Le système des rites en Islam
 

Le système des rites en Islam

Sayyed Mohammad Bâqer al-Sadr

Publication de la Cité du Savoir


Edité par :

Abbas AHMAD al-Bostani

(La Cité du Savoir)

C.P. 712 Succ. (B)

Montréal, Qc., H3B 3K3

Canada

Site web : www.bostani.com

E-mail : abbas@bostani.com

1e Edition Décembre 2002

Titre original (en arabe) : Nadhrah 'Ämmah fî-l-'Ibâdât


Tous droits de traduction, de reproduction et

d'adaptation réservés pour tous pays

© Abbas Ahmad al-Bostani

ISBN : 2-922223-18-3

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Livre 1

REGARD GENERAL SUR LES RITES(1) L'Adoration est un besoin permanent de l'homme

- Étude sur le contenu du culte islamique

et sur son rôle

dans le perfectionnement de l'homme -

L'Adoration est un besoin permanent de l'homme

Les rites jouent un rôle essentiel dans l'Islam. Leur réglementation constitue une partie importante de la Charia(2); le comportement rituel est un phénomène notable dans la vie quotidienne d'un pratiquant.

Le système des rites constitue un aspect immuable de la Charia qui n'est affecté dans sa pratique ni par la tendance générale de la vie de l'époque ni par les circonstances nouvelles crées par le progrès technique alors que d'autres aspects de la Charia sont adaptables, quant à leur méthode d'application, aux circonstances découlant du progrès. Il en va ainsi, par exemple, du système des transactions et des contrats.

Ainsi, du point de vue de l'adoration même, l'homme du vingtième siècle prie, jeûne et s'acquitte du pèlerinage exactement de la même manière que son ancêtre de l'âge du moulin manuel.

Il est vrai, toutefois, que l'aspect civil des préparatifs d'un rite peut différer de l'un à l'autre. Car l'un voyage en avion pour se rendre aux lieux du Pèlerinage, alors que l'autre se déplaçait à dos de chameau. Cependant, le culte reste identique à lui-même. La nécessité de son accomplissement reste constante. Cela signifie que la Charia n'a pas prescrit la prière, le jeûne, le pèlerinage et les autres rites pour une durée limitée aux conditions d'une époque. Ces rites restent aussi valables pour l'homme qui a appris à utiliser l'énergie atomique que pour celui qui laboure son champs à la pioche.

Nous en déduisons que le système des rites répond à un besoin de la vie de l'homme, qui est permanent et indifférent à l'évolution continue du mode de vie - une prescription permanente répond en effet à un besoin permanent.

A ce stade une question se pose: existe-t-il réellement un besoin qui n'est pas varié, depuis que la Charia a commencé son rôle édificateur jusqu'à nos jours, pour que nous puissions justifier, à la lumière de sa constance, la fixité des formes par lesquelles cette Charia y répond?

On pourrait penser, de prime abord, que l'affirmation d'un tel besoin permanent ne serait pas acceptable car nous voyons que l'homme s'est constamment éloigné des conditions de la société tribale où est apparue la Charia, des problèmes du paganisme et de ses soucis et aspirations limités. Une telle distanciation a provoqué un changement fondamental dans tous ses besoins, ses préoccupations et exigences, et finalement dans sa manière de traiter et d'organiser la satisfaction des besoins. Si des rites comme la prière, les ablutions, et le jeûne furent utiles à un certaine étape de la vie du bédouin, améliorèrent sous comportement, son souci de propreté corporelle... etc, il se trouve que ces mêmes objectifs sont atteints par l'homme moderne par l'organisation même de sa vie sociale.
Ainsi les rites pourraient n'être plus nécessaires et ne plus jouer un rôle susceptible de résoudre ses problèmes de civilisation.

Cette vision des choses est erronée car le progrès social ne fait que transformer la relation entre l'homme et la nature. Les rites ne constituant pas une relation entre l'homme et la nature, ils demeurent "non affectés" par un tel progrès. Les rites constituent une relation entre l'homme et son Seigneur, relation que comporte un aspect rejaillissant sur la relation entre l'homme et son semblable.

Dans le domaine de ces deux relations essentielles, nous constatons historiquement que l'humanité éprouve un certain nombre de besoins constants:

1- Le besoin d'être relié à l'absolu;

2- Le besoin de l'objectivité dans l'accomplissement et le dépassement de soi;

3- Le besoin d'un sentiment intime de responsabilité qui garantisse l'exécution.

Voyons plus en détail ce qu'impliquent de tels besoins.

1- Le besoin d'être relié à l'Absolu:

Le système rituel est une façon d'organiser le côté pratique de la relation entre l'homme et son Seigneur.

a) Quelle est la valeur de la relation entre l'homme et son Seigneur pour la marche évolutive de l'homme? Cette valeur est-elle temporaire, répondant à un besoin provisoire ou limité et perdant son sens à la fin d'une telle étape relative?

b) Quel rôle des rites remplissent-ils dans cette relation?

Voici un résumé de l'explication que nécessitent ces questions:

Le lien à l'absolu est un problème double. L'observation attentive des faits historiques peut nous permettre de conclure que les problèmes s'y posant son variés et que les soucis s'y exprimant sont multiples dans leurs apparences (formations). Pourtant, si nous allons au-delà des apparences (formations), jusqu'au coeur même des problèmes, nous découvrons un problème permanent et essentiel, recélant deux aspects opposés, dont l'humanité souffre depuis toujours. C'est, d'une part, la croyance en (l'attitude de)
l'anéantissement et du non-être, et, d'autre part, l'attitude de l'identité et de l'appartenance, qui rend absolus des faits relatifs.

La Charia donne le nom d' "athéisme" à la première attitude, et celui d' "associationnisme" (chirk) à la deuxième. La lutte continuelle de l'Islam contre l'athéisme et le chirk constitue un combat contre ces deux problèmes dans leur dimension historique. Les deux attitudes se rencontrent en un point essentiel (ou commun): entraver le mouvement évolutif.

L'attitude du non-être, de la perdition, signifie pour l'homme qu'il est un être en perdition constante, n'appartenant point à un absolu sur lequel il pourrait s'appuyer pour trouver aide et vision claire du but et associer son mouvement à celui de toute l'existence. Ce mouvement vers l'anéantissement est un mouvement au hasard comparable à celui d'une plume emportée par le vent. La plume est influencée par des facteurs qui lui sont extérieurs sans pouvoir jamais influencer quoi que ce soit. Il n'y a pas d'accomplissement dans la marche historique de l'homme sans une relation à un absolu.

Mais cette dernière relation peut nous mener, par ailleurs, à l'autre attitude qui guette constamment l'homme: celle qui érige le relatif en absolu.

L'homme lie sa soumission à une sauve (se soumet à une cause) de sorte que cette appartenance lui permette de se d'avancer continuellement, mais sa loyauté se seize graduellement et perd de vue les circonstances relatives dans lesquelles elle se trouve être juste.

L'esprit humain en déduira un "absolu" sans limite pour la réponse à ses demandes. Dans la terminologie religieuse un tel "absolu" se transforme en un dieu adoré au lieu d'un besoin demandant à être satisfait.

Quand le relatif se transforme en un "absolu", en un dieu de cette sorte, il devient un facteur d'encerclement du mouvement de l'homme, il gèle ses capacités propres à créer et à se développer et il paralyse sa marche:

"Ne place point une divinité à côté de Dieu, sans quoi tu serais honni et abandonné!"

(Coran, 17: 22)

Ceci est un fait réel s'appliquant à tous les dieux que l'humanité a créés durant l'histoire, que ce soit du temps de l'adoration idolâtre ou dans les temps postérieurs.

De l'époque des tribus à celle de la science, nous trouvons une série de dieux qui empêchèrent les hommes qui les adoraient d'accomplir un progrès précis.

L'homme faisait ainsi donner (ainsi l'homme donnait) son alliance à la tribu. C'était un besoin affectif dicté par ses circonstances de vie particulière (les circonstances particulières de sa vie. Mais il exagéra, faisant un absolu de cette tribu, devenant incapable de voir les choses autrement que par le biais de son clan. Ainsi la tribu devint un obstacle dans la voie de sa progression.

L'homme moderne donne légitimement son alliance à la science qui éclaire pour lui le chemin menant au contrôle de la nature, mais il exagère parfois son attachement, en faisant une alliance absolue. Il en vient à adorer la science, refusant pour l'amour de son "Dieu-Science" tout idéal en fait ne pouvant être mesuré ou observé au microscope.

Toute chose relative, donc limitée, lorsqu'elle devient un absolu se transforme, au moment de la maturité intellectuelle, en une bride pour l'esprit qui en a fait un dieu.

Cependant la marche humaine vers l'avant requiert un absolu! Cela doit être un véritable absolu, capable d'englober et de dominer la marche évolutive, de la maintenir sur le droit chemin quelque soit son degré d'avancement et d'effacer tous les "dieux" qui pourraient l'encercler!

Ainsi le problème peut-être résolu dans ses deux aspects!

1) La foi en Dieu est le remède

Un tel remède est proposé dans ce que la Loi céleste (Charia) présente à l'homme comme la doctrine de la foi en Dieu, Dieu en tant qu'absolu auquel l'homme limité peut rattacher sa propre marche sans jamais éprouver la moindre contradiction sur son long chemin.

La foi en Dieu résout l'attitude négative du problème, rejette la perdition, l'athéisme, le néant et l'indifférence. Elle place l'homme en position de responsabilité, liant le cosmos à son initiative, faisant de cet homme le Khalife(3) de Dieu sur la terre. Le Khalifat implique la responsabilité, et situe l'homme se déplaçant dans l'éternité sans fin d'un mouvement responsable entre deux pôles: entre un représenté devant lequel il est responsable, et une récompense qu'il reçoit selon sa conduite, ou encore entre Dieu et la résurrection.

De même, la foi en Dieu résout le côté positif du problème, celui de l'exagération qui fait dévier l'homme de son chemin.

Elle le résout ainsi:

1- Cet aspect du problème est crée par la transformation du relatif en absolu au moyen d'une opération intellectuelle et d'un isolement de ce relatif de son contexte de ses limites. Quant à l'absolu représenté par la foi en Dieu, il n'est pas le résultat d'une étape parmi les étapes de l'intelligence humaine et ne risque donc pas de devenir une entrave lors d'une prochaine étape de maturité intellectuelle.

Il n'est pas non plus le résultat d'un besoin limité propre à un individu ou à un groupe, de sorte qu'il puisse, en tant qu'absolu, savoir (servir) d'arme à la disposition des intérêts égoïstes et illégaux!

Car Dieu, le Très Haut, est un Absolu sans aucune limite qui absorbe en Ses Attributs essentiels tous les idéaux suprêmes de l'homme, son Khalife sur terre. En d'autres termes, le chemin conduisant vers Lui est illimité, ce qui implique un mouvement continu et un rapprochement par étapes ne comportant jamais de terme.

"Alors toi, l'homme qui te tournes vers ton Seigneur, tu Le rencontreras". (Coran, 84: 6)

Dieu donne à ce mouvement Ses propres idéaux suprêmes, tirés de la Connaissance, de la Puissance et de la Justice, ainsi que des autres qualités de l'Absolu vers lequel la marche est dirigée. La marche vers l'absolu est toute de connaissance, toute de puissance, de justice et de richesse. Autrement dit, la marche humaine est une lutte continue contre toutes les formes de l'ignorance, de l'impuissance, de l'oppression et de la pauvreté. Tant que tels sont les buts de cette marche liée à l'absolu, ils constituent non seulement une dédicace à Dieu, mais encore une lutte constante pour le bien de l'homme, pour sa dignité et pour la réalisation de ses idéaux suprêmes.

"Celui qui lutte, ne lutte que pour son bien. Dieu se suffit à Lui-même, IL n'a pas besoin de l'univers". (Coran, 29: 6)

"Sur toi Nous avons fait descendre pour les hommes le Livre, en toute Vérité". (39: 41)

Inversement, les absolus imaginaires et les faux dieux ne peuvent englober la marche avec toutes ses aspirations, car ils ne sont que les rejetons d'un faible cerveau humain, ou encore le besoin d'un pauvre homme, ou l'oppression d'un tyran. Ils se trouvent donc reliés à l'ignorance, à l'incapacité ou à l'oppression. Ils ne peuvent jamais bénir la lutte continuelle de l'homme contre lui-même (ou des hommes contre eux-mêmes, ou des hommes entre eux)!

2- Etre lié à Dieu, Tout-Puissant, l'Absolu, qui contient toutes les aspirations de la marche humaine vers l'avant, signifie en même temps que l'on rejette tous les "absolu" imaginaires et que l'on engage une guerre constante contre toutes les idolâtries et adorations artificielles.

Ainsi l'homme sera débarrassé du mirage de ces faux absolus qui sont comme cela est le cas pour n'importe quel autre instinct. Cette manière correcte de le satisfaire, en harmonie avec les autres instincts et inclinaisons, constitue la seule garantie du bénéfice active de l'homme!

Selon le comportement que l'on adopte vis-à-vis d'un instinct, on permet son épanouissement ou on provoque son étouffement. Ainsi les germes de compassion se dessèchent en l'homme à la suite d'un comportement négatif, mais se développent par la pratique d'une solidarité active avec les opprimés et les pauvres. De là, il est clair que la foi en Dieu, aspiration vers l'absolu, doit disposer l'une direction qui permette de satisfaire cet instinct et de l'approfondir, et cela d'une manière compatible avec tous les autres sentiments authentiques de l'homme.

Sans une orientation, un tel sentiment, est voué à la rechute, comme ce fut le cas pour les sentiments religieux livrés à eux-mêmes dans la plupart des étapes historiques.

Sans une conduite approfondie, ces sentiments pourraient s'estomper, et le lien avec l'Absolu cesse d'être une vérité agissante sur la vie de l'homme, et en mesure de faire jaillir ses meilleures énergies.

La religion qui posa le principe: "Il n'y a de dieu que Dieu"; y faisant figurer à la foi le rejet et l'affirmation est ici l'instrument orienteur et ce sont les rites qui remplissent le rôle constant d'approfondissement de ces sentiments, car ils donnent une expression pratique et une concrétisation de l'instinct de la foi - par leur moyen cet instinct et s'approfondit (pénètre au profondeur) dans la vie de l'homme.

Nous constatons que ces rites, en tant qu'expression pratique du lien avec l'absolu, comportent à la fois la pratique de l'affirmation et du rejet. Ils constituent une confirmation permanente, de la part de l'homme, de son lien avec l'Absolu et de son rejet de tout autre "absolu" artificiel.

Celui qui commence sa Prière (par les mots Allâhu Akbar) affirme ce rejet - lorsqu'il déclare, à chaque prière, que le Prophète de Dieu (P) est Son Serviteur et Son Envoyé il affirme ce rejet - de même lorsqu'il s'abstient des bonnes choses et se tient éloigné des nécessités de l'existence, par amour de Dieu, défiant les désirs et leur tyrannie, il affirme encore ce rejet.

Ces rites ont réussi à éduquer des générations de croyant, entre les mains du Prophète (P) et des guides pieux qui lui succédèrent; ceux dont les prières incarnèrent dans leurs âmes le rejet de toutes les forces du mal et leur écrasement. Devant leur avance triomphale les "absolus" du genre de Khosrô et César de même que tous les "absolus" de l'imagination humaine limitée furent anéantis.

A la lumière de ce qui procède nous voyons que l'adoration est une nécessité constante dans la vie de l'homme et dans sa marche évolutive. Il ne peut y avoir de marche sans un "absolu" à laquelle elle se relie en y puisant ses idéaux. De même il n'y a pas d' "absolu" qui puisse contenir la marche tout au long de son interminable chemin si ce n'est le véritable Absolu (Dieu).

Tous les autres "absolus" artificiels forment nécessairement d'une manière ou d'une autre, un obstacle à la croissance évolutive.

L'attachement au véritable Absolu est donc un besoin permanent, tout autant que le rejet des "absolus" artificiels. Il ne peut y avoir d'attachement au vrai absolu sans une expression pratique de cet attachement, le confirmant et le consolidant continuellement.

Une telle expression pratique n'est pas autre chose que l'adoration. Il apparaît donc que l'adoration est un besoin permanent.

2) L'objectivité dans l'accomplissement et le dépassement de soi

A chaque étape de la civilisation humaine et à chaque période de la vie de l'homme, les gens rencontrent de nombreux intérêts dont la réalisation exige à un degré ou à un autre, une large action. quelque soit la diversité des types d'intérêts ainsi que la manière de les réaliser, qui varie d'une époque à l'autre, ils peuvent être classés en deux catégories:

i)- Des intérêts dont les gains et les revenus matériels reviennent à l'individu même dont dépend la réalisation de ces intérêts.

ii)- Des intérêts dont les gains reviennent à d'autres personnes que celles auxquelles ils appartiennent en propre. Dans cette deuxième catégorie sont inclus tous les travaux qui visent un but plus grand que l'existence même de celui qui travaille. En effet chaque, chaque grand but n'est atteint qu'au travers d'efforts collectifs portant sur une longue période de temps.

Le premier type d'intérêt garanti la motivation intérieure de l'individu, sa disponibilité et son effort pour la réalisation de celui-ci (l'accomplissement). Tant que celui qui travaille cueille lui-même les fruits de l'intérêt et en jouit directement, l'effort et la motivation existeront naturellement.

Mais dans le second type d'intérêts, la motivation pour la réalisation n'est plus suffisante, car les intérêts en jeu ne sont pas seulement ceux de celui qui travaille, souvent même sa part de travail et de peine est plus importante que la part d'intérêt qui lui revient.

Il en découle un besoin d'éduquer l'objectivité du but et le dépassement de soi dans la motivation.

Cela signifie (c'est-à-dire) que l'homme doit travailler pour le bien-être des autres, pour l'amour du groupe, ou encore qu'il doit oeuvrer pour un but qui dépasse sa propre existence et son propre intérêt matériel. Cette éducation est une nécessité pour l'homme de l'ère de l'électricité et de l'atome autant que pour celui de l'époque du sabre et du chameau, car tous deux sont confrontés aux soucis de la construction, à de grands buts et à des situations qui exigent un dépassement de soi et un travail pour le bénéfice d'autrui, à des semailles de graines dont les fruits ne pourront être contemplés par le semeur. Il est donc nécessaire d'élever chaque individu de sorte qu'il puisse fournir une partie de son effort, non pas seulement pour lui-même et ses intérêts personnels et matérialistes, mais aussi pour un but purement "objectif".

Les rites jouent un grand rôle dans cette éducation. Ils constituent, comme nous l'avons déjà vu, des actes accomplis par amour de Dieu. Ils ne sont donc pas valables si l'adorateur les accomplit en vue d'un intérêt personnel. Ils sont invalidés par la recherche, au travers de leur accomplissement, d'une gloire personnelle, d'une approbation de la société, ou d'une dédication à son propre ego. En fait ils se transforment alors en actes illégaux, méritant le châtiment de l'adorateur, tout ceci pour que l'adorateur éprouve, au travers de son adoration, un but objectif, avec tout ce que cela comporte de véracité, de sincérité et de sentiment de responsabilité, et pour que l'adorateur s'engage avec sincérité dans le Chemin de Dieu.

Le Chemin de Dieu est une expression pour désigner la Voie du travail pour le bien d'autrui, car tout travail accompli pour Dieu est un travail pour le bien des serviteurs de Dieu. Car Dieu est "Indépendant (Autonome)" par rapport à Ses serviteurs; et comme il est le Vrai Absolu, au-dessus de toute limite ou spécification, il ne se rattache pas à un groupe particulier ni à une direction spécifique. Son chemin recouvre, dans la pratique, le chemin de l'humanité entière. Le travail pour Dieu n'est autre que le travail pour les hommes et pour leur bien à tous ainsi qu'un entraînement psychologique et spirituel continu sur cette même voie.

Toutes les fois que le "Chemin de Dieu" est mentionné dans la Chariah on peut le comprendre comme signifiant "le chemin de tous les hommes". L'Islam a fait du chemin de Dieu une des possibilités de donner la Zakât (aumône rituelle). Il a voulu par là l'acte de donner pour le bien de l'humanité et pour son intérêt. Il recommande le combat pour la cause des opprimés parmi les hommes, le nommant "combat dans le Chemin de Dieu".

"Les croyants combattent dans le Chemin de Dieu; les incrédules combattent dans le chemin des Tâghout. Combattez donc les suppôts de Satan; les pièges de Satan sont vraiment faibles." (Coran, 4: 76)

Par ailleurs, si nous comprenons que l'adoration exige différents types d'efforts: parfois physiques comme pour la prière, parfois psychologique comme pour le jeûne, parfois financiers comme pour la Zakât et parfois même au niveau du sacrifice de sa vie ou de l'affrontement du danger comme dans le Jihâd (la guerre Sainte)... Si nous comprenons cela, nous serons à même de comprendre la profondeur et l'ampleur de l'entraînement psychologique et spirituel mené par l'homme à travers les différents rites, dans un but objectif, pour le don et la contribution et pour un travail dans tous les domaines en vue d'un but plus grand.

Sur cette base nous découvrons une différence énorme entre l'homme qui a été élevé dans l'effort de plaire à Dieu éduqué pour travailler sans attendre de compensation dans le domaine de son action, et l'homme éduqué à toujours mesurer son effort sur l'intérêt immédiat qu'il pourra réaliser, à lui donner la valeur correspondant à la satisfaction entendue. Ce dernier ne saurait évaluer qu'en chiffres et en cours de la bourse; un tel personnage n'est qu'un marchant dans son action sociale quelque puisse être son domaine propre (l'action sociale d'un tel personnage, en quelque domaine qu'elle puisse être réalisée, n'est qu'un marchandage.

L'Islam, dans son souci d'enseigner l'objectivité du but, a constamment lié la valeur du travail à ses motivations, en la séparant des résultats de ce travail. La valeur d'un travail en Islam ne résulte pas des gains et des biens que vont en retirer celui qui l'accompli ou les autres. Elle réside plutôt dans la motivation, dans la nature pure, objective et de dépassement de soi de ce travail.

Celui qui découvre le remède à une maladie dangereuse, sauvant ainsi des millions de personnes, ne voit pas la valeur de son travail mesurée auprès de Dieu d'après le résultats atteints mais d'après les sentiments et les désirs qui furent à l'origine de la motivation qui porta ce chercheur à fournir son effort. S'il ne se dépensa que dans le but de pouvoir gagner des millions de francs, son travail a, dans l'échelle des valeurs Divines, la même valeur qu'un autre travail commercial, car la logique même des motivations personnelles, comme elle a pu le pousser à découvrir un remède, pourra le pousser à découvrir des moyens de destruction, s'il trouve un marché pour ces derniers.

Un travail ne sera considéré comme noble et vertueux que si ses motivations surpassent l'ego et s'il s'inscrit dans le "Chemin de Dieu" et dans le chemin des créatures de Dieu; et plus il sera de cette nature et plus il sera élevé et de grande valeur.

3) Le sentiment intime de responsabilité

Si nous observons l'humanité dans une quelconque de ses périodes historiques, nous trouverons qu'elle suit un système (mode) de vie particulier, qu'elle a une manière spécifique de distribuer les droits et les responsabilités entre les individus, et nous voyons que, dans la mesure où elle voit s'accroître l'assurance que les individus adhèrent au système, elle se rapproche de la stabilité et de la réalisation propre envisagée par le système.

Celui est une réalité qui s'applique aussi bien au passé qu'à l'avenir; c'est une des réalités permanentes de la marche évolutive de l'homme.

Parmi les garanties, il y eu a qui sont objectives, telles que les châtiments établis par le groupe pour éduquer l'individu qui outre passerai les limites; et il y en a une qui est subjective ou intérieure: c'est le sentiment intime de la responsabilité éprouvé par l'homme envers devoirs sociaux et envers ce qu'exige de lui la société et ce qu'elle détermine pour lui en matière de droits.

Malgré le rôle important que jouent les garanties objectives dans le domaine de la conduite des individus, celles-ci, dans beaucoup de cas, ne suffisent pas à elles seules. Il faut que s'y rajouter un sentiment intime de responsabilité, car la surveillance objective de l'individu, aussi étroite qu'elle puisse être, ne peut habituellement s'avérer sans faille.

Le sentiment de la responsabilité a besoin, pour être une réalité concrète vivante, de la foi en une surveillance telle que ne lui échappera pas même un atome sur la terre ni dans le ciel et d'un entraînement pratique par lequel un tel sentiment, de par la conscience même de cette surveillance toute qui englobe tout, puisse croître et s'enraciner (s'approfondir).

On découvre que cette surveillance, à laquelle n'échappe pas un seul atome, est dans la vie de l'homme, le résultat de son lien avec le vrai Absolu, l'Omniscient et le Tout-Puissant, dont la science embrasse toute chose. Ce lien même permet la possibilité du sentiment intime de responsabilité.

L'entraînement, par lequel croît ce sentiment intime, est réalisé (se réalise au travers de...) par la pratique rituelle.

L'adoration est une obligation invisible. Nous voulons dire par là qu'il est impossible de la contrôler de l'extérieur. Aucune mesure extérieure ne peut réussir à la renforcer car elle ne se maintient que par l'intention intérieure et l'attachement spirituel à l'oeuvre accomplie pour Dieu. C'est une action (affaire) qui ne peut ni être soumise à la surveillance objective venant de l'extérieur ni dépendre d'une mesure légale. La seule surveillance possible en ce domaine est le contrôle qui résulte du lien avec l'Absolu, avec l'Invisible, à la Science duquel rien n'échappe. La seule garantie possible à ce niveau est le sentiment intime de responsabilité.

Cela signifie que la personne qui pratique l'adoration accompli un devoir qui diffère de tout autre devoir ou projet social. Lorsqu'il emprunte et rends l'argent, lorsqu'il souscrit et adhère à des contrats (conditions), il accomplit des actions entrant dans le cadre du contrôle de la société. Il s'expose ainsi à la réaction de la société en cas de refus de souscrire à ces obligations.

Mais le devoir d'adoration, invisible, dont seul Dieu connaît le contenu interne, est le résultat du sentiment de responsabilité. A la suite des pratiques rituelles ce sentiment croît et l'homme s'habitue à agir en accord avec lui.

Par ce sentiment existe le bon citoyen. Car il ne suffit pas pour être un bon citoyen que l'individu donne aux autres ce qui leur est légalement dû, par crainte de la réaction de la société. Le bon citoyen est celui qui accomplit ses actions sous l'implosion du sentiment intime de responsabilité.

Si le sentiment de peur de la réaction sociale pouvait constituer à lui seul la base de la bonne conduite dans une bonne société, alors la fuite devant les responsabilités serait possible en de nombreuses occasions: chaque fois, par exemple, que l'individu pourrait cacher sa désobéissance aux lois, ou lui donner une fausse justification, ou encore éviter la réaction sociale d'une manière ou d'une autre. Dans tous ces cas seule peut intervenir la garantie apportée par le sentiment intime de responsabilité.

Nous remarquons qu'il est le plus souvent recommandé de pratiquer secrètement plutôt que publiquement les rites à caractère facultatif. Il existe même des rites à caractère secret par nature, tel le jeûne qui constitue une abstention non contrôlable de l'extérieur. Pour certains rites comme par exemple pour les prières surérogatoires accomplies après minuit un cadre discret est recommandé, loin du regard de tous. Tout cela est dans le but d'approfondir l'aspect invisible de l'adoration, en la reliant de plus en plus au sentiment intime de responsabilité. Ainsi, ce sentiment se renforce au fur et à mesure de la pratique des rites, et l'homme s'habitue à agir sur son implosion. Ce sentiment forme ainsi une garantie très forte que l'individu accomplira ses devoirs et ses droits.

2- Des Traits généraux dans les rites :

Si nous observons d'un regard général les rites que nous avons déjà mentionnés, les comparant les uns aux autres, nous pouvons en tirer quelques aperçus généraux. Nous mentionnerons ces aperçus comme suit:

Nous avons vu, dans ce qui a précédé, le rôle important que joue l'adoration dans la vie de l'homme et le besoin permanent de la marche vers l'avant de l'homme qu'elle exprime. Si d'un autre côté, nous étudions et analysons les particularités qui caractérisent chaque rite nous pourrons souvent, à la lumière du progrès de la science moderne, se familiariser avec (découvrir) les sagesses et les secrets que contient la Chariah.

Accord cet merveilleux entre les données de la science moderne et plusieurs particularités de la Chariah renforce sa position et donne une éclatante confirmation de son origine divine.

Malgré tout cela, pourtant, nous rencontrons souvent des points mystérieux dans les rites; c'est-à-dire un ensemble de détails dont les secrets ne peuvent être saisis ou expliqués de manière sensible et tangible. Ainsi, pourquoi la prière du coucher du soleil est-elle de trois ruk'ah (cycle de la prière) alors que la prière de midi en comporte quatre? De plus, pourquoi chaque ruk'ah inclut-elle une inclinaison au lieu de deux, deux prosternations au lieu d'une seule? Beaucoup d'autres questions pourraient ainsi être posées.

Nous appelons "mystérieux" un tel aspect du rite qui ne peut-être expliqué. D'une manière ou d'une autre nous retrouvons cet aspect dans la plupart des rites proposés par la Chariah.

Nous pouvons considérer le "mystérieux", dans le sens que nous venons d'indiquer, comme un phénomène général apparaissant dans les rites, comme une de leur caractéristique commune.

Le mystère est lié d'une manière organique aux rites et à leur caractère obligatoire. Le rôle des rites, comme nous l'avons vu, consiste à renforcer la foi et l'attachement à l'Absolu et à les enraciner d'une manière concrète. Plus l'élément d'abandon et de soumission est grand dans l'adoration, plus l'effet de renforcement du lien entre l'adorateur et son Seigneur est puissant.

Par contre, si l'adorateur comprend tous les aspects et les avantages de l'acte accompli et en saisit, dans tous ses détails, la raison d'être, l'élément d'abandon et de soumission en sera amoindri et les motivations d'intérêt et de profit domineront. L'acte ne s'inscrira plus dans la catégorie de l'adoration de Dieu, dans la mesure où il sera un acte accompli en vue d'un profit bien spécifique.

Tout comme l'esprit d'obéissance et d'attachement du soldat croît et se renforce par l'entraînement militaire, qui lui impose des ordres auquel il doit obéir sans discussion; le sentiment d'adoration croît et se renforce par la pratique avec abandon et soumission des rites et de leurs aspects mystérieux. Cette attitude de soumission requiert l'existence d'un aspect mystérieux et la tentative d'expliquer et d'interpréter cet aspect mystérieux revient à vider l'adoration de sa réalité en tant qu'expression pratique de la soumission, et à l'évaluer d'après des critères d'intérêts, tout comme n'importe quel autre action.

Nous remarquons que l'inexplicable est pratiquement absent des rites qui représentent un grand intérêt social opposé à l'intérêt personnel de l'adorateur. C'est le cas du Djihâd (combat pour la cause de Dieu) lequel représente un grand intérêt social opposé au désir individuel de préserver sa vie; c'est aussi le cas de la Zakât (impôt rituel) qui représente un grand intérêt social opposé au désir de préserver sa richesse et sa propriété. L'action du Jihad est bien comprise par le combattant, comme l'action de la Zakât est comprise par celui qui donne l'impôt. Cependant ces deux rites ne perdent pas leur élément de soumission à Dieu, car la difficulté de sacrifier sa vie ou ses biens dans un esprit d'adoration exige un grand effort de soumission et d'obéissance.

Si nous constatons que les rites de ce dernier genre n'ont pas pour seul but l'éducation de l'individu, mais visent également à assurer des bénéfices d'ordre social; nous remarquons que l'aspect mystérieux est de plus en plus présent dans les rites qui visent l'éducation de l'individu, tels que la prière ou le jeûne.

Nous en concluons que le mystérieux et l'inexpliqué des rites se rattachent au rôle éducatif, consistant à relier l'adorateur à son Seigneur, cette relation plus profonde.

3- Le caractère inclusif de l'adoration:

Lorsque nous observons les différents rites islamiques, nous y trouvons qu'ils incluent tous les aspects de la vie. Les rites ne sont pas limités à des normes spécifiques de rituel, ni à des actes qui incarnent la glorification de Dieu, comme l'inclinaison, la prosternation, l'invocation ou la demande, mais qu'ils ont été plutôt élargis de façon à inclure tous les domaines de l'activité humaine.

Le Jihad, par exemple, est un rite, c'est aussi une activité sociale. La Zakât est un rite, c'est encore une activité sociale d'ordre financier. Jeûne est un rite, c'est aussi une discipline alimentaire. Les ablutions et la purification rituelle du corps (ghosl) sont des formes d'adoration, ce sont également des manières (occasions) de nettoyer le corps.

Le caractère inclusif de l'adoration exprime une tendance générale de l'éducation islamique qui veut relier l'homme, dans la totalité de ses activités à Dieu Tout-Puissant; faisant de chaque acte utile une adoration, quel qu'en soit le genre.

Afin d'assurer une base solide à cette orientation, des rites précis ont été établis pour les différents domaines de l'activité humaine, dans le but de préparer l'homme à étendre l'esprit d'adoration à toutes ses activités utiles, et l'esprit de la mosquée en tout lieu de son action: au champ, à l'usine, sur le bateau ou au bureau. Ceci n'est possible que tant que son acte est bon, utile et accompli dans le but d'être agréable à Dieu.

De ce point de vue, la jurisprudence islamique diffère de deux autres tendances religieuses: une tendant à séparer l'adoration de la vie, et une autre consistant à limiter la vie à un cadre étroit d'adoration, comme le font les moines et les mystiques.

La première tendance, séparant l'adoration de la vie, assigne à l'adoration des lieux précis, prévus à cet effet. L'homme doit, pour rendre à Dieu son dû et l'adorer, être présent en ces lieux. Et cela est tellement vrai, que lorsqu'il les quitte pour les divers domaines d'activités de la vie, il dit "au revoir" à l'adoration, s'engage dans ses affaires et ne s'occupera de l'adoration qu'une fois revenu en ces lieux saints. Cette division entre l'adoration et les diverses activités de la vie paralyse l'adoration et gêne son rôle constructif, consistant à développer les motivations de l'homme, les rendant objectives et lui permettant de dépasser dans les divers domaines de l'activité son ego et ses intérêts personnels étroits.

Dieu, le Très-Haut, n'a jamais demandé à être adoré pour sa Propre Personne, car IL est "Indépendant (ou Autonome)" de Ses adorateurs, ou pour retirer satisfaction d'une telle adoration. Il ne s'est pas donné comme but de l'évolution humaine que l'homme courbe la tête devant Lui en adoration.

Mais IL a voulu, par cette adoration, édifier un homme bon, capable de dépasser son ego, participant à un rôle plus grand dans l'évolution. La réalisation de cet idéal ne peut se faire que si l'esprit d'adoration s'élargit à d'autres activités de la vie. Car cette élargissement, comme nous l'avons déjà vu, signifie une plus grande objectivité dans le but, le sentiment intime d'un comportement responsable, une capacité de dépassement de soi et une harmonisation de l'homme avec son cadre cosmique, avec l'éternité qui l'environne de toutes parts.

De là, la Chariah a distribué les rites dans les différents domaines de la vie, encourageant la pratique rituelle dans tout acte utile. Elle explique que la différence entre la mosquée, qui est la maison de Dieu, et la maison de l'homme ne réside pas dans la construction ni dans la devise, mais la mosquée a mérité d'être la maison de Dieu car elle est le lieu où l'homme pratique des actes qui dépassent son ego et d'où il s'oriente vers un but plus large que celui qui est dicté par la logique de ses intérêts matériels limités. Et ce lieu doit s'élargir pour contenir tous les domaines (toutes les situations) de la vie.

Ainsi, chaque endroit où l'homme accomplit un acte qui dépasse son ego, pour Dieu et pour l'intérêt de tous, est imprégné de l'esprit de la mosquée.

Quant à la deuxième tendance, qui restreint la vie à un cadre étroit d'adoration, elle a essayé de limiter l'homme à la mosquée au lieu d'étendre la signification de la mosquée à tous les lieux témoins d'un acte bon et utile de l'homme.

Cette tendance croit que l'homme vit un conflit intérieur entre l'esprit et le corps, et qu'il ne peut perfectionner l'un qu'au détriment de l'autre.

Il en résulte que pour croître et s'élever spirituellement il doit priver son corps des bonnes choses, restreindre sa présence sur la scène de la vie, lutter continuellement contre ses désirs et ses aspirations dans les différents domaines de la vie, jusqu'à l'obtention de la victoire à travers une longue abstinence et de longues privations ainsi que la pratique de certains rites.

La Chari'ah rejette cette tendance, car elle veut que les rites soient au bénéfice de la vie. La vie ne peut-être confisquée au bénéfice des rites. Dans le même temps, elle insiste pour que l'homme bon déverse l'esprit d'adoration sur tout son comportement et sur toute son activité. On ne peut considérer que cela implique qu'il arrête les activités de la vie et qu'il se confine entre les murs d'un autel. Cela implique plutôt qu'il transforme toutes ses activités en rites.

La mosquée n'est qu'une base d'où un homme prend appui pour diriger son comportement quotidien, mais sans se limiter uniquement à son comportement. Le Prophète (P) a dit à Abu Tharr al-Ghifârî: "S'il est en ton pouvoir de ne boire et de ne manger que pour Dieu, fais-le".

Ainsi, l'adoration est au service de la vie. Sa valeur éducative et son succès religieux sont déterminé par son degré d'élargissement spirituel à tous les domaines de la vie.

4- L'aspect sensible dans l'adoration:

La perception de l'homme ne se fait pas seulement par le truchement de ses sens, ni seulement par la réflexion intellectuelle pure. Elle est un composé de raison et de sensation, d'abstraction et de représentation.

Puisqu'il est demandé à l'adoration de remplir un rôle positif au niveau de l'homme dans sa globalité et d'être en harmonie avec son individualité, il est nécessaire que cette adoration présente elle-même un aspect sensible (sensitif) et un aspect intelligible afin de s'accorder avec la nature de l'adorateur. Ce dernier vit sa relation avec l'absolu par tout son être. C'est pourquoi l'intention et le contenu psychologique de l'adoration représentent constamment l'aspect intelligible abstrait, lequel rattache l'adorateur à l'absolu, au vrai, tandis qu'il existe d'autres manifestations de l'adoration qui en représentent l'aspect sensible - la "Qiblah" vers laquelle tout croyant doit se tourner, la Maison Sacrée visitée par les pèlerins qui tournent autour d'elle, "Safa et Marwah" (deux lieux du pèlerinage) entre lesquels les pèlerins courent, la "Jamarat-ul-'Aqabah" qui est la visée d'un jet de pierres, la mosquée qui est un lieu réservé à la pratique des rites, sont autant d'exemple de signes sensibles se rapportant à l'adoration. Il n'y a pas de prière sans Qiblah, ni de Tawâf (circonvolutions rituelles) sans Maison sacrée,... etc, et ceci afin de satisfaire le côté sensitif de l'adorateur, le faisant participer à l'adoration.

C'est là le juste milieu dans l'organisation de l'adoration, dans sa conformité à la nature fondamentale de l'homme et à sa constitution rationnelle-sensible(4) particulière.

Ce juste milieu se situe entre deux attitudes:

1)- L'une pousse à l'extrême l'aspect intellectuel de l'homme, le considérant comme une pensée désincarnée, écartant toute expression sensuelle de l'adoration pour se conformer à la nature de l'absolu non sensuelle et non limitée par le temps et l'espace. Il est à noter que cette attitude n'est pas agrée par la Loi islamique, laquelle reconnaît certes l'importance de l'aspect intellectuel (par exemple dans le Hadith suivant: "La méditation d'une heure est meilleure que l'adoration d'une année"), mais manient que la réflexion humble, de la nature de l'adoration, aussi profonde puisse-t-elle être, ne peut remplir complètement l'âme de l'homme, ni occuper tous ses temps libres, ni le relier par toutes les fibres de son être (à quoi?), tout simplement parce que l'homme n'est pas seulement un être intellectuel.

A partir de cette base réaliste les rites islamiques ont été fondés à la fois sur l'intellect et sur les sens. L'ornant accompli une adoration intellectuelle en niant toute limite à son Seigneur, par exemple lorsqu'il commence sa prière par les mots "Allâh-ou-Akbar" (Dieu est le Plus Grand), mais, simultanément, il prend la Ka'bah comme signe divin vers lequel il oriente sa pensée et ses mouvements, afin de vivre l'adoration par l'esprit et par la sensation, par la logique et par l'évolution, abstraitement et concrètement.

2)- L'autre attitude exagère le côté sensuel (sensitif) et transforme l'illusion en réalité concrète. Elle fait de l'adoration du symbole un substitut de l'adoration du symbolisé. Ainsi l'adorateur s'enfonce d'une manière ou d'une autre dans l'association (cherk) et la paganisme.

Cette attitude annihile totalement l'esprit d'adoration et le neutralise en tant que moyen de relier l'homme et sa marche vers l'avant au vrai absolu. L'adoration est transformée en un moyen de se relier à de faux absolus, par des symboles rendus absolus par des abstractions mentales erronées. Ainsi cette fausse adoration devient un voile entre l'homme et son Seigneur, au lieu d'être un trait d'union entre eux.

L'Islam rejette une telle attitude, car il a rabaissé le paganisme sous toutes ses formes, détruit les idoles et aboli les "dieux" artificiels. Il a refusé de prendre une chose limitée pour symbole ou pour incarnation du vrai absolu. Il a distingué profondément entre le sens des idoles, qu'il brisa, et le sens de la Qiblah, qu'il apporta. Cette Qiblah n'est qu'un point précis de l'espace, divinement anobli auquel la prière fut rattachée pour satisfaire le côté sensuel (sensitif) de l'adorateur.

Le paganisme n'est en réalité qu'une tentative déviée de satisfaire ce dernier côté. La Loi islamique (Chari'ah) a pu redresser la déviation et présenter la manière correcte d'accorder l'adoration de Dieu, qui est une relation à l'absolu infini et sans pareil, au besoin de l'homme, constitué de sens physiques et d'intellect (intelligence), pour que ce dernier puisse adorer Dieu simultanément avec ses sens et avec son esprit.

5- L'aspect social dans l'adoration:

L'adoration représente essentiellement la relation de l'homme avec son Seigneur. Elle donne à cette relation les éléments de persistance et de stabilité. Mais elle a été formulée dans la Loi islamique d'une manière qui en fait, le plus souvent, un instrument de relation de l'homme avec son semblable: c'est ce que nous désignons par "aspect social" de l'adoration. Certaines rites impliquent le regroupement et l'établissement de relations sociales entre les pratiquant. Le Djihâd par exemple exige des combattants qui font acte d'adoration d'Allah en se battant pour Sa Cause, qu'ils établissent entre eux les relations se forment normalement, entre les soldats, dans les unités militaires.

D'autres rites n'exigent pas, en soi, le regroupement, mais lient néanmoins l'adorateur, d'une façon ou d'une autre, à une certaine forme de regroupement, afin de l'amener à réunir, en une seule pratique, sa relation avec son Seigneur et sa relation avec son semblable.

Parmi les prières canoniques obligatoires figure la prière commune dans laquelle la prière individuelle devient prière collective. Les liens du groupe s'y raffermissent, la prière spirituelle se fortifie en conséquence de l'unification dans la pratique du rituel.

L'obligation du pèlerinage s'inscrit dans des époques et dans des lieux précis; la pratique du pèlerinage crée, de ce fait, une grande activité sociale.

L'obligation du jeûne elle-même, qui est par nature un acte individuel, est liée à la fête de la rupture du jeûne, aspect social de cette obligation qui unit les pratiquant dans la joie de la victoire remportée sur leurs désirs et leurs ennuies (caprices).

L'obligation de la Zakât crée, parallèlement à la relation de l'homme avec son Seigneur, une relation avec l'autorité spirituelle (Wali al-Amr) à laquelle elle est versée ou avec le nécessiteux ou le projet charitable qui sera alimenté par elle.

Nous remarquons ainsi que, d'une manière ou d'une autre dans la pratique d'une adoration unique la relation sociale se trouve le plus souvent très proche de la relation rituelle de l'homme avec son Seigneur. Cela est une confirmation du rôle social joué par cette relation rituelle, laquelle ne peut être considérée comme réussie que si elle constitue une force capable d'orienter correctement les relations sociales qui l'accompagnent.

L'aspect social de l'adoration atteint sa valeur dans ce que l'adoration propose d'idéaux qui forment sur la scène sociale un symbole spirituel de l'unité de la communauté et de la conscience de son originalité et sa spécificité. La Qiblah ou la Maison Sacrée de Dieu sont des idéaux proposés par la Loi islamique dans le chapitre de l'adoration et de la prière rituelle. Cet idéal ne possède pas seulement une dimension religieuse mais encore une dimension sociale, en tant que symbole de l'unité et de l'originalité de la communauté (Ummah). C'est pour laquelle les Musulmans durement faire face à des harcèlements violents de la part des impies lorsque la Chari'ah leur imposa une nouvelle Qiblah, selon les mots même du Coran:

"Nous avons fait de vous une Communauté éloignée des extrêmes pour que vous soyez témoins contre les hommes, et que le Prophète soit témoin contre vous.

Nous n'avions établi la Qiblah vers laquelle vous vous tourniez que pour distinguer ceux qui suivent le Prophète de ceux qui retournent sur leurs pas.

C'est là, vraiment, un grand péché, sauf pour ceux que Dieu dirige.

Ce n'est pas Dieu qui rendra vaine votre foi.

- Dieu est, en vérité, bon et miséricordieux -

Nous te voyons souvent la face tournée vers le ciel; nous t'orienterons vers une Qiblah qui te plaira.

Tourne donc ta face dans la direction de la Mosquée sacrée.

Où que vous soyez, tournez votre face dans sa direction.

Ceux qui ont reçu le Coran savent qu'il est la Vérité venue de leur Seigneur.

- Dieu n''est pas inattentif à ce qu''ils font -".

(Coran, 2: 143/144)

Car ces impies réalisèrent la signification sociale de cette législation qui constitue un des phénomènes qui établissent la personnalité de cette communauté, en faisant une communauté du juste milieu.

Voici donc quelques aperçu généraux sur les rites dans la Loi islamique.

En plus de ce que nous avons pu mentionner de traits généraux à propos du rôle des rites dans la vie humaine, il existe pour chaque rite des fonctions et des aperçus détaillés. En effet, chaque rite islamique possède ses effets, ses spécificités et un caractère bénéfique pour l'adorateur et pour l'évolution de l'homme en général.

Nous ne pouvons ici traiter de tous ces détails, mais ceci trouvera sa place à un autre niveau du discours. Nous avons déjà autorisé certains de nos élèves à combler ce vide.

C'est à Allah, le Très-Haut, que nous demandons la protection et c'est Lui que nous implorons de ne pas nous priver de l'honneur de L'adorer, de nous classer parmi Ses serviteurs agréés, de nous couvrir de Sa Bonté et Sa Bienveillance, car c'est Lui dont la Miséricorde entoure toute chose.