AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)
 
Moïse dans la Torah

Le troisième chapitre du livre de l’Exode témoigne du début de la révélation et nous en rapporte les détails que voici: «Moïse s’occupait des moutons et des chèvres de Jethro, son beau père, le prêtre de Madian. Un jour après avoir conduit le troupeau au-delà du désert, il arriva à l’Horeb, la montagne de Dieu. C’est là que l’ange du Seigneur lui apparut dans une flamme, au milieu d’un buisson. Moïse aperçut en effet un buisson d’où sortaient des flammes, mais sans que le buisson lui-même brûle. Il décida de faire un détour pour aller voir ce phénomène étonnant et découvrir pourquoi le buisson ne brûle pas. Lorsque le Seigneur le vit faire ce détour, il l’appela du milieu du buisson: Moïse! Moïse! Oui! répondit-il. Ne t’approche pas de ce buisson, dit le Seigneur. Enlève tes sandales car tu te trouves sur un endroit saint. Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Moïse se couvrit le visage parce qu’il avait peur de regarder Dieu.»

A la lecture de ces phrases, on se doute bien que des questions me brûleraient la langue. Je ne tardais donc pas à me tourner de nouveau vers le prêtre:

- Pardonnez-moi monsieur le curé, mais l’ange du Seigneur qui apparut à Moïse serait-il lui-même Dieu? Et que peut bien vouloir dire l’expression: « il avait peur de regarder Dieu »? Dieu serait-il un corps? Serait-il visible?

Le prêtre: - Non Emmanuel, Dieu n’est ni un corps, ni visible.

Les promesses de Dieu

Emmanuel: - Sur les débuts de la mission de Moïse auprès des Israélites, la Torah nous rapporte même les ordres qu’il reçut de Dieu (Ex 3.16-18): « Va rassembler les anciens d’Israël et dis leur: « Le Seigneur, le Dieu de vos ancêtres, le Dieu d’Abraham, Isaac et Jacob, m’est apparu. Il m’a dit qu’il s’est penché sur votre situation en Egypte et qu’il sait bien comment on vous y traite. Il a donc décidé de vous arracher à ce pays où l’on vous maltraite pour vous conduire dans le pays des Cananéens, des Hittites, des Amorites, des Perizites, des Hivites et des Jébusites, pays qui regorge de lait et de miel. » »

Monsieur le curé, nous comprenons bien à travers l’annonce faite par Moïse aux anciens d’Israël, que Dieu avait pris la décision de les arracher à l’humiliation de leur condition en Egypte, pour les conduire vers un pays plus accueillant. Seulement, voilà la Torah qui ne manque pas de citer par la suite et dans le détail, les instructions que Dieu donna à ce sujet à Moïse: « Les Israélites t’écouteront. Alors tu iras avec les anciens trouver le roi d’Egypte et vous lui direz: « Le Seigneur, le Dieu des Hébreux, notre Dieu, nous est apparu. Permets-nous d’aller à trois jours de marche dans le désert, pour lui offrir des sacrifices. » »

Dites-moi monsieur, La promesse divine faite aux anciens par la voix de Moïse, de libérer le peuple d’Israël pour le conduire en Palestine et à l’Est du Jourdain, justifiait-elle que Dieu ordonne à Moïse et aux anciens Israélites de mentir au pharaon, en lui disant: « Notre Dieu nous est apparu. Permets-nous d’aller dans le désert pour lui offrir des sacrifices. » Etait-il nécessaire, monsieur, que Dieu commence son message pour l’humanité par le mensonge, et qu’il ordonne à son envoyé d’entamer sa mission par un acte aussi immoral? Par ailleurs, la Torah informe au troisième verset du cinquième chapitre, que Moïse et Aaron ont bien eu recours à ce mensonge.

Enfin, il n’est pas inutile de préciser que le point le plus proche de Ramses, lieu où vivaient les Israélites en Egypte, jusqu’à la Palestine, dépasse les deux cent miles, et jusqu’à l’Est du Jourdain, plus de deux cent soixante dix. Le désert du Sinaï est distant lui aussi d’environ deux cent miles. On se demande bien où peut se trouver cette destination de trois jours, quand on considère la lenteur d’un convoi constitué essentiellement de femmes, d’enfants et d’animaux domestiques.

Le prêtre: - Ne me demande surtout pas de te répondre dans l’immédiat. Lis plutôt.

Emmanuel: - En tous cas, nous retenons essentiellement de la lecture des troisième et quatrième chapitres, que Dieu avait l’intention d’intervenir avec puissance contre le pays de pharaon, par toutes sortes d’actions extraordinaires, pour le persuader de laisser partir les Israélites. Par la même occasion, Dieu amènerait tous les Egyptiens à les considérer avec faveur, de telle sorte que lorsque les Israélites s’apprêteraient à partir, ils pourraient dépouiller facilement les Egyptiens de leurs objets d’or et d’argent, ainsi que de leurs vêtements.

Nous apprenons aussi que Dieu serait en compagnie de Moïse et d’Aaron et qu’il leur indiquerait ce qu’ils devront dire au moment de s’adresser au peuple. Par ailleurs, Moïse se rendit compte de tous les miracles que Dieu lui permettrait de réaliser devant le pharaon et devant le peuple.

La Torah rapporte également que pendant le voyage de Moïse vers l’Egypte, une nuit le Seigneur s’approcha de lui, cherchant à le faire mourir. Aussitôt Séfora prit un caillou tranchant, coupa le prépuce de son fils et en toucha le sexe de Moïse, en lui disant: ainsi, tu es pour moi un époux de sang. Alors le Seigneur s’éloigna de Moïse.

Décidément, chaque chapitre cache son lot de surprises. Séfora qui sauve Moïse du Seigneur; n’est-ce pas extraordinaire! Qu’a fait Dieu de toutes ses promesses pour qu’il veuille faire mourir son prophète, lui qui venait à peine de le charger d’une mission des plus sacrées: ramener l’humanité au monothéisme? Et comment l’intervention de Séfora l’en a-t-elle empêché?

La Torah rapporte même que Dieu ayant montré à Moïse les miracles du bâton et de la main blanche, pour l’encourager à affronter pharaon, Moïse aurait voulu se dérober à sa mission et s’en serait excusé, prétextant la lourdeur de son langage et ses piètres qualités d’orateur. Dieu lui aurait promis alors qu’il serait avec lui quand il parlerait et qu’il lui indiquerait même ce qu’il devrait dire. Mais malgré tout, Moïse aurait refusé et aurait demandé à Dieu d’y envoyer quelqu'un d’autre.

Quel sens donner à cette attitude, sinon que Moïse ne croyait pas aux promesses de Dieu et qu’en lui demandant de charger quelqu’un d’autre que lui, il ne voulait pas être son messager.

J’ai peine à croire, monsieur le curé, qu’un envoyé de Dieu puisse discuter avec autant d’arrogance les ordres de son créateur, et manquer à ce point, de politesse et d’humilité. Le comble est que Dieu dit également à Moïse au sujet d’Aaron: « Il sera ton porte-parole, et toi tu seras comme le dieu qui l’inspire.» J’éprouve quelques difficultés aussi à situer, étant donné la situation, les paroles de Moïse qui suivront dans la Torah, interdisant que soit prononcé le nom d’une autre divinité que Dieu.

Atteinte à la majesté de Dieu

Le prêtre: - Cher Emmanuel, Dieu doit être adoré et vénéré ainsi que l’impose sa gloire et sa grandeur, par des voies rationnelles et dans le cadre de la raison, sans penchant aveugle ni précipitation dans le jugement. Et voici la Torah dont le contenu doit être pesé avec la mesure que lui donnent les livres de l’Ancien Testament, lesquels s’expliquent les uns par les autres.

Prenons le livre de Jérémie; Les juifs et les chrétiens le considèrent comme un livre révélé par Dieu. Pourtant au dixième verset du quatrième chapitre, nous lisons ce qui suit: « Il disent: Ah, Seigneur Dieu, tu as trompé ce peuple, tu as trompé Jerusalem, en promettant que tout irait bien, alors que nous avons le couteau sur la gorge. »

Le premier livre des Rois et le deuxième livre des Chroniques sont également considérés par les juifs et les chrétiens comme des révélations divines. Pourtant ils citent, le premier au chapitre vingt deux et le deuxième au chapitre dix huit, à propos des livres du prophète Michée s’adressant au roi: « Ecoute plutôt ce que dit le Seigneur. J’ai vu en effet le Seigneur assis sur son trône royal, avec tous ses serviteurs célestes, debout à sa droite et à sa gauche; il a demandé: qui veut aller donner à Achab la mauvaise idée d’attaquer Ramot de Galaad, afin qu’il y soit tué? Quelqu’un a proposé ceci, un autre cela. Alors l’esprit qui inspire les prophètes s’est avancé vers le Seigneur et a dit: Moi, j’irai leur en donner l’idée. Comment? A demandé le Seigneur. J’irai, a-t-il dit, et je ferai prononcer des mensonges par tous les prophètes du roi. Le Seigneur lui a répondu: c’est un excellent moyen pour le tromper; vas-y et fais cela. »

Tu vois Emmanuel, ce sont là les livres de la révélation, et si tu veux les soumettre à la raison, c’est ton droit. Ca l’est d’autant plus que c’est l’exigence principale de la vérité. Mais je te déconseille vivement d’agir dans la précipitation.

La Torah mentionne encore au verset vingt deux du cinquième chapitre de l’Exode, des écarts de conduite de la part de Moïse à l’égard de Dieu: « O^ Seigneur, dit-il, pourquoi as-tu fais du mal à ce peuple, pourquoi m’as-tu envoyé ici? Depuis que je suis allé parler au pharaon de ta part, il maltraite les Israélites, et toi tu ne fais rien pour sauver ton peuple! »

Quand les Israélites se sont tournés vers l’adoration du veau, Moïse s’adressa à Dieu et lui demanda: « Pardonne-leur, je t’en supplie! Sinon efface mon nom du livre de vie que tu as écrit » (Ex 32.32). Le manque de considération que témoigne Moïse pour son Dieu et l’absence de politesse et d’humilité qui sont d’ordinaire les attributs des prophètes se retrouve encore au livre des nombres (11.11): « Pourquoi me traites-tu de la sorte, Seigneur? Pourquoi me refuses-tu ta bienveillance? »

En outre, lorsque Dieu, pour satisfaire l’irrésistible envie des Israélites de manger de la viande, leur en promet pour tout un mois, Moïse ne trouva pas mieux que de douter de la capacité de Dieu à tenir ses promesses (Nomb 11.22): « Ce peuple qui m’entoure ne compte pas moins de six cent mille hommes. Et tu prétends leur donner de la viande à manger pour tout un mois! Si nous abattions tous nos moutons, nos chèvres et nos bœufs, cela ne suffirait pas; si nous pouvions pêcher tous les poissons de la mer, même cela ne suffirait pas! ».

Tu te rends compte, Emmanuel? Il n’y a pas de parole assez proche de la vérité pour décrire la gravité d’un tel comportement, venant d’un prophète en direction de son créateur, car par cette attitude, c’est la suprématie de Dieu sur la création et son pouvoir infini qui sont remis en cause. Mais vraisemblablement, Moïse n’en est pas à sa première bourde; même le livre des Psaumes (106.33) lui attribue de ne pas faire attention à ce qu’il dit: « exaspéré par eux, il parla sans réfléchir ». Après cela, il devient inutile et même déplacé de parler des fondements de la révélation et de la raison d’être de la prophétie.

Emmanuel: - Monsieur le curé, je vous ai sollicité pour éclairer mon esprit confus et le soustraire à son étourdissement, et voilà que vous me répondez par une foule de sujets qui ne font qu’aggraver ma perplexité. Si seulement vous pouviez me dire où vous voulez en venir!

Le prêtre: - Mais où est passée ton intelligence? Continue donc de lire et puisse Dieu guider ton esprit jusqu’aux réponses.

Aussitôt, j’ai commencé la lecture du douzième chapitre de l’Exode et déjà mon cerveau bouillonnait de ce que j’y lisais. On y apprend entre autre que Dieu a ordonné aux Israélites de sacrifier un agneau ou un chevreau d’un an pour chaque maison. Après quoi, ils devaient badigeonner de son sang les deux montants de la poutre supérieure de la porte d’entrée de leurs maisons, car pendant la nuit, Dieu allait passer à travers l’Egypte et faire mourir tous les premiers nés du pays, les hommes comme les bêtes. C’était la sentence du Seigneur contre les dieux de l’Egypte. Mais les entrées badigeonnées par le sang constituaient un signe protecteur pour les occupants de ces maisons et en les voyant, Dieu passerait sans s’arrêter. C’est le moyen par lequel, le peuple d’Israël pouvait échapper au fléau destructeur de cette nuit là.

- Pardonnez-moi, mais la Torah insinuerait-elle que Dieu ne connaissait pas les maisons des Israélites et qu’il avait besoin de ce signe pour les distinguer? Et comment Dieu faisait-il pour passer devant les maisons?

Le prêtre: - Tu n’as qu’à noter ces remarques sur ton cahier, avec toutes les autres.

Diversité dans les traductions et altération des textes

Je compris alors qu’il ne me jugeait pas encore près à recevoir toutes les explications et je replongeait aussitôt dans la lecture du chapitre vingt deux, jusqu’au verset vingt sept où nous pouvons lire: « Vous ne devez ni m’insulter, moi, votre Dieu, ni maudire le chef de votre peuple ». Mais les traductions n’étant pas toujours comme elles devraient être, nous nous retrouvons confrontés à d’autres versions qui donnent parfois un autre sens pour le texte. Ainsi, le texte grec cite: « dire du mal » à la place de « maudire », alors que dans une autre version nous lisons: « Vous ne devez ni insulter les juges, ni maudire le chef de votre peuple ».

En cherchant quelles peuvent être les motivations d’une pareille traduction, je finis par me dire que ce sont ceux qui veulent diviniser l’être humain qui préméditent ce genre de déviation dans le texte, notamment par l’introduction de termes qui corrompent totalement le sens du message. Faut-il vraiment que ce genre de chose se produise dans nos livres? Quelle injustice! N’est-ce pas? Mais ne nous lamentons pas pour si peu, car le meilleur, pour ne pas dire le pire, est à venir.

Dieu n’est pas un corps Confirmation par le Coran

Et il en fut ainsi, parce que le choc revint de plus belle au chapitre vingt quatre (9-11) de l’Exode: « Après cela Moïse monta sur la montagne avec Aaron, Nadab, Abihou et les soixante-dix anciens d’Israël. Ils virent le Dieu d’Israël. Sous ses pieds, il y avait une sorte de plate forme de saphir, d’un bleu pur comme le ciel. Dieu ne fit aucun mal à ces notables Israélites; ils purent le contempler, puis ils mangèrent et burent ». Vous comprenez bien que je ne pouvais passer sur une telle nouvelle sans marquer une halte. Sans hésitation, je me tournais vers le prêtre: - Monsieur le curé, dois-je comprendre qu’on peut voir Dieu? Est-t-il un corps visible? Et est-ce qu’il possède deux pieds comme l’a décrit la Torah?

Le prêtre: - Loin de la grandeur de Dieu ce genre d’imperfection. Mais il me vient à l’esprit qu’une histoire similaire se trouve dans le Coran des musulmans.

Emmanuel: - C’est tout à fait vrai, monsieur le curé; j’ai moi-même lu dans le Coran ce qui pourrait être la réponse idéale à ce qu’avance la Torah à ce propos. Le Coran rapporte en effet, à travers le verset 153 de la sourate an-Nissa’ (les Femmes): « Les gens du livre te demandent que tu leur fasses descendre un livre du ciel. Ils ont demandé bien plus à Moïse. Ils dirent: fais-nous voir Dieu ouvertement! Alors ils périrent par la foudre, pour leur injustice ».

Faire descendre un livre du ciel est déjà en soit une chose grandiose, même si cela reste possible pour l’esprit. Cependant, leur demande de voir Dieu ouvertement est une exigence qui dépasse l’entendement, car la vue de Dieu est raisonnablement inaccessible, Dieu puissant et grand n’étant ni un corps, ni visible.

Autre témoignage du blâme de Dieu, adressé aux Israélites pour avoir osé émettre l’exigence de le voir: « Et [rappelez-vous] lorsque vous dites: O^ Moïse, nous ne te croirons pas avant d’avoir vu Dieu manifestement. Alors la foudre vous frappa pendant que vous regardiez [les conséquences de votre outrance]. Puis après votre mort, nous vous rappelâmes, peut-être serez-vous reconnaissants » (al-Baqara. 55, 56). Ainsi, le Coran réfute toute hypothèse soutenant la possibilité de voir Dieu.

La Torah dans toutes ses erreurs

Le cœur rempli de chagrin et de lassitude, je repris tout de même ma lecture, en faisant abstraction de nombreuses autres questions. Ce fut au chapitre onze du livre Lévitique, au numéro vingt et un que je dus marquer encore un arrêt: « Toutefois vous pouvez manger ceux qui ont des pattes leur permettant de sauter sur le sol ». Je fis remarquer au prêtre que le texte d’origine hébraïque dit: « ceux qui n’ont pas de pattes ». Je m’étonnais que la traduction ait pu se faire au sens contraire.

Le prêtre: - Ce genre d’erreur est chose courante dans la Torah, mais ne t’en affole pas, car dans les différents cas, la correction a été apportée en marge du texte d’origine et c’est sur la base de ces corrections que les traductions ont été réalisées. Il te suffit de regarder les marges de la Torah hébraïque pour te rendre compte des innombrables corrections apportées aux erreurs contenues dans la rédaction hébraïque; erreurs dues certainement aux changements, aux rajouts ou à la suppression d’une lettre. Sur ce point précis, les cas de correction dépassent la centaine.

Emmanuel: - J’ai beau essayer de me convaincre, je n’arrive pas à trouver de justification acceptable pour autant d’erreurs dans le livre de Dieu, écrit par son envoyé Moïse. D’où proviennent donc ces nombreuses erreurs? Quand se sont-elles glissées dans la Torah? Jusqu’à quand me faudra-t-il patienter pour que vous daigniez enfin m’expliquer? Vous vous contentez à chaque fois de me demander de noter mes remarques sur mon cahier, et elles sont tellement nombreuses que je ne les compte plus.

Le prêtre: - Ne sois pas si impatient, le temps te montrera ce que tu ignorais. Si tu sais patienter, je te promets que la vérité se révèlera à toi d’elle-même. Le Coran a dit: « Ceux qui luttent pour notre cause, nous les guiderons sur nos chemins ».

Emmanuel: - Etonnant! Voilà maintenant que vous citez le Coran en exemple.

Le glorieux Coran et son prophète

Le prêtre: - Et pourquoi je ne citerai pas en exemple un livre qui a la charge de transmettre à l’humanité la loi divine, en même temps qu’il veille sur l’authenticité de son énoncé?

Emmanuel: - Vous voulez bien répéter ce que vous venez de dire, monsieur? Je trouve que vous faites usage d’un discours très apologétique à l’égard du Coran. Ne me dites pas que vous iriez jusqu’à le qualifier de révélation divine?

Le prêtre: - Le Coran n’a nullement besoin que je fasse son apologie. Il s’impose lui-même par sa gloire. Ensuite, il ne m’appartient pas de juger si oui ou non il est issu de la révélation de Dieu. Tout ce que je sais, c’est que nous avons affaire à un livre débordant de savoir et de sagesse. Il n’est de sujet qu’il aborde sans percer toutes ses vérités, de la manière la plus savante qui soit, bien que son porteur, Mohammed, le prophète des musulmans, tire son origine des Arabes, peuple païen, barbare et dépourvu de toute forme de connaissance, que ce soit en philosophie ou autre science sociale, et que même les principes élémentaires de la civilité leur échappent.

Emmanuel: - Mais alors, à quelle école Mohammed a-t-il pu étudier toutes les sciences? Et vers quelle faculté a-t-il émigré pour avoir acquis ses sciences et sa philosophie?

Le prêtre: - L’histoire montre que Mohammed était analphabète, ne sachant ni lire ni écrire et n’a quitté son pays et son peuple de barbares que pour de cours voyages en compagnie de ses proches, pour faire du commerce. Durant les quelques jours où il s’absentait de la Mecque, il ne lui était possible d’étudier aucune science. Pourtant en peu de temps, son savoir devint encyclopédique et se déversait sur ses proches de façon torrentielle.

Emmanuel: - Monsieur le curé, votre exposé me remplit de sentiments graves. Malheureusement, j’ai l’impression que vous ne voulez toujours pas dire franchement quelles sont vos conclusions et à quelle vérité vos recherches vous ont conduit.

Le prêtre: - Ne t’occupes pas de cela et lis plutôt la Torah. La foule de renseignements que tu y trouvera complèteront ton étude.

Emmanuel: - Mais monsieur, je ne fais que lire la Torah et je ne peux avancer d’un pas dans mon étude sans être confronté à l’impiété et à la légende. En parallèle, je vois le Coran qui, comme vous le dites si bien, n’aborde un sujet que pour percer ses secrets, et de fort belle manière.

Après cela, est-il raisonnable de dire que la Torah est un livre de Dieu, et le Coran celui d’un humain né entre des gens sauvages et païens, un homme qui n’a jamais étudié la moindre science, mais a produit son livre haut la main, et quel livre! C’est un livre recelant et maîtrisant toutes les facettes du savoir, un véritable paradis pour le philosophe spirituel, référence incontournable tant pour le réformateur religieux, politique ou social, que pour le sage et pour l’érudit.

Le prêtre, tout en sourire rétorqua: - Tu parlerais peut être avec moins d’assurance si tu avait à l’esprit les versets du Nouveau Testament que voici:

- Au numéro vingt cinq du premier chapitre de la première lettre aux Corinthiens: « Car ce qui parait être la folie de Dieu est plus sage que la sagesse des hommes, et ce qui parait être la faiblesse de Dieu est plus fort que la force des hommes ».

- Aux numéros vingt sept et vingt huit du même chapitre: « Mais Dieu a choisi ce que le monde estime fou pour couvrir de honte les sages; il a choisi ce que le monde estime faible pour couvrir de honte les forts; il a choisi ce que le monde estime bas et méprisable, ce qui n’est rien à ses yeux, pour détruire ce qu’il estime important ».

Emmanuel: - Je vous retourne la question, monsieur: Si des musulmans m’interpellent par la question que je viens de vous poser, me permettrez vous de leur répondre comme vous venez de me répondre?

Le prêtre: - Te le permettrais-tu toi-même Emmanuel?

Emmanuel: - Certainement pas, monsieur, et croyez-moi, cela ne m’avance pas beaucoup.

Le prêtre: - Je n’en doute pas, mais continue de te laisser guider par ta raison, comme tu le fais depuis un bon moment déjà. Reprends ta lecture maintenant et si tu persévères et que ton intention est pure, Dieu finira par éclairer ton esprit.
La grandeur de Dieu et la sainteté de ses prophètes

vues par les deux Testaments

Assidûment, j’entrepris de lire le livre des Nombres, mais je ne pus aller au-delà du douzième verset du vingtième chapitre: « Mais le Seigneur dit à Moïse et à Aaron: - Vous n’avez pas eu confiance en moi, vous n’avez pas laissé ma sainteté se manifester aux yeux des Israélites ». Là, il fallait de nouveau que je consulte le prêtre:

Monsieur le curé, entendez-vous ces paroles de la Torah? Elle prétend que Moïse et Aaron ne croyaient pas en Dieu, puisqu’ils n’avaient pas confiance en lui. Est-ce qu’un prophète peut douter de Dieu?

Le prêtre: - Et ce n’est pas tout, Emmanuel. La Torah avance au quatorzième verset du vingt septième chapitre du livre des Nombres, que Dieu a dit à Moïse et à Aaron: « En effet, vous avez désobéi à mes ordres » et le Psaume 106.32 dit que Moïse parla sans réfléchir.

Il se trouve aussi qu’un de nos prêtres, William Smith, reprend dans son livre ‘’ Le chemin des saints’’ ce que la Torah attribue aux prophètes comme manquements à leurs missions et leur déviation de la voie sacrée tracée pour eux par Dieu. L’écrivain, plutôt que de remettre en cause l’authenticité du texte, ne trouve pas mieux que de soutenir ces aberrations en les justifiant par - tiens-toi bien, mon petit – un manque de conviction chez les prophètes. Il ne manque pas d’exprimer à leur sujet son amertume et sa déception de voir qu’il n’existe d’intégrité totale chez aucun être humain! Excepté, dit-il, l’unique parfait qui est sans égal. Il a exprimé cette tristesse notamment en abordant le cas d’Isaac, auquel la Torah impute le mensonge et la trahison.

Qu’il est donc regrettable que des êtres si proches de Dieu et de surcroît élus par ses soins, aient autant besoin de sermon!!

Emmanuel: - Puisque nous parlons de William Smith, il a l’air d’être passé à côté de nombreux autres mensonges:

- La Torah attribue le mensonge à Dieu lui-même, si nous faisons référence à l’histoire où il interdit à Adam de manger les fruits de l’arbre. Auquel mensonge, la même Torah oppose la bonne foi et la sincérité du serpent.

- La Torah ne manque pas non plus de rapporter que Dieu, puissant et grand, a depuis le début de son message, ordonné à Moïse de mentir, lui et les anciens Israélites, quand ils seraient devant le pharaon.

- Par ailleurs, au dixième verset du quatrième chapitre du livre de Jérémie, nous pouvons lire: « Ils diront: Ah Seigneur Dieu, tu as trompé ce peuple, tu as trompé Jérusalem en promettant que tout irait bien, alors que nous avons le couteau sur la gorge! ».

Pourquoi s’offusquer? Il se répète dans nos révélations que Dieu n’hésite pas à se servir du mensonge et de la tromperie. Ce sont bien nos livres saints qui imputent à Dieu, puissant et grand, le mensonge, la tromperie et l’enseignement du mensonge. Où est donc William Smith dans tout cela? Où sont son amertume et ses sermons? A propos, quand il faisait exception de l’unique parfait et sans égal, de qui parlait-il?

Le prêtre: - Cela ne peut être que Jésus le Christ, évidemment.

Emmanuel: - Parlons-en; lui non plus n’est pas épargné par l’accusation de mensonge dans le Nouveau Testament. Le ton est donné dans l’Evangile selon Jean, qui décrit à partir du huitième verset du septième chapitre, une attitude de Jésus pour le moins douteuse quand il dit à ses frères: « Allez à la fête, vous. Je ne vais pas à cette fête, parce que le moment n’est pas encore arrivé pour moi. Ils leur dit ces mots et resta en Galilée. Quand ses frères se furent rendus à la fête, Jésus y alla aussi, mais sans se faire voir, en secret ».

Vous me direz peut être que ceci ne relève pas du mensonge? Et ce n’est rien comparé aux énormités dont nos livres ont voulu gratifier la sainteté du Christ. Quand je pense à William Smith et ses sermons!

Eliezer: - J’ai été attentif à ce que vous avez lu dans la Torah, depuis le début jusqu’à maintenant, tout comme j’ai été attentif à toutes vos discussions. Vous avez soulevé des problèmes graves dont je ne peux nier désormais l’existence dans notre Torah, même si ma conscience ne peut admettre qu’il y ait de telles aberrations dans le livre de Dieu. Rassurez moi, monsieur le curé; voyez vous pour nous chrétiens une issue honorable, une sortie de ce pétrin?

Le prêtre: - Cher Eliezer, votre fortuné fils, Dieu le préserve et le

soutienne, cherche lui-même l’issue, dans la lumière du droit chemin et Dieu ne peut que le guider vers le succès. Cependant, je ne voudrai surtout pas, Eliezer, que vous suiviez à la lettre tout ce que nous disons Emmanuel et moi, ou ce que d’autres disent. Je vous demanderai seulement d’écouter attentivement notre conversation. Vous n’avez qu’à vous laisser ensuite guider par votre raison et votre conscience. Bien entendu, nous resterons à votre disposition pour répondre à vos questions et dissiper vos soupçons.

Toupet, haine et indécence.

Emmanuel: - Il a été publié dans la presse qu’un drôle de livre a été trouvé chez un élève, dans une école de la ville de Saida. C’est la traduction d’un livre Français écrit par un groupe de professeurs et intitulé: Abrégé de l’histoire de France. On peut le trouver à la bibliothèque catholique de Lyon et de Paris. C’est un livre tout simplement indigne d’une société dite civilisée. En voici un extrait: Les Arabes sont originaires d’Arabie. Ils ont embrassé la religion de Mohammed le menteur qui a imposé à ses adeptes un devoir sacré qui consiste à répandre cette religion par la force des armes. Ceux qui ont appliqué les instructions de leur prophète menteur ont conquis une partie de l’Asie, l’Afrique du Nord et l’Espagne. Ils ont franchi les Pyrénées et envahi la Gaule.

Monsieur le curé, les auteurs de ce livre auraient pu au moins observer le respect que leur imposent leurs propres Evangiles à l’égard des prophètes. Il est le moins qu’on puisse dire, choquant de voir des gens sensés être parmi les détenteurs de l’instruction dans leur nation, se plaire à insulter un prophète? Ou peut être, cela devient-il acceptable lorsqu’il s’agit de celui de l’Islam?

Vous, monsieur le curé, ainsi que toute personne ayant consulté l’histoire de l’Islam, savez que durant toute sa vie, le prophète des musulmans n’a cessé d’avoir une réputation d’homme loyal et digne de confiance, réputation qui ne l’a d’ailleurs jamais quitté même antérieurement à la révélation et il n’a été démenti par les gens qu’à cause de son appel à l’unicité divine et de son projet de réforme sociale. Même les païens les plus déterminés de son époque ne l’ont traité de menteur que sur cette question là. Il faut tout de même reconnaître que c’était le moins qu’ils pouvaient faire étant donné la taille de l’enjeu.

Quel toupet alors de messieurs les professeurs, à insulter cet homme illustre, ce réformateur hors du commun. C’est même une insulte à toutes les religions et à l’humanité entière.

Le prêtre: - Je ne sais que dire, Emmanuel, si ce n’est que pour commencer, l’histoire démontre que le prophète des musulmans n’a pas diffusé sa religion par la force de l’épée comme voudraient le faire croire ces gens, mais plutôt par la douceur. Ce sont les persécutions sauvages dont lui et ses compagnons ont fait l’objet de la part des païens, qui les ont poussés à défendre leurs vies et surtout le message dont ils étaient porteurs. Toutes ces guerres n’ont été motivées que par la défense des droits de l’homme et de sa dignité et seule la réforme préconisée par le message divin dont était chargé le prophète offrait en effet le cadre garantissant ces droits.

ais les guerres du prophète Mohammed n’ont été dictées par la haine et l’hostilité, tout comme son pouvoir n’a jamais été souillé par la tyrannie et la cruauté. Il avait au contraire un penchant naturel pour la paix et il a consacré sa vie à la faire aimer et à la préserver.

Eliezer: - Tu as lu, Emmanuel, que même les deux Testaments prêtent le mensonge à Dieu puissant et grand lui-même, tout comme ils l’imputent aux prophètes. Vois-tu, ces écrivains ne font que prendre exemple sur leurs livres saints, et c’est tout naturellement que le prophète de l’Islam n’échappe pas à la règle. Crois-tu par conséquent qu’il y ait de quoi être chagriné, fiston?

Le prêtre: - Ton père a raison, Emmanuel, ce que disent ces gens là n’a aucune importance. Ce sont des paroles qui n’engagent que leurs auteurs et tu n’as pas à en être triste. Tu ferais mieux de reprendre ta lecture.

Que pouvais-je faire, sinon suivre le conseil du prêtre? J’ai donc repris la lecture de la Torah, jusqu’au chapitre 31 du livre des Nombres. J’y ai trouvé que lorsque les Israélites eurent fini de massacrer les Madianites et fait prisonniers leurs femmes et leurs enfants, sur ordre de Moïse, celui-ci leur ordonna de nouveau de tuer tous les garçons, de même que toutes les femmes qui avaient été mariées, mais qu’ils pouvaient garder pour eux toutes les filles encore vierges et dont le nombre s’élevait alors à trente deux mille filles. Je me suis aussitôt retourné vers mon père et le prêtre pour leur dire:

- Avez-vous entendu ce que je viens de lire? Ils ont gardé vivantes uniquement les filles vierges et le nombre de celles-ci est déjà de trente deux mille. A combien, à votre avis, pouvait s’élever le nombre des femmes mariées et des garçons qui ont été exécutés? L’immolation de femmes et d’enfants, l’extermination de tout un peuple, toute cette barbarie, toutes ces horreurs dont on ne retrouve de trace dans aucune civilisation humaine, répondaient-elles aux exigences d’une loi divine?

Le prêtre: - Décidément, tu ne manqueras jamais de mettre le doigt sur les sujets qui fâchent, mais tu sais bien que la Torah pullule de ce genre d’exemple.

En effet, au deuxième chapitre du livre Deutéronome, verset 34, Moïse dit en évoquant l’occupation du royaume de Sihon, roi des Amorites: « Aussitôt après, nous nous sommes emparés de toutes ces villes; nous les avons complètement détruites, et nous y avons exterminé les hommes, les femmes et les enfants; nous n’avons laissé aucun survivant ».

Ensuite, en racontant la conquête d’Og, il dit au début du chapitre trois: « Alors le Seigneur m’a dit: N’aie pas peur de lui! Je vais le livrer à ton pouvoir, avec toute son armée et son pays. Tu le traiteras comme tu as traité Sihon, le roi des Amorites, qui résidait à Héchebon. Le Seigneur notre Dieu nous a donc aussi donné la victoire sur Og et son armée: nous les avons battus sans laisser le moindre survivant »; et un peu plus loin: « Il y avait en outre un très grand nombre de villages non fortifiés. Nous avons complètement détruit toutes ces localités et nous y avons exterminé les hommes, les femmes et les enfants, comme nous l’avions fait dans le pays du roi Sihon ».

La Torah nous fait bien comprendre (Deut 2.25; 3.2) que ces actions ont été commises sur ordre de Dieu, tout comme elle rapporte au vingtième chapitre du même livre, que c’est encore Dieu qui ordonna l’extermination totale des Hittites, Amorites, Cananéens, Périzites, Hivites et Jébusites.

C’est la même voie qui a été suivie par Josué fils de Noun durant ses guerres, comme tu le verras dans le livre de Josué, où les tués parmi les femmes et les enfants se comptent par centaines de milliers.

Emmanuel: - Je ne me sens pas bien. L’écoeurement est le seul sentiment que m’inspire la cruauté de cette loi qui institue le massacre de femmes et d’enfants. Et vous père, votre esprit accepte-t-il que ces horreurs soient dictées par la loi de Dieu?

Eliezer: - Cela ne m’effleure même pas l’esprit. Dieu, gloire à sa majesté, est trop bon pour que sa sainte loi se manifeste sous un caractère aussi féroce que nous le décrit la Torah. Mais que veux-tu que je te dise en présence de monsieur le curé qui est là et écoute. C’est à lui qu’il faut demander de nous expliquer les raisons de la présence de ces absurdités dans nos livres saints.

Le prêtre: - Eliezer, auriez-vous déjà oublié que nous avons été maintes fois confrontés à d’autres événements de même gravité et que leur présence dans la Torah nous avait mis dans ce même état d’âme? Eh bien, chaque chose en son temps. Si vous faites preuve de patience et que vous vous montrez suffisamment attentifs, c’est vous-même qui nous en donnerez les raisons, n’est-ce pas Emmanuel!

De l’Egypte aux plaines du Moab

Emmanuel: - Le trente troisième chapitre du livre des Nombres retrace les différentes étapes parcourues par les Israélites, lorsqu’ils quittèrent l’Egypte sous la conduite de Moïse et d’Aaron et ce, jusqu’à ce qu’ils eurent atteint les alentours du Jourdain où mourut Moïse, que la paix soit sur lui.

La Torah mentionne quinze étapes, du désert du Sinaï jusqu’à Mosserot et les différentes étapes à partir de Mosserot sont dans l’ordre suivant: Bené yacan, Hor-guidgad, Yotbata, Abrona, Ession-Guéber, Gadès, dans le désert de Tsin, et de Gadès à la montagne de Hor. C’est sur cette montagne que mourut Aaron, à l’âge de cent vingt-trois ans, quarante ans après que les Israélites eurent quitté l’Egypte. De là, les Israélites se rendirent à Salmona, de Salmona à Pounon, de Pounon à Obot, d’Obot à Yé-Abarim, à la frontière du Moab. Les dernières étapes sont: Dibon-Gad, Almon-Diblataïm, les monts Abarim, les plaines du Moab, prés du Jourdain et en face de Jéricho (Nomb 33.16-48).

La Torah rapporte également que Dieu a choisi les descendants de Levi pour seconder Aaron et s’occuper de certaines taches concernant la tente de la rencontre dans le désert du Sinaï, ainsi que l’expliquent les chapitres 3, 4, 8 et 16 du livre des Nombres.

Le prêtre: - Je ne vois pas très bien où tu veux en venir; à quoi fais tu allusion, Emmanuel?

Emmanuel: - Vous allez vite comprendre le but de cette introduction. Le dixième chapitre du livre Deutéronome rapporte les paroles de Moïse à qui le Seigneur avait donné l’ordre de tailler deux tablettes de pierre semblables à celles qu’il avait façonnées précédemment, de les emporter sur la montagne pour que le Seigneur écrive sur ces nouvelles tablettes les dix commandements, comme il l’avait fait sur les précédentes que Moïse avait fracassées, (Deut 10. 1-5). Moïse parle aussi de son jeune qui dura quarante jours sur la montagne, comme la première fois (Deut 10.10).

Seulement, au milieu de ce discours, nous-nous retrouvons brusquement poussés au milieu d’une tout autre histoire: « Les Israélites quittèrent les puits de Bené-Yacan pour Mosséra. C’est là qu’Aaron mourut et fut enterré; son fils Elazar lui succéda comme prêtre. De là, les Israélites se rendirent à Goudgoda et de Goudgoda à Yotbata, endroit où l’on trouve plusieurs cours d’eau. A cette époque le Seigneur confia à la tribu de Lévi les taches particulières suivantes: porter le coffre de l’alliance du Seigneur, se tenir à la disposition du Seigneur pour le servir et prononcer la bénédiction en son nom » (Deut 10.6-8).

Monsieur le curé, je n’ai pas l’intention de soulever les contradictions apparentes entre ce chapitre et le chapitre trente trois du livre des Nombres, relatives surtout à l’ordre des étapes parcourues par les Israélites. Mais ne trouvez-vous pas bizarre cette fois, que la Torah se contredise elle-même sur un événement aussi important que la mort d’Aaron, en la situant à deux endroits différents?

Rappelons-nous en effet, qu’au chapitre 33 du livre des Nombres, nous avons lu qu’Aaron est mort sur la montagne de Hor, et en lisant le chapitre 10 du livre Deutéronome, nous sommes surpris de lui découvrir une autre mort, cette fois à Mosséra, soit huit étapes avant la montagne de Hor. Ceci d’une part.

D’autre part, j’ai beau me creuser la tête, je n’arrive pas à faire le lien entre cette histoire et celle des deux tablettes, tout comme je ne saisis pas la subtilité du rapport avec le choix porté par Dieu sur les descendants de Levi, pour le servir dans le désert. En fin de compte, tout ce que je vois, ce sont trois sujets collés les uns aux autres sans rapport ni circonstance: deux itinéraires contradictoires pour un même parcours, et un homme de la célébrité d’Aaron, qui meurt à deux endroits différents et éloignés l’un de l’autre.

Le prêtre: - Ce que tu dis est exact. Nous sommes effectivement confrontés à une grande confusion, mais que veux-tu que l’on y fasse! Encore une fois, c’est l’état de notre Torah et c’est ainsi qu’elle nous est parvenue.

Emmanuel: - Le plus drôle, monsieur le curé, c’est que la traduction éditée en 1811 comporte quelques rajouts dans le but d’établir des liens et créer un contexte, afin que, en rattachant ces fragments de textes, elle puisse leur donner un sens, mais cela n’a pas abouti aux résultats espérés par l’auteur. Je me demande ce qui pousse nos amis à agir de la sorte.

Le prêtre: - Encore une fois, ce que tu n’aimes pas est arrivé et je te conseille vivement de t’y faire car cela risque fort de se reproduire, et plutôt deux fois qu’une, lis.

Le prophète annoncé par la Torah

Je repris donc sagement ma lecture jusqu’au chapitre dix-huit du livre Deutéronome, là où Moïse annonce la venue prochaine d’un prophète: « Il vous enverra un prophète comme moi, Moïse, qui sera un membre de votre peuple; vous écouterez ce qu’il vous dira. C’est bien ce que vous avez demandé au Seigneur, le jour où vous étiez rassemblés au mont Horeb; vous aviez dit: « Nous ne voulons plus entendre le Seigneur notre Dieu nous parler directement, ni voir ce feu ardent! Nous ne tenons pas à mourir! » Le Seigneur m’a alors déclaré: « Ce peuple a eu raison de parler ainsi. Je vais leur envoyer un prophète comme toi, qui sera membre de leur peuple. Je lui communiquerai mes messages, et il leur transmettra tout ce que je lui ordonnerai. Si un homme ne tient pas compte des paroles que le prophète prononcera en mon nom, je le punirai moi-même. Mais si un prophète a l’audace de prononcer en mon nom un message que je ne lui ai pas communiqué, ou s’il parle au nom d’autres divinités, il devra être mis à mort. » Vous vous demandez peut-être comment on peut reconnaître qu’un messager ne vient pas du Seigneur. Eh bien, si un prophète annonce quelque chose au nom du Seigneur et que cela ne se réalise pas, c’est que son message ne vient pas du Seigneur. Le prophète a eu l’audace de le prononcer lui-même. Ne vous laissez pas impressionner par lui. » (Deut 18. 15-22).

A la lecture de ces phrases, je ne pouvais que m’arrêter pour mieux apprécier la portée du message. Je décidai donc de m’en remettre au prêtre:

- Monsieur le curé, ces paroles recèlent un savoir considérable, et elles sont porteuses d’informations inestimables sur l’histoire de la prophétie. Peut-on connaître le prophète auquel fait allusion ici la Torah?

Le prêtre: - Le Nouveau Testament nous informe qu’il s’agit du Christ. Je t’invite à consulter le livre Actes des apôtres, au troisième chapitre, versets vingt-deux et vingt-trois, ainsi qu’au septième chapitre, verset trente-sept. Et toi Emmanuel, ne croîs-tu pas que c’est la venue de Jésus que la Torah annonçait?

Le Christ dans les Evangiles

Emmanuel: - Ce n’est certainement pas ce qu’on serait tenté de croire en lisant les Evangiles. Dans l’Evangile selon Matthieu, Jésus dit qu’après sa mort, il passerait trois jours et trois nuits dans la terre (Matt 12.40). Or, les différents Evangiles rapportent qu’il n’est resté dans son tombeau que le soir du vendredi, la nuit et le jour du samedi, ainsi qu’une partie de la nuit du dimanche, car les femmes qui sont venues au tombeau, tôt le dimanche, ne l’y trouvèrent pas et c’est l’ange descendu du ciel qui les à informées que Jésus était revenu de la mort à la vie.

Les Evangiles, dans leurs derniers chapitres, sont très explicites sur les conditions de la mort, de la mise au tombeau et de la résurrection de Jésus. Ce sont aussi les Evangiles qui disent que Jésus parlait au nom de Dieu et, ce faisant, il prédisait avec précision le temps qu’il passerait sous terre. Et voilà que ces mêmes Evangiles démentent le Christ sur le même propos.

Quant à moi, je ne peux chasser de mon esprit la référence faite par la Torah au prophète menteur: « Mais si un prophète a l’audace de prononcer en mon nom un message que je ne lui ai pas communiqué, ou s’il parle au nom d’autres divinités, il devra être mis à mort.» (Deut 18.20). Cela nous amène à conclure, et il m’est bien pénible de l’admettre, que le Christ, hurlent les Evangiles, n’est pas le prophète annoncé par Dieu.

D’autre part, l’Evangile selon Jean cite vers la fin du dixième chapitre que les juifs ont dit à Jésus: « Tu n’es qu’un homme et tu veux te faire Dieu. Jésus répondit: - Il est écrit dans votre loi que Dieu a dit: « Vous êtes des dieux. » Nous savons qu’on ne peut pas supprimer ce qu’affirme l’Ecriture. Dieu a appelé dieux ceux à qui s’adressait sa parole. »

Monsieur le curé, par ces paroles, l’Evangile attribue à Jésus rien de moins que le polythéisme et qui, pour se conforter dans sa tendance polythéiste n’hésite pas à agiter l’argument de la loi. Mais il suffit de lire le psaume 82 pour comprendre que les dieux dont il est question ne sont que ceux qu’il veut blâmer pour leur orgueil devant leur créateur, ceux qui par leur attitude se substituent à Dieu et abusent de leur autorité spirituelle sur les hommes.

Dites-moi donc, monsieur, l’écrivain de ces paroles ne saisissait-il pas le véritable sens de ce qu’il lisait dans les psaumes, ou bien s’en est-il sciemment servi dans le seul but de déformer la vérité et jeter le discrédit sur le Christ, et je sais que c’est une pratique à laquelle n’ont pas échappé les autres prophètes avant lui?

Je voudrai qu’on s’en tienne à cet exemple, mais d’autres atteintes à la sainteté du Christ parsèment le Nouveau Testament qui associe le polythéisme à Jésus, à plusieurs reprises (Matt 22.41-45; Marc 12.35-37; Luc 20.41-44). Jésus, en effet, s’est élevé contre les propos des Pharisiens selon lesquels le Messie serait un descendant de David. Jésus, pour réfuter cette affirmation, a voulu tenir pour argument les paroles même de David: « Comment donc David, guidé par le Saint-Esprit, a-t-il pu l’appeler « Seigneur »? Car David a dit: « Le Seigneur Dieu a dit à mon Seigneur: Viens siéger à ma droite, jusqu’à ce que je mette tes ennemis sous tes pieds. » Si donc David l’appelle « Seigneur », comment le Messie peut-il être aussi descendant de David? »

Encore une fois, on veut déformer la vérité, car « Seigneur » ne veut pas forcément dire « Dieu ». Tiens, en lisant le psaume 110 dans son origine hébraïque, on voit bien que c’est le terme « Seigneur » qui est utilisé et non « Dieu », sachant que dans l’hébreu, Seigneur ne veut pas dire Dieu et ce, en raison du fait que le terme « Seigneur » s’accorde à l’être humain.

Monsieur le curé, nos Evangiles nous montrent que Jésus est loin d’être le prophète pieux et vertueux annoncé par la Torah et le raisonnement qui nous est présenté suggère qu’il est tout le contraire de ce prophète là. Mais loin de Jésus ces attributs calomnieux, et Dieu, pour avoir fait de lui son envoyé à l’humanité, sait qu’il est saint de toute attitude ou même pensée polythéiste. C’est pourquoi, il l’a élu pour une mission aussi sacrée que celle de transmettre aux hommes le message divin, les éduquer et les orienter sur le droit chemin.

C’est dire que la main de l’homme a sévi dans nos livres saints et en a corrompu les textes pour charger les prophètes de tares et de perversions, comme on en lit à tout bout de page dans l’Ancien et le Nouveau Testaments.

La Torah dit également que les Israélites étaient épouvantés d’entendre les paroles de Dieu, car ce qu’elles leur révélaient sur sa majesté et sa magnificence, les miracles et les signes sur l’au-delà, avait pour eux quelque chose d’effrayant. Ils demandèrent alors que Dieu s’adresse à eux par un autre moyen, ce que Dieu leur accorda et les informa qu’il transmettrait ses paroles par la bouche de ce prophète. Seulement voilà, ainsi que l’établissent l’Ancien et le Nouveau Testament, que ce soit le Christ ou les prophètes qui l’ont précédé, leur bouche n’a pas été le moyen direct par lequel Dieu s’est adressé aux humains.

Nous avons des exemples où ses paroles viennent d’un arbre ou d’une montagne. Dans d’autres cas, Dieu se sert de moyens plus détournés pour transmettre son message. C’est ainsi que Jésus et ses prédécesseurs ont parlé de leur propre langage, bien que fondé sur l’inspiration divine.

En outre et c’est le côté plus délicat de l’histoire, la Torah nous informe que le prophète par lequel Dieu s’adresserait à ses créatures serait issu des frères des Israélites, non des Israélites eux-mêmes. Or, Jésus, de par sa mère, est issu des Israélites et non de leurs frères.

Le prêtre: - Mais Emmanuel, que fais-tu des paroles de Moïse disant: « Il vous enverra un prophète comme moi, Moïse, qui sera un membre de votre peuple ».

Emmanuel: - Je suis navré de devoir vous contredire, monsieur, mais ce n’est pas ce que dit le texte d’origine hébraïque, lequel précise au contraire que le prophète en question serait issu des frères des Israélites.

Le prêtre: - En tout cas, nos saintes traductions disent bien qu’il serait issu du peuple d’Israël.