AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)
 
Actes des apôtres et l’Ancien Testament

Emmanuel: - Alors si vous le voulez bien, commençons par le commencement.

Au premier chapitre des Actes des apôtres, nous trouvons déjà au vingtième verset une première référence à l’Ancien Testament: « Or, voici ce qui est écrit dans le livre des psaumes: « Que sa maison soit abandonnée, et que personne n’y habite. » Et il est encore écrit: « qu’un autre prenne sa fonction ». »

Le psaume en question (69. 26) nous dit ce qui suit: « Que leur camp soit dévasté et leurs tentes dépeuplées. » plus loin (Ps 109. 8), nous lisons: « Qu’un autre prenne ses fonctions.»

Au deuxième chapitre des Actes (16-18): « Mais maintenant se réalise ce que le prophète Joël a annoncé: « Voici ce qui arrivera dans les derniers jours, dit Dieu: Je répandrai de mon Esprit sur tout être humain, vos fils et vos filles prophétiseront, vos jeunes gens auront des visions et vos vieillards auront des rêves. Oui, je répandrai de mon Esprit sur mes serviteurs et mes servantes en ces jours-là, et ils prophétiseront. » »

Voici maintenant comment s’exprime le livre de Joël (3. 1-2): « Par la suite, dit le Seigneur, je répandrai mon Esprit sur tout être humain. Vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des rêves et vos jeunes auront des visions. Même sur les serviteurs et les servantes, je répandrai mon Esprit en ces jours-là. »

Disons que jusque là, hormis quelques détails d’expression, les différences entre les deux textes n’a rien de comparable avec ce que l’on rencontre dans les Evangiles.

Restons dans le deuxième chapitre et prenons encore un exemple: « En effet, David a dit à son sujet: « Je voyais continuellement le Seigneur devant moi, il est à mes côtés pour que je ne tremble pas. C’est pourquoi mon cœur est rempli de bonheur et mes paroles sont pleines de joie; et même dans la faiblesse de mon corps, je reposerai avec espérance, car tu ne m’abandonneras pas dans le monde des morts, tu ne permettras pas que moi, ton fils fidèle, je pourrisse dans la tombe, tu m’as montré les chemins qui mènent à la vie, tu me rempliras de joie par ta présence. » » (Act 2. 25-28).

Quant à la version que nous pouvons lire dans les psaumes (16. 8-11), elle se présente comme suit: « Je ne perds pas de vue le Seigneur, et je ne risque pas de faiblir, puisqu’il est à mes côtés. C’est pourquoi j’ai le cœur plein de joie, j’ai l’âme en fête. Je suis en parfaite sécurité. Car tu ne m’abandonneras pas à la mort, tu ne permets pas que moi, ton fidèle, je m’approche de la tombe. Tu me fais savoir quel chemin mène à la vie. On trouve une joie pleine en ta présence. »

Je pense qu’il est inutile de revenir sur les différences qui distinguent les deux textes; elles se passent de commentaire.

Au trente quatrième verset du même chapitre: « Car David n’est pas monté lui-même au ciel, mais il a dit: « Le Seigneur Dieu a dit à mon Seigneur: Viens siéger à ma droite », ce qui est une falsification des psaumes comme nous l’avons déjà expliqué.

Le septième chapitre raconte la révélation divine à Moïse (31-34): « Il entendit la voix du Seigneur qui disait: « Je suis le Dieu de tes ancêtres, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ». Moïse se mit à trembler de peur et n’osait pas regarder. Alors le Seigneur lui dit: « O^te tes sandales, car l’endroit où tu te tiens est une terre sainte. J’ai vu la souffrance de mon peuple en Egypte, j’ai entendu ses gémissements et je suis descendu pour les délivrer. Viens maintenant, je vais t’envoyer en Egypte. »

Lisons maintenant le livre de l’Exode et voyons sa version de l’histoire: « Ne t’approche pas de ce buisson, dit le Seigneur. Enlève tes sandales, car tu te trouves dans un endroit saint. Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Moïse se couvrit le visage, parce qu’il avait peur de regarder Dieu. Le Seigneur reprit: J’ai vu comment on maltraite mon peuple en Egypte; j’ai entendu les Israélites crier sous les coups de leurs oppresseurs. Oui je connais leurs souffrances. Je suis donc venu pour les délivrer du pouvoir des Egyptiens, et pour les conduire d’Egypte vers un pays beau et vaste, vers un pays qui regorge de lait et de miel., le pays où habitent les Cananéens, les Hittites, les Amorites, , les Perizites, les Hivites et les Jébusites. Puisque les cris des Israélites sont montés jusqu’à moi et que j’ai même vu de quelle manière les Egyptiens les oppriment, je t’envoie maintenant vers le Pharaon. Va, et fais sortir d’Egypte Israël, mon peuple. » (Ex 3. 5-10).

Autre référence à l’Ancien Testament dans le septième chapitre (42-43) du livre des Actes: « Comme il est écrit dans le livre des prophètes: « Peuple d’Israël, est-ce à moi que vous avez offert des animaux et d’autres sacrifices pendant quarante ans dans le désert? Non, mais vous avez porté la tente du dieu Molok et l’image de votre dieu-étoile Réphan, ces idoles que vous aviez faites pour les adorer. C’est pourquoi, je vous déporterai plus loin que Babylone. » ».

Ce qui pourrait être l’équivalent de ce texte dans l’Ancien Testament se trouve dans le livre d’Amos (5. 25-27): « Pendant les quarante ans que vous avez passés au désert, m’avez-vous présenté des sacrifices et des offrandes, gens d’Israel? Et portiez-vous alors, comme vous le faites aujourd’hui, les symboles de votre dieu-roi Sakout et de votre dieu-étoile Kéwan, ces objets que vous vous êtes fabriqués? Vous savez bien que non! C’est pourquoi je vous déporterai bien au-delà de Damas, déclare le Seigneur. »

Au-delà de Damas ou au-delà de Babylone? Et si parmi les gens du royaume d’Israël, Amos s’adresse à ceux de Samarie, ceux-là ont effectivement été déportés, mais par les Assyriens et cette déportation est sans lien avec Damas ou Babylone. Sans parler du sens du texte qui change en passant de l’Ancien au Nouveau Testament.

Admirez donc, cher père, la métamorphose par laquelle passent nos textes, chaque fois qu’ils sont copiés de l’Ancien au Nouveau testament.

Au treizième chapitre (22) du livre des Actes: « Dieu leur accorda David comme roi. Il déclara à son sujet: « J’ai trouvé David, fils de Jessé: cet homme correspond à mon désir, il accomplira tout ce que je veux qu’il fasse. »

Nous retrouvons dans le psaume (89. 21-22) un texte quelque peu ressemblant, et pourtant ô combien différent: « J’ai trouvé David pour être mon serviteur, je l’ai consacré de mon huile sainte, je le soutiendrai d’une main ferme, ma vigueur fera de lui un homme fort. »

Lettre aux Romains et l’Ancien Testament

Emmanuel: Puisque vous n’avez pas de commentaires à faire sur le livre des Actes des apôtres, je passerai à Lettre aux Romains. Ce que nous lisons entre le dixième et le dix huitième verset du troisième chapitre est une compilation de ce qui pourrait provenir des psaumes: « L’Ecriture déclare: « Il n’y a pas d’homme juste, pas même un seul, il n’y a personne qui comprenne, personne qui cherche Dieu. Tous ont quitté le bon chemin, ensemble ils se sont égarés. » (Rom 3. 10-12).

Ce que nous retrouvons de tel dans l’Ancien Testament est consigné dans le psaume 53: « Ces gens sont corrompus, ce qu’ils font est malhonnête; aucun d’eux n’agit comme il faut. Du haut du ciel Dieu se penche pour observer les humains, pour voir s’il y a quelqu’un d’intelligent qui se tourne vers lui. Tous sont rebelles, tous sans exception sont corrompus. Aucun n’agit comme il faut, pas même un seul. » (Ps 53. 1-4)

Le treizième verset du même chapitre dit: « Leur gorge est comme une tombe ouverte, leur langue leur sert à tromper, c’est du venin de serpent qui sort de leurs lèvres. »

Ceci a été vraisemblablement copié du psaume 140.4: « Comme des serpents ils aiguisent leur langue, ils ont sous les lèvres du venin de vipère. »

Au quatorzième verset, nous lisons: « Leur bouche est pleine de malédictions amères. » Et c’est au psaume 10. 7 que nous pouvons lire quelque chose de semblable: « Il n’a que malédictions à la bouche, propos menteurs et violents, sa langue ne produit que malheur et misère. »

Le dix huitième verset dit: « Ils vivent sans aucune crainte de Dieu », alors qu’au deuxième verset du psaume 36 nous lisons: « A son avis, avoir peur de Dieu n’a pas de sens. »

Le prêtre: - Tu sais, Emmanuel, les choses ne sont pas forcément comme tu les présente, car tout dépend de la version de la Bible qu’on veut bien utiliser. Tiens, par exemple les traductions latine, abyssine, arabe ainsi que l’exemplaire grec du Vatican, rapportent aux versets 4 et 5 du psaume 14 ce qui suit: « leur gorge est comme une tombe ouverte, leur langue leur sert à tromper, c’est du venin de serpent qui sort de leurs lèvres. Leur bouche est pleine de malédictions amères. Ils courent avec rapidité pour tuer. Ils laissent la destruction et le malheur partout où ils passent. Ils n’ont pas connu le chemin de la paix. Ils vivent sans aucune crainte de Dieu. »

Quant à la traduction arabe des deux Testaments, elle a inclus ces passages dans le psaume 13. Je t’invite à vérifier dans la quatrième partie du livre Jam‘iyet kitab al-hidaya, à la page 19.

Emmanuel: - Est-il permis à quelques traductions d’inclure des passages qui ne figurent ni dans le texte d’origine hébraïque, ni dans toutes les autres traductions? A moins que les traductions que vous venez de citer aient le droit de modeler nos textes sacrés à leur convenance. Eh bien, voilà qui rajouterait à la banalisation et au discrédit de nos livres sacrés; je parle de cette légèreté avec laquelle ils sont copiés ou traduits, en faisant abstraction de l’obligation religieuse, morale ou même intellectuelle, de s’en tenir au texte original.

D’autre part, monsieur le curé, en me renvoyant au livre de Jam‘iyet kitab al-hidaya, je ne prétends pas lire dans vos pensées, mais vous donnez l’impression de vouloir me mettre le doigt sur une autre de ces aberrations. Ce livre va jusqu’à soutenir que les traductions que vous venez de nommer et qui ont fait usage d’ajout des versets cités au psaume 14 sont les plus justes.

On se demande ce que deviennent dans ce cas l’original hébraïque et la majorité des copies diffusées à travers le monde, dans toutes les langues de la planète, et qui ne contiennent rien de ce dont ce tristement célèbre livre défend l’existence.

Quoi qu’il en soit, passons au quatrième chapitre de Lettre aux Romains. Sur la béatification de David, nous lisons aux septième et huitième versets: « Heureux ceux dont Dieu a pardonné les fautes et dont il a effacé les péchés! Heureux l’homme à qui le Seigneur ne compte pas son péché! »

Le psaume 32. 1-2 quant à lui s’exprime de la façon suivante: « Heureux celui que Dieu décharge de sa faute, et qui est pardonné du mal qu’il a commis! Heureux l’homme que le Seigneur ne traite pas en coupable, et qui est exempt de toute mauvaise foi! »

Le chapitre 9. 25 de Lettre aux Romains cite le livre d’Osée: « C’est ce qu’il déclare dans le livre d’Osée: « Le peuple qui n’était pas le mien, je l’appellerai mon peuple, et la nation que je n’aimais pas, je l’appellerai ma bien-aimée. » » Or, il se trouve que le livre d’Osée ne s’exprime pas ainsi: « J’aimerai Mal-aimée, je dirai à l’étranger: « Mon peuple, s’est toi », et lui me répondra: « Mon Dieu ». » (Osée 2. 25).

Vers la fin du neuvième chapitre, au verset 33, nous lisons ce qui aurait du être un extrait du livre d’Esaïe mais qui, en définitive, n’en est pas un: « Voyez, je pose en Sion une pierre qui fait trébucher, un rocher qui fait tomber, mais celui qui croit en lui ne sera pas déçu. », car voici ce que dit le livre d’Esaïe (28. 16): « A Sion je vais placer une pierre de fondation pour vous mettre à l’épreuve, une précieuse pierre d’angle aux assises solides. Celui qui me fait confiance aura la même solidité. »

Le prêtre: - Ceci est la version du Nouveau Testament que nous retrouvons dans la traduction grecque Septuaginta.

Emmanuel: - C’est bien cela aussi qui fait mal et jette d’avantage l’anarchie dans nos livres. Que la différence soit entre le texte hébraïque et la version Septuaginta, ou entre le texte hébraïque et le nouveau testament, le problème reste entier et ce sont ces mêmes livres qui, en définitive, perdent toute crédibilité, du fait de cette discordance. Bref, je continue.

Au chapitre 10. 19, Moïse annonce au peuple d’Israël: « Je vous rendrai jaloux de ceux qui ne sont pas une vraie nation, dit Dieu, j’exciterai votre colère contre une nation sans intelligence. »

Voici l’équivalent de ce texte dans l’Ancien Testament (Deut 32. 21): « Ils m’ont rendu jaloux avec de faux dieux, ils ont excité ma colère avec des idoles; eh bien, moi je vais les rendre jaloux avec des gens qui ne sont pas un vrai peuple, j’exciterai leur colère avec une nation sans intelligence. »

Pour clore le dixième chapitre, les versets 20 et 21 nous montrent un autre exemple de l’écart qui se creuse entre la copie et le texte d’origine: « Esaïe ose même proclamer: « J’ai été trouvé par ceux qui ne me cherchaient pas, dit Dieu, je me suis montré à ceux qui ne me demandaient rien. » Mais au sujet d’Israël, il annonce: « Tout le jour j’ai tendu les mains vers un peuple désobéissant et rebelle. » »

Mais voici ce que dit le livre d’Esaïe (65. 1-2): « J’étais prêt à répondre, mais on ne m’a rien demandé. J’étais disponible, dit le Seigneur, mais on n’a pas cherché mon aide. J’ai annoncé: « Me voici, j’arrive », mais à une nation qui ne s’adressait pas à moi. J’ai constamment tendu les mains à des gens qui n’en voulaient pas, qui suivaient un mauvais chemin et n’en faisaient qu’à leur tête. »

Au onzième chapitre de Lettre aux Romains, nous lisons au huitième verset: « Comme le déclare l’Ecriture: « Dieu a rendu leur esprit insensible; il a empêché leurs yeux de voir et leurs oreilles d’entendre jusqu’à ce jour. » »

En vérité, ce que nous pouvons lire à ce propos dans l’Ancien Testament, se trouve dans le livre d’Esaïe (29. 10): « Car le Seigneur vous a plongés dans un profond abrutissement; il vous a bouché les yeux, il a mis un voile sur vos têtes. », mais peut être aussi dans Deutéronome (29. 3): « Pourtant, jusqu’à ce jour, le Seigneur ne vous a pas accordé un esprit capable de comprendre ce qui se passait: vos yeux et vos oreilles n’ont pas vraiment vu et entendu.»

Ce sont les paroles de David que les neuvième et dixième versets du même chapitre nous citent: « Que leurs repas soient pour eux un piège, une trappe, afin qu’ils tombent et soient punis. Que leurs yeux s’obscurcissent, qu’ils perdent la vue; fais-leur sans cesse courber le dos. »

Voyons maintenant la version présentée par le psaume (69. 23-24): « Que leurs banquets et leurs repas sacrés soient pour eux un piège où ils seront pris! Que leurs yeux se voilent, qu’ils perdent la vue! Fais-leur sans cesse courber le dos. »

Voici un autre exemple (Rom 11. 26-27): « Et voilà comment tout Israël sera sauvé, comme le déclare l’Ecriture: « Le libérateur viendra de Sion, il éliminera la désobéissance des descendants de Jacob. Voilà l’alliance que je ferai avec eux, quand j’ôterai leurs péchés. »

En vérifiant ce que l’Ecriture déclare, voici ce que nous trouverons (Es 59. 20-21): « Le Seigneur va venir pour délivrer Jérusalem et ceux du peuple d’Israël qui renoncent à leur révolte. C’est lui qui le déclare. Et le Seigneur ajoute: « Voici l’engagement que je prends envers ceux-là: Mon Esprit reposera sur vous, je vous confie mon message dès maintenant et pour toujours. Je ne vous retirerai jamais cette mission, ni à vous, ni à vos enfants, ni aux enfants de vos enfants. C’est moi qui le déclare. » »

Au verset 19 du chapitre 12, nous lisons: « C’est moi qui tirerai vengeance, c’est moi qui paierai de retour, dit le Seigneur ».

Dans Lettre aux Hébreux (10. 30: « Car nous connaissons celui qui a déclaré: « C’est moi qui tirerai vengeance, c’est moi qui paierai de retour ». »

Quant à l’Ancien Testament (Deut 32. 35), en voici les paroles: « Je vais tirer vengeance, je les paierai de retour ».

Au onzième verset du quatorzième chapitre de Lettre aux Romains: « Car l’Ecriture déclare: « Moi, le Seigneur vivant, je l’affirme: tous les humains se mettrons à genoux devant moi, et chacun reconnaîtra à haute voix que je suis Dieu. » »

Voici la version que l’on trouve dans le livre d’Esaïe (45. 33): « Aussi vrai que je suis Dieu, j’en fais le serment et ma promesse est loyale, je n’y changerai rien: tous les humains, à genoux, me jureront fidélité. »

Le dixième verset du quinzième chapitre raconte que l’Ecriture déclare: « Nations, réjouissez-vous avec le peuple du Seigneur! » Tendis que dans Deutéronome (32. 43), nous lisons: « Que toutes les nations acclament le peuple du Seigneur! »

Le prêtre: - Le texte samaritain de la Torah dit: « Nations, réjouissez-vous avec le peuple du Seigneur », et c’est donc le plus proche de la vérité, du mois pour ce cas.

Emmanuel: - Cela ne nous avance pas beaucoup, et rappelez-vous que la différence demeure entre les livres des deux Testaments. Par ailleurs, vous pensez bien qu’il serait catastrophique que la Torah samaritaine soit plus proche de la vérité que la Torah hébraïque.

Mais revenons au quinzième chapitre, lequel rapporte au douzième verset: « Esaïe dit aussi: « Le descendant de Jessé viendra, il se lèvera pour gouverner les nations, et elles mettrons leur espoir en lui. » »

Ce que nous pouvons lire dans le livre d’Esaïe à ce sujet se trouve dans le chapitre 11, au verset 10: « Ce jour là, le descendant de Jessé sera comme un signal dressé pour les peuples du monde. Les nations viendront le consulter. Et du lieu où il s’établira rayonnera la gloire de Dieu. »

Le prêtre: - Là aussi, je dirai que la version Septuaginta est plus proche du Nouveau Testament, que ne l’est la version hébraïque.

Emmanuel: - Dites-moi: est-ce que la différence et la falsification deviennent plus acceptables quand elles viennent s’installer entre l’origine hébraïque et le traduction Septuaginta? Ce qui est certain, c’est que la diversité des versions pour les mêmes textes ne fait que disqualifier nos livres sacrés.

Enfin, pour clore le quinzième chapitre de Lettre aux Romains, nous citerons le verset 21 à propos du Christ: « Et d’agir selon ce que déclare l’Ecriture: « Ceux à qui on ne l’avait pas annoncé le verront, et ceux qui n’en avaient pas entendu parler comprendront. » »

En fait, ce que l’Ecriture déclare est rapporté dans le livre d’Esaïe (52.15), mais c’est un texte d’une expression ô combien différente de celle que nous venons de lire: « Et maintenant, bien des étrangers sont stupéfaits à son sujet, des rois ne savent plus que dire, car ce qu’ils voient n’a rien de commun avec ce qu’on a pu leur raconter, ce qu’ils apprennent est inouï. »

Première lettre aux Corinthiens et l’Ancien Testament

Voyons si ce livre diffère des autres livres du Nouveau Testament que nous avons déjà étudiés, ou s’il suit leur exemple dans leur manièrede dénaturer les textes de l’Ancien Testament.

Ainsi, au premier chapitre par exemple, nous lisons au dix neuvième verset: « Voici ce que l’Ecriture déclare: « Je détruirai la sagesse des sages, je rejetterai le savoir des gens intelligents. » »

Voici ce que dit la version de l’Ancien Testament (Es 29. 14): « La sagesse des sages sera mise en échec, la compétence de ses experts sera prise en défaut. »

Au verset 31 du premier chapitre: « Par conséquent, comme le déclare l’Ecriture: « Celui qui désire se vanter doit se vanter de ce que le Seigneur a accompli. » »

C’est dans le livre de Jérémie que nous pouvons trouver l’équivalent de ce texte (Jér 9. 23): « Si quelqu’un veut se vanter qu’il se vante plutôt d’être capable de me connaître, et de savoir que moi, le Seigneur, j’agis avec bonté, justice et loyauté sur la terre. »

Deuxième chapitre, neuvième verset: « Mais comme le déclare l’Ecriture: « Ce que nul homme n’a jamais vu ni entendu, ce à quoi nul homme n’a jamais pensé, Dieu l’a préparé pour ceux qui l’aiment. » »

Quant à la version de l’Ancien Testament (Es 64. 3), elle se présente comme suit: «Jamais on n’a entendu dire, jamais on n’a remarqué, jamais un œil n’a vu qu’un autre Dieu que toi ait agi de la sorte pour ceux qui comptent sur lui. »

Le prêtre: - Il me vient à l’esprit que Jam‘iyet kitab al-hidaya a répondu à ce problème; sais-tu ce qu’ils disent?

Emmanuel: - Je crois bien que oui; Dans la première partie du livre, à la page 231 on peut lire ceci: les interprètes disent que l’apôtre Paul, en copiant Esaïe a fait plus attention au fond qu’à la forme.

Monsieur le curé, comme d’habitude, l’argumentation de Jam‘iyet kitab al-hidaya ne repose sur rien de solide; car d’une part, la transmission d’un texte par le sens, suppose au bout du compte l’unité du sens des deux textes (l’original et sa copie). Or, il apparaît clair, ici comme ailleurs dans les cas que nous avons passés en revue, que le sens du deuxième texte ne rappelle en rien celui du premier, même s’il est vrai que les deux textes présentent quelques similitudes de vocabulaire.

D’autre part, lorsqu’on prend un texte en témoignage, la moindre des choses est de le faire témoigne avec ses propres mots. Sinon, comment pourrait-on considérer comme un extrait de la référence ce en quoi ne se manifestent ni le sens ni l’expression. C’est précisément le malheur qui frappe systématiquement les livres du Nouveau testament où les textes dits de « l’Ecriture » ne montrent ni l’extrait du texte d’origine, ni la transmission du sens. Il n’en faut pas plus pour rendre nulle l’argumentation de Jam‘iyet kitab al-hidaya.

Au quatorzième chapitre, nous pouvons lire au verset 21: « Voici ce que déclare l’Ecriture: « C’est par des hommes de langue étrangère que je m’adresserai à ce peuple, dit le Seigneur, je leur parlerai par la bouche d’étrangers. Même alors ils ne voudront pas m’entendre. » »

Allons maintenant jusqu’au texte de référence et comparons (Es 28. 11-12): « Eh bien, c’est dans un langage inintelligible, dans une langue étrangère, que le Seigneur va désormais s’adresser à ce peuple! Il leur avait pourtant dit: « Ici vous trouverez du répit; laissez-y se reposer ceux qui sont fatigués. C’est un endroit tranquille. » Mais ils n’ont rien voulu entendre. »

Chapitre quinze, verset 54: « Alors se réalisera cette parole de l’Ecriture: « La mort est supprimée; la victoire est complète! » » Mais selon Esaïe (25. 8), voici ce que dit l’Ecriture: « Il supprimera la mort pour toujours ».

Deuxième lettre aux Corinthiens et l’Ancien Testament

Selon le chapitre six (16-18), l’Ecriture déclare: « Dieu lui-même l’a

dit: « Je demeurerai et je marcherai avec eux, je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. » C’est pourquoi, le Seigneur déclare: « Vous devez les quitter et vous séparer d’eux. Ne touchez à rien d’impur, et moi je vous accueillerai. Je serai un père pour vous et vous serez des fils et des filles pour moi, dit le Seigneur tout puissant. » »

Dans l’Ancien Testament, nous en retrouvons les traces, d’abord dans le livre de l’Exode (29. 45): « Je serai présent parmi les Israélites, je serai leur Dieu », puis dans Lévitique (26. 11-12): « J’établirai ma demeure sainte au milieu de vous et je ne me détournerai pas de vous. Je marcherai à vos côtés; je serai votre Dieu et vous serez mon peuple. » Et enfin, dans le livre d’Esaïe (52. 11): « Vous qui rapportez les ustensiles réservés au culte du Seigneur, partez, partez vite, quittez Babylone sans rien toucher d’impur. Gardez-vous purs en sortant d’ici. Pour vous, cette fois, ce n’est plus un départ en catastrophe, vous ne partez pas dans la panique, car c’est le Seigneur qui est votre avant-garde, et c’est le Dieu d’Israël qui sera aussi votre arrière-garde. »

Ce qu’il est important de remarquer, c’est que ce que cite la deuxième lettre aux Corinthiens entre le seizième et dix huitième verset du chapitre six, a été écrit à partir d’un assemblage d’extraits issus des trois livres de l’Ancien Testament, abordant pour le premier: des instructions données à Moïse sur les sacrifices; pour le second: l’appel donné aux Israélites à adorer Dieu l’unique; et pour le troisième: l’ordre aux Israélites de quitter Babylone. En somme, plusieurs références parlant toutes de sujets différents.

Au huitième chapitre (15): « Conformément à ce que l’Ecriture déclare: « Celui qui en avait beaucoup ramassé n’en avait pas trop, et celui qui en avait peu ramassé n’en manquait pas. » »

L’équivalent de ce texte se retrouve dans le livre de l’Exode (16. 18): « Mais lorsqu’ils en mesurèrent la quantité, ceux qui en avaient beaucoup n’en avaient pas trop, et ceux qui en avaient peu n’en manquaient pas. »

Lettre aux Galates et l’Ancien Testament

Le treizième verset du troisième chapitre rapporte: « L’Ecriture déclare en effet: « Maudit soit celui qui est pendu à un arbre. » »

Cette référence est faite au livre Deutéronome (21. 23): « Le corps ne devra pas demeurer sur l’arbre pendant la nuit, il faudra l’enterrer le jour même, car un cadavre ainsi pendu attire la malédiction de Dieu sur le Pays. »

Nous pouvons ainsi prendre toute la mesure de la largeur du fossé qui sépare le texte de référence et celui qui est sensé en être la fidèle copie.

Quatrième chapitre (21, 22): « N’entendez-vous pas ce que déclare la loi? Elle déclare qu’Abraham eut deux fils, l’un d’une esclave, Agar, et l’autre d’une femme née libre, Sara. ».

Eh bien, figurez-vous que ces paroles n’ont tout simplement aucune existence dans l’Ancien Testament. Je pense que l’auteur se trouvait chez les Romains au moment où il écrivait ces paroles, à l’abri du démenti que pouvaient lui apporter les Arabes. Mais le sort a voulu qu’elles soient diffusées parmi les Arabes eux même, et il est aussi étonnant que décevant de les voir colportées par certains d’entre eux.

Au trentième verset du même chapitre: « Mais que déclare l’Ecriture? Ceci: « Chasse cette esclave et son fils, car le fils de l’esclave ne doit pas avoir part à l’héritage paternel avec le fils de la femme née libre. »

En vérité, l’Ecriture n’a jamais rien dit de tel et l’auteur n’a fait que reprendre les paroles de Sara, femme d’Abraham (Gen 21. 9-10): « Un jour Ismaël, l’enfant que l’Egyptienne Agar avait donné à Abraham, était en train de jouer. Sara le vit et dit à Abraham: - Chasse cette esclave et son fils. Celui-ci ne doit pas hériter avec mon fils Isaac. »

Quel intérêt à s’appuyer sur les paroles de Sara en tant qu’Ecriture? Que je sache, Sara ne parlait pas sous inspiration divine. Où est donc Sara, et où est la révélation? Pourquoi l’auteur a-t-il dit « l’Ecriture » et non « Sara »? Qu’est-ce qui l’a empêché de citer le texte tel qu’il était dans la Torah? Qu’est-ce qui a agit sur la copie, dans le Nouveau Testament? Erreur ou préméditation? L’auteur craignait-il que l’on découvre que son « Ecriture » n’était autre que Sara, et que tout son raisonnement, raciste et haineux faut-il le souligner, ne reposait en fin de compte que sur ces quelques paroles de co-épouse jalouse?

Lettre aux Hébreux et l’Ancien Testament

Dés le premier chapitre, nous pouvons déjà lire au sixième verset, au sujet de la glorification du Christ: « Mais au moment où Dieu allait envoyer son fils premier-né dans le monde, il a dit: « Tous les anges de Dieu doivent l’adorer. » » Et ces paroles là ne figurent nulle part dans l’Ancien Testament.

Le prêtre: - On dit pourtant que ces paroles se retrouvent dans la version Septuaginta de la Torah (Deut 32. 43).

Emmanuel: - Que le Nouveau Testament ait falsifié l’Ancien, ou que la Torah Septuaginta ait fait autant pour la Torah hébraïque, vous conviendrez que cela n’enlève rien à notre malheur, monsieur le curé.

Bref, le dixième chapitre de cette lettre aux Hébreux, rapporte aux cinquième et sixième versets: « C’est pourquoi, au moment où il allait entrer dans le monde, le Christ dit à Dieu: « Tu ne veux ni sacrifice, ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu ne prends plaisir ni à des animaux brûlés sur l’autel, ni à des sacrifices pour le pardon des péchés.» »

Ces paroles font référence au livre des psaumes (40. 7): « Ce qui te fais plaisir ce n’est pas un sacrifice ou une offrande – tu me l’as bien fait comprendre. Ce que tu demandes, ce n’est pas des animaux brûlés sur l’autel ou des sacrifices pour obtenir le pardon. »

Ce que nous remarquons, c’est que le psaume de dit pas: « mais tu m’as formé un corps », et la lettre aux Hébreux de son côté, ne mentionne pas: « tu me l’as bien fait comprendre ».

Le prêtre: - C’est en tous cas, la version du Nouveau Testament, que nous retrouvons dans la traduction Septuaginta.

Emmanuel: - Et c’est une situation que nous ne déplorerons jamais assez; le fait que la corruption se soit glissée entre le texte hébraïque et la traduction Septuaginta, plutôt qu’entre le texte hébraïque et le Nouveau Testament n’a rien de rassurant. Tout comme il n’y a rien de rassurant à voir certains traducteurs des psaumes écrire: « tu me l’as bien fait comprendre », pendant que d’autres préfèrent mettre: « mais tu m’as formé un corps ».

Afin de remédier à cette différence et ne sachant probablement pas quelle version choisir, la traduction éditée en 1811 décida d’inclure les deux versions dans le psaume: « Mais tu m’as formé un corps, tu me l’as bien fait comprendre ».

Pour bien réussir la confusion, les traducteurs se sont gardés de suivre les mêmes règles; alors que certaines traductions ont été réalisées à partir du texte hébraïque, d’autres ont été faites en tenant compte des notes, pendant que d’autres encore ont été réalisées sur la base de la version Septuaginta, et d’autres enfin, selon la version samaritaine.

De plus, les traducteurs ne se sont pas limités à un texte de base, du début jusqu’à la fin. On les voit au contraire, piocher à volonté dans les différentes versions, comme si l’objectif visé était l’aboutissement à un livre nouveau. Et dire qu’après ceci, certains trouvent encore que les critiques sont injustes à l’encontre nos livres « saints ».

Eliezer: - La triste conclusion de cette leçon est que nous avons bel et bien perdu la validité et le bien fondé de l’Ancien et du Nouveau Testaments courants, et il ne nous reste que les regrets et le désespoir de ne jamais retrouver les livres authentiques. Emmanuel, pour bien me situer vis-à-vis de la situation, il faut que j’en sache plus, cette fois sur l’histoire de notre religion. Tiens, parle-moi un peu de Paul, cet homme dont le nom et l’enseignement ont régné sur le Christianisme.

Paul

Emmanuel: - Le livre Actes des Apôtres, ainsi que les lettres attribuées à Paul nous révèlent déjà quelques aspects de sa vie. Et si les livres d’histoires renferment quelques éléments concernant sa personne, ils les ont extraits des livres que nous venons de citer. C’est pourquoi, il ne nous est parvenu aucun renseignement sur la vie de Paul, ses déplacements, la date de sa mort, son lieu de résidence, sa situation…etc, après son dernier voyage à Rome, où il demeura deux ans sans être jugé. Pour toute cette période, le livre des Actes des Apôtres reste silencieux sur le séjour de Paul à Rome.

Donc, tout ce que je peux vous apprendre sur Paul ne dépasse pas ce que veut bien nous révéler le livre des Actes des Apôtres, lequel rapporte déjà qu’il s’appelait Saul (Act 9. 4). Il est né à Tarse, en Cilicie et il a été élevé à Jérusalem (Act 22. 3). Nous savons aussi qu’il était Pharisien (Act 23. 6).

Paul était après l’ascension du Christ, de ceux qui menèrent une grande persécution contre l’Eglise. « Il allait de maison en maison, en arrachait les croyants hommes et femmes et les jetait en prison » (Act 8.3). Il n’avait de cesse de menacer de mort les disciples du Christ et demanda même au grand prêtre des lettres d’introduction pour les synagogues de Damas, afin que s’il y trouvait des personnes qui suivaient le chemin du Christ, il puisse les arrêter et les conduire à Jérusalem (Act 9. 1-2). Il fut l’auteur de nombreux actes contre le nom de Jésus-Christ « Bien que j’ai parlé contre lui autrefois, bien que je l’ai persécuté et insulté » (1 Tim 1. 13), et mis en prison de nombreux croyants. Dans toutes les assemblées, il les harcelait, les frappait, les obligeait au blasphème et à renier le Christ. En somme, Paul était excessif dans la persécution de l’Eglise, qu’il s’efforçait de détruire (Gal 1. 13).

Les chapitres neuf et vingt deux de Actes des Apôtres racontent dans quelles conditions Paul fut amené à se convertir: C’est sur la route de Damas, lors d’une de ses missions de persécution des chrétiens, qu’il vit une lumière venant du ciel, briller autour de lui. Il tomba à terre et entendit une voix qui disait: Saul, pourquoi me persécutes-tu? Il demanda: qui es-tu Seigneur? La voix répondit: Je suis Jésus que tu persécutes. Relève-toi, entre dans la ville, et là on te dira ce que tu dois faire. En se relevant de terre, Saul découvrit qu’il était devenu aveugle. Pendant trois jours, il fut incapable de voir. Il ne mangea et ne but rien.

Il y avait à Damas un disciple appelé Ananias. Le Christ lui apparut dans une vision et lui dit: Pars dans la rue droite, et dans la maison de Judas, un homme de Tarse appelé Saul prie en ce moment et, dans une vision, il a vu un homme appelé Ananias qui posait les mains sur lui afin qu’il puisse voir de nouveau. Quand Ananias arriva dans la maison, il posa les mains sur Saul et lui dit: Le Seigneur Jésus m’a envoyé pour que tu puisse voir de nouveau et que tu soit rempli du Saint Esprit. Aussitôt, quelque chose de semblable à des écailles tomba des yeux de Paul et il put voir de nouveau.

Quelques jours après qu’il fut baptisé, il se mit à prêcher dans les synagogues de Damas, en proclamant que Jésus est le fils de Dieu. Mais au bout d’un certain temps, les juifs prirent la décision de le faire mourir, et les portes de la ville furent surveillées jour et nuit. Averti du complot, Paul passa de l’autre côté du mur de la ville avec l’aide des disciples.

Eliezer: - Ce que tu viens de dire sur Paul, à propos de l’appel qu’il reçut du Christ et l’ouverture de ses yeux est tout de même quelque chose d’extrêmement grave, sérieux et dangereux, mon petit Emmanuel. C’est véritablement un grand miracle, si bien sur nous pouvions avoir une preuve irréfutable de l’authenticité de ces événements. A propos, as-tu de quoi étayer ce que tu viens d’annoncer?

Emmanuel: - Je vous avais dit, père, que tout ceci avait été rapporté dans le livre des Actes des Apôtres, dont on attribue la rédaction à Luc.

Eliezer: - Et moi qui espérais une réponse qui me ferait reprendre espoir en nos livres. N’oublie pas que j’étais présent lors de ta conversation avec le prêtre, au bout de laquelle d’ailleurs on arriva à la conclusion qu’il était impossible de savoir si Luc écrivait sous l’inspiration de Dieu, tout comme il est impossible de savoir s’il était de ceux qui reçurent le Saint-Esprit. Peux-tu me dire par conséquent, quel crédit je peux accorder à ses paroles? Si nous admettons qu’il faisait partie de ceux qui croyaient en le Christ, quelle preuve avons-nous que le livre Actes des Apôtres était bien son œuvre? Et si nous avions cette preuve qu’il était croyant, pieux, refusant le mensonge, et que le livre en question était de son œuvre, nous n’aurions pas eu à douter un instant de son contenu. Car vois-tu fiston, je ne suis peut être pas aussi averti que toi et le prêtre sur le sujet, il n’empêche que j’ai bien suivi ta leçon depuis le début, et j’ai appris que Luc n’était pas témoin de ce qu’il écrivait. Il suffit de lire le vingt deuxième chapitre des Actes pour s’en rendre compte: Luc ne fait que reprendre Paul qui, à l’évidence, n’a aucun témoin pour confirmer ses affirmations, et étant donné la gravité des événements rapportés dans les chapitres neuf et vingt deux, sur les conditions miraculeuses de la conversion de Paul, nous ne pouvons nous contenter du seul témoignage de ce dernier pour sa propre personne. Je ne parle pas de toutes les différences relevées entre le livre des Actes et l’Ancien Testament, sur les textes qui sont sensés les unir et les faire corroborer l’un l’autre.

Après tout cela, reste-t-il encore une chance si maigre soit-elle, pour que le livre des Actes des Apôtres jouisse d’une quelconque considération chez le religieux averti et ce, quel que soit le lien établi entre ce livre et son supposé auteur, Luc. Mais pardonne-moi de t’avoir interrompu, Emmanuel, et d’avoir disposé de la parole aussi longtemps; c’est que moi aussi, j’en ai gros sur le cœur.

Emmanuel: - Je poursuis donc; Quand Paul revint de Damas à Jérusalem, il voulut se joindre aux disciples, mais ces derniers avaient tous peur de lui, car ils avaient quelque peine à admettre qu’il était devenu disciple. Alors Barnabé l’emmena avec lui et le conduisit auprès des apôtres à qui il raconta l’histoire de Paul qui avait vu le Christ sur le chemin de Damas, et avec quelle assurance il prêcha dans cette ville, au nom de Jésus.

Dès que Paul fut accepté par eux, il se mit à prêcher dans Jérusalem, y compris parmi les juifs parlant grec. Mais ceux-ci complotaient pour le faire mourir. Quand les disciples l’apprirent, ils se pressèrent de conduire Paul à Césarée et le firent partir pour Tarse, en Cilicie, sa région natale (Act 9. 26-30).

Plus tard, Barnabé partit pour Tarse à la recherche de Paul. Quand il l’eut trouvé, il l’emmena à l’Eglise d’Antioche. Ils y passèrent tous les deux une année durant la quelle ils se consacrèrent à l’instruction des gens. En ce temps là, un prophète nommé Agabus annonça l’imminence d’une famine. Alors, les disciples donnèrent chacun ce qu’il pouvait et chargèrent Barnabé et Paul d’emmener les dons aux anciens de Judée (Act 11. 25-30).

Eliezer: - Puisque tu parles de Barnabé, que sait-on de son histoire au juste?

Qui est Barnabé?

Emmanuel: - L’histoire de Barnabé commence dans le Nouveau Testament. Il s’appelait Joseph et les apôtres le surnommèrent Barnabé, qui signifiait « L’homme qui encourage ». C’était un lévite, né à Chypre. Il avait un champ qu’il vendit et remit aux apôtres l’argent de la vente (Act 4. 36-37).

Barnabé fut envoyé à Antioche par les membres de l’Eglise de Jérusalem, en mission de prédication et d’exhortation des gens à croire en Jésus-Christ, et à persévérer sur le chemin de Dieu. C’était un homme bon, croyant et rempli du Saint-Esprit (Act 11. 22-24). C’est de là qu’il partit pour Tarse à la recherche de Paul.

Eliezer: - Mais est-ce qu’on retrouve ailleurs des témoignages sur les débuts de Barnabé?

Quelques mots sur l’Evangile selon Barnabé

Emmanuel: - L’histoire rapporte que vers la fin du Ve siècle ap J-C, un édit du Pape Gélase 1er (492-496 ap J-C) dressant la liste des livres interdits à la lecture, incluait dans cette liste un livre intitulé: L’Evangile de Barnabé.

Ceci nous indique au moins que Barnabé avait un Evangile qu’on lisait durant ces siècles là, même si la lecture des livres religieux demeura pendant longtemps et jusqu’à la réforme protestante, le privilège d’une certaine élite et resta interdite à la population. A cette époque là, le livre religieux bénéficiait d’un rayon de diffusion très restreint, à plus forte raison lorsqu’il s’agissait d’un livre comme l’Evangile de Barnabé qui, pour s’être attiré les foudres du pape, devait être porteur de valeurs situées, le moins que l’on puisse dire, aux antipodes de celles véhiculées par la tendance dominante. C’est en toute logique donc que l’Evangile selon Barnabé devait être le moins diffusé des livres, et s’il continua à circuler dans certains cercles, c’était en dépit du contrôle exercé par l’Eglise.

Cependant, cette histoire est contestée par certains savants qui la qualifient de pure invention. Qu’en pensez-vous cher père? Ne trouvez-vous pas que ce que retient l’histoire est plus important, et plus crédible en tous cas, que l’avis de quelques savants opposants et excédés par cet Evangile de Barnabé, dont l’existence si elle venait à être confirmée, menacerait de destruction l’ensemble du bâti chrétien, j’entends par là celui du Christianisme courant.

L’Orientaliste Sale rapporte dans son introduction à la traduction du Coran, qu’un moine Latin raconte avoir découvert des lettres d’un Saint, de la deuxième génération après le Christ. Parmi ces lettres, il en était une qui revêtait un intérêt particulier. Dans cette lettre, le Saint critiquait et condamnait Paul, en s’appuyant sur l’Evangile selon Barnabé. La lecture de cette lettre suscita chez le moine le besoin irrésistible de se mettre à la recherche de cet Evangile de Barnabé, qu’il finit d’ailleurs par découvrir dans la bibliothèque du Pape Sixte V.

Ces événements remontent à la fin du XVIe siècle ap J-C. Plus tard, en 1709 apparut une copie en italien, puis une autre en espagnol, toujours dans les débuts du XVIIIe siècle, durant lequel elle fut traduite en anglais. C’est à partir de cette époque que l’Evangile selon Barnabé connut une large circulation dans les milieux religieux et scientifiques.

Toutefois, un fait mérite qu’on s’y attarde; sur les marges de la copie Italienne, nous trouvons de nombreuses phrases écrites dans un arabe incorrect, à l’image de celui d’un occidental en phase d’apprentissage de cette langue.

Ceci dit, nous ne connaissons pas de traduction arabe pour l’Evangile selon Barnabé, tout comme nous ne lui trouvons pas de trace dans l’histoire des Arabes et des musulmans. L’Orient entier témoigne n’en avoir jamais entendu parler et ce, jusqu’à la traduction du docteur Khalil Saada, éditée en 1908. C’est pourquoi, je m’étonne de l’attitude de certains de nos amis selon lesquels l’Evangile selon Barnabé aurait été traduit à partir de l’Arabe, et que le texte d’origine arabe existerait encore en Orient. Plus bizarres encore, les paroles d’al-Boustani dans « adda’ira », durant son commentaire sur Barnabé: « Il existe en arabe un faux Evangile attribué à Barnabé. Il a été traduit en anglais, en espagnol et en italien. » Je vous laisse imaginer la gravité de ces propos et toute la responsabilité qui incombe à leur auteur devant l’histoire.

Eliezer: - Tu disais que le Saint critiquait Paul et le condamnait en s’appuyant sur l’Evangile selon Barnabé. Nous serait-il possible de savoir en quoi le contenu de cet Evangile pouvait constituer un appui à la condamnation de Paul?

Emmanuel: - En résumé, Barnabé dit aux débuts de son Evangile que le diable s’était servi de certains miracles comme prétexte pour duper de nombreuses personnes, en les poussant à la diffusion d’un enseignement digne des apostats. Par cet enseignement ces personnes prétendent que le Christ est le fils de Dieu, refusent la circoncision imposée depuis longtemps par Dieu et rendent licites toutes les viandes impures. Barnabé ajoute: « Je suis affligé de compter Paul parmi ces personnes. »

Vers la fin, il avance encore qu’un groupe de malfaisants qui ont la prétention d’être des disciples, ont prêché différemment: pour certains le Christ est mort et n’est pas revenu à la vie; pour d’autres, il est mort mais a ressuscité; et pour d’autres enfin, Jésus n’est ni plus ni moins que le fils de Dieu, et Paul était de ceux qui ont été dupés par ce mensonge.

Dans son commentaire sur l’Evangile selon Barnabé, le docteur Khalil Saada dit qu’il a existé jadis un autre Evangile appelé l’Evangile gnostique, dont les traces ont disparu. Selon le docteur Khalil, cet Evangile commence par une introduction qui critique Saint Paul et finit par une conclusion qui ne manque pas de dénigrements à son encontre.

Eliezer: - Cela nous amène à nous demander si parmi les disciples, il y en avait qui étaient opposés à Paul, sur les principes généraux du Christianisme.

Les enseignements du Christianisme après Jésus-Christ

Emmanuel: - Ce que nous retenons du quinzième chapitre de Actes des Apôtres, c’est que les enseignements du Christianisme jusqu’en l’an cinquante environ, donc vingt deux ans après l’ascension du Christ, étaient conformes à la loi de la Torah, ce qui n’était pas sans causer aux disciples quelques difficultés dans leur mission de diffusion des fondements de la nouvelle religion, car certains militaient pour que continuent à être respectées certaines valeurs imposées dans la Torah, telle que l’obligation de circoncision.

Les disciples furent amenés à se réunir et à en débattre. Chacun y allait de ses arguments, et voici par exemple ce que dit Pierre durant cette réunion: « Pourquoi mettez-vous Dieu à l’épreuve en voulant imposer aux croyants un fardeau que ni nos ancêtres ni nous-mêmes n’avons pu porter? » (Act 15. 10). Jacques abonda dans le même sens en se montrant plus précis: « J’estime qu’on ne doit pas créer de difficultés à ceux, non Juifs, qui se tournent vers Dieu. Mais écrivons-leur pour leur demander de ne pas manger de viandes impures provenant de sacrifices offerts aux idoles, de se garder de l’immoralité et de ne pas manger de la chair d’animaux étouffés ni de sang. » (Act 15. 19-20)

Le vingt et unième chapitre des Actes décrit l’arrivée de Paul à Jérusalem où quelques jours plus tard, il fut arrêté et envoyé prisonnier à Rome. Mais peu avant son arrestation, il rendit visite à Jacques chez qui tous les anciens de l’Eglise se réunirent. Ils s’adressèrent à Paul dans les propos que voici: « Tu vois, frère, combien de milliers de Juifs sont devenus des croyants: ils sont tous très attachés à la loi. On leur a déclaré que tu enseignes à tous les Juifs qui vivent au milieu d’autres peuples à se détourner de la loi de Moïse et que tu leur dis de ne pas circoncire leurs enfants et de ne pas suivre les coutumes juives. Que faire? Car ils vont certainement apprendre que tu es arrivé. Eh bien, fais ce que nous allons te dire. Nous avons ici quatre hommes qui ont fait un vœu. Emmène-les, participe avec eux à la cérémonie de purification et paie leurs dépenses, pour qu’ils puissent se faire raser la tête. Ainsi, tout le monde saura qu’il n’y a rien de vrai dans ce qu’on a raconté à ton sujet, mais que, toi aussi, tu vis dans l’obéissance à la loi de Moïse. Quant aux non Juifs qui sont devenus chrétiens, nous leur avons écrit pour leur dire ce que nous avons décidé: ils ne doivent manger ni viandes provenant de sacrifices offerts aux idoles, ni sang, ni chair d’animaux étouffés, et ils doivent se garder de l’immoralité. Alors Paul emmena ces quatre hommes et, le lendemain, participa avec eux à la cérémonie de purification. » (Act 21. 20-26).

Remarquons que la lettre envoyée par les disciples aux non juifs devenus chrétiens ne leur demande pas de se conformer à l’obligation de circoncision, ni au reste de la loi de Moïse, mais de ne tenir compte que des quatre règles citées.

Eliezer: - Ce Jacques là, était-il un des douze apôtres

Emmanuel: - Parmi les douze apôtres, deux hommes portaient le nom de Jacques: l’un était Jacques, fils de Zébédée et frère de Jean et l’autre était Jacques, fils d’Alphée. Le premier était déjà mort bien avant la tenue de cette réunion, qui s’est achevée comme nous l’avons vu, par l’abolition de la loi de Moïse. Le Jacques qui nous concerne n’était donc que le second, c'est-à-dire le fils d’Alphée.