AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)
 
Volonté et tendances de l’âme

Quant à la volonté, elle trouve sa source dans la marche de l’âme vers ses objectifs, soit à partir de sa tendance spirituelle, ou de sa tendance issue de son union avec le corps, et que nous pourrions appeler également: la tendance physique. Cet acheminement se développe selon les exigences, les préférences et la résistance entre les deux tendances (physique et spirituelle) jusqu’à ce qu’il atteigne ce qu’il convient d’appeler: le stade de la volonté active, et c’est alors que l’âme fera exécuter à sa machine l’action voulue.

En outre, afin d’amener l’âme à se détourner d’elle-même de sa tendance physique et de ce qui en résulte comme habitudes et soumission aux désirs et aux passions, sont apparus les prophètes et les envoyés de Dieu, chargés de transmettre son message aux humains, les inviter à la piété, à la perfection; bref, au bonheur éternel, les moyens d’incitation et de persuasion étant la démonstration, l’enseignement, la promesse, la mise en garde, la menace, l’avertissement, l’éducation spirituelle, l’apprentissage des bonnes mœurs, etc. En cela, ils furent suivis par les savants qui eurent à charge notamment d’ouvrir les esprits sur les vérités spirituelles, de telle sorte que revienne à l’âme l’initiative de l’action et que la tendance spirituelle prenne enfin l’ascendant sur la tendance physique.

Pardonnez ce léger détour, mais cette explication était seulement pour vous répondre et vous faire comprendre l’erreur de votre raisonnement.

Pouvez-vous honnêtement affirmer que l’âme de l’handicapé moteur n’est pas capable de savoir ce qu’est la marche, quelles sont ses caractéristiques et son rôle dans la satisfaction de besoins physiques spécifiques? Ne savez-vous pas que les qualités de l’âme n’apparaissent aux sens que si ses manifestations apparaissent sur le corps, que le corps est apte à répondre à l’âme et que rien ne l’empêche d’en subir les influences? En d’autres termes, l’obstacle à l’exécution de l’action n’est pas imputable à l’incapacité de l’âme, mais plutôt à la panne de la machine dont elle est le conducteur. En conséquence de quoi, la perte du corps pour ses aptitudes ne doit pas servir de prétexte pour affirmer que l’ensemble des qualités de l’âme sont des qualités physiques et que l’âme n’est que le produit de la matière.

Ramzi: Si l’âme était réellement un élément indépendant et qu’elle était le principe de la sensibilité et de la vie, l’homme serait sûrement immortel, éternel, et peu lui importerait le bon état ou la dégradation du corps.

Emmanuel: Si l’âme était maîtresse de son destin, vous n’auriez pas à poser des questions sur ce qui l’intéresse ou ne l’intéresse pas. Elle aurait été libre pour commencer, de choisir son partenaire. En sa qualité de principe de vie, qu’est-ce qui l’empêcherait d’exiger un corps en bonne santé et parfaitement compétent? Ou peut être lui garantiriez-vous que les causes de la mort ne viendraient pas la chasser de ce partenaire et n’annuleraient pas le principe de vie dans celui-ci? Cependant, s’il se trouve que l’âme n’est qu’une créature, destinée par son Créateur à servir de principe de vie, votre question s’avèrerait alors être dénuée de sens. Mais vous ne le savez que trop bien: rien n’empêche que l’âme ait une qualité spécifique, propre, et une autre mécanique, qui dépend du bon état du corps.

Au demeurant, les actes de l’âme sont la preuve même de son être indépendant et de sa qualité propre:

- L’âme perçoit son être et il est clair qu’elle est entièrement hors de portée des sens et des autres outils physiques.

- L’âme conçoit sa perception mécanique et autonomiste et il est clair que l’essence de la perception échappe également aux sens et aux autres outils physiques.

- L’observation des différentes phases de l’évolution du ver à soie nous montre comment l’âme quitte son corps, le laissant inerte et sans vie, et comment les traces de la mort et de la destruction en prennent possession, telles l’inertie, le rétrécissement et le desséchement. Pendant un certain temps, cette enveloppe repoussante n’est habitée que par la mort, mais dès qu’elle est réintégrée par l’âme, elle redevient de nouveau un animal vivant, frais, fort et beau, se reproduisant et agissant avec une agilité et une grâce étonnantes.

Ramzi: Des animaux tels que la mouche et d’autres encore peuvent, sous l’effet de changements climatiques comme le froid par exemple, entrer dans un état d’immobilité des jours durant, pour se réveiller sans que leur âme les ait quittés une seconde. Pourquoi devrai-je supposer qu’il puisse en être autrement pour le ver à soie?

Emmanuel: Qu’est-ce qui vous fait croire que ces animaux ne sont pas quittés par leurs âmes dans ce genre de situation?

Ramzi: Je le crois effectivement, pour la simple raison que pendant cette période les signes de la mort n’apparaissent pas sur le corps.

Emmanuel: Cela veut dire que sur le corps du ver à soie les signes de la mort apparaissent plus évidents. Pourquoi le comparer à d’autres animaux dans ce cas? Par ailleurs, les fonctions de l’âme chez la mouche (telles que le mouvement, la croissance, etc.) peuvent être suspendues pendant une certaine période sans que le corps ne subisse de changement entre temps et ce, pour de simples raisons de prédisposition physique qui mettent le corps à l’abri du changement. Rien n’empêche par conséquent que son âme l’ait quitté pendant ce temps.

L’âme selon les théologiens

Ramzi: Les théologiens argumentent sur l’existence de l’âme en s’appuyant sur l’idée de l’association des corps dans la corporalité, au sein de laquelle certains corps se distinguent par la vie, la perception et la volonté. Ceux-là sont nécessairement différents des corps qui leurs sont associés: ceux qui sont concernés par la distinction ne sont pas corporels. Mais cette argumentation n’avance à rien car ladite distinction n’est que le produit de la composition particulière du corps de l’animal et de l’homme, tout comme la pierre possède une composition particulière qui la distingue du reste des corps.

Emmanuel: Ne voyez-vous pas, Ramzi, que:

Primo: La pierre ne perd pas sa qualité de pierre qui la distingue des autres corps et ce, tant que demeurent son aspect et sa composition spécifique. Mais l’exemple de l’animal est tout autre: son aspect et sa composition spécifique ne changent pas à la perte de la vie, de la conscience et de la volonté. Et si l’âme, la vie, la conscience et la volonté étaient partie intégrante de cette même composition spécifique ou causées par cette dernière, elles ne quitteraient pas le corps tant que celui-ci garderait son état initial. C’est cette affirmation qui constitue le point de départ du raisonnement des théologiens.

Secundo: Vous conviendrez que lorsque l’âme et la vie quittent l’animal, son corps commence à se décomposer jusqu’à l’anéantissement. Il me semble que ces observations suffisent à elles seules pour vous faire comprendre que la composition spécifique propre à l’animal n’est que l’effet de la vie et de l’âme, aussi bien pour sa croissance que pour sa survie, et que l’âme et la vie sont une cause pour la composition du corps. Elles ne sont donc ni l’essence du corps, ni celle de sa composition, ni celle de sa matière, ni même celle de sa forme. Comprenez alors que cette cause est en réalité la distinction entre l’animal et l’être inanimé qui n’est que matière et forme.

Tertio: L’animal se caractérise par deux types de composition: l’un est lié à la vie et à l’âme, pendant que l’autre, dégénérescent, est opposé à la vie et à l’action de l’âme puisqu’il naît de leur disparition. Cette opposition-là est en rapport avec l’inertie; elle distingue l’inerte du vivant. C’est une constitution qui accompagne l’inerte dans sa décomposition vers l’anéantissement.

Que diriez-vous alors s’il arrivait que la vie réapparaisse et que l’âme réintègre subitement cette composition? Par quoi pensez-vous que se distinguerait un tel vivant de l’inerte? Si vous dites que c’est par sa composition particulière, nous répondrons que précisément cette composition particulière toute matérielle, était associée à l’inerte et comme nous venons de le voir, le distinguait du vivant, ce qui nous met inévitablement dans la contradiction. Mais si vous dites qu’il se distingue par quelque chose de nouveau, qui serait étranger au corps et à sa composition, vous rejoindrez alors le raisonnement des théologiens.

L’exemple le plus saisissant et qui illustre le mieux ce genre de cas est sans doute celui du ver à soie: C’est d’abord un animal qui se nourrit et tisse. Ensuite, il perd toutes apparences de vie, lesquelles cèdent la place à celles de la mort. La décomposition prend alors possession du corps et le mène vers l’anéantissement, quand soudain il redevient un animal vivant et actif.

Ramzi: Si comme vous dites, l’âme pouvait être autre chose que ce qui compose le corps, pourquoi perd-t-elle de sa perception et de son raisonnement quand le corps est atteint de déséquilibre, ainsi que nous le constatons lors d’une fièvre ou d’une maladie du cerveau par exemple? Dire que le corps est dans tous les cas un instrument pour l’âme me semble par conséquent difficile à admettre.

Emmanuel: Pourtant c’est bel et bien ce qui est démontré; l’âme est tout à fait autre chose que ce qui compose matériellement le corps. Quant à ce qui finit par se dérégler avec le dérèglement du corps, ce sont les fonctions mécaniques de l’âme. Enfin, qu’il vous soit tellement difficile de comprendre que le corps est un instrument pour l’âme ne change rien à la vérité, sinon vous n’aurez qu’à affirmer que le conducteur de la voiture fait partie de la constitution de celle-ci et que le dérèglement du fonctionnement de la voiture implique automatiquement la même situation pour le conducteur. Je comprendrai alors qu’il vous soit si difficile d’admettre que la voiture soit un instrument pour le conducteur.

Ramzi: Lorsqu’une personne se réveille de son sommeil, elle voit ce réveil après le sommeil comme une existence qui suit le néant, considérant que pendant son sommeil cette personne ne savait ni ne ressentait rien. Dites-moi donc: à quoi sert à cette personne sa noble âme, si toutefois elle en possède une en dehors de la composition de ce corps?

Emmanuel: Voyons Ramzi! Faudra-t-il vous répéter indéfiniment les mêmes réponses et vous fournir les mêmes preuves? Inutile de revenir encore sur ce qui distingue l’âme du corps et de sa composition. Disons seulement que si nous ne connaissons pas la réalité de l’âme, cela ne nous autorise certainement pas à affirmer qu’elle est elle-même la composition du corps. Et si l’âme se distingue du corps et de sa constitution, cela ne nous renseigne pas nécessairement sur la réalité de son essence et ne la soumet pas obligatoirement au pouvoir de notre piètre savoir.

Le docteur: Il aurait été tellement plus simple que chaque personne connaisse les limites de sa perception et prenne conscience de l’étendue de son ignorance. Cela aurait eu au moins l’intérêt de nous éviter de patauger de la sorte dans des discours aussi interminables qu’insensés, de fausser les vérités et de nuire à l’esprit scientifique et à la dignité humaine par une ignorance complexe. C’est bien plus avantageux pour l’homme de connaitre les limites de son savoir et les domaines de son ignorance, et c’est ce que les savants appellent «l’ignorance scientifique », une manière pour eux de définir la connaissance de l’homme pour lui-même. Ils disent que c’est un stade que n’atteignent que les grandes âmes et que rares sont ceux qui y parviennent.

Les preuves avancées par Emmanuel sur l’être immatériel de l’âme et son caractère propre sont incontestables pour tous ceux doués de conscience, et ne risquent surtout pas d’être réfutées par les objections de Ramzi. Je ne cesse de m’étonner de cet entêtement à nier la survivance de l’âme par des arguments aussi futiles. Qu’est-ce qui peut bien justifier une telle hargne, me diriez-vous? Eh bien, la science refuse l’existence d’un être qui ne soit pas matériel et encore moins son éternité, ainsi qu’en témoignent les expériences sur l’énergie et l’hypothèse de l’éther. Pourtant, ce ne sont pas les preuves sur l’existence immatérielle de l’âme et sa qualité propre qui font défaut.

Le cheikh: L’homme est bien forcé de reconnaître son ignorance à propos de nombreuses questions et parmi celles-ci, il doit comprendre que la réalité de l’âme n’est pas du domaine de ses sens. Il sera amené à découvrir que dans certains cas, l’âme révèle à l’évidence son existence spirituelle ainsi que certaines de ses qualités autonomistes.

Mais ce n’est pas ceci qui empêchera les gens de tourner le dos à la vérité, niant tantôt ce qui est établi par l’évidence et tantôt fonçant tête baissée dans ce qui dépasse leur compréhension, somme toute humaine. Ceux-là ne tiennent compte ni des évidences, ni des conseils de leur ignorance scientifique, et encore moins des indications du Guide Omniscient, particulièrement celles contenues dans le verset 85 de la sourate al-Isra’ (le Voyage nocturne): « On t’interrogera sur l’âme. Dis: « l’âme relève de l’ordre exclusif de mon Seigneur et, en fait de science, vous n’avez reçu que bien peu de choses ».» Ce verset répond on ne peut mieux aux prétentions de l’homme sur le savoir. Que sait-il de la réalité de l’âme et de ses caractéristiques? Ou plutôt, que sait-il déjà de la matière et de son essence? Sa compréhension n’atteint bien souvent et au prix d’immenses efforts, que les bribes de quelques vérités.

Tôt ou tard, l’homme devra se rendre à l’évidence qu’il est isolé de la véritable connaissance par le voile épais de la matière, que seul l’enseignement juste permettra de lever.

Les actes de l’âme, témoins de son autonomie et de sa spécificité

Pendant le sommeil de l’être humain, l’inertie prend possession de son corps et sa sensibilité, sa réflexion et sa volonté habituelles s’en trouvent suspendues. Cependant, l’âme ne connaît pas le même repos durant les périodes de sommeil et se met au contraire à vivre certaines situations, dont:

a) Pendant son rêve, l’homme ressent, réfléchit, désire, bouge, parle, entend, voit, se repose, souffre, rit, pleure, s’épouvante, se contente, s’énerve, interdit, ordonne, etc., alors que physiquement ses membres n’accomplissent aucun acte. La raison est que le principe agissant dans ces actions est une essence distincte du corps et de sa constitution. En effet, l’âme se sert du corps pour l’accomplissement d’actions mécaniques durant l’éveil, et se passe de cet outil pendant le sommeil pour se consacrer à ses actions propres.

b) Dans son rêve, l’homme peut être confronté à des situations transcendantes, qui sont hors de portée des sens et qui échappent entièrement au domaine de l’explication scientifique. Pourtant ces visions sont généralement confirmées au bout de quelques jours comme en témoignent les nombreuses expériences. C’est le cas de certains symboles dont la fréquence à fini par permettre d’en comprendre le sens, tels que l’extraction d’une dent, symbole de la mort d’un proche, ou encore d’autres symboles informant sur un événement futur ou qui s’est produit à un endroit éloigné.

La Résurrection

Le cheikh: Je voudrais citer une autre vérité à laquelle les matérialistes et leurs partisans opposent le déni: c’est la résurrection des morts et leur retour, corps et âmes pour la récompense ou le châtiment. Le Coran ne néglige pas d’informer sur ce jour là, que ce soit par la bonne nouvelle ou par des mises en garde. Il combat l’utopie matérialiste à ce sujet en attirant l’attention par une argumentation suffisante et convaincante sur la possibilité de l’existence du jour de la résurrection.

Le Coran n’a pas cessé de pousser les esprits à méditer sur l’extraordinaire et surprenante existence de l’homme et de là, sur l’infinie sagesse de son Créateur, sa miséricorde, sa puissance et sa justice, et reconnaître ce logique aboutissement. Ainsi, nous lisons dans les versets 77-79 de la sourate Yassin: « L’homme ne voit-il pas que nous l’avons créé d’une goute de sperme? Le voici pourtant dressé en adversaire déclaré! Il cite pour nous une parabole en oubliant sa création: « Qui donc, dit-il, redonnera la vie aux os alors qu’ils ne sont que débris? » Réponds: « Celui qui les a formés la première fois leur redonnera la vie, car il a sur toute création un pouvoir absolu! » » Nous sommes aussi interpellés par les paroles des versets 115 et 116 de la sourate al-mou’minoun (les Croyants): « Aviez-vous supposé que nous vous avions créés sans but et que vous ne reviendriez pas à nous? Exalté soit Dieu, le vrai Roi! Il n’y a d’autre divinité que lui, le Seigneur du trône sublime! »

La première forme considérée comme point de départ dans le développement du genre humain est la goûte de sperme, laquelle passe par différentes phases d’évolution à l’intérieur de l’utérus, jusqu’à celle de bébé naissant. L’homme ne voit-il pas tout le chemin que lui a fait parcourir le Créateur, partant de l’état de goûte de sperme à celui d’être humain adulte, conscient de sa constitution organique, oh combien complexe et néanmoins tellement précise! Un simple regard sur soi renseigne sur l’infinie sagesse du Créateur et nous renvoie à ses nobles intentions dont témoignent chacune de ses créatures.

Mais puisque la tendance pour certains est d’ignorer le pouvoir de leur Créateur, son savoir et sa sagesse, ils n’hésitent pas à se dresser en adversaires, pour balayer d’une simple négation la question de la résurrection, notamment en se demandant qui peut bien redonner vie aux os alors qu’ils ne sont plus que débris. Eh bien, celui qui les a créés une première fois peut très bien en rassembler de nouveau les fragments, les refaçonner à leur image initiale et même leur redonner la vie, Lui, le Créateur Omniscient et Tout-Puissant; ce même Créateur dont les créatures qui se répartissent en d’innombrables espèces témoignent qu’aucune création ne lui est difficile et qu’aucune n’échappe à son infini savoir. Dites-moi alors: en quoi la résurrection serait-elle plus compliquée que la création? Rassembler des ossements pour leur redonner vie est-il plus difficile que de les former à partir d’une goûte de sperme?

Le Coran dit dans la sourate al-Isra’ (le Voyage nocturne): (48) « Regarde comme ils te donnent des exemples » dans la négation de la résurrection, « Ils s’égarent » dans leur erreur, persistent dans l’imaginaire des passions et s’acharnent dans leur utopie, faisant abstraction de leur origine et de leur création et donnant libre cours à leurs esprits, loin de la voie de la raison « et ne sauront retrouver le bon chemin » pour la découverte de la vérité. Mais croyant détenir le bon argument et la preuve qui les conforteront dans leur négation: (49) ils disent: « Quand nous serons ossements et poussière, serons-nous ressuscités sous une nouvelle forme? » (50): « Dis » Ne vous limitez pas aux exemples d’ossements et de poussière, car après cela vos corps connaîtront d’autres transformations « soyez pierre ou fer », (51): « ou tel autre objet parmi ce que vous pourriez concevoir d’extraordinaire » vous serez quand même ressuscités dans votre forme humaine et votre âme la réintégrera. « Ils diront: « qui nous ramènera donc à la vie? » Dis: Celui-là même qui vous a créés la première fois! » Regardez un tant soit peu en direction de votre forme d’adulte qui ne fut avant cela qu’une goûte de sperme, et à votre existence humaine qui ne fut rien de tout cela. Pensez donc à l’action du pouvoir divin dans son innovation et sa fascinante façon de donner à ses créatures des aspects changeants d’un âge à un autre.

Ce Tout-Puissant qui vous a créés une première fois et vous a montré à travers votre propre existence des signes sur l’étendue de son pouvoir, est celui qui vous ramènera à la vie une seconde fois. Le noble Coran dit au cinquième verset de la sourate al-Hajj (le Pèlerinage): « ô hommes! Si vous êtes dans le doute au sujet de la résurrection, sachez que nous vous avons créés de terre, puis d’une goûte de sperme, puis d’un jointif, puis d’un embryon dont une partie est déjà formée et une autre non encore formée ». L’attention est ainsi attirée afin que vous ne soyez pas tentés de dire que l’homme a été créé subitement, pour on ne sait quelle raison « pour vous éclairer sur notre omnipotence. Nous maintenons dans les matrices ce que nous voulons jusqu’au terme fixé, pour vous en faire sortir ensuite à l’état de bébé, et vous atteindrez ainsi plus tard votre maturité. Il en est parmi vous qui meurent jeunes, tandis que d’autres vivent jusqu’à la décrépitude, si bien qu’ils ne savent plus rien de ce qu’ils savaient. » Voilà bien de quoi interpeller les esprits les plus sceptiques sur le prodige de la création. « Ainsi tu vois une terre naguère desséchée reprendre vie, gonfler dès que nous l’arrosons de pluie, et donner naissance à de splendides couples de végétaux de toutes espèces. » (6): « Il en est ainsi, parce que Dieu est la vérité, qu’il redonne la vie aux morts, qu’il a le pouvoir sur tout, » (7): « que l’heure viendra - nul doute à cet égard - et que Dieu ressuscitera ceux qui sont dans les tombes. »

Les prophéties, aidées par les miracles en tant que preuves de l’authenticité de leur démarche n’ont cessé d’informer sur Dieu, prêcher son unicité et sa toute puissance. Ces preuves qui se manifestent à travers notre existence, celle des plantes, des animaux et de toute autre créature, vivante ou inanimée, visible ou non, nous forcent à reconnaître en effet que Dieu créateur de la vie une première fois, peut aisément la redonner à nos ossements et à nos corps quand ils ne sont plus que poussière. Dieu dit au verset 33 de la sourate al-Ahqaf: « Ne voient-ils pas que Dieu qui a créé les cieux et la terre sans éprouver de fatigue, est capable de rendre la vie aux morts? Mais si, car il est omnipotent. »

Ces quelques exemples extraits du noble Coran ne peuvent qu’attirer l’attention des esprits ouverts et lucides sur les preuves éclatantes de la possibilité du retour de parmi les morts, et de la résurrection après la décomposition des corps.

La résurrection dans les livres sacrés

Le docteur: Tout ceci est bien séduisant, mais n’oublions tout de même pas que les religieux sont loin d’être unanimes sur la question de la résurrection. Certains d’entre eux la nient tout simplement, à l’exemple des Saducéens parmi les juifs, pendant que d’autres disent que le retour n’est pas physique et ne conçoivent du paradis et de l’enfer qu’une récompense et un châtiment purement spirituels. Avouez qu’il y a là de quoi en déstabiliser plus d’un dans sa position vis-à-vis de la religion.

Emmanuel: La vérité et la juste religion ne risquent pas d’être remise en question par le déni des incroyants et encore moins par les doutes des sceptiques. Certes, les passions continuent d’écarter bon monde du droit chemin et de la vérité. Il est vrai aussi que la religion est exploitée et mise au service d’intérêts étroits dans le monde d’ici bas, si bien que chez certains peuples il n’en reste que le nom.

L’un des exemples qui illustrent le mieux ce genre de situation est certainement celui des Saducéens, une ancienne secte juive qui a fait siens certains principes d’Epicure. Les membres de cette secte niaient la survivance de l’âme après la mort, de même qu’ils ne croyaient pas au jour du Jugement dernier. On dit que cette secte apparut au second siècle av. J-C. Les actes de falsification auxquels était livrée la Torah à l’époque de leur hérésie et de leur dissidence la vidèrent de son contenu relatif à la résurrection des morts et au jour du Jugement, si bien qu’on n’y trouve ni mise en garde contre le châtiment dans l’au-delà, ni bonne nouvelle sur la récompense du paradis. Certes, les livres de l’Ancien Testament citent le jour du Jugement, mais les Saducéens ne les reconnaissaient pas comme des livres de la révélation, ce qui eut pour conséquence de leur permettre de s’en donner à cœur joie dans l’innovation au sein de la religion juive.

La résurrection dans le Nouveau Testament

Eliezer: Puisque vous parlez des Saducéens, les Evangiles rapportent qu’ils étaient venus interroger Jésus au sujet de la résurrection et il leur répondit ainsi que nous pouvons le lire dans le vingt-deuxième chapitre de l’Evangile selon Matthieu, le douzième chapitre de l’Evangile selon Marc et le vingtième chapitre de l’Evangile selon Luc: « Pour ce qui est des morts qui reviennent à la vie, n’avez-vous jamais lu ce que Dieu vous a déclaré? Il a dit: « Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. » Dieu, ajouta Jésus, est le Dieu d’hommes vivants et non de morts. » L’Evangile selon Luc ajoute: « car tous sont vivants pour lui. »

Emmanuel: Il aurait été préférable que cette réponse ne soit pas attribuée à la sainteté du Christ. Rappelez-vous donc notre débat au sujet de ces paroles; si vous dites que Dieu avait parlé ainsi en faisant allusion à leur vie future, celle d’après la résurrection, le non croyant dira: Nous pouvons tout aussi bien affirmer que ces paroles de Dieu étaient au contraire une allusion à leur vie passée. Mais si vous dites que l’intention de Jésus dans sa réponse était de montrer qu’Abraham, Isaac et Jacob étaient vivants corps et âmes depuis leur départ de ce monde, à la différence du commun des mortels, on pourra toujours vous contredire en disant que si c’était vraiment le cas, le retour d’entre les morts le jour de la Résurrection ne concernerait pas ces trois prophètes.

Alors, père, pouvez-vous honnêtement concevoir qu’une telle réponse soit celle du Christ, notamment sur une vérité aussi grave que celle de la résurrection des morts, quand les corps ne sont plus que poussière?

Eliezer: Tu sais également que la question de la résurrection est abordée dans la première lettre aux Corinthiens (15/ 12-22), et justement j’aimerais savoir ce que tu en penses, Emmanuel.

Emmanuel: Ce que l’on peut retenir de ce texte-là, père, c’est qu’au temps de la première Eglise, certains croyaient en le retour du Christ de parmi les morts, mais ne croyaient pas à la résurrection des morts (1 Cor 15/ 12-14): « Nous prêchons donc que le Christ est revenu de la mort à la vie: comment alors quelques-uns d’entre vous peuvent-ils dire que les morts ne reviendront pas à la vie? Si c’est vrai, le Christ n’est pas non plus revenu à la vie; et si le Christ n’est pas revenu à la vie, nous n’avons rien à prêcher et vous n’avez rien à croire. »

Vous voyez bien que ceci ne sert que la polémique d’une certaine catégorie de gens, ceux qui ont appris par ouïe dire que le Christ est mort, puis est revenu d’entre les morts. Mais à quoi bon polémiquer avec ceux qui ne croient pas au retour du Christ de parmi les morts et le considèrent comme le commun des humains?

Eliezer: Est-ce que l’Evangile parle de la situation de l’homme après la mort? Y trouve-t-on allusion à son retour physique?

L’Evangile et le monde des morts

Emmanuel: L’Evangile selon Luc rapporte du Christ les paroles

suivantes (16/19-31): « Il y avait une fois un homme riche qui s’habillait des vêtements les plus fins et les plus coûteux et qui, chaque jour, vivait dans le luxe en faisant de bons repas. Un pauvre homme appelé Lazare, couvert de plaies, se tenait couché devant la porte de la maison du riche. Il aurait bien voulu se nourrir des morceaux qui tombaient de la table du riche. De plus, les chiens venaient lécher ses plaies. Le pauvre mourut et les anges le portèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi et on l’enterra. Le riche souffrait beaucoup dans le monde des morts; il leva les yeux et vit de loin Abraham et Lazare à côté de lui. Alors il s’écria: « Père Abraham, aie pitié de moi et envoie Lazare pour qu’il trempe le bout de son doigt dans de l’eau et rafraîchisse ma langue, car je souffre beaucoup dans ce feu. » Mais Abraham dit: « Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu beaucoup de biens pendant ta vie, tendis que Lazare a eu beaucoup de malheurs. Maintenant, il reçoit ici sa consolation, tandis que toi tu souffres. De plus, il y a un profond abîme entre nous et vous; ainsi, ceux qui voudraient passer d’ici vers vous ne le peuvent pas et l’on ne peut pas non plus parvenir vers nous de là où tu es. » Le riche dit: « Je te prie donc, père, d’envoyer Lazare dans la maison de mon père, où j’ai cinq frères. Qu’il aille les avertir, afin qu’ils ne viennent pas eux aussi dans ce lieu de souffrances. » Abraham répondit: « Tes frères ont Moïse et les prophètes pour les avertir: Qu’ils les écoutent! » Le riche dit: « Cela ne suffit pas, père Abraham. Mais si quelqu’un revient de chez les morts et va les trouver, alors ils changeront de comportement. » Mais Abraham lui dit: « S’ils ne veulent pas écouter Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas persuader même si l’un des morts revenait à la vie. » »

Eliezer: Voilà un bien grand exposé sur un monde on ne peut plus physique, où il est question de doigt, de langue, d’eau, de feu, de souffrance, etc. Mais ne trouves-tu pas bizarre qu’une démonstration de cette importance ne soit rapportée que par Luc?

Emmanuel: Mon cher père, les raisons pour lesquelles les trois autres Evangiles ont ignoré une telle démonstration sont les mêmes raisons qui ont déformé cet exposé, notamment en mettant la cause de la souffrance du riche dans le fait que ce dernier avait épuisé tous ses biens dans la vie d’ici bas, et la cause du bien être de Lazare dans ses souffrances passées. Ne vous semble-t-il pas plus juste, plus raisonnable et plus correct pour un prophète, d’enseigner que la cause de la souffrance après la mort vient de l’insoumission et de la rébellion contre Dieu par les mauvaises actions, pendant que la cause du bonheur dans l’au-delà provient de la piété et des bonnes actions? Car nombreux sont les hommes riches qui ont passé une vie heureuse dans la crainte de Dieu, la droiture, la générosité et les bonnes mœurs, et combien sont nombreux les pauvres et pourtant injustes, impies, de mauvaises mœurs et portés sur les mauvaises actions. L’enseignement prophétique juste aurait voulu que le bonheur de Lazare soit justifié par sa piété et sa droiture, et que la souffrance du riche soit le fruit amer de sa corruption et de son insoumission à Dieu.

Eliezer: Le Christ disait qu’il est plus difficile à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu qu’à un chameau de passer par le trou d’une aiguille (Matt 19/23-24; Marc 10/24-25; Luc 18/ 24-25).

Emmanuel: Honnêtement, père, croyez-vous que le Christ soit capable de prêcher ce genre de chose?

Le prêtre: Nous pouvons lire dans le Coran une expression assez ressemblante. Pensez-vous qu’il puisse y avoir un lien entre les deux?

Emmanuel: Voici ce que dit le quarantième verset de la sourate al-A‘raf (les Murailles): « Les portes du ciel ne seront pas ouvertes à ceux qui traitent nos versets de mensonges et s’en écartent dédaigneusement. Ils n’entreront pas plus au paradis qu’un chameau ne passera par le chas d’une aiguille. Ainsi nous rétribuons les criminels. » Voilà des paroles sensées, raisonnables et justes, qui de plus, nous laissent mesurer toute la différence entre les deux livres. Rappelons-nous que le Coran ainsi que nous l’avait expliqué le cheikh, a souvent fait allusion avec tact et politesse aux erreurs des deux Testaments, et ce verset n’en est qu’un exemple. Et si le Coran s’exprime dans ce cas précis par des mots qui rappellent ceux des Evangiles, tels le chameau et le trou de l’aiguille, c’était essentiellement dans un souci de correction et ce, en citant un enseignement raisonnable et juste comme il convient d’en attribuer aux prophètes, à leur mission sacrée et à la justice divine. Dans ce cas précis, c’était également pour souligner le caractère inconcevable de l’enseignement énoncé dans les Evangiles.

Le docteur: Le jour du jugement est cité plusieurs fois dans les deux Testaments; quels enseignements en tirez vous personnellement?

La résurrection dans les deux Testaments

Emmanuel: Je vois d’ici à quelles références vous faites allusion; permettez-moi donc de les reprendre pour vous:

-Esaïe 26/19: « Mon peuple, tes morts reprendront vie – alors les cadavres des miens ressusciteront! – Ceux qui sont couchés en terre se réveilleront. »

-Daniel 12/2: « Beaucoup de gens qui dorment au fond de la tombe se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte, pour l’horreur éternelle. »

-Jean 5/ 28, 29: « Ne vous en étonnez pas, car le moment vient où tous les morts qui sont enterrés entendront sa voix et sortiront de leurs tombeaux. Ceux qui ont fait le bien ressusciteront pour recevoir la vie, mais ceux qui ont fait le mal ressusciteront pour être condamnés. »

En outre, les Evangiles rapportent en guise de sermon et d’avertissement, que les corps peuvent être jetés en enfer (Matt 5/ 29, 30; 18/8, 9), que les vers qui y rongent les corps ne meurent pas et que le feu de l’enfer ne s’éteint jamais (Marc 9/43 -49), que les anges rassembleront les pécheurs et les jetteront dans le feu de l’enfer où ils pleureront et grinceront des dents (Matt 13/41- 42).

Parallèlement à ce discours d’avertissement et de mise en garde, des promesses de récompense sont rapportées dans l’Evangile selon Luc (22/29, 30): « Et de même que le père a disposé du royaume en ma faveur, de même j’en dispose pour vous: Vous mangerez et boirez à ma table dans mon royaume, et vous serez assis sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël. »

Dans les Evangiles selon Matthieu, Marc et Luc, il est rapporté que les Sadducéens, ne croyant pas à la résurrection des morts, sont venus interroger Jésus dans l’intention de le piéger. Leur question était de savoir lequel des sept frères serait le jour de la résurrection l’époux de la femme qu’ils avaient tous épousée, l’un après la mort de l’autre. Selon Matthieu (22/29, 30) et Marc (12/ 24, 25), Jésus aurait répondu: « Vous-vous trompez parce que vous ne connaissez ni les Ecritures ni la puissance de Dieu. En effet, quand les morts reviendront à la vie, les hommes et les femmes ne se marieront pas, mais ils vivront comme des anges dans le ciel. » Et voici la version rapportée dans l’Evangile selon Luc (20/34 – 36): « Les hommes et les femmes de ce monde-ci se marient; mais les hommes et les femmes qui sont jugés dignes de revenir de la mort à la vie et de vivre dans le monde à venir ne se marient pas. Ils ne peuvent plus mourir, ils sont pareils aux anges. Ils sont fils de Dieu, car ils sont revenus à la vie. »

Eliezer: Dans quel livre est-il écrit que ceux qui reviennent de la mort à la vie ne se marient pas et qu’ils sont pareils aux anges? Quelqu’un peut-il nous le montrer, pour que le blâme de Jésus pour les Sadducéens y trouve sa justification? N’aurait-il pas été plus correct que Jésus dans sa démonstration pour l’ignorance des Sadducéens, leur réponde: Vous-vous trompez; n’avez-vous pas appris de la Torah que le mariage prend fin avec la mort de l’un des deux époux et que le veuf ou la veuve peut se remarier? Ceci, d’une part. D’autre part, les règles du dialogue auraient voulu que Jésus use d’arguments clairs et convaincants lors de sa réponse. Or, on se demande pour le présent cas ce que peuvent bien vouloir dire ces paroles rapportés par Luc, et quel lien nous sommes sensés voir entre la résurrection, le mariage et le pouvoir de mourir. En quoi, ceux qui sont revenus à la vie sont-ils pareils aux anges et comment peuvent-ils devenir les fils de Dieu? Nous savons que l’Ancien Testament, de même que les enseignements de Jésus qui sont cités dans les Evangiles déclarent que les méchants aussi ressuscitent. Alors, je voudrais savoir si ces derniers sont également pareils aux anges et s’ils sont aussi fils de Dieu?

Emmanuel: L’intérêt que vous accordez au sujet et l’engagement que vous prenez pour sa critique m’impressionnent. Ceci dit, ayant déjà répondu quoique partiellement à ces questions, je souhaiterais poursuivre sur le sujet de la résurrection, tel qu’il est présenté par les deux Testaments:

-1 Corinthiens 15/42 – 44: « Il en sera ainsi lorsque les morts reviendront à la vie. Quand le corps est mis en terre, il est mortel; quand-il reviendra à la vie, il sera immortel. Quand-il est mis en terre, il est misérable et faible; quand-il reviendra à la vie, il sera glorieux et fort.

Quand-il est mis en terre, c’est un corps matériel; quand-il reviendra à la vie, ce sera un corps animé par l’Esprit. » Mais vous savez bien, mon cher père, que nous ne pouvons accorder de crédit à ces paroles. Un peu plus loin dans le même texte (15/51, 52), nous lisons: « Je vais vous révéler un secret: nous ne mourrons pas tous, mais nous serons tous transformés en un instant, en un clin d’œil, quand sonnera la dernière trompette. Car lorsqu’elle sonnera, les morts reviendront à la vie pour être immortels et nous serons tous transformés. »

Que peut-on franchement dire de ce secret, sinon qu’il sort tout droit de l’imaginaire, et que si l’on considère que l’auteur de Lettre aux Galates est le même que celui de Lettre aux Corinthiens, on ne peut se fier ni à sa crédibilité ni à sa foi. Comment peut-il en être autrement, alors que c’est lui qui avance dans Lettre aux Galates (3/13): « Le Christ, en devenant objet de malédiction à notre place, nous a délivrés de la malédiction de la loi. L’Ecriture déclare en effet: “Maudit soit celui qui est pendu à un arbre”. » Vous souvenez-vous, père, comme vous avez été choqué et quel était votre embarras pendant que nous discutions de ce sujet? Nous avions alors démontré le caractère mensonger de ce texte, étant un des exemples les plus flagrants de la falsification de nos livres, sans parler de l’atteinte qu’il porte à la sainteté du Christ; bref, l’absurdité de ces propos tels que rapportés dans les trois Evangiles a été largement mise à nu dans nos précédentes conversations.

Le cheikh: Bien nombreuses sont les vérités qui ont été victimes de l’action néfaste de l’ignorance et des passions. C’est un genre de dérapage contre lequel ne manque pas de nous mettre en garde le noble Coran, autant par sa philosophie hautement éducatrice, que par ses inestimables enseignements, ainsi que le montrent si bien les versets 17 et 18 de la sourate az-Zoumar (les Groupes): «Fais–en l’heureuse annonce à mes serviteurs qui écoutent les paroles et se conforment à ce qu’elles contiennent de meilleur. Ce sont ceux-là que Dieu dirige. Ce sont ceux-là qui sont doués d’intelligence. » Ceci nous indique que les êtres raisonnables sont ceux qui écoutent ce qui se dit, mais l’analysent et le considèrent avec raison et un esprit libre de toute imitation, pour n’en retenir que ce qu’il y a de vrai et de bon. Ceux-là sont réellement sur le droit chemin, celui de la perfection et du bonheur.

Ah, si seulement les gens voulaient bien s’instruire avec des enseignements de cette valeur, pour bâtir leur religion et leur éducation sur des bases solides et garantes de la bonne conduite et de l’heureux destin!

Un retour physique et spirituel

Le docteur: Pourquoi la résurrection est-elle physique, entraînant une récompense ou un châtiment physique? N’aurait-il pas suffi qu’elle soit spirituelle, étant donné la survivance de l’âme après la mort du corps, et que la récompense et le châtiment soient seulement spirituels?

Le cheikh: Une telle question ne doit être posée qu’après une entière soumission à Dieu, l’E^tre nécessaire, le Riche par excellence. Du fait de sa richesse absolue, ses actions découlent d’une authentique et pure sagesse, et c’est cette même sagesse qui est à l’origine de l’envoi des prophètes, lesquels ont informé de ce qu’implique le retour physique, tant pour les bienfaiteurs que pour les malfaiteurs. Mais si notre quête de la vérité s’appuyait vraiment sur notre foi en la sagesse de Dieu, cette foi nous blâmerait pour avoir posé cette question.

Quoi qu’il en soit, il n’échappe à personne la solidité du lien qui unit l’âme et le corps durant la vie. Lorsque l’homme dit « Moi », il montre sa personne vivante avec son corps et son âme, sans spécification pour l’un ou pour l’autre. En raison de la force de cette union, il s’avère que les jouissances spirituelles procurent un bien être pour le corps et pour l’âme, de même que le bien être du corps conduit au bien être de l’âme et pareillement pour l’état de la douleur.

Par ailleurs, l’homme sait parfaitement qu’avec la mort, le corps quitté par son âme devient inerte et livré au pourrissement. Nous constatons que beaucoup de ceux qui ne sont pas convaincus par la survivance de l’âme ne ménagent aucun effort pour assurer à leur corps la meilleure des protections après leur mort. C’est ainsi que les anciens Egyptiens et beaucoup d’autres peuples de l’antiquité ont déployé tout leur savoir faire dans une architecture funéraire, symbole d’un souci maladif de préservation du corps.

Précisons que la finalité de la résurrection de l’être humain n’est pas sans relation avec l’égoïsme de celui-ci, et les effets de la résurrection ne sont que la conséquence des actes qui sont le fruit de cet égoïsme.

Il est important de signaler que les nobles objectifs visés à travers la résurrection tiennent forcément compte du fait que l’homme est créé libre de ses choix, et c’est tout naturellement que les hommes pieux aspirent aux récompenses promises à travers ces objectifs, lesquelles sont rendues accessibles par des mesures d’incitation et de dissuasion. Bien entendu, ces mesures influencent l’homme au centre même de son égoïsme, sans toutefois le priver de la liberté de choisir ses propres actes, en sachant que le comble du bien-être et de la souffrance pour l’homme sont dans l’union des deux considérations, physique et spirituelle.

Ramzi: A` vous entendre, la résurrection de l’homme serait dans sa forme matérielle et vivante, du fait de l’union de l’âme avec le corps pendant la vie. Dans ce cas, nos besoins restent nécessairement matériels, comme l’alimentation par exemple. Pourtant, on parle (notamment dans le livre Mahiyatou-n-nafs, p. 48) de l’impossibilité de la récompense matérielle dans l’au-delà, tout comme on affirme qu’il est impossible pour l’homme de franchir la porte du bonheur éternel avec l’âme et le corps réunis. Les livres sacrés, ainsi que tous les savants religieux vous diront que la récompense des pieux se trouve dans la félicité du monde des anges, où ils partagent avec Dieu, ses anges et ses saints un bonheur éternel, puisque ces livres rapportent que Dieu est un esprit et ne s’assemble pas avec la matière.

Emmanuel: Je vous défie de me citer un seul livre révélé qui affirme que le bonheur des pieux dans l’au-delà est selon ce que vous venez de décrire! Est-ce qu’il ne leur est pas possible d’obtenir de la générosité de Dieu et des actes de son pouvoir infini un bonheur matériel correspondant à leur matérialité, sans qu’ils aient pour cela, à partager avec Dieu son unicité, sa sainteté et sa majesté, pour ne pas dire: les lui disputer?

Il est le moins que l’on puisse dire, surprenant de constater que certains considèrent la matière comme éternelle par elle-même, mais ne conçoivent pas qu’elle puisse l’être par la volonté de Dieu, l’Eternel, le Tout-Puissant, l’E^tre nécessaire. Alors, comment peut-on attribuer aux livres révélés ce que vous venez de citer? Le Coran ne dit-il pas au verset 25 de la sourate al-Baqara (la Vache): « Annonce la bonne nouvelle à ceux qui ont la foi et pratiquent le bien que nous leur destinons pour demeure des jardins baignés de ruisseaux. Et chaque fois qu’on leur offrira un fruit, ils s’écrieront: « c’est bien là ce qui nous avait été autrefois servi! » Or, c’est seulement quelque chose de semblable qui leur sera servi. Là ils auront aussi des épouses immaculées et leur bonheur sera éternel. » Il dit aussi dans la sourate al-Waqi?a (l’Evènement) (12): «Dans les jardins des délices, (15) Sur des lits somptueux, (16) ils se reposent les uns en face des autres, (17) parmi eux circuleront des éphèbes d’éternelle jeunesse, (18) avec des calices, des aiguières et des coupes remplies d’une liqueur exquise, (19) qui ne provoquera ni maux de tête, ni étourdissement, (20) avec des fruits de leur choix, (21) la chair des oiseaux qu’ils désireront, (22) et des créatures aux grands yeux noirs, (23) semblables à des perles en leur écrin, (24) en récompense de leurs œuvres. (25) Ils n’y entendront ni parole inutile, ni incrimination, (26) mais seulement, comme propos: ‘’paix! Paix!’’ »

Le Coran dit également dans la sourate al-Morsalat (les Envoyées) (41-43): « Les pieux seront parmi les ombrages et les sources, ils auront les fruits qu’ils désirent. Mangez et buvez en paix, leur sera-t-il dit, en récompense de vos œuvres passées. »

Le Coran cite d’autres exemples sur le bonheur de la résurrection physique, notamment dans les sourates as-Safat, az-Zokhrof, at-Tor, al-Haqqa, mais aussi dans beaucoup d’autres sourates.

Ramzi: Voilà donc que les musulmans dont le rang parmi les savants des religions connues n’est plus à présenter, défendent au même titre que leur Coran la résurrection physique. L’auteur du livre mahiyatou-an-nafs en sa page 49 ajoute que la récompense étant physique, le châtiment doit être aussi nécessairement physique, puisqu’il s’agit de sanctionner l’homme pour ses mauvaises actions. Or, il ne peut être physique, étant donné la nature même des habitants de l’enfer, je veux parler des diables et autres démons malfaisants qui peuplent l’enfer et qui sont à l’origine du mal et de l’égarement, ainsi que les décrivent les différents livres traitant du sujet. Ces créatures qui sont de la race des anges et des esprits ont été condamnées par Dieu au supplice éternel, et leur châtiment, compte tenu de leur nature immatérielle ne peut donc être que spirituel.

Force est de conclure par conséquent, que le châtiment spirituel ne peut s’appliquer au corps, car l’enfer n’étant pas un réceptacle matériel, il ne peut servir de lieu de souffrance pour le corps.

Emmanuel: Si vraiment vous lisiez les livres religieux, Ramzi, vous sauriez qu’ils décrivent tous l’enfer comme un feu matériel dans un endroit matériel et que le châtiment de l’homme coupable en enfer est bel et bien matériel. Et si le châtiment touche au même titre les diables et les démons, c’est parce que ce ne sont pas de simples esprits dépourvus de matière et de forme; ils sont au contraire matériels, même si leur matérialité n’est pas de même nature que la notre. De plus, les livres religieux leur attestent des actes tout aussi matériels: ils entrent, sortent, descendent, occupent bien un espace matériel et sont même jetés en enfer.

Alors, dites-nous, Ramzi: d’où tient votre ami l’auteur de mahiyatou-n-nafs ses informations sur l’immatérialité de l’enfer et de ses habitants? S’il prétend les puiser des livres religieux, nous venons de voir qu’il n’en est rien, et s’il se réfère aux principes des matérialistes, nous savons que ces derniers ne reconnaissent pas l’existence d’esprits immatériels, qu’ils soient bons ou mauvais. Alors, si vous n’y voyez pas d’objection, nous aimerions savoir sur quelle base votre ami fonde ses déclarations, afin que nous puissions en profiter également.

Eliezer: On ne peut qu’exprimer sa déception devant une telle absence de morale et un tel manque de responsabilité chez certains auteurs, mal inspirés devrais-je dire. Celui-ci voudrait controverser avec les religieux en se servant de leurs livres, dans l’unique but de nier la résurrection. Pour l’essentiel, la tergiversation de cet auteur consiste parfois à affirmer, comme c’est le cas à la page 45 de son livre, que les preuves sont fournies dans les livres religieux sur le fait que l’homme reçoit dans l’au-delà, d’une manière aussi bien physique que spirituelle, le prix de ses actes, et que les preuves sur le fait que la récompense est beaucoup plus physique que spirituelle, sont innombrables. D’autres fois, comme à la page 48, il attribue aux savants et aux livres religieux une position rejetant la possibilité de la résurrection physique. Pourtant, les déclarations tout à fait contraires de ces livres, de même que la franchise des enseignements dans les différentes religions ne laissent aucun doute, ni la moindre ambiguïté sur la question.