AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)
 
Qui sont Marc et Luc?

Emmanuel: - Nous n’avons encore rien dit, que ce soit sur Marc ou sur Luc. Nous serait-il possible, monsieur le curé, d’apprendre quelque chose sur leurs vies?

Le prêtre: - Ce que nous connaissons d’eux, nous le savons essentiellement de ce que rapportent les livres sacrés. Marc par exemple, Jean de son vrai nom (Act 12. 12; 15. 37), et cousin de Barnabé (Col 4. 10). Sa mère s’appelait marie (Act 12. 12). Il accompagna Barnabé et Paul dans leur voyage à Antioche (Act 12. 25), ensuite à Chypre (Act 13. 5). Il les quitta en Pamphylie et revint à Jérusalem (Act 13. 13).

Lorsque plus tard, en quittant Antioche Barnabé voulut emmener de nouveau Marc en voyage, c’est Paul qui s’y opposa en affirmant que Marc les avait quittés une fois en Pamphylie et ne les avait pas accompagnés dans leur travail. Il s’en suivit une querelle entre Paul et Barnabé, laquelle s’est soldée par leur séparation, et c’est Barnabé et Marc qui, cette fois, partirent seuls vers Chypre (Act 15. 37-39).

Dans sa deuxième lettre à Timothée, Paul lui recommanda: « Luc seul est avec moi. Prends Marc et amène-le avec toi, car il pourra m’aider dans ma tâche. » (2 Tim 4. 11). Nous savons aussi que Luc et Marc étaient en prison en compagnie de Paul, probablement à Rome (Col 10. 14; Philém 24). Et comme Luc était l’auteur du livre Actes des apôtres, il était également le compagnon de Paul durant ses voyages de missionnaire. Mais ce que je voudrai souligner, mon cher Emmanuel, c’est qu’aucun texte sacré n’indique que Luc et Marc figuraient parmi les cent vingt qui avaient reçu le Saint Esprit (Act 1. 15; 2. 4), tout comme leurs noms n’apparaissent pas avec ceux des prophètes et des enseignants qui se trouvaient dans l’église d’Antioche (Act 13. 1)

Emmanuel: - Mais nos livres doivent bien avoir cité quelque part Marc et Luc parmi les prophètes. Ne rapporte-on pas quelque miracle à leur actif?

Le prêtre: - Non Emmanuel, je n’ai rien trouvé de tel dans nos livres, malgré mes recherches.

Emmanuel: - Pourtant, Jam‘iyet kitab al-hidaya, en s’appuyant sur le dixième chapitre de l’Evangile selon Luc, affirme dans sa troisième partie, à la page 95: « Luc l’évangéliste était des soixante dix disciples qui ont été envoyés par Jésus pour annoncer la bonne nouvelle de l’Evangile, en Judée. »

Le prêtre: - Mon cher Emmanuel, tu n’as qu’à lire le dixième chapitre de l’Evangile selon Luc et me dire s’il comporte une quelconque mention pour les noms des soixante dix disciples, ou même seulement celui de Luc. Je me demande de quelle source secrète Jam‘iyet kitab al-hidaya a bien pu apprendre que Luc figurait parmi les soixante dix.

Emmanuel: - Je comprends, monsieur le curé, mais Jam‘iyet kitab al-hidaya argumente en voulant pour preuve de ce qu’elle avance, le fait que Luc fut le seul à parler des soixante dix disciples.

Le prêtre: c’est ce que tu dis toi aussi, Emmanuel. Mais dis-moi: est-ce que toute personne se distinguant par l’exclusivité d’un récit doit aussitôt être cru, ou considéré comme l’un des acteurs de ce récit? Bien sûr que non, et ce genre d’histoire, très importante par ailleurs puisqu’elle s’intéresse aux actes du Christ, si elle n’est pas rapportée par trois des Evangiles, doit être considérée avec la plus grande méfiance, particulièrement en direction de celui qui aborde l’histoire de manière individuelle et en fait une œuvre personnelle.

Tout ceci me rappelle une drôle d’histoire; c’est un homme des plus naïfs qui dit à son épouse: - On dit qu’un voleur ne fait pas de bruit quand il se déplace à l’intérieur d’une maison qu’il cambriole, et en ce moment je n’entends aucun bruit. Mon pauvre Emmanuel, accepterais-tu que notre preuve sur la prophétie de Luc soit le silence des Evangiles sur l’histoire des soixante dix disciples?

Emmanuel: - Vous avez encore raison, sauf que l’argumentation de Jam‘iyet kitab al-hidaya ne s’arrête pas là.

Le prêtre: - Eh Bien, continue Emmanuel, même si on ne peut pas dire que je sois emballé à l’idée d’entendre la suite.

Emmanuel: - Ils disent que Luc a accompagné Paul en Macédoine et à Rome, que les apôtres du Christ donnaient le Saint Esprit aux croyants, que Silas, le compagnon de Paul était un prophète, que les prophètes étaient nombreux en ce temps là et que Philippes avait quatre filles vierges qui prophétisaient. La conséquence logique de tout ceci, disent-ils, est que Luc a écrit son Evangile sous l’inspiration du Saint Esprit.

Le prêtre: - Emmanuel, tu sais autant que moi que rien de ce que tu viens de dire ne justifie un tel résultat. Ne me dis surtout pas que tu es prêt à admettre une telle conclusion sur la base de ce raisonnement! Voyons Emmanuel, il ne s’appuie sur aucun argument. Mon pauvre amis, si tu te laisses abuser aussi facilement, tu n’as pas fini d’avaler des couleuvres.

Emmanuel: - Je vous rassure tout de suite, ce n’est pas le cas. Mais monsieur, est ce que Luc avait la prétention d’être un prophète? Est-ce qu’il lui est déjà arrivé d’être associé à un miracle ou à un quelconque signe surnaturel?

Le prêtre: - On ne lui connaît rien de tel. D’ailleurs, il se présente lui-même dés le début de son Evangile, comme un historien faisant le récit d’événements, après leur vérification: « Cher Théophile, plusieurs personnes ont essayé d’écrire le récit des événements qui se sont passés parmi nous. Ils ont rapporté les faits tels que nous les ont racontés ceux qui les ont vus dés le commencement et qui ont été chargés d’annoncer la parole de Dieu. C’est pourquoi, à mon tour, je me suis renseigné exactement sur tout ce qui est arrivé depuis le début, et il m’a semblé bon, excellence, d’en écrire pour vous le récit suivi. » (Luc 1. 1-3).

Emmanuel: - Nos amis disent que Marc était spécialiste de l’apôtre Pierre, dont il était le compagnon à Rome, alors que Luc était spécialiste de Paul. Donc, Pierre a nécessairement lu l’Evangile selon Marc et l’a approuvé, de même que Paul a lu et approuvé l’Evangile selon Luc. Ainsi, et du fait de ces approbations, les deux Evangiles se voient préservés de tout égarement.

Le prêtre: - Tu remarqueras que ce ne sont toujours là que des approximations dont nous ne pouvons malheureusement nous accommoder, ni en faire usage pour juger de l’authenticité des deux Evangiles, car rien ne permet d’affirmer que Pierre et Paul ont lu et approuvé les deux Evangiles. En effet, qu’est-ce qui nous dit que Pierre et Paul étaient encore en vie quand Marc et Luc ont écrit leurs Evangiles? Par ailleurs, mon cher Emmanuel, ce que tu liras sur Paul t’apprendra que son approbation n’est pas d’une grande utilité.

Je t’apprendrai également qu’un détail important se dresse entre nous et la correction des Evangiles, c’est l’absence d’éléments justes et solides, susceptibles de relier de façon irréfutable à Matthieu, Marc, Luc et Jean, ces Evangiles et le livre des Actes des apôtres.

Malgré tout, nos amis chrétiens n’ont d’autre moyen pour convaincre de l’authenticité des Evangiles, que leur obstination à s’agripper au fait qu’un groupe d’anciens évêques ont rapporté dans leurs livres quelques paroles des Evangiles. C’est ainsi que nous retrouvons comme témoins de cette authenticité, les noms de Clemens, Hermas, Ignace, Polycarpe, Justin, Apringius de Béja, Origène, Grégoire, Eusèbe, Hilaire…etc.

Nos amis se sont employés à dresser une liste de noms destinés à leur servir de référence, comme nous le voyons dans la première partie du livre kitab al-hidaya, p. 155-157 et dans la troisième partie, p. 123-124.

Mais, que d’application pour si peu de résultats! En somme, tout leur argumentaire repose sur la présence dans les livres de ces auteurs, de mots présentant des ressemblances, avec d’autres qui apparaissent dans les Evangiles, sans que ces affirmations ne s’appuient sur des références aux textes concernés. Bref, nos amis ne reconnaissent même pas que ces mots ont été extraits des Evangiles existants. Tel est le raisonnement suivi dans la troisième partie du livre Kitab al- hidaya (p. 181-202).

Emmanuel: - Je n’en reviens pas que l’on puisse se montrer aussi catégorique au sujet du grand Livre sacré et juger de son authenticité, puis de la crédibilité de ses transmetteurs, en brandissant pour seule preuve la ressemblance établie entre quelques mots de ce Livre et certains mots contenus dans les livres de trois ou quatre personnes. Mais à propos, qui sont ces personnes? Et les livres qu’on leur attribue, sont-ils réellement les leurs?

Le prêtre: - Ce n’est pas à moi que tu devrais poser cette question, mais plutôt à nos amis de Jam‘iyet kitab al-hidaya.

Eliezer: - Décidemment, je vais de déception en déception. Voilà encore que j’apprends que nos Evangiles ne s’appuient pas sur une chaîne ininterrompue de transmetteurs, qu’elle soit formelle ou présumée. Que nous reste-il dans ce cas comme preuve sur l’authenticité de nos livres sacrés?

Emmanuel: - Mais cher père, en réfléchissant bien, l’absence d’appui pour ces Evangiles ne devrait que nous rassurer et nous réjouir. Le fait que personne ne puisse établir un lien continu entre eux et les disciples du Christ doit nous conforter dans notre conviction et dans notre croyance en le message de notre seigneur Jésus-Christ et en la sainteté de ses disciples.

Ceci dit, je ne vous cache pas ma satisfaction devant le désarroi de nos amis de Jam‘iyet kitab al-hidaya, qui n’aura d’égal que leur entêtement à abuser d’arguments aussi ridicules, refusant obstinément de reconnaître leur lamentable échec pour ne pas perdre la face. Pourtant, ils l’ont bel et bien perdue et même traînée dans la boue.

Outrage des Evangiles à la sainteté du Christ

Si nous devions accepter les arguments avancés sur le bien fondé des Evangiles et établir leur authentification sur ce genre d’absurdités, je ne donnerai pas cher de notre religion et de notre croyance en Jésus et en son saint message.

Eliezer: - Comment cela? Ce que tu dis là est très grave, Emmanuel; Tu serais bien gentil de m’expliquer.

Emmanuel: - Je veux bien vous répondre, si vous êtes prêt à me laisser parler librement. Autrement, je préfère me taire et je vous serai reconnaissant de ne plus aborder le sujet avec moi.

Eliezer: - De ma part, tu n’a rien à craindre fiston, je te garanti que tu peux t’exprimer en toute liberté. Avec l’aide de monsieur le prêtre, je sais désormais combien tu es consciencieux, malgré ton esprit un peu trop libre à mon goût. Mais en peu de temps, j’ai appris à te préférer ainsi, libre de la tare de l’imitation et du fanatisme, et ne faisant point de concession sur le chemin de la vérité.

Emmanuel: - Merci père, je suis maintenant rassuré et je peux vous le demander sans crainte: que pourrions nous répondre aux juifs s’ils nous disaient, et Dieu nous en préserve: - Votre Jésus ne peut être ni saint, ni prophète, ni même monothéiste? Que pourrions nous répondre à ceux-là s’ils nous disaient que les Evangiles mêmes sont les témoins des croyances contradictoires du Christ, tantôt polythéiste (Mat 22. 44; Mar 12. 36; Luc 20. 42), tantôt monothéiste (Mar 12. 29; Jean 17. 3)?

Rendons nous à l’évidence, il n’y a d’autre choix pour celui qui ne doute pas de la sainteté du Christ, que de prendre sa défense et l’innocenter de tous ces mensonges colportés à son sujet à travers les Evangiles. Ces calomnies sont d’ailleurs la preuve manifeste que les présents Evangiles n’ont rien d’authentiques.

Sachez également cher père, que pour souiller la sainteté du Christ, les Evangiles ne se contentent pas de ce que nous venons de dénoncer; ils lui attribuent des absurdités auxquelles n’importe qui serait révolté d’être associé. Quel sacrilège donc qu’il s’agisse su Saint Christ! Je suis prêt, si vous le désirer, à vous en citer quelques exemples.

Eliezer: - je préfère d’abord m’assurer moi-même du bien fondé de ces accusations qui me donnent déjà mal au ventre, et il m’est franchement pénible de remettre en cause le caractère sacré de nos Evangiles et douter de leur authenticité.

Le prêtre: - La vérité Eliezer, est que les évènements ont façonné les Evangiles, au gré des intérêts et des passions, en les vidant des valeurs sacrées qu’ils sont sensés véhiculer à travers les âges. Aujourd’hui, ils ne sont plus ce que vous espérez qu’ils soient. Vous pouvez vous attacher à défendre leur réputation et leur authenticité, mais ce sera au prix de l’honneur et de la sainteté du Christ.

Ainsi que votre fortuné fils vous l’a si bien démontré, il est clair désormais, que les Evangiles en usage ne représentent que des enseignements d’hommes, plus soucieux de satisfaire leurs penchants, que de se montrer dignes des responsabilités dont les circonstances les ont investis. Voilà pourquoi, ils se sont éloignés de la rigueur dont ils étaient supposés faire preuve, dans la transmission de la parole sainte à l’humanité.

Il est on ne peut plus naturel, que nous retrouvions aujourd’hui nos Evangiles truffés de mensonges et de contradictions, et que monothéisme et polythéisme cohabitent aisément dans nos Livres, car la main falsificatrice a agit sans gène ni scrupule sur ce que nous avons de tout temps considéré comme la plus sacrée des paroles.

Eh! Oui, mon cher Eliezer; si en dépit de ce que vous venez d’apprendre sur les Evangiles, vous vous obstinez à vouloir en défendre l’authenticité, ce sera comme je vous l’ai dit, pour discréditer l’honneur et la sainteté du Christ, ainsi que la noblesse de sa mission parmi les humains.

Eliezer: - Très bien Emmanuel, monsieur le curé m’a convaincu et son sermon m’a encore ouvert les yeux. Dis ce que tu as à dire.

Emmanuel: - Vous devez comprendre que les Evangiles associent au Christ des comportements le moins que l’on puisse dire, indignes de sa sainteté et portent atteinte au caractère sacré de sa prophétie. Je dirai même plus: je ne tolèrerai pas que de telles choses me soient attribuées, ni à l’un de mes semblables, tout comme vous ne l’accepteriez pas pour vous-même une fois que cela vous sera expliqué. En voici quelques exemples:

* premièrement: Nous lisons dans l’Evangile selon Matthieu sa réponse aux Pharisiens qui lui demandaient: « Notre loi permet-elle à un homme de renvoyer sa femme pour n’importe quelle raison? Jésus répondit: N’avez-vous pas lu ce que déclare l’Ecriture? « Au commencement, le créateur les fit homme et femme, puis il dit: A cause de cela l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux deviendront un seul être.

» Ainsi, ils ne sont plus deux mais un seul être. Que l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni. Les Pharisiens lui demandèrent: Pourquoi donc Moïse a-t-il commandé à l’homme de donner une lettre de divorce à sa femme pour la renvoyer? Jésus répondit: Moïse vous a permis de renvoyer vos femmes parce que vous avez le cœur dur. Mais au commencement il n’en était pas ainsi. Je vous le déclare: si un homme renvoie sa femme, alors qu’elle n’a pas été infidèle, et se marie avec une autre, il commet un adultère. » (Matt 19. 3-9). Nous retrouvons le même discours dans l’Evangile selon Marc (Marc 10. 2-12).

Mais alors, quel sens devons-nous donner à l’expression « ils ne seront plus deux mais un seul être »? Doit-on mentir à nos propres sens en croyant l’auteur? L’homme devient-il une moitié d’être après la mort de sa femme ou même après un divorce pour cause d’adultère, puisque ce sont apparemment les seules causes pouvant justifier aux yeux de l’auteur la séparation après un mariage?

Ensuite, que veut dire: « Que l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni »? Car S’il en est ainsi, comment l’homme peut-il s’y prendre pour répudier sa femme qui a commis l’adultère? Par ailleurs, les juifs n’ont jamais prétendu agir contre la Loi en séparant ceux que Dieu a unis par le mariage. Ils disent seulement que Dieu qui a institué le mariage pour la préservation de l’espèce et l’équilibre de la société, a également institué le divorce pour, entre autre, des raisons citées par l’auteur du présent texte dans l’Evangile, lequel reconnaît par ailleurs que Dieu a légalisé le divorce et qu’il en a même instruit son envoyé Moïse.

N’est-ce pas surprenant, cher père, que l’auteur trouve à redire sur la Loi, la sagesse et la justice divines, qui ne sont exprimées que pour le bien de l’humanité? Ces principes divins ont d’une part, instauré le mariage pour la perpétuité de la race humaine et l’harmonie sociale et d’une autre part, institué le divorce pour mettre fin à un climat familial empoisonné par les hostilités et une vie commune devenue impossible.

Pour ma part, je m’adresserai à cet auteur qui se fait passer pour le Christ, en lui disant: Vous, l’usurpateur de cet espace sacré réservé aux paroles de l’envoyé de Dieu, pourquoi vous acharnez-vous à défendre par des arguments ridicules, une valeur qui n’est pas celle de Jésus-Christ? Et tant que vous avez ce pouvoir de mettre dans l’Evangile les mots de votre choix, faites donc en sorte d’être un tant soit peu crédible, en prétendant: - Je suis un envoyé de Dieu comme Moïse; Dieu a abrogé la loi sur le divorce et m’a chargé de vous transmettre une autre loi que voici. Mais pour l’amour de Dieu, ne dites pas: - Moïse vous a permis de renvoyer vos femmes parce que vous avez le cœur dur. Je vous le demande: les cœurs sont-ils moins durs aujourd’hui? Ne sont-ils pas au contraire, un peu plus dur chaque jour? Regardez donc l’Evangile (Matt 5. 13-14) chanter les louanges des douze disciples et les désigne comme le sel de la terre et la lumière du monde, mais stupéfaction! Ce sont les Evangiles qui font volte face et les traîne dans la boue en les traitant de sans foi et d’hommes sans cœur.

Que diriez vous, monsieur l’auteur, si on vous disait que la demande d’un homme pour le divorce peut être aussi motivée par l’amour ou la pitié qu’il ressent pour sa femme; celui-ci incapable de procréer, ou impuissant sexuellement, ou tout bonnement emprisonné à perpétuité, décide de divorcer de sa femme, afin de lui offrir la chance d’avoir une nouvelle vie conjugale et de vivre les joies de la maternité, et les exemples sont légion. Que dites vous donc de ces cas précis? Doit-on les considérer comme des exceptions à l’interdiction du divorce? Jusque là, nous constatons que l’adultère seul compte comme exception. Ainsi, le scandale et le déshonneur se voient être le seul justificatif dont dispose légalement l’homme, pour demander le divorce.

Et puisque c’est la seule cause acceptée pour la séparation des époux, que reste-t-il à un homme qui ne peut prouver la culpabilité de sa femme, sinon continuer à vivre avec elle, sachant qu’elle l’a déshonoré? Et si au contraire, il suffisait de l’accuser d’adultère, même si elle est innocente, pour avoir l’autorisation de la répudier, comme l’a d’ailleurs fait un des hommes célèbres, après qu’il eut constaté la stérilité de son épouse?

Telle est malheureusement l’image que nous montrent les Evangiles sur Jésus-Christ et sur le message sacré dont il est le porteur. Père, la mésentente est un poison qui envenime la relation conjugale, une maladie qui ronge la vie du couple, et où le divorce s’impose comme le remède incontournable, pour le soulagement et le bien être des deux parties en conflit. En somme, le divorce se présente comme un facteur indispensable à l’équilibre de la société humaine.

On se demande aussi ce qu’il voulait dire par « Au commencement il n’en était pas ainsi », comme si l’inexistence d’une situation à une époque donnée, pouvait être un empêchement à ce qu’elle soit considérée par la loi ultérieurement. Le couple Adam – Eve était harmonieux, d’où l’absence du besoin au divorce. Mais qu’est ce qui nous dit qu’il leur était interdit à de divorcer s’ils le voulaient?

* Deuxièmement: Le vingtième chapitre de l’Evangile selon Luc rapporte que des Sadducéens, ceux qui affirment que les morts ne reviennent pas à la vie, interrogèrent Jésus sur le commandement de Moïse: « Si un homme marié, qui a un frère, meurt sans avoir eu d’enfants, il faut que son frère épouse la veuve et qu’il ait des enfants avec elle pour celui qui est mort. Or, il y avait une fois sept frères. Le premier se maria sans laisser d’enfants. Le deuxième épousa la veuve, puis le troisième. Il en fut de même pour tous les sept, qui moururent sans laisser d’enfants. Finalement, la femme mourut aussi.

Au jour où les morts reviendront à la vie, de qui sera-t-elle donc la femme? Car tous les sept l’ont eu comme épouse! Jésus leur répondit: Les hommes et les femmes de ce monde-ci se marient; mais les hommes et les femmes qui sont jugés dignes de revenir de la mort à la vie et de vivre dans le monde à venir ne se marient pas. Ils ne peuvent plus mourir, ils sont pareils aux anges. Ils sont fils de Dieu, car ils sont revenus à la vie. » (Luc 20. 27-36).

Pouvez-vous me dire, père, en quoi, le fait que ceux qui reviennent de la mort à la vie ne peuvent plus mourir, peut-il être un empêchement à leur mariage? Est-ce raisonnable? Ou peut être, n’est il pas permis habituellement aux immortels parmi les hommes de se marier? Ensuite, que signifie: « ils ne peuvent plus mourir »? La situation dépend-t-elle de leur volonté ou de leur pouvoir? Je voudrai aussi comprendre ce qu’il entendait par: « ils sont pareils aux anges ». Est-ce qu’il parlait d’âmes abstraites? Cela impliquerait inévitablement la négation du principe même de la résurrection des morts.

Si ce n’était que ça! Selon l’auteur, certains sont jugés dignes de revenir de la mort à la vie et de vivre dans le monde à venir; ceux-là sont qualifiés ni plus ni moins, de fils de Dieu, alors que les autres, si on suit ce raisonnement, ne sont pas concernés par la résurrection. Il me semble bien pourtant, que les Evangiles annoncent clairement que les méchants aussi reviennent par la résurrection pour le jugement. Sinon que faire de tout ce qu’on raconte sur la récompense et le châtiment selon les actes? Et que faire du paradis et de l’enfer? Nous y aurions peut être cru, si nous ne savions qu’un prophète ne peut parler avec autant de contradictions, ni user de raisonnements aussi absurdes.

Eliezer: - Dans les Evangiles selon Matthieu (22. 30) et selon Marc (12. 25), dans sa réponse aux Sadducéens, Jésus dit seulement: « Quand les morts reviendront à la vie, les hommes et les femmes ne se marieront pas, mais ils vivront comme les anges dans le ciel.»

Emmanuel: - Est ce que vous entendez par là que ce que nous venons de lire dans l’Evangile selon Luc n’est pas la parole de Jésus, mais plutôt un ajout trompeur et une calomnie sur l’enseignement du prophète? Attention, père, car cela nous amènerait à conclure que nous ne pouvons plus compter sur cet l’Evangile et n’aurons pas d’autre choix que de le rejeter dans son intégralité, et c’est précisément le centre même de notre propos.

Seulement, la question reste entière également pour les Evangiles selon Matthieu et Marc. En effet, que veulent-ils dire par: « ils vivront comme les anges dans le ciel »?

* troisièmement: Les Evangiles selon Matthieu, Marc et Luc rapportent vers la fin du chapitre concernant la réponse de Jésus aux Sadducéens, ce que Dieu a déclaré au sujet des morts qui reviennent à la vie: “Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. Dieu, ajouta Jésus, est le Dieu d’hommes vivants, et non de morts ». L’Evangile selon Luc ajoute: « car tous sont vivants pour lui ».

A cette déclaration, deux questions plutôt embarrassantes pour le commun des gens, s’imposent.

Primo, nous nous demandons pourquoi Dieu ne serait pas le Dieu des morts autant qu’il est celui des vivants. N’est-il pas le Dieu de toute chose, qu’elle soit vivante ou ayant perdu la vie? Ne lit-on pas dans le psaume 147. 12: « Jérusalem, acclame le Seigneur, Sion, glorifie ton Dieu », comme nous lisons dans le livre de Daniel, à différents endroits du deuxième chapitre, ainsi qu’au onzième chapitre de l’Apocalypse, que Dieu est Dieu du ciel. On le retrouve ailleurs, désigné de « Seigneur du ciel et de la terre » (Matt 11. 25; Luc 10. 20). Pourtant, le ciel, la terre, Mars, Mercure, la lune et le soleil ne sont pas vivants, ils sont sans âme.

Secundo, Que je sache, Abraham, Isaac et Jacob n’étaient pas revenus du monde des morts, donc non vivants lorsque Dieu s’adressa à Moïse en lui disant: « Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob ». Ils étaient encore dans leurs tombes, bel et bien morts, et ils ne ressusciteront d’entre les morts que le jour du jugement. Sinon, on se demande encore à quoi riment les beaux discours que l’on entend sur le jour du jugement.

Le prêtre:- Si tu ne vois pas d’objection à ce que l’on fasse abstraction du premier point, je dirai que pour le second, nous pouvons toujours soutenir qu’il entendait par « le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob », la présence de leurs esprits, même après leur mort, non leur résurrection.

Emmanuel: - Je ne peux tenir compte de cette façon de voir; je vous rappelle que l’argumentaire de l’auteur tournait précisément autour du jugement dernier. Et ensuite, pourquoi voudriez-vous que l’on fasse abstraction du premier point? Franchement, j’ai honte, monsieur le curé, honte que nos Evangiles colportent de telles aberrations au nom du Christ.

Déclarations du Coran sur le jour du Jugement

Voyons maintenant ce que dit le Coran sur la résurrection, à travers certaines sourate, à l’exemple de la sourate de Meryem (Marie) 66, 67: « L’homme dit: une fois mort, m’[en] fera-t-on sortir vivant? Est-ce que l’homme ne se rappelle pas que nous l’avons créé une première fois quand il n’était rien? » et de la sourate Ya Sin (Ya-Sin) 78, 79: « Il oublie qu’il est créé et nous cite un exemple [équivoque] disant: qui fera revivre les ossements tendis qu’ils sont désagrégés? Dis: les fera revivre celui qui les a crée une première fois, car il sait tout créer. »

Eh bien, n’est-ce pas que voilà un raisonnement qui convient autant à un philosophe dans sa philosophie, qu’au commun des mortels dans sa conscience et sa sensibilité! Mais voilà encore que le Coran nous informe à travers le verset 42 de la sourate az-Zoumar (les Groupes) et de façon on ne peut plus claire, sur l’état de l’âme et sur la relation de celle-ci avec la mort du corps: « Dieu rappelle les âmes [définitivement] au moment de la mort [des hommes] et [il rappelle les âmes] des hommes vivants durant leur sommeil; il retient celles dont il a décrété la mort et renvoie les autres [à leurs corps, et ce] jusqu’à un terme fixé ». Le Coran, en parlant du sommeil, nous informe que l’âme, même si elle ne quitte pas le corps, cesse d’en prendre possession, de même que pendant l’évanouissement.

* Quatrièmement: L’Evangile selon Jean rapporte à propos de Jésus: « Les Pharisiens lui dirent: - Tu te rends témoignage à toi-même; ce que tu déclares n’a pas de valeur. Jésus leur répondit: - Même si je me rends témoignage à moi-même, ce que je déclare est vrai, parce que je sais d’où je suis venu et où je vais. Mais vous, vous ne savez ni d’où je viens ni où je vais. Vous jugez à la manière des hommes; moi je ne juge personne. Cependant, s’il m’arrive de juger, mon jugement est valable, parce que je ne suis pas tout seul pour juger, mais le père qui m’a envoyé est avec moi. Il est écrit dans votre loi que quand deux personnes apportent le même témoignage, ce témoignage est valable. Je me rends témoignage à moi-même et le père qui m’a envoyé témoigne aussi pour moi. » (Jean 8. 13-18).

Dites moi donc, cher père, où est-il écrit dans la loi que le défendeur peut se rendre témoignage à lui-même. Croyez vous que cela ait pu exister dans la justice de quelque religion ou de quelque époque que ce soit? Toute personne pourvue d’un semblant de raison ne se laisserait sans doute pas abuser par des propos aussi ridicules.

Je voudrai au passage citer une contradiction sur le sujet: Dans l’Evangile selon Jean, nous apprenons d’abord que Jésus dit que le témoignage qu’il se rend à lui-même n’est pas valable (5. 31): « Si je me rends témoignage à moi-même, ce que je dis ne peut pas être une vraie preuve », alors qu’il affirme tout le contraire un peu plus tard (8. 14): « Même si je me rends témoignage à moi-même, ce que je déclare est vrai ».

Mais je vous vois déjà me dire que nous n’en sommes pas à la première calomnie sur le Christ. Je ne le sais que trop hélas et je me rappelle que les Evangiles le présentent comme quelqu’un qui s’octroie un rang de dieu, qu’il est polythéiste, et c’est dans le même contexte, tout aussi mensonger, que nous apprenons que Jean (le disciple qu’il aimait) s’appuyait, toute honte bue, contre le sein de Jésus qui le laissait faire. Est-ce ainsi que nous devons concevoir la pudeur des prophètes et leur éducation pour leurs disciples? J’aurai cru un instant que les prophètes étaient plutôt des exemples de vertu et d’intégrité.

Jésus et la pécheresse

L’Evangile selon Luc rapporte au septième chapitre, qu’une femme de mauvaise réputation était venue voir Jésus, alors qu’il était invité à table chez Simon le Pharisien. Elle se tenait derrière lui, à ses pieds. Elle pleurait, lui mouillait les pieds de ses larmes, les essuyait de ses cheveux, puis les embrassa et répandit du parfum sur eux. En voyant cela, Simon se dit que si Jésus était un prophète, il saurait quel genre de femme elle est. Mais Jésus le blâma en lui expliquant que cette femme venait de faire pour lui mieux que ce qu’un invité pouvait attendre de son hôte, mieux que ce que Simon fit pour lui et c’est pourquoi il déclara: « Le grand amour qu’elle a manifesté prouve que ses nombreux péchés ont été pardonnés. Mais celui à qui l’on a peu pardonné ne manifeste que peu d’amour. Jésus dit alors à la femme: Tes péchés sont pardonnés. » (Luc 7. 47-48).

Que pensez-vous de ceci, père? Etaient-ce là réellement les enseignements de Jésus sur la pudeur et la chasteté? Ce serait vraiment une drôle de manière pour un prophète, d’éloigner les gens du péché et de les amener jusqu’au repentir.

Mais les auteurs des Evangiles ne se lassent pas de porter atteinte à la réputation de Jésus, car voici que nous découvrons, cette fois dans l’Evangile selon Jean, que Je saint prophète n’est rien de moins qu’un menteur. L’Evangile rapporte en effet que Jésus envoya ses frères à la fête des tabernacles, en affirmant que lui n’irait pas, mais il s’y rend tout de même en secret (Jean 7. 8-10).

Souvenez-vous père, comme vous me défendiez de m’approcher de l’alcool, comme vous ne manquiez pas une occasion pour me mettre en garde contre son caractère nocif et malsain. C’était, disiez-vous, le destructeur de l’homme, de la vertu, de la dignité, et l’ennemi du droit chemin. Vous aimiez me rappeler combien l’Ancien Testament réprouvait les buveurs d’alcool, et combien le Nouveau Testament faisait l’éloge de Jean Baptiste (fils de Zacharie) pour son abstinence.

Puisqu’il en est ainsi dans nos livres sacrés, que comprendre des Evangiles qui donnent de Jésus, l’image d’un buveur de vin? C’est en tout cas ce que comprendrait celui qui lira les Evangiles (Matt 11, 26; Luc 7, 22; Marc 14).

En me retournant vers tout ce que nous avons mis en revue, j’en arrive à la certitude que croire à l’authenticité de nos Evangiles revient à cautionner toutes les calomnies et souillures qui ont ciblé la sainteté du Christ.

Le prêtre: - D’accord, mais as-tu pris acte des arguments de Jam‘iyet kitab al-hidaya sur ce sujet? Car si tu ne les as pas lus, je t’informe que ces questions sont abordées dans les pages 241 et 242 de la première partie du livre.

Emmanuel: - Et vous, est-ce que vous avez lu la page 228 de la première partie du livre al-houda? Et pour revenir à votre question, que voulez vous que je lise dans le livre de Jam‘iyet kitab al-hidaya, si ce n’est encore un discours à ajouter aux causes de notre honte? Allons, monsieur le curé! Nous savons, vous et moi, que ce ne sont que des paroles sans support logique, des affirmations truffées de contradictions et très éloignées de la vérité.

Tiens, en parlant de contradictions, ils trouveront une source intarissable dans les Evangiles. A titre d’exemple, nous lisons dans l’Evangile (Matt 12. 30; Luc 11. 23): « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi; et celui qui ne m’aide pas à rassembler disperse ». Mais c’est encore dans l’Evangile que Jésus, en parlant de ceux qui ne le suivent pas, mais toutefois, ne sont pas des ennemis, il dit: « Car celui qui n’est pas contre nous est pour nous » (Marc 9. 40; Luc 9. 50).

Pour rester dans le chapitre des contradictions, nous reprendrons encore un passage de l’Evangile: « Comme Jésus se mettait en route, un homme vint en courant, se mit à genoux et lui demanda:- Bon maître, que dois-je faire pour recevoir la vie éternelle? Jésus lui dit: pourquoi m’appelles-tu bon? Personne n’est bon à part Dieu seul. » (Marc 10. 17-18; Luc 18. 18-19). Dans l’Evangile selon Luc, c’est au contraire la bonté de l’homme qui est mise en valeur à travers le discours de Jésus: « L’homme bon tire son bien du bon trésor que contient son cœur » (Luc 6. 45), au même titre que Jésus évoque sa propre bonté (Jean 10. 11): « Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. »

Dites-moi maintenant, trouvez vous concevable que toutes ces contradiction soient de la bouche de Jésus? De toute évidence, cela ne semble nullement déranger les auteurs des Evangiles. Mais comme le chapitre des contradictions s’avère très vaste, nous ne le fermerons pas sans en citer une autre (Luc 18. 1-8): « Jésus leur dit ensuite cette parabole pour leur montrer qu’ils devaient toujours prier et ne jamais se décourager: Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et ne respectait personne. Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait fréquemment le trouver pour obtenir justice: « Rends-moi justice contre mon adversaire », disait-elle. Pendant longtemps, le juge ne le voulut pas, puis il se dit: Bien sur, je ne crains pas Dieu et je ne respecte personne; mais comme cette veuve me fatigue, je vais faire connaître ses droits, sinon elle continuera à venir et finira par m’exaspérer. » Puis le Seigneur ajouta: - Ecoutez ce que dit ce mauvais juge! Et Dieu ne ferait-il pas justice aux siens quand ils crient à lui jour et nuit? Tardera-t-il à les aider? Je vous le déclare: il leur fera justice rapidement. ».

Le même Evangile abonde dans le même sens dans un autre chapitre (Luc 11. 1-13). En effet, les exemples ne manquent pas sur l’exhortation à prier Dieu à tout moment (Luc 21. 36), et c’est Jésus lui même qui donne l’exemple au mont des oliviers, la nuit de son arrestation durant laquelle il pria Dieu et le supplia trois fois de suite (Matt 26. 39-44; Marc 14.35-41). Hélas, tous ces beaux discours sur les enseignements et les actes de Jésus sont contredits par les mêmes Evangiles: « Quand vous priez, ne prononcez pas un grand nombre de paroles comme font les païens; ils s’imaginent que Dieu les écoutera s’ils parlent beaucoup. Ne les imitez pas car Dieu, votre père, sait déjà de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez. » (Matt 6. 7-8).

Voila donc que l’Evangile selon Matthieu vient faire courir une nouvelle fois la contradiction sur la langue de Jésus, et lui fait remettre en question ses propres enseignements sur la nécessaire insistance dans la prière et l’imploration de Dieu; enseignement que Jésus lui-même a concrétisé, rappelons nous, durant la nuit de son arrestation.

Mais que comprendre de cette interdiction de « prononcer un grand nombre de paroles » durant nos prières, sous prétexte que Dieu sait déjà de quoi nous avons besoin avant que nous ne le lui demandions? Que comprendre en effet, si ce n’est que nous n’avons plus besoin de prier Dieu, puisqu’il sait déjà ce que nous cachons et ce que nous révélons, nos souhaits, nos joies, nos peines…? Si ce raisonnement avait une quelconque validité, il se serait dressé devant Jésus la nuit de son arrestation par les juifs, et lui aurait rappelé en le sermonnant: Pourquoi fais-tu preuve d’autant d’insistance dans la prière? Pourquoi tant d’obstination à supplier Dieu pour qu’il t’épargne cette coupe de douleur qui t’es destinée? Ne vois-tu donc pas qu’il ne sait que trop ce qui te préoccupe, sans que tu ais à le lui dire dans d’interminables implorations?

Eliezer: - Il est indéniable pour moi autant que pour n’importe quel croyant, que la prière et la supplication n’ont jamais été pour attirer l’attention de Dieu, ni pour lui faire entendre ou lui faire connaître nos préoccupations; nous savons bien qu’il est au courant de ce qu’il y a en chacun de nous. Il n’en demeure pas moins que la religion ainsi que la raison ont institué ce lien direct que constitue la prière entre l’individu et son créateur, afin que dans l’adoration de l’être humain pour son Seigneur, il puisse toujours garder à l’Esprit que Dieu est le maître permanent de sa destinée, qu’il est son protecteur et son défenseur et qu’en définitive, c’est lui qui, selon nos actes, décrète les récompenses et les châtiments. C’est pourquoi, la prière et la supplication ont toujours été pour le croyant, une source de paix intérieure et de bonheur, sachant que Dieu dans son infinie bonté et sa miséricorde, exauce les prières, même celles des moins dévoués d’entre nous.

Emmanuel: - Ceci nous amène à reconnaître que la prétendue interdiction de persévérer dans les prières est tout simplement grotesque et les paroles rapportées à ce sujet dans l’Evangile (Matt 6. 7-8) sont une véritable insulte à l’ensemble des prophètes et à toutes les révélations divines.

Figurez vous que les énormités que nous lisons dans le sixième chapitre de l’Evangile selon Matthieu sont aux antipodes de ce que rapporte le onzième chapitre de l’Evangile selon Luc, lequel insiste précisément sur tout le contraire (Luc 11. 1-13); n’est-ce pas ahurissant!

Eliezer: - C’est entièrement vrai, même si les exemples évoqués dans l’Evangile selon Luc pour l’incitation à persévérer dans la prière, ne révèlent que la grossièreté de l’auteur et sa lamentable incompréhension pour la portée et la profondeur de la révélation. Ne vous étonnez surtout pas de mes propos, car moi aussi je commence à ouvrir les yeux sur ce qui n’est en fin de compte que des évidences.

Trouvez vous acceptable que pour décrire la bonté et la miséricorde de Dieu pour ses créatures, on donne l’exemple d’un juge injuste qui devant l’insistance d’une femme cède et répond à ses attentes, dans le seul but qu’elle cesse de l’importuner? Et le onzième chapitre de l’Evangile selon Luc qui ne trouve pas mieux que l’exemple d’un homme lent et sourd au besoin d’un ami venu le solliciter, mais l’insistance de celui-ci le contraint à lui venir en aide.

Je voudrai ajouter malgré tout, que nos Evangiles perpétuent l’appel à la foi en Dieu, enseignent l’unicité divine, la crainte de Dieu, ainsi que le repentir et ne cessent de prêcher les bonnes mœurs et la bonne conduite. Par conséquent, ne trouvez vous pas que ces qualités peuvent très bien être l’expression même de la révélation divine de nos Evangiles et les témoins perpétuels de l’enseignement de Jésus?

Emmanuel: - Celui qui a l’audace d’écrire un livre au nom du Christ et de ses saints apôtres, sur la révélation divine est forcé par la vocation et la nature même du livre, de lui donner un contenu convenable, bon et vertueux. Son texte doit obligatoirement exprimer les enseignements de Jésus et se conformer aux valeurs morales perpétuées à travers sa sainte personne. En outre, les paroles d’un tel livre ne doivent en aucun cas heurter la perfection de la révélation divine et l’auteur ne doit jamais dévier, volontairement ou involontairement, pour quelque objectif que ce soit, du chemin sacré, tracé par le message divin. Et voilà pourtant que les Evangiles, dont le volume de chacun, sans dépasser celui d’une revue hebdomadaire, colportent en calomnies de quoi souiller la pureté de la révélation et la sainteté du Christ. C’est pourquoi cher père, nous devrions cesser toute attribution des présents Evangiles à la révélation de Dieu et aux enseignements de Jésus.

Honnêtement, nous ne pouvons affirmer que les auteurs de ces livres avaient conscience de la sainteté du Christ, puisqu’ils se sont avérés ignorant jusqu’aux règles élémentaires de civilité et de pudeur, notamment en se servant d’exemples inconvenables et déplacés, chaque fois qu’il s’agissait d’argumenter pour confirmer ce qui serait selon eux un enseignement du Christ.

Le prêtre: - Je trouve que tu va trop vite en besogne, Emmanuel. Ne sois pas si pressé de conclure; tu devrais savoir que lever le voile aussi brusquement n’est pas pour servir tes efforts de découvrir et de faire découvrir la vérité. Crois-moi, tu perdrais plus que tu ne gagnerais à choquer des mentalités aussi vieilles que l’est notre religion.

Sache mon enfant, que les mentalités sont conditionnées par leurs héritages, et la sagesse dans notre situation recommande tact et diplomatie.

Contente toi pour l’heure, d’attirer l’attention de ton interlocuteur sur les évidences, dans l’espoir que son esprit devienne progressivement perméable à des questions plus complexes et surtout plus sensibles, jusqu’à ce qu’il ait lui-même soif de vérité et qu’il se mette à la demander avec avidité.

Emmanuel: - Pour l’instant, je ne parle qu’à mon père et à moi-même. Je le fais pour l’élargissement de l’horizon de nos connaissances, mais surtout pour notre salut. Je le fais aussi parce que convaincu de l’ouverture de nos esprits et de leur indépendance du poids de la tradition. J’ose espérer que c’est également votre opinion, vous à qui en revient tout le mérite. C’est à travers votre sagesse que nous avons appris à ne pas craindre la vérité, à l’aimer. Il est vrai qu’après cela, j’ai hâte d’atteindre ce but tant désiré, à l’exemple de l’assoiffé qui peine à maîtriser son allure en direction d’une source d’eau fraîche toute proche.

Que voulez vous donc que je fasse des gens puisqu’il s’agit de mon salut, d’autant plus que je suis loin d’avoir votre patience, qui n’a d’égal que votre profonde sagesse. Quant à vous, si vous êtes si patient, c’est parce que vous avez déjà atteint le but et bu de la fameuse source. Depuis, vous guettez le moment propice pour dévoiler la vérité et guider vers la source les aveugles que nous sommes.

Le prêtre: Emmanuel, tu ne dois jamais dire que tu n’as que faire des gens, tant qu’il s’agit de ton salut. Ta religion t’impose au contraire de souhaiter à ton prochain ce que tu aimes pour toi-même, et les principes que tu prétends défendre t’astreignent à cette règle d’or. Tu es effectivement tenu, si tu veux honorer ta religion, de soutenir la justice et de lutter pour son triomphe. C’est peut être le chemin le plus difficile, mais aussi le plus droit vers la source.

Emmanuel: - Je suis confus, je vous pris de m’excuser. Croyez moi, je ne voulais manquer de respect à personne. Je voulais seulement dire que tant que mon père et moi ne faisons que rechercher la vérité, ce qu’en pensent les gens n’a aucune importance, et ce à quoi nous avons abouti prouve aisément que notre curiosité était justifiée et que nous avions bien raison ne nous y investir.

Pour ce qui est de prêcher et d’orienter les gens sur la voie de la vérité, tant que je continue moi-même à la rechercher et que je n’ai toujours pas toutes les réponses à mes questions, je ne peux avoir la prétention de pouvoir répondre aux leurs.

Le prêtre: - Tout va bien Emmanuel, tu peux revenir à ton sujet.

Emmanuel: -Très bien. Vous disiez père, que les Evangiles prêchent les bonnes mœurs et la bonne conduite. Je m’étonne de vous l’entendre dire, après que vous en ayez fait le constat vous-même tout à l’heure; il est évident dorénavant que ce qui est écrit dans les Evangiles sur les enseignements du Christ ne l’a certainement pas été tel que l’ont rapporté les apôtres. Les enseignements de toute religion monothéiste sont basés sur la considération du bien et du mal, du sensé et de l’insensé, du logique et de l’illogique.

Voyons maintenant ce qu’en pense l’Evangile (Matt 5. 38-40): « Vous avez entendu ce qui a été dit: œil pour œil et dent pour dent. Mais moi je vous dis de ne pas vous venger de celui qui vous fait du mal. Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, laisse-le aussi te gifler sur la joue gauche. Su quelqu’un veut te faire un procès et te prendre ta chemise, laisse-le prendre aussi ton manteau. ». Le même message est transmis par l’Evangile selon Luc (6.27-30).

Vous pouvez prendre vous-même, cher père, la mesure de toute l’exagération qui caractérise cet enseignement, et ce n’est pas tout; l’enseignement constitue en lui-même une menace et un danger pour l’équilibre social. Comment voulez vous qu’une société puisse fonctionner normalement en étant entièrement soumise à la volonté du mal et au règne des âmes malfaisantes. Un minimum de règles est indispensable à la préservation de toute vie en communauté, y compris dans les sociétés animales. A plus forte raison, il y va de la survie de celle des hommes de se donner les moyens de se défendre contre la méchanceté, qui est une spécificité de l’être humain.

Dans une société civilisée, ces moyens sont représentés par une législation regroupant un certain nombre de lois, dont la transgression appelle la punition. Bien entendu, cette exigence ne remet nullement en question les valeurs de la tolérance, du pardon et du bon conseil, car il ne conviendrait pas que la loi fondamentale de la prophétie parle de l’application du châtiment dans toute sa rigueur et qu’elle ignore les vertus du pardon et de la miséricorde.

Quant à la Torah courante, elle met plutôt l’accent sur l’importance du châtiment, sans faire la moindre allusion au pardon, ni aux valeurs qu’il véhicule. Ce sont là les principes défendus dans les livres de la Torah (Ex 21; Lev 24; Deut 19). Ceci étant, il était tout de même inconvenant que les Evangiles se placent contre la loi de la Torah qui prône la punition du coupable, en lui opposant un principe basé sur la soumission de la victime à la volonté du coupable. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais cela m’a tout l’air d’une révélation qui vient annoncer le contraire d’une autre révélation.

Le prêtre: - C’est vrai que les extrêmes, que ce soit d’un côté ou d’un autre, conduisent fatalement au déséquilibre. Mais as-tu trouvé ailleurs, dans les livres de la révélation une loi raisonnable dans ce domaine?

Emmanuel: - Monsieur le curé, le Coran que les musulmans attribuent à la révélation de Dieu, mais que nos amis rejettent, s’avère dans ce domaine encore, d’une qualité bien supérieure. Il instaure la punition du crime, tout en louant les vertus du pardon. La portée civilisatrice de cette loi et son soucis de préserver l’harmonie sociale expriment toute la sagesse du Coran, ainsi que le démontrent le verset 126 de la sourate an-Nahl (les Abeilles): « Si vous infligez une punition, qu’elle soit égale au tord que vous avez subi. Mais si vous faites preuve de patience, ce sera mieux pour ceux qui patientent » et le verset 179 de la sourate al-Baqara (la Vache): « Il y a une [garantie de] vie pour vous dans le talion, ô hommes doués d’intelligence; peut être craindrez-vous [pieusement Dieu].»

En parlant de vie, le Coran attire l’attention des esprits inattentifs sur la sagesse qui se manifeste à travers la loi du talion. C’est peut être une loi douloureuse pour les coupables, mais à bien y réfléchir, c’est une loi qui dissuade plus qu’elle ne punit. Certes, c’est un outil de sanction, mais elle est encore plus un facteur de dissuasion pour le criminel devant son méfait.

Dans cette sagesse se trouvent ainsi la préservation de la vie et l’assurance d’une paix sociale. Peu importe donc, que l’on mette à mort un assassin, si de cette sentence dépend la sécurité de la société, tout comme il importe peu de couper un membre gangrené, si de cela dépend la survie du reste du corps. Et si parallèlement à l’institution de la loi du talion, le Coran fait l’éloge du pardon particulier, c’est aussi pour montrer que le premier n’annule pas le second. En effet, le Coran déclare au verset 178 de la sourate al-Baqara (la Vache): « Croyants, on vous a prescrit le talion en cas de meurtre: Libre pour libre, esclave pour esclave, femme pour femme. Mais celui qui aura bénéficié d’une remise de peine de la part de son frère [en religion], il faudra suivre [un procédé] équitable [pour le versement du prix du sang], et [le gracié doit] s’acquitter de la meilleur façon. C’est là un allègement [de peine, prescrit] par votre Seigneur et une grâce. Quiconque après cela transgresse, subira un châtiment douloureux. ».

Voyez toute la miséricorde exprimée dans ce verset; bien que brandissant la loi du talion dans toute sa rigueur, Dieu rappelle à l’ayant droit qu’il gagnerait à faire preuve de générosité envers le coupable, soit en lui accordant son pardon, soit en lui faisant payer le prix du sang (addiya), selon des normes établies par le législateur. Ces marques de bonté et de miséricorde, en dépit de la douleur, sont à n’en pas douter les attributs des hommes pieux.

Eliezer: - Emmanuel, bien que tu ais déjà étudié de nombreux côtés des Evangiles et traité suffisamment plusieurs de leurs facettes, je trouve tout de même qu’il serait plus bénéfique, pour toi mais aussi pour moi qui écoute depuis le début, que tu les étudie dans l’ordre, en commençant par le commencement et en présence de monsieur le curé.

Emmanuel: - Qu’en dites vous monsieur le curé? Ce que nous en avons étudié ne suffit-il pas?

Le prêtre: - Obéis à ton père, Emmanuel; tu vois bien qu’il veut en savoir plus.