AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)
 
L’appel de Jésus-Christ

Il est tout à fait clair que la démarche de Jésus parmi les Israélites ne

contenait pas de quoi bouleverser leurs lois et menacer les fondements de leur religion. Au contraire, l’essentiel de son appel reposait sur l’exhortation au monothéisme, à l’application de la Loi de Moïse et à l’observation des instructions de la Torah, comme Il prêchait aussi la noblesse des mœurs et la bonne gouvernance. Voilà donc qui ne pouvait que rassurer le commun des Israélites. En vérité, il n’y avait rien de contraignant pour les juifs dans le projet de Jésus, sinon qu’il s’opposait à l’hypocrisie des prêtres et des maîtres de la loi, à l’exploitation de la société au nom de la religion, ainsi qu’à la tyrannie de leur autorité religieuse. Ceci ne tarda pourtant pas à déclencher la furie des prêtres, des maîtres de la loi et de leurs partisans. L’histoire et les Evangiles ne cachent pas les atrocités qu’ils ont fait endurer à Jésus, ainsi qu’à tous ceux qui ont osé croire en lui et ce, même s’ils ne pouvaient agir que dans les limites de ce que leur autorisait la politique romaine. Autrement dit, ils ne pouvaient prononcer de condamnation à son encontre que dans le cadre d’un tribunal et dans le respect des lois de l’empire. Mais le mensonge et les faux témoignages aidant, ils n’eurent aucune peine à conduire Jésus au supplice, de même que beaucoup de ses compagnons après lui.

Si telle fut la situation d’un Jésus-Christ qui consacrait la grande partie de ses efforts à la défense d’une religion déjà existante, quelle pouvait bien être celle d’un Mohammed dont la mission visait, ni plus ni moins, le changement radical de l’ordre établi au sein d’une société arabe telle que nous venons de la décrire: païenne, sauvage, intolérante, renfermée sur elle-même et imperméable à toute forme de changement. Assurément, la mission de Mohammed n’avait de chance d’aboutir dans ce milieu de toutes les hostilités, sans se donner au préalable les moyens de sa propre défense.

Disposition de Jésus à défendre sa cause par la force

Les guerres de Moïse et de Josué

Messieurs, les Evangiles nous montrent la faiblesse des disciples de Jésus et leur lâcheté devant les épreuves, au point d’abandonner leur prophète, notamment lorsque les juifs étaient venus l’arrêter, et Jésus le leur avait d’ailleurs prédit. Toutes ces marques de manque de foi rapportées par les Evangiles ont été soigneusement enregistrées dans la première partie du livre al-Houda (p 30-31). En le lisant, vous découvrirez que des milliers de ces disciples ne valent pas un seul des compagnons de Mohammed (a.s.s), tant dans la force de l’âme, que dans la solidité de la foi, de même que dans l’esprit de sacrifice dans la voie de Dieu.

Jésus aurait bien voulu faire de ses disciples une armée entièrement dévouée à sa cause, qui serait toujours prête à le défendre même par la force: « Celui qui n’a pas d’épée doit vendre son manteau pour en acheter une. » (Luc 22-36). Un ordre malheureusement accueilli avec lourdeur et nonchalance: « Voici deux épées » (Luc 22-18). A cette réponse, Jésus ne pût que dire: « Cela suffit », ce qui semble bien vouloir dire: votre réponse explique votre faiblesse.

Vous savez bien, père, que les juifs et les chrétiens prennent la présente Torah pour le livre de Dieu, où sont consignées toutes les lois qu’il a dictées à Moïse. Vous savez aussi que les ordres de tuer des femmes et des enfants, d’exterminer de la manière la plus primitive et la plus barbare qui soit des populations entières, sont maintes fois répétés dans la Torah; cette même Torah, ainsi que le livre de Josué rapportent que Josué et Moïse ont exécuté cet ordre cruel avec le plus grand zèle. Le plus grave et le plus dramatique, c’est que ni la Torah, ni le livre de Josué ne disent que tous ces massacres avaient pour finalité de diffuser la religion céleste, d’appeler les gens au monothéisme, ou pour une réforme de la société humaine. Aucun argument n’est avancé par la Torah sur les massacres perpétrés sur les innocentes populations, si ce n’est pour s’emparer de leurs terres et les donner au peuple d’Israël, lequel était lui même loin de se fixer dans le monothéisme et le respect de la loi divine, ne serait-ce que le temps d’une génération.

Voyez donc, cher père, qu’il serait pour le moins incorrect, sinon franchement injuste de faire abstraction de cela et s’acharner contre l’Islam qui est en réalité la véritable religion du monothéisme, de la réforme et du progrès, mais qui s’est trouvé en situation de devoir se défendre pour sa propre survie, notamment par la voie des armes, contre l’hostilité déclarée et les assauts répétés du paganisme. Si vous considérez les impératifs de la philosophie de la réforme religieuse et sociale, vous saurez que dans cette époque assombrie par l’accumulation des injustices, l’initiative de l’offensive s’imposait au Prophète pour la réussite de sa réforme. Comment lui en vouloir, lui qui a toujours pris pour cette fin les chemins les plus civilisés. Il préférait de loin convaincre par la force de l’argument et de la preuve irréfutable, plutôt que celle de l’épée qu’il a d’ailleurs toujours accompagnée du pardon et de l’appel à la réconciliation.

Enfin, scrutez l’histoire, mais d’un œil neuf et libre de tout préjugé et vous constaterez que ceux qui ont opposé l’épée à l’Islam n’atteignaient pas en nombre le dixième de ceux qui ont cru en son prophète et l’ont rejoint de leur plein gré. Et s’il en est qui ont été soumis à l’Islam par la force de l’épée, Mohammed est vite devenu l’être le plus cher à leur cœur une fois instruits des bienfaits de la nouvelle religion et séduits par la conduite irréprochable du Prophète, que ce soit dans la transmission du message céleste, ou son application stricte pour la loi dans toutes ses relations, sans distinction entre les personnes. Son indulgence, sa générosité, sa pudeur et sa grandeur d’âme leur firent regretter qu’un jour ils ont pu être ses ennemis. Ils le trouvèrent également à leurs côtés sur le champ de bataille, dénué de tout esprit de vengeance, de haine ou de mépris à l’encontre de l’ennemi. Comment pouvait-il en être autrement, compte tenu de la noblesse de sa cause. Les guerres qu’il menait n’étaient motivées que par la défense de la réforme religieuse et sociale dont il avait la responsabilité, et son attitude très honorable suscita le respect et l’admiration, autant chez ses compagnons que chez ses ennemis. C’est pourquoi, nombreuses furent les tribus qui choisirent de le rejoindre dès que les obstacles furent levés.

Eliezer: Quand on considère ces détails de l’histoire, mais aussi la philosophie de cette religion, on est effectivement forcé de reconnaître la pertinence de ce que tu viens de dire, même si nos religieux font ce qu’ils peuvent pour la discréditer aux yeux des gens, par exemple en décrivant Mohammed (a.s.s) comme un guerrier féroce et un agresseur d’une grande cruauté. Quant à sa religion, l’Islam: une religion païenne, disent-ils, qui n’a été répandue que dans le sang, au moyen d’un sabre exterminateur.

Pour ma part, je reconnais avoir été de ceux qui considéraient la question de ce point de vue là. Mais dés que j’ai commencé à regarder l’Islam et son histoire de plus prés, même si en vérité c’était dans le but d’y trouver une confirmation à mes préjugés et me conforter dans mes anciennes idées, je dois dire que mes découvertes ont été contraires à mes espoirs, et que la réalité était conforme à ce que vient de décrire Emmanuel, que le monothéisme prêché par l’Islam est le véritable monothéisme.

Je ne puis vous décrire quelles furent sur le moment ma consternation et ma déception. Mais je me sens beaucoup mieux maintenant et si j’ai affiché une position antimusulmane tout à l’heure, c’était uniquement dans le but de provoquer la réaction de mon fils et de connaître le point de vue de monsieur le curé.

L’Islam et le Christ

Emmanuel: Alors comme cela, père, vous justifiez votre rejet pour l’Islam par la crainte qu’il coupe votre relation avec la religion de vos ancêtres, qu’il trouble la limpidité de votre croyance en le Christ et qu’il ternisse votre amour pour lui. Eh bien! rassurez-vous; tout ce que l’Islam risque de rompre entre vous et la religion chrétienne c’est votre relation avec la Trinité et le mystère de la rédemption. Oui, père, vous découvrirez grâce à l’Islam que nos péchés ainsi que la malédiction de la loi ne seront pas le fardeau de Jésus-Christ.

Franchement, vous convient-il d’adorer un dieu triple incarné et de croire que le Christ nous a sauvés de la malédiction de la Loi en devenant maudit à notre place? Vous sembliez pourtant outré par ces enseignements pendant que nous en discutions. Oui, père, l’Islam risquerait de couper aussi votre relation avec les absurdités attribuées au Christ par les Evangiles, ainsi que nous l’avons constaté. Voyez-vous, à travers le Coran l’Islam révèle toute la gloire du Christ et de son message. Il défend sa sainteté, sa pureté, sa bonté et sa perfection. Bref, il l’innocente de tout ce dont le souillent les Evangiles. Certes, il réfute la divinité du Christ. Et vous, père, pourriez-vous honnêtement, croire en la divinité d’un être humain que persécutent ses semblables? Mais peut-être vous dites-vous que l’Islam ne s’est pas empêché de persécuter l’Eglise orientale.

Eh bien! sachez que tout ce que l’Islam attendait de celle-ci est qu’elle renonce à sa trinité brahmanique, qu’elle abandonne l’adoration des icônes et la tromperie de l’absolution dont vous n’êtes pas sans connaître les effets néfastes sur la société. Et puis, l’éclat de l’Eglise ne pouvait-il se manifester qu’à travers ces sombres aspects?

Figurez-vous que l’Islam ne voyait pas d’objection à ce que l’Eglise reste telle qu’elle, avec même la garantie d’une protection en échange de la signature d’un pacte de paix mettant les deux parties à l’abri de toute forme d’hostilité, mais aussi à la condition que l’Eglise s’abstienne de pratiquer publiquement des actions illicites, comme la consommation du vin, ou même la manifestation de son hostilité à l’égard de l’Islam.

Au moment où la force guerrière de l’Islam avait atteint toute sa puissance, l’Eglise en Orient est restée à l’abri de toute agression; ses cloches sonnaient aux oreilles des musulmans et nos prêtres côtoyaient leurs savants. L’Eglise a toujours célébré ses fêtes et pratiqué ses rites en toute liberté.

L’Islam, le Coran et son message

Eliezer: Je trouve que nous avons suffisamment étudié le Judaïsme et le Christianisme à travers les deux Testaments. Il serait juste, à mon avis, que nous accordions au moins la même attention à l’Islam, à son message et au Coran, afin que nous sachions quelles connaissances et quels enseignements que renferme ce livre.

Le prêtre: Tout à fait, Eliezer; il faudra bien que nous nous y mettions. Après tout, l’Islam n’est-il pas la plus récente des religions monothéistes? Mais étant donné l’importance du sujet, nous aurons certainement besoin de la présence d’un musulman ayant une bonne connaissance du Coran et de l’Islam, pour que notre recherche bénéficie de l’appui scientifique qui lui convient.

Eliezer: Les paroles du Coran sont en arabe; et comme nous avons été élevés en pays arabe et avons appris leur langue, nous ne devrions pas avoir de difficultés à le comprendre.

Le prêtre: Celui qui lira le Coran d’une lecture superficielle ne pourra pas comprendre le véritable sens de ses mots, ne découvrira pas le savoir qu’il renferme et n’en tirera aucun bénéfice. C’est pourquoi, il ne serait pas correct pour celui qui n’arrive pas à lire le Coran convenablement, de prononcer à son sujet un quelconque jugement.

Emmanuel: En tout cas, nos amis chrétiens émettent bien au sujet du Coran de nombreuses objections que nous retrouvons particulièrement dans le livre de Hachem al-Arabi, celui de jam?iyet al-hidaya, ainsi que dans le livre intitulé: housn-ul-i?djaz et d’autres livres encore assez nombreux chez les chrétiens. A priori, ces objections semblent sensées, pertinentes et ne manquent pas d’une certaine précision. Mais à travers les démonstrations que nous fournissent les livres: al-houda, ainsi que nafahat al-i‘djaz, d’Abou-l-Qassim al-Khou’i, j’ai su toute la fragilité de ces objections, dans le domaine desquelles le Coran présente des réponses claires et une argumentation sans faille.

Nous sommes éblouis par l’éclat de ses vérités et transportés dans la profondeur de ses idées. Ce sont les contestations de nos amis les Chrétiens qui ont poussé les auteurs de ces deux derniers livres à attirer notre attention vers les preuves qui mettent le Coran loin de toute objection. A propos, pour ceux qui voudraient s’en informer, les réponses aux objections en question peuvent être consultées dans le détail dans la première partie du livre al-houda, pages 321 - 382, ainsi que dans la deuxième partie, aux pages 2 – 242. Elles sont de nature à satisfaire les plus exigeants et à convaincre les plus réticents.

Eliezer: La participation d’un musulman à la discussion ne la rendra à mon humble avis que plus passionnée et la polémique affectera négativement les conclusions. Je crains alors que la situation ne s’obscurcisse et le chemin n’en sera que plus long.

Emmanuel: Nous n’avons d’autre but que notre salut et nous menons notre investigation en nous appuyant sur la lumière du savoir et de la raison, mais surtout sur la direction spirituelle de monsieur le curé. En ce qui nous concerne, nous avons rejeté jusqu’à présent toute forme de fanatisme et d’imitation. Si nous voyons que ce musulman n’observe pas le même principe, nous n’aurons qu’à le renvoyer et en chercher un autre dont la méthode sera compatible avec la notre.

Finalement, ce ne fut pas difficile de trouver un interlocuteur musulman et la discussion ne tarda pas à reprendre. Loin d’être passionnée, on peut dire toutefois qu’elle fut passionnante.

Emmanuel: Cheikh, vous autres musulmans, soutenez que la Torah courante n’est que le fruit des falsifications et que vous ne pouvez pas en tenir compte, bien que votre Coran la reconnaît et la considère comme un livre céleste et prophétique; qu’en dites-vous?

Le cheikh: Je tiens à vous avertir, chers amis, que les développements que pourrait connaître ce sujet risquent de vous être pénibles et embarrassants. Aussi, vous serais-je reconnaissant de faire preuve de patience et d’indulgence pour ce que vous serez amenés à entendre.

Le prêtre: Si vous avez adopté les bonnes manières que vous enseigne le Coran, vous n’aurez sûrement pas à vous en faire pour l’indignation que peut susciter le fanatisme. Dites plutôt ce que vous avez à dire et, qui sait? Peut-être découvrirez-vous en nous des âmes charitables et des cœurs propres.

Le cheikh: Ceux qui ont lu le Coran d’un œil impartial n’ont pas manqué de prendre la mesure de sa sagesse et sa douceur dans son appel au monothéisme et à la loi de la justice et du progrès, qui sont eux même le but principal de son message. Ces deux domaines, dans leur sens le plus large, constituent le noyau autour duquel gravitent les autres aspects de l’adoration et du comportement social du musulman. Le Coran les a abordés avec la plus convaincante des argumentations, en apportant des preuves qui ne laissent point d’espace au doute.

Mais si le Coran a établi ces principes comme repères à toutes les valeurs, il s’est gardé d’aborder ou de critiquer franchement les questions secondaires, afin d’éviter les réactions fanatiques qui auraient constitué un handicap vers l’objectif initialement visé, ce qui aurait été évidemment contraire à l’esprit de la réforme, quelles que puissent être la clarté de la démonstration et la souplesse de la démarche. Bien sûr, cela aurait été manqué affreusement de sagesse que de s’adresser à des peuples qui ont déjà un livre sacré (Les gens du Livre), et leur dire par le plus direct des langages que les livres qu’ils vénèrent tant sont en réalité le produit de la falsification, de la substitution, de l’impiété païenne et des légendes. En effet, quel autre effet cela aurait-il, sinon réveiller le mal destructeur de l’intolérance et fermer davantage les esprits devant la démonstration de la vérité?

Emmanuel: Etonnant! Si le Coran est comme vous dites le Livre de Dieu et qu’il montre la voie de la Vérité et du salut, est-il convenable qu’il s’abstienne de clarifier des sujets de cette importance?

Le cheikh: La démonstration d’une chose ne passe pas forcément par la déclaration ouverte et brutale, comme nous venons de l’expliquer. Le Coran a bien expliqué le sujet à travers un procédé intelligent, conformément à la sagesse qui est la sienne et ce, en interpellant les esprits éveillés sur les sources de falsification, de substitution et de rajout, de manière à amener les consciences à considérer les choses sans fanatisme. C’est dans cette optique qu’il a abordé les événements et les histoires que nous rapportent les deux Testaments sous une forme falsifiée. A cela le Coran apporte des corrections, en exposant les faits tels qu’ils se sont produits, débarrassés de leur aspect légendaire. Quant aux événements imaginaires rapportés par les livres des deux Testaments en tant que faits de l’histoire, le Coran ne s’est pas chargé de les démentir franchement, mais a pris soin d’introduire dans ses enseignements les éléments constituant admirablement leur démenti.

Emmanuel: Ainsi, plutôt que de démentir ouvertement quelqu’un, il est préférable de lui ouvrir les yeux sur la juste réponse, ce qui est la quintessence même de la sagesse. Mais Cheikh, pourriez-vous être plus explicite à propos de ces domaines sur lesquels le Coran a dû apporter des correctifs?

Le cheikh: Jeune homme, j’ai été informé de vos recherches et de votre étude sur les deux Testaments, mais on parle surtout des points sombres que vous avez eu le courage de relever et critiquer. Si votre intention est pure, Dieu vous soutiendra; il guidera vos pas, vous protègera de l’égarement et vous fera boire un jour à la source de la certitude et du bonheur. Ceci dit, pour revenir à votre question, je vais devoir reprendre succinctement les cas de lacunes que vous avez vous-même déjà abordés, tout en mentionnant les prodiges du Coran dans le rétablissement de la vérité pour chaque cas.

Je voudrais commencer par le commencement, par l’histoire d’Adam et de sa légende avec l’arbre, le serpent et le mensonge. Pour ce cas, vous avez vous-même réfuté l’authenticité de l’histoire, en ayant l’honnêteté de recourir au Coran, dans lequel la vérité est rétablie. Parmi les aberrations relevées, l’on peut citer notamment la légende d’Adam qui, en entendant Dieu marcher dans le paradis, se cache pour qu’il ne le découvre pas, ce qui contraint Dieu à l’appeler pour le trouver. Entre autres légendes, les craintes exprimées par Dieu au sujet de la menace que représentait désormais Adam, une fois devenu comme l’un des dieux. Je citerai aussi la légende de la tour de Babel et la crainte ressentie par Dieu devant l’union des descendants de Noé. N’oublions surtout pas la plus drôle de toutes, l’abracadabrante histoire de la lutte de Dieu contre Jacob. En tout cas, pour celle-ci comme pour celles que nous venons de citer, et dans lesquelles le côté mythique est poussé jusqu’au ridicule, le Coran démontre leur mensonge et leur nullité, ceci par l’exposé de son savoir et de ses enseignements sur la réalité du monothéisme, de la grandeur de Dieu et de sa sainteté.

D’autres absurdités sont à signaler dans la Torah, à l’exemple de la fameuse histoire où Aaron aurait fabriqué le veau d’or et un autel pour reconvertir les Israélites au paganisme, justement au moment où Dieu entretenait Moïse à son sujet pour le désigner aux plus hautes charges dans l’exercice de la religion. Rappelons aussi que Dieu s’était adressé à Aaron, aussi bien avant qu’après le prétendu événement du Veau, soit individuellement, soit en compagnie de Moïse. Pour cette histoire, vous avez vous-même découvert que le Coran avait disculpé Aaron en révélant que le chimronite (as-Samiri), de la tribu de Chimron, fils de Issakar, fils de Jacob était derrière la fabrication du Veau et de l’appel au polythéisme. Le Coran montre aussi qu’Aaron avait tenté en vain d’en dissuader les Israélites, mais que ces derniers l’ont brutalisé et ont préféré suivre le chimronite.

Rappelons-nous aussi qu’Abraham avait douté et de façon tout à fait évidente de la promesse de Dieu. Souvenons-nous du signe montré à Abraham: La Torah courante tente d’expliquer la raison de ce signe par le besoin de convaincre Abraham de la sincérité de la promesse. Mais voilà, le Coran nous informe que c’est Abraham qui avait demandé à Dieu de lui révéler la résurrection des morts, afin que sa foi en le jour du jugement soit renforcée et que son cœur soit définitivement rassuré sur cette vérité. De son côté, Dieu ne manquât pas de répondre aux attentes d’Abraham (Son intime), en lui montrant un Signe, expression de la grandeur et de l’immense pouvoir de Dieu.

Nous parlerons également, si vous le permettez, des visiteurs d’Abraham, tels que les décrit la Torah lamentablement imprécise, tant sur leur nombre que sur leur qualité, puisqu’elle les présente tantôt comme des anges, tantôt comme Dieu. Elle rapporte même qu’ils ont mangé chez Abraham, ensuite chez Lot. Je note que vous avez déjà intervenu sur ce point et avez expliqué que le Coran contient la version authentique de cette histoire.

En outre, la Torah dit que Moïse, Aaron, Nadab, Abihou, ainsi que les soixante-dix anciens d’Israël ont vu Dieu et que sous ses pieds il y avait une sorte de plateforme de saphir, que Dieu ne fit aucun mal à ces notables qui purent le contempler (Ex 24/9-11). Il est arrivé que vous fassiez référence au verset coranique qui apporte un démenti à cette légende. Le saint Coran en effet, réfute toute possibilité de voir Dieu comme nous pouvons le lire au verset 103 de la sourate al-An?am (les bestiaux): « Les regards ne le perçoivent pas et lui perçoit les regards. C’est lui le bienveillant et doux, le connaisseur ».

Chers amis, l’Ancien et le Nouveau Testaments indiquent franchement la prophétie de Jacob, Moïse, Aaron, David, Salomon, Jérémie et Jésus, que la paix de Dieu soit sur eux tous. Vos livres retiennent aussi que ces prophètes avaient été honorés de la Révélation, de la sainteté et de la mission sacrée de guider les gens. Or, ce sont ces mêmes livres (les deux Testaments) qui associent à ces nobles prophètes tant de défauts qui les disqualifient du rang de la prophétie et de celui de guides. C’est pourquoi le Coran s’est chargé d’innocenter les prophètes de toutes les accusations dont ils ont dû être la cible dans vos livres. Lisons donc le verset 124 de la sourate al-Baqara (la vache): « Souvenez-vous lorsque Dieu, voulant mettre à l’épreuve Abraham, lui dicta certaines prescriptions dont il s’acquitta avec bonheur, et que Dieu lui dit alors: « Je ferai de toi un guide spirituel pour les hommes. » - « Et ma descendance bénéficiera-t-elle de cette faveur? », demanda Abraham. « Mon pacte dit le Seigneur, ne sera pas conféré aux injustes. »

Voyez-vous, le mensonge, la trahison, l’audace, le manque d’humilité, la tromperie, l’absence de foi en Dieu, l’ironie et le sarcasme sur ses promesses, l’attribution du mensonge et de la tromperie à sa sainteté, de même que l’adultère, l’appel au polythéisme et la falsification sont autant de vices considérés comme les plus honteuses des injustices et leurs auteurs sont des injustes. De ce fait, la raison et la conscience s’offusquent de confier à l’injuste la prophétie, la souveraineté religieuse, la responsabilité de diffuser le message divin, d’enseigner aux gens le monothéisme et la loi de Dieu.

Ainsi, le Coran apporte un démenti formel à l’ensemble des calomnies colportées par les deux Testaments, souillant la réputation des prophètes tels que Jacob, que la paix de Dieu soit sur lui: la Torah prétend que pour obtenir de son père Isaac sa bénédiction, il a dû user de ruse et de dissimulation, et qu’il a menti à son père en se faisant passer pour son frère. La même Torah n’a pas été plus tendre à l’égard de Moïse, puisqu’elle lui attribue ni plus ni moins que l’impolitesse envers Dieu, sans parler de ses doutes quant à la réalisation des promesses divines.

Rappelons-nous l’ordre donné par Moïse, toujours selon la Torah, pour l’extermination de populations entières, dans le seul but de prendre possession de leurs terres, et c’est son successeur Josué qui se serait chargé de cette basse besogne. Nous pouvons ainsi prendre la mesure du respect témoigné aux prophètes, tout au long des deux Testaments et ce n’est sûrement pas le Prophète David qui pourra se vanter d’y faire exception, lui qui fût accusé d’adultère avec Batchéba, la femme d’ Urie le hittite, un homme croyant et un soldat intègre (2 Sam 11/3-4). Autant pour son fils, Salomon, que la paix de Dieu soit sur lui, qui ne fût guère épargné par la calomnie; il fût décrit dans l’Ancien Testament comme un païen résolu et très actif. Jérémie ne fût pas en reste puisqu’il aurait attribué à Dieu le mensonge et la trahison.

Quant au Nouveau Testament, il s’en est d’abord pris au Christ, le décrivant notamment à travers les Evangiles comme quelqu’un qui diffusait des idées polythéistes. Et puisque le Christ lui-même n’a pas été épargné, il était logique que ses disciples aient aussi droit à leur lot d’accusations. C’est dire que les Evangiles n’ont pas été par quatre chemins pour les affubler de toutes les injustices à l’égard de Jésus qu’ils auraient renié, abandonné et trahi dans les moments où il avait plus que jamais besoin de leur fidélité. Le verset coranique cité précédemment démontre si besoin est que les Evangiles sont loin d’être dans le vrai, et disons-le franchement: qu’ils ont menti, soit en montrant sur les disciples l’image repoussante et blâmable que nous venons de voir, soit en affirmant que le Christ les avait chargés d’enseigner son message à toutes les nations et prêcher l’Evangile au monde. Or, en rapportant que les disciples étaient les envoyés du Christ, autant que lui-même était l’envoyé de Dieu, l’Evangile semble vouloir évoquer le principe de la fonction de guide parmi les hommes, car Jésus leur aurait dit: « Tout ce que vous interdirez sur terre sera interdit dans le ciel; tout ce que vous permettrez sur terre sera permis dans le ciel. » (Matt 18/18).

Expliquez-moi donc, comment peuvent se côtoyer dans le même livre de la révélation deux positions contradictoires d’un prophète, comme Jésus avec un de ses disciples? Ouvrons l’Evangile selon Matthieu (16/18-19) et lisons ce que Jésus dit à Pierre: « Tu es Pierre et sur cette pierre je construirai mon Eglise. La mort elle-même ne pourra rien contre elle. Je te donnerai les clés du royaume des cieux: ce que tu interdiras sur terre sera interdit dans les cieux; ce que tu permettras sur terre sera permis dans les cieux. ». Un peu plus loin, dans le même chapitre (16/23), il lui dit: « Va t’en loin de moi, Satan! Tu es un obstacle sur ma route, car tu ne penses pas comme Dieu, mais comme les hommes. »

Enfin, nous savons par le Nouveau Testament que Paul fût un ennemi acharné pour l’Eglise. Il persécutait jusqu’à la mort ceux qui osaient suivre le chemin de Jésus; il arrêtait les hommes et les femmes et les jetait en prison; il les torturait et les forçait à blasphémer contre le Christ. Mais soudain, le voilà qui devient apôtre et guide de la nation chrétienne. Bien plus, ses orientations s’érigent en principes dominants de l’enseignement chrétien et comme nous l’avons vu, ses lettres n’ont pas tari dans le rejet et le dénigrement de la Loi de la Torah.

Le Coran explique, chers amis, que si les disciples et Paul étaient apôtres et guides, toutes les allusions qui font d’eux des êtres injustes ne sont que mensonge. Mais s’ils étaient réellement tels qu’ils nous sont présentés dans le Nouveau Testament, le mensonge serait de les qualifier d’apôtres, de prophètes ou de guides spirituels, car l’injuste ne peut être guide religieux, contrairement à ce que voudrait laisser croire le Nouveau Testament.

Les Evangiles et le respect de Jésus pour sa sainte mere

Revenons à Jésus et cette fois à son manque de respect et de considération envers sa sainte mère, la vierge Marie, que la paix soit sur elle et son fils. Mes amis, vos Evangiles (Matt 12/47-50; Marc 3/31-35; Luc 8/19-21) affirment qu’un jour Marie vint rendre visite à son fils qui était en compagnie de beaucoup de gens. Pendant que Marie attendait hors de la maison et que quelqu’un était entré pour l’en informer, Jésus n’accueillit la tendresse de sa mère et son désir ardent de le voir, que par la moquerie, la grossièreté et le manque de respect. Il jeta même le discrédit sur la sainteté de Marie en lui préférant les disciples dont vous avez décrit la réputation, si mes souvenirs sont bons.

Pour sa part, le Coran ne manque pas de rétablir la vérité sur l’attitude de Jésus à l’égard de sa sainte mère, notamment à travers le verset 32 de la sourate de Mariam (Marie): «Ainsi que d’être bon envers ma mère, et il n’a point fait de moi un être violent ni méchant.»

Sachez, chers amis, que grâce à ses histoires et sa à juste loi sur la souveraineté religieuse, le Coran démontre qu’une grande partie des Evangiles courants se situe aux antipodes de la vérité et du raisonnable. Comment pouvez-vous dire dans ce cas que le Coran ajoute foi à leurs paroles? Dans le meilleur des cas, au lieu de dénoncer ouvertement les Evangiles, le Coran se contente de faire la démonstration de principes contraires aux leurs, tout en évitant le démenti franc et brutal.

Que signifie « le Coran confirme ce qu’il y a chez les gens du Livre? »

Emmanuel: Le Coran déclare à plusieurs reprises qu’il confirme ce qu’il y a chez les gens du Livre ainsi que nous pouvons le constater à travers les versets 41, 89, 91 et 97 de la sourate al-Baqara (La vache), et 47 de la sourate an-Nissa’ (les femmes).

Le cheikh: Cette argumentation qui s’appuie bien maladroitement sur les paroles du Coran en vue d’offrir plus de crédibilité aux deux Testaments courants, me rappelle bizarrement ce que j’ai lu dans le livre d’al-Gharib Ibn al-?Adjib, à la douzième page pour être précis. Venant d’al-Gharib, cela n’a rien de bizarre, mais cela le devient lorsque cela provient d’une personne libre d’esprit et de conscience telle que vous. Où avez-vous donc appris, mon jeune ami, que les versets que vous venez de citer déclarent que le Coran confirme ou approuve les deux Testaments qui étaient en usage lors de sa révélation? Auriez-vous déjà oublié les histoires du Coran, son code sur la souveraineté religieuse, ses principes sur le monothéisme, sa glorification pour la grandeur et la sainteté de Dieu? Tout ceci dans le Coran témoigne de façon on ne peut plus clair de la grande distance qui sépare l’essentiel des deux Testaments de la vérité. En vérité, ce que l’on doit retenir de ces versets, c’est que le Coran ne confirme de ce qu’il y a chez les gens du Livre que ceci: le monothéisme, l’abolition du paganisme, la foi en la révélation divine, la prophétie et le jour du jugement dernier.

Emmanuel: Pourtant, le Coran déclare également qu’il confirme les livres qui sont devant lui et les préserve comme ce que nous pouvons lire dans le verset 48 de la sourate al-Ma’ida (la Table).

Le cheikh: La traduction littérale de l’expression « devant lui » serait valable s’il s’agissait d’un rapport entre contenu et contenant, c'est-à-dire, un espace matériel où l’on peut situer deux corps, l’un par rapport à l’autre. A ce moment là, il serait correct de dire que l’expression « devant lui » nous renvoie à cette notion d’espace matériel. Mais lorsqu’il s’agit du Coran qui est la parole de Dieu révélée à son envoyé (a.s.s), nous ne pouvons pas lui situer un devant ou un derrière selon la même conception de l’espace. Il se trouve que l’espace évoqué dans la parole de Dieu (qu’Il soit béni et exalté) est en réalité une notion de temps. Cela signifie que lorsque le Coran parle des Livres qui sont devant lui, il fait allusion à ceux qui l’ont précédé dans la révélation. Ainsi, le Coran confirme les Livres qui ont été révélés à Moïse et à Jésus (que la paix de Dieu soit sur eux), mais en aucun cas, il ne s’agit pour le Coran de confirmer les exemplaires de livres qui lui disputent le même espace sur l’étagère d’une bibliothèque et que nous appelons communément Torah, Evangile, etc. La précision est de taille, d’autant plus que le Coran ne dit nullement qu’il confirme les présents livres. Mais ce que cela a tendance à confirmer par contre, c’est le cinglant démenti que le Coran apporte à ces livres comme nous l’avons vu, avec le tact qui convient à la sagesse divine.

Emmanuel: Le Coran dit: « Nous t’avons fait descendre le Livre (le Coran) en toute vérité, qui confirme les livres qui sont devant lui et les préserve.» Dites-nous, Cheikh, doit-on comprendre que les juifs et les chrétiens ont falsifié un livre qui est sous la préservation du Coran? Sachant que les commentateurs ont interprété le mot « préserve » par « surveille ». Cela veut dire que le Coran est le surveillant de tous les Livres, qu’il les protège du changement et témoigne le leur exactitude et de leur constance. Pouvez-vous alors dire que les juifs et les chrétiens ont falsifié ces livres, bien qu’ils soient sous la protection du Coran?

Le cheikh: Voyons, Emmanuel; ce sont les mêmes paroles que nous retrouvons dans le livre d’al-Gharib Ibn al-?Adjib, en particulier aux pages onze et douze, et qui à son tour les avait copiées sur ses prédécesseurs. Concernant les paroles du Coran qui sont l’indication-même du droit chemin, elles ont été révélées au Messager de Dieu environ six cent ans après le Christ. Le Coran n’est pas un homme qui, l’épée à la main, a monté la garde prés de ces livres depuis l’époque des juges jusqu’à sa propre révélation. Il n’était pas du ressort du Coran d’intervenir à l’époque des rois d’Israël, pour les dissuader de renoncer au monothéisme, ni lorsqu’ils ont saccagé et souillé le temple, puis l’ont transformé en demeure pour les idoles. Etait-ce au Coran d’assumer l’invasion des païens pour Israël et le pillage de leurs objets sacrés? De même pour l’incendie du temple du Seigneur et des maisons de Jérusalem? Non, mon ami, le Coran n’était pas tenu d’intervenir contre l’anéantissement de la nation israélite dans l’extermination et la déportation, ni lorsque Hilquia et Esdras se réservèrent l’exclusivité de la révélation de la Torah après la déportation à Babylone. Et même après le Christ; était-ce encore la faute du Coran si les livres des deux Testaments étaient restés cachés au public et que leur lecture était le seul privilège des religieux?

Mon jeune ami, le Coran préserve la Torah et l’Evangile, mais sûrement pas comme tu l’imagines, je veux dire: sans qu’il ait à remonter deux mille ans avant sa propre révélation pour surveiller les livres en question et repousser physiquement toute personne qui serait tentée d’y porter atteinte.

Emmanuel: Non, cheikh, je ne pourrai jamais penser une telle chose. Je remercie Dieu de m’avoir donné suffisamment conscience pour comprendre que le Coran est une parole qui guide vers le plus droit des chemins et qu’il nous fournit des preuves par la démonstration. Je ne l’ai jamais imaginé comme un bras armé qui aurait autorité sur les événements. S’il surveille et préserve, je sais que c’est par la solidité de son argument et l’irréfutabilité de sa preuve, mais seulement depuis le moment de sa révélation. Cependant, ne trouvez-vous pas, cheikh, que vous êtes quand même tenu de fournir une explication cohérente au fait que le Coran préserve depuis sa révélation les livres saints qui l’ont précédé?

Le cheikh: Et bien, vous remarquerez aisément que le noble Coran a assuré par la sagesse de ses démonstrations et la douceur de ses indications et de ses Signes à l’intention des gens intelligents, une sauvegarde et une grande protection pour les véritables livres. Depuis sa révélation, il les préserve pour que ne soient profanés ni leurs enseignements célestes, ni la sainteté de leurs prophètes, ni la noblesse de leurs histoires par les mythes du paganisme, les enseignements de l’idolâtrie et la médiocrité des incohérences ou des contradictions. C’est dans cette logique que le Coran a rapporté dans leurs versions authentiques, les histoires d’Adam, d’Abraham et celle de l’événement du veau. C’était là un moyen d’innocenter les livres révélés de ce qui a été introduit dans leurs histoires, ce qui a conduit à compromettre sérieusement leur crédibilité et défigurer leur image. Rappelons le verset 124 de la sourate al-Baqara (la Vache) rapportant les paroles de Dieu à Abraham sur l’importance que revêt la fonction de guide et d’autorité religieuse: « Mon pacte ne sera pas conféré aux injustes », ceci, pour laver les vrais livres de toutes les souillures et les profanations dont ils ont pu faire l’objet et malheureusement omniprésentes à travers les aberrations diffusées par les livres actuellement en usage, notamment au sujet de Lot, Jacob, Moïse, Aaron, David, Salomon ou encore Jésus; de nobles prophètes, que la paix de Dieu soit sur eux tous.

Au verset 82 de la sourate an-Nissa’ (les Femmes), le Coran dit encore: « S’il provenait d’un autre que Dieu, ils y trouveraient maintes contradictions. » Voyez donc comment le Coran lave les livres célestes de l’opprobre de la contradiction qui est une des caractéristiques de l’Ancien et du Nouveau Testaments courants. Je vous invite par ailleurs, à consulter à ce sujet l’incontournable al-houda ( p197-234).

Au verset 64 de la sourate A^l-?Imran (la famille d’Imran), Dieu ordonne à son envoyé Mohammed (a.s.s): « Dis: « Vous qui aviez reçu le Livre, venez à une parole commune entre vous et nous: n’adorons que Dieu, ne lui associons rien, ne prenons point les uns les autres pour des maîtres, en dehors de Dieu ». ». Ceci doit être compris entre autres comme une mise en garde contre la divinisation de l’être humain. Il ajoute au verset 79 de la même sourate: « Il n’appartient à aucun être humain à qui Dieu donne le Livre, la sagesse et la prophétie, de dire aux gens: « Soyez mes adorateurs ». », ensuite, au verset 80: « Il ne vous ordonnera pas de prendre pour seigneurs les anges et les prophètes. Vous ordonnerait-il la mécréance? »

Par ces paroles, le Coran vient innocenter le Christ, ainsi que son véritable message, de tout ce qui a été rapporté dans les Evangiles selon Matthieu, Marc et Luc, sur les prétendues déclarations de Jésus teintées de polythéisme.

Au verset 13 de la sourate at-Taghâboun, nous lisons: « Dieu, il n’est de dieu que Lui. » et aux versets 22 et 23: « Il est Dieu et il n’est de dieu que Lui. »

Au verset 163 de la sourate al-Baqara: « Votre Dieu est Unique, il n’y a d’autre divinité que Lui.» Cette expression se répète plus de quarante fois dans le Coran.

Dans la sourate an-Naml (les Fourmis), Dieu adresse de sévères blâmes à travers le verset 61: « Y a-t-il une autre divinité avec Dieu? Non, bien sûr! Mais la plupart de ces gens là ne le savent pas. » Ensuite, au verset 62: « Il est rare que vous vous rappeliez. » Enfin, au verset 63: « Dieu, le Très Haut est au dessus de tout ce qu’ils Lui associent. »

Le Coran qui n’a pas manqué de soutenir le message du Christ et confirmer sa sainteté, insiste encore à travers ces versets sur son innocence et celle du véritable Evangile des insinuations suggérant le polythéisme du Christ, colportées par les Evangiles courants.

En parlant de la majesté de Dieu, le Coran dit au verset 103 de la sourate al-An?am: « Les regards ne Le perçoivent pas. ». Voici qui est à même de dénoncer la Torah courante et foisonnante de mythes, selon laquelle Jacob aurait vu Dieu et que Moïse, Aaron, ainsi que ses deux fils et soixante-dix des anciens israélites auraient également vu Dieu et ils auraient même mangé et bu en sa présence.

Mes amis, lorsque le Coran donne des Signes sur la perfection de Dieu et de ses messages, tout en mettant à nu les aspects contraires qui distinguent les deux Testaments courants, il assure ainsi la meilleure des préservations pour les véritables Livres de la Révélation et la meilleure des défenses pour leur honneur et leur gloire contre tout ce qui leur a été associé dans ce que nous avons cité. C’est en tout cas ce qui ressortira d’une comparaison entre les deux Testaments avec le Coran, en particulier sur le plan de l’histoire des prophètes, de leur sainteté et des enseignements divins qu’ils ont pour mission sacrée de transmettre. C’est également ce que retiendrait tout esprit avisé qui aurait la pertinence de les confronter.

Il n’est point de modification pour les paroles de Dieu.

Emmanuel: Par le moyen de plusieurs versets, le Coran témoigne que la Torah et l’Evangile sont la parole de Dieu, comme il déclare dans plusieurs versets également que les paroles de Dieu ne peuvent être modifiées. C’est ce que nous lisons dans les sourates: al-An?am, Younes et al-kahf, ainsi que d’autres versets qui montrent qu’il est impossible de modifier ou de falsifier littéralement la parole de Dieu.

Le cheikh: Ce n’est pas ainsi que le Coran présente les choses. Il ne dit pas qu’il est impossible de modifier ou de falsifier les paroles de Dieu au sens où vous l’entendez. Ce qu’il veut dire, c’est que les paroles de Dieu à travers ses promesses et ses lois s’accomplissent tel qu’il l’a promis et prédéterminé. Elles ne changent pas et nul ne peut les changer. Certes, le verset 34 de la sourate al- An?am dit: « Des prophètes avant toi ont été accusés de mensonge, mais ils ont supporté avec patience injures et persécutions, jusqu’à ce que leur vint notre secours. », ce qui veut dire: supporte avec patience le démenti et la méchanceté, et Dieu te soutiendra comme il avait soutenu les prophètes avant toi. Ensuite, dans le même verset: « et nul ne peut modifier les paroles de Dieu. »

Vous voyez, Emmanuel, le sens qui convient à l’illustre verset est qu’il n’y a pas de modification pour les paroles de Dieu, qui sont ses promesses faites à ses prophètes de leur accorder la victoire et de dévoiler la vérité.

Au verset 115 de la même sourate: « La parole de ton Seigneur s’est accomplie en toute vérité et en toute justice. Nul ne peut modifier ses paroles. ». Quel sens voulez-vous donner à ce verset, sinon que les paroles de Dieu dans ce qu’il a promis et prédéterminé s’accompliront inévitablement. Leur probité et leur justesse seront révélées et nul ne pourra les modifier. D’ailleurs, qui pourrait bien le faire?

Le verset 64 de la sourate Younes, en évoquant les croyants pieux, déclare à leur sujet: « A eux la bonne nouvelle dans la vie immédiate et dans la vie ultime; il n’y a nul changement aux paroles de Dieu. Tel est le grand triomphe. » Que peut-on retenir de ce verset, sinon que nul ne peut empêcher la réalisation de la promesse de Dieu.

Au verset 27 de la sourate al-Kahf, nous lisons: « Récite ce qui t’a été révélé du Livre de ton Seigneur. Nul ne peut changer ses paroles. ».

Ensuite, nous pouvons lire au verset 94 de la sourate al-Hijr: « Proclame donc hautement les ordres que tu as reçus et détourne-toi des idolâtres. » Cela signifie: déclare la vérité dont tu es porteur et ne crains pas de leurs démentis et de leurs sarcasmes, l’échec pour ta mission.

Le verset 95 de la même sourate exprime le soutien de Dieu à son Prophète: « Nous te suffisons contre les railleurs. »: Dieu t’a promis de faire prévaloir ta religion sur toutes les religions, n’en déplaise à ceux qui lui attribuent des associés, ainsi que le dit le neuvième verset de la sourate. Récite donc ce qui t’a été révélé du Livre de ton Seigneur; il t’a promis de te soutenir et de faire prévaloir ta religion; nul ne peut modifier ses paroles quant à sa promesse et sa bonne nouvelle.

Mon jeune ami, en évoquant ces versets, vous avez sans doute voulu faire référence à al-Gharib Ibn al-?Adjib et au tissu de calomnies dont il a couvert la page 13 de sa « Rihla », dont vous avez en fin de compte repris l’explication selon laquelle les paroles de Dieu ne peuvent pas être modifiées littéralement. Seulement, pouvez-vous me dire quels sont ces versets sur lesquels vous vous appuyez pour dire cela? Ne savez-vous pas que l’imitation aveugle ne fait pas bon ménage avec l’honneur et qu’elle est une entrave sérieuse à l’élévation et à la gloire?

Emmanuel: Le cheikh Gharib raconte dans la page 13 de sa ar-rihla al-hidjaziya: l’imam al-Boukhari dit dans son Sahih au sujet du commentaire du verset « Ils déplacent les paroles de leurs positions »: ils enlèvent les paroles. Et comme personne ne peut enlever un mot du livre de Dieu, il faut comprendre: ils falsifient, c’est-à-dire qu’ils donnent une fausse explication.

En outre, le cheikh Gharib, reprenant al-Baydhaoui et ar-Razi, explique dans sa rihla (p 13-17) que la falsification s’opère à travers l’interprétation. Il ajoute (p 18-19) que, d’après Ibn Taymiya, les savants avancent au sujet de la falsification deux points de vue: le premier concerne le changement des mots, alors que le second s’intéresse au changement des significations. Quant-à lui, il a défendu le deuxième point de vue.

Enfin, il dit que d’après az-Zarqani, les théologiens musulmans divergent sur la nature de la falsification de la Torah et de l’Evangile: pendant que certains parlent d’une falsification par les ajouts et les manques dans les textes, d’autres parlent d’une falsification par l’interprétation et le commentaire. Que pensez-vous de tout ceci, cheikh?

Le cheikh: Concernant les paroles pour lesquelles Gharib cite al-Boukhari, je peux vous dire que j’ai personnellement lu al-Boukhari dont le Sahih ne comporte aucune trace pour ce qu’il avance. Au contraire, Sahih al-Boukhari, vers la fin de kitab al-i?tissam bi-l-kitab wa-s-Sounna, rapporte les propos d’Ibn ?Abbas reprenant le Messager de Dieu (a.s.s) qui leur avait raconté que les gens du Livre avaient modifié le Livre de Dieu et l’avaient changé. Dans le seul but de satisfaire leurs intérêts d’ici bas, ces gens ont eux même écrit le livre en affirmant qu’il avait été révélé par Dieu. Alors, est-ce que al-Boukhari commente de son propre chef, en opposition à ce que lui même rapporte dans son Sahih sur les propos du prophète?

Ceci, Emmanuel, constitue non seulement une réponse à Gharib, mais également un argument de la bouche du prophète, contre al-Baydhaoui, ar-Razi, Ibn Taymiya, ainsi que les théologiens et autres savants qui agitent la thèse de « la falsification par l’interprétation ».

Eh bien, Emmanuel, après toutes les contradictions et les incohérences relevées dans les deux Testaments et qui portent préjudice à la grandeur de Dieu et à la sainteté de ses prophètes, ne pouviez-vous pas trouver mieux que de recourir à des arguments aussi fallacieux que les références faites par Gharib Ibn al-?Adjib à al-Baydhaoui, Ibn Taymiya et d’autres encore, qui commentent le Coran à leur convenance et selon leur propre appréciation? Ce serait à l’évidence faire outrage aux savants musulmans et à leurs chercheurs.

Emmanuel: Je sais que vous êtes au courant de notre précédente étude sur la Torah et les Evangiles et que vous avez lu ce qui a été consigné à ce sujet. Au bout de cette étude, une conclusion s’impose: La plus grande partie des deux Testaments ne peut raisonnablement être attribuée à la révélation de Dieu pour ses prophètes, pendant que la partie restante ne repose sur aucun appui la reliant à la révélation. Ce que je voudrais connaître à présent si vous le permettez, c’est ce qui a pu servir de base de raisonnement à al-Baydhaoui, Ibn Taymiya et certains autres; qu’est-ce qui les a amenés à soutenir que la falsification s’opère à travers l’interprétation?

Le cheikh: Mon jeune ami, vous devez savoir que les livres des deux Testaments étaient inaccessibles au commun des juifs ou des chrétiens. Il n’y a pas si longtemps, les hommes de religion, juifs et chrétiens, continuaient encore d’empêcher la diffusion de ces livres, qui n’ont été révélés au grand public dans les langues arabe et perse, que depuis deux siècles environ, suite à la réforme protestante. En terre d’Islam, les deux Testaments n’avaient aucune existence à l’époque de ceux à qui faisait référence Gharib Ibn-?Adjib. Ces gens-là ne connaissaient des deux Testaments que le nom. Ils ignoraient tout des différences qui distinguaient ces livres les uns des autres, les innombrables contradictions que nous n’avons pas manqué de citer, mais surtout leur incompatibilité avec le Coran. Les pauvres étaient loin de soupçonner les monstruosités qui parsèment ces livres et, les imaginant dépourvus de toute tare, ils sont allés chercher les raisons de leur falsification dans leur interprétation, sans que leur attention ait été attirée vers le récit d’al-Boukhari qui reprenait Ibn ?Abbas sur l’explication du Prophète (a.s.s) pour le phénomène. Leur attention ne fut pas attirée non plus par les paroles du verset 91 de la sourate al-An?am (les Bestiaux): « Qui donc a révélé l’Ecriture que Moïse a apportée comme lumière et direction pour les hommes? – Ce livre que vous écrivez sur des feuillets, pour n’en montrer qu’une partie, tout en cachant tout le reste ». C’est pourtant clair; le Coran montre bien ce que les juifs avaient fait de la Torah des feuillets dont ils ne montraient que ce qui pouvait servir leurs intérêts et faisaient disparaître le reste.

Emmanuel: Le Coran dit dans le verset 43 de la sourate al Ma’ida (la Table): «Et comment te prendraient-ils pour juge, alors qu’ils détiennent la Torah où se trouve le jugement du Seigneur, si ce n’est pour récuser ensuite ton jugement quand il leur est défavorable? Ces gens là n’ont rien de commun avec les croyants. » Ainsi, le Coran déclare que la Torah qui se trouvait chez les juifs à l’époque de votre prophète, contenait le jugement de Dieu.

Le cheikh: Certes, ce que les juifs appellent aujourd’hui la Torah contient quelques dispositions rapportées de la vraie Torah, et le Coran indique au verset 45 de la sourate sus-citée, que le jugement auquel fait allusion le verset 43 n’est que la loi du talion. Cette loi se trouve effectivement dans la vraie Torah, mais aussi dans la Torah actuellement en usage (Deut 19/20). Il est important de préciser cependant, que le Coran ne dit nullement que le livre qui se trouvait chez les juifs à l’époque qui nous intéresse était bien le Livre de Dieu. Et si le Coran l’a appelé Torah, c’était par simple souci de représentation et que tel était le nom que lui donnaient les juifs. Le Coran resta d’ailleurs sur cette forme de complaisance à l’égard des gens du Livre ainsi qu’en témoigne le verset 157 de la sourate al A?raf (les Murailles): « A ceux qui suivront l’envoyé, qui est le Prophète illettré, qu’ils trouvent mentionné chez eux dans le Pentateuque et l’Evangile. » C’est la référence à ce qui est annoncé dans la Torah (Deut 18/15) et dans l’Evangile (Jean 15/26, 16/7-15). Par ailleurs, il est utile de souligner que dans l’Evangile selon Barnabé, en parlant de ce Prophète annoncé, le nom de Mohammed est ouvertement prononcé. Rappelons enfin que cet Evangile fut frappé d’interdiction.