AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)
 
L’histoire des Israélites par les livres de l’Ancien Testament

Emmanuel: - Durant leur exode de l’Egypte jusqu’au désert du Sinaï, les Israélites n’ont cessé d’être les témoins des signes de Dieu et de ses miracles, au même titre que les preuves de la prophétie de Moïse n’ont cessé de se succéder devant leurs yeux, tout au long de leur voyage.

Par l’action de Moïse qui les appelait au monothéisme, ils assistèrent au miracle du bâton et de la main blanche. Ils furent également témoins de la réalisation de prodiges en Egypte, comme l’ouverture d’un chemin sec à travers la mer pour leur permettre de fuir l’armée de Pharaon. Nous pouvons citer aussi le miracle de la manne et du miel, l’extraction de l’eau de la pierre à Horeb et la manifestation de la majesté de Dieu et de sa puissance sur le mont Sinaï (Ex 4-19).

En outre, Dieu leur envoya des avertissements contre la fabrication d’idoles et contre l’adoration d’autres dieux que lui (Lev 26.1). Pourtant, ils ne tardèrent pas à se détourner de lui, en fabricant le veau d’or dès que Moïse fut absent; ils se mirent à l’adorer en disant: Voici notre dieu qui nous a fait sortir d’Egypte (Ex 32.1-9). Et comme si ce n’était pas suffisant, lorsque les Israélites s’installèrent avec Moïse à Chittim, ils se livrèrent à la débauche avec des femmes Moabites qui les entraînèrent à offrir des sacrifices à leurs dieux, les invitèrent à adorer leurs divinités et à partager leurs repas sacrés. Les Israélites s’associèrent de manière particulière au culte du dieu Baal, de Péor (Nomb 25.1-4).

Peu de temps après la mort de Josué, les Israélites abandonnèrent complètement Dieu et s’en retournèrent à leurs passions païennes. Ils se mirent alors à rendre des cultes aux dieux des peuples voisins et s’inclinèrent devant les Baals et les Astartés (Jug 2.11-13). Ils persistèrent dans cette voie, celle du mal et du péché, durant l’époque des Juges et ne firent que ce qui déplait au Seigneur (Jug 3.7, 4.1, 6.1, 13.1).

De même, après la mort de Gédéon, les Israélites rendirent de nouveau un culte idolâtrique aux Baals et prirent Baal-Berit pour dieu, oubliant ainsi le Seigneur leur Dieu qui les avaient délivrés de tous leurs ennemis (Jug 8.33).

C’est ce que nous voyons se reproduire après la mort de Yaïr le juge, puisque les Israélites replongèrent de nouveau dans ce qui déplait à Dieu; ils adorèrent les dieux Baals et les déesses Astartés, ainsi que les dieux des Syriens, des Sidoniens, des Moabites, des Ammonites et des Philistins. Ils tournèrent le dos au Seigneur et ne lui rendirent plus de culte (Jug 10.6). Le résultat de leur situation est, pour reprendre le psaume 106. 35-39:

Mais ils se sont mêlés aux païens,

ils ont appris leurs pratiques,

ils ont offert un culte à leurs divinités,

tombant dans le piège de l’idolâtrie.

Ils ont même offert leurs fils et leurs filles,

en sacrifice à des faux dieux.

- Ils ont répandu le sang des innocents

- le sang de leurs fils et de leurs filles,

sacrifiés aux dieux des Cananéens-

et ces meurtres ont souillé le pays.

En agissant ainsi

ils se sont rendus impurs,

c’était une prostitution.

Après la mort de Salomon, le royaume d’Israël se divisa en deux. Son fils Roboam lui succéda mais ne fut reconnu que par les tribus de Juda et Benjamin. Quant aux tribus israélites du Nord, elles rejetèrent son autorité, convoquèrent leur propre assemblée et désignèrent Jeroboam comme roi d’Israël. Celui-ci fit fabriquer deux veaux d’or et déclara au peuple: - Il est ici votre dieu qui vous a fait sortir d’Egypte. Il fit dresser l’une des statues d’or à Béthel et l’autre à Dan, pendant qu’un grand nombre de personnes accompagna la seconde statue jusqu’à Dan (1 Rois.12).

Les Israélites et leur roi persistèrent dans le péché par l’adoration du veau d’or à Béthel et à Dan, jusqu’au règne d’Achab où l’adoration de Baal se généralisa au point où Baal disposait de quatre cent cinquante prophètes, alors que la déesse Achéra en avait quatre cent et tous étaient les protégés de la reine Jézabel (1 Rois 18. 19).

C’est cette Jézabel qui fit mettre à mort les prophètes du Seigneur; sauf les cent que cacha Obadia dans des cavernes eurent la vie sauve (1 Rois 18. 4). Il ne resta de prophète pour le Seigneur que Elie (1 Rois 18. 22; 19. 10, 14), et on ne pouvait plus compter, en dehors des centaines de milliers d’adorateurs de Baal, que quelques sept mille Israélites restés fidèles au Seigneur, si ce n’est moins.

Les Israélites demeurèrent sur cette voie tracée par Jéroboam et la société Israélite pataugea dans la perversité spirituelle, jusqu’au règne de Osée, fils d’Ela, pendant lequel les Assyriens envahirent le pays, s’emparèrent de Samarie et déportèrent la population d’Israël en Assyrie.

Ce malheur arriva alors que les Israélites ne cessaient de pécher contre le Seigneur, leur Dieu qui les avaient délivrés du pharaon et les avaient fait sortir d’Egypte. Ils avaient adopté d’autres dieux et vivaient selon les coutumes des nations païennes. Ils adoraient les idoles bien que cela leur fut interdit par le Seigneur, ils prononçaient des paroles inadmissibles contre lui, leur Dieu, et commettaient de si mauvaises actions qu’ils l’irritèrent.

Malgré les avertissements qui ont été transmis aux gens d’Israël et de Juda par les différents prophètes, ils se montrèrent aussi rebelles que leurs prédécesseurs qui n’avaient pas cru en Dieu. Ils rejetèrent ses lois et ignorèrent l’alliance qu’il avait conclue avec leurs ancêtres. Ils foulèrent aux pieds tous les commandements du Seigneur et se fabriquèrent des statues de veau en métal fondu et dressèrent des poteaux sacrés. Ils adorèrent le dieu Baal, offrirent leurs enfants en sacrifice et recoururent à différentes formes de magie.

Depuis que Jeroboam, fils de Nebat fut nommé roi d’Israël, il détourna la population de l’obéissance au Seigneur et les entraîna dans de graves péchés. Dés lors les gens d’Israël ne cessèrent pas d’imiter tous les péchés que Jeroboam avait commis (2 Rois 17).

Quant aux gens de Juda et de Benjamin, ils sombrèrent dans le péché plus que ne l’avaient fait leurs ancêtres. Ils désobéirent aussi aux commandements du Seigneur leur Dieu et adoptèrent les coutumes qui avaient été introduites dans le royaume d’Israël. Ils construisirent des lieux sacrés, dressèrent des pierres et des poteaux sacrés aux sommets de toutes les collines où il y avait des arbres verts. Il y eut même des hommes et des femmes qui pratiquaient la prostitution sacrée dans le pays. En somme, ils imitèrent toutes les pratiques abominables des nations que le Seigneur avait chassées pour faire place au peuple d’Israël (1 Rois 14. 22-24).

Pendant la cinquième année du règne de Roboam, le roi d’Egypte Chichac attaqua et pilla Jérusalem, emportant les trésors du temple du Seigneur et ceux du palais royal; il emporta absolument tout, en particulier les boucliers d’or que Salomon avait faits (1 Rois 14. 25).

Abiam succéda à son père Roboam et ce fut encore un chemin aussi égaré que celui de son père qu’il suivit durant son règne. Il commit les mêmes péchés que Roboam avant lui, et contrairement à son ancêtre David, il ne suivit pas la voie tracée par le Seigneur son Dieu (1 Rois 15. 3).

Lorsque Asa succéda à son père Abiam, en tant que roi de Juda, il ne prit pas son exemple et agit conformément à la volonté du Seigneur, tout comme son ancêtre David. Il expulsa du pays les hommes et les femmes qui pratiquaient la prostitution sacrée, supprima toutes les idoles que ses ancêtres avaient fabriquées et retira même à sa grand-mère Maaka le titre de « Grande Dame » parce qu’elle adorait la déesse Achéra. Pourtant, il ne supprima pas les lieux sacrés, bien qu’il eut toujours aimé le Seigneur de tout son cœur (1Rois 15. 11-14). Ainsi, pendant longtemps, les Israélites vécurent sans le vrai Dieu, sans prêtre pour les enseigner et sans loi divine (2 Chron 15. 3).

Quand Josaphat accéda au trône, il ne s’écarta pas du chemin tracé par son père Asa. Il employa son énergie et ses efforts dans le royaume de Juda, à la poursuite de l’œuvre de réforme entamée par son père. Il se consacra donc à la suppression de tous les lieux de culte païens et les poteaux sacrés et s’appliqua de tout son cœur à obéir à Dieu. Il envoya même ses hauts fonctionnaires enseigner la loi dans les villes de Juda (2 Chron 17. 6-7; 19. 3). Durant son règne, Josaphat se conduisait de manière droite et faisait ce qui plait au Seigneur. Pourtant il ne supprima pas les lieux sacrés, de sorte que le peuple n’était pas attaché de tout son cœur au Dieu de ses ancêtres (2 Chron 20. 32-33).

C’est son fils Joram qui lui succèda. Il fit assassiner tous ses frères ainsi que quelques ministres du royaume. Il se conduisit aussi mal que les rois d’Israël et ne fit que ce qui déplait au Seigneur (2 Chron 21. 4-6).

Lorsqu’il mourut, personne ne le regretta et les habitants de Jérusalem désignèrent Ahazia, son plus jeune fils pour lui succéder, car les aînés avaient été tous tués. A son tour, Ahazia se conduisit aussi mal que son père, car sa mère lui donnait de mauvais conseils (2 Chron 22. 1-3).

A la mort d’Ahazia, ce fut sa mère, l’ignoble et perfide Athalie qui lui succéda. Déjà, à la nouvelle de la mort de son fils, elle décida d’exterminer tous les descendants de la famille royale de Juda. Mais la princesse Yochéba parvint à emmener secrètement un fils d’Ahazia, nommé Joas et le fit cacher pendant six ans dans le temple. Durant toute cette période, Athalie régna de la plus cruelle des manières. Ce n’est que durant la septième année de ce sombre règne que le prêtre Yoyada, mari de Yochéba, organisa le renversement et l’exécution d’Athalie, de même que l’intronisation de Joas, fils d’Ahazia (2 Chron 22. 10-12; 23).

Durant le règne de Joas, Yoyada conclu une alliance qui engageait la population, le roi et lui-même à être le peuple du Seigneur. Alors la population se rendit au temple de Baal et le démolit; on brisa les autels et les idoles, on tua et Mattan, le prêtre de Baal. Les rites reprirent leur cours dans le temple selon ce qui figure dans la loi de Moïse (2 Chron 23. 16-19).

Joas avait sept ans lorsqu’il devint roi. Il régna de façon droite tant que Yoyada était vivant. Mais après la mort de celui-ci, les chefs de Juda rendirent visite à Joas et lui rendirent hommage. Le roi prêta l’oreille à leurs suggestions, et c’est ainsi que les Israélites délaissèrent le temple du Seigneur, Dieu de leurs ancêtres, pour adorer les poteaux sacrés et autres idoles (2 Chron 24. 1-2, 17-18).

Le prêtre Zacharie, fils de Yoyada tenta de les convaincre de revenir à Dieu, mais sans succès; le peuple complota contre lui et, sur ordre du roi, la population se mis à lui lancer des pierres dans la cour même du temple. Le roi Joas oubliant ainsi toute la bonté qui caractérisait l’attitude de Yoyada à son égard, n’hésita pas à faire mourir son fils Zacharie (2 Chron 24. 20-22).

Joas fut assassiné dans son lit et ce fut son fils Amassia qui lui succéda, à l’âge de vingt-cinq ans. Au début de son règne qui dura vingt-neuf ans, Amassia respecta la Loi mais sans grand enthousiasme et il eut vite fait de se tourner vers le culte des idoles. Il fut battu par Joas, roi d’Israël qui démolit la muraille de Jérusalem et vida la ville de tout ce qu’elle contenait de précieux. (2 Chron 25).

Ozias succéda à son père Amassia à l’age de seize ans et régna pendant cinquante-deux ans. Au début, comme son père, il fit ce qui plait au Seigneur. En peu de temps, il devint puissant, mais sa puissance le rendit orgueilleux et il se détourna du Seigneur (2 Chron 26).

Son fils Yotam lui succéda. Nous pouvons retenir de la conduite de celui-ci qu’il agit dans les limites de la Loi et fit ce qui plait au Seigneur. Cependant, nous ne pouvons pas en dire autant de celle du peuple, qui ne s’améliora guère (2 Chron 27. 1-2).

A yotam succéda son fils Ahaz. Plutôt que de suivre l’exemple de son ancêtre David, il préféra s’en écarter et suivre le chemin des rois d’Israël. Il fabriqua donc des statues pour le culte des dieux Baals, il présenta des sacrifices d’animaux et des offrandes de parfum dans les lieux de culte païens. Il offrit même ses fils en sacrifice, selon l’abominable pratique des nations païennes. Sa conduite fut au sommet de l’infidélité au Seigneur: il offrit des sacrifices aux dieux de Damas, il rassembla tous les objets sacrés du temple, les brisa, puis il verrouilla les portes du sanctuaire du Seigneur. Ensuite il fit dresser des autels à tous les carrefours de Jérusalem (2 Chron. 28).

Quand ce fut au tour de son fils Ezékias d’accéder au trône, il agit tout contrairement à son père, puisque dés les premiers mois de son règne, il rouvrit les portes du temple et les répara. Il convoqua les prêtres et les lévites, leur ordonna de purifier le temple, de le vider de tous les objets impurs qui s’y trouvaient et d’y reprendre leurs fonctions. Le temple était tellement souillé que la purification des lieux dura plusieurs jours. Aussitôt après, Ezékias rétablit le culte et les sacrifices selon la règle établie par son ancêtre David et par les prophètes du roi, Gad et Natan (2 Chron 29).

Manassé succéda à son père Ezékias à l’âge de douze ans et régna cinquante-cinq ans à Jérusalem. Après son accession au trône, il ne tarda pas à reprendre le chemin obscur des ces prédécesseurs païens. Il agit avec zèle et ne manqua aucune de leurs pratiques. Il commença par rétablir les lieux sacrés que son père Ezékias avait détruits. Il dressa des autels aux dieux Baals, fabriqua des poteaux sacrés et rendit un culte aux astres en l’honneur desquels il dressa des autels dans les deux cours du temple. Il alla même jusqu’à offrir ses fils en sacrifice, pratiqua la magie et la sorcellerie, consulta ceux qui interrogent les esprits des morts.

Manassé fut aussi méprisant à l’égard des valeurs défendues par son père, que pouvait l’être le plus abominable des païens à l’égard du Seigneur. Mais quand il connut la captivité et la torture chez le roi d’Assyrie, il se rappela le Seigneur son Dieu, reconnut toutes ses fautes et implora sa pitié. Alors Dieu le sauva, le renvoya à Jérusalem et Manassé sut enfin que le Seigneur était le seul vrai Dieu.

Dés son retour, Manassé entreprit d’effacer toute trace de dieux étrangers et de toute pratique païenne. Il rétablit l’autel du Seigneur, y offrit des sacrifices de communion et de louange et ordonna aux Judéens d’adorer le Seigneur Dieu d’Israël (2 Chron 33).

Lorsque son fils Amon lui succéda, il passa les deux années de son règne à faire ce qui déplait au Seigneur. Il reprit toutes les pratiques païennes dont son père avait fini par se détourner, mais avec plus de détermination, puisque Amon ne reconnut pas ses fautes comme l’avait fait Manassé. Il commit au contraire encore plus de péchés que lui (2 Chron 33. 21-23).

Mon cher père, au centre de cette frénésie polythéiste dans un pays pourtant sensé être la capitale de l’unicité divine, de la loi mosaïque et de la Torah; au milieu de ce peuple où il n’était plus possible de retrouver la moindre trace pour le monothéisme, ni pour la Torah, ni pour la loi divine; dans un environnement païen aussi hostile à toutes les valeurs divines, à tous les symboles du monothéisme, pouvez-vous me dire en toute honnêteté, s’il restait la moindre chance pour la Torah d’échapper, non seulement à l’altération partielle, mais à la métamorphose, elle qui n’a eu de cesse de passer de génération polythéiste et païenne à l’autre?

Franchement, que pouvons nous aujourd’hui lui trouver d’authentique, d’autant plus que c’est l’Ancien Testament qui rapporte sans ambiguïté, comment le peuple d’Israël s’était détourné de Dieu et de la Torah, tout au long de son histoire. Que pouvait-t-il rester de la Torah dans une société où Dieu n’était plus reconnu, oublié, une société qui verrouilla les portes du temple du Seigneur, laissa s’éteindre les lampes du sanctuaire qui fut transformé en lieu où siégeaient désormais les idoles.

Les lieux furent tellement souillés pas les paganisme, que leur purification nécessita plusieurs jours de durs labeurs, avec toute la diligence qu’imposaient l’ordre et l’impatience royales et dont dut faire preuve l’association des prêtres.

Vous devez savoir, cher père, que la haine des païens pour la Torah dépassait de loin leur hostilité pour la maison de Dieu, car la Torah s’opposait dans sa substance à leur déviation et à leur barbarie, et les blâmait sévèrement, alors que le temple lui, était muet, inerte et n’exprimait à leur endroit aucune menace. Il n’empêche qu’ils l’ont détruit, oh combien de fois. Comprenez donc que la Torah ne pouvait espérer meilleur sort.

Ce peuple dégénéré et pervers, centre de tous les vices, et qui a fait siennes toutes les pratiques ignobles des autres peuples païens, pouvait-il franchement se permettre de courir le risque de laisser subsister quelque chose de la Torah? Reconnaissez que non; de toute manière, vous vous en rendrez compte vous-même en écoutant ce que nous allons dire au sujet de Josias.

Les prétentions du prêtre Hilquia sur la découverte de la Torah

Josias succéda à son père Amon à l’âge de huit ans et régna trente et un ans à Jérusalem. C’était un croyant fidèle, à l’exemple de son ancêtre David. A la douzième année de son règne, il entreprit de purifier Jérusalem et le royaume de Juda de tous les lieux de culte païens, des poteaux sacrés et des idoles. On démolit en sa présence les autels des dieux Baals et on abattit les brûle-parfums qui les surmontaient. Le tout fut réduit en poussière, puis dispersé sur les tombes païennes. On brûla aussi les ossements des prêtres païens sur les autels qu’ils avaient utilisés.

A la dix-huitième année de son règne, alors que la purification du pays et du temple se poursuivait, Josias désigna quelques hommes et les chargea d’entreprendre la réparation du temple du Seigneur et des autres bâtiments que les rois de Juda avaient laissés tomber en ruine. Ces hommes se rendirent chez le grand-prêtre Hilquia. Ils apportaient l’argent que les lévites gardiens de l’entrée avaient reçu comme don pour le temple. Au moment où l’on retirait du coffre l’argent qui y avait été déposé pour le temple, le prêtre Hilquia découvrit le livre de la loi du Seigneur, transmise par l’intermédiaire de Moïse. Le prêtre Hilquia alla annoncer au secrétaire Chafan qu’il avait trouvé le livre de la loi dans le temple, et il le lui remit. Chafan apporta le livre au roi, l’informa que c’est Hilquia qui le lui avait donné, et se mit à le lui lire.

Quand le roi Josias entendit les paroles de la Torah, il fut si bouleversé qu’il déchira ses vêtements. Il convoqua un groupe de ses proches dont Hilquia, et leur ordonna d’aller consulter le Seigneur pour lui et pour la population d’Israël et de Juda, sur le contenu du livre qu’on venait de découvrir. Nos ancêtres, disait-il, n’ont pas été fidèles au Seigneur et n’ont pas respecté les commandements du livre de la Loi.

Le roi ne tarda pas à convoquer au temple la population de Jérusalem et de Juda, prêtres, lévites et gens de toutes conditions, et lut à tous les présents le livre découvert dans le temple. Ensuite, il renouvela l’alliance avec le Seigneur; chacun devait s’engager à être fidèle au Seigneur, obéir à ses commandements et se conformer assidûment aux enseignements et prescriptions contenues dans le livre de l’alliance (2 Rois 22, 23; 2 Chron 34).

Eliezer: - Comme c’est étrange! J’ai du mal à croire qu’on ait pu accepter aussi facilement les déclarations de Hilquia sur la découverte de la Torah, sans que l’on se soit demandé: pourquoi le livre n’avait-il pas été découvert lors du nettoyage du temple? Pourquoi ne l’avait-on pas découvert lors du dépôt de l’argent dans le coffre? Et enfin, comment pouvait-on s’assurer de la probité de Hilquia en pareilles circonstances?

Emmanuel: - Les Israélites avaient fini par prendre conscience, ainsi qu’en témoignent les différentes expériences à travers l’histoire, que leur liens nationaux, leur indépendance politique, autant que l’illustration de leur unité et de leur gouvernement, n’avaient de chance d’apparaître qu’à travers leur appartenance commune à la religion mosaïque, laquelle ne pouvait se manifester qu’à travers la Torah, bien entendu. Pourtant, ils avaient bien souvent tendance à céder à l’ivresse des passions et à l’aberration du polythéisme et se laissaient facilement emporter dans l’ambiance perverse du paganisme, loin de la religion mosaïque et de la Torah.

Mais une fois réveillés de leur ivresse, ils ne pouvaient que reprendre l’image de la religion mosaïque et le nom de la Torah, comme une sorte de décoration officielle à leur nationalisme, leur gloire et leur politique. Et il ne serait pas exagéré de dire que sous le règne de Josias, ils vivaient précisément un de ces cas de retour d’une de leurs longues ivresses. Seulement, leurs ancêtres n’ont laissé leur parvenir de cette noble décoration officielle que le nom.

Il n’en demeure pas moins que dés que Josias et les siens entendirent le nom de cette décoration, leur désir ardent de la recevoir leur interdit d’effectuer la moindre vérification, ni demander la moindre explication sur sa soudaine apparition. La bonne foi de Hilquia leur suffisait, et le livre reçut le titre d’ « officiel ».

Enfin, juifs et chrétiens reconnaissent comme vous le savez, que le texte d’origine hébraïque, sacré dans les croyances juives est débordant d’erreurs. Nous en avons cité quelques exemples et nous en citerons d’autres, si le besoin nous y conduit. Nous savons aussi que les uns et les autres y ont porté des corrections, mais dans les marges, sans qu’il fût du pouvoir de qui que ce soit d’agir directement sur le texte, lequel malgré les erreurs avérées est resté sacré en l’état, tout cela parce qu’un jour, ce même texte avait reçu le titre d’ « officiel ». Dés lors, il ne pouvait plus être soumis à l’appréciation et au jugement de la raison.

Rappelons que la bonne foi d’Hilquia n’était sûrement pas la seule garantie du succès de son livre; celui-ci devait fort probablement contenir des dispositions qui corroboraient des vestiges de la loi mosaïques qui subsistaient chez leurs prêtres et leurs anciens, ainsi que des expressions conservées et transmises à travers les générations, en tant que témoignages de la défunte Torah.

Oui, cher père, de nos jours encore, nombreux sont les savants et les religieux qui, pour défendre l’authenticité des livres du Nouveau Testament, ne trouvent pas mieux que de souligner la ressemblance de certains groupes de phrases, avec d’autres se trouvant dans les livres de l’Ancien Testament.

Le prêtre: - Plutôt que d’affirmer que les festivités organisées par Josias en l’honneur du livre d’Hilquia étaient dues au fait que le livre représentait le seul exemplaire de la Torah en leur possession, nous pouvons tout autant soutenir que si Josias organisa une si grande cérémonie, c’est parce qu’il venait de découvrir la Torah écrite de la main de Moïse, celle qu’il a mise dans le coffre de l’alliance, et ordonné qu’elle soit transportée avec le coffre dans la demeure sainte.

Emmanuel: - Non monsieur, nous ne pouvons pas défendre une telle hypothèse; l’histoire ne l’accepterait pas.

Le prêtre: - Et pourquoi cela, Emmanuel?

Emmanuel: - Eh bien, pour la simple raison que ce qui a été rapporté sur les paroles d’Hilquia et de Josias, nous apprend qu’effectivement les festivités organisées en l’honneur de la Torah d’Hilquia, l’ont été pour célébrer la découverte de l’unique exemplaire existant en Israël à cette époque là, et monsieur le curé a sans doute pris connaissance de ce que nous avons rapporté sur l’état de Josias et la Torah d’Hilquia, à travers la lecture des chapitres vingt deux et vingt trois du Deuxième livre des Rois et celle du chapitre trente quatre du Deuxième livre des Chroniques. Monsieur le curé aura sûrement regardé aussi dans l’origine hébraïque et ses différentes traductions.

Reconnaissons que la Torah ne peut pas avoir survécu dans le sanctuaire jusqu’au règne de Josias. En témoignent tout au long de l’histoire les reniements successifs des Israélites pour la religion de Moïse et leur retour au paganisme pour de longues périodes, avec le saccage de la maison de Dieu, qui fut souillée et transformée en demeure pour les idoles.

Doit-on rappeler que trois cent dix ans après Moïse, les palestiniens ont pillé le coffre de l’alliance, lequel ne fut remis à sa place que cent ans plus tard, à l’époque de David. Et quand enfin Salomon construit le temple et y transporta le coffre, celui-ci ne contenait que les deux tablettes de pierre que Moïse y avait déposées; ce sont les tablettes qu’il avait reçues au mont Horeb, lorsque le Seigneur conclut une alliance avec les Israélites après les avoir fait sortir d’Egypte (1 Rois 8. 9; 2 Chron 5. 10).

Durant tout ce temps où le coffre, ainsi que la tente de la rencontre et les objets sacrés qui s’y trouvaient furent transportés de la cité de David jusqu’au temple, il n’a jamais été question de la Torah écrite de la main de Moïse, ou d’une autre Torah, quel qu’elle fut.

Est-ce que les autres objets méritaient d’être mentionnés et non la Torah? Certainement pas; l’idolâtrie des Israélites à l’époque des Juges était telle qu’elle ne pouvait laisser de trace à une « Torah » écrite de la main de Moïse. Comment pouvait-il en être autrement chez les sociétés païennes qui suivirent?

Il est aisé de comprendre, quand on sait combien les prédécesseurs de Josias étaient réfractaires au monothéisme et à la loi mosaïque, que l’expression concrète de ces deux piliers de l’anti-paganisme, autrement dit la Torah écrite de la main de Moïse, n’avait raisonnablement aucune chance de leur survivre. Il ne serait pas raisonnable en effet de croire qu’elle ait pu en réchapper, d’autant qu’elle représentait la pire des menaces à leurs pratiques et à leurs croyances.

Depuis la révélation, les Israélites ont vécu la majeure partie de leur histoire dans un paganisme qui s’en est constamment pris avec une violence inouïe à tous les symboles du monothéisme. L’histoire ne cache pas que le temple avait été dévasté et pillé à plusieurs reprises, pour être transformé en habitation pour les idoles. Comprenez donc, monsieur le curé, qu’il n’y a rien d’étonnant à ce qu’il ne soit pas resté la moindre trace de la Torah de Moïse.

La torah de l’époque de Josias ne pouvait être, par conséquent, qu’une autre déposée avec le coffre de l’alliance comme le voulait la loi.

Depuis la mort de Josias jusqu’à la déportation à Babylone, ce furent Joachaz, fils de Josias, ensuite Joaquim, puis Joakin qui se succédèrent en tant que rois de Juda. Ils firent vite de reprendre le chemin de l’idolâtrie et ne semèrent durant leurs règnes respectifs que le mal (2 Rois 23, 24). En effet, le peuple de Juda avait autant de dieux que de villes, et Jérusalem comptait autant d’autels que de rues, pour offrir des sacrifices à Baal (Jér 11. 13). Leur barbarie ne connaissait pas de limite; elle était poussée jusqu’à l’aménagement d’un lieu sacré, le Tofet, pour y brûler en sacrifices leurs fils et leurs filles (Jér 7. 31).

Père, et c’est le prophète Jérémie lui-même, dans son livre considéré par les juifs et les chrétiens comme un livre de la révélation divine, qui témoigne - voyez le vous-même - avec la plus grande franchise, de la falsification des juifs pour la Torah:

« Vous prétendez:

« Nous sommes des sages

c’est nous qui avons

la loi du Seigneur. »

Mais comment osez-vous

prétendre cela,

quand ceux qui transcrivent la loi

sont des faussaires

qui tordent son sens? » (Jér 8. 8).

Pour revenir à l’événement de la déportation, l’histoire rapporte que durant la dix-neuvième année du règne de Nabucodonozor, un de ses officiers fit son entrée dans Jérusalem, incendia le temple, le palais royal et les maisons de la ville. Les troupes Babyloniennes démolirent les murailles de la ville et la population fut déportée à Babylone. Au bout de soixante-dix ans de déportation, les Israélites furent libérés et autorisés à retourner chez eux et regagner leurs villes.

Revenus vivants de cette épreuve, ils abandonnèrent le paganisme et se tournèrent désormais vers Dieu. Néhémie raconte au huitième chapitre qu’au septième mois de l’année, les Israélites vinrent des villes où ils s’étaient installés et se rassemblèrent au premier jour du mois à Jérusalem. Ils demandèrent à Esdras, le prêtre spécialiste de la loi, d’apporter le livre de la loi que le Seigneur lui avait donné par l’intermédiaire de Moïse. Esdras l’apporta devant l’assemblée composée d’hommes, de femmes et d’enfants en âge de comprendre. En entendant la lecture de ce livre, tout le monde se mit à pleurer.

Je voudrai, cher père, attirer votre attention sur ce point précis; s’ils connaissaient la Torah, ou s’ils en avaient seulement une copie, ils n’auraient sûrement pas été aussi bouleversés en entendant cette lecture. Mais revenons plutôt à Néhémie qui raconte dans la seconde partie de son huitième chapitre, comment le jour suivant se sont rassemblés autour d’Esdras tous les chefs de famille Israélites, les prêtres et les lévites et ce, pour étudier plus profondément la Torah. Ils y découvrirent que les Israélites doivent vivre dans des huttes pendant la « fête des huttes », au septième mois. Alors les Israélites allèrent chercher des branchages pour se construire des huttes.

Je vous le demande: les prêtres ne sont-ils pas les gardiens de la Torah? N’ont-ils pas la maîtrise légitime sur la loi, du fait de leur fonction régulière? Si c’est le cas, et j’imagine bien que cela devrait l’être, pourquoi auraient-ils eu besoin d’Esdras pour la connaître? Comment pouvaient-ils ignorer aussi qu’il était écrit dans la Torah que les Ammonites et les Moabites ne seraient jamais admis dans la communauté de ceux qui adorent Dieu? Car nous voyons qu’à la lecture de cette interdiction, les Israélites décidèrent d’exclure de leur communauté tous les étrangers (Néh 13. 1-3).

En vérité, s’il existait vraiment, ne serait-ce qu’une copie de cette Torah auparavant, la fameuse interdiction aurait été, à n’en pas douter, connue de tous, même du petit peuple, puisqu’elle touchait la vie publique. Si seulement le livre d’Esdras pouvait en réchapper après cela!

Eliezer: - Et qu’a-t-il pu arriver aux Israélites et à leur Torah, après leur déportation à Babylone?

Emmanuel: - Et bien père, vous devez sûrement savoir que les livres des Maccabées, précisément les deux premiers, sont considérés par les Catholiques parmi les livres de la loi sacrée. Certes, ils ne jouissent pas de la même considération chez les Protestants; il n’en demeure pas moins qu’ils restent des livres d’histoire importants, et c’est à ce titre que nous rapportons du premier chapitre du premier livre, que lorsque l’empereur Antiochus IV envahit Jérusalem, il fit brûler l’ensemble des copies des livres sacrés sur lesquelles il a pu mettre la main. En outre, il donna l’ordre de mettre à mort toute personne découverte en possession d’un livre de ce genre, ou pratiquant un rite selon la loi mosaïque. Les persécutions étaient telles que chaque mois la population était soumise à une fouille et à un contrôle rigoureux, durant une interminable période de trois ans, ainsi qu’en témoignent les différents livres d’histoire.

Eliezer: - La catastrophe nommée Antiochus s’est produite aux alentours de cent soixante cinq ans avant le Christ, alors que la traduction Septuaginta a vu le jour environ cent dix ans avant l’invasion de Jérusalem par Antiochus, et s’est propagée aux quatre coins du monde. En admettant que l’événement ait conduit à l’anéantissement de la copie hébraïque, la sauvegarde de la copie Septuaginta compense largement.

Emmanuel: - La naissance de la version Septuaginta a eu lieu en Egypte. Et puis, d’où tenez vous qu’elle s’est propagée à travers le monde avant l’événement « Antiochus »? Je veux bien croire qu’elle a été diffusée en Egypte et en Palestine, seulement, l’armée d’Antiochus animée de toute sa haine à l’égard des livres de l’Ancien Testament a quand même occupé l’Egypte avant de s’en prendre au pays juif, et le travail d’extermination des livres de l’Ancien Testament a été nécessairement exécuté en Egypte, autant qu’il le fut par la suite en pays juif.

Quoi qu’il en soit, la version Septuaginta témoigne de manques troublants, dans le texte hébraïque et ce, à quatorze endroits, des ajouts à deux endroits et des erreurs à huit endroits. Pour ceux qui voudraient connaître le détail de ces anomalies, elles se trouvent soigneusement répertoriées et largement commentées dans la deuxième partie du livre al-houda.

Eliezer: - Insinuerais-tu que la présente Torah est entièrement différente de la Torah de Moïse, dans toutes ses paroles, son savoir, son histoire et ses lois?

Emmanuel: - Bien sur que non, père. La tradition doit bien conserver quelques principes et quelques pratiques que se transmettent les générations et hérités de la véritable Torah. Seulement, ces restes de la Torah authentiques, qui ont survécu au temps et aux événements, ont fini par se mêler aux ajouts et aux dénaturations, faisant ainsi de la lecture de la Torah une tache des plus compliquées, même si en vérité il n’est pas compliqué de reconnaître certaines situations, en l’occurrence celles dont nous pouvons exclure avec certitude l’appartenance à la vraie Torah et à la révélation divine; c’est par exemple le cas de ce qui est généralement contraire à la raison, comme nous en avons débattu précédemment.

Mais ceci ne nous rapproche toujours pas de notre chère vraie Torah, et celle que nous avons entre les mains est franchement inexploitable. Nous ne pouvons pas nous appuyer sur un seul de ses paragraphes, et il est aussi risible que choquant d’apprendre que certains auteurs tels les dénommés Hachem al-Aarabi et Gharib Ibn al-‘Adjib, contester ce qu’ils lisent dans le Coran et ce que rapporte la tradition musulmane sur l’histoire, sous prétexte que la Torah ne le confirme pas. Mais quelle Torah? Ne se rendent-ils pas compte qu’elle est truffée de défauts?

Le prêtre: - Ne t’occupe pas d’untel le missionnaire et d’untel l’écrivain. Ne te rappelle-tu pas de ceux qui ont prétendu que le Coran a cité « Qabil et Habil », et que certains ont accusé le Coran d’avoir dit qu’Aaron adorait le veau lorsque Moïse se trouvait sur la montagne? Ne te rappelle-tu pas que de soit disants penseurs ont accusé le Coran d’avoir dit que David avait pris les brebis de son frère, et qu’Abraham était païen? Ne te rappelle-tu pas que certaines personnes, pour certains intérêts, ont introduit des ajouts dans le texte de la Torah?

Emmanuel: - Concernant certaines références telles que Abd al- Massih, Jam‘iyet kitab al-hidaya, Hachem al-‘Aarabi, thamrat al- amani, rihlet al-Gharib Ibn al-‘Adjib, ainsi que d’autres tels que des missionnaires; tous ces gens là et les auteurs de ces livres porteront la responsabilité d’un crime immonde contre les deux Testaments, contre leur religion et contre tous ceux qui les ont crus. Ils s’en sont pris injustement à la religion islamique, à son prophète et à son Coran. Si seulement ils avaient agit avec l’étique qui sied aux savants, le mal aurait été moindre. En tous cas, ils auraient été bien avisés d’éviter tout cela, car la réaction ne s’est pas faite attendre, et depuis certains savants musulmans se sont spécialisés dans l’étude des livres des deux Testaments dans leur langue d’origine, leurs textes manuscrits et leurs traductions d’après les différentes éditions.

Le résultat, mon cher père, est que les hommes de savoir musulmans ne cessent de nous interpeller sur nos livres, nos écrivains et nos traducteurs.

Depuis, leurs critiques ne font que se multiplier et nous en avons énoncé, trop brièvement à mon goût, quelques unes précédemment.

Les études comparatives des musulmans sur les deux Testaments et le Coran, avec un intérêt particulier pour les sujets abordés communément par leur Livre et les nôtres, constituent une véritable humiliation pour l’ensemble de notre communauté. Notre religion a tout simplement été traînée dans la boue par ceux qui avaient la prétention d’en être les serviteurs.

Retour à l’étude des Livres

Le prêtre: - Trêve de lamentations, Emmanuel! Plutôt que de pleurnicher sur notre sort, ne crois-tu pas qu’il serait plus utile de reprendre l’étude des deux Testaments?

Eliezer: - Il faut croire qu’après l’exposé d’Emmanuel, nous ne pouvons que nous résoudre à un constat: Nous avons bel et bien perdu notre Torah. Personnellement, tout roturier et très attaché à la religion que je sois, j’ai fini par abandonner toute objection, et au bout de cette libre recherche, je sors persuadé que la présente Torah n’est pas celle de Moïse.

Emmanuel: - Père, auriez-vous quelques remords de m’avoir laissé entreprendre cette étude? Vous est-il à ce point pénible d’ouvrir les yeux sur la réalité et voir apparaître la vérité? Ou bien peut-être, seraient-ce les commentaires de monsieur le curé qui vous ont brusqué ou vexé?

Eliezer: - Mon fils, qui n’aimerait pas découvrir la vérité et se libérer de l’angoisse du mensonge, si ce n’est celui qui a renoncé à sa part de bonheur. Quant aux paroles du prêtre, elles sont loin d’avoir un effet indisposant sur l’humeur de ton père. Il serait plus équitable que ce soit moi qui reconnaisse avoir manqué de patience et usé d’un ton vexant à son égard, lorsque je l’avais trouvé lent à répondre à tes indiscrétions et satisfaite ta curiosité. Je voudrai lui renouveler ici mes excuses et lui dire comme je suis navré. Je ne me rendais pas compte que sa sagesse lui commandait une telle réserve et qu’il ne pouvait que nous laisser découvrir nous même ce que le fanatisme ne nous aurait pas permis d’accepter si nous l’avions entendu de la bouche de quelqu’un, même de la sienne. A l’évidence, cela ne nous aurait pas permis de poursuivre cette recherche. Mais par sa profonde sagesse, il a décidé de confronter notre conscience et notre intelligence, à nos penchants et nos passions. Reprend ton étude fiston, et que Dieu t’accorde sa bénédiction et te guide vers la lumière.

Le livre de Josué

Emmanuel: - Il reste encore quelque chose de la Torah qui mérite explication: Le trente quatrième chapitre du livre Deutéronome raconte la mort de Moïse et le deuil des Israélites qui dura trente jours. Je me demande qui peut bien être l’auteur de ces paroles et comment ce chapitre a pu être introduit dans la Torah qui a été révélée à… Moïse.

Monsieur le curé, l’auteur dit aussi que la tombe de Moïse reste inconnue à ce jour, ce qui montre que ceci a donc été écrit longtemps après la mort de Moïse. Nous lisons également dans le texte hébraïque: « et il l’enterra », sans mentionner qui est cette personne qui enterra Moïse et qui était donc avec lui au moment de sa mort.

Cependant, certaines traductions semblent être plus complètes que le texte d’origine; c’est le cas de la traduction française éditée en 1983 par l’Alliance Biblique Universelle, et où nous lisons: « Dieu lui-même l’enterra dans une vallée de Moab, en face de la localité de Bet-Péor, et jusqu’à ce jour, personne n’a su exactement où se trouve sa tombe. » (Deut 34. 6).

Le prêtre: - Certains attribuent l’écriture de ce chapitre à Josué, fils de Noun, alors que d’autres disent autre chose, tout cela en l’absence de la moindre preuve ou du plus petit indice. Qu’est-ce qui aurait empêché Josué de l’écrire au début du livre qui porte aujourd’hui son nom? Pourquoi a-t-on glissé ceci dans la Torah? Et enfin, a quoi peuvent nous servir toutes ces vaines approximations? Lis, Emmanuel.

Emmanuel: - J’ai lu et relu le livre de Josué, et à chaque lecture mon cœur est affligé par ces guerres atroces qui se prolongeaient dans le massacre de femmes et d’enfants, et qui ne s’achevaient que par l’extermination de toute âme dans les contrées conquises.

Le prêtre: - Ceci n’est que la loi de la Torah sur les nations vaincues.

Emmanuel: - Il me semble que nous avons déjà abordé ce sujet; d’ailleurs mon père et moi n’avons pas manqué de vous exprimer nos doutes quant à l’authenticité de cette loi. Nos consciences ne peuvent d’accommoder du fait qu’autant de brutalité, de cruauté et de barbarie puissent être décrétées par la révélation divine et enfantées pat la Torah. Tous les attributs de bonté et de miséricorde du tout puissant le refusent. Vous aussi, monsieur le curé, vous sembliez partager amplement ce point de vue. Personnellement, je me passerai bien du livre de Josué.

Le prêtre: - Fort bien. Commençons alors l’étude du livre des Juges.

Emmanuel: - Monsieur, les fondements même de notre religion reposent sur la Torah de Moïse et l’Evangile du Christ. Si nous n’accordons pas la plus grande attention à ces deux livres, je ne vois pas quel intérêt peuvent susciter les autres livres des deux Testaments.

Le prêtre: - Si tel est ton avis, Emmanuel, tu n’as qu’à commencer par l’Evangile de ton choix, bien que leur ordre d’écriture nous invite à commencer par celui de Matthieu.

Qui a écrit les Evangiles et quand?

Emmanuel: - Je voudrais savoir, monsieur: ces quatre Evangiles, existaient-il du temps du Christ?

Le prêtre: - Non Emmanuel, mais ils ont été écrit sur inspiration divine, de nombreuses années plus tard.

Emmanuel: - Mais qui a donc écrit ces Evangiles?

Le prêtre: On raconte qu’ils sont quatre hommes dont deux, en l’occurrence Matthieu et Jean, comptaient parmi les douze disciples du Christ. Quant aux deux autres, à savoir Marc et Luc, ils figuraient parmi les adeptes du Christ.

Emmanuel: - A quelle époque ont été écrits ces Evangiles?

Le prêtre: - On rapporte différentes dates pour l’écriture de l’Evangile selon Matthieu. Certains le font remonter à l’année 32, d’autres à l’année 38 et d’autres datations sont encore proposées: il s’agit des années 41, 43, 48, 61, 62, 63 et 64. L’Evangile selon Marc serait écrit entre les années 56 et 65, mais on penche plus pour l’an 60 ou 63, pendant que l’Evangile selon Luc daterait de l’année 53 ou 63 ou même 64. Enfin, différentes datations sont émises pour l’écriture de l’Evangile selon Jean: Il s’agit des années 68, 69, 70, 89 et 98, Sachant que Jésus a été crucifié, rapporte-t-on, en l’an 29.

Qui est Matthieu et qui est Jean?

Emmanuel: - Monsieur le curé, pourriez-vous nous dire qui sont Matthieu et Jean?

Le prêtre: - En ce qui concerne Matthieu, il se présente lui-même dans son Evangile, comme un employé des impôts: « Jésus partit de là et vit, en passant, un homme appelé Matthieu assis au bureau de paiement des impôts. Il lui dit: - Suis-moi! Matthieu se leva et le suivit. » (Matt 9. 9). Dans l’Evangile selon Marc, qui reprend le même texte, il est appelé Lévi, fils d’Alphée (Marc 2. 14).

Quant à Jean, fils de Zébédée, Jésus l’avait aperçu en compagnie de son frère et de son père, occupés à réparer leurs filets de pêche, à bord de leur barque. Quand Jésus les appela, Jean et son frère Jacques abandonnèrent leur barque et leur père et le suivirent (Matt 4. 21, 22; Marc 1. 19, 20). Dans l’Evangile selon Luc, ils sont présentés aussi comme les associés de Simon Pierre, alors qu’ils étaient à la pêche au lac de Génésareth (Luc 5. 10). Enfin, Jean se présente lui-même comme l’aimé de Jésus. En effet, il se nomme dans son Evangile, aux chapitres 19, 20 et 21: le disciple que Jésus aimait.

Matthieu: - Que peut-on apprendre d’autre de la vie de Matthieu et de Jean? Et que sait-on des douze disciples?

Le prêtre: - Eh bien, Matthieu et Jean faisaient justement partie de ces douze disciples, mais les Evangiles rapportent sur eux des querelles de leadership. De vives discussions se sont déroulées entre eux, pour déterminer lequel des douze devait être considéré comme le plus grand après Jésus et ce, après que Jésus lui-même leur eut annoncé qu’il allait être trahit par l’un d’entre eux, et qu’il allait bientôt les quitter. D’autre part, il leur reprocha leur attitude motivée par les intérêts étroits d’ici bas (Luc 22. 21-34), au même titre qu’il lui arriva de les blâmer pour leur manque de foi (Matt 16. 8; Marc 4. 40), leur disant que leur foi n’était pas plus grosse qu’un grain de moutarde (Matt 17. 20).

L’Evangile ne manque pas de déplorer l’étroitesse de leurs esprits, les traitant de spirituellement imperméables aux miracles dont ils étaient les témoins (Marc 6. 52), au point où ils abandonnèrent tous Jésus, la nuit où les juifs étaient venus l’arrêter (Matt 26. 56; Jean 16. 32), et c’est Jésus lui-même qui les avait informés qu’ils le feraient (Matt 26. 31). Durant cette triste nuit, en effet, il leur demanda de veiller avec lui, mais ils ne purent s’empêcher de dormir et le laisser seul, en proie à la tristesse et l’angoisse. Il les réveilla à plusieurs reprises en leur reprochant leur comportement, mais rien n’y fit, et quand vint le moment de son arrestation, tous se dispersèrent et l’abandonnèrent à son sort (Matt 26. 38-56).

Sache Emmanuel, que lorsque les femmes revenues du tombeau informèrent les apôtres que le Christ avait ressuscité, « les apôtres pensèrent que ce qu’elles racontaient était absurde et ils ne les crurent pas » (Luc 24. 11). C’est tellement vrai que le Christ les blâma et « leur reprocha de manquer de foi et d’avoir le cœur si dur qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu vivant » (Marc 16. 14).

Bien que toutes les voies de la foi leur étaient ouvertes, que le Christ, leur prophète et envoyé de Dieu, vivait parmi eux et qu’il les avaient bien informés de ce qu’il allait subir, mais qu’il reviendrait à la vie (Matt 16. 21; 17. 23; 20. 19; 26. 32), il n’empêche que telle fut la malheureuse situation des disciples. Les paroles de Jésus sur sa résurrection se retrouvent plusieurs fois dans les quatre Evangiles, si bien que même les juifs en étaient informés et en craignaient les conséquences (Matt 27.63), alors que ses propres disciples les avaient oubliées. N’est-ce pas décevant!?

Eliezer: - Jusqu’à ce moment précis, l’idée que l’entourage de Jésus et plus particulièrement ses disciples puissent sombrer dans une telle décadence morale, ne pouvait même pas m’effleurer l’esprit.

Emmanuel: - Mon pauvre père, vous devez bien savoir que Juda Iscariote était l’un des douze disciples. C’est lui qui tenait la bourse pour Jésus (Jean 12. 13) et en profitait pour voler l’argent destiné aux pauvres (Jean 12. 6). C’est également lui qui a trahit Jésus en le livrant à ses ennemis. Il a vendu le noble sang de Jésus pour quelques pièces d’argent, ainsi qu’en témoignent les quatre Evangiles et le début du livre Actes des Apôtres.

Quant à Saint Pierre, il en était même arrivé à gronder Jésus et à lui faire des reproches. « Mais Jésus se retourna et dit à Pierre: - Va-t’en loin de moi Satan! Tu es un obstacle sur ma route, car tu ne penses pas comme Dieu, mais comme les hommes » (Matt 16. 23).

L’Evangile rapporte bien plus que cela sur Saint Pierre à qui Jésus annonça: « Je te le déclare, c’est la vérité: cette nuit même, avant que le coq chante, tu auras affirmé trois fois que tu ne me connais pas » (Matt 26. 34). Peu de temps après, au courant de la même nuit et avant même que le coq chante, il le renia effectivement à trois reprises, en jurant qu’il ne le connaissais pas (Matt 26. 69-75). Et dire qu’il avait promis à Jésus de ne pas le renier, même au prix de sa vie (Matt 26. 35).

Eliezer: - Ce que j’entends sur les plus proches disciples du Christ me choque et me rempli de tristesse. Comment après cela, pouvons nous continuer à leur faire confiance pour notre religion? Cela ferait de nous, à n’en pas douter, la risée du monde.

Le prêtre: - Doucement, Eliezer. Les Evangiles rapportent tout de même que le Christ, quand il fut revenu à la vie, chargea ses disciples d’aller enseigner à toutes les nations ce qu’il leur avait appris (Matt 28. 19-20; Marc 16. 15; Jean 20. 21), et que le jour de la pentecôte, ils furent remplis du Saint Esprit (Act 1, 2).

Eliezer: - Vous m’en direz tant! Ces Evangiles qui chantent les louanges des disciples, ne sont-ils pas les mêmes qui ont calomnié Jésus en lui attribuant des déclarations sur la multiplicité des dieux? Permettez-moi de vous rappeler que nous en avons déjà parlé.