causer de l'embarras pour le mari ou pour la femme, comme c'est le cas de l'intervention des parents dans les affaires conjugales de leurs enfants. Une telle situation ne peut pas être étudiée dans ses détails et tout ce qui peut se faire est de fixer une ligne générale en vertu de laquelle le mari doit considérer que sa femme n'est pas la femme de tous ses proches parents. De son côté, la femme doit considérer que son mari est son mari à elle seule et, de ce fait, elle ne doit pas permettre à ses proches parents d'intervenir dans la vie de son mari, comme s'ils avaient un plein pouvoir sur lui. Et il en est de même pour le mari.

Le père peut avoir de l'autorité sur son fils. Mais cela ne lui donne pas le droit d'avoir de l'autorité sur la femme de son fils. Il peut avoir de l'autorité sur sa fille, mais cela ne veut pas dire que son autorité s'étend au mari de sa fille. Le mari et la femme sont deux personnes indépendantes de leurs parents respectifs et, de ce fait, il ne faut pas mélanger les choses.

Mais un peu de courtoisie, de la part du mari ou de la femme, peut parfois être nécessaire pour la protection de la sphère personnelle indispensable, à son tour, pour sauvegarder la sphère commune. Les deux époux doivent donc s'accorder et se comprendre mutuellement sur ces questions pour éviter l'intervention des éléments extérieurs qui pourraient saper, de l'intérieur, les fondements de la vie conjugale.