La Question De L'Imamat
 
CHAPITRE 18

L'Infaillibilité selon le Coran et la Tradition

Le verset de la purification confirme l'impeccabilité des Gens de la Maison du Prophète. Il les sacralise, et les déclare purs de tout défaut. Ce verset est le suivant:

"Dieu, certes, veut écarter de vous la souillure, Ô Gens de la Maison, et vous purifier complètement"

Coran, sourate Les factions (Al-Ahzâb), verset 33

Le mot Rijs, que nous traduisons ici par souillure, s'applique en arabe à tout ce qui peut altérer et souiller une chose, que ce soit dans sa forme extérieure, ou dans son essence et sa substance. Nous retrouvons l'un et l'autre sens dans le Coran:

"... rien d'illicite pour qui se nourrit d'une nourriture, à moins que cette nourriture soit une bête morte, ou un sang répandu, ou de la viande de porc, car elle est souillure..."

Sourate Les Troupeaux (Al-An'âm), verset 145

"tandis que ceux au coeur desquels est un mal ajoutent souillure à leur souillure, et meurent infidèles."

Sourate L'Immunité (Al-Tawba ou Barâ'a), verset 125

Dans le verset de la purification qui affirme l'élimination de la souillure vis-à-vis des Gens de la Maison du Prophète de l'islam, il ne s'agit manifestement pas de l'impureté matérielle, extérieure, puisque la religion prescrit à tout musulman, quel qu'il soit, d'éliminer la souillure par les ablutions, mineure ou majeure.

En outre, cette prescription ne concerne pas seulement le Prophète et sa Famille. Or le verset comporte une faveur spéciale qui leur est exclusivement accordée. Le fait de se débarrasser des impuretés matérielles ne leur est pas une vertu spécifique, pour que le Coran en fasse une obligation pour certaines personnes déterminées.

Par conséquent le verset prend obligatoirement une signification dans laquelle le mot "souillure" ou "impureté" désignera une impureté d'ordre subtile, intérieure, touchant à l'âme et à l'esprit Dans l'ordre universel, Dieu a voulu que les gens de cette Maison soient un espace de pureté spirituelle totale, sans aucune tâche ou souillure.

Interpréter autrement le verset, reviendrait à dire que les Gens de la Maison doivent respecter les règles de pureté rituelle, qui sont de toute façon, celles que doivent respecter tous les musulmans en tant que tels. Ce qui serait absurde.

*

Lorsque le verset en question fut révélé, la nouvelle se répandit parmi les compagnons du Prophète. Peu après, on prit l'habitude de désigner les membres de la F amille du Prophète par l'expression: "les gens du manteau" (Ashâb al-Kissâ) parce que le verset de la purification a été révélé au Prophète alors qu'il se trouvait sous un large manteau du Yémen, en compagnie des membres de sa Famille, c'est-à-dire Fâtima et son époux Ali, et leurs deux garçons Hassan et Hossein-que la paix soit sur eux-.

Lors de la réunion du Collège de six membres désignés par le deuxième calife, Ali a rappelé à ses collègues sa qualité de membre de la Famille du Prophète:

"Je vous prie de me dire, s'il y a parmi nous, quelqu'un d'autre que moi que Dieu ait lavé de toute souillure, et purifié complètement Ils répondirent: "Non".

Al-Suyûti rapporte dans son commentaire du Coran, intitulé al-Durr al-Manthûr la parole de Tarofa qui dit qu'Ibn Abbas a dit:

"Nous avons vu l'Envoyé de Dieu venir pendant neuf mois consécutifs devant la maison de Ali Ibn Abi Tâleb, au moment des prières et dire: "Que la paix, la bénédiction et la clémence de Dieu soient avec vous, Ô gens de la Maison" et puis réciter le verset de la purification.

Cette même tradition a été rapportée aussi suivant la chaîne de transmission de T abarâni selon Abou al-Hamrâ, dans les termes suivants:

"J'ai vu l'Envoyé de Dieu venir devant la porte de la maison, de Ali et de Fatima, pendant six mois de suite, et réciter le verset de la Purification.

Cette tradition est aussi rapportée par Ibn Jarir et Ibn Mardawayh, toujours selon Abou al-Hamrâ qui nous informe que huit mois durant le Prophète se présentait tous les matins à la porte de Ali et de Fâtima, et récitait le verset de la Purification.

Ainsi, le Prophète a explicité, de façon on ne peut plus frappante, que le verset concerne bien la Famille de Fâtima.

*

Quant aux circonstances de la révélation du verset, elles nous sont éclaircies par Umm Salama, épouse du Prophète et Mère des Croyants, renommée pour sa piété et ses vertus, et chez qui se trouvait le Prophète de Dieu, au moment de la Révélation.

Umm Salama dit:

"C'est chez moi que fut descendu le verset de la purification.

Un jour, Fâtima était venue avec une marmite contenant une soupe de viande. Le Prophète lui dit: "Appelle ton mari, ainsi que (tes enfants) Hassan et Hossein." Elle les fit venir. Ils étaient en train de manger quand fut révélé le verset. Puis le Prophète les recouvrit avec un manteau de Khaybar qu'il portait sur lui, et dit:

"Mon Dieu, ceux-là sont les Gens de ma Maison, et mes protégés; éloigne d'eux la souillure et purifie-les complètement!"148

Beaucoup de savants sunnites approuvent que ce verset a été révélé au sujet de cinq personnes: le Prophète, Ali, Fâtima, Hassan et Hossein.149

Omar ibn Abi Salama qui fut le beau-fils du Prophète complète notre information. Il rapporte ce qui suit:

"le verset de la purification fut révélé dans la maison d'Umm Salama (sa mère). Le Prophète appela Ali, Fâtima, Hassan et Hossein; il les recouvrit d'un manteau, et dit: "Mon Dieu, ceux-là sont les Gens de ma Maison; éloigne d'eux la souillure, et purifie-les complètement!" Umm Salama dit: "Suis-je avec eux, ô Prophète de Dieu?"

Il répondit: "Tu as ton rang, et tu es pour le mieux."

Al-Qandouzi commente en disant "Cette tradition est bonne, et sa chaîne de transmetteurs est authentique, de sorte qu'elle est la meilleure tradition, dans ce sujet"150

Aïcha, la mère des croyants, dit:

"Le Prophète portant un manteau de poils de chameau, allait sortir très tôt le matin,quand Hassan arriva. Il le fit entrer sous le manteau. Hossein arriva à son tour, il le fit entrer aussi; puis Fâtima, puis Ali. Le Prophète récita alors le verset de la purification."151

Anas ibn Malek rapporte aussi que le Prophète est passé six mois durant devant la maison de Ali et de Fâtima, au moment de la prière de l'aube, en disant:

"Venez à la prière, Ô Gens de ma Maison, que Dieu soit Clément avec vous!"152

Certains ont tenté de soutenir que le verset de la purification faisait partie d'un ensemble de versets concernant les épouses du Prophète. Le contexte implique en effet qu'il se rapporte à elles également, ou du moins qu'elles n'en doivent pas être exclues.

Si le verset concernait l'infaillibilité, alors il devrait concerner aussi toutes les épouses du Prophète. Or personne n'a professé qu'elles étaient infaillibles. Par conséquent, disent-ils, nous devons considérer que ce verset traite des femmes du Prophète, mais sans aucune preuve affirmant leur infaillibilité ou celle des Gens de la Maison.

Cette interprétation n'est pas compatible avec la structure du verset. Car le verset emploie un pluriel masculin et non un pluriel féminin.

D'autre part, les traditions que nous avons vues montrent clairement les "raisons" et les circonstances de la révélation du verset de la purification, et nous voyons bien que le Prophète a exclu ses épouses des "Gens de la maison" visés par le verset, en leur disant: "Gardez votre rang!..."

La purification dont il s'agit dans le verset en question est synonyme de perfection et d'impeccabilité. Or, toutes les sources, sunnites ou chiites, dénient cette qualité aux femmes du Prophète.

*

Sur un autre plan, les traditions qui affirment l'infaillibilité des imams ne sont pas en quantité négligeables.

Dans te Nahj al-Balâgha, qui est un recueil de sermons, de lettres et de sentences de l'imam Ali, nous trouvons beaucoup de confirmations des qualités éminentes qui sont celles des Gens de ta Maison prophétique.153

L'imam Ja'far al-Sadeq déclare aussi que les prophètes ainsi que leurs héritiers spirituels (wasi), sont sans péché, car ils sont préservés (par Dieu) de toute erreur et purifiés.154

L'imam Réza (le huitième imam des chiites) affirme aussi l'impeccabilité des successeurs légitimes du Prophète.155

Aussi, la très célèbre parole du Prophète -qu'il a prononcée quelques mois avant sa disparition, et par laquelle il a recommandé aux croyants de rester fidèles au Livre de Dieu et à sa Famille- rapportée par les ulémas sunnites et chiites et possèdant plusieurs chaînes de transmissions qui lui confèrent une authenticité indiscutable, devrait suffire largement pour asseoir la légitimité des Gens de la Maison, ainsi que leur rang dans le maintien de l'Islam.156

Il va sans dire qu'avec cette parole de l'Envoyé de Dieu, les chiites ne manquent plus de preuves pour suivre leurs imams.

Puisque le Prophète -qui ne parle pas en vain- se porte garant de la rectitude des imams de Sa Maison et ordonne de les suivre, il est nécessaire et obligatoire à tout musulman parfait de leur obéir sans douter de leur compétence, et de les prendre pour modèles.

Notre Prophète considère le Coran et sa Famille comme indissolublement liés, inséparables jusqu'à ce qu'ils le rejoignent dans l'Au-delà. Cela implique que la préservation du Coran -promise par Dieu- jusqu'à la fin des temps s'étend aux imams de la Maison du Prophète. Cela veut dire qu'il y aura toujours sur terre un imam de la Maison du Prophète, même si pour des raisons de grande corruption régnant sur terre, il devra s'occulter.

* * *

________________________________________

CHAPITRE 19

________________________________________

La science de l'Imam concernant l'Islam

L'Imam est doté par Dieu -pour lui permettre d'accomplir sa mission- de toutes les connaissances nécessaires: il connaît les besoins des hommes dans tous les domaines, et connaît les voies et moyens pouvant assurer le bonheur des hommes dans les deux mondes.

Cela s'explique par le fait que sa personnalité est le prolongement de la personnalité du Prophète: s'il ne reçoit pas la Révélation comme ce dernier, il a néanmoins le devoir de com menter et de clarifier les enseignements coraniques, à chaque époque et en toutes circonstances.

De telles connaissances ne peuvent être qu'inspirées, accordées par la grâce divine. Un esprit ordinaire procédant par déduction rationnelle est trop limité pour pouvoir embrasser toutes les connaissances, et n'est pas préservé de l'erreur, ou de l'insuffisance.

Comment un homme, source de toutes les effusions divines pourrait-il être sujet à l'erreur, où à l'insuffisance du savoir?

Sa fonction exige qu'il soit à tout moment prêt à répondre aux demandes et aux appels des hommes dont les besoins sont sans cesse changeants. Les hommes ne peuvent être abandonnés à eux-mêmes sans direction, sans autorité de référence. Dieu a institué l'imamat précisément pour que les hommes ne puissent pas invoquer l'absence de référence à leur foi, au Jour du Jugement Dernier, et qu'ils ne s'autorisent pas à interpréter à leur guise la parole divine révélée aux prophètes.

Le savoir des hommes n'est en général qu'un ensemble d'opinions, et ne revêt jamais le caractère définitif.

L'imam la'far al-sâdeq, a dit:

"Dieu -Qu'Il soit Exalté- a clarifié Sa religion par les imams de la guidance de la Famille de notre Prophète. Il leur a ouvert largement les voies de Son enseignement; et c'est par eux qu'Il a révélé les mystères des sources de Sa science. Quiconque, parmi les membres de la communauté de Mohammad -que les salutations divines soient sur lui et sur sa Famille- reconnaît les droits de son imam, goûtera à la douceur de la foi et connaîtra la maturité de son islam.

Car Dieu -Exalté soit-Il- a instauré l'imam comme un signe pour Sa création, et Il en a fait une preuve. C'est Dieu qui lui a conféré la couronne de la dignité, et l'a enveloppé de la Lumière de la contrainte.

L'imam a le moyen d'accéder aux mystères célestes; ses dons ne sont jamais interrompus. On ne peut obtenir de faveur divine que par son intermédiaire; et Dieu n'agrée les oeuvres des hommes qu'à condition que ces derniers connaissent leur imam.

Les imams connaissent par avance les voiles de l'obscurité, les pratiques douteuses, et les séditions confuses. Dieu -Exalté soit-Il- les a choisi dans la progéniture de l'imam al-Hossein, imams de père en fils, en les préparant à cela par la purification de leur âme et le perfectionnement de leur intelligence. Il les agrée comme guides pour Sa création. A la disparition d'un imam, il le fait remplacer par un de ses fils savant, discernant le vrai faux, guidant les hommes, éclairé, et argument de Dieu contre Ses créatures.

Ils sont les imams venus de la part de Dieu, ils guident par la Vérité et s'y conforment, ils sont les preuves de Dieu, Ses apôtres, et Ses gardiens pour Sa création.

Les serviteurs de Dieu pratiquent Sa religion grâce à la guidance des imams; et les contrées s'éclairent par leur lumière, et les espèces prolifèrent grâce à leur bénédiction. Dieu en fait une source de vie pour les hommes, des flambeaux pour les ténèbres, des clefs pour la parole, et des piliers pour l'islam. Les volontés divines les traversent avant d'atteindre forcément leurs cibles."157

*

L'imam Mohammad al-Bâqer a dit pour sa part:

"Dieu possède une science réservée et une science commune.

La science réservée est celle dont Il n'a pas révélé la teneur aux Anges rapprochés, aux prophètes et aux envoyés. Sa science commune est celle qu'Il a fait connaître aux Anges rapprochés, aux prophètes et aux envoyés. Elle est parvenue à Nous par l'intermédiaire de l'Envoyé de Dieu.158

Le Cheikh al-Sadûq rapporte dans un ouvrage intitulé Ma'âni al-Akbar, que l'imam Moussa ibn Ja'far a dit:

"J'en jure par Dieu, Nous avons reçu tout ce qui a été accordé à Salomon, ainsi que ce qui ne lui a pas été donné, et n'a été donné à nul autre dans les univers. Dieu a dit à propos de Salomon:

"Voici notre don: dispense-le et garde-le sans compter!"

Coran, sourate Sâd, verset 39

Et il a dit à propos de Mohammad:

"...Et ce que l'Envoyé vous apporte, prenez-le! Quant à ce qu'il vous interdit, abstenez-vous en!"

Coran, sourate Le Rassemblement (Al-Hachr), verset 7

L'imam al-Sâdeq a dit que l'expression "Celui qui détient la science du Livre" qui se trouve dans le Coran désigne l'imam Ali. On lui demanda de montrer la différence entre la science de ce dernier, et celle de "Celui qui a une science du Livre", autre expression coranique. Il répondit:

"Le savoir de celui qui a une science du Livre, par comparaison avec celui qui détient la science du Livre, est comparable à la charge d'eau que peut prendre sur son aile un moustique par rapport à l'eau de la mer."159

L'Emir des croyants, Ali, a dit:

"La science qu'a menée Adam, du Ciel à la Terre, et toutes les grâces qui furent accordées à tous les prophètes jusqu'au dernier d'entre eux, se trouvent dans la Famille du Sceau des prophètes."160

Koleyni rapporte cette parole de l'imam al-Bâqer:

"La science qui a été apportée par Adam, n'est pas remontée au ciel. Elle se transmet par héritage. Ali était le savant de cette communauté. Aucun savant d'entre nous -les Gens de la Maison- ne meurt sans être aussitÔt remplacé par quelqu'un des siens qui soit aussi savant que lui ou suivant ce que Dieu veut"161

Dans le Nahuj al-Balâghua, nous pouvons lire ces propos qu'adresse l'imam Ali à son compagnon Kumayl ibn Zyad: "Certes, la terre n'est jamais en manque d'un homme qui soit la preuve de Dieu, que cet homme soit apparent et connu ou qu'il soit prudent et occulté, et ce afin que les arguments de Dieu et Ses démonstrations ne deviennent pas caduques. Combien sont-ils et ou sont-ils?

Par Dieu ils sont très peu en nombre, mais leur mérite auprès de Dieu est immense. Par eux, Dieu préserve ses preuves et arguments afin qu'ils les confient à leurs homologues et les sèment dans les coeurs de leurs semblables. La science a déferlé sur eux en toute réalité pénétrante; ils ont rencontré l'Esprit de certitude; ce qui semblait difficile aux injustes leur paraît aisé; et ils sont familiers de ce qui effraie les ignorants. Ils sont dans le monde avec des corps dont les esprits sont suspendus au Plérôme suprême (des Anges). Ils sont les califes de Dieu sur terre, les apôtres de Sa religion."162

*

En plusieurs occasions, -comme en témoigne l'histoire- les pseudo-califes ont été contraints de faire appel à l'imam Ali afin qu'il leur donne une solution religieuse aux nombreux problèmes qu'il rencontrait. Par contre, jamais l'histoire ne fait mention d'un seul cas où l'imam Ali se serait référé à quelqu'un d'autre que lui-même afin de l'aider à résoudre tel ou tel problème de la connaissance de l'islam.

Dieu dit dans le Coran:

"Celui qui guide vers la Vérité n'est-il pas plus digne d'être suivi que celui qui ne peut guider qu'à moins d'être lui-même guidé?"

Sourate Jonas (Younas). verset 35

Les actions du guide, ainsi que ses idées doivent servir de critère pour la connaissance des lois et prescriptions de l'Islam. Quel péril un homme incompétent ne fait-il courir aux musulmans, en prenant par la force, la responsabilité de leurs affaires?

La conscience normale peut juger, sans aucune objection possible, que celui qui est digne d'être suivi et obéi est celui qui connaît le plus le chemin, qui est familier de la Vérité.

Le célèbre compagnon des imams, Hichâm ibn al-Hakam allait un jour se rendre chez l'imam Ja'far al-Sadeq, accompagné de Burayha et d'une femme. En cours de route, ils rencontrèrent Moussa Kâzim, le fils de l'imam Ja'far. Hichâm le mit au courant de la cause de la visite qu'il allait rendre à son père l'imam Ja'far; et lui présenta Burayha, qui était un savant chrétien.

Moussa ibn Ja'far demanda à Burayha:

"Quelle est la connaissance que tu as de Ton Livre (c'est-à-dire de l'Evangile)?"

Burayha répondit: "Je le connais parfaitement"

Moussa ibn Ja'far lui demanda: "Comment établis-tu la confiance dans l'interprétation que tu en fais?"

Burayha dit: "Qu'est-ce qui pourrait bien compromettre le bien-fondé de mon savoir de l'Evangile?"

Moussa commença alors à lui réciter l'Evangile.

Burayha s'exclama: "C'est toi que je cherche depuis cinquante ans, ou quelqu'un comme toi!" Il embrassa l'islam aussitôt, et la femme qui l'accompagnait en fit autant.

Quand ils entrèrent chez l'imam Ja'far al-Sâdeq, Hicham le mit au courant de ce qui venait de se passer. L'imam Ja'far récita alors ce verset du Coran:

"Descendance les uns des autres, et Dieu est Audient et Savant."163

Burayha lui demanda: "Comment avez-vous la Tora, l'Evangile et les livres des prophètes?"

L'imam lui dit: "Nous les avons par héritage de leur part, nous les lisons comme ils les lisaient, et nous les prononçons comme ils les prononçaient. Dieu n'instaure pas sur Sa terre une Preuve qui répondrait "Je ne sais pas" lorsqu'on lui pose une question."164

De même le Cheikh al-Sadûq rapporte dans son livre 'Uyûn akhubâr al-Ridha, le célèbre débat qui eut lieu entre l'imam Réza et des interlocuteurs juif, sabéen, chrétien, zoroastrien, chacun occupant une position éminente dans sa religion, ainsi que des théologiens musulmans à propos de questions religieuses et philosophiques.

* * *

________________________________________

CHAPITRE 20

________________________________________

Les sources de la science de l'Imam

L'imam reçoit son savoir le plus subtil et le plus profond par l'intermédiaire de l'inspiration (ilhâm) du monde de l'invisible ('âlam al-Ghayb).

Le Noble Coran est en soi une source intari .ssable de savoir pour les purs imams. Grâce à la vaste intelligence dont ils sont doués, et de par leur vision religieuse, il leur fut toujours possible de dégager les prescriptions en matière de la Loi, et de répondre aux questions religieuses, en s'appuyant sur ce livre divin.

Leur troisième source est celle des livres (sahâ'if) compilés par leurs ancêtres et qui recueillent les enseignements que le Prophète a prodigués à Ali et à sa Famille en particulier.

Les traditions font cas, en plusieurs endroits, de ces trois sources de la connaissance des imams. A titre d'exemple: Koleyni rapporte dans al-Osûl al-Kâfi que l'imam Ja'far al-Sâdeq a dit à Abou Basîr:

"ô Abou Mohammad, Dieu -Exalté soit-Il-, n'a rien accordé aux prophètes qu'Il n'ait accordé aussi à Mohammad -que les salutations divines soient sur lui et sur sa Famille-. Il a accordé à Mohammad tout ce qu'Il a accordé aux autres prophètes, et nous avons en notre possession les feuillets dont Dieu dit dans le Coran qu'ils sont "les feuillets d'Abraham et de Moïse".

Abou Basîr lui demanda alors: "Que je sois sacrifié pour toi, s'agit-il des tablettes de la Loi?"

Il répondit: "Oui" Le même Koleyni rapporte que l'imam Réza a dit:

"Quand Dieu choisit un homme pour l'investir de la direction de Ses créatures, Il lui ouvre le coeur pour cela, pour y déposer les sources de la Sagesse, puis Il l'inspire de façon à ne plus rester silencieux devant une question, et qu'il ne montre pas de l'hésitation à y répondre.

Il devient un être parfait, infaillible, soutenu par Dieu, réussissant par Lui, mis à l'abri des erreurs et des bévues, Dieu le privilégie en cela afin d'en faire Sa preuve contre Ses créatures, Son témoin contre Sa création; ceci est une faveur que Dieu accorde à qui Il veut, et Dieu est détenteur de la grande faveur.165

Al-Hassan ibn al-Abbas al-Ma'rûfi a écrit à l'Imam Réza pour l'interroger au sujet de la différence entre un Envoyé (Rassoul), un prophète (Nabî) et un imam. Il lui répondit:

"L'Envoyé est celui auprès de qui descend l'Ange Gabriel, qui le voit, et entend ses paroles, et reçoit de lui la Révélation. Il se peut aussi qu'il voie en songe la même vision que celle d'Abraham. Le Prophète peut entendre la parole de l'Ange; il peut aussi voir l'ange sans entendre la parole. L'imam entend la parole, mais ne voit pas la personne."166

L'imam Moussa al-Kâzim (septième imam du chiisme) a dit:

"La portée de notre science est de trois facettes: le passé, le présent et le futur. Le passé est ce qui s'interprète, le futur ne pourrait être prévu d'avance; quant au présent c'est-à-dire l'actuel, il est projection sur les coeurs et percement de l'oreille; il est le meilleur de notre science. Mais il n'y aura pas de prophète après notre Prophète."167

Par conséquent, les effusions spirituelles que recevait le Prophète ont continué à s'écouler en direction des imams, car la relation entre le Créateur et les créatures ne se rompt pas avec la mort des prophètes et des Envoyés.

*

Quant au profit que tirent les imams du Noble Coran, d'autres traditions en font état.

L'imam al-Bâqer a dit:

"L'exégèse du Coran et la connaissance de ses prescriptions en matière légale font partie de la science qui nous a été accordée, de même que la science des évènements qui surviennent dans le temps.

Quand Dieu veut du bien à des gens, il les fait entendre (la voix de l'Ange); et s'Il fait entendre celui qui n'entend pas; celui-ci s'en retourne comme s'il n'avait pas entendu..."

Puis l'imam ajouta: "Si nous trouvions des réceptacles (pour nous entendre) nous dirions notre science. Dieu est notre aide!"168

Koleyni rapporte aussi que l'Emir des croyants a dit à propos du Coran:

"Il y a en lui la science du passé, et la science de ce qui adviendra jusqu'à la Résurrection. Il contient aussi, les règlements de vos litiges, et l'éclaircissement de ce sur quoi vous divergez. Et si vous m'interrogiez là-dessus, je vous en enseignerais."169

Citons aussi cette parole de l'imam Sâdeq:

"Il y a dans le Livre de Dieu, des informations sur ceux qui vous ont précédés, des nouvelles de ce qui se passera après vous, et le règlement de vos litiges, et Nous (les imams) le savons."170 Sumâ'a ibn Mehran, l'un des compagnons de l'imam Moussa ibn Ja'far a demandé à l'imam:

"Est-ce que toute chose est dans le Coran et la tradition du Prophète, ou bien avez-vous une parole différente?

L'imam répondit: "Non! Tout est dans le Livre de Dieu et la tradition de Son Prophète."171

La science de l'interprétation du Coran est une science de l'invisible, c'est-à-dire qu'elle ne s'obtient pas par les voies du raisonnement et de l'apprentissage naturel. L'interprétation du Coran qui consiste à mettre en évidence le sens profond de la parole divine, ne peut être acquise que par une effusion divine.

Le Coran parle dans la sourate La famille de 'Imrân (Ale 'Imrân) de ceux qui ont une connaissance profonde (al-râsikhûn fi-l- 'ilm), des hommes qui sont capables d'interpréter les versets ambigus. Beaucoup de traditions attestent que les imams ont cette capacité.

Dans le tafsîr d'al-Ayyâchi, al-Fodhayl ibn Yassâr rapporte qu'il a interrogé Abou Ja'far al-Bâqer au sujet de la tradition suivant laquelle: "il n'est pas de verset dans le Coran, qui n'ait pas une face apparente et une face cachée, ni de lettre qui n'ait pas de limite, ni de limite qui n'ait pas son ascendant (matla')." Il a demandé à l'imam: "Que signifient apparent et caché?"

L'imam répondit: "Sa face apparente est celle de la descente, sa face cachée (bâtin) est celle de son interprétation. Il en est qui se rapporte au passé, et il en est qui n'est pas encore advenu, suivant son parcours, comme le Soleil et la Lune; à chaque fois qu'une chose vient de lui, elle se produit, Dieu dit: "Seul Dieu et ceux qui ont une science profonde en connaissent l'interprétation" et Nous (les imams) la connaissons."172

Koleyni rapporte dans Ossoul al-Kâfi que les imams al-Bâqer et Sâdeq ont dit:

"L'Envoyé de Dieu est le meilleur de ceux qui ont une science profonde. Dieu lui a enseigné tout ce qu'Il lui a révélé, comme sens manifestes, aussi bien que comme sens cachés. Dieu n'a pas fait descendre sur lui quelque chose dont Il ne lui enseignerait pas l'interprétation. Ses légataires, après lui, la connaissent entièrement..."173

*

Quant à la troisième source dont profitent les héritiers et successeurs du Prophète, elle consiste dans les Sahâ'if (feuillets) transmis d'imam à imam.

L'imam Sâdeq a dit:

"Nous possédons ce qui nous dispense du recours aux gens; alors que les gens ont besoin de nous. Nous avons un livre dicté par le Prophète, et écrit de la main de Ali, un feuillet contenant tout le licite et l'illicite..."174

Al-Saffâr rapporte dans le Basâ'ir al-darajât que Mohammad ibn Muslim a interrogé le sixième imam:

"Quelle est l'importance de la science héritée?

Concerne-t-elle seulement les généralités ou bien embrasse-t-elle toutes les choses dont parlent les hommes, comme le divorce et les parts des héritiers?"

L'imam lui répondit: "Ali a écrit de sa main toute la science, la façon de juger et les devoirs qui incombent à chacun..."

Il rapporte aussi cette parole de l'imam al-Bâqer:

"L'Envoyé de Dieu a dit à l'Emir des Croyants: "écris ce que je vais te dicter!"

Ali dit: "ô Prophète de Dieu, crains-tu que j'oublie?"

Il dit: "Je ne crains pas l'oubli pour toi, puisque j'ai prié Dieu de te donner une mémoire parfaite; mais écris pour ceux qui sont tes associés!"

Ali dit: "qui sont mes associés?"

Le Prophète dit: "Les imams de ta descendance! C'est par eux que ma communauté recevra la pluie, par eux que ses voeux seront exaucés, par eux que les malheurs seront écartés d'elle, que la Clémence divine descendra du ciel. Et celui-ci en est le premier (montrant Hassan, le fils aîné de Ali)."

Puis désignant Hussein, le Prophète ajouta: "Les autres imams viendront de celui-là."175

Cette tradition est aussi rapportée de l'imam Sâdeq:

"Les écrits étaient tous en possession de Ali. Quand il se rendit en Irak, il les a confiés à Umm salama. Après sa mort, ils ont été remis à Hassan. Puis, après lui, à Hussein. Puis à Ali ibn Hussein, puis à mon père." 176

L'imam al-Bâqer a dit à Jâbir:

"Si nous donnions aux hommes, des réponses à leurs questions en matière religieuse, en nous appuyant sur notre opinion et comme bon nous semble, nous serions dans la perdition. Or, nous répondons à leurs questions en nous appuyant sur les traditions du Prophète, et sur des recueils de science que nous héritons de père en fils, et que nous protégeons comme tous ces gens qui cachent leur or et leur argent"177

Al-Qandûzi, auteur sunnite, rapporte une tradition extraite du livre al-Manâqib d'ibn al-Maghâzilî, que Yahyâ ibn Umm al-Tawîl a rapporté avoir entendu Ali dire:

"Avant même qu'il soit mis par écrit, je savais, pour tout verset, en quelle circonstance et à propos de qui, il a été révélé. J'ai dans mon coeur une science immense; interrogez-moi avant que vous ne me perdiez."

L'imam Ali a dit aussi:

"Quand j'étais absent au moment de la descente d'un verset, le Prophète m'enseignait ce qu'il venait de recevoir de versets coraniques dès que je le rejoignais, en me disant:

"ô Ali, Dieu m'a révélé tel et tel verset pendant ton absence.

Son interprétation est ceci ou cela. Et il m'apprenait son sens intérieur et son sens extérieur."178

On rapporte aussi la parole que Ali adressa à Komeyl ibn Ziyâd:

"Il y a ici (désignant sa poitrine) une science abondante! Si je pouvais trouver des hommes pour la porter! Mais je ne trouve que des hommes qui n'inspirent pas confiance, qui se servent de la religion comme d'un moyen pour gagner ce monde-ci..."

On lui prête aussi ces propos:

"L'Envoyé de Dieu m'a enseigné mille portes de la science; chaque porte m'ouvrant à son tour sur mille autres portes."179

Il est évident que l'enseignement dont il est ici question n'est pas du tout du même genre de pédagogie que l'on applique communément dans les écoles. C'est un enseignement initiatique mettant en oeuvre la dignité de guide intérieur inhérente au Prophète de l'islam, et qui lui permet d'inculquer par un acte miraculeux une science que des milliers d'années de travail studieux ne pourraient acquérir.

Salîm ibn Qays al-Hîlalî al-Amîrî a rapporté que Ali disait souvent:

"Tous les compagnons qui interrogeaient le Prophète ne comprenaient pas ses réponses. Il y en avait qui interrogeaient, mais qui ne comprenaient pas la réponse, et d'autres qui ne posaient jamais de questions et qui attendaient qu'un étranger vienne pour interroger le Prophète, pour qu'ils écou tent eux aussi la réponse.

Or, j'avais avec le Prophète une rencontre privée de jour et une autre de nuit, ou je le suivais dans tous ses actes. Les compagnons de l'Envoyé de Dieu savent qu'il ne fit cela qu'avec moi. Le plus souvent, mes rencontres avec le Prophète se faisaient chez moi. Quand il m'arrivait d'être chez lui, il demandait à son épouse de nous laisser seuls, de sorte que j'étais seul avec lui. Mais quand il venait chez moi, Fâtima (mon épouse) et mes enfants restaient avec nous.

Il me répondait quand je l'interrogeais. Quand je me taisais, et que je n'avais plus de questions, il prenait l'initiative d'ouvrir pour moi un autre sujet.

Il n'est aucun verset qu'il ne m'ait inculqué, qu'il ne m'ait dicté et que je n'aie écrit de ma main, et dont il ne m'ait enseigné l'interprétation, ainsi que le verset qui l'abroge ou celui qui est abrogé. Il m'a appris l'interprétation et l'exégèse de tous les versets, m'indiquant ceux qui sont fermes et ceux qui sont ambigus, les particuliers et les généraux. Il a prié Dieu de m'accorder la compréhension et la mémorisation. Je n'ai oublié aucun verset du Livre de Dieu, ni aucune science que j'aie écrite sous sa dictée, depuis qu'il a fait cette prière en ma faveur.

Il n'a omis aucune des choses que Dieu lui a enseignées, en matière de licite et d'illicite, de commandements et d'interdits, de ce qui fut ou de ce qui sera, ou de tout livre révélé à des prophètes avant lui, et comportant des prescriptions relatives à l'obéissance ou à la désobéissance à Dieu. Je n'ai pas oublié une seule lettre.

Il posa sa main sur ma poitrine, en priant Dieu de remplir mon coeur de science, d'intelligence, de sagesse et de lumière. Je dis alors:

"Ô Prophète de Dieu, par mon père et ma mère, depuis que tu as fait cette prière, je n'ai pas oublié une seule chose, je n'ai oublié rien de ce que je n'ai pas mis par écrit Crains-tu que plus tard j'en vienne à perdre la mémoire?"

Il me répondit:

"Non, je ne crains pas pour toi l'oubli et l'ignorance."180

Evidemment c'est d'un homme doué de ces qualités que le Prophète de l'islam a dit:

"Je suis la Cité de la Science, et Ali en est la porte.

Quiconque veut entrer dans la Cité de la Sagesse, qu'il y entre par sa porte."181

Les compilateurs ont rapporté aussi d'autres versions de cette tradition.182

*

Pour assurer à la communauté musulmane une source de connaissances sûre et intarissable, le Prophète s'est attaché à confier toute sa science à un homme capable de la recevoir, puis de la mettre à la disposition des croyants, dans l'état ou il l'a reçue.

Al- Qandûzi rapporte aussi dans son livre Yanâbi 'al-Mawadda, la parole de ibn Abbas qui a entendu l'Envoyé de Dieu dire:

"Quand je suis allé à la rencontre de mon Seigneur, Il m'a parlé et m'a fait des révélations. Je n'ai rien appris que je n'aie enseigné à Ali, car il est la porte de ma science."183

La même source ajoute que l'imam Hossein a dit:

"Les compagnons du Prophète l'ont questionné quand fut descendu le verset 12 de la sourate Yâsîn:

"Toute chose, est par Nous, dénombrée dans un archétype explicite."

Ils ont demandé: "Ô Prophète de Dieu, s'agit-il de la Thora, de l'Evangile ou du Coran?

Le Prophète répondit: "Non, d'aucun." Puis, il désigna mon père (Ali Ibn Abi Tâleb) et dit: "Il s'agit de cet imam dans lequel Dieu a déposé la science de toute chose." 184

De même, Ali, l'Emir des Croyants a dit:

"Le Prophète avait coutume de s'isoler -pour la contemplation- à Hirâ; je le voyais alors que personne d'autre ne le voyait. Il n'yavait alors dans la maison de l'islam, personne d'autre que l'Envoyé de Dieu, Khadija (son épouse) et moi-même. J'y voyais la lumière de la révélation et de la Mission, et je sentais le parfum de la prophétie. J'ai aussi entendu la plainte de Satan, lorsque la révélation fut descendue sur le Prophète.

J'ai alors dit: "Quelle est cette plainte, Ô Prophète de Dieu?" Il me dit: "C'est Satan, il vient de désespérer d'être adoré un jour. ô Ali tu entends ce que j'entends, et tu vois ce que je vois.

Cependant tu n'es pas un Prophète, mais tu es mon ministre."185

* * *
________________________________________

CHAPITRE 21

________________________________________

L'Imam et le monde invisible

Certaines personnes ont le don de communiquer avec le monde invisible, soit par le moyen d'une grande faculté intuitive, soit par la grâce divine qui les illumine sans effort de leur part. Ils accèdent ainsi à certains mystères ou réalités cachées au commun des gens.

Le type de connaissances auxquelles ces personnes parviennent, est inaccessible aux moyens habituels de la connaissance ordinaire.
expérience, argumentation, raisonnement, théorie, etc...

Ce type de connaissance est dit suprasensible, et ne peut par conséquent s'expliquer dans un cadre matériel ou matérialiste.

Mais son existence n'est plus contestée. Il est cependant le seul moyen de connaître l'Absolu, et le réel.

Nous donnons ici, à titre d'exemple, le témoignage d'un grand savant moderne, prix Nobel de Médecine, le Docteur Alexis Carrel.

"L'existence de la clairvoyance et de la télépathie est une donnée immédiate de l'observation. Les clairvoyants saisissent, sans l'intermédiaire des organes des sens, les pensées d'une autre personne. Ils perçoivent aussi des évènements plus ou moins éloignés dans l'espace etle temps.

Cette faculté est exceptionnelle. Elle ne se développe que chez un très petit nombre d'individus. Mais elle existe à l'état rudimentaire chez beaucoup de gens, Elle s'exerce sans effort et de façon spontanée. Elle paraît très simple à ceux qui la possèdent Elle leur donne de certaines choses, une connaissance plus sûre que celle qu'ils obtiennent par les organes des sens.

Il leur est aussi facile de voir les pensées d'une personne que d'analyser l'expression de son visage. Mais, voir et sentir sont des mots qui n'expriment pas exactement ce qui se passe dans leur conscience. Ils ne regardent pas, ils ne cherchent pas. Ils savent.

La lecture des pensées et des sentiments paraît être apparentée à la fois à l'inspiration scientifique, esthétique et religieuse, et aux phénomènes de télépathie.

Dans beaucoup de cas, une communication s'établit, au moment de la mort ou d'un grand danger, entre un individu et un autre. Le mourant, ou la victime de l'accident, même quand cet accident n'est pas suivi de mort, apparaît un instant sous son aspect habituel à un ami. souvent le personnage hallucinatoire reste silencieux. Parfois il parle, et annonce sa mort.

Plus rarement, le clairvoyant voit, à une grande distance, une scène, un individu, un paysage, qu'il décrit minutieusement et exactement. De nombreuses personnes, qui ne possèdent pas d'ordinaire le don de la clairvoyance, ont une ou deux fois dans le cours de leur vie, l'expérience d'une communication télépathique.

C'est ainsi que la connaissance du monde extérieur nous parvient quelquefois par des voies différentes des organes sensoriels. Il est sûr que la pensée peut se communiquer directement d'un être humain à un autre, même à grande distance.

Ces faits, qui sont du ressort de la nouvelle science de la métapsychique, doivent être acceptés tels qu'ils sont. Ils font partie de la réalité. Ils expriment un aspect mal connu de l'être humain. Ils expliquent peut-être l'extraordinaire lucidité que possèdent certains hommes."186

L'âme humaine est donc dotée d'un moyen de communication avec l'extérieur qui est autre que les organes de la perception sensible, et autre que la raison discursive.

*

Il est prouvé que dans le rêve, l'homme est capable d'entrer en contact avec un monde autre, et d'en acquérir certaines informations.

Il n'est pas interdit de penser que ses capacités intuitives lui permettent d'exercer ce pouvoir à l'état de veille. C'est une porte sur l'invisible que Dieu ouvre à ceux des hommes et des femmes qu'Il juge dignes de conna î tre certains secrets et certaines réalités cachées des mondes qui nous gouvernent

Si donc il est permis à des hommes ordinaires de posséder de tels pouvoirs, pourquoi des hommes parfaits comme les prophètes et les saints, qui sont dotés de plus grandes capacités spirituelles, ne seraient-ils pas en mesure d'entretenir des rapports plus constants et plus profonds avec le monde invisible et suprasensible; ces hommes, ne l'oublions pas, reçoivent directement une grâce et un enseignement de la part de Dieu, et jouissent d'une âme limpide et d'une conscience pure qui leur permettent de sonder certains mystères.

Ce pouvoir que possèdent les imams ne leur a pas été prêté par la légende. De nombreuses traditions des imams rapportent que ces derniers non seulement reconnaissaient en bénéficier, comme condition indispensable à l'exercice de leur mission, mais aussi indiquaient les voies à suivre par les hommes pour espérer pouvoir acquérir une science plus immédiate des mystères du monde et de Dieu.

Ils affirment que cette connaissance, de nature intuitive, est distincte de la révélation -propre aux prophètes- qui se fait par l'intermédiaire d'un ange dont ils entendent la voix.

Mais bien que l'intermédiaire soit différent, l'imam perçoit un élargissement de son champ de connaissance, et un approfondissement de sa compréhension.

La relation de l'imam avec le monde invisible n'est pas totale et n'est pas illimitée. Elle est conditionnée par la grâce divine, et ne permet jamais l'accès à toutes les connaissances et à tous les mystères. Il n'y a jamais par conséquent de saisie de l'invisible dans son intégralité. Mais en tant que manifestation des attributs divins, ils sont capables de recevoir pleinement le flux de la connaissance émanant de Dieu, ce qui leur permet d'accéder aux mystères.

Leur connaissance du monde suprasensible ne dépend pas de leur volonté propre: ils sont entièrement soumis à la volonté de Dieu.
C'est ce qui explique les traditions dans lesquelles les imams affirment ne pas connaître l'invisible. En effet, ils ne connaissent rien par eux-mêmes sinon avec la permission de Dieu et par Sa grâce.

L'imam Mohammad al-Bâqer fut interrogé par un de ses compagnons au sujet du verset coranique:

"Le Connaisseur de l'Invisible. Et il ne révèle son mystère à personne."

Coran, sourate Les Djinns, verset 26

L'imam se hâta de lire le verset suivant:

"excepté le prophète qu'il aura agréé." Puis il ajouta: "Par Dieu, Mohammad était agréé." Quant à la parole divine: "Le connaisseur de l'Invisible", elle signifie que Dieu connaît ce qui échappe à Ses créatures en matière de ce qu'Il leur prédestine, de ce qu'Il leur prescrit dans Sa science, avant même de les créer, et avant même d'informer de son intention les anges chargés de l'exécuter. C'est une science qui Lui est propre, qu'Il ne partage avec personne. Il la fait exécuter s'Il le veut, ou la suspend s'Il le veut. La science que Dieu a fait transmettre à Son Envoyé, puis à nous les Imams, est celle qui se rapporte à des évènements que Dieu a prescrits et dont il a ordonné l'exécution."187

*

Le Coran affirme explicitement que Dieu informe certains élus parmi ses créatures de choses se rapportant à l'Invisible, à différentes époques. C'est le cas des prophètes et des imams. Cela ne veut pas dire que les prophètes et les imams se comportent dans leur vie extérieure comme s'ils avaient en permanence l'accès à l'Invisible.

Ils sont -et Dieu l'a voulu ainsi- des hommes vivant parmi d'autres hommes; et ils se doivent agir et déterminer leur décision conformément au sens commun, de façon à ne pas se montrer comme des hommes surnaturels; et ils doivent aussi consulter leurs compagnons. Leur existence doit être en tout point régie par le savoir ordinaire, leur libre-arbitre. Ils sont comme tous les hommes, des êtres responsables devant Dieu, tenus de suivre aussi bien la lettre que l'esprit des obligations religieuses.

Ils s'y sont d'ailleurs si bien conformés que beaucoup de leurs contemporains les ont comparés aux autres hommes éminents en science, de leur époque.

Il faut ici attirer l'attention sur un autre point, à savoir que la connaissance par les imams d'un évènement qui ne s'est pas encore produit n'a pas d'effet sur le cours de cet évènement, ni sur le cours de la vie en général.

Cette connaissance ne les rend pas responsables non plus de l'évènement en question, pas plus qu'elle n'enlève leur liberté aux personnes impliquées directement dans l'évènement. Les imams ne sont responsables que des actes qu'ils commettent dans le cadre de l'existence ordinaire.

Al-Koleyni rapporte qu'un homme originaire de Perse interrogea l'imam Moussa al-Kâzim, disant:

"Connaissez-vous l'Invisible?" L'imam répondit: "La science nous est dispensée, et par elle nous connaissons. Et quand elle nous est retenue, nous ne connaissons pas." Il dit aussi: "Dieu Tout puissant a révélé son mystère à Gabriel; Gabriel l'a révélé à Mohammad, et Mohammad l'a révélé à celui que Dieu a voulu."188

De même al-Saffâr a rapporté dans son livre Basâ'ir al-Darajât qu'un homme nommé Abdurrahimm interrogea l'imam al-Bâqer au sujet de la signification du verset coranique qui suit:

"Et ainsi Nous f îmes voir à Abraham le Royaume des Cieux et de la Terre, et afin qu 'il soit au nombre de ceux qui ont la certitude."

Sourate Les Troupeaux (al-An'âm), verset 75

L'imam lui répondit:

"Dieu a mis à nu pour Abraham les cieux et la Terre Afin qu'il les voie avec tout ce qu'elles ont au-dedans. Il y vit le trône et celui qui y est assis. Il en fit de même avec l'Envoyé de Dieu."

Al-Koleyni rapporte pour sa part, la même tradition selon une autre chaîne de transmetteurs, dans laquelle l'imam déclare avoir eu aussi le privilège de la vision du dévoilement des cieux et de la terre. Il mentionne aussi plusieurs traditions où les imams déclarent être eux-mêmes les dépositaires de la science divine, et ses garants.

L'imam Ja'far al-Sâdeq a déclaré détenir un savoir supérieur à celui de khezr et de Moïse, car ils n'avaient pas la science des évènements à venir jusqu'à la fin du monde.189

Selon une autre tradition, l'imam Ja'far al-Sâdeq explique cela en disant que Dieu qui a fait des imams ses preuves vis-à-vis des hommes ne peut pas en même temps les tenir dans l'ignorance au sujet des cieux et de la Terre.190

Plusieurs traditions sont aussi rapportées suivant lesquelles l'imam Ali a affirmé détenir le savoir de tout ce qui concerne les évènements à venir jusqu'à la fin du monde.

Ibn abi al-Hadid, auteur sunnite, rapporte qu'en affirmant connaître les évènements futurs, l'imam Ali ne prétendait pas être un dieu, ni un prophète. "C'est l'Envoyé de Dieu qui m'a informé de cette science."191

Les recueils de traditions et les livres historiques font état de nombreuses Occasions où les imams ont prédit des évènements en général, ou concernant leurs compagnons.

Un des exemples les plus célèbres est la prédiction que fit l'imam Ali à son compagnon Maytham al-Tammâr, dans laquelle il lui révéla toutes les conditions dans lesquelles al-Tammâr allait mourir.

Des années plus tard, longtemps après la mort de l'imam Ali, Ibn Ziyâd -un des principaux responsables du drame de Karbala où l'imam Hossein, sa famille ainsi que ses compagnons furent assassinés-, fit prisonnier al-Tammâr. Celui-ci informa son bourreau de conditions dans lesquelles Ali lui avait prédit de mourir.

Ibn Ziyâd, ennemi de Ali, jura qu'il allait tout faire pour qu'il en aille autrement, pour démentir la prédiction de Ali. Mais il ne put pas mettre sa volonté à exécution; et les choses se passèrent exactement comme l'imam les avait prédites.

*

On peut se référer aux ouvrages comme al-Ossoul min al-Kâfi de Koleyni, au Commentaire du Nahj al-Balâgha d'Ibn abi al-Hadid, et au Maqâtil al-Talibiyyin d'Abu-l-Faraj al-Aspahâni, pour de nombreux autres cas illustrant la science des imams, cas rapportés par des témoins qui ne peuvent être suspectés de mensonges tous en même temps.

*

________________________________________