AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)
 
Les précisions du Coran

Emmanuel: En lisant le Coran, vous prendrez toute la mesure de sa grandeur et de sa gloire. Vous n’y trouvez rien qui aille à l’encontre du raisonnable, ou qui attribue à Dieu ce qui serait incompatible avec sa sainteté. Dans son expression, le Coran s’appuie sur un style arabe d’une grande éloquence, qui séduit par sa métaphore et son allégorie, et la compréhension en est rendue aisée par les indications de la raison, du verbe et du style. Contrairement, la négligence de ces aspects conduit inévitablement à des faux pas que ne font qu’aggraver l’ignorance et la duperie de l’égarement et de la passion. Sur cela, le Coran attire l’attention à travers la sourate A^l-‘Imran, en disant: « C’est lui qui t’a révélé le Livre contenant des versets à la fois clairs et précis, qui en constituent la base même, ainsi que d’autres versets susceptibles d’être différemment interprétés. Et c’est à ces derniers versets que les sceptiques, avides de discorde, prêtent des interprétations tendancieuses. »

En effet, le Coran se constitue de versets clairs et précis, à l’expression franche et limpide, exposant des vérités qui ne vont pas à contresens du jugement de la raison et répondant toujours aux exigences du moment. Parmi ces versets qui ne souffrent d’aucune ambiguïté, nous prendrons l’exemple du cent troisième de la sourate al-An?am (les Bestiaux): «Les regards ne le perçoivent pas.» Ce sont là des paroles en parfait accord avec leur véritable sens, tel que le conçoit la raison, ce qui veut dire que Dieu n’est pas matériel pour que les regards puissent le percevoir. Parmi les versets du même genre, nous citerons également le vingt huitième de la sourate al-A‘raf (les Murailles), qui exprime la réprobation de Dieu pour les méchants: « Dieu n’ordonne aucune turpitude.» et le quatre vingt dixième verset de la sourate an-Nahl (les Abeilles): « En vérité, Dieu ordonne l’équité, la charité, la libéralité envers les proches, et il interdit la turpitude, les actes répréhensibles et la tyrannie. Dieu vous exhorte ainsi pour vous amener à réfléchir. »

Comme le dit la sourate A^l-‘Imran, ces versets clairs et précis sont la base même du Coran, qui contient d’autres versets susceptibles d’être différemment interprétés de prime abord, car nécessitant la compréhension de leur sens. Il faut dire que cette catégorie de versets est confectionnée dans un langage de style très élaboré, qui fait un usage ingénieux de la rhétorique, et excellant dans la métaphore et l’allégorie, en conséquence de quoi, ces versets, par analogie ou amphibologie, peuvent donner lieu à des sens imprécis, douteux, ou à une interprétation incertaine.

De leur côté, les sceptiques, ceux dont le cœur est en proie à l’égarement, ceux qui sont rongés par le doute, ceux-là s’attachent à ce qui est équivoque, par esprit de contradiction ou en quête d’interprétations tendancieuses.

Ramzi: Parmi les choses les plus frappantes dans le Coran, la fréquence de paroles telles que: Dieu égare les injustes, les impies et les prodigues, comme dans le verset 27 de la sourate Ibrahim (Abraham), Dieu en cela égare beaucoup de gens (al-Baqara 26), Dieu égare qui il veut (ar-Ra?d 27; Ibrahim 4; an-Nahl 93; Fatir 8; al-Moudathir 31), vous ne trouverez pas de bonne voie pour ceux que Dieu égare (an-Nissa? 88, 143; al-A?raf 178, 186; ar-Ra?d 33; al-isra? 97; al-kahf 17; az-Zoumar 23, 36; ash-shoura 44), Dieu a scellé le cœur des pécheurs (an-Nissa? 155; al-A?raf 100; at-Tawba 93; Younes 74; an-Nahl 108; ar-Rom 59; Mohammed 16). Cela signifie qu’il est des cœurs que Dieu ne laisse pas s’ouvrir en direction du chemin du salut; il les laisse plutôt persister dans la mauvaise action.

Le cheikh: Vous venez de citer les versets dont nous venons juste de parler, ceux qui peuvent être interprétés différemment. Je vous préciserai que le sens voulu pour l’égarement en tant qu’action exercée par Dieu dans les exemples que vous venez de citer n’est autre que l’interruption de la providence divine sur le pécheur persistant, qui désormais, ne bénéficie plus de la faveur d’être guidé vers la foi et la bonne conduite et ce, du fait de sa détermination dans la voie du mal, au mépris des démonstrations et des preuves qui lui sont données sur son erreur et sa culpabilité.

En raison du rôle crucial que joue la providence divine dans l’orientation de l’individu vers le droit chemin ainsi que dans sa résistance aux penchants malsains, il était tout à fait approprié que la rupture de la providence soit désignée du verbe «égarer» pour montrer le bienfait de cette providence et sa présence dans le choix de l’homme pour le droit chemin. Voyez-vous, dans ce genre de versets, il est vain de s’attacher à une lecture superficielle et négliger ce que transmet le contexte au moyen de la métaphore. Il est dit dans le verset 115 de la sourate at-Tawba (la Repentance): « Il ne sied point à Dieu d’égarer un peuple qu’il a mis sur la bonne direction, avant de lui avoir clairement indiqué ce qu’il doit craindre. »

Effectivement, Dieu ne peut pas égarer un peuple et lui retirer sa grâce après l’avoir mis sur le doit chemin, tant qu’il n’aura pas interpellé les consciences sur le bien et le mal et indiqué les péchés et les immoralités qui doivent être évitées. Ce sont là des paroles qui témoignent de la gloire de Dieu, de sa grandeur, sa miséricorde et sa grâce. Elles apportent la preuve que c’est bien Lui qui, par sa bonté et sa miséricorde, prend sa créature par la main et lui indique la bonne direction, et ne l’égare pas après l’avoir ainsi guidé, sans lui apprendre ce qu’elle doit aimer et ce qu’elle doit craindre et éviter.

Rien ne permet de déduire de la lecture de ces versets, que Dieu pousse à l’erreur et à la perversion, ou même qu’il aurait créé l’égarement dans l’égaré. Sinon, qu’en adviendrait-il de la pureté et de la sainteté de Dieu? Un Dieu qui ordonne l’équité, la bienfaisance, la libéralité envers les proches, interdit la turpitude et exhorte ses créatures à ne jamais s’écarter du droit chemin; peut-on honnêtement imaginer qu’il pousse à l’égarement, ou même qu’il crée l’égarement dans l’être humain? Lisez donc le verset 186 de la sourate al-A‘raf (les Murailles): « Celui que Dieu égare ne trouvera pas de guide. Dieu le laissera marcher en aveugle dans sa rébellion » et le verset 23 de la sourate al-Jathiya (l’Agenouillée): « Que penses-tu de celui qui fait de sa passion son Dieu, et que Dieu a sciemment égaré en scellant son ouïe et son cœur? »

Ainsi, l’action d’égarer le pécheur est cette même action de le laisser errer en aveugle dans les ténèbres de sa désobéissance et de sa rébellion. En d’autres termes, la providence de la réussite lui est retirée après que les preuves de son erreur ainsi que les sermons eurent été sans effet. Le pécheur, devant son obstination à écouter plus ses penchants que les injonctions de son Créateur n’est plus digne de la grâce divine, se retrouvant ainsi perdu dans ses passions, insensible à son propre intérêt, comme si Dieu avait scellé son ouïe et son cœur. Méditez donc les exemples des versets 106, 107 et 108 de la sourate an-Nahl (les Abeilles), sur ceux qui se vautrent dans les abysses de l’infidélité et l’impiété, ceux qui privilégient la vie présente et éphémère à la vie future et éternelle, ces inconscients qui ont négligé de faire un usage utile de leur cœur et de leurs sens, et qui désormais ne peuvent plus en bénéficier.

Ne voyez-vous pas combien est grande et sévère la réprobation du Coran pour le mal et la désobéissance? Pensez-vous que Dieu renierait ce que lui-même à créé dans l’homme, ou ce vers quoi il l’a toujours incité? Lisez plutôt ses paroles: « Comment pouvez-vous renier Dieu? » (al-Baqara, 28), « Pourquoi affublez-vous de mensonge la vérité, alors que vous savez? » (A^l-‘Imran, 71), « Pourquoi détournez-vous du droit chemin ceux qui croient? » (A^l-‘Iman, 99), « Qu’avez-vous donc? Comment jugez-vous? » (Younes, 35), « Qu’ont-ils à refuser de croire? » (Al-inchiqâq, 20), « Qu’ont-ils à se détourner du rappel? » (al-Moudath-thir, 49), « Que leur en eut-il coûté s’ils avaient cru en Dieu? » (an-Nissa, 39).

Combien de fois le Coran a mis en garde contre le péché, interdit l’immoralité et brandit la menace du châtiment contre les contrevenants! Ceci souligne sans conteste le sens métaphorique du verbe égarer, que nous ne pouvons interpréter que par l’abandon du pécheur pour ses penchants: « Et dis: la vérité émane de votre Seigneur. Croit qui veut! Que soit mécréant qui veut! » (al-kahf, 29), « Faites ce que vous voudrez! Dieu a une claire vision de ce que vous faites » (Fossilat, 40), « A ceux qui parmi vous veulent avancer ou reculer » (al-Moudath-thir, 37), « Trouvera refuge auprès de son Seigneur quiconque le voudra » (an-Naba?, 39), « A ceux qui d’entre vous sont en quête du droit chemin » (at-Takwir, 28), « En vérité, ceci est un rappel; prenne le chemin de son Seigneur qui veut » (al-Mouzammil, 19), « Qu’ils prennent donc garde! Ce Coran est un vrai rappel. S’en souvienne qui veut! » (al-Moudaththir, 54-55).

Ramzi: Le verset 29 de la sourate at-Takwir (l’Extinction) dit: « Mais vous ne saurez vouloir qu’autant que Dieu, le Seigneur et Maître de l’univers le voudra » et le verset 56 de la sourate al-Mudaththir: « Et ils ne se souviendront que si Dieu le veut. C’est lui qui mérite d’être craint. C’est lui qui dispose du pardon ».

Ne trouvez-vous pas que ces versets sont la preuve même que l’homme n’est point libre de sa volonté? Que son vouloir dépend entièrement de celui de Dieu? Et que l’homme n’a pas de volonté en dehors de la volonté de Dieu?

Le cheikh: J’ajouterai à vos arguments les paroles du verset 111 de la sourate al-An?am, qui dit: « Ils n’auraient pas cru, à moins que Dieu ne l’eut voulu ». Ce que vous auriez dû remarquer à travers tous ces versets, mon cher Ramzi, c’est que le Coran n’a jamais rattaché la volonté de l’homme de faire le mal, à la volonté de Dieu. Vous ne lirez jamais dans le Coran: « A moins que Dieu ne l’eut voulu » lorsqu’il s’agit d’évoquer la désobéissance de l’homme et sa volonté de faire le mal. Comprenez donc par là que Dieu n’a jamais voulu la rébellion de l’homme et son égarement. Ceci montre, pour peu qu’on veuille bien ouvrir les yeux, que d’une part, l’homme, à cause de ses penchants et des tentations du Diable débaucheur, choisit la voie du mal, et d’autre part, grâce au bienfait de la raison et aux inestimables enseignements de Dieu, le Bon et le Miséricordieux, l’homme choisit la direction du bien, de l’équité et la tendance aux bonnes mœurs, garantes de la probité et du bonheur individuel et collectif.

Vous auriez dû comprendre que la volonté de Dieu citée dans ces versets était une allusion à sa bonté et à sa miséricorde, et en fin de compte, des raisons de gagner en clairvoyance. Ce sont des lumières en direction du chemin du salut et qui illuminent le libre arbitre; bref, ce ne sont là que d’autres arguments qui font pencher la balance du côté de la foi en Dieu et en sa justice.

Ramzi: Nous lisons aux versets 23 et 24 de la sourate al-kahf: « Ne dis jamais à propos d’une chose: ‘’certes, je ferai cela demain’’, sans ajouter: « si Dieu le veut ». » Comme nous le voyons, le Coran suspend les actes de l’homme, les bons comme les mauvais, à la volonté de Dieu. Encore une fois, il s’avère que l’homme n’est pas libre de son vouloir, contrairement à ce que vous affirmiez.

Le cheikh: Le Coran ne remet pas en question le libre arbitre de l’homme et ne rattache pas ses actes à la volonté de Dieu, si ce n’est les actes qu’il prétend accomplir de son propre pouvoir, indépendamment de toute circonstance, oubliant qu’il est exposé à la mort, la maladie et d’autres empêchements encore. Le Coran se contente seulement de blâmer l’homme pour ses prétentions et sa suffisance. Ce dernier, content de son pouvoir du moment, l’imagine permanent et se croit maître de ses actions à venir. Il était tout naturel que le Coran lui rappelle que la pérennité de ses aptitudes, l’objet de son vouloir et l’accomplissement de ses actes dépendent de la volonté de Dieu Tout-Puissant. Ce qui est donc voulu par l’expression « Si Dieu le veut » est la survivance de la personne et de sa capacité à accomplir l’action projetée. C’est l’allusion faite à la réunion des conditions permettant la réalisation d’une action quelconque.

Quoi qu’il en soit, le contexte du verset et les enseignements qu’il recèle, ajoutés aux indications du bon sens, aux preuves du Coran et de la religion sur la sainteté de Dieu, ne peuvent que concourir à dissiper le doute sur cette réalité.

Ramzi: Ce n’est pas ce que nous serions tentés de dire en lisant le verset 16 de la sourate al-Isra?: « Quand nous voulons anéantir une cité, nous ordonnons à ses riches et ils se livrent à la perversion ». Ceci ne démontre-t-il pas que Dieu lui-même pousse à la perversion?

Le cheikh: D’où tenez-vous que l’ordre donné aux riches est de se pervertir? Voila bien de drôles d’interprétations. Auriez-vous déjà oublié ce que nous avons cité à propos des versets clairs du Coran, où il est notamment établi que Dieu n’ordonne pas la turpitude? N’est-il pas vrai que Dieu ordonne l’équité, la bienfaisance, la libéralité envers les proches et interdit la turpitude et tout ce qui soulève la réprobation? Vous auriez dû garder à l’esprit la grandeur et la sainteté de Dieu, et comprendre que le verset dont vous voulez faire un argument disait plutôt: nous ordonnons à ses riches de suivre nos instructions sur le bien, la justice et l’équité, mais ils désobéissent en se livrant à la perversion, justifiant ainsi la sentence prononcée contre leur cité. Du fait de sa grande sagesse, Dieu a décidé de ne châtier les criminels qu’après les avoir mis devant les preuves de leur déviation et ce, en leur ordonnant d’obéir à ses prescriptions, comme nous en informe le verset 15 de la même sourate: « Nous n’avons jamais sévi contre un peuple, avant de lui avoir envoyé un messager. » Mais vous avez préféré vous fier à vos penchants et croire que Dieu ordonne à ses créatures de se débaucher, bien que le Coran ne dise pas textuellement ce qu’il leur ordonne dans le verset qui vous intéresse.

Ramzi: Voici maintenant ce que dit le verset 78 de la sourate an-Nissa? (les Femmes): « Où que vous soyez, la mort vous atteindra, fussiez-vous dissimulés dans des tours inexpugnables! Quand ils ont à se féliciter d’un bienfait, ils disent: « cela vient de Dieu! » Mais quand ils sont touchés par un mal, ils t’accusent, toi, Prophète, d’en être l’auteur. Dis-leur: « Tout événement procède de Dieu.» Que ces gens là sont durs à comprendre! ». Nous ne pouvons nier ce que déclare ce verset. Il dit franchement que les bienfaits tout comme les péchés proviennent de Dieu. Que dites-vous de cela?

Le cheikh: Essayez donc de comprendre que le bienfait dont il est question dans le verset concerne en vérité ce que les gens apprécient des biens de ce monde, pendant qu’il est entendu par « mal » les épreuves et difficultés qu’il est appelé à traverser durant sa vie. Il suffit de lire le verset précédent pour comprendre qu’ils viennent tous deux dans le même ordre d’idées, les deux versets ayant trait à ceux qui sont lourds à répondre à l’appel à la guerre sainte et au devoir de défendre le monothéisme, à cause de leur attachement aux plaisirs matériels. C’est également le fait de leur embourbement dans l’ignorance, leur manque de courage et leur antipathie pour l’envoyé de Dieu. C’est ce qui ressort de la lecture du verset 131 de la sourate al-A?raf (les Murailles), lorsqu’il décrit le peuple de Pharaon: « Quand un bienfait leur arrivait, ils disaient: « cela nous est dû », mais quand un malheur les frappait, ils qualifiaient Moïse et ses compagnons d’oiseaux de mauvaise augure. » Voilà donc pourquoi Dieu ordonna à son Messager d’informer ces incommodés par l’idée de partir au jihad, que tous les biens qui leur sont si chers et les malheurs qu’ils redoutent proviennent tous de Dieu, soit par sa générosité, soit par la rupture de ses bienfaits. Voilà encore qui est confirmé par le verset 79 de la sourate an-Nissa?, et donne tout son sens au verset qui le précède: « Tout bien qui t’arrive vient de Dieu, tout mal qui t’atteint vient de toi! »

Ramzi: Je veux bien vous croire, mais que pensez-vous de ce que dit le verset 35 de la sourate al-Anbiya (les Prophètes): « Toute âme gouttera la mort. Nous vous éprouverons par le mal et par le bien à titre de tentation et vous serez ramenés à nous. » Comprenons bien que Dieu se sert du bien et du mal pour tenter les gens et les mettre à l’épreuve.

Le cheikh: Le « mal » exprimé dans ce verset ne représente à vrai dire que ce que les gens prennent en aversion et qu’ils appellent le mal, alors que ceci n’est en réalité que la rupture des bienfaits divins. Il se trouve que la durée des bienfaits et leur rupture, selon ce que veut la sagesse de Dieu, a pour effet de provoquer chez les humains des réactions assez diverses telles la gratitude, la bienfaisance, la tyrannie, la force d’âme, la renonciation, l’impiété, la révolte, etc. Ces réactions observables chez les gens du fait de l’apparition ou de la rupture du bienfait sont provoquées par la tentation et la mise à l’épreuve.

Ramzi: Le Coran dit que Dieu est le créateur de toute chose, comme cité dans les sourates al-An?Am, ar-Ra?d, et az-Zoumar. Cela signifie en toute logique que les actes des hommes, y compris les pires sont créés par Dieu et par son pouvoir, non par les hommes.

Le cheikh: Je vous répondrai que le Coran attribue aussi à l’homme le pouvoir de créer, comme le dit le verset 110 de la sourate al-Ma?ida, rapportant les paroles de Dieu pour le Christ, que le Coran, soit dit au passage, considère comme un humain: « je t’ai permis de former de l’argile un corps d’oiseau ». C’est également l’exemple des paroles du Christ, rapportées dans le verset 49 de la sourate A^l-‘Imran: « Je formerai pour vous avec de la glaise un oiseau. » Vous le voyez bien, le Coran montre dans ce cas précis, que la formation du oiseau est une création du Christ. Allons, vous savez très bien que l’homme est libre de ses choix et de ses actes, et que la création de Dieu pour toute chose concerne le pouvoir de Dieu et l’action divine dans la formation de l’univers.

Pour attirer votre attention sur ces vérités, je vous rappellerai combien de fois le Coran a attribué à l’être humain différentes sortes d’actes, soit dans un but d’information visant l’incitation ou l’interdiction, soit pour louer ou pour blâmer, ou encore pour annoncer la bonne nouvelle, pour inciter au bien et même pour menacer du châtiment. Enfin, Ramzi, que faites-vous des innombrables mises en garde du Coran pour les pécheurs? Si Dieu était le créateur des mauvaises actions, si elles se produisaient par son pouvoir et non par celui de l’homme, si Dieu poussait les hommes à les commettre, quel sens auraient ses interdictions pour le mal et ses menaces pour les coupables? Et quelle injustice cela aurait été de punir les criminels!

Ramzi: Le verset 17 de la sourate al-Anfal (les Prises de guerre): « Ce n’est pas vous qui les avez tués! C’est Dieu qui les a tués! Ce n’est pas toi qui as jeté quand tu as jeté, mais c’est Dieu qui a jeté. » Voilà qui démontre que les actions humaines sont en vérité des actions de Dieu, même si en apparence elles sont humaines.

Le cheikh: L’histoire rapporte que durant la bataille de Badr les musulmans étaient au nombre de trois cent treize hommes sous-équipés, avec pour armement des queues de palmier et seulement quelques épées. Ils n’étaient pas préparés à cette guerre et étaient sortis seulement dans le but d’intimider une caravane mekkoise, avec les maigres moyens que nécessitait une telle expédition. De son côté, Qoraych envoya pour leur rencontre prés de mille de ses meilleurs hommes, avec chevaux et provisions et armés jusqu’aux dents. La situation était telle qu’une éventuelle victoire des musulmans constituait un défi à toutes les logiques de la guerre. Ils entrèrent dans la confrontation sans couper à l’ennemi sa retraite, sans le séparer de son eau, sans recourir à une quelconque astuce guerrière et sans exploiter un quelconque défaut dans la stratégie de l’armée de Qoraych.

Le Coran démontre entre le neuvième et le onzième verset, qu’à eux seuls, les musulmans ne seraient pas venus à bout de l’ennemi, et que c’est seulement grâce à l’aide de Dieu qu’ils purent en triompher. Le Coran rapporte en effet comment durant l’épreuve de Badr, Dieu répondit favorablement aux implorations des croyants en leur envoyant des anges en renfort, en raffermissant leurs cœurs et en jetant la panique dans ceux des mécréants.

Au verset 123 de la sourate Al-‘Imran, le Coran rappelle les bienfaits de Dieu sur les musulmans: « Dieu vous a accordé la victoire à Badr, alors que vous étiez faibles. » En effet, la glorieuse victoire d’alors ne pouvait être que du fait de l’aide divine, une aide qui fait sortir cette victoire de l’ordinaire. Mais le coran dit aussi: « O^ vous qui croyez! Quand une armée ennemie marche contre vous, ne lui tournez pas le dos » en fuyant et en sous-estimant votre force guerrière, car Dieu est de votre côté; il est votre allié et votre défenseur. Prenez exemple sur votre victoire dans la bataille de Badr, vous ne les avez tués et emprisonnés qu’avec l’aide de Dieu. Et toi prophète, « ce n’est pas toi qui as jeté » avec ta force humaine, ce lancement qui a eu un effet aussi déterminant sur l’issue de la bataille. C’est Dieu qui a causé cet effet et c’est à lui qu’en revient la gloire.

Tel est l’extraordinaire style auquel nous a habitués le Coran, et c’est ainsi qu’il s’exprime dans ces situations où la négation et la confirmation entourent un même sujet sans que celui-ci ait à souffrir de la moindre contradiction. « Ce n’est pas toi qui as jeté quand tu as lancé, mais c’est Dieu qui a jeté ». Le Coran nie effectivement au Prophète le mérite de la portée et de l’effet de son jet, qui découlent en réalité de la faveur de Dieu et ce, bien que par la même occasion, il lui atteste l’acte du jet.

Le bien et du mal selon la raison

Le cheikh: Il va de soi que chaque humain possède ses propres penchants autant pour les actes que pour les abstinences. Sa personnalité et son psychisme apprécient ce qui correspond à ses penchants et rejette ce qui les heurte et les dégoutte. Ce sont donc ces penchants qui lui servent de repères pour la satisfaction de ses besoins dan cette vie.

Cependant, s’il est une vérité qui n’échappe à personne, c’est le principe de perception et de compréhension qui permettent de percevoir les choses telles qu’elles sont et que l’être humain partage avec ceux de son espèce. Ce principe n’est autre que la raison devant laquelle se dévoile la réalité avec ses caractéristiques, et c’est cette même raison qui, en prenant acte positivement ou négativement de la réalité en fonction de ses caractéristiques, exerce son influence sur la personnalité, du point de vue de cette appréciation et ce, peu importe que cela contente ou mécontente les penchants.

Précisons que chaque individu possède un psychisme conforme à sa personnalité et une rationalité conforme aux vérités, et que n’inclinent pas les penchants. Tenez, prenez l’exemple de cet injuste qui veut aller au bout de ses penchants en ayant recours à la falsification et la corruption; vous le verrez faisant usage de la corruption et des promesses pour faire pencher en sa faveur les décisions et les jugements. Si le corrompu répond en sa faveur, cela n’empêchera pas le corrupteur de saisir par le moyen de sa raison toute l’infamie de la décision, bien que cette dernière réponde favorablement à ses attentes et contente ses penchants. Si au contraire, la personne qu’il tente de corrompre s’en tient à agir conformément à la justice et refuse de vendre sa conscience, son honneur et sa religion, eh bien, la décision de ce dernier puisque droite et juste, ne fera que froisser sa sensibilité, ses penchants et son esprit injuste. Cependant, il ne pourra pas raisonnablement ignorer toute l’intégrité de cette personne, ni la probité de la décision rendue.

De même si un criminel demande à une personne de l’aider en faisant un faux témoignage; évidement le faux témoignage servira les intérêts pervers du criminel, mais ce dernier ne sera pas sans prendre conscience de la bassesse de l’action de son complice, et sa raison le considèrera digne de châtiment. Si au contraire, la personne sollicitée pour le faux témoignage refuse de dévier de la vérité et se rendre complice d’un criminel, ce dernier, bien qu’une telle attitude n’aille nullement dans le sens de ses attentes, en appréciera tout de même la beauté et la noblesse et estimera l’abstinence au faux témoignage digne de respect et d’éloge.

Je dirai que ceci est le raisonnement de toute personne sensée, qu’elle soit en relation ou non avec le coupable ou la victime, avec le juge ou le témoin, et les gens ne divergent pas sur cette valeur, qu’ils soient déistes ou matérialistes.

A l’évidence, ceci montre que les bonnes actions ne se résument pas à ce qui satisfait les désirs et les penchants, ni à ce qui est conforme à la loi, tout comme les mauvaises actions ne se limitent pas à ce qui heurte les désirs et les penchants, ni à ce qui enfreint la loi; le bon et le mauvais sont dans la mentalité que partagent les humains, deux qualités immuables de nos actes; deux qualités consacrées par la raison, malgré la diversité des psychismes, des penchants et des passions. Nous ne vous empêcherons pas de dire que la bonne action est raisonnablement ce qui convient à la mentalité commune aux humains et que la mauvaise action est ce qui provoque l’indisposition de la mentalité commune aux humains. Nous vous répondrons tout de même que cette convenance n’est que l’effet du « bien » rationnel, qui est la qualité fondamentale de l’acte, et autant pour l’indisposition et le rejet.

Il s’avère d’après ce que nous venons de voir, que l’homme n’est pas contraint dans l’exercice de ses actes; il est au contraire bel et bien libre dans le choix de ses actes, si bien que l’approbation ou la réprobation suscitée par les comportements sont amplement justifiées chez tous ceux doués de raison.

Suspicions autour du bien et du mal

Ramzi: Si d’un côté, nous sommes bien forcés de reconnaître cette définition du bien et du mal « rationnels » dans les actes humains, d’un autre côté, nous ne pouvons pas reconnaître qu’il soit du ressort de la raison de juger que telle action divine est bonne et qu’il serait mal de la part de Dieu de l’abandonner, ou bien que telle action divine est mauvaise et que Dieu doit s’en abstenir. En effet, qui peut bien se permettre de juger les actes de Dieu qui n’agit que sur sa proper

volonté? A moins que l’on veuille par syllogisme appliquer à Dieu, Puissant et Grand, une règle propre à ses créatures!!

Le cheikh: Le bien et le mal ne dépendent pas de la raison. Ce sont deux qualités réelles et nécessaires pour les actes et les abstinences que la raison perçoit par son bon sens, et justement la raison distingue bien que la mauvaise action ou une abstinence du même genre, c'est-à-dire condamnable, sont un amoindrissement et une contradiction à la perfection. Pour cela, il n’est pas permis à l’homme que Dieu a prédisposé à la perfection, de se souiller par des qualités amoindrissantes et rabaissantes. Quant aux aspects considérés par la raison dans l’approbation et la réprobation, ce sont essentiellement le genre de l’acte et la qualité de l’auteur. Par conséquent, les animaux ne sont pas jugés de la même façon que sont jugés les hommes pour leurs actes. Voilà pourquoi la majesté divine, sa sainteté et sa perfection doivent être considérées comme dégagées des diminutions qui seraient le fait de certains actes ou abstinences.

L’esprit peut il être aveugle au point d’ignorer l’exemption de Dieu, du mensonge et de la trahison par exemple? Peut-il faire preuve d’injustice? Bien sûr que non. Ce que la raison crie haut et fort, c’est que tel acte divin est bon et son abandon est mauvais; par conséquent, Dieu le Saint, le Parfait ne l’abandonnera pas; tel acte est mauvais et à ce titre n’émanera pas de Dieu. Vous voyez qu’il n’est nullement question du pouvoir de la raison de juger les actes de Dieu. Elle se contente d’en reconnaître la grandeur et l’infaillibilité et, loin de tout syllogisme, juge selon ce qu’impose la lumière de la vérité, que confirment d’ailleurs les sens de la vue et du toucher.

La raison distingue les actes et les abstinences par leurs essences et leurs qualités. Elle ne se limite pas à définir le bien et le mal en fonction de sa compatibilité avec le psychisme de l’individu. Son jugement fondamental consiste en ce que la justice et l’équité sont un bien absolu et que l’injustice et l’iniquité sont un mal absolu. L’abandon de la justice par celui qui peut l’appliquer est un mal absolu, et l’abandon de l’injustice est un bien absolument nécessaire.

De la prophétie générale

Si on vous dit que le roi untel, le grand, le parfait, le savant est capable de diffuser ses instructions et ses enseignements dans son royaume et les appliquer avec sagesse et justice; si vous apprenez que ce roi, au lieu d’instruire ses sujets de ses précieux enseignements et les éduquer sur les principes de la civilité, des bonnes mœurs et de la plénitude spirituelle, afin de jeter les bases d’une société équilibrée, épanouie; si au lieu de cela, il abandonne son royaume à l’ignorance et à l’anarchie, penseriez-vous alors que l’abandon de ce roi pour ses sujets n’est pas un mal? Le trouverez-vous au contraire bon et parfait? Ou bien diriez-vous que ceci est un mal, qu’il ne se conjugue pas avec le bien et la perfection et surtout qu’il n’est pas digne d’un parfait? Diriez-vous cela pour satisfaire vos penchants personnels ou pour obéir à votre raison que vous partagez avec le commun de vos semblables? En vérité, l’esprit sain verrait cette négligence comme contraire à la droiture et à la perfection, et c’est un mal qui éloigne son auteur de l’état de perfection.

Dites-moi, docteur, ce Dieu absolument parfait auquel rien n’échappe, connaissant l’essence du bien et du mal, celle de l’avantage et de l’inconvénient, du meilleur et du pire ainsi que leurs secrets; est-il digne de sa majesté et de sa miséricorde qu’il néglige les humains et les abandonne sans enseignements pour leur éducation et leur instruction, sans loi pour leur organisation sociale, sans valeur pour les armer contre les fléaux de l’ignorance et les préserver des penchants personnels, de l’intolérance et de la tyrannie? Ceci est-il digne de Dieu le Miséricordieux, le Saint, le Parfait, sachant son pouvoir de créer les causes de la probité et du bien pour l’homme et ce, notamment par l’envoi de prophètes porteurs de son message à ses créatures, enseignant aux hommes les règles de la vie en communauté, les bonnes mœurs et le chemin du bonheur éternel?

Le docteur: On peut tout aussi bien affirmer que les humains sont capables de se suffire à leur propre législation pour leur organisation sociale, et ce n’est certainement pas un mal de la part d’un Dieu, sachant la capacité des humains à subvenir à leurs besoins de ce point de vue, que de les laisser à leurs propres lois.

Le cheikh: Vous savez autant que les législateurs eux-mêmes les limites du savoir des hommes et leur ignorance des vérités. La plus complète des législations humaines que vous puissiez imaginer est celle des gouvernements à régimes parlementaires de notre époque, avec les erreurs somme toute humaines qui peuvent être les leurs. Quelles que soient les précautions de la nation à ce sujet, il n’en demeure pas moins que l’homme ignore souvent sa propre ignorance et ne la reconnaît pas. Il se vante souvent d’être dans le vrai, alors qu’il fait fausse route. Malgré tout, vous verrez les nations, leurs leaders et leurs politiciens ne ménager aucun effort pour parfaire leurs législations qu’ils veulent idéales pour leurs sociétés. Il serait de ce fait déplacé d’imaginer que Dieu puisse négliger cet aspect de la vie humaine; lui qui dans son infini savoir peut instruire ses créatures d’un cadre de règles dont l’observation est la garantie de leur bonheur et de leur salut.

Enfin, que pensez-vous de l’enseignement d’une morale vertueuse et de la mise en garde contre les mauvaises mœurs? Peut-on pour cela se contenter du peu de valeurs que nous lègue la tradition? Et que pensez-vous de ce qui reste encore inaccessible à l’esprit humain, des connaissances relatives à son avenir et qui peuvent être les clés de son bonheur? Enfin, que pensez-vous de la prédication et de l’invitation au droit chemin, dans l’adoration de Dieu l’Unique et Tout-Puissant?

Le message du Coran

Bien entendu, le Coran n’est pas sans passer en revue ces questions, avec les éclaircissements qu’exige la démonstration de la vérité. Commençons, si vous n’y voyez pas d’inconvénient, par les paroles du verset 50 de la sourate al-Ma'ida (la Table): «Mais qui donc est meilleur juge que Dieu? » Qui pourrait prétendre en effet que l’homme, du fond de son ignorance est plus à même de cerner la réalité, légiférer et juger mieux que ne le ferait Dieu, l’Omniscient, le Parfait? Et voici les mots du verset 115 de la sourate at-Tawba (le Repentir): « Il ne sied point à Dieu d’égarer un peuple qu’il a mis sur la bonne direction, avant de lui avoir clairement indiqué ce qu’il doit craindre. Dieu sait parfaitement tout. » Il ne peut venir à l’esprit que Dieu le Miséricordieux puisse laisser errer dans le labyrinthe de l’égarement, les hommes à qui il a montré la voie du savoir et du salut, qu’après leur avoir expliqué ce qu’ils doivent éviter, pour leur intérêt et celui de leur communauté, et que ceux-ci aient transgressé les interdits. Ainsi, le Coran précise que Dieu ne peut négliger ses créatures et les laisser sans leur avoir éclairé le chemin qui mène vers leur salut. En outre, le noble Coran dit dans les versets 163-165 de la sourate an-Nissa? (les Femmes): « Nous t’avons fait une révélation, comme nous avons fait une révélation à Noé et aux prophètes après lui » Le Coran cite ensuite les noms de certains prophètes dont la révélation a rapporté l’histoire à l’envoyé de Dieu.

Sur les raisons de l’envoi des prophètes, il dit: « Des prophètes annonciateurs et avertisseurs, afin que les hommes n’aient à invoquer aucun argument devant Dieu, la mission des prophètes une fois accomplie. Dieu est Puissant et Sage », en d’autres termes, des prophètes annonciateurs de la bonne nouvelle pour l’homme, l’informant de son bonheur dans la vie présente et dans la vie future, pour peu qu’il daigne se soumettre à ce qui le rendra meilleur autant individuellement que collectivement, en se conformant aux prescriptions de la loi. Le Coran parle de prophètes non seulement annonciateurs, mais aussi avertisseurs de l’infortune et du danger imminent, et laissent planer la menace sur le présent et l’au-delà contre les rebelles à l’ordre divin.

Dieu a donc envoyé les prophètes pour instruire l’humanité de ces deux principes et leurs conséquences, afin que le moment venu, l’homme ne soit pas en mesure de protester en disant: « ô mon Dieu, le très Saint, Dieu de la miséricorde, de la sagesse et de la perfection, pourquoi ne m’as-tu pas donné de lois, pourquoi ne m’as-tu pas ouvert les yeux sur le chemin qui mène à la purification de l’âme et de la morale; pourquoi ne m’as-tu pas facilité l’accès à une vie spirituelle et au respect des règles, garants de mon salut? »

Les raisons de l’envoi des prophètes sont nombreuses. Celle-ci en est une et elle est secondaire, mais elle a l’immense mérite de démontrer l’impossibilité d’attribuer à Dieu des vices et des défauts tels que la négligence et l’oubli, incompatibles avec sa pureté et sa perfection, lui, l’infiniment Sage dans ses actes et dont le savoir englobe les raisons apparentes et cachées du bien et du mal.

Diffusion du message

Emmanuel: Les doutes engendrés par l’absence d’esprit finissent malheureusement toujours par troubler les regards. Bien que je sois convaincu que ce que vous venez de citer sur la nécessité de la grâce divine et sur l’établissement de la preuve par l’envoi des prophètes soit effectivement la réalité raisonnable et qui convient à la majesté de Dieu, permettez-moi tout de même de demander quelques explications qui me débarrasseront des restes de mes doutes: les pays où l’histoire ne mentionne aucun passage pour les prophètes constituent la majeure partie du monde. Seules quelques contrées ont apparemment eu ce privilège, à l’exemple de l’Egypte, la Syrie, le Hijaz, et en incluant les missions de Pierre et Paul, nous pouvons également compter Rome, l’Asie mineure, les îles de la Méditerranée et l’Europe de l’est. Nous pouvons donc avancer sans risque d’erreur que de l’Est de la Perse jusqu’à l’extrême Est de l’Asie, de même qu’au nord de l’Europe, en Afrique et en Amérique, personne n’a entendu parler d’un prophète et encore moins d’un message de Dieu.

Concernant les pays qui ont connu des prophètes, que pouvons-nous dire des événements qui s’y sont déroulés durant les longues périodes qui séparaient les prophètes? L’histoire les enregistre comme des périodes ayant connu de graves dérives morales, une décadence des valeurs et une décomposition sociale. Bref, l’égarement de nombreuses générations, pendant de longs siècles.

Le cheikh: A vous entendre, on croirait que la Torah a pris le soin de consigner l’histoire dès l’origine de la création jusqu’à la mort de Moïse. Tout ce que nous apprenons de la Torah, c’est qu’à l’époque de Seth, fils d’Adam, les hommes commençaient déjà à prier Dieu en l’appelant « Seigneur », que Henok, fils de Yered et père de Matusalem vécut en communion avec Dieu. Nous savons par ailleurs que Noé aussi vécut en communion avec Dieu qui s’adressait à lui, et qu’il avait même une législation. La Torah rapporte également que Dieu s’adressa à Abraham à Haran et en Syrie, le chargeant d’établir la loi sur la circoncision. Elle rapporte que Dieu s’est adressé à Isaac et à Jacob et qu’ensuite il envoya Moïse transmettre le message et la Loi aux hommes.

Pour toute cette période et jusqu’aux derniers jours de Moïse, la Torah ne fait pas la moindre allusion à une quelconque prophétie en Inde, en Chine, au Japon, en Europe ou aux confins de l’Afrique. Les livres de l’Ancien Testament suivent la même voie, ne relevant la présence de prophètes qu’en Syrie et en Babylonie. Quand ce fut au tour des livres du Nouveau Testament, ceux-ci ne citèrent la présence de la prophétie qu’en Syrie, en Asie mineure, en Europe de l’Est et à Rome.

Voyons, Emmanuel! Où sont donc passés les résultats de vos recherches sur les lacunes et défauts des livres des deux Testaments? Le prêtre vous a pourtant bien dit que la Torah avait négligé une part importante de l’histoire des prophètes.

Il n’est pas scientifiquement convenable d’affirmer qu’à l’exception des régions citées dans les deux Testaments, aucune autre n’a connu l’arrivée de prophètes, ni de révélation de messages ou même d’appel au monothéisme. Il est au contraire tout à fait permis de penser que les quatre coins du monde ont été honorés du passage des prophètes, bien plus que ce que les deux Testaments attestent pour les révélations connues. Mais l’histoire entravée et détournée par le jeu des passions et des intérêts n’en fait pas de mention claire. Nous pouvons légitimement croire que parmi les prophètes, peuvent bien figurer ceux que les gens ont considéré comme des dieux incarnés, ou même les éléments de la triade, ceux-là dont l’image a fini par être modifiée et pervertie, victime du temps et des déviations, ainsi que nous pouvons le voir dans le livre al-‘aqa?id al-wathaniya, p 5, 6.

En outre, cher Emmanuel, vous vous êtes bien rendu compte à travers vos investigations que c’est un genre de situation qui s’applique fort bien au Christ. Pourquoi ne serait-ce pas également le cas de Brahma, Bouddha, Krichna, Bali et d’autres encore en Inde, en Chine, au Japon, en Perse, en Amérique latine et en Scandinavie? De plus, le monothéisme est une valeur et une croyance que partagent tous les peuples du monde, qui rendent des cultes, prient Dieu, jeûnent, croient en l’avènement du Sauveur, en le salut, en la tentation du Diable, en la pérennité de l’âme après la mort, son châtiment et sa récompense, et en la miséricorde.

Tout ceci révèle en vérité les traces de prophéties par lesquelles ont été établies les preuves et accomplis les bienfaits divins. Mais les passions et l’égarement ont travaillé au discrédit de la démarche monothéiste de ces prophéties pour en effacer les enseignements et la législation. C’est hélas une pratique assez répandue et l’un des aspects les plus graves et les plus sombres de l’égarement humain dont témoigne l’histoire. Et qui sait? Comme l’histoire se répète et que son nouveau s’explique bien des fois par son ancien, peut-être bien que les périodes qui séparaient les anciennes révélations correspondaient à celle qui a séparé le Christ du prophète de l’Islam, que la paix soit sur eux tous.

Mais si l’envie vous prend de faire également allusion au Coran, et bien, sachez qu’il ne s’intéresse à l’histoire que dans la mesure où celle-ci peut servir les besoins de ses nobles objectifs. A ce sujet, Dieu Puissant et Grand dit dans le verset 78 de la sourate al-Mou?minoun (les Croyants): « Nous avons envoyé des messagers avant toi; des uns nous t’avons conté l’histoire; des autres nous ne t’avons rien dit » et au verset 164 de la sourate an-Nissa?: « Il y a des prophètes dont nous t’avons précédemment narré le récit et d’autres sur lesquels nous ne t’avons rien dit ». Ici, le Coran indique que parmi les prophètes, il en est ceux dont Dieu n’a pas instruit son Messager. Voilà donc qui devrait si besoin est, modérer les précipitations à affirmer qu’à part cette petite partie du monde où les prophètes sont attestés, le reste de la planète n’a pas fait l’objet de la même miséricorde et que les prophètes n’y ont jamais fait la moindre apparition.

Précisions

D’un côté, le bon sens veut que l’homme soit créé libre de ses croyances et de ses actes, loin de toute contrainte. Le même bon sens veut aussi que le succès et l’influence des prophètes ne s’appuient point sur la contrainte de Dieu pour les hommes, mais seulement sur les réflexes propres de ces derniers comme la réceptivité, la conviction, la sensibilité, l’effort, le rejet, l’orgueil, l’amour propre, etc.

D’un autre côté, la considération des conditions d’ignorance, d’impiété, d’anarchie et d’égarement dans lesquelles prennent naissance les prophéties nous indiquent que ces mêmes conditions constituent un véritable défi et un risque d’étouffement dans l’œuf pour toute révélation. Prenez l’exemple de Moïse dont la naissance était attendue impatiemment par des centaines de milliers d’Israélites, afin qu’il vienne au secours de leur foi héritée d’Abraham et qu’il les libère de l’esclavage ainsi que de l’idolâtrie égyptienne. Lorsque Moïse leur fut révélé, ils accueillirent son appel avec foi et empressement; ils crurent en sa prophétie et en son message avec désir et obéissance. Pourtant, il ne vous échappe pas que sa démarche a été la cible de toutes les menaces, du début jusqu’à la fin de ses jours. Sa prophétie à été l’objet d’entraves et de périls en tous genres, y compris de la part de ses proches Israélites. A propos, vous rappelez-vous l’événement du Veau?

Méditez l’exemple du Christ avec les Israélites, lesquels guettaient avec espoir l’apparition d’un prophète qui les rassemblerait autour de buts communs et leur rendrait leur indépendance politique. Bien que le Christ ne fût pas porteur d’une religion exigeant l’abolition de la précédente et qu’il agissait seulement en prédicateur condamnant l’hypocrisie et l’exploitation de son prochain au nom de la religion, il ne tarda pas à être victime de la conspiration de certains qui amenèrent même les Romains à le considérer comme une menace pour leur politique et leur présence dans la région.

Vous-même Emmanuel, avez montré précédemment l’ampleur des enseignements introduits dans le christianisme, et qui étaient contraires aux principes défendus par le Christ. Vous savez également ce que les Evangiles et le livre des Actes des apôtres rapportent sur les disciples. C’est là malheureusement une pratique courante dans la diffusion des religions après la dénaturation de leurs enseignements et de leurs principes.

Pensez à Mohammed, le Messager de Dieu; il était issu de la plus puissante des communautés arabes, mais il était également avant sa prophétie le plus sûr et le plus aimé des hommes parmi les siens. Mais dès le début de la révélation, nombreux furent ceux qui le ciblèrent de toute leur haine, et même s’il bénéficia de l’aide et de la protection de ses proches, il fut persécuté au point d’être contraint de quitter la Mecque. Il lui fallu endurer plusieurs guerres défensives, tout au long de sa sainte vie à Médine.

Mais Dieu connaissant les impératifs, révèle ses messages aux lieux et aux époques les plus appropriées, pour l’accomplissement de ses bienfaits et l’établissement de ses preuves. C’est ce qui ressort des paroles du verset 124 de la sourate al-An?am: « Dieu sait mieux que quiconque à qui confier son message ».

Par ailleurs, Dieu a établi ses preuves devant tous les hommes qu’il a dotés d’une raison pour saisir, d’une part: l’évidence et l’authenticité des connaissances permettant la démonstration de l’unicité divine, et de l’autre: la nullité de principes tels que le matérialisme, le polythéisme, la Trinité, l’incarnation de Dieu et autre mystère de la rédemption. Oui, la preuve est brandie devant les yeux de tout un chacun, pour ce qui concerne la divinité, la justice, l’équité et les bonnes mœurs. Malgré tout, les hommes s’entêtent dans la désobéissance, faisant fi du miracle de l’argument et de la raison, et devenant par là même indignes des bienfaits de la prophétie, car ne faisant aucun cas de la sagesse qui se trouve à l’origine de cette dernière. Comprenez alors que la sagesse divine tienne compte de ces considérations et de ces aspects de la vie humaine, et selon la prédisposition et la réceptivité des hommes, révèle son message là où il reçoit le meilleur écho.

Mon cher Emmanuel, devant la preuve tranchante, il ne convient pas de tergiverser en recourant à des suppositions qui n’ont pour origine que l’ignorance de la réalité des choses.