WALAYAT ET WALI
 
Que signifie la proximité avec Allah ?

Notre familiarité avec les conceptions populaires des mots tels que nous les utilisons dans la vie sociale, nous égare souvent. Nous avons tendance à vider les termes islamiques de leurs connotations réelles et à les prendre dans un sens primaire et populaire.

Ainsi nous employons souvent les mots « proximité » et « proche » dans le sens premier de proximité physique. Par exemple nous disons : « Il y a un ruisseau près de cette colline », ou bien « Je suis allé près de cette colline ». Dans ce cas, nous visons la proximité spatiale, la réduction de la distance physique, mais lorsque nous disons que telle personne est proche du cœur de telle autre personne, nous voulons dire qu’elle a l’affection de l’autre.

Dans ce cas, le mot « proche » est utilisé au sens figuré. L’amour est exprimé en terme de proximité. Quelle est donc la nature de la proximité avec Dieu ? Est-ce que l’homme, à la suite de son obéissance, adoration et sincérité, se rapproche au sens propre de Dieu ? Est-ce que le distance entre lui et Dieu s’amoindrit jusqu’à ce que finalement « il rencontre son Seigneur », pour employer l’expression du Coran. Bien sûr, l’expression est figurative, la distance n’ayant aucun sens par rapport à Dieu. Il n’est ni proche ni éloigné.

Se rapprocher de Dieu signifie obtenir son agrément. Dieu agrée une personne et lui accorde Sa Grâce et Sa Bonté. Ici une autre question surgit. Que signifie l’agrément de Dieu ? Dieu n’est point sujet aux émotions et aux variations d’humeur. Il n’est pas possible qu’Il soit d’abord mécontent de quelqu’un et puis qu’Il devienne content de lui et l’inverse. Ce que l’on désigne par « agrément » est la bénédiction divine et la faveur répandues sur ceux qui obéissent à Dieu et qui l’adorent. De nouveau, quelle est la nature de la bénédiction et de la faveur divine ? Sur ce point, les vues diffèrent. Selon certains, la bénédiction englobe des bienfaits matériels tels que les jardins paradisiaques, les palais et les houris et des bienfaits spirituels tels que la connaissance et le bonheur qu’elle apporte. Selon d’autres, elle ne recouvre que des bienfaits matériels à l’exclusion des bienfaits spirituels, ce qui revient à dire que la proximité avec Dieu ne procure qu’une jouissance physique plus intense dans le paradis. Cela signifie aussi que selon ceux qui nient la vraie proximité, l’obéissance et l’adoration ne modifient ni la relation de Dieu à l’homme (ce qui est admis également par les tenants de la vraie proximité), ni la relation de l’homme à Dieu. Selon ces conceptions, cette dernière relation est de même type qu’il s’agisse de la plus éminente personnalité de l’humanité (c’est-à-dire le Prophète) ou de la personne la plus déchue (Abu Jahl).

En fait, cette notion fausse relève d’une vision particulière de l’homme. Ceux qui pensent que l’homme n’est qu’un morceau d’argile ne reconnaissent point le verset suivant :

« Je l’ai harmonieusement façonné et j’ai insufflé en lui de mon Esprit »

Ils interprètent ce verset allégoriquement et ne peuvent donc que nier la vraie proximité.

Mais existe-t-il une raison valable pour juger l’homme si insignifiant et pour tout interpréter allégoriquement ? Dieu est Perfection Absolue, Il est Infini. De même l’essence de l’existence est perfection.

Toutes sortes de perfection, la connaissance, la puissance, la vie, la volonté, la bonté retournent à l’être qui est la réalité. Dieu est Pur Etre et Perfection, et toutes choses existantes, selon l’intensité de leur existence et de leur perfection, sont proches de Lui. Certes les Anges sont plus proches de Lui que les minéraux ou les plantes. Parmi les anges certains sont plus proches que d’autres, et aussi ont autorité sur eux. Ces différences se rattachent à des différences dans leur création.

Techniquement, on pourrait parler de la différenciation « de l’arc de descente ».

Toutes choses existantes et surtout l’homme sont ramenées à Dieu. Le Livre Sacré dit :

« Certes, nous appartenons à Dieu et nous retournerons à Lui »

Comme l’homme occupe un rang élevé de l’existence, son retour devra être sous la forme de l’obéissance aux commandements de Dieu, obéissance consentie. Par la marche sur le chemin de la vertu, il peut s’arracher au degré de l’animalité vers une position supérieure à celle des anges. Son ascension n’est ni honoraire ni administrative, ni contractuelle, comme le sont les élévations sociales. Il s’agit de l’intensification de l’existence et de la perfection. Cela signifie l’élargissement du cercle de l’influence et du contrôle. Se rapprocher de Dieu signifie traversé les degrés de l’existence. Il est impossible que l’homme à la suite de son obéissance et de sa soumission n’atteigne pas le rang des Anges. Il peut aller même plus loin. Le Coran dit :

« Et nous dîmes aux anges : prosternez-vous devant Adam. Ils se prosternèrent tous, à l’exception d’Ilîs »

On peut dire que celui qui nie ce rang à l’homme n’est qu’Iblîs.

Vie apparente et vie cachée

L’homme à l’intérieur de sa vie apparente possède une vie cachée. La vie cachée, ésotérique, dont la possibilité est dans chaque individu, provient de la maturité et de la perfection de ses actes et motivations. Son bien-être et sa misère se rapportent à cette vie intérieure qui dépend de son intention et du but vers lequel il s’avance.

Nous sommes surtout familiarisés avec les aspects de l’enseignement islamique qui se rapportent à la vie individuelle et sociale. Sans aucun doute, les enseignements islamiques sont remplis de la philosophie de la vie, dans tous les domaines. L’Islam ne méprise pas les problèmes de la vie. Mais il ne faudrait pas en déduire que la philosophie des enseignements islamiques se borne à résoudre les seuls problèmes de la vie. Ces enseignements sont un moyen de traverser le chemin de la soumission à Dieu, d’avancer vers Sa proximité, et ainsi d’atteindre la perfection de l’existence. L’homme peut avancer au-delà des limites du corps, de la matière, de la vie individuelle et sociale. Une telle marche suit une série de stations spirituelles. L’homme y avance par sa sincérité et sa soumission, il contemple les degré de proximité qui mènent finalement à la walayat.

Prophétie et Walayat

Allâmeh Tabâtabâ’i a dit :

« Une partie des enseignements islamiques constitue des règles sociales qui apparemment sont le produit d’une pensée sociale. Mais leur relation avec les joies et les détresses de l’autre monde ou, en termes religieux, avec les récompenses du paradis et les châtiments de l’enfer, est dû à certains phénomènes qui naissent et s’élargissent imperceptiblement au fur et à mesure que l’on agit selon ces règles, ou au contraire qu’on y contrevient »

Lorsque la personne est transportée dans la vie de l’autre monde et que le voile de l’ego est déchiré, cette relation est découverte et lui devient manifeste. Cachée sous l’enveloppe de la vie sociale passée strictement en accord avec les enseignements religieux, existe une réalité vivante, une vie intérieure, d’où le bonheur éternel de l’autre monde prend origine.

La prophétie est une réalité qui reçoit les ordres divins relatifs à la vie et qui les transmet aux hommes. Lawalayat est encore une réalité. Elle vient à être, à la suite de l’action, conforme aux ordres divins reçus par l’intermédiaire de la prophétie.

L’Imam comme possesseur de la walayat

Allâmeh Tabâtabâ’i, traitant de la preuve de la walayat et de son possesseur, l’Imam, dit que le monde n’a jamais été sans un possesseur de la walayat, c’est-à-dire un Homme Parfait. Il ajoute :

« Il n’y a aucun doute qu’un chemin de la walayat existe par lequel l’homme peut parcourir les étapes de la perfection ésotérique et atteindre le degré de proximité d’Allah. L’existence des revêtements extérieurs de la religion sans la réalité intérieure est inimaginable. La source créatrice qui a fourni les enseignements religieux de nature pratique, morale et sociale, doit avoir fourni la réalité intérieure également qui se trouve être l’âme du phénomène religieux extérieur »

Les arguments qui prouvent l’existence de la prophétie et la durée des lois religieuses, prouvent aussi l’existence et la permanence de la walayat. Comment peut-on imaginer que les lois aient une existence réelle, mais que la réalité intérieure n’existe pas, ou encore que le lien entre elle et le monde humain ait été coupé ?

Le principal possesseur de la walayat qui maintient ce lien est appelé Imam par le Coran, comme il ressort du verset suivant :

« Lorsque son Seigneur éprouva Abraham par certains ordres et que celui-ci les eut accomplis, Dieu dit : Je vais faire de toi un Imam pour les hommes »

Un Imam est la personne désigné par Dieu pour être le guide sur le chemin de la walayat. Il est le centre des rayons de la walayat qui se réfléchissent sur le cœur des hommes.

Dans les « Usûl al Fâfi » il y a une information d’Abou Khalid Kabuli qui rapporte qu’il interrogea l’Imam al Baquir (le 5ème Imam) au sujet du verset :

« Croyez en Dieu, en son Messager et à la Lumière que nous avons fait descendre »

L’Imam commentant le passage répondit :

« O^ Abu Khalid ! La lumière de l’Imam brille dans les cœurs des croyants bien plus que le soleil en plein jour »

Il voulait signifier par là que se serait une erreur de limiter les enseignements religieux aux bons résultats qui peuvent être atteints dans ce monde, et ne comprendre la proximité à Dieu comme le bénéfice de la faveur divine dans le même sens que la faveur des puissants de ce monde. Une telle interprétation ignore le rôle effectif que la proximité à Dieu joue dans la vie spirituelle. La proximité à Dieu élève l’homme sur l’échelle de l’existence. Ceux qui atteignent les hauts degrés de la proximité se rapprochent du centre de l’existence et domine par là même le monde. Ils contrôlent alors les âmes et les consciences des autres et sont témoins de leur actions. Fondamentalement chaque chose dans l’existence qui avance sur la voie de la perfection parcours des étapes en direction de la proximité de Dieu. L’homme fait partie des choses existantes. Sa perfection ne se limite pas à ce que l’on nomme de nos jours la civilisation, c’est-à-dire le développement des sciences, arts et règles de conduite utiles à la vie présente. L’homme a également une autre dimension pour laquelle il doit purifier son âme et assurer le contact avec Dieu.

De la Soumission à la Maîtrise

Il y a un hadith qui dit que la soumission à Dieu est un joyau dont l’essence est la maîtrise, c’est-à-dire le pouvoir. L’homme à toujours cherché une manière de se contrôler lui-même ainsi que l’univers. A présent, nous ne nous occupons pas des méthodes qu’il a choisie pour atteindre ce but, ni de savoir s’il a réussi ou pas dans ses entreprises. Nous savons qu’il existe une voie merveilleuse pour réaliser cet objectif. Lorsque l’homme l’a choisie il ne vise pas le pouvoir ni la domination du monde. Son but est même l’opposé de cela. Il vise l’annihilation de soi, l’humilité. Cette voie merveilleuse est la soumission à Dieu. Celui qui se soumet à Dieu gagne toute chose bien qu’il n’attache d’importance à aucune.

Les Etapes

La puissance que l’homme gagne en conséquence de sa sincérité, de sa soumission totale à Dieu, comprend plusieurs étapes. La première étape est très encourageante. Elle lui donne le contrôle sur lui-même. Le moindre effet de l’acceptation des bonnes œuvres par Dieu est qu’elles produisent une vision claire et pénétrante en l’homme lui-même. Le Coran dit :

« Ceux qui luttent pour Nous, Nous leur montrerons nos voies »

Ainsi l’homme acquiert la maîtrise de ses passions et instincts animaux et devient maître de lui-même. Le Livre Sacré dit en ce qui concerne la prière :

« La prière interdit ce qui est grossier et indésirable »

En ce qui concerne le jeûne :

« Le jeûne vous a été prescrit comme il a été prescrit à ceux qui vous précédèrent afin que vous puissiez remplir votre devoir »

Et à propos des deux ensembles :

« O^ vous qui croyez ! Aidez-vous par la patience (le jeûne) et la prière »

A cette première étape, de la soumission envers Dieu, ce que l’homme gagne est une compréhension particulière et un pouvoir de contrôler ses passions. En d’autres termes le premier résultat de la soumission est le contrôle des mauvais désirs et le contrôle de soi.

La deuxième étape, réside dans le contrôle de l’imagination. C’est à travers cette faculté que notre esprit appréhende les idées et chaque instant nouveau déplace notre attention d’un sujet à un autre. Cette faculté n’est habituellement pas sous notre contrôle mais plutôt nous domine. C’est pourquoi nous n’arrivons pas à concentrer notre attention sur un sujet particulier. Par exemple, malgré les plus grands efforts, nous ne pouvons garder nos pensées concentrées pendant la prière. Le Prophète, béni, illustra ce fait par un exemple. Il compara à une branche dans le désert et agitée dans toutes les directions par le vent. Maintenant la question est de savoir si l’homme est condamné à subir cet état d’instabilité des pensées, ou si cet état n’est que le signe d’un manque de maturité spirituelle, et si certains qui ont développé leur potentialité sont capables de gouverner cette faculté qu’est l’imagination. La réponse est que cette dernière alternative est juste. C’est un devoir pour l’homme d’amener le tourbillon de ses pensées sous son contrôle, sinon la puissance diabolique de cette faculté anéantira ses possibilités et entravera son avance sur le chemin de la proximité à Dieu.

Comme le célèbre poète mystique Mawlawî, le souligne, si l’homme est toujours occupé avec les idées de son confort et de sa gêne personnels, de ses profits et de ses pertes, il perd la sérénité de son âme, et ne pourra s’envoler vers les régions supérieures du ciel.

Le Prophète a dit :

« Mes yeux dorment, mais mon cœur demeure éveillé »

Commentant ce hadith, Mawlawî écrit que le cœur du Prophète était toujours éveillé car il était le maître de ses pensées. Il pouvait les contrôler et n’était jamais vaincu par elles.

A cette seconde étape, ceux qui choisirent la voie de la soumission à Dieu, sentent qu’en acquérant la maîtrise de l’imagination, leur âme est libre de s’envoler toujours plus haut sans rencontrer d’obstacles.

L’Imam Ali était si concentré dans ses prières, qu’un jour, une flèche l’atteignit au pied pendant qu’il se trouvait en prière. La flèche fut extraite, mais pendant toute l’opération son attention ne fut point divertie. De même un jeune enfant de l’Imam Sadjad tomba d’une hauteur et se fractura le bras. L’incident ne troubla pas du tout l’Imam plongé dans la prière. Si nous laissons de côté des personnalités d’une telle stature, nous avons vu de nos propres yeux des personnes qui se concentrent tellement en faisant leur prière qu’elles en oublient tout ce qui n’est pas Dieu. Feu Ali Aghâ Shirâzî, un savant éminent, était une de ces personnes.

Pour atteindre ce succès, rien n’est plus utile que l’adoration continuelle, qui se fonde sur l’attention à Dieu.

Les ascètes adoptent leurs propres méthodes. Ils renoncent à la vie, se retirent dans la solitude et soumettent leurs corps à la torture. Mais l’Islam assure le résultat désiré, sans avoir recours, à de tels actes morbides.

Une attention totale envers Dieu et le rappel que l’on se trouve dans la présence du Seigneurs des seigneurs prépare la voie de la concentration mentale.

Il ne sera pas déplacé de mentionner ici Abou Ali Ibn Sina (Avicenne), un des plus fameux philosophes de l’Islam. Le grand savant, après avoir traité de l’adoration populaire qui attend toujours une récompense, écrit à propos de l’adoration qui s’accompagne de la connaissance :

« Pour les gnostiques, l’adoration est un entraînement des facultés de la pensée et de l’imagination dans le but de les détourner des choses matérielles pour les concepts divins. Par la pratique constante ces facultés se mettent en harmonie avec l’instinct réel de dévotion à Dieu et ne résistent plus quand l’âme intérieure de l’homme veut atteindre l’illumination »

A la troisième étape, l’âme devient si forte qu’elle peut se passer de l’aide du corps bien que le corps ait besoin de l’âme dans tous les cas. Habituellement, l’âme et le corps sont interdépendants. Le corps dépend de l’âme pour sa vie et son existence même. Sans âme, il est désintégré. De même l’âme, dépend du corps pour toutes ses activités et ne peut rien sans lui. Seulement dans des cas très exceptionnel, l’âme peut se dispenser du corps.

Parfois elle ne peut le faire que pour quelques instants et parfois elle peut le faire régulièrement ou même d’une manière permanente.

Ce phénomène est connu comme la « sortie du corps ».

Le fameux théosophe Sohrawardî a dit :

« Nous ne considérons pas que quelqu’un soit un théosophe avant qu’il ne puisse quitter son corps »

Mîr Damâd écrit :

« Nous ne considérons une personne comme théosophe que si elle est capable de quitter son corps à volonté »

Toutefois, les experts disent que la sortie du corps n’est pas une preuve de réalisation d’un haut degré de perfection.

A la quatrième étape,

le corps devient complètement docile et peut accomplir des choses merveilleuses. L’Imam Ja’fâr a dit :

« Le corps ne manifeste pas une incapacité à ce que veut la volonté »

La cinquième étape, est la plus haute. A ce degré même la nature extérieure se soumet à la volonté de l’homme et lui obéit. Les miracles accomplis par les prophètes et les saints entrent dans cette catégorie. Bien que le problème des miracles demande une longue discussion, on peut dire qu’aucun musulman qui, par définition, croit au Coran, ne saurait les nier. Du point de vue islamique, ils ne posent aucun problème. Nous nous proposons de nous pencher sur eux du point de vue de la walayat de contrôle. Bien sûr, notre propos s’adressent à ceux qui croient au Coran et qui admettent la possibilité des miracles. Ce que nous voulons souligner c’est qu’un miracle ne constitue que la manifestation de la walayat de contrôle et du pouvoir surnaturel. Laissons de côté le Coran qui, outre sa qualité de miracle est la parole de Dieu et non du Prophète et, en tant que tel, jouit d’un rang exceptionnel. Un miracle est manifesté par un Prophète ou un saint parce qu’il est investi d’un pouvoir particulier. Il peut agir comme il le désire sur l’univers, mais seulement avec la permission de Dieu. Il peut transformer un bâton en serpent, guérir la vue d’un aveugle et même ramené à la vie un trépassé. Ce pouvoir extraordinaire est acquis en parcourant la voie de la proximité à Dieu et en se rapprochant du centre de l’existence.

Certains imaginent qu’un miracle est directement effectué par Dieu et que les prophètes et les saints ne participent point la chose. Cette vue est fausse ; non seulement Dieu ne permettra pas qu’un phénomène survienne en dehors de l’ordre qu’il a établi, mais encore le texte corânique s’oppose à cette conception. En effet, le Coran attribue expressément l’accomplissement des miracles aux prophètes. Toutefois, nous reconnaissons que Dieu est la source de tout pouvoir et que chaque chose existante est une manifestation de Son vouloir. Les prophètes dépendent de Lui, en tout ce qu’ils font et recherchent constamment Son aide.

Dans la sourate la « Fourmi », le Livre Sacré nous relate l’histoire du prophète Salomon et de la reine de Sabbâ. A l’invitation de Salomon, la reine se met en route pour le rejoindre. Salomon désire que le trône de la reine lui soit apporté avant qu’elle n’arrive. Certains membres de sa cour se portent volontaire, mais Salomon refuse leur offre. Finalement, quelqu’un ayant la connaissance du Livre dit :

« Je vous l’amènerai en un clin d’œil »

Selon l’expression du Coran :

« Quelqu’un ayant la connaissance du Livre »,

Apporta le trône avec la permission de Dieu. On doit se souvenir que la « permission de Dieu » ne signifie point l’abolition d’une obligation morale ou sociale. Sa permission est l’investiture de cette perfection qui produit le pouvoir surnaturel. Dieu peut retirer ce pouvoir s’il ne afin que le miracle ne soit pas opéré. Le Coran dit :

« Il n’est pas autorisé à un messager d’apporter un signe (miracle), sauf avec la permission de Dieu »

Dans ce verset les prophètes sont décrits comme les agents des miracles. La phrase « sauf avec l’autorisation de Dieu », est ajoutée pour éviter toute imagination faisant des prophètes des agents indépendants. L’on sait « qu’il n’y a de force et de puissance qu’avec Dieu » mais celui qui avait la connaissance du Livre dit :

« Je l’apporterai dans ce temps très bref »

Ainsi ce dernier attribue le pouvoir et la capacité à lui-même. En même temps, le Coran le Coran le décrit comme le possesseur de la science du Livre. Cela signifie qu’il accomplit cette tâche surnaturelle en s’aidant de la science jusqu’alors inconnue des êtres humains et acquise directement de la « Table Gardée » (Al Lawh al Mahfuz), de par sa proximité à Dieu. De nouveau le Coran dit au sujet du même prophète :

« Nous lui rendîmes les vents dociles soufflant doucement sur son ordre vers la direction choisie par lui. De même les démons et d’autres liés par des chaînes. Ceci est notre don, ainsi nous donnons librement ou retenons sans compter »

Les versets se rapportant aux miracles de Jésus confirment cette position :nous les mentionnerons point ici par manque de place. Ce que nous désirons souligner, c’est qu’aucune personne croyant dans le Coran ne peut nier la walayat de contrôle. Mais si quelqu’un veut trancher cette question avec des critères purement scientifiques ou philosophiques, alors c’est une autre affaire. Nous nous proposons d’examiner le problème du seul point de vue coranique.

Finalement, nous voudrions insister sur un point auquel nous faisions allusions au tout début. Toutes les étapes de maîtrise déjà mentionnées résultent de la proximité à Dieu, qui est une réalité et non une expression allégorique simple. Un célèbre hadith « qudsî », répété à la fois par les chiites et les sunnites a exprimé cette réalité d’une fort belle manière.

L’Imam Ja’fâr rapporte que la Prophète a dit :

« Allah a dit : La meilleure façon de se rapprocher de moi est d’accomplir ce que j’ai ordonné à mes serviteurs. Si quelqu’un accomplit également les œuvres surérogatoires, Je l’aime et lorsque J’aime quelqu’un, Je deviens son œil par lequel il voit, son ouïe par laquelle il entend, sa langue par laquelle il parle et sa main par laquelle il saisit. S’il M’appelle, Je lui réponds. S’il Me demande quelque chose, Je le lui donne »

Ce hadith montre clairement que la dévotion porte l’homme près de Dieu. Plus il s’approche de Lui, plus il est aimé et favorisé par Lui. Il commence alors à voir à entendre et à parler par un pouvoir Divin. Sa prière est exaucée et ses désirs sont atteints.

En fait, la caractéristique du chiisme réside dans son point de vue sur la nature de l’homme. Selon ce point de vue, l’homme possède des possibilités merveilleuses et le monde n’a jamais été sans la présence d’un homme parfait dont toutes les possibilités sont réalisées. Selon cette perspective l’homme ne peut atteindre son rang véritable qu’en empruntant le chemin de la soumission à Dieu sous la direction d’un homme parfait, c’est-à-dire d’un wali, d’un chef désigné par Allah. C’est pourquoi les savants du chiisme disent :

1 – La Prière

2 – Le Jeûne

3 – L’Aumône

4 – Le Pèlerinage

5 – La Walayâ

L’Islam insiste beaucoup sur la walayat.

La question se pose de savoir pourquoi une insistance spéciale sur la walayat existe dans le chiisme par rapport à d’autres principes islamiques. La réponse est que tout comme chaque principe de l’Islam qui possède une raison d’être apparente ou cachée, la walayat possède ses raisons d’être qui peuvent être résumé comme suit :

Premièrement :

Un Wali prévient l’humanité contre ses ennemis probable et inculque à l’homme l’esprit du combat et de la résistance à l’oppression.

Deuxièmement :

Un Wali inculque à l’homme l’amour de la Beauté Divine.

Troisièmement :

Un Wali inculque à l'homme l’horreur du vice et du péché.

Quatrièmement :

Un Wali explicite l’origine réelle des lois auxquelles l’homme doit obéir.

Cinquièmement :

Un Wali enseigne à l’homme comment protéger et sauvegarder la citadelle de ces lois à n’importe quel prix.

Sixièmement :

Un Wali inculque à l’homme un besoin réel d’atteindre la proximité de Dieu de servir l’humanité et d’être charitable à l’égard des créatures de Dieu.

Voilà pourquoi nous devons tenir au principe de la walayat avec une grande ferveur.

MORTAZA MOTAHARI