AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)
 
Généalogie du Christ

C’est ainsi que j’ai entrepris de lire les Evangiles depuis le début, en commençant évidemment par l’Evangile selon Matthieu. En le lisant, j’ai été tout de suite frappé par ce qu’il rapporte sur la généalogie du Christ. L’Evangile cite les ancêtres de Jésus, depuis Abraham jusqu’à Joseph, l’époux de Marie, mère de Jésus. Cette manière d’apparenter Jésus à Joseph me semblait quelque peu inattendu. J’ai alors levé la tête vers le prêtre, histoire de solliciter son aide:

- Monsieur le curé, quel lien Joseph peut-il avoir avec la naissance de Jésus de la vierge Marie? Remarquez que Matthieu a établi une généalogie pour Jésus en commençant par Joseph qui, faut-il le rappeler, n’est pas son père, le faisant ainsi remonter jusqu’à Abraham. A croire que Matthieu ignorait que Marie était vierge alors qu’elle était enceinte de Jésus et que Jésus était né sans père. A moins que Matthieu, en voulant rattacher Jésus à Joseph, veuille remettre en cause la virginité de Marie.

Le prêtre: - Non Emmanuel, nous savons par Matthieu entre autres, que Marie s’est trouvée enceinte par la puissance du Saint Esprit, avant même qu’elle ait vécu avec Joseph (Matt 1. 18).

Emmanuel: - A quoi sert-il dans ce cas de dresser toute cette généalogie sachant qu’elle n’est pas celle de Jésus? N’aurait-il pas mieux fait d’établir sa véritable généalogie, celle du côté de sa mère, qui remonte jusqu’à Abraham en passant par David? Matthieu ne semble pas vouloir tenir compte des femmes dans cette généalogie. Pourtant il agit différemment lorsqu’il s’agit de: Thamar, mère de Pharès; Rahab, mère de Booz; Ruth, mère de Obed; la femme d’Urie, mère de Salomon.

Le prêtre: - Certains de nos auteurs disent que Matthieu a cité ces quatre femmes parce qu’elles étaient des étrangères et non des Israélites, ni des descendantes d’Abraham.

Emmanuel: - Dans ce cas, pourquoi ne cite-t-il pas la mère de Roboam, fils de Salomon, qui était une Amonite, donc une étrangère aussi?

Le prêtre: - Sois plus clair, Emmanuel; où veux-tu en venir?

Emmanuel: - Vous m’étonnez. Monsieur le curé n’ignore tout de même pas ce que Matthieu dit de ce que rapporte l’Ancien Testament, car personnellement, je m’en voudrai de le citer. Mais ne nous aventurons pas loin de notre propos et revenons plutôt à la généalogie qu’il a établie pour le Christ. Il cite: « Josias fut père de Yékonia et de ses frères, à l’époque où les Israélites furent déportés à Babylone. Après que les Israélites eurent été déportés à Babylone, Yékonia fut père de Salathiel. » (Matt 1. 11-12), alors que nous apprenons par l’Ancien Testament (1 Chron 3. 15-16) que Yekonia était le fils de Joaquim, fils de Josias.

D’autres noms sont attestés pour Yekonia dans les livres de l’Ancien Testament: c’est sous le nom de Joakin, fils de Joaquim que nous le retrouvons dans le trente sixième chapitre du deuxième livre des Chroniques, ainsi que dans le vingt quatrième chapitre du deuxième livre des Rois. Dans le livre de Jérémie, il s’appelle d’abord Konia (Jér 22), ensuite Yekonia (Jér 27. 20). Quant à sa naissance, elle remonte à environ dix huit ans avant la déportation des Israélites à Babylone et non durant leur déportation.

Luc a aussi établi une généalogie pour Jésus, au troisième chapitre de son Evangile, mais bien différente de celle établie par Matthieu. Si Luc n’hésite pas à faire de Joseph le père de Jésus, tout comme Matthieu, il en fait également le fils de Heli qu’il fait remonter jusqu’à Nathan, fils de David.

Le prêtre: - Certains de nos chercheurs disent que Héli était le père de Marie, mère de Jésus, mais Luc le cite comme un père pour Joseph, qui était le fils de Jacob, et Marie était fiancée à Joseph.

Emmanuel: - On se demande comment ce savant a pu découvrir une telle information, si ce n’est dans un rêve, car tous les savants sont au jour d’aujourd’hui préoccupés par cette différence qui caractérise les deux Evangiles sur la généalogie du Christ. Qui a appris à cet écrivain que le père de Marie s’appelait Héli, et que la généalogie donnée par l’Evangile selon Luc était celle de Héli? Y a-t-il seulement une histoire connue qui corrobore cette version?

De toute manière, ce qui ressort de la lecture du premier chapitre de l’Evangile selon Luc, est que Marie est une descendante d’Aaron, par la tribu de Levi, et non une descendante de David, par la tribu de Juda. En effet, il dit au cinquième verset du premier chapitre qu’Elisabeth était une descendante d’Aaron le grand prêtre, et un peu plus loin (Luc 1. 36), il présente Elisabeth comme la parente de Marie, ce qui nous amène à déduire en toute logique que Marie était aussi une descendante d’Aaron.

Le prêtre: - Pourtant le même Evangile rapporte tout autre chose: « L’ange lui dit alors: - N’aie pas peur, Marie, car tu as la faveur de Dieu. Tu vas devenir enceinte et tu mettras au monde un fils que tu nommeras Jésus. Il sera grand et on l’appellera le fils du Dieu très haut. Le Seigneur Dieu fera de lui un roi, comme le fut David son ancêtre. » (Luc 1. 30-32). Ceci implique évidemment que Marie soit une descendante de David et l’affiliation de Joseph à David est sans lien avec Jésus.

Emmanuel: - Eh bien, monsieur le curé, que voulez vous que je vous dise; ce sont précisément les Evangiles qui s’accordent à dire que le Messie ne descend pas de David (Matt 22.42-45; Marc 12. 35-37; Luc 20. 41-44). Ils rapportent les paroles de Jésus qui en informait les Pharisiens, en leur disant que David lui-même, guidé par le Saint Esprit, l’appelait: mon Seigneur: « Si donc David l’appelle Seigneur, comment le Messie peut-il être aussi descendant de David? ».

Le prêtre: - Moi non plus, je ne sais trop que dire, Emmanuel. Toutes ces incohérences qui minent nos Evangiles, nous font ravaler nos arguments. Continue ta lecture, continue.

L’Evangile selon Matthieu et l’Ancien Testament

La dernière partie du premier chapitre de l’Evangile selon Matthieu relate les détails d’un rêve que fit Joseph et dans lequel il fut informé de la prochaine naissance de Jésus: « Un ange du Seigneur lui apparut dans un rêve et lui dit: - Joseph, descendant de David, ne crains pas de prendre Marie comme épouse, car c’est par la puissance du Saint-Esprit qu’elle attend un enfant. Elle mettra au monde un fils, que tu appelleras Jésus, car il sauvera son peuple de ses péchés. Tout cela arriva afin que se réalisa ce que le Seigneur avait dit par le prophète: « La vierge sera enceinte et mettra au monde un fils, qu’on appellera Emmanuel. » (Ce nom signifie: Dieu est avec nous) » (Matt 1. 20-23).

Aussitôt, je me tournais vers le prêtre et lui demandais si je pouvais retrouver cette information ailleurs, dans les livres des prophètes.

Le prêtre: - Tu peux effectivement lire quelque chose de semblable dans le livre d’Esaïe (7. 14), mais je te conseille de bien méditer ce que tu liras. Fait-il vraiment allusion à la naissance du Christ? Il serait sage de consulter en même temps l’origine hébraïque du texte.

Emmanuel: - C’est justement dans son origine hébraïque que j’aime lire l’Ancien Testament. Ceci dit, il est quand même important de souligner que dans toutes les situations où il est question de la vierge, elle est appelée « vierge », excepté dans le livre d’Esaïe où nous retrouvons le nom de « jeune femme » (Es 7. 14): « Eh bien, le Seigneur vous donne lui-même un signe: la jeune femme va être enceinte te mettre au monde un fils. Elle le nommera Emmanuel, (Dieu avec nous). »

En reprenant le livre d’Esaïe, Matthieu transformera « la jeune femme » en « la vierge ». Par ailleurs, personne à ma connaissance n’a jamais appelé le Christ par « Emmanuel », mais plutôt par « Jésus ».

Il semble difficile dans ces conditions, de croire à l’histoire de l’apparition de l’ange dans le rêve de Joseph, sachant d’autant plus que Esaïe s’adressait dans ce discours aux gens de la tribu de Juda et à leur roi Ahaz, au sujet d’un complot que fomentaient les rois de Syrie et d’Israël contre le royaume de Juda. Esaïe ajouta, pour leur donner un signe, qu’avant même que le garçon qui allait naître ne soit en âge de faire la différence entre le bien et le mal, le territoire des deux royaumes ligués contre Juda serait abandonné par ses habitants (Es 7. 16), puisqu’il serait envahit par les Assyriens.

Effectivement, le huitième chapitre du livre d’Esaïe, de même que le seizième et dix-septième chapitre du deuxième livre des Rois, décrivent les circonstances de l’invasion des deux royaumes de Syrie et d’Israël, et la déportation de leurs populations par le roi d’Assyrie.

Je voudrai profiter de cette occasion pour citer également le deuxième chapitre de l’Evangile selon Matthieu: « Car voici ce que le prophète a écrit: Et toi, Bethléem, du pays de Judée, tu n’es certainement pas la moins importante des localités de Judée; car c’est de toi que viendra un chef qui conduira mon peuple, Israël.» (Matt 2. 5-6).

Faut-il signaler qu’il n’y a rien dans l’Ancien Testament qui ressemble à cela, hormis dans le livre de Michée, avec toutefois une différence: « et toi, Bethléem Efrata, déclare le Seigneur, tu es une localité peu importante parmi celles des familles de Juda. Mais de toi je veux faire sortir celui qui doit gouverner en mon nom le peuple d’Israël. » (Mich 5. 1).

Cette différence n’est rien de moins qu’une dénaturation; a-t-elle été portée sur l’Evangile ou sur le livre de Michée? Je sais que des questions de cet ordre, nous en avons passé en revue un certain nombre, et que nous ne sommes pas au bout de nos peines. Donc, passons, mais je vous préviens que nous n’avons pas fini de parler de Matthieu et de son Evangile, car il cite encore qu’ « un ange du Seigneur apparut à Joseph dans un rêve et lui dit: - Lève-toi, prends l’enfant et sa mère et fuis en Egypte; reste là-bas jusqu’à ce que je te dise de revenir. Car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire mourir. Joseph se leva donc, prit l’enfant et sa mère et partit avec eux pendant la nuit pour l’Egypte. Il y resta jusqu’au jour où Hérode mourut. Cela arriva afin que se réalise ce que le Seigneur avait dit par le prophète: « J’ai appelé mon fils à sortir d’Egypte » » (Matt 2. 13-15).

Ces paroles présentent une certaine ressemblance avec d’autres qui apparaissent au début du onzième chapitre du livre d’Osée, sauf que sept cent ans séparent l’époque d’Osée de celle du Christ et que l’origine du discours était: « Quand Israël était jeune, je me suis mis à l’aimer, dit le Seigneur, et je l’ai appelé, lui mon fils, à sortir d’Egypte. » (Osée 11. 1).

Il n’est pas difficile de comprendre que ces propos d’Osée concernent la fuite du peuple d’Israël d’Egypte, comme le confirme la suite du même chapitre. Ces paroles sont étayées dans le livre de l’Exode, où nous lisons que Dieu dicte à Moïse la conduite à tenir face au pharaon: « Alors tu lui diras, voici ce que déclare le Seigneur: « Le peuple d’Israël est mon fils, mon fils aîné. Je t’ai ordonné de le laisser partir pour qu’il puisse me rendre un culte. » » (Ex 4. 22-23).

Matthieu raconte aussi que Hérode qui était roi à l’époque où Jésus était enfant, massacra tous les garçons qui pouvaient être de l’âge de Jésus, à Bethléem et ses environs. Alors, selon Matthieu, se réalisèrent les paroles du prophète Jérémie: « On a entendu une plainte à Rama, des pleurs et de grandes lamentations. C’est Rachel qui pleure ses enfants, elle ne veut pas être consolée, car ils sont morts. » (Matt 2. 16-18).

Il n’échappe sûrement pas à monsieur le curé que ces paroles avaient été prononcées, longtemps auparavant par Jérémie, dans d’autres circonstances: « Voici ce que dit le Seigneur: Ecoutez: on entend une plainte à Rama, des pleurs amers. C’est Rachel qui pleure ses enfants; elle ne veut pas être consolée de les avoir perdus. » (Jér 31. 15).

Aidez moi à comprendre; je ne vois pas de relation entre, d’un côté Rama qui fait partie de la tribu d’Efraïm, fils de Joseph, fils de Jacob et Rachel, et de l’autre Bethléem qui fait partie de la tribu de Juda, ce qui situe l’une des deux localités à bonne distance de l’autre, ceci d’une part. D’autre part, on se demande à quoi rime ce mélange fait par Matthieu, entre Rachel et les gens de Bethléem qui, eux, sont de la tribu de Juda, de la progéniture de Léa, co-épouse de Rachel.

Notons par ailleurs que Jérémie ne dit pas que les enfants avaient été tués, mais qu’au contraire, Dieu rassura Rachel sur leur sort: « Mais le Seigneur lui adresse ce message: Retiens tes sanglots, sèche tes larmes, car je récompenserai ta peine. C’est moi, le Seigneur, qui le dis. Tes enfants reviendront de chez leurs ennemis. Il y a donc de l’espoir pour tes descendants, déclare le Seigneur: tes enfants reviendront dans leur patrie. » (Jér 31.16-17).

Quel lien sensé peut-on établir avec les enfants massacrés? J’implore votre aide, monsieur le curé; j’ai l’impression que l’Evangile selon Matthieu a été confectionné dans la déprédation des textes des autres livres.

Le prêtre: - Ne sois pas si triste, Emmanuel. Tu étudies les deux Testaments depuis assez longtemps déjà, pour ne plus être effrayé par tes découvertes. Et bien, figure toi que le même procédé que celui que tu déplores, se retrouve dans Actes des apôtres (13. 33): « il l’a accompli maintenant pour nous, leurs descendants, en ramenant Jésus à la vie, comme il est écrit dans le Psaume deux: « C’est toi qui es mon fils, à partir d’aujourd’hui, je suis ton père. » », et aussi dans lettre aux Hébreux (5. 5): « Le Christ ne s’est pas accordé lui-même l’honneur d’être grand prêtre. Au contraire, c’est Dieu qui lui a déclaré: C’est toi qui es mon fils, à partir d’aujourd’hui je suis ton père. ». Paul se sert de ces paroles également au début de sa lettre aux Hébreux, pour soutenir un rang de Jésus, supérieur à celui des anges: « En effet, Dieu n’a jamais dit à l’un de ses anges: C’est toi qui es mon fils, à partir d’aujourd’hui je suis ton père. Et il n’a jamais dit à propos d’un ange: Je serai un père pour lui et il sera un fils pour moi. ».

Voyons maintenant, mon cher Emmanuel, ce qui est réellement écrit au septième verset du Psaume deux: « Laissez-moi citer le décret du Seigneur; il m’a déclaré: C’est toi qui es mon fils. A partir d’aujourd’hui, c’est moi qui suis ton père. » Evidemment, ceci ne peut en aucun cas être appliqué à Jésus Christ, puisque c’est le prophète David lui même qui en était visé et ce, plus de mille ans avant la naissance de Jésus.

Si tu désires d’avantage de preuves, Je t’invite à consulter le deuxième livre de Samuel (7. 12-14) et le premier livre des Chroniques (17. 11-13). Il y est écrit que Dieu chargea le prophète Nathan de dire à David, au sujet de la construction du temple: « Lorsque sera venu pour toi le moment de mourir, je désignerai l’un de tes propres enfants pour te succéder comme roi, et j’établirai fermement son autorité. C’est lui qui me construira un temple, et moi je l’installerai sur un trône inébranlable. Je serai un père pour lui et il sera un fils pour moi. ».

Dans le vingt deuxième chapitre du premier livre des Chroniques, c’est le roi David qui, en chargeant son fils Salomon de construire le temple, l’informa également que c’est lui qui était concerné par ces paroles (1 Chron 22. 9-10).

Enfin, c’est devant tous les chefs d’Israël que David présente Salomon comme son successeur, par la volonté de Dieu: « Maintenant, entre les nombreux fils qu’il m’a accordés, il a choisi Salomon pour qu’il prenne place sur le trône d’Israël et y exerce la royauté de la part du Seigneur. Il m’a déclaré: « C’est ton fils Salomon qui me construira un temple avec ses cours, car c’est lui que j’ai choisi; il sera un fils pour moi et je serai un père pour lui. » » (Chron 28. 5-6).

Que reste-t-il à ajouter après cela, sinon que la déprédation et l’usurpation semblent malheureusement avoir été des outils consacrés dans la rédaction des livres du Nouveau Testament. Nous ferions mieux de ravaler notre amertume et poursuivre notre pénible lecture.

Pendant que j’achevais la lecture du deuxième chapitre de l’Evangile selon Matthieu, un passage de celui-ci rapportait que Joseph avait emmené avec lui l’enfant Jésus et s’en était allé s’établir dans une ville de Galilée appelée Nazareth. Selon Matthieu, « il en fut ainsi pour que se réalise cette parole des prophètes: « Il sera appelé Nazaréen. » » (Matt 2. 23).

Bien que je lise la bible de façon courante, je ne me rappelle pas avoir rencontré ailleurs que dans cet Evangile quelque chose de semblable. Comme à l’accoutumée, je me pressais de demander l’assistance du prêtre, qui ne manquait jamais de patience et de générosité, lorsqu’il s’agissait de combattre mon ignorance:

- Monsieur le curé, est-il dit dans l’Ancien Testament que le Christ ou même un autre prophète s’appelait Nazaréen?

Le prêtre: - Non, Emmanuel, il n’y a pas dans l’Ancien Testament la moindre trace pour ces paroles. Mais que cela ne t’étonne pas, venant de l’Evangile selon Matthieu, en particulier après ce que tu as vu précédemment.

La Révélation se trompe-t-elle?

Emmanuel: - Vous avez raison. A propos, je me rappelle lu au vingt septième chapitre de ce même Evangile: « Alors se réalisèrent les paroles du prophète Jérémie: « Ils prirent les trente pièces d’argent (somme que les Israélites avaient été d’accord de payer pour lui) et les employèrent pour acheter le champ du potier, comme le Seigneur me l’avait ordonné. » » (Matt 27. 9-10). Pourtant, il suffit de lire le livre de Jérémie pour se rendre compte qu’il ne dit rien de tel. Cependant, nous retrouvons des expressions quelque peu ressemblantes, dans le onzième chapitre du livre de Zacharie, même si le contexte diffère d’un livre à l’autre, au même titre que le sens du texte: « Je leur déclarai: - si vous le jugez bon, donnez-moi mon salaire; sinon tant pis! Ils comptèrent alors trente pièces d’argent, qu’ils me donnèrent comme salaire. Le Seigneur me dit: - Ils estiment que je ne vaux pas plus que cela! Porte cette somme grandiose au fondeur! Je pris donc les trente pièces d’argent et je les portai au fondeur dans le temple du Seigneur » (Zach 11. 12-13).

Si l’Evangile selon Matthieu a été vraiment révélé, comment a-t-il pu échapper à la révélation divine que les paroles citées dans Matthieu ne figurent pas dans le livre de Jérémie, mais plutôt dans celui de Zacharie. Ceci est, si besoin est, une preuve de plus que l’auteur n’a fait que copier maladroitement le livre de Zacharie, et utilisé le texte à d’autres fins, sans tenir le moindre compte de la différence de contexte. Alors, si ce n’est pas de la falsification, illuminez ma lanterne et dites-moi ce que c’est.

Le prêtre: - Vous rendez-vous compte de ce que nous dit votre fils, Eliezer? Ecouter bien et prenez la mesure de ce que vous entendrez. Quant à toi Emmanuel, tu as toute notre attention.

Emmanuel: - Eh bien, si nous prenons les Evangiles selon Matthieu et Luc, nous verrons que tous les deux abordent l’histoire du Christ, les détails de sa vie et de ses états, depuis qu’il était encore dans le ventre de sa mère, jusqu’à la fin de sa présence parmi les hommes, sans négliger sa naissance et son enfance. Néanmoins, chacun des deux Evangiles se distingue de l’autre par l’exclusivité dans le récit d’un miracle.

Matthieu par exemple, raconte l’arrivée des savants envoyés par le roi Hérode pour rendre visite l’enfant Jésus. Il raconte comment ceux-ci se prosternèrent à la vue de jésus et l’adorèrent. Il fait part aussi du massacre des enfants et du départ vers l’Egypte. Du côté de l’Evangile selon Luc, on ne souffle pas mot de tout ceci, mais on raconte le récit des bergers qui reçoivent la visite d’un ange leur annonçant la naissance de Jésus. Le même Evangile rapporte également les prophéties de Siméon et d’Anne, alors que Matthieu ne fait pas la moindre allusion à cette histoire; pourquoi?

Le prêtre: - Ce ne sont là que quelques unes des innombrables différences qui distinguent les Evangiles, les uns des autres. Même s’ils sont souvent d’accord sur le même événement, ils différent tellement dans leur manière de le rapporter, qu’il finissent bien des fois par tomber dans le pétrin de la contradiction, et tant pis si la révélation ne s’accorde point avec la contradiction.

Eliezer: - Nous venons de lire à peine deux chapitres d’un seul l’Evangile et nous voila déjà confrontés à tant de situations, aussi ahurissantes les unes que les autres, que mon inquiétude ne fait que croître, quand je pense à ce qui suivra de notre lecture du Nouveau Testament. J’ai déjà mon lot de déceptions pour ce que nous savions auparavant; il faut encore que j’y ajoute ceci. Rassurez-moi, monsieur le curé, dites-moi que tout n’est pas ainsi dans nos livres.

Le prêtre: - Personne ne vous en veut pour vos déceptions, Eliezer, et votre inquiétude est pleinement justifiée. Mais paradoxalement, vous devriez vous réjouir, car vos yeux sont entrain de s’ouvrir et Dieu aime ceux qui marchent sur la voie de la vérité. Excuse-nous, Emmanuel, de t’avoir interrompu; nous t’écoutons.

Emmanuel: - Ne vous excusez pas, car pendant que vous discutiez avec mon père, j’étais plongé dans la lecture du troisième chapitre et déjà, mon attention fut attirée: « En ce temps là, Jean-Baptiste parut dans le désert de Judée et se mit à prêcher: changez de comportement disait-il, car le royaume des cieux s’est approché! Jean est celui dont le prophète Esaïe a parlé lorsqu’il a dit: C’est la voix d’un homme qui crie dans le désert: préparez le chemin du Seigneur, faites-lui des sentiers bien droits! »

Là, deux questions s’imposent: la première est que Matthieu racontait à la fin du deuxième chapitre, le retour de Joseph de l’Egypte, avec Jésus, alors qu’Hérode venait de mourir et que son fils Archélaüs lui succéda. Ce fut environ un an après la naissance de Jésus, alors que Jean-Baptiste devait avoir aux alentours de six mois de plus, puisque comme le rapporte Luc au Premier chapitre de son Evangile, l’ange Gabriel annonça à Marie la prochaine naissance de Jésus, pendant qu’Elisabeth, femme de Zacharie était enceinte de Jean-Baptiste depuis six mois.

Maintenant, je peux poser ma question: Jean-Baptiste, est-il venu prêcher dans le désert de Judée dés l’âge d’un an? Pourtant, Luc précise bien dés le début du troisième chapitre, que Jean ne reçut la parole de Dieu qu’à la quinzième année du règne de l’empereur Tibère, époque où il devait avoir déjà atteint ses trente ans. A cet âge là, Jésus avait-il besoin d’être annoncé, lui qui s’était déjà annoncé lui-même dans le berceau?

Monsieur, la révélation peut-elle à ce point se tromper d’époque, ou bien était-ce, pour elle, juste une façon de dire « en ce temps là »? C’est en tout cas ce que rapporte Matthieu sur l’action de Jean-Baptiste dans le désert de Judée, quand Joseph revint d’Egypte avec Jésus et que ce dernier avait environ un an: « en ce temps là » (Matt 3. 1).

Ma deuxième question tourne autour de ce qu’aurait annoncé, selon Matthieu, le prophète Esaïe au sujet de Jean-Baptiste: « C’est la voix d’un homme qui crie dans le désert: Préparez le chemin du Seigneur, faites-lui des sentiers bien droits! » (Matt. 3. 3). Mais en réalité, les paroles d’Esaïe différent de celles-ci: « J’entends une voix crier: « Dans le désert, ouvrez le chemin au Seigneur; dans cet espace aride, frayez une route pour notre Dieu. » » (Es 40. 3). Comment peut-on, d’un livre à un autre, expliquer une telle différence dans la révélation?

Le prêtre: - La révélation ne se trompe pas, Emmanuel; il a du y avoir corruption, soit dans le livre d’Esaïe, soit dans nos Evangiles.

Emmanuel: - Si je dois me contenter de cette réponse, il ne me restera plus qu’à dire: réjouissons-nous alors de la falsification de nos livres. Et je vous rappelle tout de même que je n’ai toujours pas de réponse pour ma première question.

Le prêtre: - Est-il vraiment besoin que tu me le demandes, Emmanuel? Tu devrais bien le savoir tout seul: l’incohérence est pourtant évidente.

Eliezer: - Reconnaissez donc que l’erreur est dans l’Evangile selon Matthieu. Qu’est-ce qui vous en empêche?

La tentation de Jésus

Pour ma part, je replongeai aussitôt dans ma lecture, décidemment, de plus en plus passionnante, et j’approchai de la fin de ce troisième chapitre, lequel raconte, en résumé, que Jésus vint de la Galilée au Jourdain pour être baptisé par Jean-Baptiste, afin que s’accomplisse la volonté de Dieu. Dés qu’il fut baptisé, il sortit de l’eau et les cieux s’ouvrirent pour lui; il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui.

Le début du Quatrième chapitre se consacre à l’épreuve de la tentation: « Ensuite l’esprit de Dieu conduisit Jésus dans le désert pour qu’il y soit tenté par le diable. Après avoir passé quarante jours et quarante nuits sans manger, Jésus eut faim. Le diable s’approcha et lui dit: - Si tu es le fils de Dieu, ordonne à ces pierres de se changer en pain. Jésus répondis: - L’Ecriture déclare: « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole que Dieu prononce. » Alors le diable l’emmena à Jérusalem, la ville sainte, le plaça au sommet du temple et lui dit: - Si tu es le fils de Dieu, jette-toi en bas; car l’écriture déclare: « Dieu donnera des ordres à ses anges à ton sujet et ils te porteront sur leurs mains pour éviter que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui répondit: - L’Ecriture déclare aussi: « Ne mets pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » Le diable l’emmena encore sur une très haute montagne, lui fit voir tous les royaumes du monde et leur splendeur, et lui dit: - Je te donnerai tout cela, si tu te mets à genoux devant moi pour m’adorer. Alors Jésus lui dit: - Va-t’en, Satan! Car l’Ecriture déclare: « Adore le Seigneur ton Dieu et sers-le, lui seul. » Cette fois le diable le laissa. Des anges vinrent alors auprès de Jésus et se mirent à le servir. » (Matt 4. 1-11).

Eliezer: - Est-ce que d’autres Evangiles rapportent l’histoire de la tentation?

Emmanuel: - Oui mais avec des différences dans la narration. Luc et Marc par exemple, s’accordent à dire que Jésus fut tenté par le diable pendant quarante jours, et Marc rapporte que durant cette période Jésus vivait parmi les bêtes sauvages, alors que selon Matthieu, le diable ne s’approcha de Jésus qu’au bout de quarante jours passés dans le désert.

Dans l’Evangile selon Luc, lorsque le diable demanda à Jésus de transformer les pierres en pains, il manque dans la réponse de Jésus l’expression « mais de toute parole que Dieu prononce ». Alors, avons-nous à faire à un rajout de Matthieu ou à une omission de Luc?

Autre différence: Dans l’Evangile selon Luc, le diable emmena Jésus pour lui faire voir tous les royaumes de la terre, avant de le placer sur le sommet du temple, à l’inverse de ce que nous avons lu dans la version de Matthieu.

A la fin de l’épreuve de la tentation, l’Evangile selon Luc dit: « Le diable s’éloigna de lui jusqu’à une autre occasion. ». Enfin, Matthieu rapporte qu’après que le diable eut laissé Jésus, des anges vinrent auprès de lui et se mirent à le servir, alors que selon Marc, les anges le servaient durant toute cette période où il vivait parmi les bêtes sauvages. Quant à Luc, il ne mentionne même pas la venue des anges après le départ du diable.

Eliezer: - Qu’en est-il de l’Ancien Testament? Est-ce qu’on y trouve une version qui corrobore un de ces Evangiles?

Emmanuel: - Dans le livre Deutéronome (8. 3), un extrait du discours de Moïse au peuple d’Israël nous transmet: « De cette manière, il vous a montré que l’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole que Dieu prononce. » Dans le même livre (6. 16), nous lisons encore: « Ne mettez pas le Seigneur votre Dieu à l’épreuve, comme vous l’avez fait à Massa. ».

Ce qu’il est essentiel de noter, c’est que ces deux extraits proviennent d’un contexte historiquement éloigné, et dans lequel Moïse sermonnait le peuple d’Israël; lequel contexte ne s’applique pas à celui décrit par les Evangiles selon Matthieu et selon Luc, sachant que les événements qui se rattachent à ce contexte sont sans lien avec ceux de l’Ancien Testament.

Eliezer: - Tu semble avoir une si grande connaissance des deux testaments, mon fils, que tu forces mon admiration. Je suis fier de toi.

Emmanuel: - Ce qu’il y a, père, c’est que j’ai pris soin de vérifier tout ce qui a été copié de l’Ancien au Nouveau testament, et figurez vous qu’aucun de ces textes copiés n’a échappé à la modification.

Eliezer: - Mais comment peut on être sûrs que ce sont les textes de l’Ancien Testament qui ont été falsifiés, une fois qu’ils ont été copiés au Nouveau testament?

Emmanuel: - Quoi qu’on dise, la situation ne peut être que dramatique. Si nous défendons le Nouveau Testament, nous perdons notre Ancien Testament, et inversement.

Le prêtre: - Allons, Emmanuel! Ne perdons pas d’avantage de temps dans de vaines lamentations; reprends ta lecture.

Emmanuel: - Pardon, monsieur le curé, mais nous aurions tord de changer le sujet sans apporter quelques explications à ce que nous venons de lire sur la tentation de Jésus. Les Evangiles tel qu’ils présentent le récit, pousseraient à croire que Jésus ne s’est pas rendu dans le désert, de son plein gré et qu’il n’y a pas séjourné par sa propre volonté, mais qu’il y fut transporté comme s’il se trouvait dans un état d’ébahissement et d’extase, « pour qu’il y soit tenté par le diable ». Ceci porte sans aucun doute préjudice, d’abord à la capacité des prophètes à distinguer entre ce qu’ils doivent faire et ce qu’ils doivent éviter, ensuite à leur dévouement à leur mission et à leur détermination à l’accomplir. Toutes ces histoires sont indignes de la majesté de Dieu et de la sainteté des prophètes.

Et s’il est chose normale que l’inspiration divine soit la source de l’action prophétique, il ne peut être que révoltant de voir Jésus manipulé comme une marionnette entre les mains du diable, qui dispose de ses sens et le transporte d’un endroit à un autre et d’une dimension à une autre, de la même manière qu’il le ferait avec une âme faible et entièrement asservie.

Par ailleurs, il n’y aurait de pire calamité pour nous que de continuer à défendre comme le font nos amis, la divinité du Christ et le qualifier de Dieu incarné, rassemblant les hypostases du fils et du Saint esprit. Oui, quel malheur! Car nous serions forcés de reconnaître que le diable peut disposer du Dieu à sa guise, puisqu’il peut même lui demander de s’agenouiller devant lui, comme nous venons de le lire dans l’Evangile.

Jésus aurait bien pu lui répondre: Tais-toi, Satan! Je suis le Dieu incarné, toute la création est sous mon pouvoir et c’est à toi de t’agenouiller! Hélas, il ne pouvait lui répondre ainsi, surtout après que le diable ait disposé de sa personne comme bon lui semblait. Et si comme dit l’adage, un malheur ne vient jamais seul, Luc se charge de le confirmer en disant qu’à la fin de la tentation, le diable n’a quitté Jésus que temporairement. Oh, Seigneur! Combien de fois Jésus a-t-il du encore être un joujou entre les mains du diable!

Eliezer: - Au fur et à mesure que l’on avance, ces Evangiles m’apparaissent eux même comme un discrédit pour la sainteté du Christ, pour son rang supérieur et pour la noblesse et l’honneur de la révélation. J’en suis outré davantage à chaque chapitre, à chaque verset.

Le prêtre: - Continue, Emmanuel. Quant à toi, Eliezer, tu n’as pas encore tout entendu; ne te presses donc pas de porter des jugements.

Emmanuel: - D’après ce que rapporte le quatrième chapitre de l’Evangile selon Matthieu, lorsque Jésus appris que Jean-Baptiste avait été mis en prison, il alla à Capernaüm, ville située au bord du lac de Galilée, dans la région du Zabulon et de Naftali. Il en fut ainsi, dit Matthieu, afin que se réalisent les paroles du prophète Esaïe: « Région de Zabulon, région de Naftali, en direction de la mer, de l’autre côté du Jourdain, Galilée qu’habitent des non juifs! Le peuple qui vit dans la nuit verra une grande lumière! » (Matt 4. 12-16).

Eliezer: - Je ne vois dans ces paroles que des mots et des noms mis les uns à côté des autres, plutôt qu’une succession de phrases intelligibles. Tu ferais mieux de vérifier dans le texte hébraïque ce que dit vraiment Esaïe, car l’expérience m’a appris à me méfier de la façon qu’ont les Evangiles de copier l’Ancien Testament.

Emmanuel: - Effectivement, voici ce que nous pouvons lire vers la fin du huitième chapitre d’Esaïe: « dans le temps passé le Seigneur a déshonoré la région de Zabulon et celle de Neftali. Mais dans l’avenir il mettra à l’honneur la route qui longe la mer, le pays à l’est du Jourdain et la Galilée, district des étrangers. » (Es 8. 23). Ensuite, au début du neuvième chapitre: « Le peuple qui marche dans la nuit voit une grande lumière. »

Vous avez eu raison de m’interrompre, père, car vous avez constaté que le texte manquait de cohésion, et finalement les deux textes ne se ressemblent qu’à travers quelques mots de vocabulaire. En outre, il n’échappe pas à ceux qui connaissent la région, que Capernaüm fait partie du territoire de Naftali et éloignée de six miles des limites de Zabulon. Entre les deux se trouve Bethsaïda, d’où sont issus les apôtres Pierre, André et Philippe.

Eliezer: - Tu peux poursuivre, mon fils, et pardonne-moi cette interruption.

Le Christ et la Loi de Moïse

C’est l’enseignement du Christ au sujet de la loi qui a attiré mon attention: « Ne pensez pas que je sois venu pour supprimer la loi de Moïse et l’enseignement des prophètes. Je ne suis pas venu pour les supprimer mais pour leur donner leur véritable sens. Je vous le déclare, c’est la vérité: aussi longtemps que le ciel et la terre dureront, ni la plus petite lettre ni le plus petit détail de la loi ne seront supprimés, et cela jusqu’à la fin de toutes choses. C’est pourquoi, celui qui désobéit même au plus petit des commandements et enseigne aux autres à agir ainsi, sera le plus petit dans le royaume des cieux. Mais celui qui obéit à la loi et enseigne aux autres à agir ainsi, sera grand dans le royaume des cieux. » (Matt 5. 17-19).

Eliezer: - Voila bien un ordre qui ne souffre d’aucune ambiguïté, et qui nous somme de nous conformer strictement aux lois de la Torah.

Emmanuel: - Doucement, père, inutile de vous faire remarquer que le temps s’est vite chargé de jeter le trouble dans nos Evangiles. D’ailleurs nous ne tarderons pas à en avoir l’illustration à travers ce qui suivra des enseignements du Christ: « Il a été dit aussi: « Celui qui renvoie sa femme doit lui donner une lettre de divorce. » Mais moi je vous le déclare: tout homme qui renvoie sa femme, alors qu’elle n’a pas été infidèle, lui fait commettre un adultère si elle se marie; et celui qui se marie avec une femme renvoyée par un autre commet aussi un adultère. Vous avez aussi entendu qu’il a été dit à nos ancêtres: « Ne romps pas ton serment, mais accomplis ce que tu as promis avec serment devant le Seigneur. » Mais moi je vous dis de ne point faire du tout de serment: n’en faites ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu; ni par la terre, car elle est un escabeau sous ses pieds; ni par Jérusalem, car elle est la ville du grand Roi. Ne fais pas non plus de serment par ta tête, car tu ne peux pas en rendre un seul cheveu blanc ou noir. Dites simplement « oui » ou « non », tout ce que l’on dit en plus vient du mauvais. Vous avez entendu qu’il a été dit: « Œil pour œil, et dent pour dent. » Mais moi je vous dis de ne pas vous venger de celui qui vous fait du mal. Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, laisse-le aussi te gifler sur la joue gauche. Si quelqu’un veut te faire un procès et te prendre ta chemise, laisse-le prendre aussi ton manteau. » (Matt 5. 31-40).

Voyez donc, cher père, comme le Christ rejette à travers ses enseignements le code de la Torah et abolie ses lois, l’une après l’autre.

Eliezer: - Et est-ce que l’Evangile selon Matthieu s’accorde avec les autres Evangiles sur ces points?

Emmanuel: - Oui, sur la question du divorce, il s’accorde avec Marc (10. 2-12) et avec Luc (16. 18).

Eliezer: - Peux-tu me dire, Emmanuel, à quoi fait exactement allusion l’Evangile en disant: « il a été dit à nos ancêtres »?

Emmanuel: - C’est seulement pour faire référence à la Torah, le livre de la loi.

Eliezer: - Merci, fiston, mais je vais encore te demander de te donner de la peine pour moi: Nous savons désormais que l’usage pour l’Evangile selon Matthieu est de ne jamais rapporter de l’Ancien Testament les textes tels qu’ils y sont écrits. Aurais-tu la gentillesse de faire encore une comparaison?

Emmanuel: - Eh bien! cher père, au sujet du divorce la Torah stipule: « Supposons qu’un homme épouse une femme, mais qu’un jour elle cesse de lui plaire, car il a quelque chose à lui reprocher. Il rédige alors une lettre de divorce, il lui remet la lettre et la renvoie de chez lui. Après l’avoir quitté, la femme épouse un autre homme. Supposons qu’à son tour, le second mari cesse de l’aimer, rédige une lettre de divorce qu’il lui remet et la renvoie de chez lui, ou bien encore qu’il meure. Dans l’un ou l’autre cas, le premier mari n’a pas le droit de reprendre pour femme celle qu’il a renvoyée, car elle est devenue impure pour lui. » (Deut 24. 1-4).

Concernant l’enseignement énoncé dans l’Evangile au sujet des serments, il s’avère aussi que sa formule diffère dans la Torah: « Quand un homme fait le vœu de présenter une offrande au Seigneur, ou s’engage par un serment à s’abstenir de quelque chose, il ne doit pas manquer à sa parole, mais il doit agir scrupuleusement comme il l’a promis. » (nomb 30. 3).

Mais tant que nous y sommes, rajoutons ce que Matthieu cite à propos de l’amour du prochain: « Vous avez entendu qu’il a été dit: « Tu dois aimer ton prochain et haïr ton ennemi » Mais moi je vous dis: aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent. » (Matt 5. 43-44).

En vérité, il n’est pas dit dans l’Ancien Testament qu’on doit aimer son prochain et haïr son ennemi, mais plutôt: « Chacun de vous doit aimer son prochain comme lui-même. » (Lev 19. 18).

Altération des textes de l’AncienTestament par les Evangiles

Eliezer: - Au risque de me répéter, il est établi maintenant que les Evangiles ne peuvent copier de l’Ancien Testament un texte et le garder en l’état. Le passage du texte, de l’Ancien au Nouveau testament l’expose à moult altérations qui finissent par en bouleverser complètement le sens. Cependant, je ne voudrai pas affirmer dès maintenant et malgré ce que nous avons vu, que cette pratique soit systématique. C’est pourquoi, afin d’en finir une bonne fois pour toutes avec ce sujet, je voudrai en avoir le cœur net et que nous passions en revue, brièvement, tous les passages rapportés de l’Ancien Testament par les Evangiles, puis confronter les deux versions.

Emmanuel: - Nous le ferons, si toutefois monsieur le curé n’y voit aucune objection.

Le prêtre: Bien au contraire, Emmanuel, c’est une chose qui ne manque pas d’intérêt, mais seulement si tu promets de revenir aussitôt après à l’étude des Evangiles.

Emmanuel: - Certainement. Pour commencer, au sujet de Jean-Baptiste, Jésus déclare dans l’Evangile (Matt 11. 10; Marc 1. 2; Luc 7. 27): « Car Jean est celui dont l’Ecriture déclare: « Je vais envoyer mon messager devant toi, dit Dieu, pour t’ouvrir le chemin ». »

J’ai beau parcourir l’Ancien Testament, l’Ecriture ne déclare rien de tel, et la seule expression ressemblante se trouve dans le livre de Malachie (3. 1): « Voici ce que le Seigneur de l’univers vous répond: « J’envoie mon messager pour m’ouvrir le chemin ». »

Au treizième chapitre de l’Evangile selon Matthieu, nous lisons aux quatorzième et quinzième versets: « Ainsi s’accomplie pour eux la prophétie exprimée par Esaïe en ces termes: « Vous entendrez bien, mais vous ne comprendrez pas; vous regarderez bien, mais vous ne verrez pas. Car ce peuple est devenu insensible; ils se sont bouché les oreilles, ils ont fermé les yeux, afin que leurs yeux ne voient pas, que leurs oreilles n’entendent pas, que leur intelligence ne comprenne pas et qu’ils ne se tournent pas vers moi pour que je les guérisse, dit Dieu ». »

L’Evangile selon Jean (12. 39-40) rapporte aussi ce texte: « Ils ne pouvaient pas croire parce que Esaïe a dit encore: « Dieu a rendu leurs yeux aveugles, il a fermé leur intelligence, afin que leurs yeux ne voient pas, que leur intelligence ne comprenne pas et qu’ils ne se tournent pas vers moi pour que je les guérisse ». ». Remarquons qu’entre les deux Evangiles déjà, les différences sont plus que fragrantes.

Voyons maintenant ce qu’en dit Esaïe (6. 9-10): « Va dire à ce peuple: « Vous aurez beau écouter, vous n’entendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. » Rends-les donc insensibles, durs d’oreille et aveugles; empêche leurs yeux de voir, leurs oreilles d’entendre et leur intelligence de comprendre, pour qu’ils ne risquent pas de revenir à moi et d’être guéris. »

L’Evangile selon Matthieu, en expliquant pourquoi Jésus parlait au moyen de paraboles, dit: « Il agissait ainsi afin que se réalise cette parole du prophète: « Je leur parlerai au moyen de paraboles, je leur annoncerai des choses tenues secrètes depuis la création du monde ». » (Matt 13. 35).

Voici comment ce présente le texte dans les termes de l’Ancien Testament: « Je veux m’exprimer par une parabole, et dégager les leçons du passé. » (Ps 78. 2).

Dans l’Evangile selon Matthieu (21. 4-5), nous lisons: « Afin que se réalisent ces paroles du prophète: « Dites à la population de Sion: Regarde, ton roi vient à toi, plein de douceur, monté sur une ânesse, et sur un ânon, le petit d’une ânesse ». »

Quant à l’Evangile selon Jean (12. 14-15), il rapporte une version différente: « Jésus trouva un âne et s’assit dessus, comme le déclare l’Ecriture: « N’aie pas peur, population de Sion! Regarde, ton roi vient, assit sur un jeune âne ». »

Et voila comment se présente le texte d’origine, dans le livre de Zacharie (9. 9): « Eclate de joie, Jérusalem! pousse des acclamations, ville de Sion! Regarde, ton roi vient à toi, juste et victorieux, humble et monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse. »

Vous voyez, cher père, nous ne pouvons que constater toute la différence qui distingue le texte d’origine de ses copies corrompues produites dans les Evangiles, sans compter les différences qui distinguent les Evangiles, les uns des autres, autour d’un même texte.

L’Evangile selon Matthieu raconte (23. 35): « ainsi, c’est sur vous que retombera la punition méritée pour tous les meurtres d’innocents qui ont été commis depuis le meurtre d’Abel le juste jusqu’au meurtre de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez assassiné entre le sanctuaire et l’autel. »

Pourtant, il est bien connu que le Zacharie dont l’histoire retient qu’il a été tué entre le sanctuaire et l’autel, n’est autre que le fils de Yéyoda et non le fils de Barachie.

En décrivant la situation que Jésus vécut sur la croix, l’Evangile rapporte (Matt 27. 35): « Ils le clouèrent sur la croix et se partagèrent ses vêtements en tirant au sort. » C’est plus ou moins se qui se retrouve également dans l’Evangile selon Jean (19. 23).

Je vous invite maintenant à lire le verset 19 du psaume 22: « Ils se partagent mes habits, ils tirent au sort mes vêtements. »

Enfin, dans le récit de la récompense offerte à Juda pour sa trahison pour Jésus, Matthieu cite (27. 9): « Alors se réalisèrent ces paroles du prophète Jérémie: « Ils prirent les trente pièces d’argent (somme que les Israélites avaient été d’accord de payer pour lui) et les employèrent pour acheter le champ du potier, comme le Seigneur me l’avait ordonné. » »

Dieu sait si j’ai cherché ces paroles dans le livre de Jérémie, mais que d’énergie dépensée en vain! Car je ne leur ai pas trouvé la moindre trace. A vrai dire, le seul livre où se retrouve un texte semblable est celui de Zacharie (11. 12): « Je leur déclarai: - Si vous le jugez bon, donnez-moi mon salaire, sinon tant pis! Ils comptèrent alors trente pièces d’argent, qu’ils me donnèrent comme salaire. »

Voilà donc où nous en sommes avec nos Evangiles; non seulement ils copient l’Ancien Testament à tord et à travers, mais ils confondent même les noms des prophètes.

Eliezer: - Maintenant que nous en avons fini avec l’Etude de l’Evangile selon Matthieu, ainsi que pour ce que les autres Evangiles ont de commun avec lui, au sujet des textes copiés à partir de l’Ancien Testament, il conviendrait de mon point de vue, pour que l’étude soit complète, de mettre en relief ce qui distingue les autres Evangiles de l’Evangile selon Matthieu, justement sur le même sujet.

Emmanuel: - Eh bien, nous pouvons déjà citer l’Evangile selon Luc qui rapporte une action de Jésus dans la synagogue, lorsqu’ « il se leva pour lire les Ecritures et on lui remit le livre du Prophète Esaïe. Il déroula le rouleau de ce livre et trouva le passage où il est écrit: « L’Esprit du Seigneur est sur moi. Il m’a choisi pour apporter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé pour proclamer la délivrance aux prisonniers et le don de la vue aux aveugles, pour libérer les opprimés, pour annoncer l’année où le Seigneur manifestera sa faveur ». » (Luc 4. 17-19).

En vérifiant dans le livre d’Esaïe (61. 1-2), nous découvrons ce qui suit: « Le Seigneur Dieu me remplie de son Esprit, car il m’a consacré et m’a donné cette mission: apporter aux pauvres une bonne nouvelle et prendre soin des désespérés; proclamer aux déportés qu’ils seront libres désormais et dire aux prisonniers que leurs chaînes vont tomber; annoncer l’année où le Seigneur montrera sa faveur à son peuple. »

Globalement, les deux textes se ressemblent, sauf que Luc parle de « don de la vue aux aveugles », chose qui ne se retrouve pas dans le texte d’Esaïe, et que le livre d’Esaïe parle de « prendre soin des désespérés », ce que nous ne lisons pas dans l’Evangile selon Luc.

L’Evangile selon Jean rapporte les paroles de Jésus: « Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vives couleront de son cœur, comme dit l’Ecriture. » (Jean 7. 38).

Cherchez dans l’Ancien Testament tant qu’il vous plaira, vous ne trouverez pas que l’Ecriture ait dit quoi que ce soit de tel, si ce n’est un passage affichant une vague ressemblance, mais néanmoins sans rapport avec notre sujet (Zach 14. 18): « En ce temps là, une source jaillira de Jérusalem ».

L’Evangile selon Jean cite encore: « Il est écrit dans votre loi que quand deux personnes apportent le même témoignage, ce témoignage est valable. Je me rends témoignage à moi-même et le père qui m’a envoyé témoigne aussi pour moi. ».

La Loi dit en effet qu’un témoignage ne peut être valide que s’il est apporté par deux personnes ou plus (Nom 35. 30; Deut 17. 6; 19. 15), mais il n’est mentionné nulle part dans la Loi qu’on peut se rendre témoignage à soi même, sinon toute personne mise en cause n’aurait besoin que d’un témoin pour se défendre.

Le prêtre: - Ceci est d’un ridicule qui fait franchement rire, mais quand on se rappelle que c’est à Jésus que sont attribuées ces absurdités, et qu’on se rend compte de leur impact sur la sainteté des prophètes et sur l’honneur de la révélation, on a plutôt envie de pleurer.

L’auteur de l’Evangile selon Jean ne sait-il pas que la Torah refuse le témoignage s’il vient d’une seule personne? Toute personne, qu’elle soit intelligente ou sotte sait pertinemment que l’accusé ne peut pas être considéré comme témoin et ce, dans toutes les lois. Comment ose-t-il prétendre alors que Jésus a voulu se constituer comme témoin de sa propre personne.

En définitive, l’auteur porte préjudice même à la gloire de Dieu, notamment en rendant le témoignage de son envoyé l’égal de celui d’une personne ordinaire, car même si le Christ était mis en cause, son témoignage aurait-il besoin de celui d’une deuxième personne pour le corroborer? Hélas! D’après ce que nous lisons, il semblerait que oui. Lis, Emmanuel.

Emmanuel: - Alors poursuivons avec l’Evangile selon Jean; il cite Jésus essayant de convaincre les juifs (12. 38): « Afin que s’accomplisse ce qu’avait dit le prophète Esaïe: « Seigneur, qui a cru notre message? A qui le Seigneur a-t-il révélé son intervention? » »

Dans le livre d’Esaïe, c’est le texte suivant que nous retrouvons: « Qui de nous a cru la nouvelle que nous avons apprise? Qui de nous a reconnu que le Seigneur était intervenu? » Il convient de constater que la reproduction de l’Evangile pour ce texte est loin d’avoir été soigneuse et fidèle.

Eliezer: - Le moins que l’on puisse dire est que nous nous retrouvons étonnés et désarmés devant cette situation, aussi burlesque que dramatique. Je n’arrive toujours pas à croire qu’aucun texte de ceux repris par les Evangiles à partir de l’Ancien Testament n’a échappé à la corruption, et je constate avec tristesse et dépit, que c’est le cas pour l’ensemble des Evangiles.

Le prêtre: - Qu’est-ce qui vous fait croire que ce sont les Evangiles qui ont falsifié les textes de l’Ancien Testament? Nous pouvons tout aussi bien dire que c’est l’Ancien Testament qui a fait l’objet de falsification, et que les Evangiles ont reproduit fidèlement les textes de l’Ancien Testament, avant que ce dernier n’ait subi la main falsificatrice.

Eliezer: - Toutes mes excuses, monsieur le curé, mais je voudrai apporter une ou deux précisions: D’abord, nous n’avons intérêt à perdre ni l’Ancien ni le Nouveau Testament. Ensuite, si l’on considère les différences entre les Evangiles eux même dans l’expression de ce qu’ils rapportent de l’Ancien Testament, l’hypothèse de la corruption des textes au niveau des Evangiles me semble difficilement réfutable. En témoigne également ce que les Evangiles attribuent au Christ comme nous l’avons vu et revu, en s’appuyant maladroitement sur l’Ancien Testament.

Ne voudrais-tu pas, mon fils, continuer sur ta lancée et généraliser cette comparaison aux livres du Nouveau Testament, pour que nous soyons définitivement fixés sur l’ampleur de cette calamité qui frappe nos livres?