AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)
 
Le pèlerinage en Islam

Ramzi: Certains trouvent à redire sur le pèlerinage en Islam, en raison des difficultés et des lourdes dépenses auxquelles il est associé. Nombreuses sont également les contraintes imposées au pèlerin pendant le pèlerinage; beaucoup de plaisirs sont en effet frappés d’interdiction et le pèlerin est soumis à des obligations dont certaines constituent même une atteinte à son honneur, comme se découvrir la tête, la procession dans la Mosquée, sans parler de l’épuisante marche entre as-Safa et al-Marwa. Par quelles raisons peut-on justifier de telles corvées? Et avant cela, je voudrais demander: qu’est-ce qui fait de la Mecque, dont la Kaâba, le lieu exclusif du pèlerinage pour les musulmans.

Le cheikh: Concernant le choix de la Mecque et de la Kaâba pour le pèlerinage, il s’explique par le fait que la Kaâba a été la première demeure construite pour l’adoration de Dieu après le déluge, à une époque où la terre vivait sous le règne du paganisme. Dans cette atmosphère, la Kaâba s’annonçait comme le fruit précoce du sentiment monothéiste et de l’adoration sincère de Dieu. Elle fut construite par le premier engagé dans l’appel à l’unicité divine et au refus de l’idolâtrie et du paganisme; il s’agit d’Abraham, l’Intime de Dieu et avec lui son fils Ismaël, le béni de Dieu. Ainsi, la Kaâba était consacrée en tant que haut lieu de commémoration du monothéisme et de l’adoration de Dieu l’Unique, pour toujours. C’est ce vers quoi le Coran attire notre attention à travers les versets 96 et 97 de la sourate A^l-‘Imran (la Famille d’Imran ): « En vérité, le premier temple qui ait été fondé à l’intention des hommes est bien celui de la Mecque, qui est à la fois une bénédiction et une bonne direction pour l’univers. Terre de signes sacrés, c’est aussi l’Oratoire d’Abraham. Quiconque y pénètre sera en sécurité. En faire le pèlerinage est un devoir envers Dieu pour quiconque en a la possibilité. Quant aux infidèles, qu’ils sachent que Dieu se passe volontiers de tout l’univers. »

Le temps passa, les religions se ramifièrent et les mobiles de jalousie abondèrent contre Ismaël et sa gloire. Alors s’aggrava l’égarement du paganisme et s’exacerbèrent les idolâtries, pendant que reculait le monde de la piété et s’estompèrent peu à peu les traces du message divin et du monothéisme. Mais le monument d’Abraham, l’envoyé de Dieu, expression de la gloire d’Ismaël et sanctuaire de l’unicité divine, survécut à cette tourmente, perpétuel, résistant aux assauts des siècles et des générations de polythéistes. Il demeura insensible à l’hostilité des Israélites, à la frénésie païenne, à la puissance des nations et à l’influence des Abyssins. Voilà donc des signes de la providence divine sur ce temple, signes représentés notamment par la station d’Abraham, cette célèbre roche sur laquelle se tenait Abraham pendant qu’il travaillait dans la construction du temple. Elle a la particularité de porter les empreintes des pieds d’Abraham, profondément gravées dans la pierre pourtant dure.

A l’origine, la station d’Abraham était tout près du mur de la Kaâba, et y demeura encore des années après le prophète Mohammed (a.s.s), mais fut ensuite déplacée à l’endroit où elle se trouve encore aujourd’hui. Ces signes de la providence divine s’expriment autant par la survivance de cette roche à travers les siècles de paganisme, que par la permanence du caractère sacré de la Kaâba et le respect dont elle a de tout temps jouit parmi les Arabes, pourtant si fiers, autoritaires, destructeurs, revanchards, pillards et agressifs. Cet indéfectible respect voué à la Kaâba à l’époque de tous les antagonismes et où la sauvagerie régnait en maître incontesté pendant près de deux mille cinq cent ans ne peut trouver son explication que dans une protection divine, afin de perpétuer la mémoire d’Abraham, l’Intime: « et quiconque y entre est en sécurité ».

Après avoir montré la gloire du Temple sacré, la noblesse de son origine et le miracle de son histoire, Dieu montra aussi que la noblesse de ce lieu le rendait plus qu’aucun autre le domicile de la cérémonie religieuse et le sanctuaire de la perpétuation du culte monothéiste: « Dieu prescrit aux hommes, comme devoir envers lui, le pèlerinage de ce temple, un devoir pour ceux qui en ont les moyens. » Au verset 125 de la sourate al-Baqara, Dieu dit: « C’est alors que nous fîmes du temple de la Kaâba un lieu de retraite et un havre de paix pour les hommes, en leur recommandant de faire de la station d’Abraham un lieu de prière. De même que nous confiâmes à Abraham et Ismaël le soin de préserver la pureté de notre temple à l’intention de ceux qui viendront y accomplir des circuits rituels, faire une retraite ou s’incliner et se recueillir. » Ensuite, au verset 127, Dieu parle d’Abraham et d’Ismaël, alors qu’ils construisaient la Kaâba: « Et lorsqu’Abraham et Ismaël eurent élevé les assises du temple et dirent: Seigneur! Accepte cet ouvrage de nous. Tu es l’Omniaudiant et l’Omniscient. »

Je voudrais préciser que la Torah courante parle aussi de la Mecque (Gen 10/30), en voulant situer le lieu d’habitation des fils de Yoctan, descendant de Sem: « Ils habitaient entre Mêcha et la région montagneuse de Sefar à l’Est ». Mêcha est connu comme étant un nom de la Mecque, ainsi que le reconnaissent même les écrivains chrétiens qui, dans leurs dessins pour la réalisation de la carte de ce pays, situent Mêcha au même point que la Mecque. La Torah rapporte (Gen 10/30; 25/14) que l’un des douze fils d’Ismaël s’appelait Massa, ce qui indique que c’est ce Massa qui a fait de ce lieu une ville qui prit son nom, tout comme les localités de Téma et de Douma ont pris les noms de deux autres parmi les douze fils d’Ismaël, à l’instar de certains endroits du Yémen, auxquels furent donnés des noms appartenant à des fils de Yoctan; c’est le cas de Hadrumète, du nom de Hadoram, et nous pouvons citer encore les noms de Ouzal, Ofir et Havila. Cependant, les traductions de la Torah, peu soucieuses des règles de la transcription, écrivent pour certaines « Massa » pour nommer la Mecque, pendant que d’autres l’écrivent « Mêcha ».

Emmanuel: Certains, à l’image de Hachem al-‘Arabi et Gharib Ibn al-‘Adjib, nient ni plus, ni moins, la venue d’Abraham et de son fils Ismaël à la Mecque et même dans la région de Touhama où se situe cette localité. Leur argument est que la Torah n’en fait aucune mention, bien que celle-ci affirment-ils, s’est intéressée de près à l’histoire d’Abraham et d’Ismaël, qu’elle a retracé l’itinéraire suivi par Abraham et noté les différentes contrées où il s’est établi. Mais disent-ils, elle ne mentionne ni la Mecque, ni Touhama, et encore moins la Kaâba

Le cheikh: Emmanuel, je croyais que vous aviez bien étudié la Torah et que vous avez une bonne connaissance de son état. Après cela, comment pouvez-vous lui accorder encore un quelconque crédit et la prendre en témoignage pour quelque sujet que ce soit? Voyons! C’est vous-même qui avez fait le triste constat que cette Torah avait négligé les aspects les plus importants de la vie d’Abraham: sa foi, le lieu de révélation de sa prophétie, etc. Vous avez ainsi découvert que le Nouveau Testament s’opposait à la Torah au sujet d’Abraham, en rapportant que la révélation lui avait été faite alors qu’il était encore en Mésopotamie, bien avant que Dieu ne lui ordonne de quitter son pays et sa parenté pour aller s’installer à Haran. Mais la Torah fait de Haran le pays d’origine d’Abraham et le lieu de la révélation, et c’est cette même Torah qui, comme vous l’avez vu, a offensé à plusieurs reprises la majesté et la sainteté de Dieu.

Honnêtement, peut-on se servir d’un livre pour faire objection à la vérité sous prétexte qu’il déclare son contraire? Et parlons donc de nos amis qui, semble-t-il, n’ont pour soutenir leur affirmation que l’absence dans la Torah d’une mention pour la Mecque et pour le voyage d’Abraham et de son fils dans cette région. Enfin, Emmanuel! Croyez-vous un instant que les parents de cette Torah permettront qu’elle rapporte quelque chose des mérites ou de la gloire de la Mecque et d’Ismaël?

Emmanuel: Ils ajoutent en tous cas que la Torah qui serait la seule à avoir fait part de l’existence d’Ismaël, rapporte que lorsqu’Ismaël et sa mère furent chassés de la maison d’Abraham, ils sont allés s’installer dans le désert du Sinaï, précisément sur l’étendue de Faran.

Le cheikh: Lisez donc la seconde partie du livre al-houda (p 95 – 104) et vous comprendrez que l’affirmation qui dit qu’Ismaël a habité dans le désert de Faran n’empêche pas qu’il ait habité la Mecque. Vous y découvrirez aussi que vos deux amis n’ont fait que falsifier le récit de cette histoire. Par ailleurs, les innombrables défauts, lacunes, incohérences, contradictions et autres aberrations qui tapissent la Torah courante permettent aisément de se fixer définitivement sur sa crédibilité et son authenticité. Souvenez-vous de ceux qui avaient acheté Joseph pour le revendre à Potifar en Egypte: tantôt la Torah les appelle Madianites, en référence à Madian, fils d’Abraham, tantôt Ismaélites, en référence à Ismaël, fils d’Abraham.

Emmanuel: Un groupe de savants chrétiens déclare que le désert de Faran fait partie du désert du Sinaï.

Eliezer: Ne vois-tu pas que tu fais du tort à la vérité en polémiquant de la sorte, d’autant plus que tu n’es pas sans connaître la faiblesse de tes propos! Rappelles-toi que ces religieux chargés de prêcher la bonne parole, réformer les mœurs, enseigner les valeurs de la piété, de la bonté et de la vérité sont ceux-là mêmes qui ont été les premiers à faire défaut à ces valeurs sacrées. Je parle surtout de Jam?iyet kitab al-hidaya et des missionnaires américains qui ont menti délibérément au sujet de la Torah et aussi du Coran. Je parle des mensonges de Hachem al-‘Arabi et de Gharib Ibn al-‘Adjib. Je parle encore du livre thamratou-l- amani, édité par les efforts des religieux et qui n’a eu de cesse de colporter des absurdités autant sur la Torah que sur le Coran. Que puis-je dire enfin de nos religieux du Moyen âge, qui ne parlaient de l’Islam et de son prophète que pour les discréditer par des légendes et des affirmations mensongères, choquantes et absurdes.

Le prêtre: Oui, Eliezer; c’était trop facile tant que cela se passait durant les siècles obscurs du Moyen âge et que cela ne débordait pas du cadre de la société européenne. Mais le plus dramatique et le plus révoltant, c’est que cela trouve encore de l’écho au temps présent, à l’époque dite moderne, celle de la lumière et du savoir, du raffinement, de la vertu et de l’étique. Figurez-vous qu’à cette époque, une association apostolique évangélisatrice comme Jam?iyet Kitab al- hidaya et les missionnaires américains qui ont, toute honte bue et sans scrupule aucun, écrit dans leur livre du même nom et édité en Egypte, que Mohammed le prophète des musulmans (a.s.s) a épousé la femme de son fils. Ils ne se sont pas contenté de l’écrire une seule mais plusieurs fois (p. 66 – 67/1°part/ 2°éd. 1900; p 169, 4°part. éd. 1902). Comble de l’indignation, il a fallu qu’ils l’écrivent en arabe et qu’ils l’éditent en pays musulman.

Le cheikh: Comment pouvait-il en être autrement, lorsqu’on sait tout ce que ces religieux ont colporté au sujet de leur propre religion et ce qu’ils ont fait de leurs propres livres sacrés. Après tout, vous avez eu à maintes fois l’occasion de vous en rendre compte. Mais au fait, que représentent ces écrits diffamatoires devant une histoire sur laquelle s’accordent toutes les générations, une histoire qui ne laisse aucun doute sur l’origine et l’authenticité de la Kaâba, dont la construction selon les termes même du noble Coran a été réalisée par les mains d’Abraham et de son fils Ismaël?

Ramzi: Certains disent que la Kaâba a depuis l’antiquité servi de demeure pour les idoles. C’était dit-on, le temple de Saturne et un lieu de culte pour les Sabéens. Il est difficile d’imaginer par conséquent, qu’elle ait été une construction d’Abraham et d’Ismaël, pour l’adoration de Dieu l’Unique.

Le cheikh: Imaginez le passage d’un groupe d’historiens sur le site de Jérusalem aux environs de la seconde ou de la troisième année du règne de Salomon, avant le lancement de ses grands travaux de réaménagement de la ville. Ces historiens auraient bien sûr décrit la terre de Jérusalem telle qu’ils l’auraient vue, vide et surtout sans sanctuaire et sans temple, car les travaux n’y débutèrent que durant la quatrième année du règne de Salomon (2 Chron 3/ 2). Supposez maintenant qu’un autre groupe d’historiens ait visité les lieux plus tard, disons au début du règne de Manassé, fils d’Ezékias; ils auraient découvert un grand temple rempli d’idoles et d’autels, et auraient assisté au règne de l’idolâtrie et des pratiques païennes (2 Rois 21; 2 Chron 33). Les visiteurs auraient décrit cette ville telle qu’elle s’offrait à leurs yeux: dégénérée et en proie au paganisme, avec un temple où se regroupent toutes les idoles et les autels de la société barbare qu’était celle de l’époque.

Dites-moi donc: serait-il correct de s’en tenir aux déclarations de ces deux groupes d’historiens et affirmer avec eux que ce temple était véritablement le cœur battant du polythéisme de Jérusalem, qu’il ne pouvait certainement pas être une construction de Salomon, et encore moins érigé pour un culte monothéiste, mais qu’il fut fondé au contraire pour les cultes des dieux païens? Peut-on ainsi, sur la base de ces seuls témoignages remettre en cause l’histoire de la nation israélite, transmise d’une génération à l’autre, et qui rapporte que ce temple est bien une construction de Salomon, pour le culte et l’adoration de Dieu uniquement.

Mais au fait, est-ce qu’un quelconque écrit rapporte le passage d’un historien sur la terre de la Mecque après la mort d’Abraham et d’Ismaël, peu de temps ou longtemps après, et que celui-ci n’y trouva de trace ni pour la Kaâba, ni pour d’autres constructions? De même, un historien peut-il affirmer être passé par la Mecque avant l’époque d’Abraham et y avoir découvert la Kaâba servant de lieu de culte pour les idoles des Sabéens? Qui pourrait bien prétendre une telle chose, sinon… Hachem al-‘Arabi, Gharîb Ibn al-‘Adjib, Kamil al-‘Aytan, ainsi que ceux dont les penchants épousent volontiers les tendances de ces gens? Si ceux que je viens de citer s’unissaient pour affirmer que la Kaâba existait avant Abraham, ou même qu’elle n’a été construite qu’après sa mort, cela ne pèserait d’aucun poids devant l’histoire des Arabes, qui situe la Kaâba dans le temps, l’espace et le but connus de tous.

En définitive, quoi que l’on puisse dire sur la Kaâba et les idoles qui ont pu l’habiter à une certaine époque, cela résulterait d’un regard superficiel concentré de manière exclusive sur une situation exceptionnelle que la Kaâba a été amenée à vivre pendant quelques siècles. Durant cette période, le monothéisme s’étant retrouvé sans défenseur après la mort d’Ismaël, accusa un recul devant les coups de boutoir des païens et l’égarement dénatura fortement la religion d’Abraham. Ceci n’est d’ailleurs pas un cas isolé dans l’histoire des religions; combien de fois les Israélites, depuis leur départ d’Egypte jusqu’à leur déportation à Babylone sont retournés au polythéisme, à chaque fois avec plus d’acharnement!

Souvenez-vous par ailleurs de ce que rapporte le Nouveau Testament sur les disciples qui s’étaient réunis à peine une quinzaine d’années après le Christ, afin de décider de l’abandon de la loi et de l’obligation de circoncision, des règles que le Christ lui-même observait pourtant avec scrupule. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner de l’introduction du paganisme après la mort d’Ismaël, et de l’installation d’idoles dans la Kaâba, de même que la période qui a suivi la crucifixion de Jésus, a connu l’abandon de la loi, l’introduction de la Trinité et des icônes, à tel point que ces aberrations ont été même associées au nom du Christ.

Mais, chers amis, le paganisme arabe n’a effacé ni l’histoire d’Abraham, ni celle de la Kaâba, encore moins le respect qui lui était voué. Il n’a pas aboli l’obligation de circoncision, ni le pèlerinage et les rites qui l’accompagnaient, même si certaines actions comptant pour l’accomplissement du pèlerinage ont subi les effets des penchants païens. Les générations qui se sont succédé ont sauvegardé l’essentiel de la religion d’Abraham, de sa mission sacrée et de son histoire, et perpétué le souvenir de ses préceptes, jusqu’au jour où la lumière de l’Islam brilla sur les toits de la Mecque.

On serait tenté de penser que les tuniques des anciens prêtres Egyptiens, qui apparaissent sur les bas-reliefs sont une survivance de l’habit rituel du pèlerinage, et que cette tenue a été empruntée à la loi d’Abraham sur le pèlerinage, ou à une autre loi prophétique. La même expression de dévotion et d’humilité se lit sur l’habit de certains religieux de l’extrême Orient, à l’instar de ceux représentés par Confucius. Il n’est pas exclu par ailleurs, que les processions des Sabéens et des Grecs anciens soient inspirées du pèlerinage tel que l’avait institué Abraham.

Un regard lucide et une appréciation judicieuse des choses ne peuvent qu’aider à comprendre que les cultes inventés ont toujours été derrière les dommages causés aux cultes authentiques et ce, en les submergeant de leurs innovations et en les donnant en pâture aux charlatans de tous bords, qui s’en sont de tout temps donné à cœur joie dans la destruction et la falsification des religions célestes.

Enfin, il n’est pas impossible qu’une partie des principes religieux que l’on retrouve chez les mages, les Sabéens, les Brahmanes, les Bouddhistes, les anciens Egyptiens et les anciens Grecs, proviennent de la religion d’Abraham, mais que le temps faisant, ils ont fini par être détournés et transformés pour le service du paganisme.

Je le dis en sachant qu’un groupe de chrétiens prétendent que Dieu n’avait jamais révélé de loi avant Moïse et que les prédécesseurs de ce dernier s’étaient juste accommodés de traditions qu’ils amélioraient en fonction des exigences de la vie d’ici bas. Parmi les partisans de cette sordide tendance, nous pouvons déjà citer Jam?iyat Kitab al-hidaya et les missionnaires américains, sous l’égide desquels a été édité le livre de cette association. Ces religieux prédicateurs semblent ne pas avoir lu dans la Torah les paroles de Dieu à Isaac au sujet d’Abraham (Gen 26/5): « Parce que Abraham a obéi à mes ordres, observé mes règles, mes commandements, mes décrets et mes lois ». Je vous invite à lire la quatrième partie du livre de cette association (p 167 – 169), afin de prendre la mesure de la malhonnêteté de ses auteurs et de leur éloignement de la vérité. Voyez ensuite à titre de comparaison ce qu’en dit le livre al-houda, dans sa première partie (p 242 – 243).

Au demeurant, rien n’empêche que les différentes révélations divines concordent et s’accordent dans beaucoup de leurs aspects, considérant que la différence d’époque ou de nation n’implique pas une différence dans les intérêts et les nobles objectifs de ces lois, le Législateur suprême étant Unique et le but de toutes les prophéties étant de guider les hommes sur le droit chemin. Certes, les religions s’inspirent aussi les unes des autres, comme le suggèrent les versets 77 et 78 de la sourate al-Hajj (le Pèlerinage): « O^ vous qui croyez! Inclinez-vous, prosternez-vous et adorez votre Seigneur! Faites du bien et vous serez heureux. Luttez pour Dieu avec tout l’effort qu’il mérite! Il vous a choisis et ne vous a imposé aucune gêne dans la religion, la religion de votre père Abraham qui vous a donné le nom de musulmans ». Ces nobles versets ont été révélés soit en considérant la descendance d’Abraham, soit en considérant la parenté spirituelle et prophétique d’Abraham pour les musulmans. Quoi qu’il en soit, cela démontre que la religion d’Abraham est une référence pour le fondement des préceptes de la loi islamique.

Eliezer: Beaucoup parmi nos amis disent que le Prophète MohaMmed a fondé la Loi de l’Islam sur les bases des autres lois religieuses, autant les vraies que les fausses, copiant tantôt les lois juives, tantôt les autres lois.

Emmanuel: Mon cher père me permettra-t-il de dire librement quelques mots sur ce sujet?

Eliezer: Bien sûr, Emmanuel; quelle question! Tu t’exprimes en toute liberté depuis le début; pourquoi voudrais-je que cela change maintenant?

Emmanuel: Nos amis, comme vous dites, n’ont eu d’autre regard sur la loi islamique que celui de la contestation et du déni. Voilà pourquoi ils se précipitent vers de fausses appréciations, pour ensuite s’adonner à la calomnie du prophète de l’Islam, en affirmant qu’il a inspiré sa loi d’ici ou de là. C’est un comportement identique à celui de certains matérialistes qui avaient prétendu que Moïse avait copié ses lois sur celles des Egyptiens et de Hammourabi.

Le docteur: Pourquoi tenez-vous à attribuer ces affirmations sur Moïse aux seuls matérialistes? Je voudrais vous faire remarquer que vos livres tiennent sur lui des propos encore plus choquants. Jetez donc un regard dans Actes des Apôtres (15/ 21) et prenez acte du discours des apôtres durant l’assemblée de Jérusalem, en particulier lorsqu’il était question de justifier l’annulation de l’obligation de circoncision: « Car depuis les temps anciens, des hommes prêchent la loi de Moïse dans chaque ville et on la lit dans les synagogues tous les jours de sabbat. »

Au quatorzième chapitre de Lettre aux Romains (14), en guise d’argument à l’abolition d’une loi de la Torah interdisant la consommation de la chair de certains animaux, nous lisons: « Dans l’union avec le Seigneur Jésus, je sais de façon tout à fait certaine que rien n’est impur en soi. »

La Première Lettre à Timothée (1/4) également dit: « Dis-leur de renoncer à ces légendes et à ces longues listes d’ancêtres, qui ne produisent que des discussions », pour souligner le caractère obsolète de la Torah.

Dans le même ordre d’idées, nous lisons dans Lettre à Tite (1/14-15): « Et qu’ils ne s’attachent plus à des légendes juives et à des commandements dus à des hommes qui se sont détournés de la vérité. Tout est pur pour ceux qui sont purs. »

De même, la Lettre aux Colossiens (2/16), en parlant toujours des interdits de la Torah: « Ne laissez personne porter des jugements sur ce que vous mangez ou buvez, ou au sujet de l’observance des jours de fête, de la nouvelle lune ou du sabbat. » Ensuite (2/20, 21, 22): « Pourquoi acceptez-vous qu’on vous impose des règles de ce genre: ne prends pas ceci, ne goûte pas cela, n’y touche pas. Elles concernent des choses destinées à disparaître dès qu’on en fait usage. Il s’agit là de règles et d’enseignements dus aux hommes ».

Evidemment, ce mal n’était pas sans influencer, pour ne pas dire: contaminer les esprits, ni rester sans se manifester à travers les publications postérieures, à l’image du livre du récit chrétien intitulé: an-natija al-‘asriya, édité à l’imprimerie Anglo–Américaine à Boulag(au Caire, en 1911). La page 90 de cette publication rapporte les paroles d’un missionnaire chrétien dénigrant la loi Moïse en s’adressant à un missionnaire juif: « Quant à votre législateur, Moïse, il a dit: Œil pour œil et dent pour dent. »

Emmanuel: Je vous demande pardon, docteur; je n’ai pas dit que les matérialistes s’en étaient pris à la loi Moïse, pour mériter de votre part ce genre de réponse. Mais reprenons plutôt le fil de notre propos: il se trouve que des écrivains contemporains chercheurs dans le domaine des religions qui ont précédé le Christ, relèvent que de nombreux principes défendus par les chrétiens, tels que la Trinité, les hypostases, l’incarnation de Dieu et sa naissance de la vierge; tout ce que mentionnent les Evangiles sur la naissance de Jésus, ses miracles, sa tentation par le diable, la crucifixion, la résurrection, le mystère de la rédemption, le salut, tout cela a été copié littéralement des écrits brahmanes, bouddhistes et de ce que disent les autres nations au sujet de la divinité et des humains qu’on divinise. Ces remarques sont répertoriées dans le livre: kitab al-‘aqa?id al- wathaniya, de Mohammed Tahir at-Tanir. Pour son étude, l’écrivain cite quarante six ouvrages de référence, de ce qu’il a pu trouver parmi les livres imprimés. Entre le christianisme et les religions qui lui sont antérieures, l’auteur montre des concordances dans les détails et les spécificités qui sont si étonnantes et extraordinaires qu’elles ne peuvent tenir du hasard ou de la coïncidence. En tous cas, il a le mérite de nous interpeller sur un fait très grave: il est exclu que les prédécesseurs de Jésus aient rêvé des siècles plus tôt de ce qui allait arriver dans un avenir aussi lointain. Nous ne pouvons donc pas dire que ce sont eux qui se sont approprié ces valeurs de la religion future pour en faire ce qu’il convient d’appeler les piliers du paganisme antique.

Eliezer: Nos amis dénient aux Arabes leur parenté avec Ismaël; ils prétendent que les Arabes, plutôt que d’être des descendants d’Abraham sont un mélange d’Abyssins et d’autres peuples. Ils se servent de ce genre d’absurdités dans l’espoir de remettre en cause l’attribution de la construction de la Kaâba à Abraham.

Emmanuel: Je dirai pour commencer que les Arabes sont en parfait accord quant au lien incontestable de la Kaâba avec Abraham et qu’ils se sont attachés à cette vérité génération après génération, depuis Abraham à ce jour. Par ailleurs, un fait non moins important mérite d’être signalé: c’est le soin pour ainsi dire maniaque que les Arabes ont toujours pris dans la mémorisation des généalogies, sans oublier qu’ils ont de tout temps témoigné un grand respect aux Arabes Ismaélites, en reconnaissance de leur parenté avec Abraham.

Il se trouve que chez les Arabes, la généalogie est porteuse de gloire, d’honneur et de respect; elle est l’objet de rivalité et de jalousie et ne jouissent de cette dignité que ceux pour qui elle est établie avec certitude, car chez eux la généalogie a toujours été exposée à la critique et la vérification et seules celles qui sont prouvées dans le détail et assises sur des bases solides sont reconnues, à plus forte raison lorsqu’un nom, une famille ou une tribu influence de quelque manière que ce soit la vie quotidienne de l’ensemble des Arabes.

Que nous importe alors que certaines plumes mal avisées et pour des raisons plus que douteuses, s’attèlent à semer le doute même quand il n’a pas la moindre chance d’entamer les certitudes. Ces mêmes plumes avaient déjà sévi dans la généalogie de Jésus, et ce que nous lisons au premier chapitre de l’Evangile selon Matthieu ainsi qu’au troisième chapitre de l’Evangile selon Luc est plus qu’édifiant. Evidemment, je ne parle pas des divergences existant entre les Evangiles et le premier livre des Chroniques sur le sujet, ni de l’anarchie qui caractérise les livres de l’Ancien Testament pour ce qui est de l’établissement des généalogies. Constatez alors ces contradictions qui ont laissé perplexes d’innombrables chercheurs qui n’ont pu que reconnaître l’omniprésence des défauts, pendant que d’autres se sont donnés pour tâche de les répertorier; je vous renvoie au livre al-houda et au livre idhhar al-haq.

Le cheikh: En ce qui concerne la construction de la Kaâba et autant pour ce qui est de la généalogie des Ismaélites, la situation est si limpide qu’elle se passe de cette longue explication. Elle est hors de portée de l’utopie fanatique et des visées inavouées des esprits mal inspirés. Souvenons nous du verset 26 de la sourate al-Hajj (le Pèlerinage): « Rappelle-toi que, lorsque nous avons installé Abraham sur l’emplacement du temple, nous lui dîmes: « Ne Me donne aucun associé! Veille à conserver Mon temple en état de pureté pour ceux qui viennent y accomplir les tours rituels, ou y faire leurs dévotions, debout, agenouillés ou prosternés! » » Aux versets 27 et 28, le Coran ajoute: « Appelle les hommes au pèlerinage! Ils répondront à ton appel, à pied et sur toute monture, venant des contrées les plus éloignées, pour participer aux bienfaits du pèlerinage et invoquer le Nom du Seigneur aux jours fixés, en immolant la bête prise sur le bétail que Dieu leur a accordée. Mangez-en vous-même et donnez-en à manger aux pauvres démunis. ».

Dieu a fait de l’occasion sacrée du pèlerinage un moyen de recueillir bien des avantages, aussi bien pour la vie présente que pour celle de l’au-delà et ce, tant que l’homme n’est pas séparé de ces avantages par l’épaisse barrière du péché. Le pèlerinage est en soi l’occasion d’un grand congrès annuel dont les membres sont appelés à se consacrer au bannissement de l’individualisme, à la lutte contre les causes de l’égarement, et œuvrer à travers une tenue, une attitude, une émotion et une morale commune, à atteindre l’union spirituelle et sociale, ceci bien sûr, à condition qu’ils gardent à l’esprit la faiblesse du faible, la pauvreté du pauvre et la situation des opprimés de tous les jours, qui sont accablés par les entraves et les restrictions de toutes natures; à condition également qu’ils renoncent à leurs marques de grandeur et d’appartenance sociale, aux privilèges du pouvoir et de la richesse, qu’ils s’en remettent à Dieu le Juste et Tout-Puissant, et enfin, que chacun d’eux puisse trouver dans ses propres affaires et dans sa conduite, autant que dans ceux de son prochain, un éloquent prêcheur et un conseiller sincère qui exige de lui qu’il engage son cœur et son esprit au service du bien et pour le bonheur de l’humanité. N’est-ce pas le plus beau et le meilleur des rassemblements?

En outre, ce rassemblement est une occasion pour les pèlerins de faire la rencontre de personnes pieuses, des savants et des guides religieux, des gens dont la conduite est un exemple pour le croyant et une lumière pour les esprits confus. Par les explications et les démonstrations de ces savants se dissipent peu à peu les causes du doute et de l’ignorance, pour laisser place à la connaissance et à la certitude. Malheureusement, le péché continue de troubler les sources du savoir et de la piété que la religion avait pourtant purifiées, clarifiées et rendues limpides. Mais, nous nous en remettrons toujours à Dieu; Il est notre guide et notre secours.

Enfin, l’action directe exercée sur l’individu par les rites du pèlerinage, et leur effet sur l’éducation du pèlerin, son entraînement à la préférence du bien, à la noblesse de la morale, ainsi qu’au raffermissement de toutes les qualités de piété, explique en partie l’engouement que suscite ce rendez-vous annuel. Mais en vérité, ce qui fait venir les croyants de toutes les contrées du monde, c’est la soumission et l’obéissance à Dieu qu’implique le culte qui lui est rendu en ce lieu, devenu depuis Abraham symbole du monothéisme. Les gens s’y rencontrent pour perpétuer son caractère sacré et s’enrichir de ses avantages et de ses bienfaits. C’est aussi un repère pour les amis de Dieu et ses serviteurs les plus dévoués, ceux qui ont la lourde charge et la mission sacrée de prêcher le monothéisme, de réformer les usages, améliorer la société humaine et lui baliser la voie vers la paix éternelle et vers la perfection.

Puisse Dieu notre Guide nous accorder la réussite; puisse-t-il illuminer nos cœurs et nos esprits.

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[1]- Sourate al-Fath (S:48 / V:28)