La Rationalité de l'Islam
 
LES PILIERS DE L'ISLAM

Le Saint Prophète Mohammad, que la paix soit sur lui, naquit à la Mecque, au mois de Rabi` al-Awwal de l'An de l'Eléphant, soit 570 après Jésus-Christ (cinquante-trois ans avant le commencement du calendrier hégirien). Il naquit dans la famille de Bani Hâchim, de la tribu de Quraych qui était considérée comme la plus honorable des familles arabes. Le père du Prophète, Abdullah, était mort avant sa naissance. Le nom de sa mère était Aminah Bint Wahab. Sa naissance fut accompagnée de nombreux signes par lesquels le monde put savoir que le "Sauveur" était apparu.

Au début, le Prophète fut allaité pendant quelques jours par Thawbiyyah, une esclave affranchie de son oncle Abou Lahab. Bientôt, il fut remis, selon la coutume arabe de l'époque, à une nourrice bédouine, Halimah Bint Zawayb qui appartenait à la tribu de Bani Sa`ad.

A l'âge de cinq ans, il fut rendu à sa mère qu'il perdit à l'âge de six ans. Désormais l'enfant orphelin fut confié aux soins de son grand-père paternel, Abdul-Muttalib, lequel l'éleva avec un grand amour et beaucoup de soins.

Dès sa première enfance, le Prophète montra des signes de sa préparation divine pour la grande tâche qui l'attendait. Il ne participait pas aux rites idolâtres de sa tribu et ne mentait pas. Il avait d'excellentes habitudes et un caractère irréprochable qui lui attirait la sympathie de ceux qui étaient en contact avec lui. Rapidement il acquit l'épithète de "véridique" et de "digne de confiance".

Il n'avait pas plus de huit ans lorsque son grand-père, Abdul Muttalib mourut à son tour. De son lit de mort, le vieux grand-père le confia à la charge de son fils Abou Tâlib, lequel s'acquitta de ses devoirs de garde jusqu'à la dernière heure de sa vie. Il aimait son neveu, plus que son propre fils. Le Prophète grandit dans la maison de son oncle, et avant d'atteindre l'âge de l'adolescence, il avait l'habitude d'accompagner son oncle dans ses voyages en caravane.

Le Prophète n'avait reçu aucun enseignement scolaire, et par conséquent il ne savait ni lire ni écrire. Cependant, après avoir atteint l'âge de la maturité, il devint connu pour sa sagesse, sa courtoisie et son honnêteté. Mohammad étant réputé pour sa sagacité et son honnêteté, une femme Quraichite, Khadijah, célèbre pour sa grande fortune, l'engagea comme gardien de ses biens et lui confia la tâche de diriger ses affaires commerciales.

Une fois le Prophète entreprit un voyage d'affaires à Damas pour faire du commerce avec les marchandises de Khadijah, et il put réaliser des bénéfices remarquables en raison de sa capacité.

Lors de ce voyage, l'esclave de Khadijah, Maysarah accompagnait le Prophète , et au retour, il exalta ses habitudes et son caractère devant sa maîtresse, laquelle fut tellement impressionnée qu'elle lui proposa de l'épouser. Le mariage fut rapidement annoncé solennellement, et ce fut un grand succès.

Après son mariage, le Prophète habita dans la maison de Khadijah. Sa femme menait désormais une vie plus stable. Il y avait un accord total et une compatibilité parfaite de tempérament entre la femme et le mari.

Ce fut pendant cette même période que les premiers signes de sa prophétie commencèrent à se manifester. De temps en temps, le Prophète se retirait dans la grotte de Hirâ' (dans les montagnes de Tihamah, région située près de la Mecque) où il passait quelques jours et parfois un mois, loin de l'environnement morne du paganisme et des orgies sauvages des parties de plaisirs. Il passait son temps à méditer et à adorer le Seigneur de l'Univers.

A l'âge de quarante ans, alors qu'il effectuait une retraite spirituelle, il fut choisi par Allah pour devenir Prophète et il reçut la mission de prêcher la nouvelle religion. A ce moment-là, le premier verset du Coran, Al-`Alaq (le Caillot de sang) lui fut révélé. Ce même jour, il retourna chez lui et sur le chemin de retour, il rencontra son cousin Ali Ibn Abi Tâlib, qui après avoir écouté le récit de ce qui était arrivé, déclara son acceptation de la Foi Une fois le Prophète rentré à la maison, il raconta à sa femme la révélation qu'il avait reçue, et cette dernière accepta à son tour d'épouser l'Islam.

Le Prophète continua à appeler à son message calmement et discrètement les personnes qu'il considérait comme sensible à son appel. Progressivement le nombre de ses adeptes atteignit la quarantaine . Ils étaient pour la plupart jeunes et issus de secteurs variés de la société. Ils accomplissaient leurs prières secrètement et dans des lieux isolés. Pour instruire chaque nouveau croyant, le Saint Prophète affectait un plus ancien Musulman à cette tâche.

Appel aux proches parents

Après avoir prêché de cette façon pendant trois ans, le Prophète reçut d'Allah l'autorisation de profiter des conditions tribales qui prévalaient dans sa société pour étendre son appel à une autre catégorie de gens: "Avertis tes proches parents et sois bon envers tes adeptes croyants. S'ils te désobéissent, dis-leur: "Je désavoue ce que vous faites."" (Sourate al-Chu`arâ', 26: 214-216)

Le Messager d'Allah invita donc ses proches parents à un festin. Une quarantaine de personnes répondirent à son invitation. Dès qu'il se mit à prêcher parmi elles, son oncle, Abdul Uzza, dit Abou Lahab, lui infligea un affront et les invités se dispersèrent dans la confusion.

Un peu plus tard, le Prophète invita une nouvelle fois ses proches parents. Mais cette fois-ci, malgré l'opposition et les menaces d'Abou Lahab, le Prophète put dire ce qu'il voulut. Toutefois, il n'y eut qu'Ali pour répondre à son invitation et le soutenir fermement. Sur ce, le Prophète s'adressant à Ali, déclara: "Tu es mon frère, mon successeur et mon vizir (député)". (S'appuyant sur des documents transmis par la Famille du Prophète et sur des poèmes encore conservés, composés par Abou Tâlib, les Chiites croient que ce dernier avait lui aussi embrassé l'Islam à cette occasion. Toutefois, étant donné qu'il fut le seul protecteur du Prophète, il cacha sa foi au public afin de préserver son influence sur Quraych).

L'Appel général

Après cette étape difficile, le Prophète commença sur ordre d ' Allah , à prêcher son appel ouvertement. Il reçut en effet la révélation suivante: "Proclame ce qui t'est ordonné et n'accorde pas d'importance aux polythéistes." (Sourate al-Hijr, 15:94)

Le Prophète monta sur la colline de ?afâ, et appela les Quraych à s'y rassembler. Une fois qu'ils furent là, il leur dit: "Si je vous disais que l'ennemi s'approche de vous, me croiriez-vous?"; "Oui!", répondit tout le monde. "Je vous mets en garde contre un sévère châtiment", leur dit-il en ajoutant: "O Fils d'Abdul Muttalib! O Fils de Abdu Manaf! O Fils de Zuhrah! Sauvez-vous de l'Enfer. Je ne vous serais d'aucune utilité devant Allah."

Cette déclaration marqua le début d'un conflit persistant. Néanmoins, elle eut une influence heureuse et de grande envergure sur la diffusion de l'Islam. Les Quraych firent tout ce qu'ils purent pour faire plier l'Islam naissant. Ils exercèrent toutes sortes de pressions sur le Saint Prophète. Beaucoup de Musulmans faibles physiquement et matériellement furent torturés. Mais ils restèrent tous fermes dans leur foi. Ce fut Abou Tâlib qui prêta un appui total au Saint Prophète pendant cette période d'épreuves et de tribulations, et qui le sauva des machinations des infidèles.

Vers l'Ethiopie

Lorsque l'opposition et les excès des Quraych devinrent insoutenables, le Saint Prophète autorisa un certain nombre de Musulmans à émigrer en Ethiopie. En tout, 80 hommes et 18 femmes partirent pour le pays hospitalier du Négus.

La mise au ban

Lorsque les Quraych eurent échoué dans leurs tentatives pour empêcher l'émigration des Musulmans, ils décidèrent de mettre au ban les Bani Hâchim, le clan du Prophète. Cette mise au ban de la société se poursuivit pendant trois ans, au cours desquels les Bani Hâchim furent forcés de se réfugier dans "le passage montagneux d'Abou Tâlib", un fort dans les vallées de la Mecque. Personne n'établit de transactions ou n'eut de rapports avec eux tout au long de cette période. Finalement le siège, n'ayant pas pu intimider les Bani Hâchim, fut levé.

L'année du deuil

Mais le soulagement fut de courte durée. L'année suivante les Musulmans reçurent un coup sévère par la mort d'Abou Tâlib, qui avait été le protecteur le plus courageux et le plus influent du Saint Prophète. Un peu plus tard, Khadijah, la femme bien-aimée du Saint Prophète, décéda à son tour. Outre sa prudence et sa sagacité, Khadijah était une femme sympathique et de noble caractère. Elle avait dépensé sa fortune sans hésitation pour la cause de l'Islam. Pendant toute sa vie, le Saint Prophète gardera de tendres souvenirs de son amour et de sa fidélité. Il la complimentera souvent et évoquera sans cesse ses bonnes actions. Une autre femme du Prophète, Ayechah, reconnut qu'elle n'avait envié aucune des femmes du Prophète autant qu'elle avait envié Khadijah, bien qu'elle ne l'eût jamais vue. Elle raconta aussi que chaque fois que le Prophète abattait un mouton, il envoyait quelques morceaux de viande aux amis de Khadijah. L'année où ces deux tristes événements se produisirent est appelée dans l'histoire musulmane "`?m al-Huzn", l'Année du Deuil.

Le refus de Tâ'if

Ayant été déçu par les Quraych, et éprouvé par la perte de son vénérable protecteur et de sa femme chérie, le Saint Prophète tourna son attention vers les autres tribus. Il alla à Tâ'if, y resta un mois, rencontra les personnages éminents de la ville et les appela au message de la Vérité. Mais la ville de Tâ'if s'avéra comparable à la Mecque quant au traitement qu'elle réserva au Saint Prophète. En effet, les habitants de Tâ'if, ne se contentèrent pas de rejeter l'appel du Prophète:
ils encouragèrent la populace de la ville à jeter des pierres sur lui. Il retourna donc profondément désappointé.

Le Saint Prophète avait l'habitude de contacter les hommes des tribus, rassemblés à la Mecque et à Minâ pendant la saison du pèlerinage, pour prêcher l'Islam parmi eux.

La Hijrah (L'?migration)

Un jour, le Saint Prophète passa près d'un groupe de gens appartenant à la tribu des Khazraj. Comme d'habitude, il s'approcha d'eux et leur récita quelques versets du Saint Coran, qui les ébahirent. Immédiatement ils acceptèrent la nouvelle foi. Une fois qu'ils retournèrent dans leur ville, Yathrib, ils se mirent à prêcher l'Islam.

L'année suivante, douze personnes vinrent de Médine à 'Aqabah, près de Minâ, pour prêter serment d'allégeance au Saint Prophète. Cet événement est appelé le Premier Serment de 'Aqbah. Le Saint Prophète envoya Mu'âb Ibn `Umayr avec eux pour leur enseigner les commandements de la religion et propager l'Islam.

La troisième année, une délégation le rencontra secrètement à la faveur de la nuit, au même endroit. Les membres de la délégation invitèrent le Saint Prophète dans leur ville et lui promirent de lui apporter l'aide nécessaire. Abbas, un oncle du Saint Prophète, bien qu'il restât non Musulman, fut présent à cette occasion. Cet événement est connu sous l'appellation du Second serment de `Aqbah.

Dès ce moment le Saint Prophète autorisa les Musulmans à émigrer par petits groupes à Médine. Craignant la fuite du Saint Prophète, les Quraych conspirèrent pour l'assassiner. Allah informa Son Prophète de l'existence de cette conspiration et lui ordonna d'émigrer: "Et (rappelle-toi) comment les incrédules complotèrent contre toi soit pour s'emparer de toi soit pour te tuer ou te bannir. S'ils usaient de stratagème, Allah aussi usait de stratagèmes, et c'est Allah qui est le plus fort en stratagèmes." (Sourate al-Anfâl; 8:30)

Pour tromper la vigilance des Quraych qui lui tendaient une embuscade en vue de le tuer, le Saint Prophète ordonna à Ali de dormir dans son lit, et il quitta la Mecque pour Médine avec Abou Bakr. Ils se cachèrent pendant trois nuits dans une grotte appelée Thaur. Lorsque la chasse à l'homme organisée par les Quraych se relâcha, ils se dirigèrent vers Médine par une route peu fréquentée.

Après avoir voyagé pendant plusieurs jours, le Saint Prophète arrive à Quba (une banlieue de Médine) où il resta deux jours en attendant l'arrivée de Ali. Une nouvelle ère dans l'histoire de l'Islam commença avec cette émigration (Hijrah).

Médine comme Etat

Après la Hijrah, l'Islam entra dans une phase nouvelle la phase de la consolidation et de l'édification d'un ordre social fondé sur les enseignements islamiques. La construction d'un masjid fut la première mesure prise dans ce sens. Autour du masjid furent construites plusieurs pièces d'habitation. Le bâtiment fut simple dans sa forme et dans sa structure. Les murs étaient en terre et le toit en palmes de dattier. Ce masjid s'appelle aujourd'hui al-Masjid al-Nabawî.

La priorité donnée à la construction du masjid fut une démonstration pratique du fait que l'Islam se fondait sur la soumission à Allah.

Aucun bâtiment ne fut construit pour le siège du gouvernement. Le masjid servait de lieu de culte, de salle d'assemblée, de cour de justice, d'école et de quartier général de l'armée.

La formule de la coexistence fraternelle

Lorsque le Saint Prophète arriva à Médine, la société tribale de cette ville avait des intérêts opposés et des points de vue divergents. Les plus importants éléments qui y vivaient étaient:

1. Les Musulmans

Les Musulmans se composaient des Muhâjirîne (immigrants) et des Ançâr (les partisans). L'appellation "Ançâr" fut donnée par le Saint Prophète aux tribus des Aws et des Khazraj en raison de leur aide et soutien à la cause de l'Islam au moment de l'épreuve. Les Muhâjirîne furent les premiers Musulmans qui émigrèrent de la Mecque pour fuir les souffrances que leur faiaient subir les infidèles. Ils abandonnèrent leurs maisons, leurs biens, leurs parents et leurs voisins pour préserver leur foi.

Pour faire face à la situation de l'après Hijrah, l'Islam prit plusieurs mesures, les unes à long terme, les autres à court terme. Le but en fut de poser les fondations d'un nouvel ordre social.

Il introduisit tout d'abord le concept de fraternité dans la foi, au sens le plus profond du terme, comme une politique générale: "O vous les hommes! Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle, et Nous vous avons constitués en peuples et tribus pour que vous vous connaissiez entre vous. Le plus noble d'entre vous, auprès d'Allah, est le plus pieux d'entre vous." (Sourate al-Hujurât; 49:13)

Le Prophète abolit la coutume pré-islamique de venter les mérites de l'ascendance et fit du savoir et de la piété le critère de la valeur de chacun dans la vie islamique.

Il conféra une forme concrète à son idée en établissant la fraternité entre les Muhâjirine et les Ançâr. Il ordonna à chacun des Ançâr d'adopter un Muhâjir (sing. de Muhâjirine) comme frère. Cette loi resta en vigueur jusqu'à ce qu'elle fût abrogée après la Bataille de Badr. Grâce à cette loi, il était tout à fait normal que beaucoup d'Ançâr cèdent la moitié de leurs biens aux frères Muhâjirine.

Ce système n'établit pas seulement de grands liens fraternels entre les Muhâjirine et les Ançâr, mais il résolut également, d'une manière naturelle, le problème économique auquel les Muhâjirine furent confrontés.

Il est à rappeler que les Muhâjirine, pour leur part, n'exploitèrent pas indûment les sentiments généreux des Ançâr. Ils firent tout ce qu'ils purent pour être indépendants aussi tôt que possible.

2. Les Juifs

La deuxième composante des habitants de la ville de Médine était constituée des Juifs qui vivaient à l'intérieur et à l'extérieur de Médine, et qui étaient très différents des autres Médinois, d'autant plus qu'ils avaient une religion et des coutumes différentes.

Le Saint Prophète prit des mesures spéciales pour pacifier les Juifs. La majeure partie de la constitution de l'Etat de Médine, connue sous le nom de "La Convention de Médine", et par laquelle le Prophète se révéla être un esprit supérieur de son époque, concernait les Juifs. Ci-après quelques-unes des plus importantes clauses de cette convention:

a. Tous les Musulmans, qu'ils soient de Quraych ou de Médine, et tous ceux qui ont fait cause commune avec eux, constituent une seule nation.

b. Chacun jouira de la sécurité de vie et de propriété, indépendamment de sa position sociale. Les Musulmans sent attachés les uns aux autres par un lien commun.

c. Les Juifs appartenant aux différentes branches de Bani `Awf formeront avec les Musulmans une seule nation composée. Ils auront la même liberté de pratiquer leur religion que les Musulmans. Ceux qui auront été coupables d'injustice et de crime, seront punis.

d. Les Juifs et les Musulmans supporteront leurs dépenses respectives, mais ils doivent se joindre pour combattre les ennemis de ceux qui ont accepté la constitution.

e. Toutes disputes entre ceux qui ont accepté cette constitution devront être soumises au Prophète d'Allah, Mohammad, pour arbitrage(25).

3. Les hypocrites

La troisième composante importante de la population de Médine était constituée des hypocrites qui, poussés par l'enthousiasme populaire, professaient l'Islam du bout des lèvres, mais tout en restant toujours prêts à trahir les Musulmans.

Les hypocrites avaient des motifs divers pour être hostiles à l'Islam. Une partie d'entre eux pensaient que l'Islam avait porté atteinte à leur intérêt, d'autres le considéraient comme une menace pour leurs croyances et rites païens. D'autres encore, manifestant leur chauvinisme, regardaient les Muhâjirine comme des intrus. Le Prophète fit montre d'une grande tolérance envers les hypocrites.

L'importance de la Hijrah

La Hijrah eut un impact profond sur le cours des événements. Elle s'avéra être de bon augure pour la mission divine et ce fut à partir de ce moment que l'Islam commença à progresser. Le premier but de cet événement fut l'instauration du premier Etat islamique sous la direction du Saint Prophète.

La politique militaire

L'établissement de l'Etat islamique comportait l'élaboration d'une politique militaire. Comme son but principal était de transmettre le Message divin à l'humanité, l'Etat islamique oeuvra en vue d'enlever toutes les barrières qui empêchaient la lumière d'éclairer les gens.

Pour des raisons pratiques, la politique militaire de l'?tat islamique revêtait deux formes: offensive et défensive. Toutefois, dans les deux cas le but stratégique était le même, à savoir, la suppression des obstacles qui se dressaient devant la Mission islamique.

Le traité de paix de Hudaybiyyah

La Bataille du Fossé fut la dernière tentative des Quraych de vaincre les Musulmans. Ensuite, ils restèrent sans ressort, et frappés de terreur. Un jour des rumeurs parvinrent à leurs oreilles, faisant état de négociations secrètes engagées par les Musulmans avec les Juifs de Khaybar, en vue d'entrer en alliance avec eux. Le Saint Prophète décida de devancer cette action et de se réconcilier avec les Quraych. Il choisit pour exécuter ce dessein la saison sacrée du Hajj.

Accompagné de 1500 adeptes, le Prophète partit pour la Mecque. Tous les Musulmans étaient en état d'Ihrâm(26), et leurs épées étaient dans leurs fourreaux. Le Saint Prophète avait, en effet, annoncé qu'il voulait accomplir le Hajj et non faire la guerre.

En tout cas, les Quraych considérèrent son mouvement avec suspicion et postèrent une grande armée sous le commandement de Khâlid Ibn al-Walid, pour lui barrer la route de la Mecque.

Quelques jours après, le Saint Prophète campa à al-Hudaybiyyah, à quelques kilomètres de la Mecque. Les Quraych envoyèrent une délégation pour sonder ses intentions. La délégation fut assurée que les Musulmans n'avaient aucune autre intention que l'accomplissement du Hajj. Bien que les membres de la délégation fussent convaincus de la bonne volonté du Prophète, les Quraych restèrent inflexibles.

Plus tard, le Saint Prophète envoya `Othmân Ibn `Affân, comme émissaire, à la Mecque. Les Quraych le détinrent pendant trois jours. Entre-temps, des rumeurs firent état de l'assassinat de Othmân.

Là dessus, le Saint Prophète demanda à ses compagnons de prêter serment d'allégeance en vue de combattre, si le cas l'exigeait. Cette prestation de serment d'allégeance s'appela, Bayt`at al-Ridhwân (L'Allégeance du plaisir), ou "L'allégeance Sous l'Arbre". Allah exalta ceux qui y avaient prêté ce serment d'allégeance. En effet le Saint Coran dit: "Allah est satisfait des croyants qui t'ont prêté serment d'allégeance, sous l'arbre. IL connaissait ce qu'ils avaient dans leurs coeurs; aussi leur a-t-IL accordé la confiance et les a-t-IL récompensés par une victoire immédiate." (Sourate al-Fat-h, 48:18)

Après beaucoup de difficultés, un traité de paix fut conclu grâce auquel les Quraych purent sauver la face, et le Prophète obtint tout ce qu'il voulait vraiment. Ce fut le fruit de sa superbe stature d'homme d'Etat. Les principales clauses de ce traité furent:

a- Les hostilités doivent cesser durant une période de dix.

b. Toute personne des Quraych se joignant au Saint Prophète sans la permission de sa tribu doit être renvoyée aux Quraych, mais si quelqu'un parmi les Musulmans rejoint les Quraych, il ne sera pas extradé.

c. Toute tribu manifestant le désir de contracter une alliance avec Mohammad ou avec les Quraych doit avoir toute liberté de le faire.

d. Mohammad et ses compagnons doivent rebrousser chemin cette année, mais ils auront la permission de se rendre à la Mecque l'année prochaine et d'y rester pendant trois jours avec leurs épées rengainées.

Certains Musulmans, dont Omar Ibn al-Khattâb, qui étaient à la tête de ceux qui ne purent comprendre la signification de ce traité, émirent de sérieux doutes sur son utilité. Ils maintinrent obstinément leur position jusqu'à ce qu'Allah eût décrit ledit traité comme "Une Victoire évidente".

Le traité eut des effets de longue portée. Il mit pratiquement fin aux hostilités entre les Musulmans et les Mecquois, et par voie de conséquence, il prépara le terrain à la propagation de l'Islam. Il offrit aux adversaires l'occasion de réfléchir aux mérites de la religion contre laquelle ils avaient lutté jusqu'ici inutilement. Il donna aux Musulmans un répit leur permettant de consolider leur société et leur état.

Les nouveaux horizons

L'Islam, depuis ses débuts à la Mecque, était très exigeant quant à sa revendication d'être une religion universelle visant à guider l'humanité tout entière.

Le Message de l'Islam offre à l'homme toute la possibilité de se développer et de s'épanouir. L'Islam est la religion qui se conforme à la nature humaine et qui pourvoit à tous les besoins humains. De là son universalité.

Beaucoup de versets révèlent sa nature universelle; en voici un exemple: "Nous t'avons seulement envoyé (Mohammad) comme source de bénédiction pour le monde entier." (Sourate al-Anbiyâ', 21:107)

Les premiers adeptes de l'Islam appartenaient à des races variées. Ils comprenaient à la fois des Arabes et des non-Arabes, tels Hamzah Ibn `Abdu1 Muttalib, 'AmmârIbn Yâcir, Salmân al-Faricî (le Persan), Bilâl al-Habachî (l'Africain), Suhayb (le Grec) etc.

Conformément à cette politique, le Saint Prophète approcha les tribus arabes à l'exclusion des Quraych, et ensuite, il écrivit des lettres aux dirigeants du monde, y compris les empereurs de Bysance et de la Perse, les plus grandes puissances de l'époque.

La conquête de la Mecque

Deux ans après la conclusion du traité de paix de Hudaybiyyah, la conquête de la Mecque fut achevée. Le Saint Prophète détruisit les idoles se trouvant dans la Ka`bah, s'écriant avec des mots du Saint Coran: "La Vérité est venue, l'erreur a disparu." (Sourate Banî Isrâë1; 17:81)

Ali Ibn Abi Tâlib l'aida dans sa tâche. Le Saint Prophète traita l'ennemi vaincu avec beaucoup de générosité et décréta une amnistie générale.

Le Pèlerinage d'Adieu

En l'an 10 de l'hégire, le Saint Prophète annonça qu'il allait à la Mecque pour accomplir le pèlerinage . A cette annonce, des gens de tous les coins de l'Arabie se joignirent à lui pour le Hajj. Leur nombre dépassa les l00.000 pèlerins. A `Arafât, le Saint Prophète prononça un sermon remarquable et bien connu dans les annales de l'Islam. Il mit hors la loi l'usure et déclara les Musulmans frères les uns des autres, indépendamment de leurs races et de leurs couleurs. Il affirma qu'un Arabe n'était d'aucune façon supérieur à un non-Arabe. Il dit que les hommes avaient des droits sur les femmes, de même que les femmes en ont sur les hommes. Ce sermon a été décrit justement comme une "Charte des droits de l'Homme."

L'allégeance de Ghadîr

Sur le chemin du retour à Médine, le Saint Prophète fit halte avec tous ceux qui l'accompagnaient, à un endroit nommé Ghadîr Khom. Là, il reçut l'ordre d'Allah de désigner Ali Ibn Abi Tâlib comme son successeur et comme Commandeur des croyants. Ce jour-là il faisait très chaud et l'événement se produisit vers midi. Ce n'était pas un hasard que le Prophète ait choisi ce moment précis et cet endroit particulier pour cette proclamation historique de la plus grande importance. Beaucoup de Musulmans n'auraient plus l'occasion de rencontrer le Saint Prophète une seconde fois Pour eux, c'était le moment de la séparation. Le Prophète demanda à tous les Musulmans de se rassembler autour de lui, pour prononcer à leur intention un sermon. Celui-ci sera rapporté par trente compagnons du Saint Prophète, dont Zayd Ibn Arqam. D'autres le rapporteront de 110 compagnons et de 84 suivants (Tâbi`îne).

Ce sermon constitue le plus authentique hadith relaté consécutivement par des savants et des "traditionnistes" éminents. Il est rapporté comme suit:

"Le Saint Prophète a dit: "Allah est mon Maître et je suis le Maître des croyants. Ceux-ci doivent me considérer comme étant plus responsable d'eux qu'eux-mêmes. Quiconque me considère comme étant son maître, doit considérer Ali aussi comme tel. O Allah! Secours celui qui le soutient, et sois l'ennemi de celui qui devient son ennemi."(27)

Une fois le sermon terminé, le Saint Prophète accomplit la prière de midi, et puis il demanda aux Musulmans de prêter serment d'allégeance à leur Imam, Ali. Tous les Musulmans présents à cette occasion suivirent son ordre.

La dernière volonté du Saint Prophète

Peu après son retour à Médine, le Prophète tomba malade. Un jour où sa maladie s'aggrava, il dit: "Apportez-moi un encrier, une plume et un morceau de papier. Je voudrais écrire quelque chose qui vous guidera après ma disparition. " Ayant prononcé ces mots, le Saint Prophète perdit connaissance. Quelqu'un qui était présent à ce moment-là fit remarquer que le Saint Prophète parlait d'une façon incohérente. Lorsqu'il reprit connaissance, ceux qui étaient présents lui demandèrent s'ils devaient apporter l'encrier, la plume et le morceau de papier, le Saint Prophète dit: "Non! Pas après ce que vous avez dit. En tout cas, je vous ordonne d'être bons envers les Gens de Ma Maison (Ahl Bayti) après moi." Le Saint Coran dit: "Dis (O Mohammad): je ne vous demande aucune récompense (pour ma Prophétie) excepté votre affection envers mes parents." (Sourate al-Chourâ, 42:23)

Lorsque la fin approcha, il donna les instructions nécessaires à l'Imam Ali pour qu'il se exécutât sa volonté après sa mort. Enfin il expira, la tête dans le jiron de l'Imam.

La personnalité du Saint Prophète

Le Prophète était l'incarnation de toutes les vertus et qualités d'un croyant, qui sont décrites dans le Saint Coran. Il était à la fois et en même temps le plus grand penseur, l'adorateur le plus dévot, et la personne la plus juste dans ses rapports avec sa famille et les gens en général. Personne ne peut le décrire mieux qu'Allah qui a dit que Son Messager possédait le plus noble caractère. L'une de ses femmes a dit que son caractère était le Coran. Allah a dit: "Vous avez, dans le Messager d'Allah, un excellent modèle." (Sourate al-Ahzâb, 33:21)

Le Saint Coran dit aussi: "(Mohammad) Dis-leur: "Suivez-moi si vous aimez Allah; Allah vous aimera..."" (Sourate ?le `Imrân, 3:31)

Comme le Prophète Mohammad était sous la protection d'Allah, il se distinguait des membres de la société dans laquelle il avait été élevé. Dès le début, il était connu et respecté pour son noble caractère. Même les païens qui le connurent, l'appelèrent "le véridique" et "le digne de foi."

L'aspect social de sa vie

L'Imam al-Hussayn, citant son père, dit que le Saint Prophète était toujours agréable et courtois. Il n'a jamais crié au visage de quelqu'un ni n'a jamais été fautif envers quelqu'un. Il n'a jamais employé un mot grossier. Anas Ibn Malik dit: "Je l'ai servi pendant dix ans. Même lorsque je faisais quelque chose qu'il n'aimait pas, il ne me demandait jamais pourquoi je l'avais fait."

En tant que dirigeant

Toute personne équitable qui étudie les différents aspects de la personnalité du Saint Prophète, en tant qu'homme, en tant que chef de famille, en tant que membre de la société, en tant que juge, en tant qu'administrateur, instituteur, commandant de l'armée, etc., conclura que sa perfection en tout est la preuve catégorique de sa qualité de Messager divin. L'histoire de l'humanité n'a été témoin d'aucune autre personne atteignant un tel degré de perfection.

Comme commandant de l'armée, audacieux, courageux et clairvoyant, il avait une étonnante connaissance des questions stratégiques et des manoeuvres planifiées à l'avance. Il a pu livrer et gagner la Bataille de Badr avec une petite force mal équipée. Il a su rester ferme après avoir subi des revers à Uhud. C'est grâce à son courage personnel que le flot de l'ennemi fut arrêté lors de la Bataille de Hunayn, et que la défaite initiale fut transformée en victoire finale. Dans la Bataille de Khaybar et à la veille de la Conquête de la Mecque, il a exploité pleinement l'élément de surprise. Dans beaucoup d'occasions, il a pris des mesures spéciales en vue de démoraliser l'ennemi et de semer le trouble dans ses rangs.

Outre ses qualités de commandant militaire, le Saint Prophète, a contribué beaucoup au bien-être de l' humanité en général. Il prenait tout d'abord l'initiative de faire une chose, et il demandait ensuite aux autres de le suivre. Il a établi les "droits" des gens alors que la tyrannie sévissait partout. Il a introduit "l'égalité" quand la discrimination indue était monnaie courante. Il a donné aux gens la liberté, alors qu'ils gémissaient sous le joug des tyrans.

C'est là une brève esquisse de la vie et du caractère du Prophète de l'Islam. Il a fondé une religion qui a enseigné aux gens à adorer et craindre seulement Allah, à Lui obéir et à demander, à Lui seul, le secours. La Chari`ah islamique, un code compréhensible couvre tous les aspects de la vie humaine, y compris les "droits", la "justice", "l'égalité" et la "liberté". La connaissance de la Chari`ah a été transmise par le Saint Prophète aux Membres de sa Famille (Ahl-Elbayt), lesquels sont les guides et les gardiens de la Ummah après lui.

Les descendants du Saint Prophète

Les Ahl-Elbayt ont été purifiés et honorés par Allah. Ce fait a été expliqué et corroboré par la célèbre déclaration du Saint Prophète, rapportée par un grand nombre de ses compagnons, et selon laquelle il laissait deux précieuses entités inséparables parmi Ses adeptes: Le Livre d'Allah et ses Ahl-Elbayt; et quiconque s'attache à toutes les deux est préservé de l'égarement(28).

Dans une autre occasion, le Prophète a dit: "Les Membres de ma Famille sont comme l'Arche de Noé; quiconque y était monté a eu la vie sauve, et quiconque s'en était éloigné, a été perdu."

Les Hadith et les récits historiques affirment unanimement que le terme "Ahl al-Bayt" s'applique uniquement à : Fâtimah al-Zahrâ', Ali al-Murtadhâ (Ibn Abi Tâlib), al-Hassan (ibn Ali) al-Mujtabâ et al-Hussayn (Ibn Ali) al-Chahîd.

Les Ahl-Elbayt mentionnés dans le trente-troisième verset de la Sourate Al-Ahzâb ne comprennent personne d'autre que: Ali, Fâtimah, al-Hassan, al-Hussayn(29), et les neuf autres Imams descendant de l'Imam al-Hussayn, dont chacun possède la qualité d'infaillible.

Fâtimah al-Zahrâ'

Nous avons déjà présenté un résumé de la vie du Saint Prophète et nous allons exposer plus loin la biographie des Douze Imams Infaillibles. Il nous semble donc convenable de dire quelques mots ici sur la fille illustre du Saint Prophète, Fâtimah al-Zahrâ', la femme du Commandeur des croyants, et la mère d'al-Hassan et d'al-Hussayn.

La Dame Fâtimah est une figure centrale parmi les Ahl-Elbayt, puisqu'elle est la fille du Prophète, la femme de Ali, la mère d'al-Hassan et d'al-Hussayn, et l'aïeule des neuf autres Imams infaillibles.

Elle est née à la Mecque, le Vendredi, 20 Jumadi-II, huit ans avant la Hijrah (l'hégire - l'?migration).

C'est à propos d'elle que le Saint Prophète a dit: "Quiconque fait du mal à Fâtimah, me fait du mal à moi-même, et quiconque me fait du mal, fera du mal à Allah."

Fâtimah a hérité de son illustre père l'esprit de sagesse, la détermination, la force de volonté, la piété, la sainteté, la générosité, la bienveillance, la dévotion envers Allah, le sacrifice de soi, l'hospitalité, l'endurance, la patience, le savoir, la noble disposition. "J'ai souvent vu ma mère, dit l'Imam al-Hussayn, absorbée dans la prière du crépuscule jusqu'à l'aube." Sa générosité et sa compassion pour les pauvres étaient telles, que pas un indigent n'a quitté sa porte sans avoir été servi.

Les successeurs du Saint Prophète

Lorsqu'on sème des graines, on désire voir les plants grandir et fleurir. De son vivant, le Saint Prophète nommait toujours un administrateur pour chaque ville ou village dès qu'il était conquis. Chaque fois qu'il envoyait des troupes pour livrer un combat, il désignait un commandant, et parfois, même plusieurs commandants alternatifs. Chaque fois qu'il partait en voyage ou s'éloignait pour participer à une bataille, il nommait systématiquement un successeur pour prendre la charge de Médine.

Le Saint Prophète n'ignorait pas le fait que la société musulmane aurait besoin, après sa disparition, d'un chef infaillible pour mettre en exécution les Lois divines et promouvoir les objectifs islamiques. Il savait également que sans un chef infaillible, la Communauté musulmane ne pourrait rester comme une nation vivante et vigoureuse.

Dès lors, comment peut-on prétendre que le Saint Prophète qui chérissait l'Islam plus que toute autre chose, aurait pu le laisser sans garde ni escorte!

En même temps, il n'était pas possible, non plus, qu'il ait laissé aux gens le soin de choisir son successeur, car celui-ci devait avoir des qualités spéciales de connaissances, de piété et d'infaillibilité. Il va de soi que le meilleur juge est Allah, et non pas les gens. Dès lors comment peut-on laisser les gens déterminer les mérites du plus haut ordre par consultation ou élection?

Tout comme les prophéties concernant la venue du Saint Prophète, les prophéties concernant les Douze Imams se trouvent également dans les livres saints.

L'Ancien Testament corrobore cette affirmation lorsqu'il relate la Promesse divine faite au Prophète Ibrâhîm, concernant ses deux fils, Is-hâq et Ismâ`îl:

Selon ces propos d'Allah, tels qu'ils sont rapportés dans l'Ancien testament, les douze principes sont les douze Imams qui furent de la descendance d'Ismâ îl, fils d'Abraham (Ibrâhîm). D'après le pacte qu'Allah établit avec Abraham, celui-ci fut pourvu d'une lumière divine de guidance. La descendance d'Abraham fut dédoublée et divisée en deux branches, celle d'Ismâ'îl et celle d'Isaac, (Is-hâq). A travers Isaac, la descendance est passée par Jésus Christ, et à travers Ismâ'îl, par Abdul Muttalib. De nouveau, elle s'est dédoublée en deux branches et elle est passée à travers Abdullah par le Prophète Mohammad, et à travers Abou Tâlib par l'Imam Ali.

Un hadith authentique et unanimement accepté rapporte que le Saint Prophète dit à de nombreuses occasions qu'il serait suivi de douze commandeurs(30), et selon une autre version, de douze califes(31)dont le premier serait Ali et le dernier al-Mahdi.

Ainsi, il est évident que les successeurs du Saint Prophète ne doivent être nommés que par Allah. C'est pourquoi le Saint Prophète présenta Ali Ibn Abi Tâlib comme son successeur à diverses occasions. Nous avons tous entendu parler de l'événement de Ghadir . C'était l'une de ces occasions.

Cet événement eut lieu vers la fin de la vie du Saint Prophète, lorsqu'il revenait du Pèlerinage d'Adieu. Dans un lieu appelé Ghadir Khum, le Saint Prophète proclama formellement Ali son successeur et Commandeur des croyants en présence de dix mille personnes.

Malheureusement, certaines personnes ne permirent pas, pour diverses raisons, que cette volonté du Saint Prophète fût mise à exécution, et elle devint par conséquent une source de division entre les Musulmans.

Chacun des onze autres membres de la Maison du Prophète (Ahl-Elbayt), qui lui succédèrent, fut aussi nommé par l'Imam précédent. La chaîne de transmetteurs et les récits de ces nominations sont enregistrés dans des livres authentiques de Hadith.

Comme nous l'avons mentionné plus haut, les Imams ont été exclusivement choisis à travers une nomination faite par le Saint Prophète ou le précédent Imam. En fait ils avaient été désignés par Allah qui peut seul déterminer leur aptitude à occuper ce poste d'Imam.

En outre, l'histoire atteste le fait que l'Imam Ali et les autres Imams possédaient les qualités saillantes qui firent d'eux les dirigeants compétents de la Ummah musulmane. Une étude de l'histoire et des sources de Hadith montrerait qu'aucun des compagnons du Saint Prophète n'était l'égal de l'Imam Ali quant à son savoir, sa piété, sa vaillance et ses autres vertus.

Les fonctions et les qualifications

L'Islam a prescrit de très hautes qualifications pour un Dirigeant divin. Celui-ci doit être, en effet, le plus sage, le plus vertueux et le plus aimable de tous. Il doit être aussi immunisé contre toutes sortes de péchés, de transgressions, d'erreurs, de fautes.

Le Saint Prophète et les Imams, outre leur qualité de dirigeants religieux, sont, dans leur exercice de la direction de la société, responsables de toutes les fonctions gouvernementales, et ils doivent, en tant que tels, posséder les qualifications requises pour assurer cette responsabilité.

Le Saint Prophète est le fondateur de la religion, les Imams en sont les protecteurs. L'un et les autres sont désignés par Allah. Le Prophète seul reçoit la révélation, l'Imam est l'héritier de tout le savoir prophétique. L'Imam ne reçoit pas de révélation, mais concernant sa proximité du Tout-Puissant Allah, il est seulement celui qui vient après le Prophète.

Le Prophète et l'Imam ont tous deux un rôle constructif à jouer et ne manquent pas de se sacrifier dans l'intérêt de la Ummah.

Le rôle accompli par l'Imam al-Hassan dans le combat contre les hypocrites et le soulèvement contre l'appareil tyrannique est indéniable. L'Imam al-Bâqir et l'Imam al-?âdiq ont contribué d'une façon évidente à la propagation des connaissances islamiques et d'autres sciences. L'Imam al-Redhâ a défendu les dogmes islamiques et a prémuni la guidance idéologique contre l'invasion des idées étrangères à une époque où l'Islam se répandait dans de vastes territoires du monde. Il en va de même pour le rôle joué par les autres Imams à leurs époques respectives. Donc, outre l'exercice de leur fonction commune de dirigeants religieux, chacun de ces Imams avait une mission spéciale en relation avec les circonstances spécifiques de son temps et de son époque. L'histoire nous informe que chaque Imam a accompli ses devoirs de la façon la plus majestueuse en se sacrifiant sur le chemin d'Allah.

Il a été déjà démontré qu'un Imam doit être nommé par Allah et Son prophète, car personne d'autre ne sait qui est infaillible.

De là, le Saint Prophète avait le devoir impérieux de présenter son successeur aux gens. S'il ne l'avait pas fait, il aurait failli à sa mission prophétique. Ce qui est impensable et inconcevable pour tout Musulman. C'est pourquoi les Chiites croient que le Prophète de l'Islam a désigné son successeur, lequel n'était autre qu'Ali Ibn Abi Tâlib, croyance corroborée et confirmée par des faits historiques.

Non seulement le Prophète a nommé son successeur immédiat, mais il a également désigné tous les Imams qui lui succéderaient. Il a dit qu'il y aurait douze califes après lui, qu'ils appartiendraient tous à la tribu de Quraych, que le premier d'entre eux serait Ali, et le dernier le Mahdi Promis. Dans un autre Hadith, il a mentionné expressément les noms de tous les douze Imams.

L'Imam Ali Al-Murtadhâ

L'Imam Ali (que la paix soit sur lui), le premier Imam, était le cousin du Saint Prophète. Il est né dans la Maison Sacrée (la Ka`bah), à la Mecque, le Vendredi 13 du mois de Rajab, trente ans après l'Année de l'Eléphant (soit 570 après Jésus-Christ). Personne d'autre, ni avant lui ni après, n'est jamais né dans la Maison d'Allah le Très-Haut. Son père Abou Tâlib était le seul frère vrai du père du Prophète, Abdullah Ibn Abdul Muttalib.

Sa mère était Fâtimah, la fille d'Asad Ibn Hâchim Ibn Abd Manaf. Elle était comme une mère pour le Prophète d'Allah. L'Imam Ali a grandi sous la tutelle du Saint Prophète. Comme l'a dit l'Imam lui-même: "Le Saint Prophète m'a élevé dans ses propres bras et m'a nourri de sa propre bouchée. Je l'ai suivi partout où il est allé, comme un petit chameau suivant sa mère. Chaque jour un nouvel aspect de son caractère rayonnait de sa personne, que j'acceptais et suivais comme un ordre."

Sa proche et inséparable présence aux côtés du Saint Prophète pendant dix ans lui a fait assimiler toutes ses caractéristiques, tout son savoir, toute sa sagesse, tout son esprit de sacrifice, toute son endurance, toute sa bravoure, toute sa générosité, toute sa faculté oratoire et toute son éloquence. Dès sa première enfance, il se prosternait devant Allah avec le Saint Prophète. Il a dit lui-même: "Je fus le premier à prier Allah avec le Saint Prophète." (Nahj-al-Balâghah)

Le célèbre historien, al-Allâmah al-Mas'oudi dit:

"Ali a suivi les pas du Prophète, tout au long de son enfance. Allah l'a créé pur et saint, et l'a maintenu ferme dans le droit chemin." (Murûj al-Thahab)

Bien que Ali fût indiscutablement le premier à embrasser l'Islam lorsque le Saint Prophète a demandé à son auditoire de le faire, et du fait même que depuis son enfance il avait été élevé par le Prophète et qu'il l'a suivi dans chacune de ses actions, y compris la prosternation devant Allah, on peut dire qu'il est né Musulman.

L'Imam Ali accompagnait toujours le Saint Prophète pour le protéger des ennemis. Il avait l'habitude de copier les versets du Saint Coran dès qu'ils étaient révélés par l'Ange Gabriel. Il était si étroitement associé au Prophète d'Allah qu'aussitôt qu'un verset lui était révélé, le jour ou la nuit', l'Imam Ali se trouvait le premier à l'entendre.

A l'occasion de "l'établissement du lien de la fraternité" (Mu'âkhât) entre les Muhâjirine et les Ançâr, le Saint Prophète a dit:

"O Ali! Tu es mon frère aussi bien dans ce monde que dans l'autre"(32).

Le Saint Prophète a dit aussi:

"Je suis la Cité du Savoir; Ali en est la Porte."(33)

Selon Omar Ibn al-Khattâb, le Prophète a dit à Ali:

"Tu es à moi ce que Hârûn fut à Moise (Mûsâ)."(34)

Le Saint Prophète a dit également:

"Ali est avec la vérité, et la vérité est avec Ali; ils ne se sépareront pas jusqu'à ce qu'ils parviennent (à moi) au Bassin de Kawthar"(35).

et:

"Chaque Prophète a un successeur et héritier, or Ali est mon successeur et héritier."(36)

Le caractère et l' envergure de l'Imam Ali sont décrits par al-`Allâmah al-Mas`oudi dans ces termes:

"Si être le premier Musulman, le compagnon du Prophète dans l'exil, son compagnon de lutte pour la foi, son associé intime dans la vie, son proche parent, si être le vrai connaisseur de l'esprit des enseignements du Prophète et du Livre, si son abnégation et son sens de la justice, si sa connaissance de la loi et des sciences, constituent un droit à la prééminence, alors tout le monde doit considérer Ali comme le meilleur Musulman. Nous aurons beau rechercher parmi ses prédécesseurs et ses successeurs, nous ne trouverons jamais ces attributs chez tout autre que lui." ("Murûj al-Thahab")

La dernière année de sa vie, le Saint Prophète était allé à la Mecque pour accomplir le pèlerinage. Au cours de son voyage de retour, lorsqu'il est arrivé à Ghadir Khum, le verset suivant lui a été révélé: "O Messager!Fais connaître ce qui 'a été révélé par ton Seigneur. Si tu ne le fais pas, tu n'auras pas fait connaître Mon Message. Allah te protégera contre les hommes. II ne dirige pas les incroyants. (Sourate al-Mâ'idah, 5:67)

Conformément au commandement d'Allah, le Messager d'Allah s'est arrêté à l'endroit précité et a ordonné aux autres Musulmans de s'arrêter aussi. Il y avait environ 70 000 personnes rassemblées autour de lui. Il a ordonné qu'on dresse la chaire. Une fois la chaire dressée, il y est monté et il a levé les mains de Ali Ibn Abi Tâlib afin que les gens puissent le voir. Puis il a dit:

"Celui qui me considère comme son maître, doit considérer Ali aussi comme son maître. O Allah! Sois l'ami de celui qui est l'ami d'Ali, et l'ennemi de quiconque est l'ennemi d'Ali.''(37)

Gibbon(38) dit:

"La naissance, l'alliance et le caractère d'Ali, qui l'ont rehaussé au-dessus de ses compatriotes, pouvaient justifier sa revendication du trône vacant d'Arabie. Le fils d'Abou Tâlib était parfaitement en droit d'être le Chef des Bani Hâchim et le prince héréditaire ou le gardien de la cité-temple de la Mecque."(39)

Outre les nombreux mérites supérieurs qu'il possédait, l'Imam Ali était un poète éminent, un soldat courageux et un vénérable saint. Sa sagesse émerge encore dans une collection de dires moraux et religieux, et chaque antagoniste dans les combats livrés avec la langue ou le sabre, était subjugué par son éloquence et sa valeur.

(voir: "Peak of Eloquence", Isp. 1977)

Depuis la première heure de sa mission jusqu'aux derniers rites de ses funérailles, le Saint Prophète ne fut jamais délaissé par son ami généreux qu'il se plaisait à appeler son frère, son lieutenant, et le fidèle, le Aaron d'un autre Moïse, et à qui il avait marié sa fille la plus aimée, Fâtimah al-Zahrâ'.

En l'an 40 de l'Hégire, au petit matin du 19 Ramadan, l'Imam Ali a été frappé d'un coup d'épée empoisonnée, porté par un Kharijîte, Abdul Rahmân Ibn Muljim, alors qu'il accomplissait ses prières dans le Masjid de Kufa. Il est mort le 21 Ramadan des suites de ses blessures, et a été enterré à Al-Najaf al-Achraf (Irak). Il était né dans la maison d'Allah et il est mort aussi dans une autre maison d'Allah, le Masjid de Kufa. Le Lion d'Allah, le plus brave et le plus gentil Musulman, avait commencé sa vie glorieuse dans la dévotion à Allah et à Son Prophète, et l'a terminée de la même façon.

Et comme le dit le noble Coran:

"Ne considérez pas ceux qui sont tués pour la Cause d'Allah comme morts. Ils sont vivants, mais vous n'en avez pas conscience." (Sourate al-Baqarah, 2:154)