AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)
 
Les frères de Jésus

Eliezer: - Est-ce que Jésus avait des frères? Et si oui, l’étaient-ils par sa mère, marie la sainte vierge?

Emmanuel: - L’Evangile selon Matthieu (13. 54-56) et l’Evangile selon Marc (6. 1-3) rapportent que lorsque Jésus alla à Nazareth et qu’il se mit à enseigner dans la synagogue, les juifs s’étonnèrent de son savoir; ils se demandèrent: « D’où a-t-il cette sagesse? Comment peut-il accomplir ces miracles? N’est-ce pas lui le fils du charpentier? Marie n’est-elle pas sa mère? Jacques, Joseph, Simon et Jude ne sont-ils pas ses frères? Et ses sœurs ne vivent-elles pas toutes parmi nous? D’où a-t-il donc tout ce pouvoir? »

Eliezer: - Oui, mais ces quatre frères, sont-ils les enfants de Marie, la mère de Jésus, où alors ceux de Joseph et d’une autre femme?

Emmanuel: - Eh bien, on ne peut pas dire que le Nouveau Testament soit explicite sur la question. Toutefois, le livre moghni at-tollab fi mawadhi‘ al-a‘hdayn cite Jacques, fils d’Alphée et l’appelle: parent de notre Seigneur, en faisant référence à la Lettre aux Galates (1. 9), où Jacques est également appelé: le frère du Seigneur. Il nous renvoie aussi à l’Evangile selon Marc (6. 3) qui cite Jacques parmi les frères de Jésus, et c’est encore ce qu’on trouve dans l’Evangile selon Matthieu (13. 55).

En parlant de la famille de Jésus, les Evangiles nous apprennent qu’il ne prêta pas attention à sa mère et ses frères une fois, alors qu’ils étaient venus lui rendre visite: « Jésus parlait encore aux foules lorsque sa mère et ses frères arrivèrent. Ils se tenaient dehors et cherchaient à lui parler. Quelqu’un dit à Jésus: - Ecoute, ta mère et tes frères se tiennent dehors et désirent te parler. Jésus répondit à cette personne: - Qui est ma mère et qui sont mes frères? Puis il désigna de la main ses disciples et dit: - Voyez: ma mère et mes frères sont ici. Car celui qui fait ce que veut mon père qui est dans les cieux est mon frère, ma sœur ou ma mère. » (Matt 12. 46-50; Marc 3. 31-35; Luc 8. 19-22). Enfin, nous apprenons dans l’Evangile selon Jean (7. 3, 5, 10) que Jésus avait des frères.

Un autre livre: qamous al-kitab al mouqaddas, tente d’expliquer la parenté des « frères du Seigneur » avec Jésus, par trois hypothèses différentes: La première est qu’ils sont les frères de Jésus par Marie et Joseph. C’est l’explication la plus simple, laquelle est d’ailleurs corroborée dans l’Evangile selon Matthieu (1. 25; 13. 55). Cependant, le respect dont jouie Marie et l’importance de la virginité dans l’ancienne Eglise, ajoutés à l’aversion de la plupart à considérer comme une femme ordinaire, pouvant tomber enceinte et mettre des enfants au monde après avoir reçu le Saint-Esprit et après avoir été la mère de Jésus-Christ, poussa l’Eglise Romaine et Orientale ainsi qu’une partie des églises protestantes, à deux autres hypothèses qui ne s’appuient que sur l’imagination et la probabilité, en opposition faut-il le rappeler, aux déclarations des Evangiles.

Eliezer: - Peu nous importe tout cela; revenons plutôt au sujet de tout à l’heure, car pendant que tu parlais des frères de Jésus, je ne cessais de repenser à cet enseignement à double langage, qui demandait aux juifs qui croyaient en le Christ, de respecter la loi mosaïque, et aux autres croyants de ne pas en tenir compte. Notre religion a été répandue sur la base de principes contradictoires et la qualité des valeurs transmises dépendait de la nature du destinataire. Trouves-tu cela concevable, toi?

Contradictions dans l’enseignement de l’Eglise

Emmanuel: - Eh bien, cela ne semble pas être aussi révoltant pour les auteurs du Nouveau Testament que ça l’est apparemment pour vous, cher père. Rappelez-vous que c’est justement l’Eglise qui s’est réunie pour prendre la décision de ce double langage. Le cinquième chapitre de Actes des Apôtres explique dans le détail les conditions qui ont amené ceux qui oeuvraient aux destinées du christianisme, à prendre un telle décision.

Quoi qu’il en soit, après cette réunion, Paul partit à Antioche en compagnie de Barnabé et de deux autres amis: Jude et Silas, afin de transmettre aux croyants non juifs les nouvelles directives. Après quelques jours passés à Antioche, Paul prit la direction de Derbe, puis celle de Lystre.

Au début du seizième chapitre des Actes, nous lisons que Paul fit la connaissance d’un croyant appelé Timothée; il était fils d’une Juive devenue chrétienne et d’un père grec. Paul le prit comme compagnon et le circoncit.

C’est également Paul qui, en parlant de lui-même, raconte dans la première lettre aux Corinthiens (9. 20-21): « Lorsque je travaille parmi les Juifs, je vis comme un Juif, afin de les gagner; bien que je ne sois pas soumis à la loi de Moïse, je vis comme si je l’étais lorsque je travaille parmi ceux qui sont soumis à cette loi, afin de les gagner. De même, lorsque je suis avec ceux qui ne connaissent pas la loi de Moïse, je vis comme eux, sans tenir compte de cette loi, afin de les gagner. »

La contradiction, hélas, ne s’arrête pas là; non seulement Paul avoue user d’un double discours avec les croyants, mais c’est aussi une attitude qu’il condamne chez les apôtres (Gal 2. 11-13): « Mais quand Pierre vint à Antioche, je me suis opposé à lui en public, parce qu’il était dans l’erreur. En effet, avant l’arrivée de quelques personnes envoyées par Jacques, il mangeait avec les frères non Juifs. Mais quand ces gens furent arrivés, il se retira et cessa de manger avec eux, parce qu’il avait peur des partisans de la circoncision. Les autres frères juifs se mirent à agir aussi lâchement que Pierre, et Barnabé lui-même se laissa entraîner par leur exemple de lâcheté. »

Peu avant, dans le même chapitre, Paul se disait investi par Dieu, de la mission d’annoncer la bonne nouvelle aux non juifs, tout comme Pierre avait été investi de la même mission mais auprès des juifs. Il disait aussi que Pierre, Jacques et Jean qui étaient considérés comme les chefs, lui reconnurent cette particularité. C’est pourquoi, ils ont convenu que lui irait travailler parmi les non juifs et qu’eux iraient parmi les juifs (Gal 2. 7-9).

Eliezer: -Je suis abasourdi devant ce que j’entends. Je peine à admettre qu’une même religion impose des enseignements aussi contradictoires, à des nations différentes il est vrai, mais tout de même soumises à la même religion. Que devient l’universalité du message divin dans tout cela? Et au fait, que pense-tu de la lâcheté des apôtres, déplorée par Paul? Que c’est désespérant!

Les lettres de Paul

Emmanuel: - Mon cher père, les lettres de Paul ont levé les problèmes de contradiction par lesquels se caractérisait la diffusion du christianisme. Ces lettres ont unifié le message et appelé au rejet de la loi mosaïque et de la tradition juive. Elles ont également condamné les anciens de l’Eglise et les apôtres, parce que tenus pour responsables de cette situation de retour en arrière et favorisée essentiellement par la tentation du pouvoir, dans laquelle le croyant continuait de subir l’ancienne loi qui comprenait le culte des idoles, rendait licite la consommation du sang, de la chair d’animaux étouffés et de la viande provenant de sacrifices offerts aux idoles.

Eliezer: - Incroyable! Je suis ébahi que l’enseignement attribué à Paul ait pu avoir un ascendant aussi fulgurant sur celui des disciples et des chrétiens Hébreux, malgré leur grand attachement à la loi de Moïse. Ont largement témoigné de cet attachement, non seulement les Actes des apôtres ou la lettre de Jacques, mais aussi les lettres attribuées à Paul. Connais-tu, fiston, les raisons qui font que les directives de Paul aient autorité sur les enseignements des apôtres et des chrétiens Hébreux, mais surtout sur ceux du Christ qui n’a eu de cesse d’exhorter au respect de la loi et des instructions des maîtres de la loi qui sont les occupants du siège de Moïse?

Emmanuel: - Le respect que j’éprouve pour monsieur le curé ne m’autorise pas à répondre à votre question en sa présence.

Le prêtre: - Ne t’en fais donc pas pour moi, Emmanuel; si tu te sens apte à satisfaire la curiosité de ton père, tu dois lui répondre.

Emmanuel: - Dans ce cas, promettez moi de me rappeler à l’ordre, dès que vous me verrez sur le point de dévier de la vérité et du bon sens.

Le prêtre: - Soit, je t’en fais la promesse.

Emmanuel: - Père, à travers les livres de l’Ancien Testament, vous avez découvert la tendance des Israélites à céder à leurs passions, à leur penchant presque naturel à servir et à se servir du paganisme, et leur rébellion contre la loi de Dieu, depuis l’époque du prophète Moïse jusqu’à la déportation à Babylone, de telle sorte qu’ils n’ont été dissuadés ni par les impressionnants miracles, ni par les punitions qui se sont abattues sur eux. C’est vrai que leur déportation à Babylone et l’humiliation qu’ils y ont vécue leur ont appris au moins une chose: c’est qu’ils ne pouvaient retrouver un peu de leur gloire qu’en s’organisant en diaspora unie au nom de la religion israélite. Ceci les, fit hériter d’un fanatisme religieux sans égal, fanatisme qu’ils exprimaient à chaque cérémonie publique, tout en restant divisés et éparpillés dès qu’il s’agissait d’intérêts matériels.

Eliezer: - C’est vrai, je dois l’avouer, et c’est l’image que nous en avons encore de nos jours. Tout en affichant un certain conservatisme à travers leurs fêtes, rites et cérémonies publiques, ils restent personnellement indépendants de la loi pour l’ensemble de leurs affaires quotidiennes et n’ont pas de scrupules à vivre à contresens de la morale religieuse. C’est le témoignage de l’histoire sur toutes leurs générations.

Emmanuel: - Tout à fait, et quand les juifs furent sous la domination romaine, ils se dispersèrent à travers l’empire et allèrent s’établir en Asie Mineure, en Macédoine, en Grèce et même à Rome. Cette dispersion ainsi que leur intégration dans leurs nouvelles sociétés compliquèrent pour eux quelque peu la vie dans le cadre de la loi; il devint difficile pour eux de continuer à pratiquer leur religion. Cependant leur attachement à leur diaspora les empêcha de délaisser complètement la religion juive. Par conséquent, ils se retrouvèrent d’un côté, pris entre le besoin de se confondre dans les masses, attitude que leur dictait leur tendance très marquée à l’intérêt personnel, et de l’autre leur attachement extrémiste au nationalisme juif. Puis, quand ils eurent la nouvelle du message apporté par Jésus, ils l’ont adopté sans peine car il s’agissait pour eux d’une démarche israélite, compatible avec leur nationalisme. Ils avaient espoir que cet appel serait celui du renouveau et de la renaissance, et qui ne manquerait pas de constituer le cadre idéal à l’intérêt national. Ils manquaient alors d’autorité religieuse leur permettant de satisfaire leurs intérêts matériels et d’exploiter leur monde comme le faisaient les prêtres et les maîtres de la loi en pays juif.

C’est pourquoi, l’appel de Jésus ne représentait pour eux en aucun cas une menace; ils espéraient au contraire qu’en usant d’une bonne stratégie, ils en tireraient le plus grand profit. Voila donc pourquoi les Juifs furent nombreux à répondre à l’appel et à soutenir l’avènement du christianisme dans ces pays là.

Quand plus tard, ils commencèrent à recevoir des enseignements et des directives au nom du christianisme, ils se rendirent compte que nombre de ces enseignements convenait plus à leurs penchants, leur facilitait la vie parmi les étrangers et les libérait de la loi mosaïque qu’ils traînaient comme des fers aux pieds.

Ces nouvelles orientations, transmises notamment à travers les lettres attribuées à Paul trouvèrent un écho plus que favorable et rapidement de fervents partisans. Mais là n’est pas la seule raison à l’influence croissante de l’enseignement de Paul parmi les populations fraîchement acquises au christianisme; le déploiement des Romains et des Grecs en Syrie et en Palestine et les relations politiques et économiques qui liaient la Syrie à l’empire romain, fournissaient un cadre adéquat à la diffusion de la bonne nouvelle, ainsi qu’à l’expression des idéaux de Jésus-Christ et de ses miracles, auxquels n’était resté insensible et ne pouvait nier que l’entêté et le fanatique.

Néanmoins, il ne faut pas croire que le christianisme ait obtenu droit de cité sans difficulté, principalement à cause de l’attachement des gens à leurs religions et à leurs traditions. Pourtant, si d’ordinaire ces mêmes traditions constituent l’entrave principale à la promotion de toute réforme, particulièrement lorsqu’il s’agit des réformes religieuses; force est de reconnaître que la nouvelle doctrine prônée dans les lettres de Paul ne rencontra pas autant de résistance au sein de la société grecque. Mais si les enseignements de Paul y trouvèrent un accueil aussi favorable, c’est surtout parce que fondamentalement ils ne heurtaient pas les croyances locales, sachant que les principes mêmes de la triade et de la naissance des dieux, ancrés dans la mythologie grecque, se trouvaient préservés dans ce nouveau concept qu’était la trinité. Tout ce que la nouvelle religion apportait de nouveau aux populations implantées dans les zones d’influence hellénistique, est qu’elles devaient désormais compter Jésus-Christ du nombre des dieux incarnés et le considérer parmi les fils de dieux. Cette simple croyance leur ouvrait les portes du salut et de la miséricorde.

Finalement, il s’avère que tous les amoureux du Christ, dont les esprits n’étaient pas encore libérés du joug des anciennes croyances, ne trouvaient leur compte qu’à travers les enseignements dits de Paul. Telles sont donc les principales raisons qui ont collaboré à la prépondérance de l’enseignement de Paul sur les autres enseignements. Je voudrai aussi préciser que l’impressionnante propagation des directives attribuées à Paul a trouvé un terrain fertile dans l’absence d’un livre, dont le lien direct avec le Christ serait établi, et contenant les principes de sa religion et les bases de ses enseignements; autrement dit, une référence qui serait pour le croyant l’expression même de la voix du Christ. Or, tout ce dont nous disposons, c’est un exposé des bases et des ramifications de l’enseignement de Jésus, exposé livré à la folie des humains sur le terrain incandescent des passions.

Eliezer: - Emmanuel, tu donnes comme l’impression de mettre en doute l’appartenance de ces lettres et de ces enseignements à Paul.

Emmanuel: - Effectivement, j’en doute, car nous ne pouvons affirmer avec certitude que nous parlons bien de l’œuvre de Paul. Et puisque nous ne pouvons les authentifier, il est normal que je ne veuille pas assumer la responsabilité de les lui attribuer. Quant à la réalité de l’état idéologique de Paul, Dieu seul la connaît.

Ceci dit, ma confiance reste entière en la sainteté des disciples de Jésus-Christ, ainsi qu’en leur foi inébranlable et leur persévérance sur la voie sacrée qu’il leur avait tracée. J’ajouterai que nos paroles, nos analyses et nos conclusions, du début jusqu’à la fin, dépendent de ce que nous lisons et de l’information qui nous parvient, sans tenir compte de leur auteur. Enfin, si nous avons évoqué quelques appellations, ce n’était que pour répondre à un besoin de désignation (Evangile, Evangile selon Matthieu, Evangile selon Jean…), car en définitive, nous n’avons pas abouti à l’authentification d’un seul parmi les livres des deux Testaments..

Nous implorons la grâce de Dieu, nous le prions d’ouvrir nos yeux et de guider nos pas sur le droit chemin; celui de la piété, pour nous et pour l’humanité entière.

Voilà qui met fin à la première partie de ce livre. Louange à Dieu, et à Lui seul appartiennent la gloire et la majesté.

DEUXIEME PARTIE

Au nom d’Allah, le Très miséricordieux, le Tout miséricordieux

Louange à Dieu, le vénéré par excellence, et que Sa prière et Sa paix soient sur Ses envoyés, Ses prophètes et Ses amis.
L’Islam et le Coran

Eliezer: Je ne veux surtout pas me tourner vers l’Islam, de crainte de le trouver meilleur, d’abord par la limpidité de son monothéisme, la probité de son savoir et la droiture de ses enseignements; ensuite parce qu’il échappe à tous les vices, mensonges et autres dénigrements qui remettent en cause la majesté de Dieu et la sainteté des prophètes, en somme, tous les défauts qui tapissent l’Ancien et le Nouveau Testament. Mais à l’idée que cette même religion s’est imposée par la force de l’épée et par la prédominance de la cruauté, je ne peux que m’en détourner et la rejeter; ainsi, ma relation avec la religion chrétienne et ma foi en Jésus-Christ, de même que mon amour pour lui restent intacts. Pourtant, cela ne m’apporte ni satisfaction, ni réconfort, car après ce que vous m’en avez appris, l’envie d’en savoir plus me harcèle constamment, telle une obsession. Alors, Monsieur le curé, permettez vous que nous nous penchions sur le sujet sans plus tarder et que nous regardions de plus près l’Islam et son Livre? Evidemment, nous attendons beaucoup de votre inestimable savoir et votre connaissance du domaine. C’est pourquoi nous vous serons reconnaissants de nous en parler ouvertement.

Le prêtre: Je suis heureux de constater que votre attachement à la religion chrétienne ne modère pas votre enthousiasme pour la découverte des autres religions. Mais sachez que vous venez d’ouvrir plusieurs sujets et tous ont besoin d’éclaircissement. Je crains fort que le temps et les conditions ne permettent point de les aborder tous comme ils le méritent.

Eliezer: J’ai entièrement confiance en votre capacité à nous mener sur le chemin de la vérité et à nous ouvrir les portes de ses secrets, afin de dissiper de nos esprits le brouillard du doute et nous libérer de notre perplexité. Croyez-moi, Monsieur le curé, je ne connais rien de plus sublime que le bonheur de la conviction. Hélas, c’est une quiétude que je ne me vois malheureusement pas connaître de si peu, car à vous voir, vous semblez tellement réservé à l’idée de nous aider à découvrir la vérité, toute la vérité, même si je ne vous trouve pas de ceux qui aiment cultiver le secret par égoïsme, ni de ceux qui se plaisent à priver l’ignorant de la lumière du savoir. J’ai seulement le sentiment que vous ne nous trouvez pas encore suffisamment perméables à une nouvelle conception des choses, et que vous attendez pour cela le moment opportun, quand nos esprits seront plus ouverts. Mais la vie est si courte, monsieur le curé, et je ne pense pas que l’occasion me sera donnée de m’instruire après ma mort. En tous cas, si c’est une éventuelle réaction fanatique que vous craignez de notre part, je tiens à vous rassurer: n’avons-nous pas entendu des vertes et des pas mûres sur les deux Testaments? Nous avons pourtant, me semble-t-il, fait preuve de responsabilité et de bon sens aux moments les plus difficiles de nos discussions, et Dieu sait s’il y avait matière à perdre notre calme, étant donné la nature révoltante de ce que nous entendions.

Le prêtre: Je m’en rends compte, Eliezer, et venant de votre part, je n’en attendais pas plus pour être rassuré. Eh bien, pour commencer: concernant ce que vous avez évoqué sur la clarté du monothéisme tel que revendiqué par l’Islam, la probité de son savoir et la droiture de ses enseignements, de même que les directives émanant du Coran, il ne suffira sûrement pas que je vous réponde par « oui, vous avez raison », ou « non, vous avez tort », car trancher sur ces questions requiert au préalable une bonne connaissance des fondements de l’Islam, son Coran et son histoire.

Par ailleurs, le Coran déborde d’un savoir qu’il serait imprudent et prétentieux d’investir sans l’assistance d’un savant musulman, capable de nous démontrer par le Coran ce dont notre ignorance nous sépare. Mais avant, ce serait une erreur que d’ignorer les raisons, somme toutes personnelles, qui sont derrière votre rejet de la religion islamique. Celles-là, mon cher Eliezer, pourront faire entre nous, l’objet d’une recherche philosophique et historique, et c’est une recherche facile qui est à notre portée.

L’Islam des premiers temps

Je crois que le moment est venu pour toi, Emmanuel, de montrer à ton

père ce que tu sais de l’histoire de l’Islam, de ses débuts jusqu’à son expansion, mais à la seule condition que tu ne rapportes que ce qui est conventionnel et consigné dans l’histoire, et pas ce qui distingue un auteur des autres.

L’appel à l’Islam

Emmanuel: Ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’Islam savent toute la laideur et la barbarie qui caractérisaient l’environnement de l’Arabie préislamique. Sur le plan religieux, un paganisme des plus vicieux régnait sans partage, pendant que socialement le chaos dominait: dureté des traditions, sauvagerie, cruauté, injustice, persistance des guerres et du brigandage, etc… Chaque tribu était jalouse de son indépendance qu’elle exprimait par un chauvinisme intolérant et xénophobe, au point où chaque tribu, pour ne pas être subordonnée à une autre, possédait jusqu’à son propre dieu. Ce climat primitif perdura pendant des générations. C’était une époque où le monde hésitait entre les pratiques païennes d’un côté, et de l’autre, la trinité, l’incarnation de la divinité et l’adoration des icônes. Et s’il arriva que le mot « monothéisme » circulait par le biais de quelques langues, il n’en reste pas moins qu’il n’était pas entendu au sens qui était vraiment le sien. Repensez donc aux conceptions métaphysiques usitées dans la Torah, qui sont inspirées de valeurs païennes qu’on ne peut associer à la majesté de Dieu.

C’est au milieu de cette dégénérescence des valeurs et en l’absence de toute assise spirituelle qu’est apparu l’envoyé du Tout-puissant, le prophète Mohammed (a.s.s) qui appellera à l’Islam et au véritable monothéisme. Il exhorta les Arabes à se détourner de leurs idôles, à abandonner leurs coutumes barbares et leur immoralité, à se soumettre à la justice de la civilisation et à se parer d’une meilleure éducation.

Pour les arabes, ceci était bien sûr inacceptable, car cette démarche s’attaquait de front à leurs convictions et sonnait le glas de leurs privilèges sociaux, économiques et politiques. C’est en toute logique qu’ils mobilisèrent sans tarder tous leurs moyens, espérant étouffer dans l’œuf la nouvelle religion, et c’est dans des conditions de persécution extrêmement éprouvantes que le prophète de l’Islam mènera sa mission dans la Mecque, treize ans durant, et ne l’entamera au sein du large public que trois ans après sa vocation, période durant laquelle il se contentera de prêcher dans la clandestinité. Après quoi, il révéla son message au grand jour et se mit à le transmettre à haute voix dans toutes les assemblées, durant les saisons de pèlerinage, dans les marchés et sur toutes les places, appelant à adorer Dieu le Seul et Unique, vantant l’Islam et ses valeurs, récitant le Coran, conseillant tout le monde, annonçant la bonne nouvelle et mettant en garde contre le châtiment. Il suivit son chemin d’un pas déterminé, sans craindre le tyran, ni mépriser le vagabond, usant d’un même discours autant à l’endroit du noble, que du pauvre, de la femme ou de l’esclave. L’appel de Mohammed (a.s.s) ne tarda pas à se répandre dans toute la Mecque et ses environs, ainsi que dans beaucoup d’autres localités qui étaient en contact avec elle, particulièrement pendant le pèlerinage, saison durant laquelle la Mecque devenait la destination privilégiée et le cœur battant de l’Arabie. C’est ainsi que beaucoup furent gagnés à la nouvelle religion.

Dès lors, ceux qui ont suivi le Prophète Mohammed et embrassé l’Islam ont dû subir toutes les formes de répression et d’humiliation. Expulsés de leurs maisons par la violence, ils furent contraints de quitter leur terre et partir en quête de cieux plus cléments, jusqu’en Abyssinie pour certains. Que de nobles, aimés et respectés au sein de leurs familles et de leurs tribus, se retrouvèrent opprimés et avilis à cause de leur islamité! Mais cela était loin de briser la détermination des croyants et de les détourner de l’Islam: ni le noble ne craignait le rabaissement, ni le misérable ne craignait le supplice, tous trouvant dans leur islamité noblesse et honneur, vie et bonheur.

C’est dans ce climat de terreur qu’à la cinquième année un important groupe de croyants émigra en Abyssinie, pendant que ceux qui restèrent à la Mecque continuèrent de subir les pires sévices. Pourtant l’affluence des gens vers l’Islam n’en sera que plus grande. Pendant que Mohammed (a.s.s) était encore à la Mecque, plusieurs tribus finirent par croire en lui et en sa religion. Ce fut le cas des tribus: al-Aws, al-Khazraj, Ghaffar, Mazina, Jahina, Aslam et Khouza?a.

Quant à Mohammed, hormis son appartenance à l’une des familles les plus nobles de Qoraych, il était surtout connu pour sa droiture et son honnêteté, si bien que les païens de Qoraych et les Arabes déposaient chez lui leurs épargnes et ce, jusqu’à son départ de la Mecque. Malheureusement, cela ne lui épargna pas d’être, à cause de sa religion, la cible de toutes les méchancetés, des sarcasmes, des démentis et de la mise en quarantaine, lui et tous ceux de sa famille. Mais la mission des prophètes étant de changer l’ordre établi, il persévéra dans sa voie en endurant les difficultés et les souffrances. Il ne vivait que pour la diffusion de l’Islam, la protection du monothéisme et l’abolition du paganisme, jusqu’au jour où ses ennemis se liguèrent pour organiser son assassinat. Alors, craignant pour le sort de sa mission sacrée, cette réforme multidimensionnelle qu’il venait à peine de lancer, il décida de quitter son pays natal, la Mecque, et s’émigra à Médine pour poursuivre son projet. C’est là qu’avec les partisans déjà nombreux qui l’attendaient, il organisa le premier noyau social musulman. Le modèle ne tarda pas à séduire beaucoup parmi les Arabes qui finirent par embrasser la nouvelle religion. C’est notamment le cas des tribus du Yémen, de Hadrumète et de Bahreïn. Il est utile de souligner que toutes les tribus qui entrèrent en guerre contre le Prophète ont compté des membres qui ont choisi l’Islam de plein gré. Pendant que certains l’ont clamé haut et fort, d’autres ont préféré le garder secret.

Les guerres du prophète de l’Islam

Si comme vous dites, cher père, le Prophète Mohammed a connu de nombreuses guerres, l’histoire ne manque pas d’en citer les causes. Finalement, aucune des guerres qu’il a dû mener n’a été motivée par l’unique raison de l’appel à l’Islam, même si cela était licite pour la réforme religieuse, pour faire tomber les régimes injustes, abolir les traditions barbares et cruelles et pour instaurer l’ordre de la justice, de la civilité et du progrès. Malgré tout, le Messager de Dieu ne se laissa pas entraîner dans cette logique de conflit et d’agression, car la noblesse de sa mission lui dictait une toute autre voie: celle de la sagesse. C’est ainsi qu’il consacra sa vie à guider les hommes vers Dieu par le prêche, le dialogue et le bon conseil et demeura sur cette conduite vertueuse en application à l’ordre qui lui est signifié à travers le verset 125 de la sourate an-Nahl (les Abeilles): « Appelle à la voie de ton Seigneur avec sagesse et par de persuasives exhortations. Sois modéré dans ton discours avec eux. Du reste, c’est ton Seigneur qui connaît le mieux celui qui s’écarte de sa voie, comme il connaît le mieux ceux qui sont bien guidés. ». De ce fait, toutes ses guerres contre les païens, injustes oppresseurs, n’ont eu d’autre souci que la défense de cette cause: l’unicité divine, le code de la réforme et le droit des musulmans.

En dépit de l’oppression constante qui ciblait le prophète de l’Islam, Mohammed (a.s.s), sa réaction était toujours pacifique, privilégiant les solutions de paix à celles de la guerre et ce, jusque sur le champ de bataille où il n’adoptait le langage des armes qu’en l’absence d’espoir de conclure un accord. C’est une réalité que les livres d’histoires confirment, pour chacune de ses guerres et de ses conquêtes.
La bataille de Badr

La première des guerres que dut mener le Prophète après son départ de la Mecque se déroula en l’an 2 de l’hégire; c’est celle de Badr. Elle fut provoquée par les persécutions qui s’abattaient sur les musulmans restés à la Mecque et sur ceux qui montraient des dispositions à adopter l’Islam. Ils étaient même empêchés de quitter la Mecque à leur tour, chaque fois qu’ils s’apprêtaient à le faire pour rejoindre le Prophète. C’est ainsi qu’étaient châtiés ceux qui quittaient le paganisme et tous les moyens étaient mis à contribution pour les faire revenir à leurs anciennes pratiques et à leur égarement.

Mohammed avait la réputation d’un homme pacifique que la guerre écœurait. Ses ennemis le savaient et cela les poussa à redoubler de férocité à l’encontre des musulmans. C’est pourquoi il décida de les en dissuader, en commençant par s’attaquer à leurs caravanes. Il savait qu’en leur coupant leurs relations commerciales avec les pays du Nord, les Mecquois seraient isolés et toute leur économie serait mise en péril. Il le fallait donc pour les contraindre à renoncer à leur attitude criminelle contre les musulmans et pour qu’ils les laissent quitter la Mecque en toute liberté.

Mohammed (a.s.s) rassembla donc en tout trois cent treize hommes sous-équipés, ne disposant, pour tout armement, que de quelques épées et seulement soixante-dix chameaux sur lesquels les hommes se relayèrent. C’est cette armée là que le Prophète mit en mouvement pour intercepter une caravane de Qoraych qui revenait du Nord (région du Cham). Le chef de la caravane, Abou Soufiane, informé du projet des musulmans, s’empressa de demander l’aide de Qoraych qui ne tarda pas à mettre sur pied une armée d’environ mille hommes armés jusqu’aux dents. Finalement, la caravane échappa aux compagnons de Mohammed, mais cela n’était guère pour satisfaire les chefs de Qoraych. Comptant sur leur supériorité numérique et leur arsenal, ils décidèrent, contre l’avis de leurs sages, de lancer une expédition punitive contre les musulmans. C’est ainsi que les deux armées se rencontrèrent en un lieu appelé Badr et la victoire revint aux musulmans qui infligèrent aux Qoraychites une humiliante défaite en tuant soixante-dix de leurs meilleurs hommes et en faisant prisonniers soixante-dix autres.

Expédition contre Bani Qaynouqa?

A Médine, le Prophète se rendit compte que la situation des musulmans était des plus dangereuses, entourés qu’ils étaient de trois tribus juives: Banou an-Nadhir, Banou Qoraydha et Banou Qaynouqa?. Le Prophète avait bien conclu avec ces tribus un pacte de bon voisinage, par lequel les juifs s’étaient engagés à ne pas comploter contre les musulmans, ni les trahir, ni soutenir contre eux un éventuel ennemi. Pourtant, après la bataille de Badr, Banou Qaynouqa? n’hésitèrent pas à violer le traité et se mirent à espionner les musulmans pour le compte de Qoraych, dans le but de déclencher une nouvelle guerre. Le traité étant de ce fait rompu, Mohammed lança ses troupes contre eux. Se voyant vaincus, ils l’implorèrent de leur laisser la vie sauve et leur permettre de quitter le pays, ce qu’il leur accorda.

La bataille de Ouhoud

Après cet événement, Qoraych réorganisa son armée. Elle l’équipa et la lança de nouveau sur le chemin de Médine contre les musulmans. Les deux armées se rencontrèrent à quelques miles de Médine, en un lieu appelé Ouhoud. Cela se passa en l’an trois de l’hégire.
Renouvellement du pacte de paix avec les juifs

Mohammed (a.s.s) comprit que les juifs n’étaient pas de nature à tenir leurs engagements. Il décida donc de leur rendre visite avec ses compagnons, en vue de leur rappeler les termes de leur pacte et obtenir d’eux la confirmation de l’accord conclu précédemment. Si Banou Qoraydha acceptèrent de renouveler leur accord de paix avec les musulmans, Banou an-Nadhir par contre, leur opposèrent un net refus, ce pourquoi le prophète fut contraint de les assiéger. Cependant, il renonça à la confrontation armée quand Banou an-Nadhir choisirent d’évacuer le pays. Ils emmenèrent de leurs biens ce qu’ils pouvaient porter et allèrent se réfugier, pour la plupart à Khaybar, afin d’y préparer leur vengeance.

Guerre contre les Coalisés ou bataille de la Tranchée

En l’an quatre de l’hégire, Qoraych reconstitua son armée, en s’assurant cette fois la contribution des tribus alliées, mais aussi celle de Ghatfan et de Nadjad qui se sont liguées pour entrer en guerre contre Mohammed et ses compagnons. L’instigateur de ce projet de guerre et qui favorisa ces alliances n’était autre qu’un groupe de juifs de Banou an-Nadhir que Mohammed avait exilés.

C’est une armée d’environ vingt mille hommes qui prit la direction de Médine. Pour protéger sa ville de l’assaillant, le prophète l’entoura d’un fossé derrière lequel son armée se retrancha. L’ennemi comptait également sur l’appui des juifs habitant encore à Médine, Banou Qoraydha qui, sentant l’occasion inespérée d’anéantir définitivement les Musulmans, passèrent outre l’accord conclu avec eux et commencèrent à montrer des signes d’hostilité contre les habitants. Mohammed leur envoya alors leur allié Sa?d Ibn Mou?adh, chef de la tribu d’al-Khazraj, à la tête d’un groupe formé d’al-Aws et d’al-Khazraj, mais ils venaient déjà de lancer leur agression contre les maisons de Médine.

Expédition contre Banou Qoraydha

Malgré ce vaste complot et les moyens impressionnants mis à contribution pour venir à bout des musulmans et de leur projet, Qoraych fut vaincue et l’armée des coalisés mise en déroute. Les musulmans se tournèrent alors vers les traîtres de Banou Qoraydha. Ces derniers, se voyant assiégés et l’issue du combat loin de s’annoncer en leur faveur, ils réclamèrent l’arbitrage de Sa?d Ibn Mou?adh. Comme celui-ci était leur allié avant l’Islam, ils espéraient qu’il ferait preuve de complaisance à leur égard et qu’ils s’en tireraient à bon compte. Mohammed (a.s.s) accepta leur requête en les faisant juger par Sa?d. Celui-ci les condamna à mort et la sentence fut exécutée. S’ils avaient choisi de quitter le pays vers une destination où ils n’auraient pas été considérés comme une menace pour les musulmans, plutôt que de compter sur leur ancienne alliance avec Sa?d, Mohammed les aurait évidemment laissés partir, comme il l’avait fait avec Banou Qaynouqa? et Banou An-Nadhir. De même, si Saâd avait demandé la grâce pour eux, il la leur aurait accordée, car il est bien connu que Mohammed était un homme paisible, privilégiant toujours la voie de la paix, du pardon et de la réconciliation à celle des armes.

Guerre contre Banou al-Mostalaq

En l’an six de l’hégire, alors que les Banou al-Mostalaq se préparaient pour partir en guerre contre Mohammed (a.s.s), il les attaqua et triompha d’eux.

Accord de paix d’al-Houdaybiya

Durant le mois de Dhou al-Qi?da de la sixième année de l’hégire, le Prophète et ses compagnons, au nombre de sept cent hommes environ, partirent en pèlerinage à la Mecque. Ils se firent précéder de soixante-dix chameaux surmontés de symboles de paix et destinés au sacrifice religieux, ainsi que pour rassurer les habitants de la Mecque sur les intentions des visiteurs. Mais arrivés à al-Houdaybiya, ils furent arrêtés par les Mecquois, décidés à recourir aux armes si les musulmans ne rebroussaient pas chemin. En fait, ils exigeaient d’eux qu’ils reportent leur pèlerinage à l’année suivante. Ainsi que le voulait la nature même du Prophète et du message dont il était le porteur, il accepta leur demande, signa l’accord, sacrifia sur place une bête en offrande à la Kaâba et repartit pour Medine.

Conquête de Khaybar

Les Banou an-Nadhir qui avaient quitté Médine pour se réfugier à Khaybar avaient fini par en devenir les seigneurs. Depuis, ils n’ont eu de cesse de conspirer contre Mohammed (a.s.s) et la société islamique naissante. Ils furent à l’origine de la guerre déclenchée par les Coalisés contre le Prophète et continuèrent à provoquer les conflits contre lui. C’est pourquoi, vers la fin de la sixième année de l’hégire, le Prophète fut contraint de lancer contre eux une expédition punitive qui se solda par la conquête de plusieurs de leurs forts, excepté deux dont les occupants se sont constitués prisonniers pour garder la vie sauve.
Conquête de la Mecque

Depuis l’accord d’al-Houdaybiya, la tribu de Khouza?a était devenue l’alliée du Messager de Dieu, tandis que celle de Bani Bakr s’était alliée à Qoraych. Cette alliance avec les musulmans attira à Khouza?a l’hostilité et les attaques de l’autre camp. Ils durent demander l’aide de Mohammed qui, en l’an huit, se dirigea vers la Mecque à la tête d’une armée de dix mille hommes, cette fois bien armés. Le déferlement de l’armée musulmane sur la Mecque impressionna Qoraych et ses alliés qui n’opposèrent aucune résistance au Prophète qui de son côté ne fit montre d’aucune hostilité et ne permit aucun acte d’agression ou de vengeance, et c’est en hommes pacifiques que les musulmans entrèrent à la Mecque, n’apportant que pardon et réconciliation.

Guerre contre Hawazine

Quand les chefs de la tribu de Hawazine eurent vent de la conquête de la Mecque,

ils se préparèrent à leur tour à affronter le prophète de l’Islam, mais c’est lui qui prit l’initiative d’attaquer en premier. Il fit des prisonniers et prit du butin. Des hommes de cette tribu, après leur conversion à l’Islam, sont allés rendre visite au Prophète pour l’implorer. En réponse, il les fit choisir entre la libération des prisonniers et la restitution du butin. Ils choisirent la libération des prisonniers qui étaient au nombre de six mille entre femmes et enfants.

Parmi les vaincus au sein de l’armée de Hawazine se trouvait la tribu de Thaqif. Après la bataille, ils se replièrent à at-Ta’if où ils se retranchèrent derrière leurs fortifications. Cela n’empêcha pas toutefois Mohammed (a.s.s) d’envoyer une partie de son armée pour les assiéger.

Guerre de Mou’ta et de Tabouk

L’expédition armée vers Cham où les musulmans durent affronter l’armée byzantine et arabe au lieu dit al-Balqa, à l’est du lac Lot, suivie de la marche sur Tabouk, a été le résultat des manifestations d’hostilité et des menaces proférées par les dirigeants de ces régions à l’encontre de l’Islam et de son prophète. Faisant peu de cas du caractère sacré de son message, ils tuèrent même ses messagers chargés de leur transmettre l’appel à l’unicité divine, foulant aux pieds même le respect dû à la personne du messager. Cette attitude ne peut être que celle d’un despote brûlant de désir d’exprimer sa haine à son correspondant.

Dans le cas qui nous intéresse, c’est Mohammed (a.s.s) qui envoya un message à l’empereur byzantin, l’invitant à la bonté de l’Islam et au véritable monothéisme. Cependant, le triomphe récent des Byzantins sur les Perses leur donnait un sentiment d’invulnérabilité, et poussés par leur outrecuidance, ils n’hésitèrent pas à tuer l’envoyé Messager de Dieu. Il ne leur restait par conséquent qu’à se préparer à la guerre, car Mohammed ne pouvait laisser ce danger planer longtemps à l’horizon et menacer son mouvement de réforme. C’est pourquoi il eut vite fait de lancer son armée en direction de ce front nord.

Mohammed (a.s.s) durant ses expéditions militaries

L’histoire témoigne que l’armée islamique n’a combattu que des agresseurs ou ceux qui se préparaient à le devenir, et n’a jamais pris les armes contre les pacifiques. En effet, en dehors du fait que les guerres de Mohammed étaient toutes des guerres de nature défensive, elles commençaient et s’achevaient toutes sur les mêmes règles:

-L’appel au monothéisme et à la civilisation de la justice;

-L’abandon des traditions injustes et sauvages;

-L’appel à la réconciliation et à la préservation de la paix, notamment par le pacte et la trêve.

D’autre part, ses guerres s’achevaient soit par l’adoption de l’ennemi pour le monothéisme et les principes de la justice, soit par sa demande de réconciliation et la cessation des hostilités.

Mohammed était un homme d’honneur, plein de sentiments humanitaires et sa réputation le précédait jusque chez ses ennemis. Il interdisait à ses hommes dans toutes les situations de conflit de tuer les femmes, les enfants, les vieillards ainsi que tous ceux qui n’étaient pas aptes au combat.

Il a toujours fait preuve de clémence et de compassion envers ses ennemis vaincus, sans toutefois léser ses compagnons dans leurs droits, et avait tendance à céder tout le butin et tous les prisonniers que ses compagnons voulaient bien céder. En outre, il attachait la plus grande importance à la préservation de la dignité du prisonnier qu’il se chargeait de rassurer personnellement avec son doux langage et par la récitation de versets coraniques, tout comme il donnait toujours des instructions à ses hommes dans ce sens. Non seulement cela, mais il suscitait chez ses compagnons jusqu’au désir de libérer leurs captifs, sachant que la libération du prisonnier dans la loi islamique revêt dans certaines circonstances un caractère obligatoire. Telle est en résumé, la conduite de Mohammed dans sa mission sacrée d’appel à l’Islam.

Vous avez dû apprendre de l’histoire des Arabes, cher père, que de par leur héritage culturel, ils représentent une nation faite de guerres et de rivalités, connue pour sa tyrannie et son fanatisme. Au début de l’ère musulmane, les Arabes vivaient de façon anarchique, ne connaissant ni autorité politique, ni loi gouvernementale. Chaque tribu survivait et se défendait par ses propres moyens. Dans cet environnement chaotique, il était franchement difficile de concevoir l’instauration d’un nouveau cadre social, qui s’opposerait aux habitudes et aux croyances des Arabes, qui refuse les idoles et le paganisme, qui menace leur sectarisme et leur xénophobie, et qui leur impose la justice de la civilisation et la loi de l’Islam, bref: un modèle qui redéfinisse l’ensemble des valeurs de la vie en communauté. Honnêtement, ceci ne pouvait être réalisable par le Prophète, sans l’apport d’une force militaire convaincante.

L’appel de Jésus-Christ

Il est tout à fait clair que la démarche de Jésus parmi les Israélites ne

contenait pas de quoi bouleverser leurs lois et menacer les fondements de leur religion. Au contraire, l’essentiel de son appel reposait sur l’exhortation au monothéisme, à l’application de la Loi de Moïse et à l’observation des instructions de la Torah, comme Il prêchait aussi la noblesse des mœurs et la bonne gouvernance. Voilà donc qui ne pouvait que rassurer le commun des Israélites. En vérité, il n’y avait rien de contraignant pour les juifs dans le projet de Jésus, sinon qu’il s’opposait à l’hypocrisie des prêtres et des maîtres de la loi, à l’exploitation de la société au nom de la religion, ainsi qu’à la tyrannie de leur autorité religieuse. Ceci ne tarda pourtant pas à déclencher la furie des prêtres, des maîtres de la loi et de leurs partisans. L’histoire et les Evangiles ne cachent pas les atrocités qu’ils ont fait endurer à Jésus, ainsi qu’à tous ceux qui ont osé croire en lui et ce, même s’ils ne pouvaient agir que dans les limites de ce que leur autorisait la politique romaine.

Autrement dit, ils ne pouvaient prononcer de condamnation à son encontre que dans le cadre d’un tribunal et dans le respect des lois de l’empire. Mais le mensonge et les faux témoignages aidant, ils n’eurent aucune peine à conduire Jésus au supplice, de même que beaucoup de ses compagnons après lui.

Si telle fut la situation d’un Jésus-Christ qui consacrait la grande partie de ses efforts à la défense d’une religion déjà existante, quelle pouvait bien être celle d’un Mohammed dont la mission visait, ni plus ni moins, le changement radical de l’ordre établi au sein d’une société arabe telle que nous venons de la décrire: païenne, sauvage, intolérante, renfermée sur elle-même et imperméable à toute forme de changement. Assurément, la mission de Mohammed n’avait de chance d’aboutir dans ce milieu de toutes les hostilités, sans se donner au préalable les moyens de sa propre défense.