AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)
 
Traducteurs falsificateurs

Emmanuel: - Et bien, quoi qu’il en soit, il nous apparaît évident que nos saintes traductions et nos saints traducteurs ont été poussés par les intérêts du monde d’ici-bas, à sombrer dans de honteuses falsifications. Leurs tentatives répétées d’associer le polythéisme à Jésus, comme nous l’avons déjà constaté, en est un exemple des plus criards.

Mais ce n’est pas tout. La main du falsificateur a frappé également au septième verset du chapitre vingt et un du livre d’Esaïe. En effet, au lieu de traduire le texte d’origine hébraïque, pourtant oh combien clair, par: « Deux cavaliers, l’un à dos d’âne, l’autre à dos de chameau », le texte a été corrompu pour obtenir: « Une caravane d’ânes ou une caravane de chameaux ». De nombreuses traductions, ayant sans doute trouvé nécessaire de vider le texte de son sens, comportent encore aujourd’hui cette falsification, et rares sont celles qui sont restées fidèles au texte original, celui-là même qui était sensé faire l’objet de reproduction et non de remaniement.

Le prêtre: - Penses-tu en ce moment aux raisons qui auraient poussé les traducteurs à un tel méfait?

Emmanuel: - Je pensais à ces paroles dans le livre d’Esaïe. Elles font allusion à une prophétie supérieure et une autorité religieuse suprême. De leur côté, les musulmans disent que le cavalier à dos d’âne est Jésus-Christ et celui à dos de chameau n’est autre que Mohammed, le prophète des musulmans. Mais certains des nôtres dédaignaient aux musulmans l’honneur que soit issu d’eux un prophète de cette envergure, ce qui les amena à remodeler le texte pour le débarrasser de ce sens là. C’est ainsi que nous lisons en fin de compte: « Une caravane d’ânes ou une caravane de chameaux ». Voila ce à quoi je pensais, monsieur.

Le prêtre: - Mais mon fils, cette falsification, à bien y réfléchir, ne nuit pas aux musulmans. Au contraire, elle les arrange; mais peu importe. Dis-moi plutôt ce que tu sais au sujet du prophète auquel fait allusion la Torah, selon laquelle il aurait autant de considération chez Dieu, que Moïse. Si c’est vraiment le cas, comment penses-tu pouvoir le prouver?

Alors je me suis tourné un instant vers mon père, l’air de m’excuser, ensuite je me suis adressé au prêtre:

- Monsieur le curé, je n’ai personnellement rien à y voir, donc rien à prouver. Cependant, la vérité étant le fruit de la recherche, les musulmans en sont à argumenter par notre propre Torah. Ceux d’entre eux avec qui il m’est arrivé de discuter affirment qu’elle parle de leur prophète Mohammed, et quand j’ai rétorqué que le prophète concerné était plutôt le Christ, ils ont fait objection par les mêmes propos que je vous ai tenus moi-même, il y a quelques instants.

Pour soutenir leurs affirmations, ils ont même été jusqu’à me rappeler que leur prophète était issu, comme le veut la Torah, des frères des Israélites, puisqu’il descend d’Ismaël, le fils d’Abraham. C’est ce que retient également l’histoire des Arabes. De plus, c’est bien par la bouche de Mohammed que Dieu a parlé en termes de Coran, lequel est entièrement paroles de Dieu. Cette façon que Dieu avait de s’adresser à ses créatures revêt une certaine ressemblance avec celle dont il avait usé avec Moïse lorsqu’il s’était adressé aux Israélites dans le Sinaï.

D’autre part, Mohammed parle au nom de Dieu, par le Coran, de choses occultes qui se sont avérées justes et se sont réalisées, à l’image de ce que dit le Coran au début de la révélation, au verset 95 de la sourate al-Hidjr: « Nous te suffisons contre les railleurs » et Dieu l’a effectivement préservé de leur mal, de fort belle manière.

C’est aussi le cas du verset 33 de la sourate at-Tawba (le repentir): « C’est lui qui a envoyé son prophète avec le guide (le Coran) et la religion de la vérité (l’Islam), pour le faire prévaloir sur toutes les religions, n’en déplaise aux idolâtres ».

Nous pouvons citer également la sourate al-Massad (la Corde) qui parle d’Abou Lahab et sa femme: « Il brûlera dans un feu aux grandes flammes, ainsi que sa femme la porteuse de bois ». Ainsi que le prédisait le Coran, le maudit couple vécut dans la haine de l’Islam et mourut païen, ce qui leur valut nécessairement d’aller en enfer, Dieu nous en préserve. A vrai dire, il n’est d’annonce dans le Coran qui ne se soit concrétisée.

Le prêtre: -Ce raisonnement des musulmans, est-il fondé uniquement sur la mention que fait la Torah de ce prophète qui jouit d’une grande estime chez Dieu?

Emmanuel: - Non monsieur, ils ont de nombreux autres arguments, tous aussi solides les uns que les autres. Mais ils se contentent de débattre avec les juifs et les chrétiens sur les questions abordées par la Torah.

Eliezer: - Hélas Emmanuel, je te vois défendre l’Islam avec ce même fanatisme dont ferait preuve un musulman contre une autre religion. N’ai-je pas raison, monsieur le curé? Ne l’entendez-vous pas dénigrer la prophétie de Jésus Christ et sa sainteté?

Emmanuel: - Mais mon cher père, vous savez très bien que je n’ai rien à voir avec les musulmans. Alors que moi, je ne fais que chercher la confirmation de ma religion dans la vérité. Le fanatique, lui, a une tendance particulière à s’appuyer sur un discours fragile et mensonger. Si vous trouvez que cela peut être mon cas, vous n’avez à ce moment qu’à vérifier mes dires, en revisitant les deux Testaments.

Dites-moi, père: est-ce moi qui ai osé dénigrer comme vous dites, la prophétie et la sainteté du Christ, ou serait-ce plutôt les saints Evangiles qui ont eu le culot de s’en prendre à eux? Mais, ce que vous ignorez, cher père, est encore bien plus grave que ce que vous savez.

Eliezer: - Je maintiens ce que j’ai dis: ce sont les musulmans et leur Coran qui t’ont empoisonné le cerveau. Ils ont non seulement rabaissé ta religion devant tes yeux, mais ils t’ont en plus inculqué cet état d’esprit qui consiste à la discréditer. Qu’est-ce que je peux y faire maintenant!

Le Coran, le Christ et la trinité

Emmanuel: - Je vous demande pardon, père. Je vous répète que je n’ai rien à voir avec les musulmans et leur Coran. Seulement voilà, la vérité mérite d’être dite, et n’est-ce pas que l’homme d’honneur se reconnaît aussi à son impartialité. Puisque vous insistez, il est moralement de mon devoir de vous informer que c’est le Coran, mon cher père, qui a loué le Christ et son message céleste, de la plus belle des louanges et n’a à aucun moment souillé sa sainteté, contrairement à ce qu’on fait les Evangiles. A croire que corriger les erreurs des Evangiles au sujet de ce qu’ils avancent sur Christ était l’une des missions du Coran.

Certes, autant le Coran critique les chrétiens pour leur croyance relative à la trinité, croyance disent les musulmans, qui est aussi brahmanique, bouddhiste et romaine, autant il absout le Christ de cette infamie qu’est la trinité.

Eliezer: - Si ce que tu dis est vrai, je serai bien contraint de reconnaître la noblesse du discours coranique, puisqu’il respecte et défend la sainteté du Christ. Quant à la croyance en la trinité, je dois dire que mon subconscient l’a toujours rejetée, même si nos prêtres nous ont appris à y croire aveuglement et ne nous ont jamais permis de faire appel à notre conscience en la matière et considérer notre croyance avec lucidité. Alors nous y avons cru mon fils, comme ça, simplement, naïvement.

Monsieur le curé, je ne conçois pas que Dieu, l’Un et unique, soit constitué de trois hypostases: le Père dans le ciel; le Fils, dieu incarné sur terre, subissant la faim et la soif, le chagrin et la mort; le Saint Esprit, montant et descendant, puis se divisant sur les apôtres. En résumé, ces trois là sont une et l’une est triple.

Pardonnez-moi monsieur le curé, mais je suis commerçant, une activité basée sur la logique du calcul. Comment comptez-vous vous y prendre pour me convaincre du fait que le Un réel soit triple, et que les trois, pourtant différents dans leurs qualités intrinsèques, leurs caractéristiques et leurs actions, ne soient finalement qu’Un?

Voyez-vous, je ne suis qu’une personne toute ordinaire, assez limitée dans son raisonnement sur la question du sens véritable de l’incarnation de Dieu. C’est pourquoi je serai des plus heureux, s’il vous était possible d’apporter un peu de lumière à l’obscurité de mon ignorance, pour que ma foi en ces principes puisse enfin reposer sur un peu de sagesse.

Le prêtre: - Je voudrai bien satisfaire votre sollicitude mon cher Eliezer, mais ce n’est malheureusement pas chose aisée. Si c’était aussi simple, les saints prêtres ne vous auraient pas commandé d’y croire de façon aveugle.

Eliezer: - Et vous monsieur, me permettriez-vous de rester sur cette croyance naïve?

Le prêtre: - Mon pauvre Eliezer, pourquoi m’en demandez-vous la permission, alors que je ne suis qu’une créature comme vous? Demandez-le plutôt à Dieu le juste avec la logique de votre esprit et avec toute la soif que vous avez pour le salut de votre âme. Patience Eliezer; si vous savez ouvrir les yeux, vous finirez par trouver les réponses.

Eliezer: - C’est plus facile à dire qu’à faire. Moi qui ne suis déjà pas patient dans mon travail, je me demande comment je pourrai l’être dans ma religion qui est mon véhicule vers le salut.

Le prêtre: - Alors soyez indulgent, accordez-moi un peu de temps et écoutez donc attentivement ma conversation avec votre fils Emmanuel.

On peut dire que la discussion qui s’est déroulée entre mon père et le prêtre m’a rassuré sur son état d’esprit et les limites de son engagement religieux. Je sais désormais qu’il n’est pas sous l’emprise du fanatisme et cela donne un nouveau souffle à ma motivation d’aller jusqu’au bout de ma recherche. Mais je sens que le chemin sera rude et j’ai tellement hâte d’y parvenir!

Le prêtre: - Tu veux bien reprendre ta lecture Emmanuel? Et surtout écoutez bien, Eliezer.

Cas de litige sur la virginité d’une jeune épouse

J’entrepris donc de lire le vingt deuxième chapitre du livre Deutéronome. Ce qu’on y découvre notamment à partir du treizième verset est le moins qu’on puisse dire, saisissant. On y suppose qu’un homme épouse une femme, puis cesse de l’aimer et l’accuse injustement d’inconduite, en disant que lorsqu’il s’est approché d’elle, il a découvert qu’elle n’était pas vierge.

Dans le cas où les parents de la jeune femme apportent la preuve qu’elle était vierge au moment de son mariage, comme par exemple en présentant devant les anciens un drap taché de sang de la nuit de noce, les anciens de la ville devaient arrêter l’homme et lui faire infliger une correction, sans compter le fait qu’il serait tenu de payer au père de la jeune femme une indemnité de cent pièces d’argent et la garder pour femme toute sa vie.

Si au contraire l’accusation n’est pas démentie par une preuve de la virginité de la jeune femme, celle-ci se verrait emmenée à l’entrée de la maison de son père et les hommes de la ville lui jetteraient des pierres jusqu’à ce qu’elle meurt, parce qu’elle s’était conduite de manière infâme en ayant des relations sexuelles, alors qu’elle vivait encore chez son père.

Le prêtre: Trouverais-tu quelque chose à dire sur cette loi, Emmanuel?

Eliezer: Personnellement, tout quelconque que je sois, je reste convaincu que des lois tyranniques comme celles-ci ne peuvent pas provenir de Dieu. Qu’est-ce que c’est que cette preuve de virginité qui repose sur un simple morceau de tissu taché de sang? S’il suffit de si peu pour établir une preuve de virginité, il n’est pas compliqué pour les parents d’une jeune femme ainsi accusée, de laver l’honneur de leur fille en barbouillant un drap du sang d’un volatile sacrifié pour l’occasion, et gagner par là même une centaine de pièces d’argent, tout en garantissant au passage pour leur fille, l’assurance du foyer conjugal pour la vie.

En toute honnêteté, je ne crois pas que Dieu puisse permettre que son jugement soit faussé par des considérations aussi futiles que trompeuses.

Mais admettons que la jeune femme soit dans l’incapacité de présenter la preuve de son innocence; de quel droit peut-on, avec cette légèreté, l’accuser d’adultère et la condamner au jet de pierres jusqu’à ce que mort s’en suive? La virginité ne repose-t-elle pas sur une fine membrane dans le vagin et qui peut facilement rompre par l’action de mouvements brusques de la part de la fille, ou même des suites de l’écoulement mensuel du sang, et les raisons involontaires de la disparition de cette membrane sont beaucoup plus nombreuses.

Est-il juste dans ce cas, d’accuser d’adultère une pauvre innocente et la condamner à mort par lapidation, sous prétexte qu’elle n’est pas vierge? Je me permets de le dire: non c’est injuste car je sais que Dieu ne dicte pas ses lois sur des critères irrationnels.

Le prêtre: Eh bien, Eliezer! Voilà maintenant que vous vous mettez à contester les textes de la Torah que vous êtes pourtant sensé louer et respecter.

Eliezer: Je dois louer Dieu et la loi divine, et de là, contester tout ce qui est opposé à la gloire de Dieu, à sa justice et à son infinie sagesse. Monsieur, je suis l’adorateur de Dieu et non celui de simples feuilles écrites par je ne sais qui, et de plus remettant en cause la grandeur et la pureté du créateur.

Pendant ce temps, je finissais déjà de lire le chapitre vingt quatre du même livre. Cette partie de la Torah nous apprend entre autre, qu’un homme a le pouvoir, sous prétexte que sa femme ne lui plait plus, ou qu’il a quelque chose à lui reprocher, de rédiger une lettre de divorce qu’il lui remet, et la renvoyer de chez lui.

-Monsieur le curé, qu’avons-nous à dire de cela, nous les chrétiens qui interdisons la répudiation et la condamnons?

Le prêtre: Mais mon cher Emmanuel, nos Evangiles rapportent que Jésus s’est élevé contre la répudiation et l’a interdite. Mais si tu tiens à aborder le sujet, je te conseillerai d’attendre que nous soyons arrivés à la lecture des Evangiles. Pour l’instant, concentre-toi sur la Torah. Ce qu’elle contient a largement de quoi t’occuper et te suffit amplement.

La veuve du frère

Je ne me fit pas prier pour replonger aussitôt dans la Torah, en entament avec application la lecture du chapitre vingt cinq. En parcourant ce chapitre, je me demandais si les valeurs défendues ici étaient vraiment celles que Moïse avait été chargé de nous transmettre.

En effet, j’y ai été particulièrement frappé par l’obligation assignée à l’homme de reprendre pour épouse, la veuve de son frère. La Torah nous informe que si deux frères vivent ensemble sur un même domaine et que l’un d’eux meure sans avoir de fils, le frère restant est tenu d’exercer son devoir envers la veuve en la prenant pour épouse. Le premier fils né de cette union sera considéré comme étant celui du mari défunt, afin que son nom soit perpétué.

Si par contre, le beau frère refuse de l’épouser, la veuve est en droit de porter plainte contre lui, auprès des anciens qui le convoqueront et l’interrogeront. S’il maintient son refus de l’épouser, elle s’avancera vers lui en présence des anciens, lui retirera sa sandale du pied et lui crachera au visage. Dès lors en Israël, on surnommera la famille de cet homme « la famille du déchaussé ».

Eliezer: Je remercie Dieu de ne pas m’avoir fait Juif, avec de nombreux frères, et je trouve que les veuves sont bien fanfaronnes et dépourvues de retenue, d’exiger le remariage avec leurs beaux frères. Quant à moi, plutôt mourir noyé sous les crachas, que de reprendre pour épouse la femme de mon frère.

Emmanuel: Une tradition des plus barbares, n’est-ce pas. Elle est d’une sauvagerie qui déshonore et viole toutes les lois de la bienséance, de la civilité et de la décence. Cette pratique honteuse ne revêt aucun bénéfice, ni pour l’individu, ni pour la société, et n’apporte que le mensonge et la falsification de l’identité: celle du premier enfant né du second mariage de la femme, un enfant qui doit porter le nom d’un homme mort, qui n’est pas le sien, alors que son vrai père est présent et bien vivant.

Je veux parler aussi de l’honneur d’un homme bafoué par une femme qui, toute honte bue, le prend d’abords pour époux alors qu’il ne veut pas d’elle, ensuite le prive de son fils en l’attribuant le plus simplement du monde à son précédent et défunt mari.

Croyez-moi monsieur le curé, il est exclu que Dieu ait chargé son envoyé Moïse d’ériger en loi ce genre d’absurdités dignes des sociétés les plus barbares.

Le prêtre: Emmanuel, ne sois pas aussi irrespectueux de notre sainte Torah.

Eliezer: N’allez surtout pas croire que c’est pour prendre le parti de mon fils, mais n’est-ce pas cette même Torah qui manque de respect à l’être humain et l’accable avec des paroles de ce genre? Franchement, je n’aurai pas dû assister à cette lecture.

Le prêtre: Allons! Ayez patience Eliezer et Dieu éclairera votre esprit et vous fera connaître la paix intérieure.

Emmanuel: Je voudrai bien trouver une raison de me convaincre que de telles lois ne sont que la survie de traditions antérieures à la Torah, mais monsieur, pouvez-vous me dire s’il existe des traces qui les font remonter aussi loin dans le temps?

Le prêtre: En ce qui concerne le crachat au visage et l’enlèvement de la sandale du pied de l’homme par la femme, rien ne montre qu’ils aient pu exister avant la Torah. Quant au mariage de l’homme avec la veuve de son frère, afin d’assurer une descendance au défunt, la Torah cite que cette pratique existait au temps de Jacob et de son fils Juda. Le chapitre trente huit de la Genèse rapporte en effet que Juda maria son fils aîné Er à une femme nommée Tamar, mais il mourut. Alors Juda demanda à son autre fils, Onan: « Tu connais ton devoir de proche parent du mort: Tu dois donner une descendance à ton frère. Epouse donc sa veuve. Mais Onan savait que l’enfant ne serait pas considéré comme le sien. C’est pourquoi, chaque fois qu’il avait des rapports avec sa belle-sœur, il laissait tomber sa semence par terre, pour ne pas donner d’enfant à son frère. Cette conduite déplut au Seigneur qui le fit mourir lui aussi» (Gen 38. 8, 10).

Emmanuel: Ceci était-ce une loi divine déjà à l’époque de Jacob?

Le prêtre: Qu’as-tu à me demander d’authentifier tout ce que tu lis dans la Torah! N’as-tu pas lu toi-même dans ce même livre de la Genèse un raisonnement qui pousse à déduire que Dieu a menti à Adam et que le vertueux serpent a démontré ce mensonge?

Emmanuel: Dites-moi quand même, monsieur: Y avait-il une loi divine avant celle de la Torah?

Le prêtre, souriant: Certains de nos amis, je citerai parmi eux la fameuse Jam‘iyet kitab al-hidaya, éditée sous le patronage des missionnaires Américains, déclarent dans le livre du même nom (4eme partie, p. 167, 168 et 169) que les anciens, d’Adam à Abraham suivaient des traditions et ne reçurent pas de lois célestes. Ils ont plutôt convenu de vivre selon un ensemble de coutumes que Moïse finit par abolir.

Emmanuel: Monsieur le curé, avez-vous le livre « kitab al-hidaya » que vous venez de citer en référence, aux pages 242 et 243?

Le prêtre: Oui Emmanuel, et quelle honte! Si tu savais comme j’ai été déçu de constater à quel point nos amis ignorent jusqu’au contenu de leur propres livres sacrés. Je sais maintenant que c’est leur fanatisme qui les rend aussi aveugles, mais il suffit pour les blâmer et leur faire perdre la face, de les renvoyer aux paroles même du Seigneur lorsqu’il s’adressa à Isaac, au cinquième verset du vingt sixième chapitre de la Genèse: « Parce que Abraham a obéi à mes ordres, observé mes règles, mes commandements, mes décrets et mes lois ».

Emmanuel: Monsieur le curé, pourriez-vous me dire ce qui a engagé nos amis dans cette direction jusqu’à ce qu’ils se retrouvent dans un tel pétrin?

Le prêtre: Au fond, c’est comme je viens de te le dire: le fanatisme les a aveuglés. Mais les raisons directes qui ont suscité leur acharnement se trouvent dans le Coran. En effet, comme certaines de ses lois ont aboli les lois de la Torah, ainsi que celles attribuées aux apôtres, nos amis n’ont pas trouvé mieux que d’essayer de jeter le discrédit sur les lois établies par le Coran, prétendant leur incompatibilité avec la religion, en agitant le prétexte qu’il est impossible d’annuler des lois divines. C’est vrai qu’on ne peut pas annuler des lois divines, mais ils n’auraient pas dû s’aventurer sur ce terrain en usant d’arguments aussi fragiles.

Emmanuel: Et en parallèle, est-ce que vous avez lu les livres: idhhar al-haq et al-houda, de la page 235 à 321?

Le prêtre: Bien sur, mon cher enfant, et ce qu’on y trouve ne fait que démontrer l’enlisement de nos amis dans l’enchevêtrement de leurs absurdités.

Emmanuel: Si l’annulation des lois était vraiment impossible en religion, cela devrait être valable, pour commencer, dans les deux Testaments. Que reste-t-il aujourd’hui chez les chrétiens des lois de la Torah, pourtant confirmées par Jésus et l’Evangile et qu’il nous a même recommandé de conserver? Pourquoi ces lois ont-elles été annulées par le livre Actes des Apôtres, ainsi que par les Lettres attribuées à Paul?

Le prêtre: C’est à ceux qui ont suscité en toi toutes ces questions qu’il faut le demander, pas à moi.

Eliezer: C’est là une chose bien grave et je trouve le sujet trop important pour ne pas l’aborder, sans compter tout l’intérêt que cela représente pour notre religion.

Emmanuel: Nous en viendrons très probablement à traiter quelques

aspects du sujet, bien sur avec la permission de monsieur le curé et ce, en attendant d’en connaître les détails lors de l’étude du livre Actes des Apôtres et les Lettres attribuées à Paul.

L’application de la Torah

Sur ce, je repris la lecture du livre de l’Exode, jusqu’au chapitre trente trois où je dû faire une halte, le temps de quelques explications: - Excusez-moi monsieur le curé, Moïse a bien insisté sur la nécessité d’appliquer l’ensemble des enseignements contenus dans la Torah:

« Tout le monde sera rassemblé, hommes, femmes, enfants, même les étrangers qui résident chez vous, afin d’entendre cette lecture, pour apprendre à respecter le Seigneur Dieu et obéir à toute la loi. » (Deut 31.12).

« Prenez au sérieux les commandements que je vous ai donnés aujourd’hui. Transmettez-les à vos descendants, pour qu’ils veillent à mettre en pratique tout ce qu’exige la loi de Dieu. » (Deut 32. 46).

Il a aussi sévèrement mit en garde contre tout manquement à la conservation des commandements et obligations, et rappelé que celui qui ne s’y conformerait pas subirait toutes les malédictions:

« Mais vous serez maudits si vous n’obéissez pas à ses commandements, si vous vous détournez du chemin que je vous trace, pour aller rendre un culte à d’autres dieux que vous ne connaissez pas maintenant.» (Deut 11. 28).

« Maudit soit celui qui ne respecte pas les commandements de la loi de Dieu et qui ne les met pas en pratique. » (Deut 27. 26).

« Par contre, si vous n’obéissez pas au Seigneur votre Dieu, si vous ne veillez pas à mettre en pratique tous les commandements et les lois que je vous communique aujourd’hui de sa part, alors il vous infligera les malheurs que voici » (Deut 28. 15).

Puisque nous croyons que la Torah est un livre qui nous vient de Dieu, pourquoi n’exécutons nous pas ses ordres et ne tenons compte d’aucune de ses instructions? Pourtant, l’Evangile déclare que le Christ disait qu’il n’était pas venu pour annuler la loi existante, mais pour la compléter. Il a bien déclaré que ni la plus petite lettre, ni le plus petit détail de la loi ne seraient supprimés et cela jusqu’à la fin de toutes choses. Il ajoute que celui qui désobéit même au plus petit des commandements et enseigne aux autres à agir ainsi, sera le plus petit dans le royaume des cieux (Matt 5. 18-20). C’est par ce même Evangile que nous apprenons que le Jésus lui-même se conformait à la loi mosaïque et ce, jusqu’à l’événement de la croix. Alors à bien regarder notre situation, je me demande ce qui pourrait nous sauver de toutes ces malédictions.

Le sacrifice du Christ pour sauver son people de la malédiction

Le prêtre: Emmanuel mon fils, et cher Eliezer, ne soyez donc pas aussi tourmentés et écoutez moi. Le saint Nouveau Testament, par l’inspiration divine qui le caractérise nous transmet la bonne nouvelle sur notre salut de la malédiction. Pour en avoir la preuve et être rassuré, il suffit de lire les mots rapportés dans la Lettre de Paul aux Galates (3. 13): « Le Christ, en devenant objet de malédiction à notre place, nous a délivrés de la malédiction de la loi. L’Ecriture déclare en effet: « Maudit soit celui est pendu à un arbre » ».

Eliezer: Ces paroles dans notre saint Nouveau Testament sont-elles de l’apôtre Paul? Si c’est bien le cas, il ne nous reste plus qu’à aller au théâtre et appeler les danseuses pour chanter et danser; je vous assure que ce sera un moindre péché que d’écouter ces obscénités au sujet du Christ.

Le prêtre: Gardez votre calme, Eliezer, cela ne vous ressemble guère de parler ainsi. Et puis, les théâtres et les danseuses dans les assemblées d’hommes sont les usages des sociétés païennes.

Eliezer: Parce que vous croyez que ces paroles plus qu’indécentes sur la sainteté du Christ, proviennent peut être de personnes qui croient en lui et le sanctifient? Monsieur, honnêtement je ne me vois pas rester là à écouter passivement à travers votre lecture et votre conversation, tout ce que vous évoquez avec Emmanuel au sujet de nos livres saints. Cela m’est insupportable.

Le prêtre: Il faudra pourtant être patient et faire preuve de tolérance, si vous tenez vraiment à connaître la vérité. Ecoutez donc, mais avec votre conscience et non avec votre passion et votre penchant aveugle, pour que s’éclaire devant vos yeux le chemin de votre salut.

Emmanuel: Père, cette liberté de langage que s’accorde l’auteur de ces paroles, n’a pas pour but de dénigrer seulement le Christ; l’atteinte est portée également à la majesté de Dieu, à sa pureté et à sa justice. C’est une effronterie caractérisée par le mensonge et la dénaturation de l’information.

Eliezer: Parle mon fils, n’ai aucun malaise à démontrer le mensonge et la falsification de toute parole portant préjudice à nos croyances les plus sacrées.

Emmanuel: Et bien, par cet écrit, l’auteur voulait sans doute apporter une confirmation aux affirmations de la Torah dont voici le texte: « Supposons qu’un homme, coupable d’un crime méritant la mort, soit exécuté et qu’ensuite vous pendiez son cadavre à un arbre. Le corps ne devra pas demeurer sur l’arbre pendant la nuit; il faudra l’enterrer le jour même, car un cadavre ainsi pendu attire la malédiction de Dieu sur le pays. Veillez donc à ne pas rendre impur le pays que le Seigneur votre Dieu vous donne en possession. » (Deut 21. 22-23).

Ces paroles, si vous l’avez remarqué mon cher père, concernent directement le fautif méritant la croix pour sa faute, tout comme par sa crucifixion, ce coupable attire la malédiction de Dieu. C’est également lui qui rend le pays impur en le laissant crucifié. Cependant contrairement à ce qu’affirme la lettre de Paul sus citée, l’Ecriture ne va pas jusqu’à dire: « maudit soit celui qui est pendu à un arbre ». Constatez donc comment apparaissent les actions d’altération et de camouflage, par le mensonge.

Comme nous élevions un peu la voix, un musulman qui se trouvait près de nous semblait intéressé par notre conversation. Au bout d’un moment, il s’excusa, puis demanda: Me consentiriez vous une seule question?

Eliezer: Demandez donc, mon ami.

Le musulman: Votre très inspiré livre du Nouveau Testament a fait du saint prophète, le Christ, que la paix soit sur lui, une malédiction et un maudit à la fois, que Dieu me pardonne. Et sachez que c’est à vous en tant que chrétiens qu’incombe le péché de ces propos blasphématoires. Mais ma question dépasse cet intérêt; c’est que vos religieux écrivent dans vos livres et disent que le Christ est un Dieu incarné et que le Christ n’est que Dieu dans un corps d’homme.

Partant de ce constat, qui selon vous, devient maudit et malédiction? Oh Dieu! J’implore ta clémence. Je ne voulais par ces paroles, qu’attirer l’attention de tes créatures sur leur égarement.

Emmanuel: Soyez remercié pour votre question, l’ami. Vous pouvez être certain que je ne suis pas de ceux qui trouvent leur aisance dans l’imitation aveugle, que je suis bel est bien sur le terrain de la recherche de la vérité et que je suis prêt à la reconnaître où qu’elle se trouve.

Le musulman: Si vous êtes de bonne fois et que vous êtes sincère dans les buts de vos recherches, assurément, Dieu vous guidera. Adieu et pardonnez moi de vous avoir importunés avec mes questions.

Eliezer: Dis-moi Emmanuel, y a-t-il dans notre Nouveau Testament d’autres paroles aussi condamnables que celles-ci ainsi que celles que nous avons rencontré dans la Torah?

Emmanuel: Je préfère que vous en posiez la question à monsieur le curé, il connaît les livres saints beaucoup mieux que moi.

Le prêtre: J’ose espérer que non Eliezer, mais comme on n’a pas toujours ce qu’on veut, nous lirons le Nouveau Testament et nous saurons alors ce qu’il contient.

Eliezer: Il n’empêche que quelque chose me tracasse; les mots de cet étranger raisonnent encore dans mes oreilles comme un bruit de tonnerre et depuis, les questions se bousculent dans ma tête. Comment le Christ se serait-il sacrifié pour nous sauver de la malédiction?

Emmanuel: Il ne serait pas correct de ma part que je parle de cette question en présence du prêtre, avant d’avoir écouté au préalable son explication et bénéficié de sa profonde sagesse; le sujet est bien trop grave.

Le prêtre: Nos amis disent que l’homme ne peut se préserver du péché et la punition requise pour le péché est l’envoi du pécheur en enfer, car la justice de Dieu tout puissant, le très saint, qu’il soit loué, exige que le châtiment du péché soit exécuté dans ces conditions.

Le Christ lui, a supporté dans son corps le châtiment que nous méritions et s’est acquitté pour nous de ce dont nous étions redevables. Ainsi, la parole éternelle, le fils de Dieu a payé par sa mort, son dû à la justice divine, car Dieu, qu’il soit loué, a commandé dans son saint livre que le pécheur meurt et aille en enfer pour l’éternité. Dieu exécre en effet le péché et sa justice ne se satisfait que de ce châtiment. C’est pourquoi, il ne peut faire abstraction de punir le coupable.

Cependant, Dieu a montré sa miséricorde et son amour par l’incarnation de la parole éternelle et s’est donc vêtu de ce corps charnel, puisque le sauveur devait être très saint et infaillible. C’est ainsi qu’afin de payer à la justice divine tout son dû, le Christ s’est sacrifié pour nous en subissant à notre place le châtiment requis par la justice de Dieu.

Emmanuel: Excusez-moi monsieur, je commence à me perdre car j’éprouve quelques difficultés à vous suivre. Qui est la parole éternelle? Qui a revêtu ce corps? et qui est alors le fils de Dieu?

Le Christ est-il Dieu?

Le prêtre: Nos amis disent que le Christ est la parole éternelle et que la parole éternelle est elle-même Dieu. L’Evangile selon Jean dit au premier verset du premier chapitre: « Celui qui est la parole était avec Dieu et était Dieu ». Quant au fils de Dieu, ce n’est que l’hypostase de Dieu, et lui et Dieu ne font qu’un.

Emmanuel: Cela revient à dire si j’ai bien compris, que le Christ est lui-même la parole éternelle; que la parole éternelle est Dieu et que le fils de Dieu est l’hypostase de Dieu. Ainsi, le Christ est la parole éternelle incarnée, laquelle étant à son tour Dieu qui s’est vêtu de ce corps. Est-ce bien cela, monsieur le curé?

Le prêtre: Oui Emmanuel, c’est bien cela.

Emmanuel: Alors, nous serons inévitablement amenés à la conclusion selon laquelle Dieu a subi dans son corps ce qui nous revenait comme châtiment et la sanction qui nous destinait à l’enfer éternel. N’est-ce pas, monsieur? Est-il possible pour un homme saint d’esprit de dire ou ne serait-ce que d’imaginer de telles choses?

Le prêtre: Il ne faut pas considérer l’idée d’un point de vue aussi étroit et se précipiter dans la critique. Tu doit tenir compte de toutes ses facettes et non seulement de son vocabulaire.

Emmanuel: Si on se contentait d’en regarder seulement le vocabulaire, autrement dit en faire une lecture superficielle, vous pouvez me croire que ce serait un bien moindre mal. C’est lorsque l’esprit tente d’y voir de plus prés, qu’il est frappé par le malheur.

Figurez vous que le devenu tristement célèbre, le livre al-hidaya, édité sous l’égide d’une association de nos illustres savants et sous le patronage des missionnaires Américains, cite à la quatrième ligne de la page 38 de sa deuxième partie, que la parole éternelle est Dieu. Nous lisons aussi à la page 285 de la quatrième partie que le Christ est Dieu. Par ailleurs, la page 171 de la troisième partie raconte qu’il est de la croyance des chrétiens, que l’essence suprême, ainsi que la parole éternelle et le Saint Esprit, forment à eux trois un seul et unique Dieu. Alors je serai curieux de savoir: la foi chrétienne se résume-t-elle à ceci?

Le prêtre: Oui Emmanuel, je te l’ai déjà dit, de même que je t’ai indiqué qu’au début de l’Evangile selon Jean, il est écrit que la parole était Dieu. Alors pourquoi me le demandes-tu une deuxième fois et pourquoi m’obliges-tu à me répéter?

Eliezer: Monsieur le curé, votre sainteté a eu la bonté de permettre à votre serviteur, mon fils Emmanuel, de chercher des réponses aussi précises que possible à toutes ses questions, qui sont devenues par la force des choses également les miennes. J’ajouterai que c’est vous-même qui lui avez ouvert la voie de l’enquête et de la liberté d’esprit. Il est donc naturel que ces choses-là se confirment dans la pratique.

Personnellement, tout roturier que je puisse paraître, et je ne prétends nullement être plus que cela, je me rends tout de même compte que ces questions sont trop importantes pour être abordées de façon superficielle.

Pourtant, autant j’ai trouvé chez vous un moral et une patience que je ne trouve pas chez quelqu'un d’autre, autant je m’étonne de vous voir aussi irrité par les questions d’Emmanuel, et Dieu sait si elles méritent d’être posées, si l’on tient compte de la gravité du sujet.

Mais j’ai une forte impression que monsieur le curé voudrait se tenir à l’écart du problème soulevé. Quand je pense que c’est vous-même qui lui avez ouvert la porte et l’avez attiré sur le terrain de la recherche, j’ai peine à croire que vous ayez le cœur à la lui fermer, maintenant qu’il commence à voir plus clair dans son propre esprit.

Le prêtre: Ah, si vous saviez, Eliezer! Le simple fait de penser à certaines questions est pour moi une source de grande angoisse. Comment voulez vous que je ne m’irrite pas lorsque ces mêmes questions me sont répétées avec insistance? Néanmoins, veuillez, vous et votre fortuné fils, pardonner mon impatience et accepter toutes mes excuses.

Emmanuel: Eh oui, le médecin ne doit pas avoir de répugnance à la vue de l’ulcère, ni à son odeur. Son devoir est plutôt de l’examiner, de l’extraire et de nettoyer la plaie, avec le contact de sa propre main s’il le faut. Celui qui ressent un dégoût quelconque devant la maladie ne peut se vanter d’être médecin et son diplôme n’est pas mérité.

Eliezer: Monsieur le curé, il m’arrivait parfois, comme tout croyant qui se respectait, de penser au mystère de la rédemption, à l’idée que s’en faisaient les chrétiens et à la manière dont l’expliquaient les spiritualistes. Alors je me retrouvais harcelé par les doutes que je croyais au début provenir de ma fréquentation pour les musulmans. Mais en allant chez nos religieux en quête de quelque apaisement pour mes tourments, je ne faisais que me heurter à des réponses qui me frustraient davantage: « tais-toi, esprit incrédule! », ou « Ta foi faiblit mon pauvre », ou même « Qu’est ce que c’est que ces paroles blasphématoires, Eliezer? », ou bien « Tu ne connaîtras le salut, ni la bénédiction de la rédemption, que par la foi la plus simple », ou enfin «Mon fils, cela dépasse nos esprits, mais ne t’inquiète pas, c’est conforme à la raison ».

Maintenant, j’implore votre sainteté de bien vouloir nous faire la démonstration de ce précepte, afin que nous puissions trouver en lui les preuves qui nous rassureront sur nos croyances et nous conforteront dans notre foi. Voyez-vous monsieur, je suis devenu comme mon fils Emmanuel, je ne crois plus avec naïveté.

Le prêtre: Enfin! Ce n’est pas trop tôt. Il était temps que vous commenciez à raisonner de manière suffisamment critique, de sorte que je me réjouisse de vos reproches pour moi et que nous puissions enfin avoir de notre sujet une approche rationnelle. Je sais désormais que votre esprit est libre du joug de l’intolérance et refuse la résignation. Maintenant vous pouvez questionner tant qu’il vous plaira.

Emmanuel: Monsieur le curé, en quoi le pardon de Dieu le miséricordieux, pour nos faiblesses, peut-il être contraire à la justice? La miséricorde divine peut elle se transformer en injustice? Qui peut honnêtement se permettre d’affirmer que la justice de Dieu exige la punition du péché par la mort et la condamnation à l’enfer éternel? Est-il donc impossible pour Dieu d’accorder son pardon?

La miséricorde divine

Le prêtre: Non Emmanuel, nos livres saints glorifient Dieu et le louent pour sa grande miséricorde, sa clémence et son pardon. Ils le rappellent à toutes les occasions en disant que Dieu est miséricordieux, clément et pardonne la faute, la désobéissance et le péché (Ex 34. 6, 7; Nomb 14. 18). Il est bon, prêt à pardonner, et généreux pour tous ceux qui l’appellent (Ps 86. 5). C’est lui qui pardonne toutes les fautes (Ps 103. 3). Aucun dieu n’est semblable à lui; il supporte et pardonne les péchés (Mich 7. 18). Enfin, le livre d’Esaïe (43. 25): « Mais je prends sur moi de pardonner tes révoltes et de ne plus garder le souvenir de tes fautes ». Je pourrai vous citer d’autres exemples, ils sont innombrables dans nos livres.

Emmanuel: Tout le monde sait que Dieu le très saint et pur exècre le péché au plus haut point. Mais monsieur, son exécration pour le péché n’a d’égal que sa capacité à le pardonner. Il est incompatible avec sa sainteté, qu’il ne pardonne pas au pécheur repentant, qui revient à Dieu et se rachète par la soumission et l’obéissance à ses lois. Quel refuge pour la créature, sinon celui qu’offre son créateur, le miséricordieux? Est-il concevable que Dieu tienne au châtiment du pécheur, bien que celui-ci se soit repenti et soit résolument revenu au droit chemin? Dieu puissant et grand a-t-il besoin, pour apaiser sa colère, de se défouler par la punition d’un repenti? Nous, mortels qui avons tellement soif de pardon, trouvons la clémence plus appropriée que la vengeance, si nous voulons réellement parler de miséricorde divine.

Le prêtre: Tu as raison Emmanuel et c’est aussi ce que disent nos saintes écritures, à l’exemple du livre d’Ezékiel (18. 21-23) qui rapporte les paroles de Dieu exhortant ses créatures à faire le bien: « Si un méchant renonce à ses mauvaises actions, s’il se met à obéir à mes règles et à agir conformément au droit et à la justice, il n’aura pas à mourir, assurément il vivra. Toutes ses fautes seront oubliées et il vivra grâce au bien qu’il pratique. Pensez-vous que j’aime voir mourir les méchants? Je vous le déclare, moi, le Seigneur Dieu, tout ce que je désire c’est qu’ils changent de conduite et qu’ils vivent. »

Au trente troisième chapitre, Dieu charge encore Ezékiel (33. 10, 11) de transmettre aux Israélites: « Vous affirmez être écrasés sous vos péchés et vos mauvaises actions de toutes sortes au point de dépérir sous ce poids. Vous vous demandez comment vous pourriez survivre. Eh bien, voici ce que vous déclare le Seigneur, le Dieu vivant: Je n’aime pas voir mourir les méchants; tout ce que je désire, c’est qu’ils changent de conduite et qu’ils vivent. Je vous en prie, vous, les Israélites, cessez de mal agir. Pourquoi voudriez-vous mourir? »

Je citerai aussi la deuxième lettre de Pierre (3. 9): « Le Seigneur ne tarde pas à accomplir ce qu’il a promis, comme certains le pensent. Mais il est patient envers vous, car il ne veut pas que qui que ce soit aille à la ruine; au contraire, il veut que tous aient l’occasion de se détourner du mal. ». Et ce genre d’exemple n’est pas rare dans nos livres.

Le Coran, le repentir et le pardon

Emmanuel: - Effectivement, l’amour de Dieu pour ces créatures n’a d’égal que son immense indulgence à leur égard. Mais permettez de vous poser une question en rapport avec le sujet et je vous prie de n’y voir aucun but caché de ma part. Y a-t-il dans le Coran, ne serait-ce qu’une mention pour le repentir et le pardon?

Le prêtre: - Sache Emmanuel, que le Coran est un trésor de choses divines et il y est fait mention de nombreuses fois pour le repentir et le pardon. Il suffit de citer comme exemple le verset 82 de la sourate Taha: « Et je pardonne à celui qui se repent, croit et pratique la bonne action, puis se met sur la bonne voie ».

Eliezer: - Je vois que vous êtes entrain de chanter les louanges du Coran. Je trouve cela tout à fait surprenant.

Le prêtre: - Je te rappelle Eliezer que tu m’as demandé d’enseigner les vérités à ton fils. Et maintenant qu’une de ces vérités se présente, me demanderais-tu de la fouler aux pieds et par là même me souiller du vice du fanatisme et de l’intolérance? Si tu t’offusques d’entendre certaines vérités, il ne me reste plus qu’à vous quitter.

Jusqu’ici, j’ai accepté tous tes jugements. C’est à ton tour d’y mettre du tien; prends le Coran, lis-le et dis moi si tu y trouves quoi que ce soit qui aille à l’encontre de la raison, mais surtout si tu peux y découvrir quelque chose de semblable à tout ce que vous avez contesté, toi et ton fils, dans la Torah.

Eliezer: - Mille pardons monsieur le curé, ma langue à dépassé ma pensée. Je me suis trompé, veuillez accepter mes excuses. Mon ignorance me joue parfois de drôles de tours et ce que vous venez d’entendre n’en est que l’une des conséquences. Vous ne devriez pas vous agiter pour si peu, vous, le connaisseur des vices de l’ignorance, vous qui pouvez m’en guérir. Alors monsieur, ne nous fendez pas le cœur en parlant de nous quitter. J’implore Dieu pour qu’il ne nous prive pas du bonheur de demeurer à votre service.

Emmanuel: - Monsieur, c’est moi qui serai déçu que vous blâmiez

mon père. Il se trouve que l’esprit de l’homme peut être troublé par ce qu’il entend et nos amis les chrétiens, puisse Dieu leur montrer le droit chemin, présentent le Coran comme l’œuvre d’un homme analphabète, un sauvage dépourvu de connaissances et sans aucune vertu. C’est selon eux un homme que caractérisent les coutumes païennes, la dureté de caractère propre aux Arabes, la grossièreté des sauvages, ignorant les domaines de l’histoire, de la gnose et de la vie civilisée.

Monsieur, si mon père a entendu toutes ces attaques contre le Coran, tout en prenant la Torah pour la parole de Dieu le très saint, quand bien même il a partagé avec nous les objections émises à son sujet (la Torah), il va de soit que vous ne pouvez lui en vouloir d’avoir quelques préjugés sur le Coran, et de la méfiance à la glorifier. Il est bien plus digne de votre rang que vous fassiez preuve de patience, que vous lui teniez la main pour l’aider à franchir ces obstacles et l’affranchir de ses démons.

Mon cher père, depuis que nous lisons la Torah, nous n’avons cessé de protester contre ses différents aspects que conteste la raison même et vous avez constaté me semble-t-il que monsieur le curé a observé à chaque fois une impartialité irréprochable, se gardant de répondre dans la précipitation et domptant nos esprits révoltés en les faisant patienter. Tout cela dans le seul souci d’éviter l’effervescence de notre fanatisme, même si cela l’a contraint à goûter au pire de notre part. Mais voila que vous vous effrayez d’entendre une seule vérité de sa bouche. Comment voulez vous dans ces conditions qu’il se risque à nous dévoiler toute la vérité?