AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)
 
Le nécessaire, le possible et l’impossible

Le docteur: Je voudrais tout de même m’adresser à Ramzi et revenir sur ses critiques à mon égard, pour avoir été d’accord avec le cheikh sur les principes du possible, du nécessaire et de l’impossible. Enfin, vous ne voudriez quand même pas que je me mente et que je ferme les yeux sur l’évidence! Prenez l’exemple d’un enfant que vous tentez d’attirer en lui montrant un objet: Il le regardera d’abord attentivement en se demandant s’il est possible que cet objet reflète ce qu’il désire, pour essayer de le prendre. Il essayera aussi de comprendre si c’est nécessairement ce qu’il veut, et dans ce cas il le demandera. Mais s’il est impossible que cet objet soit ce qu’il désire, il s’en détournera. C’est sur la même logique qu’il raisonnera devant un objet susceptible de lui causer du mal, et ainsi va également la perception animale pour les sentiments de désir et de crainte.

Vous pouvez traiter cette terminologie de ce que vous voudrez; ce sont pourtant les mêmes notions de possibilité, de nécessité et d’impossibilité que vous avez employées dans votre exemple sur la laine. Déjà, Démocrite et ses adeptes avaient construit leurs théories sur la possibilité du vide, alors que Thomson et ceux qui l’ont suivi ont édifié les leurs au sujet de l’éther, sur l’impossibilité du vide. Dites-moi donc, Ramzi: Quel est votre problème avec les termes de nécessité, possibilité et impossibilité?

Ramzi: Vous parleriez autrement si vous aviez écouté les théologiens discuter de leur métaphysique. C’est si fatiguant et ennuyeux de les entendre répéter inlassablement: possible, nécessaire, impossible, possibilité générale, possibilité particulière, nécessité par essence, etc. N’auraient-ils donc que cela dans leur lexique?

Emmanuel: Pour chaque métier, pour chaque art, il existe une matière propre et des instruments propres. Lorsque nous abordons le sujet de tel ou tel métier, nous sommes forcément amenés à faire preuve de répétition en parlant des activités et des outils utilisés dans ce métier. Le menuisier, en abordant le sujet de sa menuiserie, prononcera sans doute plusieurs fois des mots tels que: bois, clou, petite scie, grande scie, grand perçoir, petit perçoir, râpe, rabot; et c’est ainsi. Mais vous ne l’entendrez certainement pas citer la viande, le charbon, le gasoil ou le bistouri. Tout comme le menuisier, le chimiste parlant de son domaine, ne peut éviter de citer des termes comme l’oxygène, l’hydrogène, l’azote, le chlore, le carbone, le sodium, le phosphore, etc. Alors, excusez-moi si je vous dis que le bédouin inculte et sauvage s’ennuie en écoutant le menuisier et le chimiste parler de leurs spécialités, et ne m’en voulez surtout pas si je vous dis que s’il arrivait au chimiste de tourner le dos à son art qui est l’expression de son talent et sa richesse à venir, pour les brader contre le divertissement, la danse, l’alcool et les amourettes, il ne ressentirait, à n’en pas douter, que douleur et amertume, en entendant les chimistes discuter de sujets propres à leur métier.

Dites-vous, Ramzi, que les théologiens ne s’intéressent pas aux spécificités des êtres; ils se contentent de les analyser tous ensemble du point de vue de la possibilité, de la nécessité et de l’impossibilité, pour connaître l’effet et sa cause éternelle, les particularités de la cause et enfin, le premier faiseur. Dans ce genre d’analyse, la possibilité, la nécessité et l’impossibilité sont de précieux outils. Ne soyez donc pas aussi irrité par leur usage, même s’il vous semble abusif. A propos, avez-vous lu le livre anouar al-houda? Il présente une intéressante analyse de ce sujet, aux pages: 5, 6, 30 et 31.

Ramzi: Non, je ne l’ai pas lu. Ceci dit, je ne manque pas du tout de lecture, car je lis beaucoup les quotidiens nationaux et aussi les romans.

Emmanuel: Décevant! Vous êtes un oriental qui a la prétention de porter haut la gloire de l’Orient, et vous ne prenez même pas la peine d’ouvrir le livre d’un savant oriental, qui de plus vous est offert gratuitement. Vous pourriez faire l’effort de le lire ne serait-ce que pour le critiquer et contester ses théories.

Le cheikh: Docteur, nous serait-il possible de revenir à notre discussion sur la matière et l’éther? Il est temps que nous passions à la démonstration de leur apparition et l’impossibilité de leur éternité, de sorte qu’il ne sera plus donné de spéculer sur ce sujet.

Un groupe de témoins: Nous vous demandons pardon, cheikh; permettez-nous de dire quelques mots qui nous brûlent autant la langue que le cœur. Nous sommes des gens musulmans, vivant au pays de l’Islam, et nous caressons l’espoir qu’un jour nos savants arriveront à défendre efficacement nos croyances et notre religion des prétentions qui n’ont pour but que de semer le doute dans les esprits des gens simples. Nous implorons Dieu de les appuyer d’un argument clair et convainquant, qui repoussera ceux qui s’acharnent contre l’Islam, en vue de modifier sa morale et ses lois, car chaque mois, l’Egypte et le Liban nous submergent de milliers de livres qui n’ont pour vocation que de tirer à boulets rouges sur notre religion et discréditer son message et son prophète. Pour cette sordide mission, à eux seuls suffisent les livres de Jam?iyet al-hidaya, édité sous le patronage des missionnaires américains, et le livre de Hachem al-Arabi. Inutile de citer les autres livres, ceux-là de moindre importance, tels que: housn-ul-i?jaz, abhath al-moujtahidin, rihlet al-Gharib Ibn al-?Adjib et d’autres encore. Et comme si cela n’était pas suffisant, les prédicateurs jésuites ne ménagent aucun effort pour ternir l’image de l’Islam; ils s’attaquent à nos croyances et nos convictions dans une liberté qui révolterait les plus indifférents. Evidement, ceci n’est pas pour empêcher la diffusion du livre de Chabli Chamil, cette publication qui excelle dans l’apologie du matérialisme et le discrédit des théologiens, sous les encouragements et les clins d’œil complices de certains modernistes, sans parler d’autres fléaux qui consument les valeurs de notre société comme le feu consume le charbon.

Les doutes et les soupçons engendrés par cette calamité ont failli faire sortir notre jeunesse de sa religion, et nos enfants sont devenus tel le sable coulant qui se révolte à chaque bourrasque. Que sommes-nous sensés faire pour repousser ces assauts contre l’Islam? Que pouvons-nous faire devant les idées malsaines inculquées à nos semblables, nous les simples gens, impuissants et démunis que nous sommes? Que pouvons-nous faire pour protéger nos enfants? Est-il acceptable que ce mal se propage jusque dans nos foyers, devant le regard impassible de nos savants? Mais peut être répondrez vous que vous n’êtes pas au courant? Nous sommes convaincus que parmi vous se trouvent des gens qui sont, avec l’aide de Dieu, capables de nous en protéger. Vous avez le savoir, les arguments et les preuves suffisantes pour dissiper les doutes, rassurer les esprits et fixer la conviction. Qu’est-ce qui vous en empêche alors que rien n’entrave votre liberté, à un moment où la prédication s’impose pour vous comme un devoir sacré? Jusque là, vos interventions et celles d’Emmanuel nous ont délivrés de bien des soucis et ont illuminé nos esprits sur nombre de vérités. Après cela, je doute qu’il vous soit permis de réserver le reste des informations au besoin exclusif de vos gesticulations intellectuelles, et en nous abandonnant dans la nuit des doutes et de la perplexité, laisser les efforts de notre Prophète et des Imams des musulmans partir comme paille au vent.

Le cheikh: Rassurez-vous mes frères, nous connaissons la situation que vit votre jeunesse. Nous n’avons relevé chez vos enfants aucune suspicion capable de les ébranler dans leur foi, si ce n’est une obstination injustifiée à vouloir s’identifier dans les nouvelles idées occidentales, sans affinité intellectuelle ou qualification scientifique, leur seul bagage étant la lecture de quelques journaux et magazines qui les prennent par leurs envies les plus primaires et leur suggèrent de nouvelles idées auxquelles ils croient naïvement, sans critique aucune. Les voilà maintenant devenus esclaves de fantasmes pour lesquels ils ne trouvent de justification que dans la référence au développement technologique de l’Occident et sa comparaison au déclin de l’Orient. Quoi qu’il en soit, ils appellent «courage moral» cette soumission aveugle aux passions, cette précipitation dans la concupiscence et cette indépendance de toute entrave. Cela dit, nous les accueillerons toujours à bras ouverts chaque fois qu’ils chercheront une explication scientifique à leurs tracas.

Concernant vos reproches sur notre supposé silence devant les malheurs de notre nation, je tiens à vous informer que de nombreux livres ont été écrits sur le sujet qui vous préoccupe. Je vous citerai l’exemple du livre idhhar al-haq, écrit par le cheikh Rahmatullah al-Hindi, ainsi que d’autres livres comme al-houda, at-tawhid wa-t-tathlith, nassa’ih al-houda, anwar al-houda. Alors, les avez-vous lus? En avez-vous seulement entendu parler? Pourtant ils ont tous été diffusés. Quelle place occupent-ils parmi les romans et autres livres étrangers dans vos bibliothèques personnelles? Pour votre information, il existe encore un autre livre, plus général mais plus accessible au grand public. Il reprend notamment des conversations scientifiques, aborde le thème des religions et les théories des matérialistes. Il rapporte également les enseignements du noble Coran, ses arguments, sa morale, la probité et la justice de ses lois, sa civilisation, sa réforme, son éloquence et son caractère inimitable, l’ensemble dans un style convivial et plaisant. Malheureusement, longtemps après sa rédaction, le livre est toujours à la recherche d’une âme charitable pour sa publication. Dans son engagement à porter secours à sa religion, l’auteur est même disposé à céder tout le bénéfice commercial de son livre à un éventuel éditeur. ‘a-da ad-din gharib (la religion est devenue étrangère) est le titre de cet ouvrage, puisse Dieu faciliter sa publication, en renforçant la détermination des savants et des quelques religieux que la foi a liés aux hommes de science; que Dieu les récompense pour leur dévouement et leurs sacrifices. Mais ceci ne nous met pas à l’abri de vos reproches. Puisse Dieu nous pardonner ainsi qu’à vous et nous guider tous vers ce qu’il aime et le satisfait.

Mes frères, en dépit de l’hésitation des musulmans à porter secours à leur religion, celle-ci ne cesse d’avancer et de progresser admirablement. N’y a-t-il pas là de quoi doubler de clairvoyance et gagner en discernement sur le prodige de l’Islam, sa grandeur et sa lumière?

Emmanuel: Je crois qu’il serait grand temps que vous repreniez votre discussion avec le docteur sur l’apparition de la matière. Je crois que nous en étions au constat selon lequel la science n’a pas démontré l’impossibilité de la survenance des atomes, de même d’ailleurs que pour l’éther.

Le cheikh: Dans leurs spéculations sur les différences de mouvements des atomes, les matérialistes ont été amenés à affirmer que, d’une part, les atomes ont un élément en commun, et d’autre part, ils se constituent d’éléments propres. Ceci annule de fait l’hypothèse de leur indivisibilité, car étant composés, ils ont forcément besoin d’une cause ou d’un faiseur qui serait à l’origine de cette composition.

Ceci étant, la discussion sur la causalité nous amène à nous pencher sur la nature de la cause, autrement dit: le faiseur. S’il est faiseur de par sa nature, c’est qu’il doit être composé aussi; une des parties de ce faiseur expliquera la partie commune à tous les atomes, c'est-à-dire leur substance, pendant que l’autre partie sera l’origine des caractéristiques qui les distinguent les uns des autres. Mais si le faiseur est faiseur par sa volonté, il devient la cause par excellence de l’apparition des êtres. Tout bien considéré, nous ne pouvons pas élever les atomes au rang de première cause.

Le docteur: Qu’est ce qui leur permet d’affirmer que les atomes se distinguent par des différences de mouvements et de trajectoires?

Le cheikh: Ce que nous retenons de Démocrite, c’est sa conception de l’univers comme la conséquence naturelle de l’incessant tournoiement des atomes dans l’espace. Selon lui, ceux-ci se déplacent au hasard dans le vide et se heurtent mutuellement puis se rassemblent, formant des figures qui se distinguent par leur taille, leur poids et leur rythme. Quant à Epicure, il conçoit l’univers comme infini, éternel et composé seulement de corps et d’espace. Parmi ces corps, il en est qui sont composés et d’autres sont des atomes ou éléments stables et insécables, constitutifs des corps composés. Il ajoute que le monde résulte des tourbillons, collisions et agrégations de ces atomes dont chacun ne possède que forme, taille et poids.

Nous déduisons des points de vue de Démocrite et d’Epicure, que les mouvements des atomes s’effectuent selon des attitudes différentes, car si leurs mouvements étaient orientés dans la même direction, sur la même distance et à la même vitesse, il n’y aurait jamais eu de collision. En fait, ces différences se justifient par une autre différence, celle des caractéristiques qui distinguent les atomes les uns des autres.

Une des théories du matérialisme dit: «Concernant les mouvements des atomes, ils sont déterminés par l’opposition des forces de répulsion et d’attraction, considérées comme deux natures chez les atomes.» Par conséquent, si certains atomes se caractérisent par la force d’attraction et d’autres par la force de répulsion, il nous faudra bien reconnaître que ces atomes se constituent d’une partie qui leur est substantiellement commune, en plus des autres parties qui les distinguent, conformément à leurs natures différentes. Mais si l’on suppose la présence des deux forces dans le même atome, cela reviendrait à admettre son caractère composé et donc, sa divisibilité en deux pôles, un pour la force d’attraction et l’autre pour la force de répulsion.

En somme, s’il était possible que ces atomes supposés indivisibles pouvaient exister d’eux-mêmes (ce qui est impossible comme l’a démontré la science), ils seraient quand même en considération des raisonnements précédents, composés dans leur substance et leur forme, et ayant besoin d’une cause pour les constituer, les orienter dans leurs mouvements et leur fixer leurs positions et trajectoires. Réfléchissons donc sur la nature de cette cause, loin des atomes, cela va de soit.

Pour ce qui est de l’éther, force est de constater qu’il se divise également en parties, chacune occupant une place différente de celles qu’occupent les autres. A partir de là, si cette caractéristique est de la nature de chaque partie, cela fait forcément de chacune de ces parties un corps composé en substance de quelque chose qui les associe toutes dans leur qualité d’éther, et de quelque chose d’autre qui, du fait de sa nature fixe à chaque partie sa position par rapport aux autres. En fin de compte, les différentes parties de l’éther étant fondamentalement composées, il existe forcément une cause derrière la constitution de leur essence, de même qu’étant composées dans la forme, il existe une cause pour les façonner ainsi.

On en déduit que si la spécificité de chaque partie de l’éther provient de l’action d’un faiseur, qui en outre n’est pas de la nature de ces fragments, nous ne pouvons que rattacher le principe de causalité à ce faiseur et axer la recherche exclusivement dans sa direction.

Voici la théorie d’un autre penseur du matérialisme, en l’occurrence Thomson: Les atomes sont des anneaux tourbillonnant dans l’éther ou la matière originelle. Ainsi, l’univers se constitue d’un liquide ininterrompu remplissant le vide et ces anneaux éparpillés tourbillonnent au sein de ce liquide dont ils font partie.

Nous dirons dans ce cas: Ces anneaux tourbillonnants qui constituent des parties du fameux liquide gardent-ils les caractéristiques du liquide en étant des atomes, ou bien leur formule change-t-elle? Si elle change, nous voudrons savoir qui ou qu’est ce qui est la cause de son changement. En tout cas, nous ne pourrons pas dire que c’est la nature même de l’éther qui a exigé que certaines de ses parties se transforment en atomes et en tourbillons, au moment où il n’y avait point d’autre créature que l’éther. Mais si leur formule ne change pas et demeure sur l’essence de l’éther, la question se posera alors d’elle-même: Quelle est la cause de leurs mouvements? Nous pourrons difficilement l’attribuer à la nature de l’éther, car il faudrait pour cela que la faculté de se mouvoir soit également celle de l’éther qui devrait se déplacer entièrement d’un seul mouvement, en un seul tourbillon. Cela impliquerait que l’univers entier soit d’une masse unique et d’un genre unique, la cause du mouvement étant également unique. Par ailleurs, s’ils disent que l’éther n’est pas la cause du changement, nous dirons que dans ce cas les recherches doivent être orientées vers la cause de cette transformation, vers le véritable transformateur.

Enfin, Le docteur Gustave Lebon affirme que « l’éther, pour des raisons inconnues, s’est condensé à une époque lointaine, devenant une matière solide.» Soit! Mais ne doit-on pas chercher la cause de cette condensation? Est-ce que l’éther s’est condensé entièrement de sorte qu’il n’est plus resté d’éther, ou bien s’est-il condensé seulement en partie?

Ramzi: Il est bien facile pour vous d’émettre des jugements, à partir de cette assemblée et dans le confort de votre chaise. Ce genre de jugement, cheikh, s’obtient dans le creuset du chimiste et non en cherchant dans l’abstrait.

Le cheikh: Prenons l’exemple de deux lingots d’or de même poids: nous en plongeons un dans un récipient contenant une certaine quantité d’eau qui par cette action, monte jusqu’à un certain niveau. Nous en retirons le lingot et y plongeons le second. Cette fois nous remarquons que le niveau de l’eau est monté plus haut que lors de la précédente opération. Pourquoi, à votre avis?

Ramzi: Je dirais que le second lingot d’or contient un autre élément, plus léger.

Le cheikh: Comment pouvez-vous juger de la constitution du second lingot, seulement à partir d’ici? Votre chaise serait-t-elle un creuset de chimiste?

Ramzi: La perception scientifique étant ce qu’elle est, elle reste valable aussi bien sur une chaise, que dans une voiture ou un atelier.

Le cheikh: Soyez donc aimable, et permettez que ma perception s’exprime sur une chaise, également.

Ramzi: Si vous y tenez; mais en parlant de cause, je vous répondrai que c’est le mouvement qui est à l’origine de la formation des atomes, par lesquels se forment à leur tour les figures et les objets. Il n’y a pas d’autre cause pour le mouvement que le mouvement lui-même, car il est permanent, éternel.

Emmanuel: Si c’est le mouvement qui a formé les atomes à partir de l’éther, la nature de ce dernier s’en trouverait modifiée, ce qui reviendrait à dire qu’il n’est pas éternel. Mais si vous dites que le mouvement a formé les atomes à partir du néant et non d’une matière existante, vous vous retrouverez en contradiction avec les affirmations de vos amis les matérialistes, lesquels récusent l’idée de la survenance d’un objet à partir du néant, sans l’existence d’une matière. Ce serait à coup sûr une remise en question des fondements même de votre doctrine.

Ceci dit, vous pouvez toujours prétendre que le mouvement est une succession de générations; chaque fois qu’une génération disparaît, elle est remplacée par une autre. Mais laquelle de ces générations serait éternelle? Celle qui vient de disparaître, ou bien celle qui vient de naître et qui est condamnée à disparaître à son tour?

Ramzi: Le mouvement a une existence permanente. Tenez: si vous tenez un flambeau à la main, et que brusquement vous pivotez en faisant un tour rapide sur vous-même, vous verrez que la flamme a créé un cercle de feu continu.

Emmanuel: Ramzi, Ramzi mon ami, cette imagination montre seulement l’itinéraire suivi par l’objet lors de son déplacement, ou si vous préférez, les traces du mouvement sur la trajectoire. Mais plus que cela, ce que supposent vos paroles sur le tournoiement puissant et rapide, c’est la succession des générations et la disparition des mouvements les uns après les autres. Est-ce que vous, vous ignorez que les savants, tant les anciens que les contemporains, s’accordent sur le fait que ce cercle n’est qu’imaginaire, sans existence ni matérialité. Les anciens expliquent le spectre de ce cercle par l’existence du sens commun, qui conserve la vision du concret après son extinction. Quant aux contemporains, ils l’expliquent par le fait que l’image qui se dessine sur la rétine de l’œil ne disparaît pas avec la disparition du spectre, mais reste pour environ un dixième de seconde.

Tout ceci nous importe peu, mais dites-moi, Ramzi: d’où tenez-vous que l’objet n’a d’autre cause que l’objet lui-même? Que le rire n’a de cause que le rire lui-même? Pourquoi ne pas vous contenter simplement de dire que telle chose apparaissant à l’existence n’a pas de cause? Vous vous épargnerez bien des tracas.

Ramzi: Je ne fais que rapporter ce que je lis dans les livres du matérialisme.

Emmanuel: Et bien, c’est aussi à vos amis les matérialistes que je m’adresse.

L’être nécessaire, seule cause efficient

Le docteur: Dites-nous, cheikh: voyez-vous d’autres raisons qui empêcheraient de justifier par l’atome et l’éther?

Le cheikh: Peut-on considérer comme justification pour toute existence, quelque chose qui a besoin d’une cause pour sa propre existence? Peut-on trancher sur l’éternité d’une chose, en sachant qu’une ou plusieurs causes ont concouru à son existence? Avons-nous une histoire qui nous raconte l’éternité? Quels sont nos appuis dans nos affirmations au sujet de l’éternité?

Le docteur: Et vous, cheikh, sur quoi vous baserez-vous pour l’identification de la cause de l’existence? De quelles preuves disposez-vous pour vos prétentions sur l’éternité d’une telle cause?

Le cheikh: Si je suis amené par la recherche scientifique sur l’essence des créatures, jusqu’à l’être nécessaire, existant par soi-même, n’ayant besoin pour son existence et son entité d’aucune cause, alors je reconnaîtrais son éternité, à condition qu’il ne soit influençable par rien et qu’il soit immuable dans son essence, car l’éternité est la conséquence nécessaire de la perpétuité, et ceci est un principe sur lequel s’accordent tous les hommes de science.

Le docteur: Qu’est-ce qui vous fait croire que les atomes ne sont pas des êtres nécessaires dans leur essence, de même pour l’éther?

Les atomes ne sont pas des êtres necessaries

Le cheikh: Il est impossible que l’éther ou les atomes soient des êtres nécessaires. La première preuve de cette impossibilité est leur divisibilité, ainsi que nous l’avons déjà expliqué. Il existe encore d’autres preuves, basées essentiellement sur l’appréciation par le monde sensible. Et admettons qu’on fasse abstraction de ces arguments; qu’est-ce qui nous contraint à reconnaître pour les atomes une existence qui n’est suggérée que par une hypothèse et d’une façon qui ne satisfait pas les sens?

Le docteur: C’est la science qui nous oblige à reconnaître leur existence. C’est ainsi qu’en chimie un atome d’oxygène lié à deux atomes d’hydrogène forme une molécule d’eau; et si les corps n’étaient pas constitués d’atomes, on ne pourrait pas expliquer des situations naturelles, telles la porosité, la pression, la dilatation, la maniabilité, etc.

Le cheikh: Vous parlez comme si le chimiste dans son laboratoire compte les atomes et en prend les proportions dont il a besoin pour ses compositions et ses analyses. Le plus étrange dans le raisonnement scientifique, c’est le principe qui veut que la divisibilité d’un corps s’arrête à une certaine limite, celle de la partie indivisible de la matière et ce, tout en reconnaissant que cette limite n’est pas observable scientifiquement.

Ramzi: Pourtant, les chercheurs sont bien parvenus à déterminer les poids atomiques de plusieurs éléments et ont même dressé des tableaux où sont classés les éléments chimiques, dans l’ordre croissant de leurs numéros atomiques.

Emmanuel: Incroyable! Avez-vous seulement entendu dire que quelqu’un ait pesé de manière isolée un atome pour chaque élément, puis comparé les poids de deux atomes? N’avez-vous pas déjà appris que l’atome n’est pas observable et qu’il relève du domaine de l’hypothèse? Ne savez-vous pas qu’en prenant des éléments de même taille, mais qui s’avèrent être de poids différents, les scientifiques n’ont que la prétention pour expliquer que ce n’est pas le nombre d’atomes qui diffère d’un élément à l’autre, mais que cette différence se situe dans le poids des atomes?

Dites-moi, docteur, si nous mélangeons une quantité de sel avec une quantité d’eau cent fois plus grande; est-ce que les particules de sel se répandront dans toute l’eau, de sorte que les particules de sel intégreront toutes les particules d’eau?

Le docteur: Certainement, c’est ce que démontre l’expérience.

Emmanuel: Est-il concevable qu’une particule de sel représente dix mille atomes?

Le docteur: Absolument, s’il est permis de concevoir l’atome dans sa petitesse et supposer son existence, comment ne pas accepter l’existence de ce qui est dix mille fois plus grand?

Emmanuel: Si nous prenons une particule de sel équivalant à dix mille atomes et que nous la mélangions à une quantité d’eau cent fois plus grande que cette particule; à combien de particules se divisera celle du sel?

Le docteur: Elle se divisera à cent particules et chacune équivaudra à cent atomes.

Emmanuel: Une particule de sel qui équivaut cette fois à cent atomes. Imaginez donc combien d’atomes seront son chlore et combien seront son sodium. Par cette forme de conception, c’est paradoxalement la science expérimentale qui devient la garante de la théorie de la divisibilité de ce que vous appelez l’atome, et réfute l’idée du supposé atome indivisible, de même que l’hypothèse qui le définit comme l’origine de la matière.

Le cheikh: La nature nous montre à travers ses animaux une diversité d’espèces et de substances (sperme, sang, chair, os, nerfs, vaisseaux, tissus, poils, laine, plumes, etc.). Cette diversité s’observe aussi chez les plantes, dans le bois, les fleurs, les feuilles, et les fruits. Le même constat de diversité s’applique également aux minéraux, et cela n’est pas sans soulever des questions. Permettez-moi d’en poser quelques unes, docteur.

Première question: est-ce que les atomes de chaque variété ont toujours porté les caractéristiques de leurs espèces respectives, de sorte que les atomes du sperme se distinguent dans leur substance et leurs particularités des atomes du sang ou de la chair et ce, depuis l’éternité?

Seconde question: est-ce que ces atomes ne subissent jamais de modification, tant dans leurs substances, que dans leurs formes et leurs particularités?

Troisième question: Ces atomes ont-ils, au contraire, depuis toujours une substance commune et des caractères communs, mais que sous l’effet du mouvement et d’autres actes naturels, ils subissent des modifications dans leur substance et leurs caractères. Nous pourrions ainsi dire que la terre se transforme en plante qui, avalée par l’animal, se transforme en chair, laquelle à son tour est mangée par l’homme, pour être transformée en sperme, et ainsi de suite?

Le docteur: A quoi peuvent bien vous servir toutes ces questions? Ce que nos amis disent, c’est que les atomes ne subissent de changement ni du fait de l’action chimique, ni de celle de la nature, et que chaque atome se distingue en permanence par sa propre forme, sa couleur et son poids.

Le cheikh: Est-ce que vos amis disent s’il existe dans la matière autre chose que les atomes?

Le docteur: Non, la matière ne se constitue que d’atomes.

Le cheikh: Eh bien! le fait que chaque atome possède sa propre forme est déjà une preuve de sa divisibilité. Quant à la prétention qui attribue à chaque atome sa couleur et son poids et les qualifie d’immuables, permettez-moi de vous faire remarquer qu’elle contredit autant la science que le bon sens. Ce qui est d’un point de vue scientifique une évidence, reconnue par ailleurs par vos amis, c’est que les éléments perdent leurs caractéristiques et en gagnent d’autres qui peuvent n’avoir aucun lien avec les caractéristiques précédentes: le chlore, par exemple, est un gaz toxique qui a une grande réactivité chimique. A l’état gazeux, il attaque la plupart des métaux. A froid et en présence de lumière, il réagit lentement sur l’eau pour former l’acide chlorhydrique, pendant que le sodium est un corps solide qui s’oxyde spontanément en présence de l’air et réagit violemment avec l’eau, en formant de l’hydroxyde se sodium appelé soude caustique, et de l’hydrogène. Par la combinaison du chlore et du sodium, nous obtenons le sel de table. L’esprit de sel, lui, est extrêmement toxique, de même que la soude caustique. Mais le mélange des deux produit l’eau et le sel qui sont des éléments essentiels dans l’alimentation de l’homme.

Des exemples de ce genre sont innombrables et sont là pour montrer que les atomes changent d’entité aussi souvent qu’ils sont soumis à l’action chimique. Inutile de parler des changements perceptibles à l’œil nu, qui interviennent sous l’action de la nature et qui régissent et ordonnent la vie de tout l’univers. Tenez, pensez à la matière par laquelle commence la formation d’un bébé humain ou animal dans l’utérus; je parle du sperme du mâle et de l’ovule de la femelle. Imaginez les changements que doit subir cette matière depuis la fécondation jusqu’à l’accouchement: elle devient sang, chair, os, cervelle, nerfs, vaisseaux, peau, poils, ongles, etc., prenant des formes différentes, des couleurs différentes et des caractéristiques différentes. Imaginez ces êtres une fois morts, et le processus de décomposition par lequel passe la matière qui faisait autrefois la force et la vigueur de l’être vivant. Pensez au cycle de vie des plantes: une simple graine qui sort de terre, grandit, se couvre de branches et de feuilles, se pare de fleurs, produit des fruits, des graines, et vient un temps où elle dépérit progressivement, irrémédiablement, ne laissant que le souvenir de son parfum et le goût de ses fruits.

Et voilà. Si vos amis continuent de dire que le monde matériel ne représente que des ensembles d’atomes, vous n’aurez qu’à leur demander d’ouvrir les yeux sur tous les changements qui ne cessent de déplacer ces atomes d’un état à un autre, en les dépossédant de leurs essences pour leur en attribuer d’autres.

Voyons, docteur, l’être doit se distinguer par une essence propre à son existence. S’il est un être nécessaire, il l’est aussi dans son essence, laquelle ne peut être l’objet d’aucun changement. Or, l’essence de l’atome est changeante. Il ne peut donc pas être un être nécessaire.

Le docteur: Qu’est-ce qui vous rend si sûr que l’éther éternel n’est pas un être nécessaire?

L’éther n’est pas un être nécessaire

Le cheikh: Gustave Lebon dit de votre hypothétique éther qu’il s’est condensé il y a très longtemps, pour devenir matière, ce qui veut dire que son essence s’est transformée lorsque lui-même s’est transformé en matière dont le propre est d’ailleurs d’être transformable. Voilà pourquoi l’éther ne peut être un être nécessaire. Vous dites que l’éther s’est transformé en atomes. Eh bien, l’évidence de la transformation de son entité devient indiscutable, sachant que tout ce dont l’entité change n’est pas un être nécessaire.

Le docteur: Voyez-vous encore d’autres raisons qui empêcheraient d’expliquer par l’éther ou par les atomes?

Le créateur de l’univers connaît sa finalité

Le cheikh: Les promoteurs de l’hypothèse des atomes et de l’éther les conçoivent démunis de discernement, cela va de soi, et il n’est correct et raisonnable de tenter une explication de l’existence, que par le créateur de l’univers; un créateur savant qui crée avec sagesse, pour des objectifs et des raisons dont il est connaisseur. Observez l’univers sous ses différents aspects, vous le verrez homogène, harmonieux, proportionné et organisé selon un ordre et une sagesse supérieurs. Chaque partie de cette création, petite ou grande répond à des objectifs illustres. Elle est créée pour jouer un rôle important dans l’équilibre de son milieu. La réflexion sur la création nous révèle ses raisons d’être, insoupçonnées pour les plus avertis. C’est ainsi que chaque jour, d’une nature intarissable de secrets, la science puise un savoir qui est source de progrès et de gloire pour l’humanité. Il apparaît donc évident pour le bon sens, que le créateur d’un univers aussi complexe, aussi riche et si savamment ordonné, ne peut qu’être conscient de la destinée de toutes ses créatures, témoins matériels de l’infinie sagesse de leur créateur. Etant le début de tous les débuts et la cause de l’existence de tous les existants, il a, en tant qu’il est cause première, également connaissance des effets.

Les éclats de silex découverts par les archéologues et revêtant les formes de haches, couteaux, pointes de flèches, harpons, etc. ont été façonnés de la main de l’homme depuis des milliers d’années déjà, pour la satisfaction de besoins déterminés que leurs fabricants connaissaient; c’est la conviction du monde scientifique, mais aussi celle du commun des mortels. Et voici les créatures de tout l’univers, chacune dans son époque, chacune dans son rôle et toutes organisées dans l’ordre parfait des missions auxquelles elles sont destinées. La science peut-elle se détourner de l’évidence et ignorer qu’elles sont l’œuvre d’un créateur connaissant leurs destinées avant même de les avoir créées? Cet univers harmonieux, merveilleuse combinaison devant laquelle les plus érudits restent admiratifs; peut-on imaginer un instant qu’il soit né de l’action de la nature et du hasard, sans raison, sans but, sans sagesse? Si c’est le cas, pourquoi ne pas en dire autant des éclats de silex?

Le Coran, miracles et arguments

Le Coran, chers amis, a argumenté sur ce sujet, d’une manière générale. Il a blâmé les humains pour leur absence d’esprit et la prééminence de la fiction sur leurs consciences. L’homme a en effet tendance à trancher en faveur de considérations de moindre importance comme les éclats de silex, et en faire un argument central pour son hypothèse, affirmant que l’existence de ces outils de pierre ne peut qu’être le fait d’un connaisseur de leur finalité, pour laquelle il les a fabriqués. Une considération somme toute futile, car au lieu d’appliquer ce principe à une échelle plus importante, plus représentative comme peut l’être l’étendue de la création, l’homme préfère céder à ses illusions lorsqu’il s’agit de l’origine de toute l’existence, avec ce qu’elle véhicule comme expression de sagesse et de savoir infini.

C’est dans ce contexte qu’il convient de vous renvoyer au quatorzième verset de la sourate al-Moulk (le Pouvoir): « Dieu ignorerait-Il ce qu’Il a Lui-même créé, Lui le Subtil, le si bien Informé?» Ce peut-il que le Créateur de l’univers soit inconscient de la destination de ses créatures? Est-il possible qu’il les ait créées sans but? Que non! Et pour convaincre, le Coran ne se contente pas de cette généralité, bien que suffisante pour les esprits ouverts. Il attire également l’attention de l’être humain sur sa propre création, son commencement, sa reproduction, etc. C’est pourquoi, il dit entre le cinquième et le septième verset de la sourate At-tariq (l’Astre nocturne): « Que l’homme considère ce dont il a été créé! N’a-t-il pas été créé d’un liquide éjaculé, jaillissant d’entre les lombes et les iliaques? » De même, au verset 67 de la sourate Maryam (Marie): « Mais l’homme ne se rappelle-t-il pas qu’en le créant la première fois, nous l’avons bien tiré du néant? » Le Coran dit encore entre les versets 37 et 39 de la sourate al-Qiyama (la Résurrection): « N’a-t-il pas été une goutte de sperme éjaculée, puis un caillot de sang auquel Dieu prêta la vie et qu’il forma avec harmonie, pour en tirer ensuite les deux éléments d’un couple, l’homme et la femme? »

Le Coran argumente aussi par les organes dont le commun des humains connaît l’inestimable utilité. Ainsi, la sourate al-Balad (la Cité) dit aux versets 8 et 9: « Ne lui avons-nous pas donné deux yeux, une langue et deux lèvres? » Dans son argumentation, le noble Coran va même jusqu’à évoquer le commencement de l’espèce humaine et ce, au premier verset de la sourate al-Insan (l’Homme): « Ne s’est-il pas écoulé un laps de temps durant lequel l’espèce humaine n’était même pas mentionnée? » Où était donc l’homme mille ans avant sa naissance? Etait-il mentionné? Bien sûr que non. La plus ancienne existence que nous puissions lui reconnaître est celle où il apparut dans le sperme de son père, en voyage vers l’utérus de sa mère; c’est ce que dit également le deuxième verset de la même sourate: « En vérité, nous avons créé l’homme d’une goutte de sperme aux éléments de vie bien combinés. Et pour l’éprouver, nous l’avons doté de l’ouïe et de la vue. »

Ailleurs, le Coran attire l’attention sur l’apparence de l’homme et sa forme toute particulière parmi les êtres vivants. Sur cela, il dit entre les versets 6 et 8 de la sourate al-Infitar (la Fissure): « O^ homme! Qu’est-ce qui te fait douter de la magnanimité de ton Seigneur qui t’a créé, t’a constitué, t’a modelé avec harmonie, suivant la forme qu’il a bien voulu te donner? » L’homme se distingue effectivement du reste de la création par la forme et la constitution que lui a donné le Tout-Puissant, et qui convient de manière idéale à l’organisation du genre humain, ainsi que le confirme le troisième verset de la sourate at-Taghaboun (la Déconvenue): « Ce n’est pas sans but précis qu’il a créé les cieux et la terre; et, en vous créant, il vous a dotés d’une forme harmonieuse. »

Ces versets ainsi que d’autres, constituent des preuves suffisantes pour tous ceux dont la conscience permet de distinguer le vrai du faut et le raisonnable de l’absurde, et pour les clairvoyants, des preuves encore plus tangibles permettant de voir plus loin.

Voici un autre témoignage sur les miracles du Coran: du douzième au quatorzième verset de la sourate al-Mou’minoun (les Croyants), le Coran parle du commencement de la création de l’homme et fait même une description détaillée des différentes phases de développement du bébé dans le ventre de sa mère, du début de sa formation jusqu’à sa naissance: « Certes, nous avons créé l’homme d’un extrait d’argile, dont nous avons fait ensuite une goutte de sperme déposée en un réceptacle bien protégé; puis nous avons transformé cette goutte en un caillot de sang dont nous avons fait un embryon où s’est dessiné le squelette que nous avons recouvert de chair, pour en faire, en fin de compte, un nouvel être, bien différencié. Béni soit donc Dieu, le meilleur des créateurs.» La sourate as-Sajda (la Prosternation) également, ne manque pas de nous en informer entre le septième et le neuvième de ses nobles versets: « C’est lui qui a créé toute chose à la perfection et qui a instauré la création de l’homme à partir de l’argile; puis d’un vil liquide il a tiré sa descendance; puis il lui a donné une forme harmonieuse et a insufflé en lui de son esprit, vous dotant ainsi de l’ouïe, de la vue et de l’intelligence. Mais il est rare que vous lui témoignez votre reconnaissance. » C’est bien ce que nous pouvons lire au verset 78 de la sourate an-Nahl (les Abeilles): « Dieu vous a fait naître du sein de vos mères, dénués de tout savoir, et vous a donné l’ouïe, la vue et l’intelligence. Peut-être lui en seriez-vous reconnaissants? »

Il arrive à chacun de nous de penser au miracle de la création et au bienfait d’être créé; que dire alors du savant dont la science cerne bien mieux les secrets et les merveilles de notre création? C’est le savant qui médite sur sa propre ossature sur laquelle repose son corps dont elle soutient et protège les différentes parties. C’est l’ossature aussi qui règle et oriente les mouvements du corps. C’est donc le savant, mieux que les gens du commun, qui sait ce dont Dieu a doté cette ossature en membranes, articulations, ligaments, cartilages, pour protéger notre corps, assurer sa cohésion et ses possibilités de mouvement. C’est encore le savant qui estime à sa juste valeur notre peau et son rôle d’enveloppe pour l’organisme. C’est par cette peau que Dieu détermine l’apparence de chacun et c’est par le moyen de celle-ci que l’être jouit de l’inestimable faculté du toucher.

Méditons à l’image de ce savant, bien que n’ayant pas sa perception, sur le miracle de la vue. Dieu, loué soit-Il, nous a dotés des yeux, canal qui nous permet un contact visuel avec l’extérieur et illumine notre conscience de ce qui nous entoure. Pensons à la complexité de l’œil, sa finesse et sa fragilité. Méditons sur notre appareil auditif et sa structure, ce qui apparaît de l’oreille et ce qui en est caché; pensons à l’impressionnante combinaison d’éléments qui composent notre oreille et au rôle indispensable de chacun dans le bon fonctionnement de l’ouïe et de l’équilibre. Méditons sur l’étonnante disposition de la bouche, ses différentes parties et leurs fonctions respectives dans l’alimentation. Dieu a fait de notre bouche également un outil intervenant dans l’émission de sons et dans la respiration. Et puisque nous y sommes, méditons aussi sur nos intestins, leurs structures, leurs dispositions et la spécialité de chacun d’eux dans l’accomplissement des fonctions de digestion. Quels que soient les progrès accomplis dans le domaine de la découverte des secrets de la digestion, ce n’est jamais que peu devant ce qui reste à découvrir. Tout compte fait, en prenant la mesure de la formidable complexité et de l’extrême précision de son propre corps, l’individu ne peut qu’être impressionné devant les miracles de la sagesse suprême.

Pensons à notre cerveau qui forme avec la moelle épinière le système nerveux central, lequel est responsable de la conscience, de la pensée, de la mémoire et du contrôle de toutes les fonctions de l’organisme. Méditons aussi sur les exemples du cœur, du sang, des vaisseaux, cette formidable machine qui a la charge d’irriguer l’organisme, le nourrir et le purifier. Que dire des poumons et de leur rôle dans la survie et l’équilibre de l’organisme? C’est l’organe par lequel s’effectuent la respiration et l’échange gazeux par lequel l’oxygène est diffusé dans le sang vers l’organisme et le dioxyde de carbone est expulsé vers l’extérieur. Enfin, notre foie est un organe polyvalent qui stocke de nombreuses substances et en produit d’autres, toutes indispensables au fonctionnement de l’organisme. En outre, son activité produit une importante quantité d’énergie, ce qui n’est pas pour rester sans effet sur la température du corps.

Médecins et chirurgiens s’accordent à dire qu’ils sont loin d’avoir percé tous les secrets de notre organisme. Chaque jour, la science fait des découvertes sur le corps humain et chaque découverte leur ouvre les yeux sur l’étendue de leur ignorance.

Toutes ces merveilles, tellement complexes et pourtant agissant en parfaite synchronisation, peuvent-elles être sans un créateur qui préside à leurs destinées? Est-il concevable qu’elles soient simplement le fruit de la coïncidence, du hasard aveugle et de la nature muette? Le bon sens ne peut négliger toutes les preuves qui ont précédé et le Coran a justement bâti son argumentation sur cette évidente nature originelle qui a de tout temps été le moteur de l’action humaine. Pour cette raison et d’autres, le Coran a blâmé ceux qui voient leurs intérêts dans la négligence de ce principe: « Dieu ignorerait-t-il ce qu’il a lui-même créé? »

Si Dieu pardonne au faible d’esprit, au stupide et à l’ignorant de ne pas en saisir la portée, l’esprit scientifique ne saurait le pardonner au savant, à l’expert, au médecin et au chirurgien qui ont été à la découverte des merveilles de l’anatomie et de leurs finalités.

Ramzi: Il n’empêche que nombre d’organes chez les animaux n’ont ni but ni utilité, comme la glande thyroïdienne et l’appendice vermiforme qui sont même des sources de maladies.

Emmanuel: Notre ami Ramzi ne se gène pas de lancer des déclarations sur ce que le docteur ici présent, bien qu’expert en anatomie, ne se permet pas de juger. Dites-nous, Ramzi: pourquoi s’en abstient-il à votre avis? N’a-t-il pas suffisamment étudié pour le savoir, ou peut-être, est-ce sa culture qui n’est pas aussi vaste que la votre? Eh bien! il se trouve seulement que le respect qu’il voue à son savoir ne lui permet pas de recourir à des arguments aussi fallacieux, voilà tout. Voyez-vous, notre ignorance de l’utilité d’une chose ne doit pas être en soi une preuve de son inutilité. En effet, on peut toujours s’en accommoder loin de toute preuve, mais on aura vite fait d’en avoir honte, à la nouvelle que le médecin untel ayant enlevé la glande thyroïdienne à un groupe de patients malades du goitre, ceux-ci sont devenus bizarrement sujets à l’arriération mentale.

Effectivement, la science dévoile bien des avantages pour la glande thyroïdienne. Outre son rôle dans la préservation de la conscience, elle secrète des hormones qui interviennent dans divers processus métaboliques, ainsi que dans la croissance. Par ailleurs, la croissance de cette glande chez la femme durant la grossesse n’est pas sans lien avec l’absorption des matières nocives, pour les empêcher d’atteindre le cerveau. Je peux vous dire qu’il y a également une explication convaincante à l’existence de l’appendice vermiforme. Ensuite, Ramzi, ce que nous avons cité du formidable fonctionnement de l’organisme et des rôles étonnants attribués aux organes, ne suffit-il pas à convaincre les sains d’esprit que le créateur ne les a crées que dans ce but précis et en bonne connaissance de cause.

Ramzi: En réalité, les finalités mentionnées dans le discours du cheikh ont elles- mêmes créé les créatures par lesquelles sont atteints les objectifs. C’est la vue qui a créé l’œil et qui en a défini le principe ainsi que la constitution qui, en fin de compte, permettent de voir, et c’est l’ouïe qui a créé l’oreille, par laquelle l’ouïe devient possible. C’est également la conscience qui a créé le cerveau, par lequel elle peut s’exprimer. C’est la fonction qui crée l’organe et c’est la vie de l’homme qui est derrière l’existence de ses organes vitaux. De ce fait, il n’est nul besoin d’un créateur connaissant les causes et les effets et qui aurait créé chaque créature dans un but précis.

Emmanuel: Doit-on comprendre de votre propos que c’est la raison d’être de chaque chose qui en est le créateur, qu’il n’y a pas d’autre créateur qu’elle et qu’il n’y a aucune autre cause efficiente? Est-ce à dire que l’imagination du menuisier pour la manière de s’asseoir sur une chaise l’inspire pour fabriquer la chaise? De cette façon, nous dirons que la position assise imaginée a fait exister la chaise, dans le sens où cette imagination est un motif pour le menuisier qui en est le véritable créateur.

Dire que le créateur d’une chose n’est rien de plus que la raison d’être de celle-ci est une prétention qui va à l’encontre de la raison, simplement parce que ces raisons d’être proprement dites sont inexistantes avant l’existence de l’objet qu’elles sont censées justifier. Franchement, nul être sensé n’oserait supposer un instant que l’inexistant puisse être un créateur et une cause efficiente pour l’existence. Reconnaissez donc que les buts se réalisent par les objets existants à cet effet, et que ce ne sont pas les buts qui sont les créateurs des objets.