AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)
 
Retour au mystère de la rédemption

Le prêtre: - Que dirais-tu, Emmanuel, de revenir à notre question sur le mystère de la rédemption? Et vous Eliezer, je vous conseille de bien écouter.

Emmanuel: - Les notes disent que Dieu le très saint ne peut omettre de châtier le pécheur par le feu de l’enfer et pour l’éternité. Alors oublions toutes nos objections passées à ce propos, mais disons quand même ceci:

Dieu le très saint, a horreur du péché. Ceci étant, comment a-t-il pu contourner l’exigence de punir le pécheur en se transformant lui-même en rédempteur et ce, pour satisfaire sa propre justice et sa sainteté, comme ils l’affirment? Pour quelle raison Dieu aurait-il fait cette affreuse concession?

Maintenant monsieur, admettons que le Christ rédempteur est bien mort et descendu en enfer comme c’est écrit dans le livre salat al- Protistant (la prière des protestants); mais qu’est ce que cela peut représenter à côté de la stricte application de la justice divine aux pécheurs du monde entier, leur châtiment par la mort et leur envoi en enfer pour l’éternité? Ce peut-il que l’intransigeance de la justice divine se soit faite berner de façon aussi terrible? Dites moi monsieur le curé, n’y avait-il parmi les anges et les soldats célestes quelqu’un qui connaissait les rudiments du calcul et de l’analyse, pour attirer l’attention de la justice divine et l’informer sur les dangers de cette concession illimitée, inacceptable pour la raison et pour le bon sens, et que par conséquent, il ne fallait pas se laisser duper?

Monsieur, faisons comme si vous étiez dans le rôle de la justice divine, pendant que moi je serai dans celui de la miséricorde divine. Supposons maintenant que, devant le tribunal de la raison et de la conscience, d’un côté, vous, la justice divine qui êtes tenue par le châtiment du pécheur, qui se traduit par sa mort et son envoi en enfer pour l’éternité, sachant que vous ne pouvez vous permettre la moindre négligence à ce sujet. De l’autre côté, moi, la miséricorde divine qui s’adresse à vous, et vous dit:

- Admettons que je ne me mêle pas de ta fonction et que je ne m’oppose pas au fait que tu enfreignes ta propre loi. Je ne te demanderai pas comment tu t’es détachée de l’obligation de châtier le pécheur, ni qui t’en a détachée. Je ne te demanderai pas de me dire ce qui t’a amenée à faire cette concession, à travers laquelle se brouillent tous les comptes, et je ne te demanderai pas: Justice de Dieu le très saint, comment as-tu fait pour faire porter un être si pieux, le châtiment d’ordinaire réservé au pécheur?

Mais je te parlerai au nom des fonctions de la miséricorde divine et je te ferai remarquer que le Christ que tu as donné comme rançon, pour le rachat de tous les fautifs, et qui a subi le châtiment, a été chagriné et a pleuré. Il a été affligé, déçu et s’est étonné. En outre, il s’est affaibli et a renoncé à ce châtiment. Il a prié Dieu et l’a supplié d’avoir pitié de lui, l’implorant de le dispenser de cette coupe de douleur et de cette heure de souffrance. J’en veux pour preuve la franchise des saints Evangiles (Matt 26. 38-39; Marc 14. 35-36; Luc 22. 41-42).

Toi, la justice divine, si tu as fait des concessions dans ta fonction ou si tu es allée outre ta propre loi, moi la miséricorde divine, je ne ferai pas de concession sur ma fonction sacrée et je ne porterai pas la responsabilité de cet acte. Et si je ne vole pas au secours du Christ le Pieux durant sa tristesse, ses pleurs et sa renonciation au châtiment, quelles traces pourra-t-il subsister de ma fonction?

Eliezer: - Monsieur le curé, je veux bien jouer le rôle du représentant volontaire de la justice divine et m’adresser à nos religieux pour leur demander: Pourquoi associez-vous à la justice divine l’image de la tyrannie humaine et sa barbarie? Nous excusons vos saintetés d’avoir été inattentives à des choses pourtant évidentes pour la raison et la conscience, et parmi les quelles je citerai les précédents questionnements de mon fils Emmanuel. Parmi ces choses également, l’incompatibilité du sens réel de la justice avec le tableau que vous en dressez. Autre chose à retenir: ce que vous rapportez au sujet de Dieu est en totale contradiction avec sa sainteté et sa grandeur.

Je dirai que ce que vous sous-entendez à son propos ne peut émaner que de la bouche d’un tyran amoureux du péché, appelant à la liberté des coupables vautrés dans le vice, puis les rassurant quant à leur sort, puisque le fardeau de leurs péchés sera porté par le pieux innocent.

C’est ainsi que je vois ce tyran, à la voix chargée de passion et de convoitise, présenter ses félicitations aux adorateurs du péché, pour la rédemption dont ils sont gratifiés et les encourager à persévérer dans leurs désirs et leur injustice.

Cependant messieurs les spiritualistes, ce que nous ne vous pardonnerons pas, c’est bien votre négligence pour ce qui est maintes fois répété dans nos livres saints:

N’est-il pas répété avec insistance dans le dix-huitième chapitre du livre d’Ezékiel et dans le plus clair des langages, que c’est le coupable qui doit mourir, que Dieu traite chacun selon ses actes, récompensant l’homme de bien pour son bien et punissant le méchant pour sa méchanceté, sans favoritisme, aucun, tel que le précise également le treizième verset du Psaume 62: « Seigneur, car tu traites chaque homme selon ce qu’il a fait. ».

C’est ce que nous comprenons aussi en parcourant les chapitres 17 et 32 du livre de Jérémie, les chapitres 7 et 33 du livre d’Ezékiel, et je peux citer de nombreuses autres références: le seizième chapitre de l’Evangile selon Matthieu, le deuxième chapitre de la Lettre aux Romains, le cinquième chapitre de la Deuxième Lettre aux Corinthiens, le sixième chapitre de la Lettre aux Ephésiens, le troisième chapitre de la Lettre aux Colossiens, le premier chapitre de la Première Lettre de Pierre.

Le prêtre: - Quelle instruction! Eliezer, vous m’impressionnez. Décidemment, je reste admiratif devant une telle connaissance du contenu de nos livres saints. On peu dire que vous avez bien caché votre jeu. Cependant, je vous conseillerai de ne pas parler avec emportement, si vous tenez à garder l’esprit clair et à rester sur le chemin qui vous conduira à la vérité.

Emmanuel: - Avec votre permission, j’aurai aussi quelque chose à dire, même si ce n’est en fin de compte qu’une répétition. Je m’en veux de remuer le couteau dans la plaie, mais le chemin de la vérité est parsemé de difficultés et impose de les supporter avec patience.

Bref, vous disiez monsieur le curé, que les spiritualistes chrétiens affirment que le Christ est la parole éternelle, laquelle est à son tour Dieu, pendant que le Christ, qui est le fils de Dieu est aussi l’hypostase de Dieu, et qui est lui-même Dieu. Le Christ est donc la parole éternelle incarnée, en même temps qu’il est Dieu qui a revêtu ce corps.

Monsieur, ceci nous amène à un constat sur la question de la rédemption; c’est que Dieu le juste, le très saint abhorre le péché et condamne les pécheurs à la mort et au feu de l’enfer pour l’éternité. Pourtant, la logique de la rédemption veut qu’il se soit substitué au coupable pour subir la sentence et qu’il a supporté dans son corps le châtiment réservé au fautif et ce, pendant une heure ou trois jours.

Excusez-moi, mais si un humain s’était conduit de la sorte, ne l’aurions nous pas qualifié de stupide? Imaginons une rébellion d’esclaves qui tuent et violent pendant leur insurrection. Leur maître, bien qu’ayant le pouvoir de les punir, sort parmi les gens et leur dit: - Je suis juste et saint et ma justice exige que le coupable soit puni sévèrement et il est exclu que je fasse preuve d’indulgence envers lui; comment le pourrai-je, moi qui suis saint et juste? Puis il lève la main et se frappe lui même en disant: - Ainsi, ma justice est satisfaite; elle a touché son dû et je me suis acquitté de la dette des coupables.

Notez que le maître, grâce à cette astuce, a racheté ses esclaves de la malédiction de la loi de l’honneur et de la réparation, puisqu’il est devenu maudit à leur place. Oh criminels de tous bords, sévissez tant que vous voudrez, Vous êtes déjà pardonnés!

Monsieur le curé, iriez-vous jusqu’à féliciter cet homme, en lui disant: Un grand bravo à votre sainteté et à votre justice, ainsi qu’à votre haine pour le péché, et mille bravo à votre sagesse! Est-ce que quelqu’un peut lui dire une telle chose?

Le prêtre: - Mon petit Emmanuel, tu t’accables tellement pour notre Seigneur Jésus-Christ et c’est tout à ton honneur. Mais tu ne devrais pas parler avec autant de virulence. Sache que nos spiritualistes déclarent qu’au jour du jugement dernier, aucun défaut ne sera relevé sur le Christ, pendant que sa bienfaisance et sa charité nous seront attribuées, du fait de notre foi en lui. Sache également que le Christ a préservé la loi et que sa préservation nous sera attribuée aussi par notre foi en Jésus-Christ. Dieu sera alors juste dans notre acquittement et en nous conformant à ses prescriptions, car sa justice aura obtenu son dû.

Emmanuel: - Il m’est arrivé de lire ces paroles dans le quatrième volume, page 280 du livre de Jam‘iyet kitab al-hidaya, édité sous le patronage des missionnaires Américains. Mais monsieur le curé, le Christ ne nous a-t-il pas ordonné de préserver la loi mosaïque? C’est pourtant bien ce que je lis dans l’Evangile (Matt 5. 17): « Ne pensez pas que je sois venu pour supprimer la loi de Moïse et l’enseignement des prophètes. Je ne suis pas venu pour les supprimer mais pour leur donner leur véritable sens. Je vous le déclare, c’est la vérité: aussi longtemps que le ciel et la terre dureront, ni la plus petite lettre, ni le plus petit détail de la loi ne seront supprimés, et cela jusqu’à la fin de toutes choses. C’est pourquoi, celui qui désobéit même au plus petit des commandements et enseigne aux autres à agir ainsi, sera le plus petit dans le royaume des cieux. Mais celui qui obéit à la loi et enseigne aux autres à agir ainsi, sera grand dans la royaume des cieux.»

Au début du vingt troisième chapitre, il rappelle aux foules et à ses disciples la nécessité d’apprendre et d’appliquer la loi de Moïse: « Les maîtres de la loi et les Pharisiens, dit-il, sont chargés d’expliquer la loi de Moïse. Vous devez donc leur obéir et accomplir tout ce qu’ils vous disent. »

Quelque chose m’échappe monsieur le curé; Si nous avons négligé la loi malgré l’insistance du Christ pour que nous la préservions, j’ai peine à comprendre comment les efforts du Christ pour la préservation de la loi peuvent nous être attribués, à nous aussi. Selon quelle logique voulez vous que nous soit attribuée la bonté du Christ, en dépit de notre flagrante désobéissance à ses ordres et par conséquent à ceux de Dieu, en nous détournant de la loi?

Admettons que Dieu nous pardonne notre désobéissance et notre abandon pour la loi. En quoi ceci fera-t-il de nous des pieux, des justes et des bienfaisants, et comment appliquer cette situation selon les normes préconisées par la justice divine qui elle, est basée sur une logique toute contraire à celle-ci? Non seulement, mais comment peut-on la situer par rapport à la raison?

Obtenir le pardon de Dieu est une chose, et heureusement qu’il existe, mais se voir attribuer en plus le qualificatif de pieux pour n’avoir pas été obéissant à la loi divine, cela semble quelque peu fausser les repères de la justice et de la miséricorde divines. Cela choque tout simplement le bon sens et personnellement je trouve cela difficile à concevoir, d’autant que les livres de l’Ancien Testament (Exode 34, Nombres 14, Nahoum 1) rapportent que Dieu supporte les péchés, les désobéissances et les fautes, mais ne tient pas les coupables pour innocents.

Quand Emmanuel eut fini de parler, Eliezer se tourna vers le prêtre. Il lui trouva un air grave. En effet, celui-ci se tenait tête baissée et les traits de l’inquiétude et du chagrin transparaissaient sur son visage. Le regard fixé sur le sol et l’air abattu, il lâcha: - Que voulez-vous que je vous dise!

L’état pitoyable du prêtre rendit Eliezer compatissant, si bien qu’il voulut lui remonter le moral et lui décharger l’esprit de toutes ces affaires graves; il lui demanda: - Monsieur le curé, me permettriez vous de changer de sujet, histoire de nous distraire un peu?

Le prêtre: - Je vous en prie Eliezer; faites donc.

Eliezer: - Il m’est arrivé d’assister à une fête chez les musulmans, durant le mois de Ramadhan, le mois pendant lequel ils observent le jeûne. Ce jour là, un homme à l’allure respectable arriva, prit place et commença à instruire les gens sur le licite et l’illicite, d’abord sur les lois régissant au commerce, ensuite il se mit à parler des bonnes mœurs et de la nécessité de les adopter, puis parla de l’immoralité et de la souillure qu’elle représente. Il insista beaucoup sur l’incitation au bien et l’interdiction du mal. Il aborda également les vertus du jeûne et ses bienfaits, ainsi que les conditions morales et légales de son acceptation.

Petit à petit, la discussion se transforma en véritable assemblée où sont passés en revue les différents aspects de l’insoumission à la loi islamique et des pièges que tend constamment le diable dans ce but.

Soudain, un homme prit la parole pour rapporter les événements d’une histoire tout à fait singulière. Il raconta qu’un jour, un voyageur arriva au cours du mois de Ramadhan dans une bourgade situé sur les frontières d’un pays musulman, dont les habitants n’avaient plus de musulman que le nom. Ils usaient tellement de fraude vis-à-vis de la loi islamique, que celle-ci n’y avait plus droit de cité. Ainsi, notre voyageur constata que la population, non seulement n’observait point le jeûne sacré du mois de Ramadhan, mais mangeaient et buvaient publiquement, sans la moindre gène. Ne croyant pas ses yeux, il voulut en avoir le cœur net et leur demanda:

- Etes-vous musulmans? Ils répondirent que oui. – sommes nous au mois de Ramadhan, voulut-il confirmer? Ils répondirent également par l’affirmative. – Qu’avez-vous tous à ne pas jeûner, insista-t-il visiblement intrigué? Ils lui répondirent: - Nous sommes des musulmans, obéissants aux ordres de Dieu et à la loi divine, mais c’est notre cheikh et guide qui jeûne à notre place à tous et s’acquitte pour nous de nos obligations vis-à-vis de notre religion.

Le voyageur ne pouvant apparemment pas se contenter de ce qu’il venait d’entendre, il voulut voir de plus prés cette histoire burlesque et pour le moins étrange et demanda à rencontrer le grand guide. On lui indiqua l’adresse du cheikh, mais comme il était déjà tard, il ne lui rendit visite que le lendemain.

Ce matin là, monsieur le guide était assis, entrain de manger avec une avidité déconcertante toutes sortes de friandises que lui offraient les gens agglutinés autour de lui. Le voyageur le salua et lui demanda s’il était bien le guide de la bourgade. Il répondit que oui et quand le voyageur lui demanda s’il était en jeûne à la place de tous ses concitoyens, il répondit également par oui. Très contrarié, notre voyageur voulut savoir: - Alors comment se fait-il que tu te nourrisse en plein jour de Ramadhan? Cette fois, le cheikh lui répondit: - Vous alors, vous êtes étonnant! Ne trouvez-vous pas que le rédempteur jeûnant à la place de dix mille personnes ne peut se suffire de mille repas par jour? Alors comment pouvez-vous me reprocher de prendre un ou deux misérables petits repas dans la journée?

Monsieur le curé, après que j’eu bien ri ainsi que tous les présents, j’ai réfléchi et je me suis dit que je serai bien embarrassé si les musulmans me disaient: - Eliezer, cette rédemption est tout à fait comme la votre. Et ils auraient bien raison, monsieur, car je n’aurai rien trouvé à leur répondre.

Emmanuel: - Que pouvez-vous bien leur dire, cher père? Admettons qu’ils fassent abstraction de l’absurde thèse de la rédemption et de ce que vous avez découvert vous-même de saugrenu à son sujet, notamment à travers les dires de nos spiritualistes. Seulement, que pourriez vous répondre s’ils vous disaient: - les livres que vous sanctifiez ne révèlent aucune trace de cette prétendue rédemption, que ce soit à l’époque de Jésus ou même plus d’une vingtaine d’années postérieurement à l’événement de la croix?

Que pourriez-vous répondre s’ils vous disaient que tous les croyants en le Christ respectaient la législation déjà établie et appliquaient la loi de la Torah.

Ils pourraient vous dire également, cher père, que ce n’est que plus tard, qu’est apparue l’hérésie de la rédemption et que s’est produit l’abandon de la loi mosaïque, à une date inconnue que vos livres font remonter aux disciples de Jésus et Paul, soit vingt ans ou plus, après Jésus Christ.

Le Nouveau Testament ou l’abrogation de l’Ancien Testament

La loi de Moïse n’a pas été abandonnée uniquement par l’introduction du principe de la rédemption, car les lois de la Torah ont été narguées, sinon passées en dérision à plusieurs occasions.

A titre d’exemple, au dixième chapitre du livre Actes des apôtres, on nous apprend que Pierre, alors qu’il se trouvait sur le toit en terrasse de la maison pour prier, et qu’il avait faim, il eut une vision lui montrant tous les animaux déclarés par la Torah interdits et impurs. Dans cette vision, une sorte de grande nappe tenue aux quatre coins, descendait du ciel et dedans, il y avait toutes sortes d’animaux. Une voix lui dit: - Lève-toi, Pierre, tue et mange! Pierre répondit qu’il n’avait jamais rien mangé d’interdit ni d’impur. Mais la voix lui commanda: - Ne considère pas comme impur ce que Dieu a déclaré pur.

Notons que cette déclaration de pureté pour ces animaux n’a pas été faite au titre de l’abrogation d’une loi de la Torah, mais en témoignage de leur pureté chez Dieu, et que leur impureté déclarée dans la Torah a été le fait de l’homme qui a agit contre la volonté divine.

Au quinzième chapitre, toujours dans le même livre, c’est la circoncision pourtant imposée par la loi de Moïse, qui a fait l’objet d’un examen par les apôtres et les anciens. Durant cette discussion, pierre considéra la circoncision comme un fardeau imposé aux croyants et que ni leurs ancêtres ni eux-mêmes n’ont pu le porter. De son côté, Jacques estimait qu’on ne devait pas créer de difficultés à ceux, non juifs, qui se tournent vers Dieu.

Ainsi, il apparaît clair que l’abolition de la circoncision, et par conséquent, la loi de Moïse, a été rendue nécessaire par la perspective d’encourager et de faciliter l’intégration des nouveaux croyants, la circoncision n’étant à leurs yeux qu’une contrainte et une entrave à la conversion. C’est pourquoi, il a été décidé l’envoi d’émissaires aux nations concernées, pour les informer qu’aucun « fardeau » ne leur sera imposé, en dehors des devoirs indispensables résumés en ceci:

- ne pas manger de sang; - ne pas manger de chair d’animaux étouffés; - se garder de l’immoralité.

A propos du principe de pureté, bien des nouveautés nous parviennent par le biais du Nouveau Testament. C’est ainsi que Paul, dans le quatorzième verset du quatorzième chapitre de sa Lettre adressée aux Romains, leur dit: « Je sais de façon tout à fait certaine que rien n’est impur en soi. Mais si quelqu'un pense qu’une chose est impure, elle devient impure pour lui. »

Nous retrouvons un autre exemple traitant du même sujet, cette fois dans Lettre à Tite (1. 14): « Qu’ils ne s’attachent plus à des légendes juives et à des commandements dus à des hommes qui se sont détournés de la vérité. Tout est pur pour ceux qui sont purs; mais rien n’est pur pour ceux qui sont impurs et incroyants. »

Nous lisons encore dans Lettre aux Colossiens (2. 16): « Ne laissez personne porter des jugements sur ce que vous mangez ou buvez, ou au sujet de l’observance des jours de fête, de la nouvelle lune ou du sabbat ». Ensuite, un peu plus loin (2. 20-22): « Pourquoi acceptez-vous qu’on vous impose des règles de ce genre: - Ne prends pas ceci, ne goûte pas cela, n’y touche pas? Elles concernent des choses destinées à disparaître dés qu’on en fait usage. Il s’agit là de règles et d’enseignements dus aux hommes. »

Dans Lettre aux Galates, Paul incitait de façon virulente à se détourner des lois de la Torah, à l’exemple de ce que rapporte le quatrième chapitre (9-11): « Comment est-il possible que vous retourniez à ces faibles et misérables forces spirituelles? Comment est-il encore possible que vous vouliez redevenir leurs esclaves? Vous attachez une telle importance à certains jours, à certains mois, certaines saisons et certaines années. J’ai peur à votre sujet: tout le travail que j’ai accompli pour vous serait-il inutile? »

Décidément, la Torah n’en finit pas d’être dénigrée et c’est encore le cas dans Lettre aux Hébreux (7. 18-19): « Ainsi, l’ancienne règle a été supprimée, parce qu’elle était faible et inutile. La loi de Moïse, en effet, n’a rien amené à la perfection. Mais une espérance meilleure a été introduite grâce à la quelle nous nous approchons de Dieu.» Puis, au huitième chapitre (6-7): « Jésus a été chargé d’un service bien supérieur au leur, car il est l’intermédiaire d’une alliance bien meilleure, fondée sur de meilleures promesses. Si la première alliance avait été sans défaut, il n’aurait pas été nécessaire de la remplacer par une seconde. »

Pourtant, à bien regarder, la croyance du Christianisme est que la Torah en usage est la parole de Dieu, exprimée à travers sa révélation à Moïse; Que les psaumes sont la révélation de Dieu à son prophète David et que les autres livres de l’Ancien Testament sont au même titre, la révélation de Dieu à ses nobles prophètes.

Précédant dans ce contexte, l’Ancien Testament abonde dans la défense, sinon dans l’apologie de la Torah, comme le montrent les exemples suivants:

Le livre Lévitique rapporte au cinquième verset du dix-huitième chapitre, parmi les prescriptions de Dieu aux Israélites: « Observez donc mes lois et mes règles: Celui qui les met en pratique vivra par elles. »

Ailleurs, nous lisons: « La loi du Seigneur est parfaite » (Ps 19. 8). Le même message est transmis à travers le psaume 119, verset 142: « Le droit que tu as établi est éternel, et ta loi immuable.», Ainsi qu’au verset 144: « Tes ordres constituent un droit éternel », puis au verset 160: « Avant tout ta parole est vérité, et toutes tes justes décisions sont valables pour toujours. »

Ezékiel n’est pas en reste, puisque lui aussi rapporte les paroles de Dieu à ce propos (20. 11): « Je leur enseignai les règles et les lois que j’ai établies pour que tous ceux qui les pratiquent puissent vivre. »

Le dernier livre de l’Ancien Testament, celui de Malachie, appelle encore au respect de la loi (3. 22): « Souvenez-vous de ce que mon serviteur Moïse a enseigné, observez les règles et les lois que je lui ai données sur le mont Horeb pour tout le peuple d’Israël. »

Concernant le Nouveau Testament, c’est par la voix du Christ lui-même qu’il s’exprime pour défendre la Torah:

L’Evangile selon Matthieu en témoigne en rapportant l’enseignement de Jésus au sujet de la loi (5. 17): « Ne pensez pas que je sois venu pour supprimer la loi de Moïse et l’enseignement des prophètes. Je ne suis pas venu pour les supprimer mais pour leur donner leur véritable sens. » Plus loin, il insiste dans un ton plus ferme (5. 19): « C’est pourquoi, celui qui désobéit même au plus petit des commandements et enseigne aux autres à agir ainsi, sera le plus petit dans le Royaume des cieux. Mais celui qui obéit à la loi et enseigne aux autres à agir ainsi, sera grand dans le Royaume des cieux. »

Au vingt-troisième chapitre du même Evangile (2-3), le Christ en s’adressant aux foules et à ses disciples, les exhorte à accomplir tout ce que disent les maîtres de la loi et les Pharisiens, qui sont chargés d’expliquer la loi de Moïse.

- Dites-moi, père, que pouvons-nous faire maintenant que nous-nous retrouvons devant autant de contradictions et de persistance, qui creusent ce profond fossé entre le camp de l’Ancien Testament et l’Evangile d’un côté, et de l’autre, celui des Lettres attribuées aux apôtres?

Comment sommes-nous sensés réagir à l’abandon du Nouveau Testament pour la loi mosaïque, et à tout le mépris qu’il a témoigné à son égard. Je ne parle pas de la supercherie qui fait du Christ notre rédempteur, et qui pour nous sauver, devient maudit à notre place. Doit-on s’inspirer de cette affreuse tromperie et nous consoler en disant: Le Christ est la parole éternelle, laquelle est Dieu pendant que le Christ est l’hypostase de Dieu en même temps qu’il est Dieu incarné, et lui et Dieu ne font qu’un.

Certains seraient tentés de trouver une solution à ce problème dans ce qu’ils liraient dans la lettre de Abd al-Massih et dans les articles de Georges Sale, qui trouvent ni plus ni moins que Dieu a été indulgent avec les juifs en leur dictant des lois inappropriées et des obligations par les quelles ils ne vivront pas.

Voila donc des paroles qui constituent une réponse toute faite au livre d’Ezékiel, aux psaumes et au livre de Malachie, et un démenti à leur glorification pour les lois de la Torah.

Mais ce n’est pas tout, car voici Luther, le réformateur Protestant qui ira jusqu’à déclarer: « Les enseignants du péché nous harcèlent avec leur Moïse. Nous ne voulons pas entendre parler de Moïse, car il a tout donné aux juifs et ne nous a rien donné à nous les chrétiens. Alors, ils ont beau essayé de nous intimider avec Moïse, nous ne les craignons pas, puisque nous avons notre Evangile.» Ces paroles de Luther ont été rapportées dans la troisième partie du livre al-hidaya, à la page 109.

Les remontrances du prêtre

Le prêtre: - Emmanuel, jusque là, tu as toujours mené ta recherche dans l’impartialité et le respect des règles de l’enquête. Pourquoi prends-tu soudain le chemin des pécheurs? Celui qui veut avoir la prétention de fouiller dans les replis d’une religion et y mener sa recherche de façon honnête, a le devoir moral et scientifique de s’en tenir à ce qui est conventionnel chez l’ensemble des pratiquants de cette religion.

Sache qu’il est honteux et immoral pour un homme sensé être loyal et de bonne foi, d’argumenter contre une religion, en s’appuyant sur les dires d’une seule personne parmi toutes celles appartenant à cette religion là. Alors Emmanuel, pourquoi évoquer Abd Al Massih, Sale, ou même Luther? Tu as tout à fait le droit de les confronter avec leurs propres thèses, mais rien ne t’autorise à rendre la religion responsable de leurs opinions.

Ne vas surtout pas ressembler à des gens de l’espèce de Gharib Ibn ‘Adjib, auteur de ar-rihla al-hidjazia; Quand celui-ci a trouvé à redire sur la religion de l’Islam, il n’a pas trouvé mieux que de se servir des récits de certains individus qui ne jouissent d’aucune considération dans les milieux savants de la société islamique. Le voila donc qui cite en référence al-Azraqi, Ibn Djarih, Moudjahid, Nafi‘, Ibn Ishaq, Ibn al-Ward, puis se perd dans son raisonnement, sans aboutir à une conclusion quelconque, au point où son argumentation s’avère être sans aucun appui.

Mon cher Emmanuel, Si tu aspire à devenir un grand chercheur et être connu pour la noblesse de ton discours, n’argumente contre les religions, quelles qu’elles soient, que par la voie des thèses en usage dans les sociétés concernées. Et si j’ai un conseil à te donner dans l’immédiat, mon enfant, ce serait surtout de t’abstenir de polémiquer avec l’université chrétienne, en ayant recours à des noms tels que Luther, Abd al-Massih, ou Sale. Ce serait faire preuve de faiblesse et de démesure.

Emmanuel: - Je vous demande pardon, monsieur; il n’était nullement dans mon intention de me servir des méthodes de ces gens là. J’ai seulement voulu mettre le doigt sur le degré de rabaissement de la loi mosaïque et souligner tout le mépris dont elle a fait l’objet dans notre Nouveau Testament et c’était surtout en faisant référence aux livres tels que Actes des apôtres, ou même les Lettres attribuées à Paul. D’ailleurs, certains de nos religieux en ont fait largement usage, ce qui nous a fait plonger dans de grandes contradictions.

Maintenant, je vous le demande: dois-je dire que la loi de Moïse est celle de Dieu et que ses commandements sont bons, qu’elle est juste et complète, qu’elle représente le droit chemin vers la paix et la vie, que celui qui lui obéit sera grand dans le Royaume des cieux et celui qui lui désobéit sera le plus petit dans le Royaume de cieux?

Le prêtre: - Oui Emmanuel, c’est le plus raisonnable, ainsi que le montrent d’ailleurs la Torah, l’Evangile, les psaumes, le livre d’Ezékiel et le livre de Nahoum.

Emmanuel: - Mais alors, monsieur, que doit-je faire des Actes des apôtres et des Lettres de Paul? Ces livres s’acharnent à vouloir abolir les lois de la Torah, à force de les dénigrer, de les diminuer et de les traiter de légendes juives vouées à la disparition.

Le prêtre: - Emmanuel, ne donne pas d’importance à ces paroles.

Emmanuel: -Monsieur le curé, comment ne pas donner d’importance aux paroles de livres tels que Actes des apôtres et les Lettres de Paul, alors que la religion chrétienne et son université les considèrent comme des livres de révélation divine, et ne devant faire l’objet d’aucun soupçon. En dépit de l’attachement du Christ à la loi et ses orientations à son sujet dans l’Evangile, tous les chrétiens l’ont abandonnée et ont préféré suivre les instructions de Paul pour son annulation. J’en veux encore pour preuve l’affirmation des chrétiens disant que le Christ les a sauvés de la malédiction de l’ancienne loi, en devenant malédiction à leur place.

Le prêtre: -Emmanuel, tu étais en train de lire tranquillement la Torah; qu’est-ce qui t’a pris de bondir soudain vers le Nouveau Testament?

Emmanuel: - Vous dites, monsieur, que le Livre rapporte la révélation divine selon laquelle le Christ se serait sacrifié pour nous sauver de la malédiction de la loi, en devenant lui-même malédiction, car il est écrit: Maudit soit celui qui est pendu à une planche. Après tout ceci, je ne comprends pas que vous trouviez encore le moyen de me critiquer, quand je demande des explications sur quelques unes de ces paroles.

Le prêtre: - Mon jeune ami, ton père et toi avez levé le voile qui dissimulait un grand problème et vous avez découvert la supercherie; cela ne vous suffit-t-il pas?

Emmanuel: - Pourquoi ne dites-vous pas simplement ce que vous en savez et calmer notre angoisse une bonne fois pour toutes?

Le prêtre: - Mon cher petit, un fruit n’est bon à manger que lorsqu’il est bien mûr. Retournons à la Torah maintenant, il est grand temps que

tu reprennes ta leçon.

La Torah ignore le jour du jugement

Nous avons exploré tous les recoins de la Torah. C’est un livre volumineux dans lequel foisonnent les longs discours sur des sujets très divers. Même des sujets qui ne servent nullement l’amélioration de la condition humaine y sont abordés. En effet, des questions indignes des livres sacrés ont fait dans la Torah l’objet d’explications longues et choquantes. C’est dans ce même ordre d’idées qu’elle s’étale dans des absurdités sur le soit disant inceste de Lot avec ses filles. La torah nous apprend aussi comment Jacob avait manipulé son père Isaac en lui mentant à plusieurs reprises, dans le but d’obtenir sa bénédiction. Vous voyez que la Torah ne tarit pas de scandales pour souiller l’honneur et la sainteté des prophètes. C’est pourquoi, il ne faut pas s’étonner si elle se plait à nous rapporter le viol de Dina, fille de Jacob, par Sichem, fils de Hamor; Idem si elle se perd dans les détails de l’adultère de Juda, fils de Jacob, avec sa belle sœur Tamar. Décidemment, la Torah ne manque pas de ces petites histoires, toutes aussi croustillantes, les unes que les autres. Pour notre part, nous nous contenterons de ces quelques exemples, car leur inventaire dépasserait le cadre de notre recherche.

Mais monsieur, si la Torah accorde un tel intérêt pour les histoires les plus futiles, elle devrait pouvoir le faire également pour de plus importantes, et j’ose croire que le jour du jugement dernier, avec ses récompenses et ses châtiments, en est une. Or, notre Torah n’en souffle pas un mot; elle n’a pas inspiré aux obéissants le désir de ses récompenses, ni menacé les séditieux avec ses châtiments.

Pourtant la logique de l’incitation et de l’intimidation a bien été suivie à l’égard des Israélites. Seulement, l’objet ne dépasse pas les limites du monde d’ici bas: c’est l’incitation par la promesse de l’abondance du blé, du vin, de l’huile et d’autres biens, alors que l’intimidation s’exprime par les menaces de maladie, de pauvreté et de déshonneur en perdant sa femme au profit d’un autre.

Le jour du jugement dernier, lui, n’est-il pas évoqué, bien qu’il s’agisse d’une vérité religieuse, gnostique, spirituelle, et l’attention à cette réalité prend forcément en charge l’intérêt et le bien del’humanité, par la réforme des mœurs et la réorganisation sociale. Alors, comment peut-il être digne d’un livre céleste, révélé pour la réforme des valeurs et pour la révélation de la vérité, de négliger un aspect aussi important du message? Monsieur, est-il concevable qu’une telle chose se produise dans un livre divin?

Le prêtre: - Et toi, Emmanuel, crois-tu un instant, que Dieu et Moïse, son prophète, aient pu négliger de mentionner le jour du jugement dernier dans un livre comme la Torah, qui de surcroît n’est que la parole de Dieu et sa révélation? Selon quelle logique, d’après toi, la révélation de la parole de Dieu aurait-elle abouti à de tels enfantillages et à des aberrations comme il en ressort de nos différentes discussions, sur Adam, Abraham, Jacob, Aaron et d’autres?

Emmanuel: - Si vous permettez, monsieur, c’est vous-même qui avez dit que le Nouveau Testament montre l’omission de la Torah pour diverses questions importantes relatives à la prophétie.

Le prêtre: - Et je te rappelle que toi même tu avais critiqué alors la Torah sur ce même sujet. Voilà donc que tu te mets aussi à négliger et à oublier.

Eliezer: - Etonnant! Il y a un instant, vous sembliez convaincus que la Torah était la parole de Dieu; ne serait-ce plus le cas, votre sainteté?

Le prêtre: - je crois effectivement que la Torah est bien la parole de Dieu, ce qui n’implique pas automatiquement que je doive croire que cet écrit entre les mains des gens, soit la Torah écrite de la main de Moïse, sur révélation divine.

Eliezer: - Les juifs et les chrétiens, génération après l’autre soutiennent que cette Torah est bien celle-là même écrite par Moïse, et c’est l’héritage de la foi en cette Torah qui a permis sa conservation dans la tradition. Comment les démentir tous, alors que parmi eux se trouvent des millions de savants et de spiritualistes intègres et pieux?

La Torah et la falsification

Le prêtre: On raconte que la gazelle ne fuit pas à la vue d’un danger, si elle ne l’a pas senti auparavant, même s’il s’agit d’un danger qui lui fait habituellement peur. Ainsi, au lieu de croire ses yeux, elle préfère se fier à son odorat et c’est se qui lui vaut souvent de se faire tuer ou capturer.

Pour répondre à votre question, Eliezer, cet exemple résume bien notre situation, car nous aussi nous croyons notre nez et démentons nos yeux. Cela veut dire que nous nous attachons à notre ignorance et refusons de faire confiance à notre savoir et à notre conscience.

Mais puisque nous en sommes aux anecdotes, laissez moi vous raconter celle-ci: C’est l’histoire d’un homme qui rencontre un de ses amis. Triste et tout en pleurs, il s’approche de lui et lui dit: - Mon pauvre ami, j’ai été informé de ta mort, par un groupe de gens tout à fait honnêtes et sincères. Comme tu le vois, j’en suis bouleversé et j’implore Dieu qu’il ait pitié de ton âme et qu’il prenne soin de tes orphelins. Son ami, lui répond: - Eh bien, me voila pourtant devant tes yeux et en bonne santé; Dieu merci, je peux encore te parler et me déplacer sur le terre ferme. Mais l’autre rétorque: - Non, non! Malheureusement, je ne peux pas mettre en doute la parole de ceux qui m’ont informé de ta mort, car ils ne mentent jamais. Alors, je te pris de me laisser dans ma tristesse, mon ami.

Emmanuel: - Père, je trouve le curé depuis le début de notre leçon, assez réservé sur la déclaration de la vérité. J’ai la nette impression qu’il préfère nous voir nous en approcher nous même, que nous la découvrions de nos propres yeux et que notre esprit s’en imprègne au fur et à mesure que nous avancerons dans notre recherche et que le doute fera place à la certitude.

Pour cette raison, je pense que nous ne devrions pas le presser, au risque de voir notre insistance interprétée comme de l’intolérance, ce qui le rendrait inévitablement méfiant à notre égard. Le résultat est que tous nos efforts en quête de la vérité seraient réduits à néant. Quant à nous, nous serons tout simplement privés du bonheur d’une foi juste et saine.

Permettez, cher père, que je sois l’interlocuteur de monsieur le curé, afin que nous puissions développer ce sujet dans le cadre de l’expérience que j’ai acquise au fil de ma recherche.

Voici entre nos mains, quelques exemplaires de la Torah, qu’il s’agisse du texte manuscrit hébraïque, dépourvu de notes, sacré pour les juifs et sous contrôle de leurs grands rabbins; ou le texte manuscrit hébraïque, orné de notes et répandu chez les juifs ainsi que chez leurs rabbins. Nous disposons aussi du texte hébraïque orné de notes et imprimé dans différentes imprimeries, sous le contrôle de leurs rabbins. Nous avons enfin des traductions dans différentes langues, éditées en grande quantité dans les imprimeries de l’est et de l’Ouest.

Il est important de préciser que tous ces exemplaires s’accordent sur les questions qui ont fait l’objet de nos débats, depuis le début de notre lecture, jusqu’au point sur lequel nous sommes entrain de discuter.

Tous ces éléments de critique, qui portent un grave discrédit à nos livres sacrés sont des choses que la raison, et surtout notre sensibilité de chrétiens sincères, refusent et nous avons le devoir sacré d’en disculper le livre de Dieu. Je me contenterai de citer pour rappel quelques exemples de cette dénaturation de la Torah, bien que nous en ayons déjà largement débattu:

- L’effronterie de la présente Torah à porter atteinte à la majesté de Dieu, dés le début, notamment à travers l’histoire d’Adam et de l’arbre.

- La fiction de la tour de Babel et la légende de la lutte de Jacob avec Dieu.

- La fable de Sefora qui empêcha le Seigneur de faire mourir Moïse durant son voyage vers l’Egypte.

- La cruelle loi sur la destruction des royaumes de Sihon et d’Og, ainsi que l’extermination de tous leurs habitants.

- L’aberrante loi sur la virginité de la jeune mariée.

- Le ton impoli de Moïse envers son Dieu et son refus d’accomplir sa mission de prophète.

- La Torah n’a pas tari de calomnies contre la personne d’Aaron, en particulier à travers l’histoire du veau d’or.

- Les erreurs de la Torah au sujet de la situation géographique de l’Eden, du Tigre et de l’Euphrate.

- Les anomalies relevées dans l’histoire des fils d’Adam et la confusion entourant les différentes traductions dans leurs tentatives de dissimuler l’anomalie.

- Les troubles constatés entre la Torah et les Evangiles dans la transcription de la généalogie.

- Confusion dans la narration de l’émigration d’Abraham de sa terre natale vers sa terre d’accueil, et erreur dans la désignation de son fils unique.

- Confusion dans la narration de l’itinéraire suivi par Joseph, depuis son enlèvement jusqu’à sa maison d’accueil en Egypte.

- Confusion dans l’identification des invités d’Abraham, ensuite de Lot.

Ces quelques exemples montrent, si besoin est, toute l’incohérence et le désordre qui caractérisent les récits de la Torah. Nous-nous abstiendrons de reprendre ici toutes les questions, pourtant de grande importance, que la Torah a tout simplement omis de citer, mais qui pris soin de rapporter dans le détail les histoires colportées sur des scandales portant préjudice à l’honneur, à l’intégrité et à la sainteté des prophètes. Il suffit de relire le livre de la Genèse et l’histoire de Jacob pour être fixé.

Monsieur, Un livre tel que celui-ci, fait d’une somme d’énormités, serait-il possible qu’il s’agisse de ce même livre révélé à Moïse et écrit de sa main? Personnellement, je dirai que la majesté et la sainteté de Dieu, l’honneur des prophètes et la perfection du message dont ils sont chargés, la raison et la conscience même du croyant, nient et rejettent en bloc ce genre de chose, autant que les vérités divines ne peuvent s’en accommoder.

Enfin, il est important de rappeler que les notes sur la Torah hébraïque, témoignent des erreurs dont elle pullule; entre autres, le manque d’un caractère dans onze circonstances et l’ajout d’un caractère dans quatre endroits. Ces notes traitent également des erreurs concernant le masculin et le féminin, le singulier et le pluriel, tout comme nous constatons le remplacement de certains caractères par d’autres, sans compter les cas d’interversion de caractères, soit environ quatre-vingt cas.

Maintenant, et au vu de tout ceci, il devient plus qu’évident que ces erreurs, reconnues par ailleurs par les juifs et les chrétiens, sont la preuve irréfutable que la présente Torah, toute dénaturée qu’elle est, ne correspond nullement à celle rédigée par Moïse. A partir de ce triste constat, il convient de poser une question: Où doit-on situer les causes de la perpétuité du faux, dans la Torah.

Falsification de la Torah

témoignages de l’histoire

Eliezer: Toi qui parles après enquête et compréhension, explique-nous donc ce qui à travers l’histoire, aurait pu rendre possible la corruption de cette Torah que nous considérons pourtant comme la copie conforme à celle écrite de la main de Moïse et nous est transmise par enchaînement, de génération en génération.

Emmanuel: Sachez, cher père, que d’une part, la Torah ainsi que les autres livres de l’Ancien Testament dits d’inspiration divine, n’ont été dévoilés au public qu’après la réforme protestante, avec la multiplicité des imprimeries. Jusqu’à cette période, la lecture de la Torah était le privilège des religieux juifs et chrétiens. Bien avant le Christ déjà, elle était cachée et sous l’unique contrôle des maîtres de la loi et des rabbins.

D’autre part, nous savons par ce que rapporte l’histoire, que Nabucodonosor, après la chute de Jérusalem, procéda à la déportation de tous les maîtres de la loi et des prêtres, ainsi que toutes les personnes ayant quelque chose à défendre, à l’exception des vagabonds et des hors la loi. Dans la foulée, il saccagea et incendia le temple de Dieu et réserva le même sort à toutes les demeures importantes de Jérusalem. Par cet acte, Nabucodonosor entendait réduire à néant l’image de la nation israélienne et de ses valeurs sacrées.

Cette situation dura environ soixante-dix ans, jusqu’au règne de Cyrus, empereur de Perse, qui libéra les Israélites et décida de la reconstruction du temple à Jérusalem.

Plus tard, durant le règne de l’empereur de Perse, Artaxerxes, le prêtre Esdras arriva de Babylone, chargé par l’empereur de mettre en pratique et enseigner aux Israélites les commandements et les règles de la loi du Seigneur.

Ainsi que vous pouvez le voir, cher père, l’histoire nous révèle que notre très chère Torah n’est en fin de compte que l’enfant d’Esdras et née de sa bonne foi. Alors dites-moi si vous le pouvez, où se trouve cet enchaînement dans la transmission de la Torah, depuis Moïse à nos jours.

En outre, juifs et chrétiens sont traditionnellement d’accord sur le fait que les livres de l’Ancien Testament ont connu la même fréquence et le même enchaînement que la Torah. Or, la philosophie de l’histoire situe les livres de l’Ancien Testament plus prés de la vérité que la Torah., parce qu’étant d’abord chronologiquement plus récents et ensuite n’ayant pas persécuté les penchants polythéistes et les habitudes païennes, comme l’avait fait la Torah authentique.

Pour ces raisons, les livres de l’Ancien Testament se retrouvent plus ou moins à l’abri de la main falsificatrice dont la Torah authentique a été tout spécialement la cible.

Eliezer: - Puisqu’il en est ainsi, je serai heureux, Emmanuel, que tu nous donne, à partir de nos livres sacrés, une chronologie de la religion des Israélites.

Emmanuel: - La chronologie dont vous parlez, cher père, a justement fait l’objet d’un exposé dans la première partie du livre al- houda, dont l’auteur a fait à chaque fois référence à l’Ancien Testament pour la réalisation de cette chronologie. Je vous en citerai ici les lignes principales et vous n’aurez qu’à consulter ce livre pour plus de détails.

Eliezer: - J’aurai préféré que nous ne tenions pas compte de ce livre.

Le prêtre: - Sachez Eliezer, que la chronologie exposée dans le livre al-houda, a été réalisée à partir des livres de l’Ancien Testament et ce, avec la plus grande loyauté et en toute bonne foi. Ce livre fait référence pour chaque évènement historique, à sa source dans les livres des deux Testaments. Consultez le donc et, si vous ne lui faites pas confiance, confrontez le à ses références. Si vous découvrez en le lisant, ne serait-ce que la moindre petite déloyauté de sa part, nous vous serons reconnaissant de nous la signaler et soyez certain que nous ne raterons pas l’occasion de la révéler au monde, car voyez vous Eliezer, ce livre nous a humiliés en mettant en relief toutes les erreurs commises par nos religieux dans leurs travaux sur les livres saints. Parmi ceux qui nous ont attiré cette humiliation, je nommerai sans hésiter: Jam‘iyet kitab al-hidaya, les missionnaires Américains, Georges Sale, Abd al-Massih, Hachem al-‘Arabi, al-Gharib Ibn al- ‘Adjib.

Eliezer, vous dites ne vouloir que la vérité et vous me pressez à vous divulguer tout de suite des mises au point que, par précaution, je garde pour plus tard; mais en vérité, vous n’avez toujours pas purifié votre cœur de la souillure du sectarisme et de l’intolérance. Vous n’avez pu vous contenir lorsque Emmanuel eut le courage de faire référence au livre al-houda, parce qu’il s’agissait du produit d’un chercheur musulman, pourtant connu pour la noblesse de ses écrits, de ses recherches et de ses discussions. Je vous informe que sa réputation n’est pas usurpée, car il a été formé à l’école des plus grands réformateurs (celle de son prophète et de son Coran). Je me demande ce qu’il en serait de votre part, si vous nous entendiez faire part de choses plus importantes et plus graves.

Eliezer: - Je suis très embarrassé et vraiment confus. Monsieur, je vous pris humblement d’accepter mes excuses. Ne soyez pas agacé par mon ignorance, je dis seulement que cet écrivain est musulman; d’où peut-il donc tenir une telle connaissance des deux Testaments?

Le prêtre: - Si vous aviez seulement pris la peine de feuilleter le livre al-houda et la thèse sur l’unicité divine et la trinité, vous vous diriez que l’auteur a sûrement consacré sa vie entière à l’étude des deux Testaments.

Eliezer: -Soyez remercié, monsieur, pour vos corrections et vos conseils, et encore mille pardons pour mon regrettable comportement. Mais c’est aussi pour cela que nous avons besoin de vous, n’est-ce pas? C’est encore en ce genre de circonstances que votre inestimable utilité se manifeste. Maintenant, avec votre permission, je souhaiterai qu’Emmanuel me donne un aperçu de l’histoire.

Le prêtre: - On dirait que ton père a soif de connaissances, Emmanuel. Il voudrait rattraper le temps perdu et se libérer l’esprit, même si je le trouve encore sous l’influence des préjugés et de l’imitation de nos amis. En tout cas Eliezer, reconnaissez que vous ne manquez pas d’un certain empressement à aller aux conclusions; ce n’est pas la chose à faire étant donné la gravité du sujet, n’est-ce pas Emmanuel!