AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)
 
La légende des gharaniq

Le Cheikh: - Questionne Emmanuel; il est normal que tu cherche à bien comprendre, pour que soit dissipée de ton esprit toute ambiguïté et que soient évacués les obstacles qui entravent ta connaissance.

Emmanuel: - Votre prophète, quand il eut fini de lire à la Mecque, en présence des païens, la sourate an-Nadjm (l’Etoile) disant aux versets 19 et 20 « Dites-moi si la Lât et la Uzzâ, et cette troisième, la Manât », il aurait selon les dires, ajouté « ces illustres gharaniq desquels l’intercession est espérée ».

Est-il raisonnable que Dieu charge un prophète d’une mission aussi sacrée que celle de guider ses créatures sur le chemin de la foi et de l’unicité divine, sachant que l’homme choisi pour cette œuvre montre des penchants polythéistes, glorifie les idoles devant les païens et plus grave encore, les sanctifie en leur attribuant des qualités supérieures?

Le Cheikh: - As-tu lu cette histoire de gharaniq dans le Coran, ou bien l’as-tu trouvée dans les hadith (discours) répétés du prophète? Existe-t-elle dans les recueils musulmans de hadith? Si c’est le cas, y a-t-il une liaison ininterrompue entre les transmetteurs du hadith, jusqu’au témoin de l’événement? Par ailleurs, trouves-tu que les musulmans reconnaissent cette histoire? Ses narrateurs sont-ils réputés satisfaisants et dignes de foi chez les musulmans, tant dans leur travail de tous les jours que dans leur religion? Ce sont là quelques uns des critères qui contribuent généralement à juger de l’authenticité d’un hadith.

Emmanuel: - Je dois reconnaître que je n’ai rien trouvé de tout cela.

Ce que j’ai appris, c’est que l’ensemble des chiites considère cette histoire comme pure légende. Parmi les sunnites, an-Nassafi dit que l’utilisation de cette histoire est inacceptable et al-Baydhaoui dit que son utilisation est réfutable parmi les enquêteurs. Quant à al-Khazin, dans son commentaire du Coran, il dit que les savants doutent de son origine, raison pour la quelle les recueils justes ne la mentionnent pas, les transmetteurs ne constituant pas une chaîne continue et surtout n’étant pas dignes de foi. Seuls quelques commentateurs et historiens passionnés par l’insolite et n’hésitant pas à mélanger le juste et le faux, l’ont effectivement racontée.

Autre preuve réfutant cette histoire, la confusion constatée dans son récit, ainsi que l’éparpillement de ses transmetteurs dans le temps. En outre, elle a été démentie par al-Qadhi ‘Ayadh, qui adopte sur ce sujet une position proche de celle d’al-Khazin. Dans as-sira al-halabya, c’est tout un groupe de savants qui a récusé cette histoire, disant qu’il ne s’agit que d’un mensonge et qu’elle a été créée de toutes pièces par des athées. Ar-Razi dans son interprétation, affirme que cette histoire est une pure invention et qu’il n’est pas permis de s’en servir. Al Baidhaoui de son côté, soutient que les narrateurs de cette histoire sont tous réputés de mauvaise foi. Quant à an-Nawawi, reprenant al- Baydhaoui, dit que ce que rapportent les chroniqueurs et les interprètes selon lesquels, la raison qui justifierait le soudjoud des païens avec le prophète (a.a.a), tiendrait de son soit disant discours élogieux à l’égard de leurs divinités, n’est en vérité qu’une calomnie et un ramassis de mensonges, ne tenant compte ni des règles élémentaires de la narration, ni ne serait-ce que d’un semblant de bon sens.

Dans le récit de Sayed Ahmed Dahlan, la légende des gharaniq trouve des défenseurs parmi certains narrateurs et interprètes, mais elle est démentie par les autres, qui l’ont qualifiée de pure invention. En fait, les défenseurs de cette histoire expriment des points de vue divergents et les enquêteurs soutiennent que la fameuse expression n’est pas de la bouche du prophète (a.s.s), mais ce serait plutôt les paroles du diable, qui seraient arrivées aux oreilles des païens et non à celles des musulmans. On dit aussi qu’un des païens aurait prononcé ces paroles, alors que le prophète (a.s.s) récitait le verset coranique.

Cheikh, il se trouve que parmi les interprètes, certains ont tendance à vouloir démontrer l’étendue de leur instruction et de leurs connaissances sur les raisons de la révélation du Coran, au point de s’agripper à des arguments aussi fragiles et incohérents que cette histoire de flamants, laquelle serait selon certains, la raison de la révélation à la Mecque, du verset 52 de la sourate al-Hadj (le Pèlerinage): « Nous n’avons jamais envoyé de prophètes ou d’envoyés avant toi… », Prétendant que la sourate al-Hadj aurait été révélée à la Mecque, au soir du prétendu événement des flamants, à la cinquième année de la mission du prophète. Cette hypothèse a peu de chance de trouver des défenseurs, puisque la sourate en question a été révélée à Médine, dans sa totalité, ainsi que le rapporte Ibn Abbas, Ibn az-Zoubeir, Qotada, Adh-Dhahhak et d’autres.

En effet, la sourate al-Hadj ne peut pas avoir été révélée à la Mecque, puisqu’elle fait référence à l’éloignement des croyants de la Mosquée sacrée, chose qui ne pouvait se produire qu’après l’hégire. D’autre part, la sourate contient l’appel au pèlerinage comme le montre le verset 27 « Lance parmi les hommes un appel pour les inviter au pèlerinage. Ils viendront à pied ou sur toute monture maigre, ils viendront de tout lieu éloigné », et ceci n’est arrivé bien sur qu’au bout de quelques années après l’hégire. La sourate cite également la permission au combat, ce qui ne pouvait avoir lieu avant l’hégire. Enfin, elle contient l’ordre au djihad (guerre sainte), lequel a été lancé bien entendu après l’hégire.

Cheikh, vous avez sans doute lu ce qui a été écrit à ce sujet dans la première partie du livre al-houda, à propos de la contradiction et de la confusion par lesquelles brille cette histoire, et ce que je me suis permis d’exprimer dans ce sens n’est qu’un modeste supplément à ce que l’on peut lire de la page 124 à 128 de ce livre.

Le Cheikh: - Dis-moi Emmanuel, comment peux-tu alors suggérer un seul instant, que notre prophète ait pu prononcer « Ces illustres gharaniq »?

Emmanuel: - Ayez la bonté d’accepter mes plus humbles excuses, cheikh; c’est en vérité une histoire que j’avais d’abord lue dans le livre de Jam‘iyet kitab al-hidaya, édité sous le patronage des missionnaires américains, et qui a soulevé ce sujet dans sa première partie, à la page 62. Ils ont tenté de montrer qu’il s’agissait d’une histoire authentique et pour avoir l’air convaincants, ils n’ont pas hésité à faire allusion à des références en disant: Ibn Abbas a dit, ainsi que l’ensemble des interprètes, anciens ou récents. C’est de cette manière que l’histoire a été exposée. Nous la retrouvons également dans ar-rihla al-hidjazya, du cheikh Gharib Ibn ach-cheikh ‘Adjib, lequel dit aussi: Les interprètes ont dit.

J’ai de ce fait considéré, en me basant sur leur bonne foi, que les musulmans et leurs interprètes étaient unanimes sur l’authenticité de l’histoire. Cependant, certains éléments ont attiré mon attention sur le fait qu’on ne devait pas compter sur n’importe quel traducteur. C’est alors que je me suis mis à enquêter sur la question, qui s’est avérée n’être finalement qu’une légende, comme je vous l’ai expliqué.

Par ailleurs, les livres de récits reconnaissent eux même qu’ils rapportent aussi bien le hadith (discours du prophète) authentique, que celui qui ne l’est pas, mais aussi celui ou la chaîne des transmetteurs allant jusqu’au prophète n’est pas complète, sans compter le hadith ambigu. C’est ce que dit al-Halabi au début de son récit de la vie du prophète.

Le Cheikh: - Quelle mouche t’a piqué Emmanuel? Douterais-tu maintenant de ce que disent tes amis?

Jam‘iyet kitab al-hidaya – Hachem al-‘Arabi – al-Gharib Ibn al -‘Adjib

Emmanuel: - A` vrai dire, ce qui m’a mis la puce à l’oreille, c’est surtout ce que nous avons dit à propos du livre de Jam‘iyet kitab al-hidaya. Celle-ci prétend tout simplement que Dieu n’a jamais dit dans la Torah: « il fit de ce septième jour un jour béni », et ce, bien que ces paroles soient bel et bien écrites dans la Torah et connues de tous. D’autre part, ce qui m’a poussé à ne pas m’appuyer sur ce que rapportent ces ouvrages, ce sont les mensonges avérés de l’association Jam‘iyet kitab al-hidaya, selon laquelle le Coran aurait cité le mot Qabil et ce, parce qu’il rime avec Habil. Or, nous savons parfaitement que ces deux noms n’ont aucune existence dans le Coran.

Quant aux deux autres, ils affirment respectivement dans la première édition de l’appendice de Hachem al-Arabi, à la page onze et à la page quatre-vingt dix sept du voyage d’al-Gharib Ibn al-‘Adjib, les paroles suivantes: « la genèse rapporte également que Ismaël, quand son père Abraham mourut, il vint et l’enterra ». Constatons qu’ils ont rajouté l’expression « il vint », pour une raison immorale, car elle ne se retrouve ni dans le texte d’origine hébraïque, ni dans les différentes traductions. Tout ce que nous pouvons lire dans les N° 7, 8 et 9 du chapitre 25 de la genèse, c’est: « Abraham avait cent soixante quinze ans quand il mourut. C’est donc après une longue et heureuse vieillesse qu’il rejoignit ses ancêtres dans la mort. Ses fils Isaac et Ismaël l’enterrèrent dans la grotte de Makpéla ».

Le prêtre: - Reviens maintenant à ta lecture, Emmanuel, et reprend là où tu t’es arrêté.

L’entretien de Dieu avec Abraham les versions des deux testaments

J’ai donc repris ma lecture jusqu’au numéro trente et un et même au de là, dans le chapitre onze de la Genèse. Au bout d’un temps de lecture, j’ai demandé:

- Jusque là la Torah ne fait pas la moindre allusion à la vie d’Abraham, sa foi, son monothéisme, sa prophétie, les enseignements qu’il reçut de Dieu, alors qu’il était encore dans son pays, entre les deux fleuves, le Tigre et l’Euphrate. Tout ce qui est rapporté de sa vie, c’est que « Tera emmena son fils Abram et son petit fils Lot, fils de Haran. Il emmena aussi sa belle-fille Saraï, femme d’Abram. Il quitta avec eux Our en Babylonie pour aller au pays de Canaan. Ils voyagèrent jusqu’à Haran et s’y installèrent. Après avoir vécu deux cent cinq ans, Tera mourut à Haran ».

Ensuite, dans le chapitre douze, la Torah rapporte que Dieu ordonna à Abraham: « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père et va dans le pays que je te montrerai ». Abraham quitta Haran en compagnie de sa femme Saraï et son neveu Lot. Il était alors âgé de soixante quinze ans. Ils emportèrent toutes leurs richesses et emmenèrent les esclaves achetés à Haran.

Monsieur le curé, nous apprenons du Nouveau Testament, dans les débuts du septième chapitre de Actes des apôtres: « Le Dieu glorieux apparut à notre ancêtre Abraham lorsqu’il était en Mésopotamie, avant qu’il aille habiter Haran, et lui dit: « quitte ton pays et ta famille et va dans le pays que je te montrerai ». Abraham quitta alors le pays des Chaldéens et alla habiter Haran ».

Dieu s’était-il adressé à Abraham en Mésopotamie et la Torah aurait déplacé l’évènement à Haran? Ou alors le discours a bien eu lieu à Haran et ce serait le Nouveau Testament qui l’aurait déplacé en Mésopotamie?

A bien y réfléchir, Dieu s’est adressé à Abraham en Mésopotamie, sa terre où se trouvait la maison de son père et lieu de sa parenté, alors que Haran n’était ni sa terre, ni celle de la maison de son père, ni le lieu de sa parenté. Il était à Haran, ainsi que son père, sa femme Saraï et son neveu Lot, des étrangers. Mon père, pourquoi trouvons nous alors ce genre de déviation dans la Torah?

Le prêtre: - Que veux-tu Emmanuel; les choses ne sont pas toujours comme tu voudrais qu’elles soient, et ce que tu n’aimes pas est arrivé. Tu ferais mieux de continuer de lire.

Abraham doute

En parcourant le quinzième chapitre de la Genèse, j’ai été particulièrement frappé par ce que l’on peux lire entre les numéros sept et douze: « Il lui dit: je suis le Seigneur qui t’ai fait sortir d’Our en Babylonie pour te donner en propriété ce pays où tu es. – Seigneur Dieu, répondit Abram, comment pourrai-je être sûr que je le possèderai? Le Seigneur lui dit: amène-moi une génisse, une chèvre et un bélier de trois ans chacun, une tourterelle et un pigeon. Abram amena les animaux. Il les partagea par le milieu, à l’exception des oiseaux et plaça chaque moitié vis-à-vis de l’autre. Des vautours s’abattirent sur les cadavres, mais Abram les chassa. ». Je me suis tourné vers le prêtre en lui disant:

- Monsieur le curé, que de simples personnes offrent une terre à d’autres personnes est déjà en soit un fait très ordinaire sur terre; et là, c’est tout de même Dieu qui promet à Abraham de lui donner en propriété la terre où il se trouve. Comment Abraham peut-il douter ne serait ce qu’un instant de la promesse de Dieu et lui répondre: « Comment pourrai-je être sûr que je la possèderai? » La promesse de Dieu n’était elle pas suffisante en elle-même? Abraham n’était-il pas croyant? Où alors, aurait-il reçu la visite du fameux serpent honnête, comme ce fut le cas avant lui pour Adam et Eve, lequel serpent aurait encore usé de ses bons conseils, en disant cette fois à Abraham qu’il n’hériterait pas de ce pays et que ces paroles de Dieu sont comme celles qu’il avait adressé à Adam, le jour où Dieu l’aurait averti qu’il mourrait s’il venait à manger des fruits de l’arbre interdit?

Laissons ceci de côté et dites-moi plutôt monsieur le curé; quel est donc ce signe que Dieu a montré à Abraham, ainsi que nous l’apprend la Torah, pour qu’il soit enfin convaincu de la sincérité de la promesse? Ne trouvez-vous pas que l’expression concernant le signe et faite de propos tronqués et confus, dénués de sens et d’intérêt? Dieu n’a pas demandé à Abraham de partager les animaux par le milieu, à l’exception des oiseaux. Pourquoi Abraham a-t-il donc agit ainsi? Est-ce là vraiment la parole de Dieu? Sauf l’infini respect dû à Dieu, à ses livres, ainsi qu’à ses prophètes, loin de nous cette idée ou ce qui lui ressemble.

La foi d’Abraham dans le Coran

Le prêtre: - Puisque tu insiste sur le sujet, je me rappelle que le Coran s’exprime justement vers la fin de la sourate al-Baqara (la Vache), sur cette même question.

Emmanuel: - Tout à fait; j’ai lu le verset 260 de cette sourate: « Et [rappelle toi] lorsque Abraham dit: « Seigneur, montre-moi comment tu fais revivre les morts », [Dieu] dit: « Est-ce que tu ne cois pas? » [Abraham] dit: « Si, mais c’est pour que mon cœur soit rassuré. » [Dieu] dit: « Prends quatre [espèces d’] oiseaux, [après avoir coupé la tête, ] tout en les orientant vers toi, découpe-les et mélange-les, puis mets-en un morceau sur chaque mont; ensuite appelle-les, ils accourront vers toi en toute hâte » ».

Le prêtre: - Comment trouves-tu ces paroles, Emmanuel?

Emmanuel: - Je vois des paroles d’un énoncé homogène, présentant des preuves irréfutables d’un Abraham demandant seulement à Dieu de le rassurer en ôtant le voile devant ses yeux, pour lui faire découvrir l’expression de sa grandeur et le rendre témoin de ce dont il est déjà convaincu.

Il se trouve seulement, que la résurrection des morts possède quelque chose d’extraordinaire, qui appelle, pour une croyance sincère, une confirmation visuelle. Mais monsieur le curé, comment se fait-il que le Coran s’exprime de la sorte sur le sujet, alors que la Torah mentionne tout à fait autre chose? Et dire que le juif et le chrétien prétendent que le Coran tire ses informations de la Torah! Quelle peut être la cause de cette différence?

Le prêtre: - La raison et que seul l’un des deux livres écrit l’authentique révélation divine. Juge donc en ton âme et conscience, et continue de lire.

Abraham, Dieu et les anges

Aussitôt, j’ai repris ma lecture, cette fois au seizième chapitre de la Genèse. Il rapporte la bonne nouvelle de l’ange à Agar, femme d’Abraham. Il lui annonce la naissance prochaine d’un fils qu’elle appellera Ismaël. Au numéro sept du chapitre la Torah dit que l’ange du Seigneur s’est adressé à Agar, pendant qu’au numéro treize nous lisons: « Agar se demandait: « ai-je réellement vu celui qui me voit? » et elle donna ce nom au Seigneur qui lui avait parlé: « Tu es El Roï, le Dieu qui me voit ». D’un côté la Torat dit clairement que c’est l’ange du Seigneur qui a parlé à Agar; d’un autre côté, elle dit avec la même clarté qu’ « elle donna ce nom au Seigneur qui lui avait parlé ». Qu’est-il donc arrivé à notre Torah pour qu’elle ait autant de mal à distinguer entre Dieu et ses anges?

Le prêtre: - Garde ton calme. Tu verras que dans la Torah, des cas comme celui-ci sont monnaie courante.

Pendant que je lisais les chapitres dix sept et dix huit de la Genèse, le prêtre écoutait en souriant. J’avais beau méditer sur les contenus et leurs sens, je les trouvais contradictoires. J’avais franchement du mal à leur trouver une place dans le rationnel. Je me suis alors tourné vers le prêtre en lui demandant.

- Ayez la bonté de m’aider monsieur; vous voyez bien que la Torah dit, en résumé, que le Seigneur apparut à Abraham. Celui-ci était assis à l’entrée de sa tente, quand soudain, il vit trois hommes. Il se précipita à leur rencontre et dit à l’un d’eux: Je t’en rie, fais-moi la faveur de t’arrêter chez moi. On va apporter de l’eau pour vous laver les pieds et je vous servirai quelque chose à manger pour que vous repreniez des forces. Il leur prépara un repas et ils mangèrent. Quand l’un des visiteurs déclara à Abraham que sa femme Sara aura un fils. Celle-ci se trouvait à l’entrée de la tente et écoutait leur discussion. Elle se mit à rire car elle et son mari Abraham avaient dépassé l’âge d’avoir des enfants. Le Seigneur demanda alors à Abraham: pourquoi Sara a-t-elle ri? Y a-t-il quelque chose que Dieu ne puisse réaliser? Quand je reviendrai dans un an, Sara aura un fils.

Ensuite, toujours d’après la Torah, les hommes se mirent en route en direction de Sodome et Abraham marchait avec eux pour les reconduire. Le Seigneur se dit: je ne veux pas cacher à Abraham ce que je vais faire. Alors il l’informa: les accusation contre les population de Sodome et Gomorrhe sont graves. Je vais descendre pour vérifier ces accusations. S’ils font tout ce mal je le saurai. Deux des visiteurs partirent pour Sodome, tan disque le Seigneur restait avec Abraham. La Torah rapporte également un dialogue entre Dieu et Abraham, sur le sort de ces deux villes et quand ils eurent fini leur discussion, le Seigneur s’en alla et Abraham retourna chez lui.

Le dix neuvième chapitre rapporte l’arrivée des deux anges à Sodome. Voici en résumé ce qu’en dit la Torah: Ils furent reçus par Lot qui leur demanda de venir chez lui. Il leur prépara un repas et ils mangèrent. Durant la nuit, ils informèrent Lot que le lendemain la ville serait détruite.

Ainsi, dès le lever du jour, les anges pressèrent Lot de partir et comme il hésitait, ils le prirent par la main, ainsi que sa femme et ses deux filles et le conduisirent hors de la ville. Alors l’un des anges dit à Lot:

- Fuis pour sauver ta vie, ne regarde pas en arrière. Ne t’attarde pas dans la région et réfugie-toi dans la montagne.

Lot répondit: - Je ne pourrai pas fuir jusque dans la montagne avant que le malheur m’atteigne, et je mourrai. Tu vois cette petite ville? Elle est assez proche pour que je puisse courir jusque là. Laisse-moi m’y réfugier.

- Je t’accorde encore cette faveur de laisser intacte cette ville, répondit l’ange; Va t’y réfugier, car je ne puis rien faire avant que tu y sois arrivé.

Pardonnez-moi monsieur le curé, mais comment se fait-il que Dieu apparaisse à Abraham sous forme de trois hommes et pourquoi Abraham s’adresse-t-il à eux à la deuxième personne du singulier? « Je t’en pris, fais moi la faveur de t’arrêter chez moi ». Ensuite, il s’adresse à eux au pluriel: « Je vous servirai quelque chose à manger pour que vous repreniez des forces ». La Torah dit qu’ils mangèrent tendis qu’Abraham se tenait debout prés d’eux. Aidez-moi monsieur le curé, je sens que je me perds. Qui a donc mangé? Seraient-ils humains? Ou des anges? Ou même Dieu tout puissant? Si j’en cois la Torah, il n’y a pas le moindre doute, il s’agit bien de Dieu: (le seigneur dit: pourquoi Sara a-t-elle ri? Le Seigneur se dit: je ne veux pas cacher à Abraham ce que je vais faire. Le Seigneur dit à Abraham: les accusations contre les populations de Sodome…).

Monsieur le curé, Dieu a-t-il besoin de descendre à Sodome pour voir, afin de savoir? De toute évidence, selon la Torah, Dieu ne pouvait ni voir, ni savoir ce qui se passait à Sodome s’il n’y descendait pas, exactement comme le ferait n’importe quel humain. Ainsi, Dieu entendait bien les accusations portées contre Sodome et Gomorrhe, mais devait descendre sur place pour vérifier. Dans ce cas, où se trouvait-il puisqu’il lui fallait descendre? Et où est-il donc parti après avoir discuté avec Abraham?

Je souhaiterai aussi comprendre: comment se fait-il que les trois hommes invités d’Abraham, soient devenus deux anges? Comment se fait-il que les deux anges aient mangé chez Lot? Quand l’un des deux anges dit à Lot de sauver sa vie, celui-ci s’adresse à lui en disant: Seigneur, j’ai bénéficié de ta bienveillance, tu as sauvé ma vie. A qui donc Lot parlait-il? La Torah ne manque pas de préciser que c’est bien l’ange qui répond à Lot en disant: « je t’accorde encore cette faveur de laisser intacte la ville dont tu parles. Je ne puis rien faire avant que tu y sois arrivé. »

On s’interroge, monsieur: Est-il Dieu pour avoir le pouvoir de décider d’épargner la ville? Et pourquoi ne peut-t-il rien faire avant que Lot y soit arrivé?

Le prêtre: - Nos amis disent que les trois hommes sont en fait les trois hypostases de Dieu, qui serait apparu à Abraham dans ses trois hypostases.

Ainsi, Dieu serait Un à trois hypostases, ce qui explique qu’Abraham s’adresse à eux à la deuxième personne du singulier, car Dieu est un. Il s’adresse également à lui au pluriel, au regard de ses trois hypostases.

Emmanuel: - J’aurai bien demandé comment Dieu peut être un et trois en même temps, mais on m’aurait répondu: Tais-toi, dépourvu de foi que tu es! C’est une question surnaturelle, qui trouve ses réponses au-delà de la raison et du raisonnable. Et voilà qu’en même temps, d’autres questions me brûlent la langue: Abraham savait-il que c’était Dieu qui lui était apparu dans ses trois hypostases quand il leur dit: « On va vous apporter de l’eau pour vous laver les pieds et vous vous reposerez sous cet arbre »? Il leur prépara aussi à manger. Ont-ils mangé du repas préparé par Abraham? N’oublions pas que c’étaient les hypostases de Dieu. Dieu mange-t-il? Est-il concevable que Dieu ou ses hypostases, ou même les anges, mangent? Ensuite, comment les trois hypostases se sont-ils transformés chez Lot en deux anges?

Les prodiges du Coran

Monsieur le curé, voilà que la Torah en laquelle nous croyons et que nous considérons comme étant la parole de Dieu, rapporte l’histoire avec tant de manques, de contradictions et de considérations qui la placent hors des limites de la raison.

D’un autre côté, le Coran auquel ne croient que les musulmans, nous rapporte une histoire tout à fait raisonnable, saine de toute contradiction, ainsi que nous pouvons aisément nous rendre compte en lisant les versets 69-83 de la sourate Houd (Hûd). La preuve est donnée également entre les versets 24 et 37 de la sourate adh-Dharyat (les Ouragans), où il apparaît tout à fait clair que les invités d’Abraham ne mangent pas et que ce sont en réalité des anges envoyés de Dieu.

Le prêtre me chuchota alors en souriant: - Nos amis affirment que c’est de la Torah que Mohammed prend des histoires pour le Coran, sous l’enseignement des juifs entre autres, car il ne savait ni lire ni écrire.

Emmanuel: - Il est vrai que Mohammed est un Arabe. Ils sont connus pour être des barbares païens, incapables de distinguer en métaphysique entre le rationnel et l’irrationnel et que même leur idolâtrie revêt un caractère déraisonnable.

Cependant, si comme vous dites, Mohammed prenait de la Torah, avec l’enseignement des juifs, ses histoires pour le Coran, à l’évidence il les aurait rapportées telles qu’elles sont dans la Torat, avec les lacunes, les contradictions et l’irrationnel qui les caractérisent. Il les aurait même dénaturées d’avantage, conformément aux besoins de la nature barbare de son peuple et de leurs aspirations païennes.

Seulement, j’ai pris le soin de vérifier les histoires du Coran, que les juifs et nos amis prétendent qu’elles proviennent de la Torah et du Nouveau Testament; J’y ai trouvé au contraire des textes qui apportent des corrections à toutes les erreurs dont regorgent les deux Testaments.

N’est-ce pas drôle et renversant à la fois? D’un côté, les livres des deux Testaments que nos amis considèrent comme étant la parole de Dieu, s’avèrent débordant de ce qui choque la raison et le bon sens. D’un autre côté, il y a le Coran, auquel nos amis ne veulent pas croire, sachant pourtant qu’il est le seul qui soit en conformité et en harmonie avec la raison et le bon sens.

J’aurai tant voulu que juifs et chrétiens cessent d’accuser Mohammed (a.s.s) d’avoir pris des deux Testaments les histoires du Coran, car ceci nous met devant la gênante obligation de confronter les versions, ce qui aboutira inéluctablement à révéler toute la grandeur du Coran. Quant à nous, il nous restera l’amertume de l’humiliation. Alors monsieur le curé, me permettez-vous de comparer en votre présence les histoires du Coran à celles des deux Testaments?

Le prêtre: - Tu l’as déjà fait pour l’histoire d’Adam, celle d’Abraham et les oiseaux, et à l’instant celle des anges invités d’Abraham, puis de Lot. La confrontation des livres se poursuivra fort probablement, si tu te décides à poursuivre ta lecture. Mais saches Emmanuel que tu abordes des sujets sensibles et tu parles de choses graves, qui t’attireront sans doute les foudres des tiens.

Emmanuel: - Mon peuple est pour la liberté de conscience car il aime la vérité, et comme la démonstration a toujours été un soulagement pour les esprits ouverts et que justement nous sommes devant la source, eh bien, buvons.

Le prêtre: - Tant que tu y es, bois donc à petites gorgées cher Emmanuel; rapproche-toi de la vérité à pas mesurés, pour qu’il me soit aisé de t’orienter, même si je ne serai pour toi que d’une aide toute relative. Retiens bien ce qui a précédé de ta leçon, afin que tu puisses par tes propres déductions, aboutir à la vérité. Que Dieu te guide mon enfant.

Emmanuel: - Tout est encore présent dans mon esprit, tout comme le sont vos inestimables paroles dont la lumière n’a cessé de m’accompagner depuis le début. Elles y resteront telles des caractères gravés dans la pierre. Ceci dit, mon attention ne cesse d’être attirée vers un autre aspect de l’histoire; vers la fin du dix neuvième chapitre de la Genèse, nous apprenons que lorsque Dieu détruisit Sodome et Gomorrhe, Lot à qui il avait permis d’échapper à ce bouleversement alla vivre dans la montagne où il s’installa dans une grotte avec ses deux filles. Un jour, elles s’entendirent pour soûler leur père en vue d’une relation sexuelle avec lui, afin de lui assurer une descendance. C’est ce qu’elles firent l’une après l’autre sans qu’il ne s’en rende compte. Les deux filles tombèrent donc enceintes de leur père et eurent chacune un garçon.

Monsieur, est-il concevable qu’une telle aberration s’associe à la piété et à la droiture de Lot? A propos, pourriez-vous me dire si le Coran mentionne ce genre d’histoire à son sujet?

Le prêtre: - Concevable ou pas, notre Torah dit que cela s’est passé ainsi. Quant au Coran, il ne cite à ma connaissance, rien de semblable au sujet de Lot.

La circoncision selon l’Ancien et le Nouveau Testament

En parcourant le chapitre dix sept de la Genèse, je me suis quelque peu attardé entre les numéros neuf et quinze. Je me suis dit qu’il serait injuste de poursuivre notre lecture et sauter ce passage où il question de circoncision; un sujet qui revêt un intérêt particulier.

Ce chapitre confirme en effet l’obligation imposée par Dieu à Abraham et à tous ses descendants de sexe masculin, de se soumettre à la circoncision. C’est selon les propos de la Torah, le signe de l’alliance établie entre eux et Dieu. Quant à l’homme non circoncis, il devait être exclu du peuple pour n’avoir pas respecté les obligations de cette alliance.

- J’aurai voulu savoir monsieur le curé: est-ce là une situation spécifique à Abraham, ses partisans et sa descendance, ou alors est-ce une loi générale et l’alliance de Dieu avec tous les croyants des générations à venir?

Le prêtre: - C’est l’alliance de la foi et le code des croyants. Et parce qu’il n’y avait alors d’autres croyants qu’Abraham et ses partisans, c’est tout naturellement que l’obligation les a concernés de manière exclusive. Plus tard, la loi de Moïse l’établira de façon certaine et en fera même, ainsi que l’explique le douzième chapitre de l’Exode, la condition à tous les individus de sexe masculin, afin qu’ils obtiennent le droit de participer au repas de pâque.

Les prophètes ainsi que tous les croyants ont toujours porté une attention particulière à cette consigne divine et s’y sont conformés scrupuleusement, jusqu’environ l’an cinquante après Jésus Christ. Dans sa Lettre aux Romains (4.11), Paul témoigne qu’Abraham avait reçu la circoncision comme un signe et que c’était la marque indiquant que Dieu l’avait considéré comme juste et ce, en raison de sa foi.

Emmanuel: - Puisque la circoncision est un pacte avec Dieu et une marque de la foi, qu’est ce qui a bien pu être à l’origine de la suspension de cette loi?

Le prêtre: - Les livres du Nouveau Testament disent que la circoncision a été annulée par les apôtres et Paul vers l’an 17 après Jésus Christ. Tiens, je pensais que tu avais lu le quinzième chapitre de Actes des apôtres et aussi les paroles rapportées dans les lettres attribuées à Paul.

Emmanuel: - J’ai effectivement lu le chapitre quinze du livre Actes des apôtres, lequel montre que non seulement on annule l’obligation de circoncision, mais plus grave encore, c’est toute la loi mosaïque qui s’y trouve abolie. Pourtant, Jésus a bien recommandé dans l’Evangile de préserver cette loi qu’il s’employait à faire respecter avec tant de persévérance. Cela ne les a pas empêchés de l’annuler sans s’appuyer sur une injonction divine. Cette démarche arbitraire n’a été justifiée au contraire que par des choix irréfléchis, tels la préférence et la facilitation pour les nations. Comme si nous pouvions corriger et remodeler le message de Dieu, à notre convenance.

S’agissant du discours contenu dans les lettres attribuées à Paul au sujet de l’annulation de l’obligation de circoncision, celui ci n’est fait que d’un ensemble de contradictions et de dénigrements pour la loi de Moïse. A part cela, je n’y ai rien trouvé de convainquant.

Abd al-Massih et la circoncision

Le prêtre: - Certains de nos amis prétendent que Dieu, lorsqu’il a choisi le peuple d’Israël parmi les enfants d’Abraham, pour les faire émigrer en Egypte, il savait que leur penchant les pousserait à la turpitude. C’est alors qu’il a institué la circoncision, sachant que la femme Egyptienne, en voyant cette mutilation physique, s’abstiendrait de se prêter à l’adultère. Donc, il n’était nul besoin pour le peuple d’Israël, après leur départ d’Egypte, de se conformer à l’obligation de circoncision.

Emmanuel: - Ce sont là les paroles d’Abd al-Massih dans une lettre écrite à l’époque d’al-Ma’moun. A ce que l’on dit, il voulait par cette lettre justifier l’annulation de l’obligation de circoncision. Moi je dis qu’il aurait été mieux, pour le respect de la gloire de Dieu et la sainteté de ses prophètes, qu’il ne se justifie pas. Disons à Abd al- Massih que s’il n’était nul besoin de circoncision après le départ d’Egypte, pourquoi Dieu aurait-il dans ce cas confirmé sa loi dans le désert du Sinaï, plus d’un an après leur départ? Dieu avait alors dit à Moïse que tous les males devaient être circoncis au huitième jour de leur naissance, ainsi que nous pouvons le voir au huitième chapitre du livre Lévitique.

En outre, Dieu n’a-t-il pas ordonné à Josué de circoncire les Israélites qui ne l’ont pas été durant la traversée du désert? Nous savons que Josué a obéi et exécuté l’ordre de Dieu à l’endroit appelé Guilgal, prés de l’ennemi, exposant ainsi ses compagnons au danger. Ensuite le Seigneur dit à Josué: Aujourd’hui je vous ai débarrassés de la honte que vous avez ramené d’Egypte. Ceci est dans le cinquième chapitre du livre de Josué, qui situe les faits à plus de cinquante ans après le départ d’Egypte.

Pourquoi les autres prophètes y compris Jésus et ses apôtres n’ont-ils pas dérogé à cette loi jusqu’en l’an 17 après le Christ? Ainsi, il s’avère que l’obligation de circoncision avait été respectée depuis le départ d’Egypte et ce, durant une période d’environ mille quatre cent quarante ans. Pourquoi donc les apôtres et Paul n’ont-ils pas justifié l’abolition de cette loi de la même façon que l’a fait abd al-Massih? Curieux, n’est-ce pas?

Le prêtre: - Je crois que nous ferions mieux de poursuivre notre lecture.

Qui était l’unique fils d’Abraham

J’ai aussitôt replongé dans ma lecture de la Genèse, jusqu’au vingt deuxième chapitre où il est rapporté que Dieu mit Abraham à l’épreuve en lui ordonnant d’égorger son fils. Là, j’ai demandé au prêtre:

- Monsieur le curé, la Torah rapporte le discours où Dieu s’adresse à Abraham en lui disant: « ton fils unique » et la Torah affirme qu’il s’agit d’Isaac; Or Isaac n’était pas le fils unique d’Abraham, puisqu’il y avait Ismaël, son frère aîné, plus âgé que lui de près de quinze ans. Dans ce cas, si fils unique il y a, il ne peut s’agir que d’Ismaël, puisque Isaac n’était pas encore né.

Le prêtre: - Les musulmans disent que Dieu a mis Abraham à l’épreuve en lui ordonnant d’égorger Ismaël, son fils unique.

Emmanuel: - Ne seriez-vous pas en train de dire que les musulmans ont transformé cette histoire au profit d’Ismaël, l’ancêtre de leur prophète et de beaucoup d’entre eux, afin de lui attribuer tout le mérite de l’esprit du sacrifice et toute la piété que traduit une telle attitude?

Le prêtre: - Loin de moi cette idée. Je dirai seulement que l’incohérence que tu viens de relever dans le texte de la Torah qui désigne Isaac comme fils unique, ne manquera pas de conforter les musulmans dans leur thèse.

Emmanuel: - Pourtant la Torah déclare sans ambiguïté qu’Isaac était bien le fils unique d’Abraham.

Le prêtre: - Toi alors, quand tu mets le doigt sur quelque chose, on peut dire que tu te cramponnes. Mais je te le concède; dans la Torah, il y a effectivement erreur, soit dans la qualification d’Isaac de « fils unique », soit en l’appelant « Isaac ».

Emmanuel: - Mais comment pareille chose peut-elle se produire dans la Torah, le livre de Dieu?

Le prêtre: - Eh bien, c’est pourtant ce qui est bel et bien arrivé et ce n’est pas une exception, car nous pouvons citer d’autres situations. Tiens, prenons l’exemple du trente septième chapitre de la Genèse, qui aborde l’histoire du complot préparé par les frères de Joseph pour se débarrasser de lui.

La Torah cite à partir du numéro 25: « Ils virent passer une caravane d’Ismaélites, qui venaient du pays de Galaad et se dirigeaient vers l’Egypte ».

N°27: Juda dit à ses frères: « vendons le plutôt à ces Ismaélites, mais ne touchons pas à sa vie ».

N°28: « Des marchands Madianites, qui passaient par là, tirèrent Joseph de la citerne. Ils le vendirent pour vingt pièces d’argent aux Ismaélites, qui l’emmenèrent en Egypte ».

N°36: « Les Madianites emmenèrent Joseph en Egypte et le vendirent à Potifar, homme de confiance du Pharaon et chef de la garde royale ».

Au trente neuvième chapitre, nous pouvons encore lire: « Les Ismaélites qui avaient emmené Joseph en Egypte le vendirent à un Egyptien nommé Potifar ».

Nous voyons donc comment la Torah les appelle tantôt Ismaélites (descendants d’Ismaël fils d‘Abraham et d’Agar), tantôt Madianites (descendants de Madian, fils d’Abraham et de Cétura). Telle est malheureusement la situation de notre Torah; lis mon petit Emmanuel.

Bénédiction de Jacob par son père Isaac

J’ai aussitôt repris la lecture du livre de la Genèse, précisément le vingt septième chapitre, qui raconte de manière étonnante comment Jacob obtint la bénédiction de son père Isaac. J’ai lu à haute voix jusqu’au numéro quarante et je me suis arrêté. Le prêtre me regardait en souriant et me demanda: - Que t’arrive-t-il? Pourquoi t’arrête-tu?

Emmanuel: - Et pourquoi monsieur le curé sourit-il? Partagerait-il mon étonnement?

Le prêtre: - Ne t’en occupes pas Emmanuel et dis plutôt ce que tu as en tête.

Emmanuel: - Isaac le prophète a voulu donner sa bénédiction à Esaü, son fils aîné. Peu nous importe que ce soit Dieu qui l’a voulu et que ce soit sur son ordre, ou pas. Mais pour quelle raison Isaac demanda-t-il a Esaü: « Prends ton arc et tes flèches et va à la chasse. Tu me ramèneras du gibier, tu me prépareras un de ces plats appétissants, comme je les aime, et tu me l’apporteras. J’en mangerai, puis je te donnerai ma bénédiction avant de mourir.» (Gen 27. 3-4).

Je me demande bien pour quel intérêt il retarda sa bénédiction, jusqu’après avoir mangé de ce gibier. Ne pouvait-il pas la lui donner tant qu’il avait faim? Ou bien, ne pouvait-il le faire qu’en contre partie de quelque chose?

Quoi qu’il en soit, la Torah dit que Jacob apporta deux chevreaux à sa mère, qui en fit un de ces plats qu’Isaac aimait. Ensuite Jacob mit les habits d’Esaü et avec la peau des chevreaux, il se recouvrit les bras et la partie lisse du cou, pour paraître aussi poilu qu’Esaü. Puis il va retrouver son père et lui dit: « Je suis Esaü, ton fils aîné. J’ai fait ce que tu m’as demandé. Viens donc t’asseoir pour manger de mon gibier.

Ensuite tu me donneras ta bénédiction. » Et lorsque Isaac lui demanda: « Tu es bien mon fils Esaü? » Jacob répondit: Oui, c’est moi. Alors Isaac mangea et but du vin, ensuite donna sa bénédiction à Jacob: « Que Dieu te donne la rosée qui tombe du ciel, les riches produits de la terre, du blé et du vin en abondance. Que des nations soient à ton service, que des peuples se prosternent devant toi. Sois le maître de tes frères, qu’ils s’inclinent devant toi! Maudit soit celui qui te maudira, béni soit celui qui te bénira.»

Quand Esaü eut fini ce dont son père l’avait chargé, il revint le voir pour recevoir la bénédiction promise. C’est alors qu’Isaac se rendit compte qu’il avait été dupé et se mit à trembler de tous ses membres. Il demanda: mais alors, qui m’a fait manger avant ton arrivée? C’est à lui que j’ai donné ma bénédiction et elle lui restera acquise. Esaü comprit alors que son frère s’était fait passer pour lui et se mit à pousser des cris en suppliant son père de le bénir à son tour. Mais Isaac répondit: « Ton frère est venu et m’a trompé. Il a emporté la bénédiction qui te revenait ». Et comme Esaü insistait auprès de son père, lui demandant désespérément s’il ne lui restait pas une bénédiction, celui-ci lui répondit: « J’ai fait de lui ton maître et je lui ai donné tous ses frères pour serviteurs. Je lui ai accordé le blé et le vin. Je ne peux rien faire pour toi mon fils ».

Monsieur le curé, la Torah dit que Jacob a trahi son frère et trompé son père. Alors dites-moi; cette bénédiction dépendait-elle des simples paroles d’Isaac, de son rassasiement du gibier et du vin, même si elle était contraire à son intention, même s’il était trompé, car au fond il la destinait à un autre? Je ne peux pas croire que la volonté de Dieu et son infinie sagesse n’exerçaient aucune influence sur cette bénédiction. Pourtant, à en croire la Torah, dans la destination sacrée de la bénédiction Dieu n’a pas regardé du côté du véritable ayant droit, mais a plutôt tenu compte des paroles d’Isaac, tout en le sachant berné par l’imposteur auquel il venait de la donner.

Le prêtre: - Qui sait? C’est peut être tout simplement la volonté de Dieu qui s’est exercée dans le transfert de la bénédiction vers Jacob.

Emmanuel: - La Torah raconte que Dieu a révélé à Moïse les histoires de Lot et ses filles, celle de Dina fille de Jacob, de Tamar belle sœur de juda, de la lutte de Jacob avec Dieu. Moïse a également reçu et dans le détail la description des habits que devait porter Aaron, leur couleur, leur décoration et ce, au moment même où d’après la Torah Aaron appelait à l’adoration du veau.

Je pourrai citer d’autres exemples mais ce n’est pas notre propos. Ceci dit, si comme vous dites cela pourrait être la volonté de Dieu, n’était-il pas plus simple que la révélation ordonne à Isaac dés le début qu’il donne sa bénédiction à Jacob, sans que celui-ci ait été contraint, pour l’obtenir, de recourir à la tricherie et le mensonge. Cela aurait évité aux actions de Dieu et aux prophètes d’être sujets à la moquerie.

Le prêtre: - Que veux-tu que je te réponde? Continue de lire, peut être trouveras-tu toi-même la réponse.

Nous voici donc au chapitre trente deux de la Genèse. Pendant que je lisais, le prêtre tantôt souriait, tantôt montrait des signes d’agacement et pour cause, la Torah raconte (Gen 32. 23 – 31): « Au cours de la nuit, Jacob se leva et pris ses deux femmes, ses deux servantes et ses onze enfants. Il leur fit traverser le gué de Yabboq avec tout ce qu’il possédait. Il resta seul et quelqu’un lutta avec lui jusqu’à l’aurore. Quand l’adversaire vit qu’il ne pouvait pas vaincre Jacob dans cette lutte, il le frappa à l’articulation de la hanche et celle-ci se déboîta. Il dit alors: Laisse-moi partir, car voici l’aurore. Je ne te laisserai pas partir si tu ne me bénis pas, répliqua Jacob. L’autre demanda: Comment t’appelles-tu? Jacob, répondit-il. L’autre reprit: On ne t’appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as lutté contre Dieu et contre les hommes et tu as été le plus fort. Jacob demanda: Dis-moi donc quel est ton nom. Pourquoi me demandes-tu mon nom? répondit-il. Alors, il bénit Jacob. Celui-ci déclara: J’ai vu Dieu face à face et je suis encore en vie. C’est pourquoi il nomma cet endroit Penouel – ce qui veut dire face de Dieu ».

La Torah affirme que celui qui a lutté toute la nuit contre Jacob, sans pouvoir en venir à bout, n’était autre que Dieu, que Jacob d’ailleurs n’a pas voulu lâcher jusqu’à ce qu’il ait obtenu de lui, et de force, sa bénédiction, comme il l’avait obtenue de son père par le biais du mensonge et de la trahison. C’est vraisemblablement ce qui lui a valu d’obtenir de Dieu la médaille d’honneur et de la supériorité, en se faisant appeler « Israël ».

- Quel esprit raisonnable accepterait ces paroles monsieur le curé? C’est toute l’idée que se fait la Torah de Dieu et de sa majesté? Nous lisons ces mots, nous les acceptons et nous avons la prétention de nous dire croyants et monothéistes! Ces paroles ferons plutôt de nous la risée du monde et l’objet de moquerie pour les matérialistes et les païens. Est-ce donc ainsi que se déroulent les affaires de Dieu avec ses prophètes, qui ne sont que ses créatures, et est-ce ainsi que doit s’exprimer le livre de Dieu?

A ces mots, j’étais un peu contrarié d’avoir cédé à l’émotion. Je repris donc mon calme et replongeait aussitôt dans la lecture de la Genèse, au chapitre trente cinq. Il y est mentionné entre autre que Dieu apparut à Jacob, qu’il l’appela Israël, lui promit de nombreux enfants, ainsi que le pays qu’il avait donné à Abraham et Isaac avant lui, puis s’éloigna du lieu où il venait de parler à Jacob. A cause de cet événement, Jacob appela cet endroit Béthel, ce qui veut dire maison de Dieu.

Décidément la Torah n’en finit pas de me surprendre; elle parle d’un Dieu qui apparaît et qui s’éloigne de la même manière que le ferait un vulgaire corps. Soudain, le prêtre pris la parole et je me rendis compte que je venais de réfléchir à haute voix.

Le prêtre: - Est-ce que Dieu est un corps qui marchait dans le paradis et dont Adam entendait le bruit des pas sur le sol? Etait-il un corps également lorsqu’il luttait contre Jacob et qu’il ne parvenait même pas à le vaincre? Oublions cela Emmanuel et poursuis plutôt ta lecture.

Le chapitre trente huit raconte l’histoire de l’adultère commis par Juda, fils de Jacob, avec sa belle fille Tamar, veuve de son fils aîné Er. Il résulta de cette relation la naissance de deux garçons: Pérès et Zéra. Comme d’habitude, la lecture de ce genre de paroles me choqua et je ne pus m’empêcher de réagir:

- Quel intérêt la révélation et le livre de Dieu ont-ils de discréditer et d’humilier ainsi la maison de la prophétie et le peuple de Dieu? Pourquoi tant de calomnies sur l’origine et la naissance de prophètes aussi bons et aussi pieux que David, Salomon et Jésus, tous nés de la descendance de Pérès?

Nous savons bien, monsieur le curé, que c’est cette même Torah qui consacre: « Un homme né d’une union interdite ne doit pas être admis dans l’assemblée des fidèles. Même ses descendants de la dixième génération n’y seront pas admis » (Deut 23.3). Comment David a-t-il pu, dans ce cas, être admis dans l’assemblée des fidèles, étant lui-même de la dixième génération? Comment s’est-il retrouvé prophète et destinataire de la révélation?

Le prêtre: - Tu as tort de te servir de ce genre d’objection pour protester contre le livre de la révélation; tu aurais beaucoup de mal à en sortir. Il se trouve, mon cher Emmanuel, que nos livres sacrés (2eme livre de Samuel, chapitre 13) rapportent que Amnon fils de David, était si amoureux de sa demi-sœur Tamar qu’il la viola, et celui qui lui inspira le plan de son méfait était Yonadab, fils de Chamma et neveu de David. Pourtant, lorsque David apprit se qui s’était passé, il ne le reprocha pas à Amnon, car il était son fils aîné et il l’aimait beaucoup. Mais quand David apprit qu’Absalom, frère de Tamar, avait vengé sa sœur et tué Amnon, il le pleura tous les jours et porta son deuil durant trois ans.

Nos livres rapportent également (2eme livre de Samuel, chapitre 16) qu’Absalom, sur les conseils d’Ahitofel, son conseiller et celui de David avant lui, eut des relations avec les femmes de son père sur la terrasse du palais, à la vue de tout Israël. N’empêche que quand il mourut (chapitre 19 du même livre), David le pleura abondamment et criait même: « Oh, mon fils Absalom, mon fils, mon fils, oh, mon Absalom! Pourquoi ne suis-je pas mort à ta place? ».

Quant à la manière que la Torah a d’évoquer la pureté et la sainteté de David, la seule lecture du onzième chapitre du deuxième livre de Samuel a de quoi vous donner la chair de poule. Nous y découvrons au sujet du pieux David, le tableau d’un traître, débauché, qui abuse de son rang de roi et s’en prend à Batchéba, femme d’Urie le Hittite, avec la quelle il eut des relations après l’avoir invitée chez lui. De cette liaison Batchéba tomba enceinte.

Vois-tu Emmanuel, j’ai honte de ce que je lis, honte devant la piété et l’intégrité des prophètes que Dieu a choisi pour répandre son message dans l’humanité.

Emmanuel: - J’ai cru un instant que vous alliez me gronder, mais à voir la manière dont vous venez de présenter les choses, on serait tenté de croire que c’est plutôt un démenti que vous voulez opposer à nos livres sur se qu’ils attribuent à David. Je ne doute pas un seul instant que vous avez de quoi soutenir vos objections. Je suis seulement impatient de savoir comment.

Le prêtre: - N’est-il pas suffisant comme étayement, que ses paroles soient tout à l’opposé de la raison et du bon sens? Ensuite, comment l’auteur de ce genre d’horreurs peut-il être un prophète, élu pour guider les créatures de Dieu sur le chemin du salut et les éloigner de celui de la déchéance? Pourquoi Dieu voudrait-il exposer ses prophètes à autant de moquerie et en faire la risée de l’histoire? Préfère-t-il choisir pour la perfection de ses révélations, des hommes imparfaits, ou même pire, des hommes chez qui se rassemblent tous les défauts de leurs contemporains? C’est que Dieu fonctionnerait en contradiction avec ses propres objectifs et sa propre sagesse!? Loin de sa sainteté et de sa grandeur, de telles choses.

Emmanuel: - Monsieur le curé, pourriez-vous nous montrer d’autres arguments?

Le prêtre: - Le livre des psaumes est une révélation de Dieu; dans le psaume 119 nous lisons:

1- Heureux ceux dont la conduite est irréprochable,

Qui règlent leur vie sur la loi du Seigneur!

2- Heureux ceux qui suivent ses ordres

Et lui obéissent de tout leur cœur!

3- Ceux-là ne commettent aucun mal,

Mais ils vivent comme Dieu le demande.

4- Toi Seigneur tu as révélé tes exigences

Pour qu’on les respecte avec soin.

5- Ah, que je sache me conduire avec fermeté

En m’appliquant à faire ta volonté!

10- De tout mon cœur, je cherche à t’obéir,

Ne me laisse pas dévier de tes commandements.

11- Dans mon cœur je conserve tes instructions

Pour ne pas être coupable envers toi.

14- Suivre tes ordres me réjouit

Comme une immense richesse.

16- Je suis ravi de suivre tes directives,

Je n’oublierai pas ta parole.

L’Evangile selon Luc mentionne l’ange Gabriel s’adressant à Marie sur la future naissance de Jésus, lui décrivant tout l’avenir glorieux de celui-ci, en lui apprenant que Dieu ferait de lui un roi comme le fut son ancêtre David. Et comme Jésus n’est jamais devenu roi, il est clair que le règne sous-entendu ici, équivalant à celui de David, se mesure en piété et en rang sacré, en somme, en souveraineté religieuse. Or, il ne nous échappe pas que David, auquel sont attribués autant d’actes, aussi horribles que barbares, ne peut prétendre à un règne de cette dimension et que son trône est parmi les trônes des suppôts de Satan. Est-ce donc pour ce genre de royauté que Dieu destine la sainteté et la gloire de Jésus?

Emmanuel: - J’aimerai bien savoir si les musulmans et leur Coran disent quelque chose à ce sujet?

Le prêtre, souriant: - Et en quoi cela peut-il t’intéresser?

Emmanuel: - Est-ce que cela gène? Cela pourrait quand même nous apporter d’autres éléments pour la connaissance de l’histoire.

Le prêtre: - Et bien, ta curiosité va être comblée. Effectivement, Le Coran n’est pas resté muet à ce propos; Il parle clairement de la piété de David dans la sourate Sad (Sad): « Et rappelle-toi notre adorateur David doué de force [pourtant] il était [très souvent] repentant (17). Et il a prés de nous un [haut] rang et bon retour (25). ».

Ces versets concernent seulement le conflit opposant les deux protagonistes au sujet des brebis. Mais les musulmans, reprenant les récits juifs, rappellent ce que contiennent nos livres sur l’histoire de l’adultère qui éclabousse la réputation de toute la famille de David.

Parallèlement, Shiites et Sunnites rapportent les paroles suivantes de Ali, le second de leur prophète: « Celui qui racontera l’histoire de David sur la base de ce que racontent les conteurs, recevra cent soixante coups de fouet; c’est le prix de la calomnie sur les prophètes ». C’est Ali, l’Imam des musulmans, qui qualifie l’histoire racontée dans la Torah, de calomnie et de légende colportée par les conteurs. C’est aussi la position de Djaafar Ibn Mohammed, sixième Imam des Ahl-ul-Bayt. Les musulmans trouvent que ce genre d’histoires sur les prophètes va à l’encontre de la raison et ne se gênent pas de critiquer nos livres pour leur aspect légendaire et illogique.

Je repris ma lecture en faisant abstraction de nombreux détails, même si au fur et à mesure, je prenais tout de même soin d’attirer l’attention sur les éléments les plus importants. Ce fut ainsi jusqu’à l’achèvement du livre de la Genèse.