AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)
 
L’impossible incarnation de Dieu

Le docteur: Ce Dieu nécessaire, est-il vrai qu’il s’incarne en prenant forme humaine pour élever le rang de cette dernière dit-on, mais surtout pour manifester sa puissance et sa gloire, comme disent les brahmanes, les bouddhistes, ainsi que beaucoup d’autres nations?

Le cheikh: Pour ce qui est de l’existence de Dieu, élevé soit-Il, en tant que corps depuis toujours, ce qui voudrait dire éternellement matériel, je crois que nous en avons déjà expliqué et suffisamment démontré l’impossibilité pour Etre nécessaire, car cela impliquerait sa composition en quantité et en substance, et qu’il est de ce fait sous le pouvoir de ce qui lui aurait attribué un tel état. Enfin, s’agissant de l’éventuelle survenance de son incarnation, ce qui serait en soit une preuve du changement de sa sainte Essence, il me semble que nous nous sommes déjà bien entendus que l’essence de Etre nécessaire ne peut pas être sujette au changement. Disons seulement que Etre nécessaire doit être au dessus de toute forme de composition, que son essence est d’une simplicité absolue, et compte tenu de sa qualité d’Etre nécessaire, il est forcément éternel.

Partant de là, il devient évident que cette Essence ne peut se changer en une autre, même si elle est simple également, sinon la première essence perdrait sa qualité d’éternelle et par conséquent d’Etre nécessaire, de même pour la nouvelle essence, puisque naissante, donc non éternelle.

Ceci dit, je suis particulièrement étonné par votre expression « pour manifester sa puissance et sa gloire ». Pouvez-vous nous dire quelle puissance et quelle gloire peuvent apparaître à travers l’incarnation de Dieu? Est-ce par sa résignation à la misérable condition humaine, au besoin permanent à la nourriture, à l’humiliation de la douleur et de la persécution? Mais peut être apparaissent-elles sous le joug de l’injustice et de la mort violente, comme en fut éprouvé celui que les gens ont qualifié de dieu incarné, à l’image de Bouddha, Krichna, ou même du Christ?

Emmanuel: Le quatorzième chapitre des Actes des apôtres rapporte que lorsque Paul et Barnabé ont guéri à Lystres où ils venaient de descendre, un homme dont les jambes étaient paralysées, les gens de cette ville, voyant ce qui venait de se réaliser, s’écrièrent: « Les dieux ont pris une forme humaine et sont descendus vers nous. » Du fait de leur mentalité païenne, ils appelèrent Barnabé: Zeus, et Paul: Hermès. Paul et Barnabé durent réagir en leur disant: « Amis, pourquoi faites-vous cela? Nous ne sommes que des hommes tout à fait semblables à vous. »

Personnellement, j’ai trouvé dans cette protestation une preuve inestimable, que l’idée de la divinisation de l’homme n’est qu’une aberration.

L’homme par ses manques et ses imperfections, ses besoins et ses faiblesses, ne peut effectivement être un dieu.

Le docteur: Emmanuel, seriez-vous entrain de vous vanter de la présence de ces paroles dans le Nouveau Testament? En faites-vous une preuve de l’exactitude de ce livre pour ses enseignements théologiques?

Emmanuel: Je vois très bien où vous voulez en venir, mais détrompez-vous; ne croyez surtout pas que je prends à l’aveuglette tout ce que je trouve dans les livres. Sachez que je ne me laisse pas impressionner par les titres des livres autant que je me soumets à l’enseignement juste et ce, où que sa lumière brille et où que sa probité et son équité sont exprimées et démontrées scientifiquement.

Pour revenir à vos allusions, sachez également que nous avons critiqué sur ce sujet, et sans retenue aucune, les Evangiles selon Matthieu, Marc et Luc, ainsi que le livre des Actes des apôtres. Nous avons notamment mis à nu leurs enseignements sur la multiplicité des dieux, la divinisation des humains, tout comme nous avons à maintes reprises dénoncé la falsification de ces livres et l’absurdité de leurs affirmations. Je vous invite à consulter ce qui a été consigné sur le sujet; croyez-moi, vous en aurez pour votre curiosité. Mais notre critique ne s’arrête pas aux Evangiles, elle concerne aussi les autres livres:

Au n° 36 du chapitre 10 des Actes des apôtres, nous lisons à propos du Christ: «Jésus-Christ, qui est le Seigneur de tous les hommes.».

C’est le même sens qui se reproduit au n° 5 du chapitre 9 de la Lettre aux romains: «Et le Christ en tant qu’être humain, est de leur race, lui qui est au dessus de tout, Dieu loué pour toujours, Amen.»

C’est encore le même message qui est transmis dans la Lettre aux hébreux (1/8): « Mais au sujet du fils, Dieu a déclaré: ‘’Ton trône, ô Dieu, est établi pour toujours’’ ». Il ajoute au n° 10: « C’est toi, Seigneur, qui au commencement a fondé la terre et le ciel est l’œuvre de tes mains. »

La Lettre adressée aux philippiens (2/ 6) abonde également dans le même sens: « Il possédait depuis toujours la condition divine, mais il n’a pas estimé qu’il devait chercher à se faire de force l’égal de Dieu. Au contraire, il a de lui-même renoncé à tout ce qu’il avait et il a pris la condition de serviteur. Il est devenu semblable aux hommes. »

L’Evangile selon Jean n’est pas en reste puisqu’au tout début du premier chapitre, il dit: « Au commencement, lorsque Dieu créa le monde, la parole existait déjà; celui qui est la parole était avec Dieu, et il était Dieu. » et au n° 14 du même chapitre: « Celui qui est la parole est devenu un homme et a vécu parmi nous. »

Le docteur: Ce Dieu, Etre nécessaire, dont l’essence ne change pas, peut-il fusionner avec quelque chose pour ne faire qu’un avec cette chose?

Le cheikh: Qu’entendez-vous par «fusion»? Est-ce à dire que l’essence de Etre nécessaire change vers celle de ladite chose? Ou plutôt, serait-ce l’essence de la chose qui changerait vers celle de Etre nécessaire? Ou bien est-ce les deux essences qui doivent changer du fait de leur fusion, pour donner naissance à une autre essence? S’il est impossible à Etre nécessaire de changer, et étant donné l’impossibilité pour l’être naissant d’un tel changement, d’être un être nécessaire, comment voulez-vous que nous accordions ne serait-ce qu’un semblant de crédit à l’une de ces trois suppositions?

Le docteur: Ce Dieu nécessaire dont le besoin à autrui est impossible autant que l’est le changement de son essence, s’incarne-t-il dans des corps existants comme disent certains païens, ou bien s’incarne-t-il dans certains humains, à l’exemple de ce que soutiennent certains chrétiens pour Jésus-Christ, ou même comme l’affirment également certains mystiques pour quelques-uns de leurs maîtres?

Le cheikh: Encore faudrait-il savoir ce qu’entendent tous ces gens par « incarnation». Cette incarnation qu’ils acceptent pour certains corps sans les autres ne peut être concevable, sachant l’éloignement de Etre nécessaire de tout ce qui peut remettre en question sa qualité d’Etre nécessaire.

Dieu peut-il s’incarner comme peut fondre la blancheur dans la matière et la qualité propre dans l’essence? Ne savez-vous pas que la blancheur qui n’est qu’une qualité propre ne peut avoir d’existence et d’identification sans la matière? De même que l’image fond dans l’objet, pour avoir une existence, elle ne peut se passer de cet objet. Ceci étant, est-ce que Etre nécessaire a besoin de quoi que ce soit pour exister? Nous avons bien vu que non. Alors si ces gens visaient par « incarnation» le soin et la considération dont Dieu entoure certaines de ses créatures, en particulier celles qu’il charge de la diffusion de ses enseignements, il faut préciser que c’est là un miracle et un honneur par lesquels le Christ ne se distingue pas des autres prophètes et messagers de Dieu, et dans ce cas vous voudrez bien remarquer qu’il n’était nul besoin de recourir à l’expression « incarnation».

Le docteur: Qu’en dites-vous, Emmanuel? Pourtant, nous lisons bien dans l’Evangile selon Jean (14/ 10) ces paroles du Christ: « Ne crois-tu pas que je suis dans le père et que le père est en moi? Les paroles que je vous dis à tous ne viennent pas de moi. Le père qui demeure en moi accomplit ses propres œuvres. »

Emmanuel: Nous avons déjà eu à dénoncer l’Evangile selon Jean pour ses allégations sur la multiplicité des dieux, ainsi que pour d’autres affirmations non moins outrageuses. Dois-je après cela porter la responsabilité de tout ce que vous pouvez y relever de semblable? De plus, nous ne devons pas considérer la question de l’incarnation à partir de l’Evangile selon Jean, mais plutôt l’inverse, c'est-à-dire considérer cet Evangile à partir de la question de l’incarnation. Par ailleurs, nous voyons clairement que les discours des différents livres du Nouveau Testament ne s’accordent pas et il s’avère de ce fait difficile de les exploiter en vue de conclusions.

L’Evangile selon Jean, par exemple, élargit le cadre de l’union et de l’incarnation (17/ 21-23): « Je prie pour que tous soient un. Père, qu’ils soient unis à nous, comme toi tu es en moi et moi en toi. Qu’ils soient un pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme toi et moi nous sommes un: moi en eux et toi en moi, pour qu’ils soient parfaitement un et que le monde reconnaisse ainsi que tu m’as envoyé et que tu les aimes comme tu m’aimes. » Egalement dans la première Lettre de Jean, au n° 16: « Dieu est amour; celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui. » C’est le cas de la première Lettre aux corinthiens (3/ 16): « Vous savez sûrement que vous êtes le temple de Dieu et que l’esprit de Dieu habite en vous. » De même que pour la Lettre aux Ephésiens (2/22): « Dans l’union avec lui, vous faites partie vous aussi de la construction pour devenir avec tous les autres une maison dans laquelle Dieu habite par son Esprit. » Remarquez que nous ne relevons de ces paroles aucune perversion du principe, ni de défiguration pour le discours par des expressions dérisoires.

Dieu ne procrée pas

Le docteur: Ce Dieu, Etre nécessaire, qui ne se divise pas et dont l’essence ne change pas, peut-il procréer? Peut-il émaner de son Essence divine un autre être que nous appellerions un dieu, enfant de Dieu?

Le cheikh: Qu’allez-vous encore insinuer par «procréation» et «émaner de son Essence divine»? Voulez-vous suggérer qu’une partie de Dieu puisse se détacher de lui pour entrer dans l’utérus d’une femme, afin de donner naissance à un enfant? Ou bien comme proviendrait le fruit de l’arbre, de sorte qu’une partie de l’arbre devient fruit par un effet d’évolution et de changement? Ceci est tout bonnement inconcevable, étant donné l’incompatibilité de la situation avec la nature immuable de Etre nécessaire, sachant qu’il ne se divise pas et que son essence ne change pas?

Le docteur: Et vous, Emmanuel, qu’en dites-vous?

Emmanuel: Je vous vois venir. Eh bien! personnellement j’ai suivi les livres attribués aux prophètes de la religion israélite autant que ceux de la religion chrétienne; je les ai trouvés désemparés sur le principe et on ne peut plus confus sur la signification de la naissance à partir de Dieu. Ainsi, par ces expressions de «prophètes de Dieu» et «naissance à partir de Dieu», ils tendent parfois à exprimer cette relation pure qui existe entre la personne et la foi, le monothéisme et la piété, et sa distinction du reste des humains par ces qualités. Le lien de foi et de piété qui rattache les croyants à Dieu apparaît donc comme l’expression d’obéissance et de respect qui lie l’enfant à son père. Nous pourrons peut-être citer en exemple de cette vision des choses, ce que rapporte l’Ancien Testament sur les paroles de Dieu à propos du peuple d’Israël.

Exode (4/ 22, 23): « Le peuple d’Israël est mon fils, mon fils aîné. Je t’ai ordonné de le laisser partir pour qu’il puisse me rendre un culte, mais tu as refusé. C’est pourquoi je vais faire mourir ton propre fils aîné. » De même qu’au sujet de Salomon fils de David:

1-Chroniques( 17/ 13; 22/ 10; 28/ 6); 2- Samuel( 7/14): « Je serai un père pour lui et il sera un fils pour moi. » Cela ne manque pas d’une certaine ressemblance avec les paroles du Christ sur les croyants pieux, rapportées dans le Nouveau Testament:

Matthieu (5/ 9): « Heureux ceux qui créent la paix autour d’eux car Dieu les appellera ses fils! » Notons que le Nouveau Testament a plusieurs fois nommé les croyants «enfants de Dieu», comme le montre l’Evangile selon Jean (1/12-13): « Il leur a donné le droit de devenir enfants de Dieu. Ils ne sont pas devenus enfants de Dieu selon la nature humaine, comme on devient enfant d’un père terrestre; c’est Dieu qui leur a donné une nouvelle vie », à l’exemple également de ce que nous lisons dans la première Lettre de Jean (5/ 1, 2): « Tout homme qui croit que Jésus est le Christ est enfant de Dieu; et quiconque aime un père aime aussi les enfants de celui-ci. Voici comment nous savons que nous aimons les enfants de Dieu. ». C’est aussi celui de la Lettre aux romains (8/14): « Tous ceux qui sont conduits par l’esprit de Dieu sont fils de Dieu. » Ensuite, au n° 16 de la même lettre: « L’Esprit de Dieu affirme lui-même à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. »

D’autres fois, ces livres citent la procréation au sens de la divinisation, de la même manière que le reflètent les traditions païennes. C’est une tendance dont les exemples parsèment l’Ancien comme le Nouveau Testament:

Esaïe (9/ 5): « Car un enfant nous est né, un fils nous est donné. Dieu l’a chargé d’exercer l’autorité. On lui donne ces titres: Conseiller merveilleux, Dieu fort, père pour toujours. » D’autres exemples dans le Nouveau Testament sont encore plus choquants:

Jean (10/ 33-37): « Les juifs lui répondirent: nous ne voulons pas te tuer à coups de pierres pour une œuvre bonne, mais parce que tu parles contre Dieu: tu n’es qu’un homme et tu veux te faire Dieu. Jésus répondit:- Il est écrit dans votre loi que Dieu a dit: ‘’vous êtes des dieux.’’ Nous savons qu’on ne peut pas supprimer ce qu’affirme l’Ecriture. Dieu a appelé dieux ceux à qui s’adressait sa parole. Et moi, Dieu m’a choisi et envoyé dans le monde. Comment donc pouvez-vous me dire que je parle contre Dieu parce que j’ai déclaré que je suis le fils de Dieu? Si je ne fais pas les œuvres de mon père, ne me croyez pas.»

Voyez ces paroles absurdes et ces arguments ridicules, dont le but visé par le titre de fils de Dieu n’est rien de plus que la prophétie au sens païen qui se plait à associer le prophète à Dieu dans son rang et sa propre autorité, et c’est précisément ce qui transparaît de la lecture de la Lettre aux hébreux (1/ 3): « Il reflète la splendeur de la gloire divine; il est la représentation exacte de ce que Dieu est, et il soutient l’univers par sa propre puissance. Après avoir purifié les hommes de leurs péchés, il s’est assis dans les cieux à la droite de Dieu, la puissance suprême. »

Le docteur: Ce Dieu, Etre nécessaire, qui ne se divise pas et qui ne peut être composé, que ce soit en substance ou en quantité, est-il nécessairement unique et sans associé dans la divinité, ou bien la multiplicité divine et les associés dans la divinité sont-ils chose licite, comme voudraient le faire croire bien des religieux?

Le cheikh: Puisqu’il a tout de même fallu reconnaître à Dieu qui est le commencement de toute existence la qualité d’Etre nécessaire et qu’il ne peut être ni divisible ni composé, peut-on honnêtement concevoir, ne serait-ce que l’idée de la multiplicité divine? Je tacherai d’être plus explicite en disant seulement que la multiplicité divine implique nécessairement que les différents dieux ou associés dans la divinité se distinguent les uns des autres par des spécificités par lesquelles se réalisera le principe de cette multiplicité. Mais voilà qui suscite encore l’inévitable question: ces spécificités sont-elles l’œuvre d’un faiseur qui en dispose selon sa volonté, et de ce fait les distingue les unes des autres? Cela voudrait dire dans ce cas, que le dieu qui est Etre nécessaire et le premier faiseur dont nous parlons est également celui qui distingue par sa création les différents associés dans la divinité, et qui ne sont plus par conséquent que des individus parmi tant d’autres créatures qui ne peuvent aspirer au rang de divinité, ni à la qualité d’Etre nécessaire. Voilà donc qui nous amène au constat selon lequel Etre nécessaire ne peut pas être multiple. Mais si vous dites que ces spécificités sont propres à la nature de chacun, cela voudrait dire qu’ils sont tous composés de la nature divine commune et d’une spécificité naturelle. A ce titre et en tant qu’êtres composés, ils deviennent dépendants de leurs différentes parties et d’un acteur pour les assembler et les accorder. Pour cette raison encore, nous ne pouvons les qualifier d’Etres nécessaires.

Il est clair que l’explication par la nature requiert l’existence d’une relation naturelle entre la cause particulière et son effet particulier, ce qui rend nécessairement la cause de la spécificité chez l’un des associés dans la divinité, différente de la cause de la spécificité chez un autre associé. Cela impose pour le principe de la multiplicité, que les différents individus soient constitués d’une partie de la divinité qui leur serait commune et d’une autre partie qui justifierait de par sa nature la spécificité de chacun; ce qui nous ramène à notre constat précédent, à savoir que chacun de ces dieux serait composé et dépendrait d’un agent pour assembler et accorder ses différentes parties.

Comme l’être humain est surprenant! Il s’égare, se désoriente, alors que les repères du droit chemin sont clairs et les lumières de la vérité sont éclatantes. Tantôt, il tente sous la contrainte de sa conscience et de son discernement de trouver à l’origine de la création une explication honnête, en se basant sur un raisonnement scientifique tout à fait acceptable; tantôt, les a priori de ses penchants et les données premières de sa passion enferment son esprit dans l’absurde hypothèse de l’éternité de la Cause première. Pourtant, sa conscience scientifique ne manque pas de lui rappeler que l’explication par l’éternité de la cause ne peut être recevable que si elle est appuyée sur Etre nécessaire.

Ensuite, lorsque son esprit et sa lucidité lui montrent que les créatures scandent toutes les slogans de leurs destinations et de leur raison d’être, il se rend à l’évidence que cet Etre nécessaire ne fait exister cette création que par une grande sagesse et une parfaite connaissance des buts. Alors il le reconnaît au titre de Dieu, et dans toute langue le désigne d’un nom particulier et sacré. Pourtant, et c’est le plus étonnant, malgré l’esprit scientifique qui lui démontre que la qualité d’Etre nécessaire ne peut être compatible avec aucun concept de composition, de quelque nature qu’elle puisse être, cela ne l’empêche pas de s’accommoder d’individus associés dans la divinité, en tant qu’êtres composés.

Pauvre être humain que les illusions et les penchants font fuir devant la vérité! Il régresse lamentablement en substituant à Dieu l’Unique une multitude de dieux, sans pouvoir en qualifier un seul d’Etre nécessaire, qualité qui est pourtant le fondement de la divinité et la seule par laquelle elle est reconnaissable. C’est précisément le genre d’individu, coupable, que Dieu dénonce et blâme pour sa malheureuse régression et son abandon pour le milieu d’une route sûre, contre de difficiles sentiers ne menant que vers l’errance et la confusion. Ceux-là, le Coran dit à leur sujet au verset 87 de la sourate az-zoukhrof (le Beau Décor): « Si tu demandais aux idolâtres qui les as créés, ils répondront certainement:’’c’est Dieu!’’Comment se fait-il alors qu’ils s’en détournent? » En effet, leur nature originelle et leur bon sens les guident dans la justification de la création, droit vers Etre nécessaire, Allah, puissant et grand, et ne peuvent justifier leur propre existence que par la volonté d’Allah.

Nous sommes pourtant surpris de les voir s’en détourner vers l’aberration de la multiplicité divine. Comment peuvent-ils se laisser berner par la perversité du polythéisme et en même temps sanctifier Dieu dans sa qualité d’Etre nécessaire et sa perfection? Dieu dit dans la sourate al-‘AnkabOUt (l’Araignée): « Si tu leur demandes « qui a créé les cieux et la terre et soumis le soleil et la lune? » Ils répondront certainement: « Dieu!» Pourquoi mentent-ils alors? » (61) « Si tu leur demandes: « Qui fait tomber l’eau du ciel pour revivifier la terre après sa mort?» Ils te diront certainement: « Dieu!» Dis « Louange à Dieu! » (63) » Louange à Dieu pour ses bienfaits, pour la manifestation de la vérité et l’établissement de la preuve. A Dieu appartient la preuve absolue. « Mais la plupart d’entre eux ne raisonnent pas » Des récriminations similaires se retrouvent dans les sourates Louqman (25) et az-Zoumar (les Groupes) (38). Dieu dit encore dans la sourate an-Naml (les Fourmis) (59-64): « Dieu est-il le meilleur ou ce que les idolâtres lui associent? » « Celui qui a créé les cieux et la terre, qui vous fait descendre du ciel une eau par laquelle nous faisons pousser des jardins splendides » après qu’il n’y eut que terre aride et désolée, « Dont vous n’auriez pas pu faire pousser les arbres. »

La preuve n’a-t-elle pas établi que le Créateur Omniscient est Allah, l’Etre nécessaire et absolu? Les gens l’admettent et le reconnaissent, mais les idolâtres osent lui associer leurs fantômes dont ils ne peuvent démontrer la qualité d’êtres nécessaires. « Y a-t-il une divinité à côté de lui? Mais les gens s’écartent de la vérité. » Ils s’écartent de la vérité vers le mensonge, du savoir vers l’ignorance, de la clarté de la preuve vers les ténèbres de l’amalgame et de la confusion. « Celui qui a fait de la terre un séjour stable, qui l’a sillonnée de rivières, qui y a placé des montagnes bien ancrées, qui a mis une barrière entre les deux mers. » Par son pouvoir, l’eau douce reste douce et l’eau salée reste salée, alors que le courant marin suit son cours. Les idolâtres ne se rendent-ils pas compte que ce phénomène n’est que le produit de la volonté d’Allah, Etre nécessaire? Ils ne le savent que trop, mais ne suivent malheureusement pas le chemin de la raison dans le domaine du savoir et de la démonstration de la vérité, car l’illusion les en écarte et les en détourne.

Chaque personne vit des situations où elle se tourne vers Dieu, son Seigneur vers qui elle se réfugie, espérant un abri contre les contraintes du moment. Bien des fois, cela se couronne de soulagement et de délivrance, et la personne prend conscience que c’est en effet Dieu qui a répondu à sa prière. Pourtant, peu de temps suffit à l’être humain pour oublier ses malheurs passés, son recours à Dieu et la consolation qu’il en a reçue. Les idolâtres seraient bien inspirés de méditer cet exemple et en tirer les leçons, voyant souvent leur âme fuir vers un Seigneur unique, ne faisant état de ses soucis qu’à lui et n’attendant de solution et d’issue que de lui. On se demande ce qui peut bien le leur faire oublier autant. « Celui qui exauce le nécessiteux quand il l’implore, dissipe le mal et vous fait succéder les uns aux autres sur la terre; y a-t-il une divinité à côté de lui? »

Ne soyez pas offensé, mais si vous aviez un tant soit peu de clairvoyance et de présence d’esprit, vous ne pourriez ignorer l’élan naturel de votre âme et de vos propres réflexes dans les moments les plus sensibles de votre vie; je parle de ces moments privilégiés où l’on se libère de la passion du désir et des penchants, pour s’orienter vers Dieu avec toute la liberté de la nature originelle. Si l’homme essayait d’ouvrir les yeux sur cette vérité limpide, il ne serait pas rongé par le doute et n’aurait pas cherché refuge dans l’idolâtrie. Seulement, voilà: « Que vous êtes donc lents à réfléchir! N’est-ce pas lui qui vous guide dans les ténèbres de la terre et de la mer » en vous aidant à prendre repère sur les positions des astres qu’il a créés, « qui envoie les vents porteurs de bonne nouvelle, devançant sa miséricorde, y a t-il une divinité à côté de lui? Dieu est au dessus de ce qu’on lui associe! » Et il est sanctifié par sa qualité d’Etre nécessaire et sa perfection divine.

ô vous qui croyez en la résurrection et en le jour du jugement après la mort, « Qui a commencé la création », comme vous observez l’apparition des êtres, ensuite leur mort « et la recommence » pour toutes les espèces après la mort. Ces vérités que vous reconnaissez, de même que vous reconnaissez que Dieu est le Créateur, Etre nécessaire « qui vous nourrit des richesses du ciel et de la terre, y a t-il une divinité à côté de lui?

» « Dis! » Toi qui leur parle, dis leur: nous ne reviendrons pas sur le fait que la multiplicité divine tient de l’imagination et de l’impossible, que la divinité et sa perfection ainsi que la qualité d’Etre nécessaire sont incompatibles avec cette multiplicité. Alors, quel est votre argument pour votre idolâtrie, ainsi que votre preuve sur la divinité de celui dont vous faites l’associé de Dieu? « Apportez votre preuve si vous êtes véridiques! » Au verset 40 de la sourate Fatir (le Créateur), Dieu dit: « Dis leur: voyez-vous vos associés que vous priez en dehors de Dieu? Montrez-moi ce qu’ils ont créé de la terre. Ont-ils une quote-part dans les cieux? Ou leur avons-nous donné un livre leur permettant de s’appuyer sur des preuves tirées de celui-ci? Non! Mais ce que les injustes se promettent les uns aux autres n’est qu’illusion ».

Cette désapprobation en direction des idolâtres est exprimée en des termes semblables au quatrième verset de la sourate al-Ahqaf et au seizième verset de la sourate ar-Ra?d (le Tonnerre). Cette multitude de dieux, objet de votre imagination insensée, quel rôle leur faites-vous jouer dans la création de l’univers, sa combinaison, l’harmonie et la régularité de son fonctionnement. N’allez quand même pas prétendre qu’ils y sont pour quelque chose!

Nous ne pouvons faire abstraction du fait que la reconnaissance de la multiplicité divine implique fatalement que chaque membre de cette multitude se retrouve incomplet, imparfait dans son rang de dieu, puisque la partie de son être qui le distingue des autres membres se pose comme un voile entre lui et la perfection divine. Force est de croire donc que cette partie-là ne peut pas être une caractéristique divine.

Partant de là, les différents associés à la divinité diffèrent nécessairement dans leurs savoirs, leurs volontés, leurs pouvoirs, leurs miséricordes, leurs colères, leur équité et ce, en fonction même de ces parties distinctives, et tout cela ne dénote que l’absence d’une perfection divine, qui aurait été unificatrice pour tous et nous ne pouvons aboutir dans ce cas qu’à l’absence d’une politique coordonnatrice de leurs actions. Pour ces raisons, s’ils s’associaient dans la création, il ne saurait y avoir d’ordre défini dans l’organisation et le fonctionnement de l’univers, ni de survie pour ses êtres, ni de codes et de lois pour ses communautés. C’est précisément ce sur quoi le noble Coran attire notre attention au verset 22 de la sourate al-Anbiya’ (les Prophètes): « S’il y avait d’autres divinités que Dieu dans le ciel et la terre, ces dernières eussent été dans le chaos. Gloire à Dieu, maître du trône, il est au dessus de ce qu’ils décrivent! »

D’aucuns voudraient supposer que chacun des dieux pourrait se spécialiser dans une partie de la création de certaines créatures et l’organisation de leur existence à travers les âges. A ceux-là, nous répondrons que dans ce cas, il ne pourrait y avoir pour l’univers d’ordre unique auquel seraient soumises toutes ces créatures, car l’indispensable relation qui unit tous les êtres sous l’interaction des éléments en serait rompue. C’est encore là un point sur lequel le Coran intervient pour réveiller les esprits somnolents, notamment au verset 91 de la sourate al-Mou’minoun (les Croyants): « Dieu ne s’est donné aucun fils et il n’existe aucune divinité avec lui, sans quoi, chaque divinité s’en irait avec ce qu’elle aurait créé, et certaines d’entre elles en domineraient d’autres. Gloire à Dieu! Il est bien au dessus de ce qu’ils décrivent. »

N’allez surtout pas croire que ceux qui divinisent l’inanimé, l’animal ou les étoiles défendent leurs divinités uniquement en mettant en avant leurs apparences et leurs aspects extérieurs; bien plus: ils leurs inventent, au-delà du palpable, des attributs divins tels que la vie, le savoir, le pouvoir, ainsi que nous le voyons en usage chez les païens.

Quant au noble Coran, il établit ses preuves dans la simplicité qui convient à la capacité de comprendre de tout un chacun, en particulier en interpellant les consciences par des exemples concrets qui peuvent être sujet à l’expérimentation, en somme, par des procédés appropriés à la nature physique et à la conception matérielle de l’homme, qui se posent en obstacles entre lui et la perfection divine.

Enfin, l’établissement des preuves par la démonstration amène les esprits, du moins ceux ouverts et réceptifs, à reconnaître que ce Dieu n’est pas de nature à avoir un associé, que s’il en avait un il y aurait conflit, désordre et décomposition de l’univers au milieu de ce qui aurait été une guerre des dieux.

Mais Emmanuel, je m’étonne plus de vos amis les chrétiens qui considèrent pourtant vos livres comme des révélations de Dieu, et qui lisent dans ces mêmes livres que Jésus n’est qu’une créature de Dieu. La lettre aux Colossiens par exemple (1/ 15) dit que Jésus est le fils premier né, supérieur à tout ce qui a été créé. Le troisième chapitre de l’Apocalypse, lui, déclare au n° 14 qu’il est à l’origine de tout ce que Dieu a créé. Vos livres disent également que Jésus supplie Dieu de lui épargner la douleur de la mort (Matt 26; Marc 14; Luc 22). En outre, sur la croix, Jésus à imploré l’aide de Dieu en ces termes: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » (Matt 27/ 46; Marc 15/ 34). De plus, les Evangiles rapportent que Jésus reconnaît que Dieu est son dieu et que Dieu est le vrai dieu: « Va dire à mes frères que je monte vers mon père, qui est aussi votre père, vers mon Dieu qui est aussi votre Dieu. » (Jean 20/17). Le n° 3 du chapitre 17 du même livre exprime de manière encore plus claire les convictions de Jésus: « La vie éternelle consiste pour eux à te connaître, toi le seul véritable Dieu. » Nous lisons aussi dans Esaïe (42/1-4): « Voici mon serviteur, dit le Seigneur, je le tiens par la main, j’ai désiré le choisir. C’est moi qui l’inspire pour qu’il apporte aux nations le droit que j’instaure… ». L’Evangile selon Matthieu affirme (12/17-21) que c’est de Jésus que parlait ainsi Esaïe. La lettre aux Ephésiens rapporte même et sans ambiguïté (1/17): « Je demande au Dieu de notre seigneur Jésus-Christ.»

Hélas, tout cela n’empêche pas vos amis d’élever Jésus au rang de dieu, si bien que dans qamous al-kitab al-mouqaddas, en glorifiant Bethlehem pour avoir été le berceau de Jésus, ils ont été jusqu’à dire: c’est en elle que Dieu est venu habiter avec les gens. Et comme si cela ne suffisait pas, parmi les noms qu’ils donnent à Jésus-Christ dans le même livre, nous citerons: Dieu très puissant, Dieu des Dieux. Quant au livre moghni at-tollab, rédigé par leurs spiritualistes, il cite entre autres noms et surnoms du Christ rapportés dans les deux Testaments: Le Dieu béni pour toujours, Dieu des prophètes, Dieu très puissant, le Dieu juste, Dieu. Parmi ses titres, le livre cite également: L’intercesseur, l’ange de Dieu, l’envoyé, le bras de Dieu, le prophète.

Emmanuel: La contradiction n’est pas seulement de nos amis ou du livre que vous venez de désigner, mais elle est également dans les deux Testaments. Tenez, la Torah insiste sur l’unicité divine et sur l’interdiction de nommer du nom de Dieu un autre que Dieu. Nous lisons effectivement dans l’Exode (23/13): « Veillez particulièrement à ne jamais invoquer des dieux étrangers; qu’on ne vous entende même pas mentionner leurs noms. » Cette détermination dans le monothéisme se confirme au quatrième chapitre du livre Deutéronome, d’abord au n° 35: « Afin que vous sachiez que le Seigneur seul est Dieu, qu’il n’y a pas d’autres dieux que lui », ensuite au n° 39: « Le Seigneur seul est Dieu, aussi bien dans le ciel que sur la terre, et qu’il n’y a pas d’autres dieux que lui. »

Pourtant, à côté de ces enseignements sur l’unicité divine, la même Torah cite des paroles de Dieu qui, en s’adressant à Moïse au sujet d’Aaron, lui dit: « Tu seras comme le dieu qui l’inspire. » (Ex. 4/16). Ensuite, nous lisons au début du septième chapitre: « Je t’investis d’une autorité divine vis-à-vis du pharaon; et ton frère Aaron sera ton porte parole. » Par ailleurs, les paroles de Dieu sont rapportées dans le chapitre 44 du livre d’Esaïe, d’abord au n°6: « C’est moi qui suis au point de départ, mais aussi à l’arrivée. A part moi, pas de Dieu », et au n° 8: « A part moi, y a-t-il un autre Dieu? » Mais voilà encore que ce même livre se contredit (9/5): « Car un enfant nous est né, un fils nous est donné. Dieu l’a chargé d’exercer l’autorité. On lui donne ces titres: Conseiller merveilleux, Dieu fort, père pour toujours. »

Dans le Nouveau Testament, nous pouvons apprécier ces deux formes de discours, mais qui sont cette fois-ci plus franches et plus tranchées; tantôt le Nouveau Testament se place en défenseur du polythéisme, considérant le rang de divinité auquel est parfois élevé Jésus, tantôt, il décrit ce dernier comme un humain opprimé, souffrant, affamé, triste, pleurant, livré aux caprices du diable, reconnaissant que Dieu est bien son Dieu et que lui-même n’est qu’une créature et un serviteur de Dieu.

Le miracle coranique - Preuves et enseignements

Le cheikh: Dieu, puissant et grand, dit dans le verset 64 de la sourate Al-‘Imran (la famille d’Imran: « Dis: ô gens des Ecritures! Mettons nous d’accord sur une formule valable pour nous et pour vous, à savoir de n’adorer que Dieu seul. » C’est la formule du monothéisme, de l’unicité divine, celle que répètent constamment nos langues et les vôtres, nos livres et les vôtres. Cette formule a toujours constitué la base et le principe de tout enseignement religieux. Pourquoi faut-il que vous-vous en détourniez? Pourquoi vous acharnez-vous à détruire les fondements du monothéisme et à pervertir ses enseignements? Plutôt que cela, employons-nous plutôt à être les fidèles créatures de Dieu l’unique « de ne rien lui associer » comme le reconnaissent parfois vos livres courants, tels que la Torah, le livre attribué à Esaïe, les Evangiles et les lettres attribuées à Paul « et de ne pas nous prendre les uns les autres pour des maîtres en dehors de Dieu. » dont nous reconnaissons la divinité et la sainteté. Alors ne commettons pas le crime de falsifier les Evangiles en y introduisant des enseignements polythéistes par la divinisation de l’homme. Ceci n’est en réalité que de l’apostasie, une atteinte à l’honneur de la divinité et à la majesté de Dieu. « S’ils s’y refusent » s’ils tournent le dos au bon sens et au droit chemin, s’ils refusent le conseil et ne reconnaissent pas la preuve, si irréfutable soit-elle « Dis-leur: « soyez témoins que, en ce qui nous concerne, notre soumission à Dieu est totale et entière.» » Nous sommes sincères dans notre adoration pour Dieu l’Unique et nous crions haut et fort son unicité. Nous ne tromperons pas nos esprits et nous ne faiblirons pas dans notre conviction.

Dieu puissant et grand dit encore dans le verset 171 de la sourate an-Nissa’ (les Femmes): « O^ gens des Ecritures! Ne soyez pas excessifs dans votre religion » en élevant au rang de divinité des être humains, avec leurs faiblesses, leurs limites et leurs imperfections. Vous leur faites transgresser leurs limites raisonnables et connues, vers le domaine privilégié de Dieu et de sa sainteté. Comment avez-vous pu être trompés, sachant l’incommensurable différence qui sépare Dieu de ses créatures. C’est assurément faire preuve d’un grave culot devant celui dont vous reconnaissez pourtant si bien l’unicité et la sainteté. Remettez-vous en à votre conscience, soyez honnête, faites preuve de discernement et n’exagérez pas dans votre foi « Ne dites que la vérité sur Dieu » Ne le prenez pas pour un père et ne lui désignez pas de progéniture.

Comment Dieu peut-il procréer, et comment le Christ peut-il être un fils pour lui? Dieu est bien au dessus de tout cela. « Le Messie Jésus, fils de Marie, est seulement l’envoyé de Dieu. » Jésus, faible et pauvre de par sa dimension humaine, ne se distingue de ses semblables que par son statut de Messager dont l’a honoré son Créateur. Et si vous avez entendu parler de ses miracles, il ne s’agit en vérité que de l’expression des bienfaits de Dieu sur sa personne, ainsi qu’en témoignent même vos Evangiles courants, qui montrent le Christ faisant état de la grâce et des faveurs de Dieu à son égard. Il faut dire qu’avant Jésus, Dieu couvrit de ses bienfaits également ses autres serviteurs les prophètes. Par ailleurs, si vous êtes impressionnés par la naissance de Jésus sans père biologique, et vous avez tout à fait raison de l’être, sachez quand même que la création d’Adam et d’Eve est encore plus impressionnante. Jésus n’est qu’une créature de Dieu, « sa parole déposée dans le sein de Marie, un Esprit émanant de lui! Croyez en Dieu et en ses prophètes, mais ne parlez pas de trinité! » Croyez en Dieu dans son unicité, ne cédez pas aux tromperies du Diable et aux dérives de l’idolâtrie. Fallait-il que vous prétendiez que Dieu possède trois hypostases: sur terre, le fils; un humain qui vit et qui meurt. Le second, le Saint Esprit qui descend sous la forme d’une colombe et se divise sur les disciples. Le troisième, le père dans le ciel.

Que signifient ces paroles? Qu’est-ce qui à bien pu vous pousser ainsi dans le pétrin de la contradiction? Tantôt vous prêchez l’unicité de Dieu, tantôt la Trinité. Comment le «Un» authentique peut-il être «trois» et comment les trois peuvent-ils être Un? Comment Etre nécessaire peut-il se multiplier ou s’incarner? Comment peut-il naître ou procréer « Cessez de dire cela dans votre intérêt! » Abandonnez donc les contradictions et la fiction et revenez à la religion juste, fondée sur la foi en Dieu, l’Unique et indivisible. « Dieu n’est qu’un! Il est trop glorieux pour avoir un fils! »

Qu’entendez-vous par fils de Dieu? Si vous l’entendez au sens de créature de Dieu, sachez que Dieu est le créateur de toute chose: « A lui appartient ce qu’il y a dans les cieux et sur la terre. » Mais peut-être que le sens voulu à cette filiation est la relation de foi qui liait Jésus à Dieu, et dans ce cas il n’y a nul intérêt à distinguer Jésus par cette filiation au point de la lui attribuer comme titre particulier. Est-il vraiment nécessaire de faire usage de cette expression qui n’est qu’une survivance de la souillure païenne et une contamination de l’idolâtrie? Quoi qu’il en soit, le noble Coran apporte à travers le verset 18 de la sourate al-Ma’ida (la Table) un démenti clair et sans ambiguïté à la fameuse appellation « enfant de Dieu»: « Les juifs et les chrétiens disent: ‘’Nous sommes les fils de Dieu et ses amis!’’ Demande-leur: « Pourquoi alors vous torture-t-il pour vos péchés? » » Si vraiment vos livres disent la vérité sur l’origine de cette appellation, expliquez-nous donc les raisons de cette torture terrestre dont les feux ne cessent de consumer les Israélites, ce peuple que votre Torah se plait à nommer « l’enfant aîné de Dieu, l’enfant de Dieu». Et vous, Chrétiens, pourquoi vous torture-t-il dans l’au-delà, ainsi que vous le reconnaissez et en demandez secours et refuge auprès de vos prêtres? Comment Dieu peut-il torturer son fils aimé?

Dieu, puissant et grand, dit dans le verset 172 de la sourate an-Nissa’ (les Femmes): « Le Christ ne dédaignera jamais d’être un serviteur de Dieu. » N’avez-vous pas appris par vos Evangiles que Jésus priait Dieu, jeûnait, s’appliquait dans son adoration, lui reconnaissait sa divinité, implorait son secours et se réfugiait vers lui à chacune de ses afflictions? Hélas, vous, de votre côté, semblez éprouver quelque répugnance à l’appeler «serviteur de Dieu». Serait-ce en raison de cet orgueil que vous avez écrit dans Lettre aux Philippiens (2/ 6, 7) les paroles que voici: « Il possédait depuis toujours la condition divine. Mais il n’a pas estimé qu’il devait chercher à se faire de force l’égal de Dieu. Au contraire, il a de lui-même renoncé à tout ce qu’il avait et il a pris la condition de serviteur. Il est devenu semblable aux hommes, il a paru dans une situation d’homme.»

C’est tout le contraire que défend le Coran, en déclarant au verset 73 de la sourate al-Ma’ida (la Table): « Sont impies ceux qui disent:’’Dieu est le troisième d’une trinité!’’, alors qu’il n’y a de divinité que Dieu l’Unique.» Renversant, n’est-ce pas? Ils passent de la reconnaissance de l’unicité divine qui, à l’origine, constituait le socle de leur religion, à la négation de l’authenticité du monothéisme. Quelle régression! Est-il concevable que Dieu se multiplie? Bien sûr que non, sinon il sortirait de sa nature de dieu. Le Coran ajoute au verset 75: « Le Messie, fils de Marie, n’est qu’un envoyé comme tant d’autres qui l’ont précédé. Sa mère était véridique et tous les deux prenaient de la nourriture. Regarde comme nous mettons en évidence nos signes pour les chrétiens, et regarde comme ils s’en écartent. » Cet homme né de Marie et qui a grandi comme tous ses semblables n’est qu’un prophète, à l’image de ceux qui l’ont précédé, tels Noé, Abraham ou Moïse. Ils étaient porteurs de miracles non moins importants que ceux que Dieu réalisait à travers Jésus. Ils ont conseillé leurs nations et enduré les pires difficultés dans le but unique de guider leurs peuples sur la bonne voie. La mère de Jésus était une femme droite et n’était ni plus ni moins humaine que son fils. Tous deux étaient pauvres, de cette pauvreté humaine qui est la notre, et qui prend toute sa dimension dans les besoins du monde d’ici-bas, les tourments du chagrin, les larmes, la douleur, la soif, les imperfections et les faiblesses qui tapissent notre quotidien et celui du Christ. Mais vos passions vous trompent et vous empêchent d’apprécier les arguments que crie votre conscience.

Dieu ajoute au verset 77: « O^ gens des Ecritures! Ne soyez pas excessifs dans votre religion au point de vous éloigner de la vérité. Ne suivez pas dans leurs passions les gens qui se sont égarés antérieurement, qui ont égaré un grand nombre d’hommes et qui se sont encore égarés, loin du droit chemin », allusion à ceux qui divinisent le pauvre humain et renient le monothéisme, ceux dont les penchants païens leur commandent d’adorer la Trinité, d’où les imaginaires hypostases, l’incarnation divine, la divinisation des humains, ainsi que d’autres légendes sur la filiation divine, qui reviennent dans les délires des Brahmanes, des Bouddhistes, des Romains, des anciens Grecs et de toutes les autres nations païennes. Mais à propos, Emmanuel, Vous disiez que vos amis prétendent que le sujet de la Trinité et des hypostases est abordé dans les Livres sacrés et qu’à ce titre, il faut l’accepter et s’y conformer. Où sont donc ces livres sacrés et leurs déclarations sur la Trinité et les hypostases? Est-ce que ces livres accompagnent leurs allégations d’une argumentation raisonnable? Je croyais pourtant que vous aviez étudié les deux Testaments et tiré les conclusions sur leur impossible crédibilité.

Le Docteur: C’est vrai, on est inévitablement interpellé par ce tapage suscité par la bévue de théologiens qui se sont avérés polythéistes, divinisant l’inanimé, l’humain ou l’animal. Et l’on est davantage surpris et déçus lorsqu’on sait que de tels comportements polythéistes proviennent de ceux qui saisissent bien le sens du terme «Dieu» et le reconnaissent. Comment cela a-t-il pu se produire?

Le cheikh: Voyez-vous, docteur, quand on se perd dans les ténèbres de l’ignorance complexe, que l’on cède aux caprices de nos penchants, à l’imitation aveugle et à la calamité de l’orgueil et de l’arrogance, il ne faut pas s’étonner de voir ces fléaux nous plonger dans le péril de l’excès. Dès lors, les yeux s’aveuglent devant l’évidence et les limites du raisonnable volent en éclats pour laisser le champ libre au rêve et à l’imagination.

Prenez l’exemple de ceux dont les idées sont suspendues aux principes matérialistes, au point d’affirmer l’impossibilité de l’existence à partir du néant. Ils se sont obstinés dans cette négation en dépit de leurs consciences qui leur criaient le contraire et de leurs observations innombrables dans ce sens. Leur aveuglement les poussa même jusqu’à émettre l’hypothèse d’une matière éternelle, sans toutefois la qualifier d’être nécessaire, de peur d’avoir à en démontrer les attributs, et cela eut pour conséquence de les plonger dans le bourbier inextricable de la théorie de l’évolution. Ils furent amenés à supposer un enchaînement à l’infini et à imaginer un éternel dont il est impossible de concevoir l’éternité, ni de l’admettre en tant que point de départ ou cause originelle de l’existence.

Les voilà donc prisonniers de la théorie de l’atomisme, des tourbillons de l’éther ou de sa condensation, et leur embarras d’avoir à assumer les retombées scientifiques d’une théorie indéfendable n’a d’égal que leur acharnement insensé à vouloir considérer l’univers comme formé d’atomes associés en combinaisons fortuites et purement mécaniques.

Hélas, cette calamité qu’est la déviation du droit chemin n’a pas épargné certains religieux qui, au lieu de rester sur la voie du véritable savoir qui leur montre leurs limites et leur incapacité à parcourir l’immensité du savoir scientifique, préfèrent s’exposer aux périls de l’ignorance complexe et à l’illusion, convaincus d’avoir percé les mystères de la connaissance.

Le docteur: Il est essentiel pour les théologiens de garder présente à l’esprit la simplicité absolue de Etre nécessaire dans sa sainte essence, qu’il n’est ni composé ni divisible et qu’il est Un et non multiple.

Le cheikh: Absolument, c’est un fait indéniable qu’on ne peut ignorer, que ce soit d’un point de vue scientifique ou de celui du bon sens.

Le docteur: Il n’échappe à personne que dans l’explication par la cause naturelle, il doit nécessairement y avoir entre la cause et son effet spécifique un rapport et un lien naturels.

Le cheikh: C’est évident. Les effets ne peuvent être multiples quand les causes d’origine naturelle ne le sont pas. A ce titre, le simple et unique à tous points de vue ne peut être une cause naturelle que pour son semblable, simple et unique également à tous points de vue.

Le docteur: N’est-il pas vrai que dans l’explication matérielle, il est nécessaire que la cause de l’existant soit une réalité ancrée dans l’existence et qu’il ne suffit pas qu’elle soit une considération abstraite, sur laquelle l’esprit humain se représente une existence somme toute irréelle?

Le cheikh: C’est également vrai.

Le docteur: Donc, cheikh, cette création multiforme que constitue le nombre incalculable de créatures existantes, toute différentes les une des autres, comment peut-on honnêtement l’expliquer par une seule cause, à savoir Etre nécessaire, lequel du fait de sa qualité, doit obligatoirement être d’une simplicité et d’une unicité absolues? Auquel cas, n’est-on pas en droit de s’attendre à ce que chaque créature de ce monde ait une part existentielle de Etre nécessaire, et que cette partie convienne exclusivement à telle créature, sans les autres, si bien que dès lors, nous ne pouvons plus parler de simplicité, d’unicité et encore moins d’Etre nécessaire.

L’être nécessaire, créateur par son pouvoir et son vouloir

Le cheikh: L’être nécessaire dont la simplicité, la pureté et l’unicité sont telles qu’elles échappent entièrement à l’imagination, étant la cause de l’existence par sa volonté, ce qui nous situe évidement loin de la vision matérielle de la causalité; Diriez-vous que sa créature doit nécessairement être comme lui: unique et simple?

Le docteur: Je ne dirai pas cela. Il peut au contraire créer des êtres aussi variés que composés.

Le cheikh: Voilà donc qui devrait répondre à votre question. C’est bien Etre nécessaire qui fait exister les êtres, par la création, la volonté et le pouvoir, sans qu’aucun facteur n’interfère entre lui et ses créatures. Il donne existence aux choses par son vouloir même. Son savoir et son vouloir sont cause de l’apparition et de l’existence des choses, sans que rien ne soit antérieurement.

Gloire à Dieu, il est bien au-dessus de ce qu’ils décrivent. Que la paix soit sur les prophètes et louange à Dieu, le Seigneur des mondes.