AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)
 
Un bonheur physique et spirituel

Le cheikh: Pour démontrer la vérité, on doit attirer l’attention sur un détail et pas des moindres, qui concerne la résurrection telle qu’annoncée par les livres religieux: Dans cette vie, l’homme connaît deux formes de plaisir et de bien être; l’une physique, basée sur les envies du corps, ses désirs et ses divertissements; l’autre, spirituelle, réjouit l’âme et la rassure, en particulier par la compréhension de la vérité et l’acquisition des connaissances nobles et élevées. C’est tout le bien que lui procure le sentiment de gloire et de respect, contrairement au sentiment frustrant et rabaissant des imperfections et l’humiliation du blâme et de la remontrance. Ainsi, la promesse est faite aux bons et pieux méritant le bonheur de la vie future, de l’obtenir sous sa double forme: physique et spirituelle.

Vous constaterez que dans la vie présente, les gens ont un grand attachement au bien être matériel et aspirent au bonheur physique bien plus qu’ils ne le font pour leur bien-être spirituel. C’est pourquoi, dans l’annonce de la bonne nouvelle, la sagesse du noble Coran, en incitant à la bonté et à la piété ne manque pas de faire l’éloge de la récompense matérielle de l’au-delà, de manière à susciter chez l’homme l’envie de la bonne conduite, celle du doit chemin. Evidemment, ceci ne veut pas dire que les promesses pour un bonheur spirituel dans la demeure de l’éternité ont été négligées.

L’être humain a toujours vécu dans le souci de préserver sa situation, son rang, sa réputation et son honneur; il n’a jamais cessé d’être en quête de plus d’estime et davantage de témoignages de respect parmi ses semblables. Sur cet aspect également, le Coran rassure à travers la sourate al-Hijr (47): « Nous aurons arraché de leurs cœurs toute haine. Ils seront sur des trônes, assis fraternellement, les uns en face des autres », la sourate Al-a’râf (43): « On leur proclamera: « voici le paradis, vous en avez hérité grâce à vos œuvres. » », La sourate az-Zoumar (73): « Ses gardiens leur diront: « Que la paix soit sur vous! Vous avez été pleins de douceur, entrez-y pour un séjour éternel » », la sourate ar-Ra?d (23-24): « Les anges entreront auprès d’eux par chaque porte pour leur dire: « que la paix soit avec vous! Vous avez persévéré. Que votre demeure ultime est belle! » », la sourate al-Hijr (46): « Entrez-y paisibles et confiants », la sourate at-Tawba (72): « Dieu a promis aux croyants et aux croyantes, des jardins arrosés par des ruisseaux, où ils séjourneront éternellement, des demeures agréables dans les jardins d’Eden. »

Plus élevé et plus important que tout ceci est l’immense bonheur spirituel qui consiste en l’obtention de la perfection et les témoignages de respect et de considération, auxquels le Coran attache une grande importance: « La satisfaction de Dieu est plus grande encore. Là est l’immense succès. » Lorsque l’individu ressent la satisfaction de Dieu, il prend toute la mesure de sa propre droiture et de sa perfection pour avoir mérité un tel honneur. La plus grande aspiration des connaisseurs est justement de pouvoir un jour jouir de cette quintessence du bien être spirituel, de ce bonheur suprême; le Coran y fait encore allusion par le biais de la sourate al-Infitar (13), al-Motaffifin (22): « En vérité, les hommes de bien seront dans un délice » et la sourate Qaf (35): « Ils y trouveront ce qu’ils désireront et nous en avons davantage encore. » Vous voyez, ce serait assurément faire injustice au Coran, que de prétendre que ses promesses pour l’au-delà concernent seulement des récompenses physiques.
Polémique autour de la resurrection

Ramzi: Pardonnez-moi, mais il reste encore quelques détails à clarifier: on dit que si l’enfer était vraiment ce lieu matériel où sont emprisonnés des millions de corps, un endroit aussi immense serait nécessairement sujet à la découverte.

Emmanuel: Est-ce que vous avez lu ou entendu que l’enfer et son feu éternel se trouvaient sur l’un des continents de notre terre ou sur une de ses îles, ce qui justifierait un tant soit peu l’audace d’avancer une telle énormité? Si on vous disait que l’enfer se trouvait ailleurs que sur notre planète, vous vous exclameriez certainement en disant: incroyable! Et qui pourrait déplacer les corps de tous ces pécheurs, de notre terre jusqu’en un lieu aussi lointain? Et nous vous répondrions: Dieu, le créateur de l’univers et de l’admirable système dans lequel évolue la création.

Ramzi: Remarquez, si un tel lieu se trouvait sur terre, nous pourrions voir les corps quitter leurs lieux d’enterrement et s’enfoncer dans le sol, ou franchement sortir de leurs tombes. Mais nous savons tous qu’ils se décomposent, s’effritent et se désintègrent après la mort, pour disparaître avec le temps.

Emmanuel: Ce serait dommage d’en arriver aux sarcasmes, parce qu’on n’a plus le moindre argument à faire valoir. Puis-je vous rappeler que nous parlons de résurrection, le jour où les corps reviennent après leur anéantissement. De plus, personne ne prétend que les coupables sont conduits en enfer immédiatement après leur mort. En outre, vous semblez prendre un malin plaisir à insister sur la décomposition des corps et leur disparition avec le temps; et bien, quelle que soient vos insinuations, le Coran vous répond (Yassin, 78 – 79): « Il cite pour nous une parabole, en oubliant sa création: « Qui donc, dit-il, redonnera la vie aux os cariés? » Réponds: « Celui qui les a formés la première fois leur redonnera la vie, car il a de toute création un savoir absolu! » » S’il vous reste encore d’autres interventions de ce genre, Ramzi, ne vous gênez surtout pas de les faire.

Ramzi: Très bien, nous avons abordé la question du point de vue de la religion; maintenant, si vous n’y voyez pas d’inconvénient, essayons de le faire d’un point de vue philosophique. Vue sous cet angle, je dirai que la responsabilité des actes ne peut incomber à l’âme seule, car l’âme ne peut accomplir ni le bien ni le mal en dehors de son union avec le corps. Alors, pourquoi lui attribue-t-on les actes qu’elle a dû accomplir en association avec le corps, si bien sur association il y’a dans les actes, puisque nous avons vu précédemment que l’action de l’âme se limitait au mouvement, sans plus, et que les actes de la matière restent tributaires de la constitution de la matière. Dans ce cas, je ne vois pas où peuvent être le mérite et la culpabilité de l’âme dans l’accomplissement des actes.

Emmanuel: Il vous est effectivement arrivé de parler d’un point de vue religieux, mais c’était pour attribuer aux livres célestes le contraire de leurs déclarations, et aux savants religieux ce dont ils se lavent tous les mains. Et voilà que vous usez des mêmes procédés à l’encontre des vérités philosophiques, hélas!

Quoi qu’il en soit, concernant le retour des morts le jour de la résurrection, les livres célestes ont déclaré on ne peut plus claire et en bien des occasions, que la responsabilité des mauvais actes au jour du jugement incombera à l’homme coupable, corps et âme, ce sur quoi s’accordent également les savants de toutes les religions connues.

Est-il besoin de revenir sur ce que nous avons déjà vu et devoir expliquer de nouveau que l’âme est une entité indépendante, qui se distingue par un pouvoir de perception, une conscience, une volonté et un rôle de gestion de la vie du corps et de ses actions mécaniques? Revoyez donc ce qui a été dit à ce sujet, vous nous épargnerez de bien fatigantes répétitions.

De la justification des actes

Les rêveurs rêvent et les sophistes tentent d’induire leur monde en erreur, en prétendant que les actes de l’homme, de même que ses abstentions trouvent leur explication dans des considérations corporelles qui sont soit naturelles pour le corps comme le tempérament et la physionomie, soit acquises comme la morale ou les valeurs acquises de l’habitude et de l’exigence de l’environnement. Mais une appréciation honnête des vérités est de nature à servir de protection contre l’illusion et couper l’herbe sous les pieds du trompeur, et afin d’attirer l’attention, voici quelques exemples:

Le temperament

Nombreux sont les jeunes et les moins jeunes, des célibataires au tempérament fougueux, éprouvant un grand besoin et un désir intense pour le contact féminin. A les voir évoluer dans un milieu peuplé de femmes qui ne se gênent pas d’étaler leurs charmes tant par le geste que par la parole, on serait tenté de penser que ces hommes se laisseraient facilement corrompre; Eh bien, il n’en est rien, ils réagissent plutôt en faisant preuve d’une grande pudeur et leur piété les empêche de se laisser entraîner vers l’immoralité. Pendant ce temps, d’autres à l’âge avancé, mariés, au tempérament flegmatique et censés être à l’abri de l’adultère, n’hésitent pas à se lancer tête baissée dans le vice, faisant fi de sa laideur, sa bassesse, son préjudice et ses graves conséquences. Vous voyez donc que la chasteté et la piété, la dépravation et l’adultère ne sont nullement conditionnés par le tempérament.

La physionomie

Imaginez tous les genres d’individu que vous voudrez: les petits de taille, ceux dont le nez est long, les yeux bleus ou noirs, ceux au nez large et les lèvres épaisses, ceux au visage contracté, les yeux creux, les sourcils épais, les lèvres fines et la voix grave, les obèses, les massifs, les grands de taille, les maigres, les moyens, et même ceux dont la physionomie est différente de tout ceci. Parmi tous ces genres, vous constaterez qu’il existe des traîtres, des séducteurs, des malins, des crapules, des cruels, mais aussi des bons, des justes, des intègres, des cléments, des individus à la morale vertueuse, ou même des personnes tout à fait moyennes dans leurs états et leurs actes.

C’est dire que la physionomie de la personne ne détermine en rien ses actes, car nos actes, nos valeurs et nos facultés ne sont pas la conséquence de considérations physiques ou de caractères naturels du corps, puisque deux personnes aux caractéristiques physiques identiques peuvent être diamétralement opposées dans leur morale et leur comportement, de même que ces différences peuvent être observées chez la même personne, dans un changement de comportement, entre une période et une autre.

L’illusion de l’explication par le besoin ou par l’environnement

Beaucoup de gens pauvres, manquant des moyens de subsistance les plus élémentaires, et à qui la possibilité est offerte pour accéder malhonnêtement à l’objet de leur besoin s’en abstiendront résolument et n’accepteront que ce qui leur est acquis de façon tout à fait licite. A l’opposé, vous verrez que certains, pourtant riches et à l’abri du besoin, n’hésiteront pas à voler, extorquer et exploiter leur prochain. Même dans les villes, les villages, les quartiers et les foyers où les conditions de droiture et d’honnêteté sont rassemblées et offertes à tous, certains préfèreront sombrer dans la perversité, la corruption et le vice, pendant que sous d’autres cieux pourtant plus propices à l’égarement, se trouvent des gens bons et droits.

Les exemples que nous venons d’évoquer ne sont un secret pour personne et n’apportent rien de nouveau; ce ne sont que des extraits du quotidien des sociétés humaines, tous genres confondus. Alors, à quoi sert-il de recourir à de telles justifications, fausses et tendancieuses?

Ramzi: Il me reste quand même quelque chose à ajouter pour faire le tour de la vérité: Prenez l’exemple d’un homme vautré dans le péché, à l’instar des habitants de Sodome, la fameuse ville du prophète Lot. Castrez-le ou faites-lui boire une potion qui anéantit le désir sexuel, ensuite relâchez-le. Si cet homme retourne à ses habitudes, nous aurons la preuve incontestable que la tendance à l’adultère est un penchant de l’âme. Mais s’il se révèle aussi chaste et vertueux que Joseph, nous serons alors contraints de reconnaître que c’est bien le tempérament physique qui commande aux actes de l’homme.

Emmanuel: Auriez-vous oublié que l’adultère compte parmi les actes mécaniques de l’âme, et que la volonté de l’âme d’accomplir un tel acte vient de la sensibilité de celle-ci au désir par l’intermédiaire de son union avec le corps? Comprenez que c’est la vigueur du corps qui stimule le sentiment du désir chez l’âme qui, en retour, fait bouger le corps et l’actionne pour l’accomplissement de l’adultère.

Comment l’âme peut-elle désirer si la puissance du corps est annulée, et comment peut-elle vouloir ce qu’il lui est impossible d’accomplir, ce pourquoi elle ne dispose d’aucun outil? Je m’explique: Si vous n’avez pas un enfant, vous ne voudrez sûrement pas voler un jouet pour lui, afin de calmer sa furie pour qu’il vous laisse tranquille; mais si vous avez un enfant qui vous demande un jouet, vous ne devez pas être nécessairement un voleur de jouets pour le calmer. A vrai dire, soit vous êtes un voleur de jouets et cela, que vous ayez les moyens d’en acheter ou non, soit vous n’en êtes pas un et vous lui en achetez un licitement, soit encore vous ne répondez pas à sa demande et il finira par se calmer. Ceci était pour répondre sur l’exemple du fornicateur, pour les cas de sa castration et de sa virilité.

Quand à votre expression « aussi chaste que Joseph », le moins que l’on puisse dire est qu’elle est mal placée. La chasteté, mon ami, n’est pas l’absence de l’acte dans l’absence de l’aptitude à l’accomplir; c’est le détachement de l’âme noble de l’acte condamnable, tout en ayant la possibilité de l’accomplir et dans la conscience du désir qu’il suscite.

La morale et la réflexion

Ramzi: Que pensez-vous de la morale? Elle est acquise par l’homme, mais elle finit par le gouverner et conditionner entièrement ses actes. Personnellement, je me demande bien ce qui peut rester de la responsabilité de l’âme sur les actes devant la prépondérance de l’action de la morale. Enfin, pensez-vous que la morale soit spirituelle ou physique?

Emmanuel: Vous parlez comme si vous rapportiez les paroles de certains écrivains qui disent que la morale est quelque chose d’immuable et qu’elle contraint l’individu dans ses actes, et nous savons très bien que nous ne pouvons plus parler de responsabilité juste et raisonnable sous la contrainte. Cependant, même s’il est vrai qu’il n’y a pas de responsabilité sous la contrainte, l’influence de la morale s’estompe également devant l’action d’autres facteurs comme l’obsession, l’illusion, le choix; non seulement, mais il arrive aussi que les valeurs changent, parfois même vers leur contraire, soudainement ou progressivement, rapidement ou lentement, selon la nature des causes.

Le cheikh: Ce qu’il est important que vous sachiez, c’est que la morale est elle même déterminée par certaines conditions comme:

-La bonne réflexion: le recours à la raison et aux enseignements du droit chemin, de telle manière que la conception du bien et du mal devient subordonnée à la conviction, si bien qu’elle fait pencher la volonté vers le choix de la bonne action et l’abandon de la mauvaise. Lorsque cette qualité s’exprime de manière dominante dans le comportement, elle entraîne la personne sur le chemin de la piété et de la perfection.

-La complaisance et le libéralisme dans la réflexion: dans ce cas, la conception du bien et du mal, dans le choix de l’action ou de l’abstention, dépend essentiellement d’une vision accommodante pour la tendance physique, sans donner à la raison l’occasion de jouer son rôle dans la considération des conséquences, à tel point que la personne agit sous une fausse représentation des effets de l’acte et de son abandon. Et lorsqu’on n’est plus en mesure de distinguer raisonnablement les avantages des inconvénients, les mauvais conseillers et autres génies du mal viennent tous à la charge.

Quoi qu’il en soit, vous vous rendrez compte que la réflexion de l’homme ainsi que sa volonté et ses choix ne sont pas conditionnés par un facteur naturel quelconque. Le comportement humain est jalonné d’actes et d’abstentions qui sont le produit d’un choix ou d’une réflexion, et qui s’inscrivent à l’opposé des exigences de la morale. Ouvrez un tant soit peu votre esprit et vous verrez que les actes d’un homme peuvent bien être contraires à sa morale, et que la morale d’une personne peut changer vers son contraire.

Tout compte fait, ceux qui vivent sur le sentier de la piété et de la crainte de Dieu sont ceux dont la raison tient les rênes de leur morale, alors que ceux qui pataugent dans le mal et l’impiété sont ceux dont les idées manipulent cette morale.

La réflexion crée la conscience

Voyez donc comme la réflexion de notre âme, lors de son appréciation pour les différentes situations, dispose de la conscience et même de l’affectivité. Devant les difficultés de la vie, l’être humain a une tendance presque instinctive à s’apitoyer sur son sort. Mais en pensant aux malheureux, les démunis manquant des moyens les plus élémentaires pour la survie de leurs enfants, tels que la nourriture, les vêtements et encore moins les soins pour ceux d’entre eux dont la santé le nécessiterait, ce même être humain qui pleurnichait sur ses petites misères est vite interpellé par la différence qui le sépare de ces pauvres menant une existence de damnés. Cette louable réflexion a aussitôt pour effet de relativiser dans sa conscience la gravité de sa propre situation qu’il considérait jusque là comme désespérante, et l’amène même à compatir à la souffrance de son prochain. Ceci démontre si besoin est que la réflexion crée bel et bien la conscience, et les exemples sont légion, tous aussi convaincants les uns que les autres.

Le fantasme en est un et pas des moindres. Dans cette situation, il suffit à la personne de donner libre cours à son imagination pour déclencher un soulèvement et une effervescence de ses sentiments. L’action de la pensée provoque également d’autres sentiments comme la peur, l’amour, la haine, la joie, la tristesse, l’espoir, le désespoir, faisant ainsi vivre à notre âme, selon les situations, des états de plaisir ou de douleur.

De plus, l’homme est capable de changer sa réflexion: bien des fois, notre esprit est taraudé par d’agaçantes pensées, pouvant nous pousser à des réactions regrettables. Alors, afin d’éloigner l’esprit de ce qui le tourmente et des conséquences néfastes qui peuvent en découler, la solution est vite trouvée dans l’orientation de la réflexion vers des idées agréables, tout comme elle est trouvée également dans l’occupation, si bien que nous en arrivons à oublier l’objet de notre agacement. C’est aussi ce que les Imams de l’islam enseignent parmi les moyens de lutte contre la colère et la concupiscence, et de prévention contre ce que cela risque d’entraîner de condamnable.

Certes, détourner l’esprit de son sujet de préoccupation vers un autre n’est pas toujours aussi aisé qu’il pourrait sembler l’être et nécessite pour la plupart des gens l’assistance d’un mentor, plus précisément d’un directeur de conscience, pour s’entraîner à privilégier la tendance spirituelle de leur âme sur sa tendance physique. Ceci s’accompagne, cela va de soi, d’un effort non négligeable dans le comportement, consistant à éviter les sources de l’égarement et à diriger l’esprit vers un raisonnement qui serve les buts de cet effort.

On a beau agiter le spectre du doute et de la controverse, il suffit de se montrer quelque peu attentif à ce qui vient d’être exposé pour prendre acte de la vérité, palpable et évidente; une vérité par laquelle l’on découvre que la source du choix des actes et des abstentions est en réalité cette entité consciente régnant sur les affaires personnelles, physiques et mentales. C’est cette entité qui se charge d’apprécier le bon et le mauvais, et selon le concept qui naît de cette appréciation naît également la volonté d’agir, d’actionner les muscles et les membres, ou la volonté de ne pas agir, donc d’abandonner.

Cependant, étant donné la barrière corporelle qui voile l’âme par sa densité et son obscurité, celle-ci, pour une meilleure efficacité de sa perception, doit se défaire de ce voile, notamment par l’instruction et la réflexion; bref par l’exploration du monde des connaissances. De même, son étroite liaison avec le corps et leur union dans l’égocentrisme lui fait prendre conscience de l’ensemble des évènements et situations que vit le corps, tels que la faim, la soif, la douleur, le plaisir, l’envie, la colère, l’amour, la haine, la joie, la tristesse, l’espoir, etc. De cette situation naissent pour l’âme des tendances physiques qui se dressent en opposition aux bonnes tendances spirituelles, en conséquence de quoi il appartient à l’âme de faire le choix de la réflexion et de la comparaison, ou celui de l’empressement dans le sens des penchants physiques et le rejet de la vertu et du bien.

Cela nous amène à conclure en toute évidence que la cause de l’acte ou de l’abstention revient à la volonté de l’âme, suivant les choix qui découlent de sa réflexion. De ce fait, la responsabilité n’incombe qu’à l’âme qui est la cause efficiente, le corps n’étant en dehors de son union avec celle-ci, que matière inanimée.


Philosophie des actes et des abstentions

les enseignements du Coran

Sur la confirmation du libre choix de l’âme dans la réflexion, le Coran dit entre les versets 37 et 41 de la sourate an-Nazi‘at (les Arracheuses): « Celui qui aura été oppresseur et aura préféré la vie d’ici-bas, son refuge sera l’enfer. Par contre, celui qui aura craint de comparaître un jour devant son Seigneur, et interdit à son âme de déchoir dans la passion, son asile sera, certes, le paradis. »

Il n’est point de vérité utile concernée par la nécessité de l’acte ou de son abandon, sans que Dieu, exalté soit-il, ne l’ait mentionnée dans ses révélations et expliquée par ses prophètes, qu’il s’agisse de celles conduisant à la satisfaction de Dieu, ou de celles provoquant sa colère.

A travers ces versets, Dieu nous montre l’origine des actes de l’homme en désignant clairement sa réflexion et son choix. Il démontre par ailleurs, que le malfaiteur fait le mal en agissant par sa matérialité passionnée et en choisissant dans sa réflexion de suivre ses penchants pervers, naissants de l’amour de la vie d’ici-bas. De même, Dieu explique que le bienfaiteur agit en bien, en plaçant au centre de sa réflexion le rejet des penchants physiques et en pensant pieusement au jour du jugement.

Ramzi: Le verset 53 de la sourate Youcef (Joseph) dit: « L’âme en vérité pousse au mal ». Ceci ne montre-t-il pas que la mauvaise action est une nécessité naturelle pour l’âme? Et puisque tel est le cas, comment peut-elle avoir le choix du bien et du mal et comment peut-on l’en rendre responsable?

Le cheikh: Dans ce verset, le Coran rapporte les paroles du prophète Joseph, qui avait parlé en considérant l’union de l’âme avec le corps dans l’égoïsme, rappelant que l’âme ayant conscience des imperfections du corps, en subit les effets sur le plan de la sensibilité, de l’envie ou de la colère, ce qui n’est pas sans exacerber sa tendance dans cette direction. Mais le prophète Joseph montre également à travers ces paroles que l’âme possède aussi une tendance spirituelle, un don précieux de Dieu le Miséricordieux, qui illumine le chemin de ses créatures, leur offre par cette tendance la possibilité de purifier leurs esprits et rectifier la direction de leurs penchants; c’est une tendance d’une nature supérieure, qui permet à l’âme de mieux apprécier les vérités, faire la part du bien et du mal, du meilleur et du pire, afin de choisir le bien et éviter le mal.

Ainsi, le prophète Joseph dit dans ce verset: « L’âme en vérité pousse au mal, à moins que Dieu, par sa miséricorde, l’en préserve. »

Emmanuel: Monsieur Ramzi, pourquoi n’allez-vous pas jusqu’au bout et dire le fond de votre pensée? Je la sens qui dépasse les bornes de l’investigation et mettre les pieds dans un domaine malsain, celui de la moquerie et du mépris de la divinité « Dieu se moque d’eux et les laisse persister dans leur rébellion et errer aveuglément ». Je vous en prie, Ramzi, osez donc et soulagez-vous.

Ramzi: On suppose que l’âme dit: mon Dieu! Je n’ai rien à voir avec ce que ce corps fautif a fait.

Eliezer: Quelle âme dirait une telle chose, sinon une âme pécheresse, ayant choisi le vice du mensonge? Et que serait le corps sans âme, sinon une matière inanimée parmi d’autres, sans conscience, ni perception, ni émotion, ni penchant, ni volonté, ni mouvement, ni action. Dieu a uni l’âme et le corps au sein d’un même être et a consacré le corps au service de l’âme à qui sont imputables les penchants, les choix, la volonté, le mouvement et d’autres actes encore. Dieu a honoré l’âme en lui faisant le don de la perception et de la raison, afin de lui permettre de distinguer entre le bien et le mal, tout en la guidant avec la lumière des bons enseignements et des préceptes qui préservent de l’égarement. Il est de ce fait exclu qu’elle nie ses propres actes et qu’elle en fasse porter la responsabilité au corps.

Ramzi: On suppose que l’âme dit: mon Dieu! Ne suis-je pas ta brise immaculée que tu as insufflée à ce corps impur?

Eliezer: Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre! L’âme est une créature de Dieu et le corps l’est tout autant, et de ce point de vue, ils sont égaux. Seulement, l’âme a été créée avec la prédisposition à atteindre la sublimité et la perfection par le biais du choix. Ceci dit, elle peut aussi faire le choix de la décadence, de la souillure, de la bassesse et de l’infamie, notamment par l’arrogance en prétendant la sainteté, et par la calomnie en attribuant la souillure au corps.

Ramzi: On suppose aussi que l’âme dit: mon Dieu! Ne m’as-tu pas faite à ton image et à ton exemple? Pourquoi devrai-je assumer les actes de ce corps corrompu?

Eliezer: Maudite soit l’âme perverse et égarée qui oserait dire cela! Quelle arrogance, et quelle effronterie! D’où tient-elle donc que Dieu l’a faite à son image et à son exemple? Encore faudrait-il que Dieu ait une image; élevé soit-il, loin de ce qu’ils décrivent.

L’ensemble des livres, à commencer par l’Ancien Testament, dégagent Dieu, béni et exalté soit-il, de toute forme d’exemple ou d’image. Ainsi:

Le livre Deutéronome (4/15) montre que nous ne pouvons pas voir Dieu, et prévient même contre le péché de le représenter à travers des idoles.

Nous lisons dans le livre d’Esaïe (4/18): « A qui voulez-vous comparer Dieu? A quelle image le confronter? ». Au même chapitre (25): « A qui pourriez-vous donc me comparer? demande le Dieu saint. Qui pourrait être mon égal? » Le chapitre 46/5 du même livre cite encore: « A qui pourriez-vous me comparer? A qui allez-vous m’assimiler? Avec qui me mettre en balance pour établir des ressemblances? »

Quant au Coran, il dit au onzième verset de la sourate ach-Choura (la Concertation): « Rien ne saurait lui être comparé. »

Emmanuel: N’oubliez pas, cher père, que l’Ancien et le Nouveau Testaments comportent également ce qui encourage certains à défendre des idées contraires. Déjà au premier chapitre de la Genèse, nous pouvons lire au n° 27: « Dieu créa les êtres humains à sa propre ressemblance. » Ensuite, au début du cinquième chapitre:« Le jour où Dieu créa les êtres humains, il les fit à sa ressemblance. » Puis au neuvième chapitre, nous lisons au n° 6: « Car l’homme a été fait à la ressemblance de Dieu. »

Au onzième chapitre de la première lettre au Corinthiens, nous pouvons lire au n° 7: « L’homme n’a pas besoin de se couvrir la tête, parce qu’il reflète l’image et la gloire de Dieu. »

Au troisième chapitre de Lettre aux Colossiens (9 – 10): «Car vous avez abandonné votre vieille nature avec ses habitudes et vous-vous êtes revêtus de la nouvelle nature: celle de l’homme nouveau qui se renouvelle continuellement à l’image de Dieu son créateur.»

Eliezer: Ecoutez bien, toi et Ramzi: la pureté de Dieu de toute forme de comparaison et d’image est sans l’ombre d’un doute l’une des premières vérités éclatantes et indéniables pour ceux qui aspirent à emprunter le chemin de sa connaissance. Et cette vérité est le point de référence pour l’évaluation de la crédibilité des deux Testaments et de n’importe quel autre livre dans les religions connues. C’est pourquoi, nous ne pouvons accepter des deux Testaments courants la moindre conception de forme ou d’exemple de ressemblance à Dieu. Mais nous avons déjà discuté de la situation des deux Testaments, et ceci n’était que pour confirmer les précédentes conclusions.

Ramzi: On suppose enfin que l’homme dit: mon Dieu! Je ne suis qu’une créature, et si ma nature est perverse, ce n’est ni de mon choix, ni de mes actes; j’ai été créé prédisposé au péché et j’ai péché. Bien sûr, tu m’as donné une raison qui me sert à distinguer l’avantageux du préjudiciable et le bien du mal, mais qu’y puis-je, puisque j’ai été créé avec une volonté faible, incapable de résister et de surmonter les épreuves.

Eliezer: Il n’est un secret pour personne que les hommes, bons ou mauvais, ne diffèrent pas du point de vue de la nature humaine et ceci à été bien démontré il n’y a pas si longtemps, lors des discussions du vénérable cheikh avec Emmanuel sur ce sujet, si bien que nous ne pouvons plus prétendre que la nature de l’homme peut être perverse et qu’il n’a pas le choix de ses actes, et pour cause:

-N’est-il pas vrai que si le pécheur se mettait à réfléchir convenablement, il se détournerait de ses mauvais penchants et choisirait la voie du bien et de la raison?

-Nombreux sont ceux qui, en peu de temps, passent du vice à la vertu ou de la vertu au vice, selon qu’ils réfléchissent positivement ou négativement, avec rigueur ou complaisance.

-Combien de malfaiteurs vautrés dans le péché durant une partie de leur vie ont tout de même fini par être guidés vers le droit chemin, pour passer le reste de leur vie dans la bonne action et la piété.

Force et faiblesse de la volonté

C’est une grave erreur que de penser que certains d’entre nous ont été créés avec une volonté faible, car la volonté de l’homme n’a pas été créée en même temps que lui; elle se forge peu à peu le long de la vie, selon les circonstances, les expériences, les motivations et les résultats de la réflexion. L’homme a été créé libre de ses choix, capable de réfléchir, et selon le mode de réflexion sa volonté peut être forte et inébranlable, qu’elle soit orientée dans le sens du bien ou du mal; comme elle peut être tellement faible qu’il est tenté d’abandonner dès le début, sinon avant même l’action et ce, qu’elle soit également dans le sens du bien ou du mal. Enfin, la volonté de l’homme peut être moyenne et même changeante, en fonction des motivations suscitées par la réflexion.

C’est aussi une erreur de prétendre que l’homme a été créé incapable de faire face aux épreuves, c’est-à-dire les tentations. Effectivement, les exemples ne manquent pas sur ceux qui, tous les jours combattent les tentations et finissent par en avoir raison, précisément grâce à la réflexion, cette qualité propre à l’être humain et dont la finalité et d’en déterminer les choix et les réactions, parfois vers l’empressement à céder à la tentation, d’autres fois vers l’évitement et le rejet de celle-ci.

Le cheikh: En réalité, en raison de l’habitude de certains à faire le mal, de leur propension à ne suivre que leurs désirs et leur refus permanent à écouter leur raison ou les conseils moralisateurs, ils finissent par acquérir de cette situation une sorte de familiarité avec le mal et l’acharnement dans la mauvaise action. A cause de cela, naît en eux un sentiment d’inaptitude à changer positivement. Mais ceci est une imagination trompeuse et une résignation à la facilité de l’habitude, car s’ils se révoltaient contre leur dérive et s’élevaient contre leur propre égarement en réfléchissant sincèrement à la laideur de leurs actes et de leurs conséquences, leur familiarité avec le mal et leur obstination dans cette funeste voie faibliraient et finiraient par disparaître, en même temps que grandiraient en eux la force et la détermination à les combattre et à s’en défaire.
La duperie des penchants

Emmanuel: Franchement, je trouve plus qu’exagérées ces controverses au sujet de la résurrection et du jugement. Au fond, elles ne viennent que de la tromperie qu’exercent les penchants sur la raison. C’est une calamité qui touche particulièrement certains adeptes des thèses d’Epicure, comme celle qui dit que le vrai bonheur réside dans la sérénité qui résulte de la délivrance de la crainte, à savoir de la crainte des dieux, de la mort et de la vie après la mort. Une telle théorie a pour vocation de délivrer le monde du divin et de toute autre présence mythique. Epicure considère que l’âme est composée de fines particules distribuées à travers le corps, et la dissolution du corps dans la mort mène inévitablement à la dissolution de l’âme qui est de nature corporelle et ne peut exister en dehors du corps. Son éventuelle survie est donc impossible. Puisque la mort signifie l’extinction totale, elle n’a aucune signification pour les vivants ou pour les morts car « lorsque nous sommes, la mort n’est pas et lorsque la mort est, nous ne sommes pas ».

Incroyable! Quel bonheur peut bien être perturbé par la crainte de Dieu? Est-ce le bonheur des valeurs nobles et des bonnes actions, celui de la justice et de l’intégrité? Comment la sérénité du bonheur peut-elle être perturbée par cette crainte? La crainte de Dieu, mes amis, doit être au contraire une source de bonheur permanent, à moins qu’on entende par bonheur la liberté de se vautrer dans le vice, la fornication, la bassesse des penchants et le mal sous toutes ses formes. Ce sont ces vilénies qui sont au contraire censées être cause de malheur et de perturbation permanente pour la sérénité.

Eliezer: Ces gens dont le but est de faire douter, car vivant eux-mêmes dans l’angoisse de l’incertitude, sont à vrai dire les premières victimes de leurs penchants. En effet, pour vivre leurs dégradantes passions tout en se donnant bonne conscience, ils croient trouver la solution dans la négation de Dieu et du jour du jugement. Le plus étonnant est que certains se réclamant de religion monothéiste, offusqués de se voir traités de matérialistes, n’hésitent pourtant pas à argumenter dans l’unique objectif de satisfaire leurs passions et contester les religions et ce, en ayant recours à de vils moyens et en ne se servant que de présomptions dénuées de fondement. C’est de toute évidence un raisonnement qui trahit un esprit matérialiste, hypocrite et traître, mais surtout trompé, dupé.

Le châtiment de l’au-delà

Le cheikh: Maintenant, nous le savons: la sagesse et le bienfait divins ont voulu que l’homme soit créé libre dans ses actes et sa volonté. Dieu, dans sa générosité et sa miséricorde lui a fait don de ce pouvoir et l’a honoré de cette précieuse qualité, lui ouvrant ainsi les voies de la perfection et la possibilité d’atteindre la gloire de la récompense suprême par le mérite. Dieu a doté l’homme d’une raison afin qu’elle le guide vers son intérêt supérieur et celui de ses semblables. La raison, véritable lumière qui éclaire le chemin de ce noble objectif a été renforcée par l’envoi de prophètes, ainsi que par la direction spirituelle des Imams. Enfin, le bienfait divin est accompli par les avertissements et les mises en garde sur le châtiment de l’au-delà; ces mises en garde dissuasives ont pour but de détourner l’être humain de la voie du péché et l’orienter vers celle de la piété.

Afin de réformer la société humaine et en améliorer le comportement et les valeurs, Dieu a institué le châtiment et l’a retardé jusqu’à l’au-delà, dans le but de laisser à ses créatures suffisamment de temps pour se repentir.

Les esprits ouverts à une appréciation correcte de la réalité du repentir comprendront que la sagesse divine en a fait un déclencheur et pas des moindres pour le perfectionnement de l’homme, qui dispose malgré tout d’une entière liberté dans le choix de ses actes. Parallèlement, l’organisation de la vie humaine dans un ordre garantissant le bien de la société et conduisant à l’éradication de toutes les corruptions, a rendu nécessaire l’institution d’une certaine punition dans le temps qui suit la mauvaise action. C’est pourquoi, Dieu a instauré dans sa loi même pour la vie présente, contre tous ceux que les penchants et les passions poussent dans les bras malfaisants de l’égarement et du péché, des sanctions cohabitant toutefois avec des mesures de clémence et offrant l’occasion du repentir.

Emmanuel: Certains diront: l’être humain accomplit de bonnes et de mauvaises actions durant sa jeunesse. Ensuite, il grandit, grossit, vieillit et meurt, sachant que le corps humain, de la naissance à la mort traverse différents stades de croissance et de dégénérescence en gagnant et en perdant d’énormes quantités de cellules, de sorte que le corps pendant la vieillesse n’est plus celui de la jeunesse. D’aucuns voudraient savoir quelles parties de ce corps seront concernées par le châtiment ou la récompense; est-ce seulement celles qui étaient impliquées dans les actes, ou bien seront touchées également celles qui sont acquises postérieurement?

Le cheikh: Un jour peut être aurez-vous un enfant, Emmanuel; il naîtra, grandira, vieillira et finira par mourir. Laquelle parmi ces créatures sera votre enfant, à votre avis?

Emmanuel: L’homme possède un moi physique constant, immuable, qui subsiste avec des parties fondamentales et immuables du corps depuis la naissance jusqu’à la mort. Les parties qui s’ajoutent au corps par la croissance ou qui disparaissent par voie de décomposition n’interviennent pas en réalité dans le moi physique. Elles sont comme des compagnons qui s’unissent à l’homme un temps puis le quittent. Si une personne grossit et qu’ensuite elle maigrit, elle ne se dira jamais que son entité et son moi physique ont grossi ou diminué. De plus, s’il lui arrivait de perdre un de ses membres, celui-ci ne repousserait pas, même si cela se produisait durant l’âge de croissance, car ce membre-là fait partie de ce que les scientifiques appellent les parties spermatiques. Cela confirme encore une fois que ce qui est acquis par le corps par voie de croissance et perdu par voie de décomposition n’a aucune intervention dans l’essence des parties originelles sur lesquelles se fonde le moi physique de l’être humain.

Le cheikh: Ceci nous amène à dire que la résurrection des corps concerne précisément ces parties-là; Ce sont les parties que Dieu reconstituera pour le jugement: « Celui qui les a formés la première fois leur redonnera la vie, car il a de toute création un savoir absolu » (Yassin 79). L’homme reviendra d’entre les morts avec ce qui caractérisait son moi physique dans la vie d’ici bas.

L’ascension –montée des hommes vers le ciel

Ramzi: Je ne voudrais pas me montrer agaçant, mais il reste tout de même un détail que je souhaiterais comprendre: les différentes religions parlent de montée de l’homme vers le ciel. Dans l’Ancien Testament, nous lisons bien dans le deuxième livre des Rois (2/11) qu’Elie fut enlevé au ciel. De leur côté, les Evangiles parlent de l’ascension du Christ vers le ciel, de façon on ne peut plus claire (Marc 16/19; Luc 24/51; Actes 1/9-11). Enfin, le Coran (an-Najm 7/18) fait également part de l’ascension de l’Envoyé de Dieu vers le ciel. Est-ce que ce phénomène ne suscite pas quelque peu le doute? Le corps humain, tout terrestre qu’il est, est-il capable de monter au ciel et supporter les effets d’une telle ascension? Cela semble tellement irrationnel, tellement inaccessible!

Le cheikh: Déjà que les matérialistes n’évoquent pas l’impossibilité scientifique de l’ascension, comment envisagez-vous que cela puisse l’être pour le pouvoir de Dieu, le Créateur de l’homme, de la terre, des cieux et de leurs secrets que la science continue de découvrir chaque jour? L’être humain parvient déjà à voyager à travers l’espace par ses propres moyens; croyez-vous qu’il soit difficile pour Dieu de le faire voyager encore plus loin?

Ramzi: Certains musulmans, en l’occurrence les adeptes de cheikh Ahmed al- Ahsa’i ne reconnaissent pas l’ascension telle que rapportée par les autres musulmans. Ce cheikh explique dans ar-risala al-qatifiya que lorsque l’Envoyé de Dieu (a.s.s) monta au ciel, son noble corps se décomposa avant d’avoir atteint l’astre de la lune et jeta chacun de ses quatre éléments dans leurs sphères respectives: l’élément de la terre dans la sphère de la terre, celui de l’eau dans la sphère de l’eau, celui de l’air dans la sphère de l’air et celui du feu dans la sphère du feu. De retour de l’ascension et arrivé sous l’astre de la lune, chacun des quatre éléments du noble corps du Prophète revint de sa sphère et c’est ainsi que son corps se reconstitua. Vous voyez donc que le cheikh al-Ahsa’i donne de l’ascension du prophète de l’Islam une version absolument différente de celle qu’en donnent les autres musulmans, et évoque même l’impossibilité de ce qu’ils décrivent.

Emmanuel: Ces rêves et ces imaginations ne doivent avoir pour origine que l’indigestion intellectuelle, fruit d’un bourrage maladroit réalisé à coups de philosophie ancienne. Les adeptes de ce courant prétendent que l’homme et les animaux terrestres et marins possèdent en eux une part de feu et une part d’eau. Or, beaucoup de feu parcourt les entrailles de la terre; comment ce feu a-t-il pu quitter sa sphère lointaine, traverser l’air et la sphère de l’eau, pour enfin se promener dans la sphère de la terre?

Monsieur le philosophe, si Dieu, Puissant et Grand a pu constituer sa créature de ces éléments, qu’est-ce qui vous fait croire qu’il serait impuissant à maintenir intacte l’intégrité physique de son Prophète durant son voyage céleste? Par ailleurs, votre apparente inattention à l’infini pouvoir de Dieu ne devrait pas vous empêcher, même d’un point de vue matérialiste, de reconnaître, du moins pour les exemples cités, que l’activité de la nature et ses effets peuvent très bien concourir au déplacement des corps matériels vers n’importe quel point de l’espace.

Le voyage nocturne de la mosquée al-Haram à la mosquée al-Aqsa

Le cheikh: Au début de la sourate al-Isra’, le Coran dit: « Gloire à celui qui fit voyager son serviteur la nuit, de la mosquée al-Haram à la mosquée al-Aqsa dont nous avons béni les alentours, afin de lui montrer quelques uns de nos signes. » Parmi ses nombreux arguments contre les incroyants, Dieu révéla ce noble verset par lequel il montre l’action divine dans le voyage nocturne du Prophète, afin d’expliquer que le déplacement du Prophète sur une distance aussi importante, en un laps de temps aussi court, n’a rien de difficile pour le Créateur de la distance et du temps. Cela vaux également pour la possibilité de l’ascension vers le ciel. Par conséquent, ce serait une erreur de croire que cela relève de l’imagination et nier qu’une telle chose puisse arriver sous prétexte qu’elle dépasse les limites du pouvoir humain.