AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)
 
Les fils d’Adam dans la Torah Traductions et altérations

Je n’en attendais pas plus pour replonger dans la lecture de la Genèse, cette fois jusqu’au huitième verset du quatrième chapitre, où l’on aborde notamment l’évènement du meurtre de Caïn pour son frère Abel. D’après la traduction littérale de la Torah hébraïque, nous pouvons lire: [Caïn dit à Abel son frère et c’était alors qu’ils étaient au champ. Et Caïn se jeta sur Abel son frère et le tua]. A la lecture de ce passage, j’ai voulu y attirer l’attention du prêtre:

- Monsieur le curé, ce sont là des paroles au sens tronqué, dont l’organisation est déséquilibrée, avec anomalies et erreurs évidentes. Qu’a donc dit Caïn à son frère? Et qu’est-ce que: « alors qu’ils étaient au champ »?

Le prêtre: - Regarde dans le texte imprimé d’origine hébraïque et dans le manuscrit sacré chez les juifs, ensuite superpose les sur ce que tu viens de citer; il est possible que la traduction ait été à l’origine de l’altération.

Emmanuel: - J’ai bien vérifié dans l’origine hébraïque, et ce que je viens de lire n’en est que la traduction littérale et exacte.

Le prêtre: - Alors regarde dans les notes, Emmanuel.

Emmanuel: - Il n’y a pas de mention dans les notes pour le huitième verset, mais monsieur, en quoi peuvent bien servir les notes? Dieu se serait-il rendu compte qu’il venait de révéler à Moïse une Torah qui se serait avérée incomplète, et l’aurait ensuite complétée dans les notes?

Le prêtre: - Dis-nous ce que tu a comme traductions disponibles, Emmanuel.

Emmanuel: - J’en ai une bonne dizaine:

(1)– Arabe, imprimée à Londres en 1857.

(2)– Une autre dont la première page est perdue; il me semble qu’elle a été imprimée à Beyrout.

(3)– Arabe, imprimée à Beyrout en 1870.

(4)– La huitième édition de l’imprimerie américaine à Beyrout en 1897.

(5)– La douzième édition en 1905.

(6)– The Sarah Hodgson en 1811.

(7)– Perse, imprimée à Londres en 1838.

(8)– Imprimée à Londres en 1856.

(9)– Imprimée à Edimbourg en 1845.

(10)– Traduction de Bruce, imprimée à Londres en 1901.

Le prêtre: - Et as-tu vérifié ce que disent toutes ces traductions?

Emmanuel: - Oui monsieur, et le résultat est qu’il y a presque autant de versions qu’il y a d’exemplaires:

Dans le premier et deuxième exemplaires: [Et Caïn dit à Abel son frère: sortons au champ et quand ils furent au champ, Caïn se jeta sur Abel son frère et le tua]. Le livre idhhar al-haq rapporte selon les traductions arabes éditées en 1831 et 1848, la version suivante: [Et Caïn dit à Abel son frère, viens sortons au champ, etc.]. Ces traductions ont donc rajouté le mot « viens », mais elles ont également corrompu le reste du texte, pour lui donner un semblant d’utilité. Avec ces ajouts et ces dénaturations, nous nous retrouvons ainsi en présence d’une nouvelle Torah.

Dans le troisième, quatrième et cinquième exemplaire: [Et Caïn parla à Abel, et il arriva, les deux étant au champ, que Caïn se jeta sur Abel son frère et le tua].

Le même style a été observé dans le huitième, neuvième et dixième exemplaires. Soulignons que ces trois traductions ont été de même, dénaturées et modifiées, parce que l’expression « et Caïn parla » est loin de refléter l’origine hébraïque dont la traduction exacte aurait été « et Caïn dit ».

Pour les auteurs de la sixième traduction, il était évident que le mot « parla » était une dénaturation trop visible, pendant que le mot « dit » donnait une phrase tronquée et incomplète. C’est pourquoi ils ont eu recours cette fois, à une nouvelle expression: « et Caïn s’est entretenu avec Abel son frère ». Malgré tout, on se retrouve avec un texte tout aussi corrompu, aussi tronqué et incomplet que les précédents. On se demande bien sur quoi Caïn se serait entretenu avec Abel; ne serait-ce pas sur la manière de falsifier la Torah?!

Monsieur le curé, toutes ces manœuvres dont témoignent les différentes traductions, ont à l’évidence été dictées par le besoin de remédier à une anomalie se trouvant dans l’origine hébraïque, ce qui vraisemblablement, rendait pratiquement nécessaire l’édition d’une nouvelle Torah. Mais reconnaissons tout de même que les traductions qui ont rajouté l’expression « viens, sortons au champ », à l’origine hébraïque « sortons au champ », n’ont fait que suivre par cet ajout, les exemplaires samaritain et grec. Ne peut-on pas de ce fait les en excuser?

Le prêtre: - Faut-il alors croire que Dieu avait révélé à Moïse, une Torah incomplète, et l’aurait ensuite révélée, cette fois corrigée et complétée, aux écrivains des copies samaritaine et grecque?

Emmanuel: - A mon humble avis, la question serait plutôt: qu’elle peut être l’origine des lacunes aux quelles nous sommes aujourd’hui confrontés en lisant le texte d’origine hébraïque? En tous cas, l’une des conséquences à déplorer sur cette situation est que le texte en question était devenu, un jouet entre les mains des traducteurs.

Le prêtre: - Honnêtement, je ne sais que te répondre pour le moment, mais lis plutôt et sache que tu n’es qu’au début de ta peine.

Jam‘iyet kitab al-hidaya

Emmanuel: - Monsieur, cette situation m’en rappelle une autre qui m’a bien fait rire. C’était à la lecture du livre de Jam‘iyet kitab al-hidaya, édité sous le patronage des missionnaires américains. La sainte association apostolique, annonciatrice de la bonne nouvelle, et par ailleurs très active dans son engagement contre les musulmans et leur Coran, affirme (2eme partie, p. 42, 2eme édition): « Et comme dans le Coran, le soin porté à la prose prime sur l’intérêt accordé aux vérités, il dit Qabil, parce qu’il rime avec Habil ». Ensuite, ils en ont fait un sujet de critique pour discréditer le Coran.

Personnellement, il est possible que je me sois fait berner il fut un temps, par la renommée de la gloire de cette association, mais la vérité est qu’il n’y a pas la moindre existence dans le Coran, pour les mots « Qabil » et « Habil ». Alors j’ai ri, monsieur, du pétrin dans lequel ils se sont mis, victimes de leur aveuglement et de leur propre fanatisme. D’un autre côté, j’ai eu tellement honte que des écarts aussi graves puissent être observés chez nos religieux, et tellement peiné par les répercussions que cela aura inévitablement sur l’honneur de notre spiritualité, ainsi que sur de devenir de la mission sacrée des chrétiens sincères.

Le prêtre: - Le fanatisme embourbe les gens dans des situations bien plus graves que celle-là. Mais ta jalousie Emmanuel, doit toujours avoir pour soucis de servir la justice et la vérité, non l’orgueil nationaliste; lis mon fils.

Babel et le désordre « divin »

Sitôt dit, j’ai repris la lecture de la Genèse. Au onzième chapitre, il est notamment question du rassemblement des nations après la grande inondation, pour s’entendre sur la construction d’une ville. Là, nous pouvons lire sur ce projet grandiose (Gen 11.4-8): «Puis ils se dirent: « Allons! Au travail pour bâtir une ville, avec une tour dont le sommet touche au ciel! Ainsi nous deviendrons célèbres, et nous éviterons d’être dispersés sur toute la surface de la terre.» Le seigneur descendit du ciel pour voir la ville et la tour que les hommes bâtissaient. Après quoi, il se dit: « Eh bien, les voilà tous qui forment un peuple unique et parlent la même langue! S’ils commencent ainsi, rien désormais ne les empêchera de réaliser tout ce qu’ils projettent. Allons! Descendons mettre le désordre dans leur langage, et empêchons-les de se comprendre les uns les autres. » Le Seigneur les dispersa de là sur l’ensemble de la terre, et ils durent abandonner la construction de la ville ».

Pour ma part, j’estimais en avoir suffisamment lu; j’ai donc refermé le livre et, souriant non sans un brin d’ironie, je regardais les visages visiblement gênés, de mon père et du prêtre, attendant que l’un d’eux veuille bien prendre la parole.

Eliezer: - Mon fils, je lis dans tes yeux que tu en as gros sur le cœur et que tu as beaucoup à dire. Parle Emmanuel; en ce qui me concerne, à compter d’aujourd’hui, tu pourras toujours t’exprimer en toute liberté.

Emmanuel: - Votre compréhension me touche agréablement; je vous en remercie, père. Monsieur le curé, Dieu tout puissant, dans son infini savoir, a-t-il besoin de descendre pour voir la ville, ou quoi que ce soit d’autre sur terre, et considérant son pouvoir absolu, a-t-il encore besoin de descendre pour y mettre le désordre? Pour ce faire, de quelle aide peut-il avoir besoin? Ensuite, d’où descend-il? Et à qui ordonne-t-il: « allons, descendons »? De qui, Dieu peut-il attendre de l’aide, pour préserver son royaume de la menace? Ne vous sentez-vous pas interpellés pas toutes ces absurdités? La situation est, le moins qu’on puisse dire, troublante.

Le prêtre: - Je t’ai déjà averti que des cas semblables dans nos livres saints sont monnaie courante; ne t’en embarrasse pas.

Emmanuel: - Que je ne m’en embarrasse pas? Est-ce à dire que l’immoral étant devenu quelque chose d’habituel du fait de sa récurrence, ne doit plus susciter ni étonnement, ni indignation? L’omniprésence de l’aberration doit-elle la rendre familière et par conséquent fréquentable, voir même banale? Mais là n’est point la question, n’est-ce pas? J’ai le sentiment, monsieur le curé, que vous ne nous dites pas tout et que vous nous réservez de graves révélations, mais que vous vous retenez, de crainte de heurter nos passions et d’exacerber notre fanatisme. Alors, jusqu’à ce que vous trouviez en nos esprits des réceptacles convenables pour la vérité, je suppose que nous n’aurons d’autre choix que de patienter.

Le prêtre: - La chose est probablement comme tu crois; alors je te prie de ne pas me presser.

Abraham et le feu de Nemrod

Emmanuel: - Les musulmans racontent que sur la terre de Babel, Les païens ont allumé un grand feu pour y brûler Abraham, l’intime (de Dieu). Ils disent qu’ils l’y ont précipité et que Dieu l’en a sauvé, faisant du feu « fraîcheur et paix pour Abraham », selon les termes du Coran. Ces faits sont cités dans les sourates: al-Anbya’(les Prophètes) (68-70) et as-Safat (les Rangées) (97, 98). Et voilà que la Torah n’en rapporte pas un seul mot, en dépit de l’importance évidente que revêt le récit de ces faits, d’abord pour l’histoire d’Abraham en tant que prophète, ensuite pour la démonstration de la manifestation des signes et des miracles de Dieu, mais aussi pour la gloire des prophètes et pour souligner tout le soin que Dieu prend de ses serviteurs.

Finalement, en raison de l’inexistence du récit du feu dans la Torah, pouvons-nous affirmer que cette histoire dans le Coran, n’est qu’une légende?

Le prêtre: - Non Emmanuel, nous ne pouvons pas. Il suffit pour commencer, de rappeler que le saint Nouveau Testament nous explique clairement, que la Torah a négligé de nombreux éléments dans l’histoire des prophètes, et particulièrement l’histoire d’Abraham.

Entre autres manques, la Torah ne mentionne pas que Moïse a tremblé de peur lorsque Dieu s’est adressé à lui la première fois, à partir d’un buisson enflammé, alors que le livre Actes des Apôtres (7.32) rapporte bien que Moïse a tremblé de peur.

La Torah ne cite pas non plus que, lorsque Moïse entendit cette voix pour la seconde fois, au mont Sinaï, il dit: « Je tremble, tellement je suis effrayé » (Hébreux 12.21). Pourtant, l’état de Moïse dans ces circonstances, aurait du faire l’objet d’une attention particulière dans la Torah, et constituer un élément non négligeable dans son récit de l’histoire des prophètes, ainsi que pour démontrer toute leur humilité devant la gloire de Dieu.

En outre, la Torah a encore négligé un événement non moins important, à savoir, que Moïse avait mis dans le coffre de l’alliance un vase d’or qui contenait la manne et le bâton d’Aaron, qui avait fleuri en amandier. Inutile d’insister sur l’importance de ces faits pour l’histoire de la prophétie et ses vestiges; faits que nous retrouvons heureusement rapportés dans Lettre aux Hébreux (9.4).

Autre témoignage des innombrables lacunes dont souffre la Torah, nous constatons qu’elle parle de Hénok (Gen 5.18-24), mais sans mentionner la prophétie de celui-ci, ni le moindre de ses dires ou de ses discours de prophète, bien qu’il s’agisse là, des côtés les plus intéressants de sa personnalité et de son existence, que nous retrouvons mentionnés heureusement dans Lettre de Jude (14.15).

Aussi, pour revenir à Abraham, la Torah ne mentionne pas les différentes situations et étapes qu’il a traversées, ni même les plus importantes conjonctures qu’il a vécues; autrement dit, l’histoire de sa vie, de sa foi, de sa prophétie dans son pays en Mésopotamie (contrairement à ceux qui le situent au Sud-est des ciels). Pour la Torah, l’histoire commence lorsque Dieu s’adressa à Abraham à Haran, lieu qu’il lui ordonna de quitter, toujours d’après la Torah. Par contre, dans le Nouveau Testament (Actes 7.2-5), il est bien précisé que la prophétie d’Abraham commence en Mésopotamie et que c’est l’endroit où Dieu s’est adressé à lui. C’est encore en ce lieu que Dieu lui ordonna: « Quitte ton pays et ta famille, et va dans le pays que je te montrerai ». Alors Abraham quitta le pays des Chaldéens et alla habiter Haran.

Le plus sidérant mon cher Emmanuel, c’est que la Torah ne tarit pas de discours en direction du peuple d’Israël, sur la bonne nouvelle, l’incitation, l’intimidation, l’exhortation au bien, mais ne daigne aborder ni le sujet de l’au-delà, ni celui du jugement dernier. Elle ne cite ni le paradis promis aux pieux, ni l’enfer réservé aux méchants. En somme, elle fait tout simplement l’impasse sur le sujet, que ce soit pendant le discours de morale, ou celui du savoir et de l’enseignement religieux. Les seuls buts visés par l’incitation de la Torah à l’obéissance, se réduisent au gain des biens d’ici-bas, tels que l’abondance de blé et de vin, et la bénédiction de la pétrisseuse. Quant aux pires châtiments dont la Torah met en garde, c’est la pénurie du blé et du vin, et que dans le pire des cas l’homme peut se marier, puis se faire prendre sa femme par un autre.

Oui Emmanuel, notre Torah est trop occupée pour s’encombrer de certaines vérités; trop occupée par ce que tu as lu toi-même et t’a fait dresser les cheveux sur la tête. D’ailleurs, tu en liras d’avantage et tu n’en seras pas moins déçu, pas seulement toi, mais tous ceux qui lirons avec ce même esprit, libre et critique. Mais notre sainte Torah a ses excuses, hélas. Laisse donc le malheureux cheikh (Gharib) prétendant l’islam, dire dans sa rihla al-hidjazya (p.48) que la Torah n’a laissé aucun côté de la vie d’Abraham et de ses actes, sans en rapporter les moindres détails. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est bien loin de la vérité.

Emmanuel: - Monsieur le curé, par quoi pouvons nous justifier l’omission de la Torah pour l’événement du feu allumé pour brûler Abraham? Pourtant c’est loin d’être un fait insignifiant, vous en conviendrez; je peux même dire qu’il constitue un tournant décisif dans l’engagement d’Abraham en tant que prophète. Il est clair que cette épreuve vécue par Abraham revêt une grande importance pour l’histoire de la prophétie en général, et fixe définitivement dans l’histoire le miracle qui caractérise cette situation et témoigne de la grandeur et de la puissance de Dieu.

Le prêtre: - Quoi qu’il en soit, tout ce que je peux dire dans l’immédiat, c’est que les omissions et les lacunes dont souffre cruellement la Torah, ont été heureusement comblées par le Nouveau Testament, sachant toute l’importance que revêtent ces questions pour l’histoire des prophètes. Je me garderai cependant, de divulguer ouvertement et tout de suite les motifs de ces négligences répétées; je préfère que ce soit plutôt toi qui t’ouvres à moi en me les dévoilant, car tes objections savantes montrent bien que tu a avancé dans le savoir et acquis la connaissance nécessaire pour l’examen du pourquoi et du comment.

Emmanuel: - Monsieur, vos sous-entendus ne me facilitent guère les choses. De grâce, parlez moi donc franchement que je puisse savoir où donner de la tête, surtout que le Coran aborde aussi le sujet d’Abraham et du feu. A propos, ce qu’il en dit est-il selon vous raisonnable?

Le prêtre: - Voilà encore qui est stupéfiant. Décidément, tu es comme beaucoup de nos amis; tu fais objection sur les livres de ta religion sans connaître ce qu’ils contiennent. N’as-tu pas lu dans le livre de Daniel, au troisième chapitre, que Nabucodonozor fit jeter Chadrac, Mechak et Abed-Nego dans la fournaise? Que cette même fournaise consuma les soldats qui furent chargés de jeter les trois personnes dans le feu, alors que Dieu sauva les trois condamnés, tombés ligotés au cœur du brasier? Ceux-ci s’en sortirent en effet au bout d’un moment, sans que le feu ait eu un quelconque effet sur leurs corps; ni leurs vêtements, ni même leurs cheveux n’ont été entamés par les flammes.

Sache, Emmanuel que les livres des juifs parlent du feu préparé pour l’exécution d’Abraham, et aussi de la délivrance de celui-ci. Cet événement a laissé dans l’histoire des traces très anciennes, représentant l’événement vécu par Abraham avec le feu de Nemrod.

En effet, du côté de Babel, se trouve une ville très ancienne nommée Borsiba, aujourd’hui Bares. On déduit de l’étude des vestiges et de la tradition babylonienne, que c’est à cet endroit même que s’est produite la confusion des langues. Il se trouve aussi que le mot Borsiba dans la langue assyrienne signifie « tour des langues ». Comme nous apprenons également de l’inscription de Nabucodonozor, découverte en 1845 dans les ruines de la tour de Borsiba, que son constructeur fut le premier des rois, et qu’entre lui et Nabucodonozor, il y a quarente deux âges.

Jusqu’à aujourd’hui, il subsiste à Borsiba de très anciennes traces qui renseignent sur Abraham, ainsi q’une coupole à l’endroit présumé où Nemrod jeta Abraham dans les flammes. Cette coupole a été érigée sur un grand monticule noir constitué d’un immense tas de cendres vétuste et qui a subi les effets du temps. Ces vestiges suffisent donc comme témoignage scientifique et historique, du feu préparé par Nemrod pour l’exécution d’Abraham.

Emmanuel: - Ce monticule pourrait tout aussi bien n’être que les traces d’un volcan, qui n’est plus en activité depuis longtemps.

Le prêtre: -Primo, le point d’éruption d’un volcan est nécessairement le sommet d’une montagne, où un relief conique formé par une succession d’éruptions. Or, il n’y a pas de trace à cet endroit, pour ce genre de formation, hormis le monticule de cendres exposé à même le sol.

- Secundo: Si ce volcan existait avant la grande inondation, ses traces auraient disparu, du fait de cette inondation et de la construction de Borsiba. Si au contraire, ce volcan avait existé après l’inondation, il aurait été forcément cité par l’histoire. Par ailleurs, comme il ne s’est écoulé entre la grande inondation et la construction de Borsiba, que peu de temps, il aurait été difficile dans le cas de l’existence d’un volcan, d’imaginer la construction d’une ville si prés du danger.

En vérité, les Babyloniens ont simplement gardé devant leurs idoles, les cendres de la fournaise dans laquelle ils ont jeté Abraham et ce, en témoignage de leur fidélité envers celles-ci, et de leur volonté de perpétuer leur culte idolâtrique. Maintenant Emmanuel, si tu le veux bien, reprenons notre lecture.

Confusion dans la transcription de la généalogie

J’ai donc entrepris d’achever la lecture du onzième chapitre de la Genèse. A peine arrivé au numéro 12, je me suis arrêté pour demander: Monsieur le curé, l’Evangile selon Luc situe Kainam entre Sala et Arphaxad, puisqu’il cite dans la généalogie de Jésus: « Sala, fils de Kainam, fis d’Arphaxad, fils de Sem, fils de Noé » (Luc 3.35, 36). C’est également le cas de la Torah Septuaginta, qui prend même le soin de mentionner l’âge qu’avait Kainam avant la naissance de Sala et combien d’années il vécut après celle-ci. Mais voici que le texte hébraïque de la Torah, ainsi que ses traductions parlent de la généalogie de Sem fils de Noé, en descendant jusqu’à Abraham et rapportent que Sem eut un fils, Arphaxad qui vécut trente cinq ans avant d’avoir un fils, Chéla.

- Monsieur, j’aurai voulu savoir: l’erreur est-elle dans l’absence de Kainam dans le texte hébreu et ses traductions, où bien dans sa présence dans l’Evangile selon Luc, de même dans la Torah, dans ses versions grecque et Septuaginta? Et c’est nous monsieur, qui en subissons les dommages; d’abord dans notre conviction, ensuite en étant montrés du doigt. C’est bel et bien nous que tout le monde afflige du tord.

Le prêtre: - Cette différence a déjà été justifiée par Jam‘iyet kitab al-hidaya dans sa troisième partie, page 212.

Emmanuel: - Monsieur, vous avez déjà vous-même discuté de cette question avec l’auteur du livre al-houda et vous avez pris connaissance du point de vue développé dans la deuxième partie de ce livre, où le sujet est largement traité et avec une argumentation qui s’avère être l’incarnation même de la vérité. Ne trouvez-vous pas monsieur le curé?

Le prêtre me regarda en souriant, avant de me répondre: - J’ai en effet suivi son exposé attentivement mais, actuellement la situation ne m’autorise pas à dire ce que toi tu te permets de dire. Ceci dit, ne t’attache pas trop à vanter les mérites de l’écrivain et intéresse toi plutôt à la noblesse de son savoir et à l’importance de ce qui est écrit.

Réunion avec un savant de Nadjaf

Une fois, nous eûmes l’opportunité de nous réunir avec un cheikh, un des savants de Nadjaf.

Le cheikh: - Monsieur le prêtre, les religieux chrétiens regardent-ils dans les livres de l’Ancien Testament, que les juifs et les chrétiens attribuent à la révélation divine, et dans ceux du Nouveau Testament, que les chrétiens attribuent à la révélation également? Lisent-ils l’Ancien Testament dans la langue hébraïque, qui est sa langue d’origine?

Le prêtre: - Ils sont bien obligés, puisque ceci est pour eux une chose indispensable. Mais permettez moi de vous retourner la question; est-il possible pour vos savants, vous les musulmans, de ne pas lire le Coran? Est-il possible pour vos savants non arabes (turcs, perses, indiens) de ne pas lire le Coran dans sa langue arabe?

Le cheikh: - Je m’étonne que ma question vous surprenne, car je connais un certain nombre de vos religieux qui semblent bien ne pas avoir lu l’Ancien Testament, que ce soit en arabe ou en hébreu.

Le prêtre: - Je me demande qui parmi nos religieux, peuvent bien être ces gens. Ce sont là des choses qui ne devraient pas être chez les spiritualistes.

Le cheikh: - Parmi ceux dont nous avons pris connaissance, nous pouvons déjà citer Hachem al-‘Arabi, Jam‘iyet kitab al-hidaya, les missionnaires Américains en Egypte.

Le prêtre: - Difficile de croire une telle chose. Comment cela se peut-il, alors que ce sont là des savants qui se sont consacrés exclusivement à la prière, la prédication et l’écriture et ce, dans le but de faire contrepoids aux musulmans. Les chrétiens ont même fêté leurs écritures, d’ailleurs très avancées dans le sujet, et leur ont rendu un grand hommage, par une approbation générale.

Le cheikh: - C’est qu’alors tous ces éminents savants n’ont peut être pas lu dans la Torah (Gen 46.13) que l’un des fils de Issakar fils de Jacob, s’appelait Chimron. Ils n’ont probablement pas lu non plus dans le livre des Nombres (26.23), que parmi les descendants d’Issakar qui avaient quitté l’Egypte avec Moïse, il y avait le clan des chimronites, descendants de Chimron et ils se comptaient par milliers.

Le prêtre: - En effet, ils sont tenus de le lire dans la Torah, et de bien le savoir.

Samiri en arabe, Chimronite en hébreu

Le cheikh: - Dans ce cas, pourquoi ne se rendent-ils pas compte que le Samiri cité dans le noble Coran, n’est qu’un individu du clan des Chimronites, qui étaient en compagnie de Moïse à son départ d’Egypte, et que « Samiri » n’est que la prononciation arabe de « Chimronite ».

Le prêtre: - Ils ne savent pas que « Samiri » est l’arabisation de « Chimronite »; ils savent seulement que « Samiri » s’attribue à la terre de Samarie, du nom de la ville construite plus de cinquante ans après Salomon par Omri, roi d’Israël. Ainsi, entre l’événement du veau et la construction de cette ville, il s’est écoulé prés de cinq cent soixante dix ans.

Vous comprenez donc qu’il ne pouvait pas exister de Samaritain à l’époque de Moïse. Voila pourquoi Jam‘iyet kitab al-hidaya (première partie, page 37) fait remarquer: « La mention du Samaritain prouve une totale ignorance de l’histoire et nous ne savons pas d’où vient ce Samaritain; est-il sorti du sol ou bien est-il tombé du ciel, sachant qu’il n’y avait aucune existence pour Samarie à l’époque de Moïse ».

Cette association argumente de la même façon en deuxième partie, page 55: « Il n’y avait pas à l’époque de Moïse quelque chose qui s’appelait Samarie ou Samaritain. Cela relève de la pure imagination car cela est impossible, comme le prouve l’histoire d’Israël ou plutôt universelle ».

Quant à Hachem al-‘Arabi, il dit dans son supplément, page 55: « Il ne pouvait y avoir de Samaritain à l’époque de Moïse, sachant que ce nom n’a été utilisé qu’après l’évacuation de Babylone ».

Eh bien cheikh, s’il se confirme maintenant que le terme « Samiri » est bien l’arabisation de « Chimronite », nous serons bien forcés de reconnaître que le « Samiri » cité dans le Coran est bel et bien un membre du clan des Chimronites, qui avaient accompagné Moïse dans son exode, ce qui fait tomber en miettes par conséquent, la critique de nos amis.

Le cheikh: - Comme c’est étrange! Alors vous aussi, c’est ce que vous dites, monsieur le prêtre? Ne savez-vous donc pas que la ville appelée en arabe « Samara », a été citée dans le Premier livre des Rois, le Deuxième livre des Rois, les livres d’Esaïe, Jérémie, Amos, Michée, Esdras, Néhémie et ce, plus d’une soixantaine de fois, et qu’elle n’a été désignée dans le texte hébreu que par « Chimron ». De même dans les traductions grecque, anglaise et française, ou plutôt dans toutes les traductions, à l’exception de la majorité des traductions arabes et perses, ainsi que les Evangiles selon Luc et Jean, et enfin, les Actes des Apôtres.

Concernant les termes « Samaritain » et « Samarie », nous les retrouvons cités dans les Evangiles selon Matthieu, Luc et Jean dans environs neuf situations. Enfin, mis à part les traductions arabe et perse, toutes les autres traductions emploient le terme « chimronite ». Il suffit pour s’en convaincre, de revoir les traductions hébraïque, grecque, anglaise, française et même d’autres.

Après cela, il serait plutôt déplacé pour ceux qui voudraient avoir des prétentions sur le savoir, de jouer sur l’amalgame et l’ambiguïté, pour en tirer un argument quelconque. Une bonne fois pour toutes, le « samiri » cité dans le noble Coran est le Chimronite du clan de Chimron fils d’Issakar, non la Chimron construite par Omri, et je vous ferai remarquer enfin, qu’il n’y a pas de ville ou de lieu qui soit désigné en hébreu « Samarie » ou « Samara ». Tout comme il ne convient pas pour l’ignorant, d’abuser de la parole et de laisser courir son crayon avec un culot aussi indécent, dans la calomnie du noble Coran. Tout compte fait, l’ignorant ne se moque que de lui-même, n’est-ce pas.

Le prêtre: - Cheikh, ce que vous dites là, je le savais déjà. Tout ce que vous venez de citer, je reconnais l’avoir moi-même trouvé dans les deux Testaments, non seulement dans la langue hébraïque, mais aussi dans les autres langues, à part quelques exemplaires de traduction arabe et perse. Je dirai même que l’exemplaire perse traduit par William Koln, ne cite pas Samarie, mais parle plutôt de Chimron, à l’exemple de quelques traductions arabes anciennes.

Il devient donc incontestable que « samiri » est bien comme vous venez de l’expliquer, la forme arabisée de « chimronite » et que le samiri cité par le Coran n’est que le Chimronite du clan des Chimronites, que la Torah désigne parmi les soldats de Moïse. Vous savez cheikh, les passions de l’homme font de lui parfois bien des choses. Ne soyez donc pas fâché par le culot de Jam‘iyet kitab al-hidaya et al-‘Arabi, ni par leur insolence à l’égard de votre Coran.

Emmanuel: - Me permettez vous Cheikh, de dire quelques mots sur le sujet, en toute liberté?

Le cheikh: - Parle en toute liberté, mais surtout libre de toute sujétion au fanatisme et à l’imitation aveugle.

Aaron et le veau d’or

Emmanuel: - Selon le Coran, c’est le Chimronite descendant d’Issakar, fils de Jacob, qui aurait fabriqué le veau d’or et aurait ensuite appelé les Israélites à son adoration. Mais la Torah raconte (Ex 32.1-5): « Lorsque les Israélites virent que Moïse tardait à redescendre de la montagne, ils se réunirent auprès d’Aaron et lui dirent: fabrique-nous un dieu qui marche devant nous, car nous ne savons pas ce qui est arrivé à Moïse, l’homme qui nous a fait sortir d’Egypte. Aaron leur répondit: prenez les boucles d’or qui ornent les oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles, et apportez les moi. Tous les israélites ôtèrent leurs boucles d’oreilles en or et les remirent à Aaron. Celui-ci les prit, les fit fondre, versa l’or dans un moule et fabriqua une statue de veau. Alors tous les israélites s’écrièrent: Voici notre dieu qui nous a fait sortir d’Egypte! Voyant cela, Aaron construisit un autel devant la statue; puis il proclama: Demain il y aura une fête en l’honneur du Seigneur. Le lendemain matin, le peuple offrit sur l’autel des sacrifices complets et des sacrifices de communion ».

Les rites de l’adoration du veau, auraient donc été préparés et exécutés sous l’autorité et les ordres d’Aaron.

Cheikh, Aaron est le frère de Moïse, descendant de Lévi, non de Issakar. Comment peut-on de ce fait, donner raison au Coran et contredire la Torah?

Le cheikh: - Je m’en voudrai de te mettre dés maintenant en face de tous les défauts que recèle la Torah. Je te dirai seulement ceci: Si Aaron, frère de Moïse, était le fondateur du culte des idoles et l’auteur de la perversion des Israélites, en les poussant à l’adoration païenne du veau, qu’il aurait lui-même fabriqué selon ce que vous prétendez, comment peut-on raisonnablement concevoir que Dieu ait pu le choisir comme prophète et l’aurait chargé de transmettre ses lois et ce, justement après l’événement du veau d’or, comme le raconte votre Torah, parfois en compagnie de Moïse ( voir Lév 11, 14; Nomb 2, 4, 19), pendant que d’autres fois, Dieu s’adresse à lui seul (Nomb 18).

Pouvez vous imaginer Dieu, choisissant pour la dignité du sacerdoce et pour la souveraineté en religion et en législation, un homme qui lui préfère un autre dieu? Si telle était la situation, l’aurait-il honoré de tout ce prestige que nous lui connaissons avant et après l’événement du veau?

Votre Torah, cher enfant, va même jusqu’à prétendre que pendant qu’Aaron confectionnait la statue du veau et appelait les gens à l’adoration de celle-ci, Dieu était entrain d’informer Moïse de son choix concernant Aaron pour le sacerdoce et le rang de chef. La Torah fait même un état détaillé (Ex 28, 29) des instructions que Dieu avait adressées à Moïse, au sujet des somptueux vêtements que devait porter Aaron pour la prêtrise.

Sache Emmanuel, qu’entre le lieu où Moïse recevait les instructions de Dieu à propos de la purification d’Aaron et le lieu où ce dernier aurait soit disant fabriqué le veau d’or et aurait appelé à son adoration, il n’y avait qu’une maigre distance d’un ou deux milles.

Tu peux supposer si tu veux, que Dieu puisant et grand et à qui rien n’échappe, n’était pas au courant des agissements d’Aaron à ce moment là; alors je te demanderai: pourquoi dans ce cas, après avoir pris connaissance du gravissime acte d’Aaron, Dieu continua-t-il à le sanctifier et à le destiner de ses lois, que ce soit en privé, ou en compagnie de Moïse?

Mais si tu dis au contraire, que Dieu savait ce que faisait Aaron, je te demanderai alors de m’expliquer: pourquoi Dieu aurait-il maintenu son choix sur lui, alors qu’il venait tout simplement de réinstaurer le paganisme et invitait son peuple au culte des idoles? Ceci semble-t-il n’a pas empêché Dieu de le choisir parmi son peuple et le destiner à de hautes responsabilités, dans une religion à laquelle Aaron aurait tourné le dos. N’est-ce pas incroyable!

Salomon dans l’Ancien Testament

Emmanuel: - Au moment même où Aaron commettait son forfait, Dieu l’avait su et c’est d’ailleurs lui qui informa Moïse que son peuple venait de commettre un grave péché, que les Israélites avaient fabriqué un veau en métal fondu, qu’ils se sont inclinés devant lui et qu’ils avaient même déclaré que cette statue était leur dieu (Ex 32). Mais Cheikh, ceci n’a rien d’extraordinaire, puisque Dieu a fait preuve des mêmes égards en direction de Salomon, et pourtant celui-ci a montré une conduite tout aussi blâmable que celle d’Aaron.

Nos livres saints rapportent en effet, que Dieu a choisi Salomon, fils de David, en tant que prophète et lui a inspiré sagesse et discernement. Dieu lui a même fait l’honneur de le choisir, lui, pour la construction du temple, plutôt que son père David qui en avait pourtant fait un projet. En outre, Dieu a glorifié Salomon en déclarant à David: « C’est ton fils Salomon qui me construira un temple avec ses cours, car c’est lui que j’ai choisi; il sera un fils pour moi et je serai un père pour lui » (1 Chron 22.10; 28.6; 2 Sam 7.13, 14).

D’un autre côté, et c’est le plus intéressant pour faire une comparaison avec Aaron, nos livres saints rapportent que Salomon a enfreint les lois du Seigneur, en épousant des femmes païennes, qu’il s’attacha à ces femmes étrangères en dépit de l’interdiction divine, que celles-ci l’influencèrent beaucoup et le poussèrent à adorer d’autres dieux tels Astarté, la déesse des Sidoniens, Milkom, l’ignoble dieu des Ammonites. Il fit aussi aménager sur la colline, en face de Jérusalem, un lieu sacré pour Kemoch, dieu des Moabites et fit la même chose pour les dieux de toutes ses épouses païennes (1 Rois 11; 2 Rois 23.13).

Cheikh, est il rendu nécessaire dans nos livres sacrés, que ceux choisis par Dieu pour la prophétie, doivent avoir des penchants païens? Doivent ils être forcément de ceux qui invitent au culte des idoles? Doivent-ils être résolument polythéistes? De toutes façons, les exemples d’Aaron et de Salomon sont édifiants.

Le cheikh: - Ne sois pas heurté par l’exemple que je vais te citer; les exemples clarifient souvent les situations. Admettons que quelqu'un veuille placer dans sa demeure un agent surveillant et éducateur, pour sa femme, ses filles et ses sœurs, en vue de les éduquer et les instruire sur les principes de la pudeur et de la vertu, afin de les préserver des corrupteurs et de la turpitude. S’il choisissait pour ce rôle une femme dont il connaît le goût et le penchant pour la prostitution, celle-ci entraînerait inévitablement ses femmes dans la décadence. L’imagine-tu persister dans ce choix et continuer à la préférer à d’autres instructeurs, plus honnêtes et plus intègres, même après l’avoir vue inciter ses femmes à la prostitution et fait de sa maison un lieu de débauche?

Emmanuel: - Vos paroles me choquent cheikh, et il est aussi pénible que perturbant pour moi, de faire le lien avec notre sujet.

Le cheikh: - Comme je te l’ai dit, ce n’est qu’un exemple, mais à l’image de ce que l’on trouve dans vos livres, que vous attribuez à la révélation divine. Dis-moi Emmanuel, êtes-vous, toi et le reste des gens, plus complets et plus parfaits que Dieu, le parfait suprême? Non? Alors comment accepte-tu qu’on s’en prenne à la sainteté et à la pureté de Dieu, en faisant croire qu’il choisit pour sauver ses créatures de leu état primitif et de la dégénérescence, un païen qui appelle au polythéisme, un barbare qui fabrique des idoles et construit des lieux pour leur rendre des cultes?

Emmanuel: - Vous avez raison pour tout ce que vous venez de dire, et je suis convaincu que toutes ces contradictions à propos d’Aaron et de Salomon, ne peuvent être le produit de la révélation divine. Ces paroles ne reflètent pas en effet l’image d’un livre saint, ni même l’écriture d’un croyant respectueux de la grandeur de Dieu.

Eliezer: - Cheikh, Votre Coran cite la prophétie d’Aaron et affirme même qu’il a adoré le veau, pendant que son frère Moïse était sur la montagne.

Emmanuel: - Très cher père, où avez-vous lu une chose pareille dans le Coran? Au contraire, le Coran innocente une bonne fois pour toutes Aaron, de ce genre de méfait, ainsi que nous pouvons aisément le vérifier dans verset 90 de la sourate Taha (Ta-Ha): « Aaron leur avait dit auparavant: mon peuple, vous êtes mis à l’épreuve par cela (le veau). Votre seigneur est le miséricordieux; suivez-moi et obéissez à mes ordres », ainsi que dans le verset 91: « Ils dirent: nous ne le laisserons (le veau) pas tant que Moïse ne sera pas de retour parmi nous ». Le verset 150 de la sourate al-A‘raf (les Murailles) explique davantage la position d’Aaron contre ses compagnons, devant l’indignation de Moïse: « Oh fils de ma mère, les gens m’ont opprimé, ils ont failli me tuer. Ne fais point que les ennemis (à qui tu as défendu d’adorer le veau) se réjouissent à mes dépens, et ne me range pas parmi les injustes ».

Alors père, trouvez-vous toujours que dans le Coran, il est mentionné qu’Aaron a adoré le veau?

Le livre Thamrat Al Amani Li Annassara

Eliezer: - Pour être franc, je n’ai pas lu le Coran; je me suis seulement basé sur ce que j’ai trouvé dans le livre thamrat al-amani fi ihtida’ Kamil al-‘Aytani, édité par l’imprimerie anglo-américaine à Boulag-Egypte en 1911, et ce que j’ai dit à propos d’Aaron dans le Coran, se trouve mentionné à la page 79 de ce livre.

Emmanuel: - C’est un livre que j’ai lu aussi père, et si vous voulez mon avis, son contenu relève du roman. C’est tout simplement un conte écrit par quelque missionnaire animé d’un esprit sectaire. Ce livre n’a pas été avare en mensonges, chaque fois que la question du Coran était abordée, à l’exemple de ce que nous pouvons lire à la page 78; il ment en prétendant que d’après le Coran, David aurait pris la brebis de son frère et que Abraham adorait une idole.

Et voila que le Coran rapporte l’histoire de la brebis et des deux antagonistes qui ont demandé l’arbitrage de David. Pour vous en assurer et chasser le doute de votre esprit, je vous invite à lire les versets 21-24 de la sourate Sad.

D’autre part, le Coran précise à plusieurs reprises, qu’Abraham n’était pas un païen, mais plutôt un croyant au sommet de la piété (voir les sourates de al-Baqara (la Vache) 130-131; Al-Iimran (la Famille d’Imran) 67, 95; al-An‘am (les Bestiaux) 161, an-Nahl (les Abeilles) 120, 123).

Eliezer: - Comment peux-tu traiter thamrat al-amani de conte écrit par des missionnaires. Ils ont pourtant bien indiqué dans le livre qu’il s’agissait d’une histoire authentique et ils ont même mentionné sur le dos du livre: « la vérité est plus étrange que le conte ».

Emmanuel: - Alors c’est une drôle de vérité père. Nous venons pourtant de démontrer à partir du Coran, à trois reprises, qu’il a indiscutablement menti. Je veux bien admettre son opposition au Coran, mais pourquoi va-t-il encore mentir (pages 83, 84) au sujet de la Torah, en lui attribuant l’interdiction au croyant de répéter la prononciation du nom de Dieu durant les moments d’adoration et de prière.

Maintenant, voyons ce que dit réellement la Torah à ce propos (Ex 20.7; Deut 5.11): « Tu ne prononceras pas mon nom de manière abusive, car moi, le Seigneur ton Dieu, je tiens pour coupable celui qui agit ainsi ».

Dites-moi père, pensez-vous que l’auteur de ce livre ainsi que son éditeur, n’ont pas lu les Psaumes de David, et de ce fait n’ont pas eu la chance de découvrir les bienfaits de l’exaltation de Dieu et de la persévérance dans son invocation?

Louange à Dieu! Ma langue ne cesse de parler de ta justice. Seigneur, ouvre ma bouche pour qu’en sorte prière et exaltation pour toi. Chantons à la gloire de son nom! Par son nom la joie remplie les cœurs, priez pour son nom, soyez fiers de son nom très saint! Oh Dieu, aie pitié de moi au nom de mon amour pour ton nom. Les justes ne glorifient que ton nom. Je bénie ton nom pour toujours, pour l’éternité. Je prie le Seigneur durant ma vie et je chante pour mon Dieu tant que j’existerai. Priez-le à la mesure de sa grande majesté!

Mon très cher père, à ce jour, je n’ai personnellement pas entendu, ni lu qu’un écrivain s’est opposé à la persévérance dans l’invocation du nom de Dieu pendant les prières, excepté Chabli Chamil, dans la fin de la seconde partie de son livre. De son côté, thamrat al-amani reproche aux musulmans leur persistance dans l’invocation du nom d’Allah et sa glorification. Il se moque tout particulièrement de leur fameuse expression: Il n’y a de dieu qu’Allah. Mais laissons le donc se moquer de la prononciation du nom d’Allah et détester la prière et l’unicité divine. Il se trouve que ses mensonges n’épargnent pas la Torah non plus.

Croyez-moi, l’impression et la diffusion de ce genre de publication, doit être reconnu comme un crime grave. Je n’ai rencontré dans ce livre ni vérité ni honnêteté, hormis ces paroles à la page 87 disant que le secret de la trinité dépasse nos esprits et que nous ne pouvons pas le percer. Mais l’auteur, ne pouvant se maintenir longtemps dans le bon sens, est allé spéculer sur ce qui échappe à la raison, comme le jour du jugement, l’existence de Dieu et son éternité, son savoir infini, le fait qu’il soit l’origine de toutes les causes, qu’il soit le créateur des cieux et de la terre etc. Hélas, le vil sentiment l’emporte bien des fois sur la raison.

Lorsque j’ai entendu parler de ce livre, j’ai eu hâte de l’avoir entre les mains, en me disant qu’un livre écrit sur la conversion d’un musulman au christianisme et diffusé par les missionnaires, doit certainement renfermer parmi les preuves qui ont conduit à la conversion de Kamel, quelque chose qui, à coups surs, contraindra les musulmans au christianisme, ou du moins, à reculer sur le terrain de la confrontation idéologique. Mais quelle fut ma stupeur quand je l’ai lu! Je l’ai trouvé débordant de mensonges tels que vous venez d’en entendre.

Quant à Kamel, il s’est avéré n’être qu’un individu qui a sillonné les bureaux et voyagé sur les côtes du Yémen et d’Oman, pour arriver à Bassora et là, vendre quelques exemplaires de l’Ancien et du Nouveau Testament. Le pauvre n’a pas été au delà de ce plan.

Pour être franc, j’ai été bien déçu, après l’envie suscitée en moi par le titre du livre, déçu surtout pour le précieux temps passé dans sa lecture. Mais tout ceci n’est rien à côté de ma honte vis-à-vis des musulmans.

Le cheikh: - Dis-moi Emmanuel, comment as-tu trouvé l’introduction du livre et ses insinuations, notamment à la page 3, sur le Coran et son prophète? Y a-t-il dans le Coran et dans la religion islamique des enfantillages, des légendes et des aberrations voilant l’origine du monothéisme et l’entourant d’ambiguïtés depuis douze siècles, pour reprendre votre écrivain? Prenons donc le Coran et mettons le à côté de l’Ancien et du Nouveau Testament et que la véritable unicité divine soit juge; oui, que la lumière soit! Ainsi nous verrons clairement où se trouvent les enfantillages et les aberrations païennes.

Emmanuel: - Je vous en prie cheikh, certaines mœurs poussent les gens à ce que vous voyez. Je suis confus; veuillez accepter mes excuses, et j’ose espérer que désormais nous éviterons ce chemin sur le quel mon cher père nous a mis, sans le vouloir j’en suis sûr. Mais revenons maintenant à notre sujet, sur lequel je souhaiterais vous poser quelques questions si vous le permettez et encore une fois, mille pardons.