AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)
 
Autres preuves du noble Coran

Le cheikh: Dieu, puissant et grand, dit au troisième verset de la sourate al-Jathiya (l’Agenouillée): « En vérité, il y a dans les cieux et la terre des signes pour ceux qui ont la foi » Il s’agit de ceux dont la foi ne se laisse tromper ni par l’intolérance et l’esprit de parti, ni par l’imitation aveugle; c’est une foi qui ne permet pas l’asservissement des consciences aux passions et à la hantise du doute, car ils sont guidés par la lumière de cette foi dans le cœur de la connaissance et de la sagesse.

Le Coran ajoute au quatrième verset: « votre propre création et la multiplicité des espèces animales constituent aussi des signes pour ceux qui croient avec certitude ». Ces paroles attirent l’attention des gens sur leur propre création, sa perfection qui est l’expression d’une infinie sagesse, sa raison d’être et les buts qui lui sont fixés. Le Coran rappelle que l’homme n’est pas la seule créature de Dieu et que d’autres peuplent la terre, chacune sur le chemin de sa destinée, et que toutes sont l’expression de l’infinie puissance et de la grandeur de leur créateur. C’est ce que les croyants, devant l’évidence de la preuve, reconnaissent avec certitude et humilité.

Au sixième verset de la sourate Younes (Jonas), nous lisons: « Certes, dans l’alternance de la nuit et du jour, dans tout ce que Dieu a créé dans les cieux et sur la terre, il y a aussi des signes pour ceux qui le craignent pieusement. » Le verset précise bien: « ceux qui le craignent pieusement » et en exclue ceux au cœur rigide et aveugle, les errants dans l’ignorance complexe, les esclaves de leurs propres penchants, les entêtés, les déviants du droit chemin, les âmes avides et corrompues.

Nous n’avons pas besoin de dire que les cieux sont faits de sphères célestes parfaitement arrondies et disposées en ordre, qu’elles sont d’une finesse et d’une clarté admirable et qu’elles sont d’une transparence qui ne cache rien au regard. Nous n’avons pas besoin non plus de demander une preuve selon laquelle il n’y a pas de sphères célestes ni de cieux disposés en couches, qu’il n’y a que des ensembles de planètes tournant chacune autour de son orbite. Et ne croyez surtout pas que nous comptons sur l’ancienne astronomie et sa conception du cosmos; le noble Coran ne s’appuie sur rien de tel.

Quelle que soit la vérité, contemplons plutôt ces étonnants astres qui peuplent le ciel, certains fixes et d’autres suivant une trajectoire autour d’une orbite dans un ordre constant. Discutons alors sur la base de données de l’astronomie moderne et observons le mouvement de la planète Terre qui se déplace sur une orbite elliptique autour du soleil. Elle met un an, soit trois cent soixante cinq jours pour effectuer un tour complet autour du soleil et tourne autour de son axe de rotation en un jour. Outre ces deux mouvements principaux, il existe d’autres composantes du mouvement de la Terre: la précession des équinoxes et la nutation (modification périodique de l’inclinaison de l’axe de la Terre due aux attractions gravitationnelles du soleil et de la lune). Croyez-vous que ces mouvements soient le fruit d’un pur hasard? Imaginez leur impact sur la vie sur terre et sur la distribution des conditions de subsistance comme la lumière, la température, les végétaux, les vents, le temps, etc.

La Terre possède un satellite naturel qui l’accompagne dans son voyage annuel autour du soleil, tout en tournant autour d’elle d’un tour par jour. Considérez ce que cela peut bien comporter comme buts et comme utilité, puisque le mouvement de la lune inspire un calendrier appelé lunaire, un emploi du temps pour les gens et un repère pour les voyageurs, marins ou terrestres. Grâce au plan incliné de la lune, celle-ci atténue la fréquence des éclipses, car si ce n’était cette inclinaison, elles auraient lieu chaque mois.

Les astronomes et autres explorateurs devraient également orienter leur attention en direction des satellites des autres planètes et qu’ils prennent acte de l’immense sagesse qui régit la distance séparant ces planètes du soleil, cette même sagesse qui les a dotées de satellites qui leurs renvoient la lumière du soleil et éclairent leurs nuits célestes. Plus extraordinaire encore est l’augmentation des satellites en orbite autour de ces planètes, au fur et à mesure de l’éloignement de ces dernières du soleil. C’est un don à la mesure du besoin, qui ne peut émaner que d’une sagesse, et quelle sagesse! Mais que savons-nous réellement de la profondeur de la sagesse suprême et de ses actions dans le monde céleste, si vaste et si impressionnant?

La Terre et ses merveilles

Que dire de notre planète, sinon qu’elle est infiniment riche et débordante de merveilles, mais surtout qu’elle est organisée selon un système aussi complexe que précis, offrant un cadre de vie qui tient compte des besoins de chacune de ses créatures, dont les nobles destinations montrent bien qu’elles ne sont que les produits de la Réalité suprême, cet agent métaphysique qui donne leur existence aux choses par son vouloir même, sans que rien ne soit antérieurement.

1- Les mers et les océans

En contemplant ces immensités d’eau salée qui recouvrent la majorité de la surface de la terre, et en pensant à leur créateur ainsi qu’à sa façon d’en disposer, nous ne pouvons que rester admiratifs et stupéfaits. Ni le pourrissement ni le changement ne peuvent les affecter, sous l’effet de quelque facteur que ce soit. Ils représentent une formidable réserve, garante de la vie humaine, animale et végétale, puisque par la sagesse et la bonté de son créateur, cette eau arrose la planète avec la pluie et les neiges; elle alimente les nappes dont les sources jaillissent jusque sur les sommets des montagnes où prennent naissance les rivières qui nourrissent la terre et ses habitants. En outre, tout en jouant un rôle indispensable dans le commerce et le transport, ils constituent une réserve tout aussi indispensable en poisson et en minerais. Enfin, n’oublions surtout pas leur qualité de régulateurs thermiques et climatiques, notamment grâce aux courants.

Pensons aux mystères des flux et reflux marins, même s’il ne nous apparaît de leurs avantages que la préservation des ports des déchets qui s’y accumulent sous l’action des vagues. Le plus mystérieux est que cette activité dont les effets se font sentir sur les côtes du monde entier n’a aucune prise sur celles de la méditerranée qui s’étend entre le détroit de Gibraltar et celui du Bosphore, ni sur celles de la mer noire qui s’étend au-delà du Bosphore, ni sur la Baltique, située entre les pays de l’Europe du Nord.

L’exemple de la Méditerranée est certainement l’un des plus étonnants. Elle offre un lieu de convergence pour deux courants: l’un très puissant, provenant de l’Atlantique à travers le détroit de Gibraltar, et l’autre provenant de la mer noire par le détroit du Bosphore, sans que cela n’ait une quelconque influence sur le niveau de la mer. Vous n’allez tout de même pas me dire comme certains, que ce phénomène trouve son explication dans l’action de l’évaporation, car dans ce cas je vous répondrai que sa voisine la mer noire, subit le même effet d’évaporation, bénéficie de la même pluviométrie et, par-dessus tout, elle se déverse en permanence dans la Méditerranée, sans que son niveau ne baisse jamais ne serait-ce que d’un pouce. Rendez-vous donc à l’évidence; plus haut que votre imagination se trouve une puissance et derrière la nature muette se trouve une sagesse.

Regardez vers l’océan Atlantique qui s’étend des côtes ouest européennes et africaines aux côtes est des deux Amériques. Du Nord au Sud, il s’étend de l’Arctique à l’Antarctique.

Les eaux de surface de l’Atlantique se déplacent selon deux systèmes de courants circulaires principalement dûs aux vents, mais aussi à la rotation de la terre. Les courants de l’Atlantique nord circulent dans le sens des aiguilles d’une montre, pendant que ceux de l’Atlantique sud circulent dans le sens inverse, chaque système partant de l’Equateur à une latitude d’environ 45°. Simultanément, il existe près des pôles des systèmes de courants circulaires contrarotatifs; l’un tourne dans le sens inverse des aiguilles d’une montre dans les régions arctiques, pendant que l’autre tourne dans le sens des aiguilles d’une montre près de l’Antarctique.

Que dire du Pacifique, le plus grand et le plus profond des océans de la planète, couvrant plus d’un tiers de la surface de la terre et englobant plus de la moitié des eaux libres du globe. Il est connu pour son calme qui contraste avec son immensité, et pour la régularité de ses vents. On disait même que durant la traversée du Pacifique, les navires n’avaient pas besoin d’apporter de changements aux positions des voiles. C’est un océan où les navires ne se perdent pas et ne s’endommagent pas, comme si les routes de navigation entre ses deux rives jouissaient d’une protection divine, même si les contes et les légendes ne décrivent que dangers et périls sur cette surface où les tempêtes sont pourtant si rares.

Que dire des courants océaniques organisés en courants horizontaux et verticaux, et dont la science n’a pas encore entièrement inventorié le nombre, les ramifications, les itinéraires, les croisements et les retours. Ce sont ces courants qui agissent comme des régulateurs de climat pour certaines régions de la terre, et nous n’en connaissons que ce que nous ont transmis les découvertes qui demeurent à ce jour fragmentaires.

Croyez-vous que ces courants n’ont aucune raison d’être? Avez-vous seulement une idée de leur importance dans la préservation de l’équilibre naturel, tant par la régulation des températures, que par la pluviométrie ou par la répartition des richesses halieutiques à l’échelle du globe? Pensez donc à l’intérêt attaché à la finalité de ces courants à travers le choix de leurs lieux de naissance, leurs itinéraires, leurs points de division et les directions prises par leurs différentes branches. C’est ce même intérêt qui semble s’adresser aux navigateurs pour leur recommander de suivre les routes tracées par les courants qui, en plus d’être des guides vers le bon port, sont également des routes calmes et sûres. Il semble s’adresser aussi aux habitants des pays froids en leur annonçant la bonne nouvelle de l’adoucissement de leur température par la chaleur des courants équatoriaux passant près de leurs côtes. Grâce à la permanence de ce phénomène, les habitants de ces contrées peuvent même s’adonner à la culture de certaines plantes qui ne pousseront jamais dans des pays de même latitude, mais qui ne bénéficient pas de la proximité d’un courant similaire.

Voilà qui devrait pouvoir démentir vos amis et modérer leur précipitation à se lancer dans l’erreur aveugle d’attribuer l’origine des courants marins et océaniques à des causes naturelles. Le hasard peut-il être créateur d’une telle complexité et la gérer avec cette précision? Cet ordre des choses existe-t-il en vain, en pure perte? Ou bien, pour le plus grand bien de l’être vivant? Je m’étonne de ceux qui refusent l’étude et la recherche sur la raison d’être de l’existant, s’abstiennent de l’appréhender dans son utilité pour l’existence, et préfèrent se replier dans l’illusion et se perdre dans des absurdités telles que l’explication par le hasard.

2- La terre ferme

Contemplez maintenant la terre, lieu de peuplement et d’encrage de la société humaine. Alors qu’une partie de cette terre convient à l’agriculture, le reste présente des avantages variés et non moins importants, qui concourent tous pour l’intérêt de l’équilibre naturel et pour la prospérité de ses habitants, humains et animaux. Méditez l’exemple des sources dont le jaillissement sur les hauteurs permet une irrigation large en aval. Pensez donc aux effets de l’écoulement des eaux de pluie, de la fonte des neiges et de l’action des rivières sur l’environnement. Les quantités de sédiments charriés dans leurs cours vers les pleines et les vallées, des siècles et des millénaires durant, ont des retombées très bénéfiques pour l’agriculture et l’équilibre écologique.

Voici les paroles du quarante huitième verset de la sourate adh-Dhariyat (les Ouragans): « Et la terre que nous avons déployée comme un tapis! Et de quelle façon habile nous l’avons déployée! » Et aussi celles du trente deuxième verset de la sourate an-Nazilat (les Arracheurs): « Et y a solidement implanté les montagnes. »

Le maintien des montagnes dans leurs positions et le déploiement des pleines sont en effet le résultat d’un immense pouvoir, d’une profonde sagesse et d’un grand soin à la finalité des choses chez un créateur dont l’action parfaite ne néglige pas les détails du relief dont l’existence tend en réalité à la réalisation de buts prédéterminés. Quant aux laves volcaniques qui façonnent périodiquement la surface de la terre, elles participent dans le même élan à d’autres fins, telles que la réduction de la pression ascendante sur la croûte terrestre, synonyme de réduction des risques de tremblements ravageurs, l’éruption de geysers et leurs eaux chaudes aux nombreuses vertus, la régulation de la température des eaux marines, l’extraction de métaux dont l’utilité n’est plus à démontrer, etc. Ne me dites surtout pas que ceci est encore organisé par le hasard!

Quoi qu’il en soit, ce sont des vérités que le Coran ne manque pas de montrer, notamment à travers le quinzième verset de la noble sourate an-Nahl (les Abeilles): « Il a implanté des montagnes dans la terre pour l’empêcher de vaciller sous vos pieds. » Remarquons que le même message se reproduit dans le trente et unième verset de la sourate al-Anbiya’ (les Prophètes) et le dixième verset de la sourate Louqman. Vous pensez bien que sans ces montagnes implantées, la terre ne serait qu’une surface aride, au sol tourmenté et instable. Enfin, pensez aux fruits qui poussent sur une même terre, arrosés d’une même eau et exposés aux mêmes influences climatiques, et pourtant différents dans leurs formes, leurs couleurs et leurs saveurs.

Les arguments du Coran

Sur tout cela, le noble Coran argument à travers deux admirable versets, en l’occurrence le troisième et le quatrième de la sourate ar-Ra?d (le Tonnerre): « C’est lui qui a étendu la terre, y a implanté des montagnes, y a placé des rivières; c’est lui qui a établi deux éléments de couple dans chaque espèce de fruit, et qui fait que la nuit couvre le jour. Il y a là des signes pour les gens qui réfléchissent. » Entendre par là ceux qui réfléchissent sur les secrets et les spécificités de cet univers et y voient les preuves du pouvoir illimité et les témoignages de l’immense sagesse de son créateur: « Et la terre comporte des terrains qui se touchent et qui sont implantés de vignes, de céréales et de palmiers-dattiers, en touffes ou solitaires. Et bien qu’une même eau les arrose, nous leurs faisons produire des fruits plus savoureux les uns que les autres. Il y a là des signes pour ceux qui raisonnent. » Le Coran démontra ainsi ce que la science ne confirma que longtemps plus tard, à savoir que Dieu a fait mâle et femelle tous les fruits de la reproduction, garantissant de la sorte et par le moyen de la pollinisation, la pérennité de l’espèce végétale.

Admirez l’extraordinaire diversité des êtres vivants et pensez à toutes ces merveilles de la création, à travers lesquelles se manifeste véritablement la sagesse de leur créateur. L’exemple du chameau est à ce titre l’un des plus édifiants. Cet animal est exploité par l’homme dans les régions les plus arides de la planète. Employé dans le transport de lourdes charges à travers le désert sur de longues distances, le chameau a la particularité de résister à la soif et de se contenter de peu pour sa subsistance. Lorsque son créateur l’a façonné, il a tenu compte du poids de la charge qu’il sera appelé à supporter bien souvent, pour ne pas dire tout au long de sa vie. En effet, son dos long serait trop faible sous les grandes charges et leur balancement, et ne résisterait pas à l’augmentation du poids au moment où l’animal se lève ou s’accroupit, si ce n’était cette fameuse bosse qui a pour fonction d’orienter toujours le poids sur la partie du corps la plus apte à le recevoir pendant le balancement provoqué par le mouvement. Par ailleurs, le chameau se caractérise par un poitrail proéminent sur lequel il peut s’appuyer pour se lever. Il facilite considérablement le mouvement de ses pattes antérieures pendant cette pénible action, et protège sa cage thoracique de l’écrasement que peut causer la lourde charge qu’il porte alors qu’il est encore à terre. En outre, la sagesse du Créateur n’a pas négligé la longueur du cou du chameau, en le dotant d’une forme qui en réduit le poids et permet à l’animal une marche aisée. Enfin, comment ne pas être interpellé par la particularité de ses sabots, larges et souples, idéalement adaptés à la hauteur de l’animal, à sa grande taille et aux charges pesantes qui font son quotidien?

Le noble Coran ne manque pas de son côté d’inviter à la réflexion au sujet des mystères renfermés par cet animal domestiqué par l’homme et qui n’est que l’une des innombrables expressions de la grandeur divine, de même qu’il pousse à la méditation, à la clairvoyance et à l’humilité devant la sagesse et le savoir exprimés à travers cette créature. Il dit au dix-septième verset de la sourate al-Ghachiya (l’Epreuve universelle): « N’ont-ils pas remarqué comment les camélidés ont été créés.» pour que les merveilles de cette créature leur fassent entendre raison. Il poursuit au dix-huitième verset: « Comment le ciel a été élevé. » quel que soit le sens et l’appellation qu’on veut bien donner au ciel. Le Coran ajoute au dix-neuvième verset: « Comment les montagnes ont été dressées. », puis au vingtième: « Et comment la terre à été nivelée? » Ne sommes-nous pas en droit, que dis-je, dans l’obligation de se demander s’il y a une raison à l’existence de tout ceci et dans quel but? Est-ce réfléchit ou simplement le fait du hasard?

Avez-vous déjà vu de près un kangourou? Un animal surprenant, n’est-ce pas? Mais nous sommes encore plus impressionnés en prenant conscience du savoir déployé dans sa création. Le Créateur, dans sa sagesse et sa bonté, a tenu compte de l’extrême fragilité de ses nouveaux nés et l’a muni d’une poche ventrale, espèce de prolongement de l’utérus de la mère et une protection idéale pour le petit qui y trouve également le lait maternel à portée de sa bouche.

Je voudrais maintenant attirer l’attention sur quelque chose qui laisse perplexe plus d’un: Nous savons que dans la circulation sanguine le sang purifié est acheminé par les artères vers les différentes parties de l’organisme, d’où il revient chargé de gaz carbonique pour être acheminé par les veines vers les poumons, en vue de sa purification. Après quoi, il revient vers le cœur qui le pompe de nouveau vers les organes et ainsi de suite. Figurez-vous que dans le fœtus, jusqu’à la naissance du bébé, la circulation sanguine s’effectue selon un tout autre principe: Les veines acheminent à partir du placenta vers le bébé, à travers le cordon ombilical un sang purifié. Ensuite, le sang chargé de déchets revient au placenta par les artères. Telle est la circulation sanguine chez le bébé tant qu’il se trouve dans le ventre de sa mère. Mais dès la naissance, elle reprend le circuit cité précédemment. N’est-ce pas impressionnant? Une telle merveille ajoutée aux miracles insoupçonnés de la création peuvent-ils naître d’une bévue de la nature muette et du hasard aveugle? Si vous entrez dans une caverne, dont vous trouvez l’intérieur quelque peu aménagé et les parois recouvertes d’écritures et de dessins, votre conscience n’admettrait pas que cela puisse être l’œuvre de la nature. Cette même conscience vous dirait que ni la nature, ni son hasard ne peuvent faire preuve d’autant de finesse, de régularité et de précision, que c’est un travail qui requiert savoir et intelligence, que celui qui a aménagé un tel endroit doit connaître les règles de la géométrie, de l’écriture ainsi que les techniques de la peinture, et qu’il a forcément une perception développée.

Pouvez-vous me dire, mes amis, ce que représente une si minuscule et insignifiante grotte devant les miracles et les merveilles de l’univers, son homogénéité, sa formidable organisation, sa beauté, la perfection de sa création et surtout l’inimaginable sagesse et l’infini savoir qui se lisent dans les raisons, les causes et les buts de l’existence? Tous ces systèmes universels et individuels sont construits selon un agencement ordonné et un ordre agencé, merveille devant laquelle l’intelligence humaine se voit renvoyée à sa juste dimension: petite et incapable d’en percer le secret.

Pourtant, auriez-vous le culot et l’indécence de céder tout cela à une pauvre nature dépourvue de conscience? Mais qu’est-ce que la nature? Est-ce l’individu, l’espèce, ou le genre? A-t-elle une existence qui n’est pas celle des autres créatures de ce monde, ou peut-être, n’est-ce qu’une abstraction et un produit de l’imagination? Décidemment, vous m’étonnerez toujours. Où sont donc passés cette objectivité et cet esprit critique qui vous permettaient de raisonner sur le cas des outils de silex? Mais, on est surpris de constater à quel point les esprits peuvent se fermer lorsque les sujets ne servent pas leurs penchants. Par quel mystérieux pouvoir sont donc aveuglées les consciences!? Qui aurait cru que la graine semée par Epicure aurait un effet aussi foudroyant sur les esprits?

En dépit de l’évidence, certains libidineux dépourvus de conscience et n’ayant pour bagage et argument que le sourire moqueur de la sempiternelle question: Où est ce créateur de l’univers, ce prétendu savant et sage; est-il en Asie? En Europe? Peut-être est-il en Afrique, ou même, pourquoi pas, en Amérique? Dans quel pays se cache-t-il? En tous cas, personne n’a pu le voir, le toucher, ou lui entendre le moindre son.

A ceux-là, je ne crois pas qu’il soit nécessaire de renvoyer la question: qu’est-ce que la nature? Où se trouve-t-elle? Inutile non plus de leur demander la démonstration de son existence effective et active à travers chaque être. Nous leur répondrons seulement: où avez-vous vu les atomes? Nous ne vous empêcherons pas de supposer leur existence, mais comment vous y prenez vous pour voir leur tournoiement? Dans quel sens et à quelle vitesse tournent-ils? Avez-vous vu ou touché l’éther? Evidemment, nous ne vous accablerons pas davantage en vous demandant de démontrer ce qui n’est en fin de compte que supposition. Seriez-vous seulement capables de le faire pour des choses qui sont des vérités plus qu’évidentes pour tout le monde? Je parle de la raison, ce pouvoir de perception dont l’homme est si fier. Je parle aussi de l’âme qui est la reine du corps, le pilier sur lequel reposent la vie et la conscience; pouvez-vous la toucher ou la voir? Parmi ces choses également, l’esprit de la vérité, la manifestation du bienfait, l’origine de l’abstraction du tempérament. Quelqu’un peut-il voir ou sentir l’être même de l’existence, son essence dont se parent toutes les créatures? Non, évidemment; nous ne pouvons percevoir que l’existant palpable, mais sûrement pas l’être de l’existence.

Vous tentez d’expliquer les actes volontaires par l’action de la vie, et la vie par l’âme; pourquoi ne pas prétendre simplement qu’ils sont tous le fait du hasard du corps? Vous dont la raison et le bon sens sont les inspirateurs de vos fameuses thèses; vous qui, au mépris de la morale régissant le monde scientifique, assumerez la responsabilité de ces explications devant l’humanité, que faites-vous de l’explication par l’Etre nécessaire, l’Omniscient, le Sage suprême? Qu’est-ce qui vous en détourne? Posez donc un regard un tant soit peu sincère sur un animal nouveau-né et vous y verrez de ces mystères qui vous laisseront bouche baie. Après avoir été dans le ventre de sa mère, ne connaissant que l’obscurité et un cordon ombilical qui subvient à ses besoins, ignorant tout de sa mère, de sa tendresse et surtout de la saveur de son lait; le voilà s’appliquant dès sa naissance, à se mettre sur ses pattes et à chercher frénétiquement la mamelle de sa mère pour y cueillir sa nourriture. A croire qu’il naît avec un précepteur chargé de lui enseigner ses premiers pas dans la vie, nouvelle et inconnue.

Ce comportement commun à tous les animaux nouveaux nés, peut-il être indépendant d’un omniscient agissant et organisateur qui dote ses créatures d’un instinct, leur inspire leur raison et leur apprend à subvenir à leur besoin? Pendant ce temps, toi, l’être humain, pourquoi t’éloignes-tu de la raison? Pourquoi ton esprit s’égare-t-il? Qu’est-ce qui a trompé ta conscience? Qui donc t’a fait exister? Qui t’a fait don de la beauté de la vie et de la faculté de perception, alors que tu étais encore à l’état de fœtus? Soumets à ta considération et à ta réflexion ce que tu sais de la complexité de ton corps et des propriétés de chacun de ses organes, et vois donc quel ordre extraordinaire et quel merveilleux agencement cela représente. Tu peux toujours bouder le bon sens et suivre le mirage des passions pour chercher une réponse dans l’hypothèse des atomes et de l’éther, il reste que l’origine des êtres ne peut être justifiée que par ce qui est un être nécessaire en soi, connaissant les destinations de ses créatures. Il faut savoir que nous ne pouvons qualifier d’Etre nécessaire ce que nous ne pouvons purifier de tout ce qui contredit et réfute cette qualité là. Or, nous l’avons vu, ce que vous tentiez vainement de présenter comme tel se distingue précisément par le changement de son essence, ce qui est évidement contradictoire avec la qualité d’Etre nécessaire.

Le docteur: Toutes ces questions que vous venez d’aborder vont et viennent souvent, pour ne pas dire sans cesse, dans mon esprit et plus particulièrement ce qui a trait à l’anatomie, qui représente l’un des domaines où s’expriment de façon admirable les miracles de la création, leurs rôles insoupçonnés et les preuves qu’il n’y a pas de créature sans finalité. Cela m’a permis surtout de découvrir que ce qui échappe à la science est encore plus surprenant et cache davantage de preuves. Je ne vous cache pas, cheikh, que tout ceci est angoissant pour moi, lorsque parfois le doute s’installe dans mon esprit et qu’il m’arrive bien de perdre espoir de trouver des réponses dans l’explication matérialiste. Je me surprends alors à chercher refuge dans une autre explication; celle d’un organisateur, un planificateur agissant sur sa propre volonté, maître de ses actes et de ses motivations, maître du pouvoir et de la miséricorde. Alors je m’étonne de ma réaction, cheikh, et de ma volte-face à l’encontre de mes idées les plus ancrées, déçu de céder si facilement à l’instinct et manquer à ce point de constance dans mes principes matérialistes.

Cependant, ne croyez pas qu’il soit plus facile d’adopter la thèse métaphysique, car des obstacles et non des moindres se posent devant la reconnaissance de la divinité:

Premièrement: Nous ne pouvons pas connaître la réalité de ce Créateur omniscient et Etre nécessaire et, comme vous devez bien vous en douter, il est difficile de reconnaître l’existence de ce dont on ne peut connaître la réalité.

Deuxièmement: Nous constatons que beaucoup de ceux qui empruntent cette voie prennent des directions différentes et finissent par s’égarer. Parmi eux, certains prêchent le polythéisme, d’autres disent que Dieu s’incarne dans un corps de chair et par conséquent subit les lois de la nature du fait de ses imperfections et de ses divers besoins qui sont ceux de la créature. D’autres prêchent encore autre chose et tout cela contredit le rang de divinité, de Réalité suprême et d’Etre nécessaire dans l’absolu, puisque celui dont l’essence change ne peut être considéré comme Etre nécessaire. En effet, laquelle de ses essences peut être qualifiée d’Etre nécessaire: est-ce l’ancienne essence qui a disparu, ou bien la nouvelle essence renaissante par l’incarnation? Difficile de lui reconnaître cette qualité d’Etre nécessaire, à moins que cette dernière ne soit pas liée au caractère existentiel de son essence, mais plutôt à une essence imaginaire, irréelle, abstraite et sans existence.

Troisièmement: Ceux qui nous invitent à reconnaître le principe de la divinité voudraient aussi que nous leur reconnaissions le pouvoir religieux, autrement dit, que nous nous soumettions à leur dictat. Or, nous voyons que beaucoup de ces dominations se situent loin de la vérité et sont exercées conformément à des enseignements corrompus, ce qui est bien entendu inacceptable. Si d’un côté, la science autant que la conscience forcent l’esprit à reconnaître l’existence de la divinité, d’un autre côté, ces obstacles l’en détournent et l’en éloignent … et n’allez surtout pas croire que je sois de ceux qu’effraie l’accomplissement de la loi divine, son enseignement spirituel et son rejet des vices et des imperfections qui menacent la plénitude de l’homme et le progrès de la société.

Le cheikh: Venant de vous et de vos semblables, ces paroles sont aussi surprenantes que bizarres. Sachez quand même que:

Primo: Puisque la science et la conscience vous imposent de reconnaître l’existence de Dieu, comment vous permettez-vous, au mépris du respect dû à cette science et à cette conscience, de nier son existence sous prétexte de ne pas connaître son Etre, chose qui n’est à imputer qu’à votre incapacité à la percevoir? Vous ignorez la réalité de l’âme animale; ceci vous donne-t-il le droit de prétendre que l’animal n’en possède pas une, ou bien que l’homme, en raison du caractère immatériel de sa raison, n’en possède pas une qui le distingue de l’animal? Il vous incombe, docteur, de suivre la science et la conscience dans leurs arguments et leurs preuves où qu’elles aillent, et de ne vous arrêter que là où elles s’arrêteront.

Secundo: La divergence des gens au sujet de la divinité est le fruit connu de l’ignorance complexe. Ceci étant, votre incapacité à comprendre une vérité ne doit en aucun cas servir de prétexte à la négation de celle-ci. Un homme de votre niveau, docteur, n’est pas sans savoir qu’il est tenu, lorsqu’il se penche sur une question, de le faire avec un œil sincère et impartial, et d’accepter le verdict de la preuve. Il doit se laisser guider hors de la confusion et s’en tenir aux conclusions où l’ont mené ses connaissances. Puisse Dieu vous inspirer perspicacité et discernement, et guider vos pas sur les sentiers de la vérité.

S’il vous apparaît à la faveur de vos recherches, que l’explication par la cause divine est la plus plausible, votre honneur d’homme de savoir vous permettrait-il de nier Dieu, uniquement par crainte de tomber sous la domination d’enseignements corrompus? Plutôt que cela, votre devoir serait alors d’œuvrer pour faire la part du vrai et du faux enseignement, dans le but évident d’adopter les enseignements qui inspirent les valeurs divines authentiques et rejeter les enseignements qui leur seront contraires, pour en instruire ensuite vos semblables. Comme vous l’avez constaté vous-même, les faux enseignements sont l’origine de tous les malheurs et condamnent à l’errance permanente dans les ténèbres de la confusion, alors que les véritables enseignements sont l’expression même de la miséricorde divine. Ils sont les garants de l’honneur et de la dignité de l’humanité. Ils sont le bouclier protecteur des hommes libres contre l’esclavage des passions, de la bassesse et de la vilénie. Voilà pourquoi je m’étonne de vous voir prendre partie malgré les preuves irréfutables, et vous agripper aux raisonnements chimériques.

Le docteur: Puisque tel est votre opinion sur ma façon de voir, il me semble opportun à ce stade de la discussion, que pour me convaincre, vous passiez à la démonstration par les enseignements divins; qui sait? Peut-être cela me permettrait-t-il de me remettre en cause et gagner en perspicacité!?

Le cheikh: En dépit de la diversité des penchants et de leurs effets bien souvent néfastes sur le terrain de la recherche et de la quête du savoir, la nature de l’homme n’a de cesse de vouloir comprendre l’origine de l’être et en déterminer les causes, même si certains aux esprits étroits se contentent de leurs intérêts liés à la vie présente et se limitent à des besoins éphémères. Pourtant, tous les esprits, par le regard qu’ils portent sur ce monde et sur le nombre incalculable de créatures qui y apparaissent chaque jour, ne peuvent éviter de se questionner, chacun à son niveau, sur la cause première de ces êtres et sur le principe de leur existence. C’est donc tout naturellement que le genre humain a depuis toujours travaillé à la découverte de la cause efficiente de l’existence des êtres et de la matière, voyant autant par le bon sens que par la démonstration la possibilité de l’existence de la matière après le néant et par la volonté d’une puissance agissante. A ce propos, la science explique pour tout esprit libre, que l’hypothèse de l’éternité de la matière n’est pas convaincante. Ceci dit, nous ne pouvons que reconnaître le caractère éternel de ce qu’il convient de qualifier de cause efficiente dans la création, pour ensuite tenter de la définir, même si à ce sujet les doctrines se sont diversifiées, souvent en fonction des possibilités offertes à la satisfaction des tendances et des passions, malheureusement bien loin de la quête de la vérité.

C’est ainsi qu’au fil des siècles prit place une catégorie de penseurs dont les esprits ont été détournés de la réflexion sur la cause efficiente dans la création de l’univers, car affectés par les évènements de leurs époques qui avaient fini par produire des changements dans les opinions et les comportements. Le sujet fut donc traité avec simplicité et la réflexion se trouva orientée vers l’hypothèse de la matière qu’ils qualifièrent d’éternelle, confiant ainsi toute la question de la cause efficiente au hasard du mouvement des atomes, ou aux tourbillons de l’éther, ou encore à la condensation de ce dernier et ce, dans la négligence totale de la cause de ces mouvements hypothétiques de la matière.

Je voudrais ajouter qu’en définitive le costume de l’éternité n’est ni tissé par nos points de vue, ni cousu par nos langues pour le faire porter à qui bon nous semble. Il se trouve seulement que l’éternité est une qualité authentique, avec ses exigences et ses attributs, de même qu’il existe des incompatibilités dont elle ne s’accommode guère. C’est par exemple le cas des atomes ou des tourbillons d’éther qui ne peuvent être éternels puisqu’ils ne sont pas des êtres nécessaires. Comment pourraient-ils l’être alors qu’ils sont d’une essence changeante? Comment l’éther ou les atomes peuvent-ils être des êtres nécessaires puisque étant quantitativement composés? Rappelons que toute matière divisible est composée, ayant à ce titre besoin de ses parties, ce qui implique nécessairement l’existence d’un faiseur pour créer et assembler ces parties. Inutile de nous attarder sur cette question qui a déjà, rappelons-le, fait l’objet de larges explications.

L’initiale et éternelle cause efficiente de l’existence

S’il existe un sujet que vous avez traité avec légèreté et négligence, c’est bien celui de la cause efficiente, et s’il vous arrive parfois d’être contraint de l’aborder, vous ne lui trouvez d’autre explication que celle non convaincante du hasard du mouvement, lequel se traduit par la succession des générations. Mais la question reste toujours entière: quelle est la cause efficiente de ce mouvement? Nous n’allons tout de même pas nous mentir en affirmant qu’il est éternel! Que peut-on bien lui trouver d’éternel: la génération qui disparaît, ou bien celle qui apparaît? Peut-être devrions-nous en suivre l’enchaînement jusqu’à l’infini, au mépris de l’évidence scientifique quant à la nullité de l’hypothèse?

Gloire et preuves du Coran

Allah, élevé soit-Il, rappelle sévèrement à l’ordre ceux qui occultent l’existence du créateur de l’univers, tout comme il ne manque pas de sermonner ceux qui feignent d’ignorer son pouvoir absolu. C’est ce que nous apprenons de la lecture des versets 35 et 36 de la sourate at-Tor (le mont Sinaï): « Auraient-ils été créés de rien ou sont-ce eux les créateurs? » « Ont-ils créé les cieux et la terre? ». En effet, osent-ils prétendre que rien n’a été la cause de leur existence après leur inexistence? Est-ce à dire qu’ils ont existé par leur propre volonté? Peut-être, iront-ils jusqu’à dire qu’ils ont créé les cieux et la terre? Avaient-ils créé ce vaste univers avant leur propre existence, alors qu’ils n’étaient encore que néant?

Cher ami, ni la science, ni la raison ne peuvent se résoudre en définitive qu’à une seule explication: celle qui fait remonter la cause première et efficiente de l’existence au faiseur initial et éternel, celui-là même que nous ne pouvons qualifier d’éternel que si nous lui reconnaissons la qualité d’Etre nécessaire qui, pour exister se suffit à soi-même et se passe de l’existant. En même temps, nous ne pouvons le qualifier d’Etre nécessaire tant que nous ne lui aurons pas reconnu les attributs que requiert une telle qualité et éloigné son Essence sacrée de tout caractère incompatible avec l’Etre nécessaire. Par ailleurs, le bon sens nous montre que cet Etre nécessaire, Créateur de l’univers se doit d’être Omniscient, qu’il a fait exister ses créatures pour des objectifs qu’il a lui-même prédéterminés.

L’omniscience de l’Etre Nécessaire

L’Etre Nécessaire ne doit être composé ni en substance, ni en quantité, car le composé a besoin de ses différentes parties, ainsi que d’un faiseur pour les composer et les accorder. Or, celui qui a un moindre besoin ne peut pas être un être nécessaire. Par conséquent, l’Etre nécessaire ne peut être matériel, la matière étant forcément composée quantitativement et ce, quelle que soit la simplicité supposée pour son essence ainsi que nous avons déjà eu l’occasion de le voir. Voilà donc qui est censé nous amener à orienter notre réflexion vers ce faiseur agissant et admettre qu’un Etre savant, puissant et sage, en rien semblable aux autres existants, leur a donné l’existence avec toute cette sagesse, cet ordre et cet agencement.

Le docteur: est-il raisonnable de concevoir un existant immatériel?

Le cheikh: L’existence de la matière et une explication saine de son origine nous conduiront nécessairement à reconnaître cet existant non matériel. Par ailleurs, les traces d’un existant, ainsi que ses actes concrets et étonnamment nombreux, qui sont les preuves irréfutables de sa présence ne nous permettent sans doute pas de le nier, même si nous nous trouvons dans l’incapacité d’imaginer son essence. Mais pourquoi ceci ne nous rappelle-t-il pas l’incapacité de nos esprits à saisir de nombreuses autres vérités? Mais est-ce une raison pour continuer à les occulter en nous emprisonons dans notre vanité et notre entêtement dans nos idées perverses?

Lorsque les gens reçurent la nouvelle de la découverte du télégraphe, leur première réaction fut celle de la dénégation, leurrés qu’ils étaient par la conception réduite qu’ils avaient des sciences physiques. Seulement, dés qu’ils furent témoins de son action, ils se mirent à la justifier par le champ électrique dont l’essence reste d’ailleurs inconnue. Lorsque fut inventé le télégraphe sans fil, ils ne lui opposèrent que scepticisme, sinon du déni et ce, malgré leur habitude pour le télégraphe traditionnel. A ce jour, l’essence des facteurs agissants sur ces actes reste inconnue. Nous voyons bien les effets de l’âme sur la vie et la conscience, mais il nous est impossible d’en définir l’essence. Qu’est-ce que l’essence du champ électrique? Qu’est-ce que l’essence de l’âme et de la conscience? Qu’est-ce que l’existence? Toutes ces choses tiennent de l’immatériel et pourtant vous en reconnaissez bien l’existence, du fait de l’observation de leurs actions. Dans ce cas, qu’est-ce qui vous empêche tant de reconnaître l’Etre nécessaire, en dépit de ce que vous observez quotidiennement de ses actions dans cet univers qui est nécessairement de son œuvre?

Vous qui brandissez l’hypothèse de l’éther que vous posez comme principe original des événements naturels, vous pouvez le qualifier de subtil et de simple autant qu’il vous plaira, mais pouvez-vous seulement nous dire quelle est son essence? Est-il matériel? Rappelez-vous, c’est bien vous qui affirmiez que la matière est le produit de ses tourbillons et de sa condensation. Rappelez-vous également que vous avez reconnu à bien des choses existantes la qualité d’immatérielles, et dont il n’apparaît au monde de la matière et du concret que les actes et leurs effets. On se demande alors quelle raison peut bien vous empêcher de reconnaître cette qualité à l’Etre nécessaire. Mais peut-être, préféreriez-vous que nous régressions dans la causalité à ce qui ne peut être un Etre nécessaire?

Le docteur: Nous serait-il enfin possible d’apprendre quelque chose sur cet Etre nécessaire, cheikh?

Le cheikh: Mais, certainement! Bien des choses doivent être éclaircies sur l’Etre nécessaire avant de le reconnaître. Comme démontré précédemment, l’Etre nécessaire n’est pas composé, que ce soit dans sa quantité ou dans son essence. Je vous prie de pardonner cette répétition, mais je ne pouvais faire autrement que d’insister sur une précision de cette importance, selon laquelle l’Etre nécessaire est dégagé de toute composition, de quelque nature qu’elle soit.

Le docteur: Je suis curieux de connaître les points de vue de monsieur le prêtre et d’Emmanuel sur la question.

Le prêtre: Quel point de vue pourrai-je opposer à la voie de la vérité, de la justice, de la certitude et de la preuve irréfutable?

Le docteur: Dans ce cas, permettez que je vous questionne sur la Trinité et les hypostases, principe défendu par vos amis les chrétiens, comme l’ont également défendu les brahmanes, les bouddhistes et beaucoup d’autres nations païennes. Est-ce que ces hypostases sont considérées comme les parties d’un même ensemble, ou bien s’agit-il seulement du dieu nécessaire, multiple dans son être, de telle sorte que les hypostases apparaissent comme les membres de la race de ce dieu nécessaire, comme le seraient les membres de l’humanité?

Le prêtre: Dis-lui ce que tu sais sur le sujet, Emmanuel.

Emmanuel: Nos amis disent: « la question de la Trinité et des hypostases dépasse nos esprits, sans toutefois être incompatible avec la raison. Et comme c’est ainsi que le dit le Livre sacré, nous ne pouvons que nous y soumettre. »

Le docteur: Que signifie l’expression «dépasse nos esprits»? Cela veut-il dire que l’esprit refuse cette conception et considère seulement que: soit Dieu est composé et par conséquent, il n’est ni Etre nécessaire, ni Dieu, ni éternel; soit il possède de la divinité une approche polythéiste, d’où cette même Trinité, ce qui est bien sûr non avenu? Dites-moi alors: comment acceptez-vous ces affirmations dans vos livres, que l’esprit trouve impossibles et inacceptables? J’aurais pourtant cru que l’esprit était la balance qui pesait les vérités et jugeait la probité du livre et de son message. J’ignorais que parmi les gens, il pouvait y en avoir qui croient à des paroles que même leurs propres esprits considèrent comme impossibles et mensongères.

Mais peut-être espèrent-ils se convaincre en se disant que la raison considère le principe des hypostases et de la Trinité comme concevable et tout à fait possible, et que la difficulté réside seulement dans sa démonstration. Puis, quand le livre prophétique est venu lever le voile sur cette vérité ignorée, il a été du devoir des gens de l’accepter. Dans ce cas, ceux qui s’emploient à défendre cette vision des choses sont tenus de:

Premièrement: préciser leur idée des hypostases et de la Trinité et démontrer la possibilité de leur allégation ainsi sa compatibilité avec la raison. Ensuite, dès qu’il sera question de citer le livre prophétique comme argument ou référence, il y aura lieu de:

Deuxièmement: Etablir dans son intégralité le soutien qui assure le lien entre ce livre et la prophétie; en d’autre termes, leur rattachement par la voie de la science et de la certitude, non par des affirmations fragiles et des conjectures froides. Ce livre doit être vide de ce qui serait contraire à la raison et que l’esprit jugerait comme mensonger. De plus, il ne doit contenir rien de ce qui contredirait les fondements de la religion ou les bases de cette prophétie-là. Il ne doit en aucun cas aller à l’encontre des principes dont il est lui-même porteur, ou être contraire à l’enseignement religieux; il se doit d’être le digne défenseur de l’honneur des livres célestes et prophétiques. Vos amis devront ensuite:

Troisièmement: Préciser et éclaircir les propos du dit livre sur les hypostases et la Trinité; j’entends un éclaircissement qui ait son utilité dans l’institution de l’enseignement et la diffusion de la religion. Dites-moi, Emmanuel: jugez-vous vos amis capables de satisfaire ces trois petits points?

Emmanuel: Je voudrais reporter la discussion sur ce sujet jusqu’à ce que nous soyons éclairés sur celui de l’unicité divine et sur cette histoire de multiplicité et d’incarnation. A partir de là se poseront d’elles mêmes les bases de la discussion que vous recherchez.