AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)
 

AR-RIHLA AL-MADRASIYYA OU (PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)

Au nom de Dieu Clément et Miséricordieux ÞÇá Çááå ÊÚÇáì:

{ ÅöäøóãóÇ íõÑöíÏõ Çááøóåõ áöíõÐúåöÈó Úóäúßõãú ÇáÑøöÌúÓó Ãóåúáó ÇáúÈóíúÊö æóíõØóåøöÑóßõãú ÊóØúåöíÑðÇ }

Dieu a dit dans le Coran: «En vérité, Dieu veut seulement éloigner de vous la souillure, ô gens de la Demeure [du Prophète], et vous purifier totalement.»

Sourate al–Ahzab (S: 33, V: 33)

Plusieurs hadiths rapportés tant par l’école sunnite que par l’école chiite disent que ce verset a été révélé à propos d’Ahl–ul–bayt, c’est– à–dire le Prophète, Ali, Fatima, al–Hacène et al–Hussein (que la paix de Dieu soit sur eux).

Pour plus de détails, le lecteur pourra consulter les ouvrages suivants: mousnad Ahmed (v:1, p:331 / v:4, p:107 / v:6, p:292 et 304); sahih Mouslim (v:7,p:130); sounan at–Tirmidhi (v:5, p:361); adh– dhourriyya at–tahira an–nabawiyya de Doulabi (p:108); as–sounan al–koubra de Nisa’i (v:5, p:108 et 113); al–moustadrak ‘ala as–sahihayn d’al–Hakem an–Neychabouri (v:2, p:416 /v:3, p:133, 146 et 147); al–borhan de Zarkachi (p:197); fath–ul–Bari fi charh sahih al–Boukhari de Ibn Hajar al–‘Asqalani (v:7, p:104); osol al–Kafi d’al–Kouleyni (v:1, p:287); al–imama wa at–tabsira de Ibn Babaweyh (p:47, hadith:29); al–Khisal de cheikh as–Sadouq (p:403 et 550); al–amali de cheikh at–Tosi ( hadiths 438, 482 et 783),…

AR-RIHLA AL-MADRASIYYA

OU

(PARCOURS D’UN JEUNE CHRETIEN EN QUETE DE VERITE)

óÞÇáó ÑóÓõæáõ Çááåö 3:

«Åäøöí ÊóÇÑößñ Ýöíßõãõ ÇáËøóÞóáóíúäö: ßöÊóÇÈó Çááåö æóÚöÊúÑóÊöí Ãåúáó ÈóíúÊöí¡ ãóÇ Åäú ÊóãóÓøóßúÊõãú ÈöåöãóÇ áóäú ÊóÖöáøõæÇ ÈóÚúÏöí ÃÈóÏÇð¡ æóÅäøóåõãóÇ áóäú íóÝúÊóÑöÞóÇ ÍóÊøóì íóÑöÏóÇ Úóáóíøó ÇáúÍóæúÖó. «

æÑÏ åÐÇ ÇáÍÏíË ÇáÔÑíÝ ÇáãÊæÇÊÑ ÈÕæÑ ãÊÚÏÏÉ Ýí ÇáßËíÑ ãä ÇáãÕÇÏÑ ÇáÇÓáÇãíÉ ãäåÇ: ÕÍíÍ ãÓáã Ì7¡ Õ122¡ Óää ÇáÏÇÑãí Ì2¡ Õ432¡ ãÓäÏ ÇÍãÏ¡ Ì3¡ Õ14¡ 17¡ 26¡ 59¡ Ì4¡ Õ366¡ 371¡ Ì5¡ Õ 182¡ ãÓÊÏÑß ÇáÍÇßã¡ Ì3¡ Õ109¡ 148¡ 533¡ æÛíÑåÇ ãä ÇáãÕÇÏÑ.

Le Prophète (a.s.s) a dit: «Je vais laisser parmi vous deux trésors: le Livre de Dieu (le Coran) et les membres [immaculés] de ma famille (Ahl-ul-bayt), si vous vous y attachez, vous ne vous égarerez jamais après moi. Ils ne se sépareront point jusqu’à ce qu’ils viennent me rejoindre au Bassin paradisiaque. «

Ce hadith authentique est cité dans plusieurs ouvrages islamiques dont sahih Mouslim (v: 7, p: 122), sounan ad-Darami (v: 2, p: 432), mousnad Ahmed (v:3, p:14,17,26 et 59 / v: 4, p:366 et 371 / v:5 , p:182), moustadrak al-Hakem (v: 3, p: 109, 148 et 533),…

Auteur

Mohammed-Jawad Al-Balaghi

Traducteur

Hamid Ahmed-Zaïd

Centre Mondial d'Ahl-ul-Bayt

äÇã ßÊÇÈ: ÇáÑÍáå ÇáãÏÑÓíå

ãÄáÝ: ÂíÉ Çááå ãÍãÏ ÌæÇÏ ÇáÈáÇÛ?

ãÊÑÌã: ÍãíÏ ÇÍãÏ ÒÇíÏ

ÒÈÇä ÊÑÌãå: ÝÑÇäÓæ?

AR-RIHLA AL-MADRASSIYA

OU

(Parcours d’un jeune chrétien en quête de Vérité)

Auteur: Mohammed-Jawad Al-Balaghi

Supervision du Project: Service des traductions

Traducteur: Hamid Ahmed-Zaïd

Edition: ére édition

Date de publication: 2012

Imprimerie: Mojab

Tirage: 5000

Publication: Centre Mondial d’Ahl–ul–bayt (a.s)

Site internet: www.ahl–ul–bayt.org

Courriel: info@ahl–ul–bayt.org

Tous droits réservés pour tous pays.

ISBN:

*********************** **********************

Sommaire

PREFACE

Le patrimoine légué par Ahl-ul-bayt (le Prophète et les membres immaculés de sa famille) et conservé par leurs fidèles partisans, est à juste titre une école pluridisciplinaire. Source intarissable de savoir, cette école n’a cessé de former des savants érudits capables d’assimiler les opinions des différents courants idéologiques et de répondre aux questions soulevées, tant en terre d’Islam qu’ailleurs.

A l’instar d’Ahl-ul-bayt (a.s) et de leurs fidèles partisans qui ont su relever tous les défis, le Centre Mondial d’Ahl-ul-bayt s’est chargé d'éclairer et de défendre la vérité si longtemps occultée, tant par les maîtres des différentes écoles islamiques que par les ennemis de l’Islam.

Les ouvrages dont dispose l’école d’Ahl-ul-bayt témoignent d’une expérience tout à fait particulière dans le débat et la critique. Ils recèlent un capital de connaissances exemptes de préjugés et appuyées par des arguments logiques. Ces ouvrages adressent aux savants et intellectuels concernés des messages rationnels que les gens de bon sens admettent de bon gré.

A ce riche patrimoine, viennent s’ajouter des livres plus récents recélant de nouvelles recherches. Certains d'entre eux ont été compilés par des chercheurs issus de l’école d’Ahl-ul-bayt et d’autres par des auteurs convertis à cette noble école.

A une époque marquée par une ouverture d'esprit plus intense et un mélange croissant des populations, le Centre Mondial d’Ahl-ul-bayt s’est engagé à répandre le message d’Ahl-ul-bayt (a.s) à travers le monde en publiant tout ouvrage susceptible de guider les personnes en quête de vérité.

Nous tenons à remercier tous ceux qui ont contribué à la réalisation de cet ouvrage, et nous demandons à Dieu d’accorder sa miséricorde à Mohammed-Jawad al-BALAGHI

En réalisant ce travail, nous espérons avoir accompli une partie de notre devoir envers Dieu «qui a envoyé son Messager avec la guidance et la religion de vérité pour la faire triompher sur toute autre religion. Dieu suffit comme témoin»[1]

Centre Mondial d’Ahl-ul-bayt

RESUME

Saisissant par la force de son argumentation, convainquant par la limpidité de ses preuves, imposant par la masse d’informations qu’il apporte et passionnant par la délicatesse des sujets qu’il traite, ce livre de Mohammed-Jawad al-Balaghi nous plonge dans l’une des plus importantes et probablement la plus méthodique des études critiques réalisées sur l’Ancien et le Nouveau Testaments. Initialement, la majeure partie de cette critique était destinée à l’ancien Testament, mais compte tenu de l’intensité de l’action évangélisatrice au moment de l’écriture de ce livre, il était devenu impératif en réponse à ce phénomène, d’en réserver une partie du moins tout aussi importante à la critique du Christianisme dans sa forme actuelle. Ainsi, il s’agissait en particulier de souligner l’exagération, pour ne pas dire démontrer l’absurdité de ce qui fait l’essentiel des enseignements des deux Testaments, en d’autres termes en révéler les incohérences dont en voici quelques unes:

- L’erreur de la Trinité.

- Le caractère insensé de donner les attributs de Dieu à Jésus.

- Les nombreux changements subits par la Bible à travers ltemps.

- La non-conformité des traductions de la Bible courante à la version hébraïque.

- L’absence dans l’Ancien Testament de sujets ayant trait à l’au-delà, tels que la Résurrection.

- Les innombrables contradictions qui parsèment la Bible courante.

- Le préjudice porté à l’image des prophètes par la Bible courante.

- Le caractère injuste et immoral de beaucoup de préceptes de l’Ancien Testament.

- La singularité de l’interprétation de Paul pour le Christianisme.

- Les contradictions apportées par le Nouveau Testament à l’Ancien Testament, pour ne citer que ces quelques exemples.

C’est encore à travers la même approche, que tout au long de la seconde moitié ce présent ouvrage notre illustre savant repousse par des arguments irréfutables, les thèses du courant matérialiste, les unes après les autres, en passant au tamis le darwinisme, de même que toute la théorie de l’évolution.

PREMIERE PARTIE

Louange à Allah, Dieu de la création, le guide vers la vérité et la justice. Nous le louons et lui rendons grâce, lui l’un et unique. Nous demandons son aide et l’implorons pour nous sauver de nos désirs et nos passions, de l’égarement et de l’imitation aveugle.

Voici quelques idées marquantes d’une randonnée idéologique et intellectuelle, dont je dessine ici les principaux traits, dans un mémento suggestif. L’histoire nous transporte dans un monde où, moi, dans la peau d’un certain Emmanuel, fils d’Eliezer, dans un contexte où les tabous font rage, je tente tant bien que mal d’instaurer le dialogue avec mon entourage, sur l’un des sujets qui font fuir: les idées reçues.

Dans cette histoire, j’ai voulu exploiter la présence d’un prêtre en visite chez nous, et en tirer le meilleur profit pour illuminer mon esprit et élargir l’horizon de mes connaissances, mais surtout pour dissiper les soupçons de mon esprit en quête de vérité et constamment hanté par le sujet des fondements de nos croyances religieuses. Je n’ai donc pas tardé à lui dire: c’est un grand honneur de vous avoir parmi nous monsieur le curé, et une occasion inespérée de tirer le plus grand bénéfice de votre profonde spiritualité. Aussi, auriez-vous la générosité et la patience de satisfaire ma curiosité et de m’entraîner avec vous, sur le chemin de la Vérité?

Le prêtre: - Mon fils, ceci est l’objet même de ma mission. C’est dans ce but que j’ai veillé les nuits et gravi les échelons du monde d’ici bas. Je nourri l’espoir que grâce à cette même mission à laquelle je consacre ma force et mon savoir, je m’assoirai à la table du Christ, le jour du jugement dernier.

Emmanuel: - C’est tout à votre honneur monsieur, soyez-en remercié. Permettez-moi dans ce cas de solliciter votre patience envers mon ignorance, et votre indulgence pour ce qui pourrait vous paraître choquant dans mes questions.

Le prêtre: - Demande Emmanuel, ne crains surtout pas de t’exprimer et faire état du moindre de tes soupçons. Questionne, mais pas sous l’effet des penchants et des passions, ni des positions corrompues et immorales.

Emmanuel: - Bénissez-moi monsieur le curé, afin que la passion ne me pousse pas vers l’égarement et l’aversion de la vérité.

Le prêtre: - Le saint-esprit est avec toi mon fils. Il te guidera sur le chemin de la raison et t’inspirera la vérité.

Eliezer: - Que t’arrive-t-il mon fils pour manquer autant aux usages de la politesse et aux règles du discours? Quelle déception pour moi de te voir te conduire de la sorte, après tant d’efforts consentis à ton instruction!

Emmanuel: - Père! Vous m’étonnez de parler avec autant de sévérité. Je ne ressens pour ma part aucun manquement aux bonnes manières, et vous m’avez déjà suffisamment testé dans mes différents états, pour savoir que selon mes capacités et dans la limite de mes connaissances, je fais toujours de mon mieux pour ne causer de tort à personne et je ne dévie jamais du chemin du sérieux et de la politesse. Comment pourrai-je alors manquer de respect à monsieur le curé? Corrigez-moi, père, si vous me trouvez inconséquent.

Eliezer: - Pour commencer, compte tenu de l’égard du au rang de ce saint homme et à sa spiritualité, il convient que tu ne t’adresse à lui qu’en l’appelant « mon père », ainsi qu’il est d’usage chez tout chrétien qui se respecte. Ne lis-tu donc pas dans les journaux, les revues et les livres, les expressions: père untel, les pères jésuites etc.…? Malheureusement, j’ai l’impression que tes fréquentations pour les musulmans t’ont fait perdre les repères de la religion chrétienne et ses bonnes manières.

Emmanuel: - Oh père, vous êtes si soucieux de ma piété et de mon salut! Vous n’avez de cesse de m’ordonner de m’attacher à la bible et à la bonne éducation que nous enseigne l’Evangile. Mais accepteriez-vous pour ma religion et ma piété, que j’aille à l’encontre de l’Evangile et du Christ, et ce, en accomplissant quelque chose d’interdit par le Christ lui-même, tel que le polythéisme par exemple?

Eliezer: - Où veux-tu en venir Emmanuel? Aurais-tu perdu la tête, ou bien aurais-tu quelque chose de nouveau à nous apprendre sur l’Evangile, et qui aurait échappé aux nombreuses générations de chrétiens et aux érudits de la bible? Ce serait bien étrange et pour le moins surprenant.

Emmanuel: - Oh père si clément et plein de bonté! Il se trouve que dans l’Evangile justement, Jésus en s’adressant à ses disciples, leur dit: « N’appelez personne sur la terre « votre père », car vous n’avez qu’un seul père, celui qui est au ciel » (Matt 23.9).

Eliezer: - Mon père, que pensez-vous de ces étranges paroles, que nous rapporte Emmanuel de la religion chrétienne?

Le prêtre: - Votre fortuné fils, cher Eliezer, vient de mettre la main sur un trésor, celui d’une vérité longtemps et injustement occultée par notre nation, bien que la bible en fasse clairement état. Je continue personnellement, aujourd’hui encore, à vivre les tourments du préjudice causé par ce genre de discours. Ma peur de mes confrères les spiritualistes m’a jusque là empêché d’en parler, à cause de leur attachement à cette appellation pompeuse, dont l’Evangile lui même a d’ailleurs montré l’aberration, qui découle des coutumes des nations païennes.

C’est la connaissance de votre fils Emmanuel et son indépendance intellectuelle du joug de l’imitation aveugle, qui m’a donné la force de vous faire part de ce secret qui me pèse depuis presque toujours. Eliezer, faites-moi plaisir, ne m’appelez plus « mon père » à compter de ce jour.

Eliezer: - Si mon fils vous inspire un intérêt quelconque, je vous prie d’avoir la bienveillance et la générosité de l’instruire et de l’orienter, et Dieu vous le rendra. En ce qui me concerne, je le mets dès maintenant à votre service.

Le prêtre avait déjà entamé mon instruction quand, un jour, nous nous trouvions dans une assemblée où la discussion l’amena à aborder l’histoire du monde et de la création. Chacun des présents y alla du sien, selon ce qu’il avait appris de nouveau sur le sujet. J’en étais triste pour ma religion et cela m’a fait réagir en disant:

- Pardonnez-moi messieurs, mais je vous demanderai bien de m’expliquer ces questions, selon la procédure usitée par les théologiens. Quant à l’orientation donnée à votre débat, elle nécessite me semble-t-il l’introduction d’autres principes, ceux-là scientifiques, reposant sur une base solide, sans avoir recours à l’imitation et à la reproduction de modèles de réflexion empêchant d’aboutir à la vérité.

Les présents: - Vous avez raison; il est bien de votre droit de demander l’explication selon la méthode et l’approche qui vous semble la plus convenable.

Emmanuel: - Monsieur le curé, pourriez vous, à partir de la bible, nous éclairer quelque peu sur l’histoire de la création?

Le prêtre: - Tes désirs sont des ordres, Emmanuel. J’aurai besoin, pour commencer, d’un ou plusieurs exemplaires de l’Ancien Testament.

Emmanuel: - J’ai ici des exemplaires en hébreu, en arabe, ainsi qu’en d’autres langues.

Le prêtre: - Ouvres-en un et lis au début de la torah, au livre de la Genèse.

Alors j’ai lu jusqu’au deuxième chapitre de la genèse. Nous y apprenons que Dieu, puissant et grand « après avoir achevé son œuvre, se reposa le septième jour de tout son travail. Il fit de ce septième jour un jour béni, un jour qui lui est réservé, car il s’y reposa de tout son travail de créateur » (Gen2. 2-3). Cela m’a fait réagir en demandant au prêtre:

- Dieu se fatigue-t-il dans son travail de créateur, pour avoir besoin de se reposer après l’avoir achevé? Pourquoi la torah ne tient-elle pas compte de la grandeur de Dieu et de son infini pouvoir, au point de lui attribuer, et par des expressions aussi ridicules, le besoin de se reposer?

Le prêtre: - Qu’est ce que j’entend Emmanuel? Voila un écart dans le langage, mais heureusement sans trop de préjudice. Sache que tu seras confronté en lisant la torah, à des situations, bien plus choquantes que celle-ci et où ta patience sera mise à rude épreuve. Si tu t’indisposes pour si peu, je me demande dans quel état tu te retrouveras après avoir beaucoup lu, sachant que le plus affligeant est à venir. Mon cher Emmanuel, je te conseille d’entraîner ton esprit à plus de résistance et à moins de frayeur.

Emmanuel: - A` vos ordres monsieur, mais permettez-moi quand même une autre question, toujours en relation avec l’expression de la torah « Il fit de ce septième jour un jour béni ». C’est que Kiteb Jam‘iyet kitab al-hidaya, publié sous le patronage des missionnaires américains, nous dit à la quatrième partie, précisément à la quatrième ligne de la page 174, que Dieu n’a pas dit dans la torah « il fit de ce septième jour un jour béni ». Je voudrai vous faire remarquer ici que cette négation provient d’un groupe de missionnaires annonciateurs de la bonne nouvelle, qui est sensé inviter la nation à suivre le droit chemin et à fuir le mensonge. Comment donc peuvent-ils écrire cela et le diffuser dans le monde? Pensent-ils que les gens ne lisent pas la bible, et ne peuvent pas regarder au troisième verset du deuxième chapitre de la genèse? Assurément, ils ont commis un grave sacrilège contre la spiritualité des chrétiens.

Le prêtre: - Ne sois pas si impressionné par l’appellation «Association apostolique », nous en sommes nous-même issus. Lis Emmanuel.

Eden – le Tigre et l’Euphrate

J’ai donc repris la lecture du même chapitre. Le résumé de cette lecture est que Dieu créa Adam et planta un jardin au pays d’Eden, vert l’est, et y mis Adam. Ensuite, Dieu fit pousser au centre du jardin, l’arbre de la vie, ainsi que l’arbre qui donne la connaissance de ce qui est bien ou mal. Un fleuve prenait sa source au pays d’Eden et irriguait le jardin. De là, il se divisait en quatre fleuves: le Pichon, le Guihon, le Tigre et l’Euphrate. Après ma lecture, j’ai demandé au prêtre si je pouvais l’interroger sur ce que je venais de lire.

Le prêtre: - Pose tes questions Emmanuel, toutes les questions que tu veux.

Emmanuel: - L’Eden cité ici, ainsi que dans les livres d’Esaïe (51.3), Joël (2.3) et Ezékiel (31.9); est-ce bien l’Eden connu sur la terre du Yémen, au détroit de Bab El Mendeb?

Le prêtre: - Apparemment, il s’agit bien de celui-là.

Emmanuel: - Monsieur, vous n’ignorez sans doute pas que le Tigre prend sa source dans les montagnes arméniennes et se jete dans le golf persique, prés de Bassora, pendant que l’Euphrate qui naît en Arménie turque, rejoint le Tigre pour se jeter également dans le golf persique. Il me semble difficile par conséquent, d’imaginer ces deux fleuves sortant de l’Eden, l’idée étant incompatible avec la géographie des pays et des fleuves concernés.

Le prêtre: - Ce que tu dis est vrai Emmanuel, et il faudra bien réfléchir à la solution de ce problème. Mais comment pouvons nous prétendre que ce qui est mentionné ici dans la torah, est faux, même si nous ne pouvons pas non plus affirmer qu’il est juste? Lis mon cher.

Adam au paradis

C’est avec avidité que j’ai poursuivi la lecture du livre de la Genèse. A ce stade de la lecture, on apprend déjà que Dieu pris Adam et l’établit dans le jardin d’Eden. Il lui dit: « Tu peux manger les fruits de n’importe quel arbre du jardin, sauf de l’arbre qui donne la connaissance de ce qui est bien ou mal. Le jour où tu en mangeras, tu mourras ». Puis Dieu créa d’Adam sa femme Eve. L’homme et sa femme étaient tous deux nus, mais sans éprouver la moindre gêne l’un devant l’autre. Ils n’avaient pas conscience de ce qui est bien ou mal (Gen 2.15-25).

« Le serpent était le plus rusé de tous les animaux sauvages que le Seigneur avait faits. Il demanda à la femme: Est-ce vrai que Dieu vous a dit: « Vous ne devez manger aucun fruit du jardin »? La femme répondit au serpent: Nous pouvons manger les fruits du jardin. Mais quant aux fruits de l’arbre qui est au centre du jardin, Dieu nous a dit: « vous ne devez pas en manger, pas même y toucher, de peur d’en mourir ». Le serpent répliqua: Pas du tout, vous ne mourrez pas. Mais Dieu le sait bien: dès que vous en aurez mangé, vous verrez les choses telles qu’elles sont, vous serez comme lui, capables de savoir ce qui est bien ou mal. » Alors ils en mangèrent et aussitôt, leurs yeux s’ouvrirent (ils urent le sentiment du savoir) et se rendirent compte qu’ils étaient nus. Pour se protéger, ils se fabriquèrent chacun une sorte de pagne avec des feuilles de figuier (Gen 3.1-7).

Quant à moi, j’étais stupéfait; la confusion me tourmentait pendant que je lisais ces mots terribles. Bouleversé par ce que je venais de lire, j’étais dans l’incapacité de poursuivre. J’ai donc fermé la Bible et je l’ai posée par terre.

Le prêtre: -Eh bien, que t’arrive-t-il Emmanuel? Tu ne lis plus? Tu me sembles bien préoccupé.

Emmanuel: - Me permettez vous de questionner en toute liberté? Votre présence monsieur, est pour moi une véritable aubaine et voyez-vous, je voudrai en tirer le meilleur profit pour guérir mon esprit, du doute qui le hante et le malmène depuis si longtemps. De par ma religion, je considère la torah comme étant le livre de Dieu, dont Moïse, la paix soit sur lui, est le porteur. Mais quand mon regard en parcourt les pages, je me sens, à la rencontre de ses différents contenus, qui sont tous aussi troublants les uns que les autres, en proie à l’embarras et la perplexité. Croyez-moi monsieur le curé, ce sont des moments de grande souffrance.

Eliezer: - Quel manque de foi! Comment le livre de Dieu peut-il susciter doute et embarras? Je regrette tellement de t’avoir laissé fréquenter les musulmans et regarder dans leurs livres. C’est ce qui a affecté ton esprit et troublé en toi les sources de la foi, que tes ancêtres ont pourtant gardées et transmises, on ne peut plus limpides.

Emmanuel: - Cher père, j’avais dans mon enfance une certaine lourdeur à aller à l’école et vous me blâmiez pour cela, en me disant: « Qu’est ce qui te prend! Tu veux donc rester ignorant? » Vous auriez du, père, me laisser dans mon état, pour que je vive naïvement ma foi dans la tradition des anciens, sans savoir ce qu’il y a dans les livres et sans apprendre de la science, quoi que ce soit. Tout comme vous auriez pu me laisser rejoindre l’école des sciences physiques, et ainsi, je n’aurai pas prêté attention à la religion et ses connaissances. Mais puisque mes yeux se sont ouverts, permettez moi, cher père, de m’en servir pour saisir les vérités, d’autant que monsieur le curé a la bonté d’être là pour m’y conduire, avec l’aide de Dieu.

Le prêtre: - Eliezer, vous réagissez aux doutes de votre fils par la réprimande, alors que le devoir serait plutôt de les traiter par la recherche de la vérité, et extirper par des arguments convaincants le mal qui les nourrit. Laissez donc votre fils rechercher la vérité lui-même et sans restriction, serait sans doute ce qu’il y a de plus sage à faire, pour que ses convictions reposent sur des bases solides et qu’enfin vous puissiez en être fier.

Emmanuel: - Vos remontrances pour moi, père, montrent bien que vous aussi, vous avez le sentiment, que dans ce que nous avons lu il y a une véritable bataille de soupçons. Pourquoi ne pas vous associer à moi dans ma quête de la lumière. Vous savez bien qu’après tout, la vérité n’est que le fruit de la recherche.

Eliezer: - Parle de ce que tu veux mon fils, mais je te mets en garde contre l’entêtement. Je trouve tout de même tes sous-entendus très choquants; y a-t-il chez Dieu tout puissant, mensonge et tricherie?

Emmanuel: - Vous avez raison père, on ne peut concevoir que Dieu soit capable de mensonge, de tricherie et de perfidie.

Le prêtre: - Sûrement pas, loin de sa pureté et de sa sainteté tout cela.

Emmanuel: - Est-il possible que Dieu ait pu dire à Adam: quand à l’arbre qui donne la connaissance de ce qui est bien ou mal, n’en mange pas car le jour où tu en mangeras tu mourras. Adam a pourtant mangé les fruits de cet arbre et il n’en est pas mort. Dieu aurait-il donc menti?

A mon humble avis, ces paroles dans la Torah ne sont que mensonge et calomnie sur la sainteté et la pureté de Dieu. Monsieur le curé et mon cher père acceptent-ils que le serpent soit plus enclin à la vérité que Dieu? La Torah affirme bien pourtant que le serpent aurait dit à Eve: « Vous ne mourrez pas. Mais Dieu le sait bien: dès que vous en aurez mangé, vous verrez les choses telles qu’elles sont. Vous serez comme lui, capables de savoir ce qui est bien où mal ».

Par ces paroles, la Torah s’attache également à mettre en avant une certaine honnêteté chez le serpent ainsi que le bien fondé de son conseil et ce, en brandissant la preuve selon laquelle, dès que Adamt et Eve mangèrent les fruits de l’arbre, leurs yeux s’ouvrirent et se rendirent compte qu’ils étaient nus.

Messieurs, que pouvons nous bien répondre à ceux qui diront que notre Torah associe à Dieu le vice du mensonge et de la tromperie, pendant qu’elle attribue en revanche au serpent, la vertu du bon conseil et de la vérité. D’un autre côté, ce sont les visions de Jean (Apoc 12/9) qui révèlent que c’est le serpent ancien, appelé le diable ou Satan, qui trompe le monde entier. Quelle honte, messieurs!

Le prêtre: - La mort dont Dieu a menacé Adam n’est pas la mort physique, mais plutôt la mort spirituelle, car Adam en désobéissant a mérité la colère de son créateur et, c’est cela même la mort spirituelle.

Emmanuel: - J’ai déjà lu ces paroles dans le livre intitulé kitab Jam‘yat al-hidaya, publié sous le patronage des missionnaires américains (2eme partie, p.131). Seulement, la Torah elle-même démontre la fragilité et la grossièreté de cet argument. Elle dit en effet, qu’Adam avant d’avoir mangé les fruits de l’arbre interdit, ne connaissait pas le bien et le mal. Il ignorait jusque sa propre nudité dont il n’avait d’ailleurs pas honte. Il était tout simplement dépourvu de vie spirituelle.

Celui qui vit dans cette condition primaire, cet état de sauvagerie et de mort spirituelle, ne peut être en mesure de peser la gravité de l’infraction, quelle qu’elle soit et, par conséquent, ne peut pas être sujet à la colère de Dieu. En effet, comment la colère de Dieu peut elle s’abattre sur celui qui ignore ce qui est bien, sachant qu’une personne doit d’abord saisir la beauté du bien, pour le désirer? De même, comment Dieu peut-il entrer en colère contre une de ses créatures, alors qu’il sait bien qu’il ne l’a pas dotée de la faculté de reconnaître le mal, sachant qu’elle doit d’abord en saisir la vilenie, pour comprendre la gravité de son infraction aux recommandations qui lui sont données?

Monsieur le curé, le message même de la torat est qu’il était devenu nécessaire pour Adam, de manger de cet arbre, afin d’avoir une vie spirituelle et ainsi, devenir comme Dieu, connaisseur de la beauté et de la laideur, du bien et du mal, tout comme il devient par cette connaissance, réceptif à la lumière de la foi et de l’obéissance à l’ordre divin. Alors de grâce, n’essayez pas de me contenter par des réponses légères, dont je suis sûr que vous connaissez les limites et la faiblesse. Mais, j’aimerai quand même connaître la raison pour laquelle vous y avez eu recours.

Le prêtre: - Tu as raison Emmanuel, mais il reste tout de même possible que le sens donné à l’expression « tu mourras » est que Adam, une fois qu’il a mangé de l’arbre défendu, s’est exposé à la mortalité, et de ce fait, n’est plus éternel. Manger de cet arbre a semé dans son corps les graines de la mort et l’a rendu sensible et vulnérable aux causes de l’anéantissement. Vois-tu, ce genre d’expression est tout à fait acceptable dans le langage.

Emmanuel: - Cette réponse provient également de Jam‘iyet kitab al-hidaya, encore une fois en contradiction avec la Torah, qui de nouveau, en démontre l’erreur. La Torah précise en effet qu’Adam n’a pas été créé pour l’immortalité, puisque des précautions avaient été prises pour qu’il ne mange pas de l’arbre de la vie. Effectivement, une garde avait été placée autour de cet arbre, de crainte qu’Adam n’en mange et devienne immortel et c’est ce qui lui a valu d’être chassé du paradis. La Torah nous informe que le jour où Adam a été créé, le décret divin a semé dans son corps les graines de l’anéantissement. La mort était ainsi une fatalité qui lui a été déterminée par Dieu, ceci bien avant qu’Adam ne mange les fruits de l’arbre interdit.

Le coran est la mesure de la justice

Le prêtre: - Le Coran des musulmans cite quelques histoires de la Torah. Peux-tu me dire s’il aborde l’histoire d’Adam de la même façon que le fait la Torah?

Emmanuel: - Monsieur, le Coran a rappelé cette histoire, à chaque fois que les circonstances le voulaient, mais ne mentionne pas que l’arbre en question est l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tout comme il ne rapporte pas qu’Adam, avant d’en avoir mangé ne connaissait pas ce qui est bien et ce qui est mal. En outre, le Coran ne dit pas non plus que Dieu ait menacé Adam de mort.

Pour saisir l’étendue de la différence entre la Torah et le Coran, sur ce sujet précis, il suffit de se renvoyer à la sourate Taha, aux versets 115 et suivants. Le Coran montre bien à travers ces versets, qu’Allah avait mis Adam en garde contre le diable, et l’avait averti que ce dernier le ferait sortir des joies du paradis, pour le faire tomber dans la misère de la vie terrestre, le paradis étant pour Adam une demeure de jouissance et de repos, où il serait (s’il avait obéi à son créateur) à l’abri de la faim, de la soif, de la nudité et de l’ardeur du soleil, contrairement à ce à quoi il fut exposé dans la vie terrestre.

Mais le Coran ajoute que, pour le tenter, le diable lui dit: « Adam, t’indiquerai-je l’arbre d’immortalité et un règne impérissable? » (Taha 120).

Le Coran indique à un autre endroit (al-A‘raf 20) comment le diable tenta Adam et Eve en leur disant: « Votre seigneur ne vous a interdit cet arbre que parce que [si vous en mangez] vous deviendrez des anges, ou vous serez du nombre des immortels ». Il les a manipulés avec illusion, duperie et mensonge.

De plus, le Coran ne rapporte pas qu’Adam et Eve étaient jusque là, nus sans le savoir et sans en avoir honte, du fait soit disant, de leur prétendue inconscience de la notion du bien et du mal. Bien au contraire, le Coran précise qu’Adam et Eve, avant de désobéir à Allah étaient bel et bien vêtus: « Enfants d’Adam, que le diable ne vous tente pas comme il fit sortir du paradis votre père et votre mère, leur ôtant leur vêture pour leur faire voir leur nudité »(al-A‘raf 27).

En somme, ce que le Coran révèle de l’histoire d’Adam est tout à l’opposé de ce que nous retrouvons dans la Torah, puisque le Coran attribue le mensonge et la duperie au diable, tout comme il décharge l’histoire de son aspect légendaire.

Le prêtre: - Je sais, j’ai déjà constaté moi-même tout cela en lisant le Coran.

Eliezer: - Vous aussi? Et moi qui allais m’en prendre encore à mon fils! Mais alors monsieur, que pensez vous de cet écart entre la Torah et le Coran?

Le prêtre: - Ne te préoccupe pas de ce que j’en pense et laissons le pour l’instant bien enfoui dans mon cœur. Peut être fera-t-il plus tard plus clair dans nos esprits, et pourrai-je alors le divulguer. Reprends ta lecture Emmanuel, là où tu t’es arrêté.

Dieu n’est pas un corps et rien ne lui échappe

J’ai aussitôt repris ma lecture, au troisième chapitre de la Genèse. Décidément, on y trouve des histoires, qui vous font bondir de votre chaise, à l’exemple de ce qui suit: « Le soir quand souffle la brise, l’homme et la femme entendirent le seigneur se promener dans le jardin. Ils se cachèrent de lui parmi les arbres. Le Seigneur Dieu appela l’homme et lui demanda: où es-tu? L’homme répondit: Je t’ai entendu dans le jardin. J’ai eu peur, car je suis nu, et je me suis caché. Qui t’a appris que tu étais nu, demanda le Seigneur Dieu; aurais-tu goûté au fruit que je t’avais défendu de manger? » (Gen 3.8-12). A la lecture de ces mots, je fus saisi d’étonnement. Ma réaction fut de me détourner de mon texte, baisser la tête et me taire.

Eliezer: - Je vois que tu cèdes de nouveau aux suggestions du diable, Emmanuel. Si tu savais comme je suis accablé par ton manque de foi! Quelle déception!

Le prêtre: - Je vous prie d’abandonner ce genre de paroles Eliezer, et de laisser votre fils enquêter en toute liberté. En quoi vos remontrances et vos regrets peuvent-ils l’aider, sinon le décourager et le résigner à la vie dans le doute et la détresse. Laissez le donc dire ce qu’il a sur le cœur, cela le déchargera peut être de son angoisse et de sa perplexité. Nous t’écoutons Emmanuel, parle.

Emmanuel: - N’entendez-vous pas à travers ces paroles que la Torah prétend que Dieu est un corps, qu’il mange et qu’il a une voix? Adam peut même s’en cacher et pour le trouver, Dieu doit lui demander: Où es-tu? Qui t’a appris que tu étais nu? Aurais-tu goûté aux fruits de l’arbre?

Le prêtre: - Mon fils, ceci est un langage de prophète, à ne pas prendre au pied de la lettre, mais plutôt avec pondération. Je te l’expliquerai peut être à un autre moment.

Emmanuel: - Monsieur, est-il du devoir des prophètes de faire revêtir à leurs paroles un caractère mythique et aussi grotesque que ce que nous venons de voir? Pourquoi ne pas leur donner un aspect rationnel, qui ne brusque pas le concevable. Pensez-vous qu’il soit convenable pour l’esprit scientifique, considérant le respect dû à la majesté de Dieu et à la noblesse de la prophétie, de tolérer que parmi les paroles des prophètes, figurent des propos que généralement nous ne tolérons pas chez les simples humains?

Le prêtre: - Reprends ta lecture Emmanuel; j’implore Dieu pour que la lecture de son livre, dissipe tes doutes et apporte satisfaction et paix à ton l’esprit. Puisse ton cœur s’illuminer enfin, de la lumière de la foi.

Dieu est le Tout-Puissant, l’Unique, le Victorieux.

Sur ces paroles, j’entrepris d’achever la lecture du troisième chapitre de la Genèse. Vers la fin du chapitre, nous retrouvons un Dieu pensif, réfléchissant au sujet d’Adam, après que celui-ci eu goutté aux fruits de l’arbre défendu, comme il le ferait au sujet d’une menace avérée et dont il doit préserver son royaume, ce qui l’amène d’ailleurs pour ce faire, à prendre les décisions nécessaires: « « Voilà que l’homme est devenu comme un dieu, pour ce qui est de savoir ce qui est bien ou mal. Il faut l’empêcher maintenant d’atteindre aussi l’arbre de la vie; s’il en mangeait les fruits, il vivrait indéfiniment. » Le Seigneur Dieu renvoya donc l’homme du jardin d’Eden, pour qu’il aille cultiver le sol dont il avait été tiré. Puis, après l’en avoir expulsé, le Seigneur plaça des chérubins en sentinelle devant le jardin d’Eden. Ceux-ci armés de l’épée flamboyante et tourbillonnante, devaient garder l’accès de l’arbre de la vie. » (Gen 3.22-24).

La lecture du chapitre terminée, je posai le livre sur la chaise et, bouleversé, je me suis levé en disant: - Malheur! Jusqu’à quand devrai-je continuer à mettre mon pauvre père dans tous ses états! Plutôt me taire et laisser mon cœur brûler de tous ses feux. Je voudrai n’avoir jamais appris à lire.

Le prêtre: - Ne sois pas si agité, Emmanuel, et dis nous plutôt ce qui te préoccupe au point d’en être bouleversé de la sorte. Quant à moi, je te garanti le consentement de ton père, qui a d’ailleurs, me semble-t-il, compris que ta foi ne doit pas être le résultat de l’imitation aveugle de tes semblables. C’est juste que, à cause de son occupation permanente au commerce et son éloignement de l’exercice scientifique, ajouté au temps insignifiant qu’il consacre à la lecture du livre saint, il n’a pas du être attentif aux différents sujets de tes préoccupations philosophiques. De ce fait, nous pouvons aisément comprendre son indignation de te voir multiplier les critiques sur deux petits chapitres de la Torah. Ceci dit, nous sommes toute ouie.

Emmanuel: - Je vous demande pardon monsieur le curé et mon cher père, mais depuis que j’essaie de lire la Torah avec raisonnement et compréhension, les complications et les ambiguïtés aux quelles je me retrouve constamment confronté, ne me procurent qu’angoisse et amertume, sans trouver personne pour m’en soulager. Puis, quand la providence vous envoya et que je fus honoré de votre rencontre, j’eu enfin l’espoir, monsieur le curé, que je trouverai en vous ce qui dissiperait de mon esprit le brouillard des doutes qui l’enveloppait jusque là. Alors, si dans votre immense générosité, vous vouliez bien me consacrer un peu de votre temps, je le mettrai à profit, pour exposer les difficultés aux quelles nous sommes confrontés à travers la lecture de la Torah. Seulement, mon père ne me facilite guère les choses et il m’est pénible de le voir constamment irrité. Je ne sais que faire.

Eliezer: - Ce qui m’est pénible mon fils, c’est de te voir dans de tels états de trouble et d’agitation. J’ai juste peur que la source de tes doutes soit l’égarement de ton imagination, bien que je sois sûr que le prêtre veillera à ta surveillance; je sais qu’il t’empêchera de sombrer dans tes discours rêveurs et fera en sorte que tu ne t’écartes pas du droit chemin. Alors parle et ne t’en fais surtout pas pour moi.

Emmanuel: - On se demande quelle est raisonnablement, la conception que voudrait transmettre la Torah, de la grandeur de Dieu, si l’on considère les paroles mêmes qu’elle lui attribue: « voila que l’homme est devenu comme un dieu, pour ce qui est de savoir ce qui est bien ou mal », et qu’entend-il par « un dieu »? La Torah serait elle tentée de nous révéler la multiplicité des dieux? En tous cas, selon son expression, Dieu aurait eu peur qu’Adam devienne un dieu lui aussi. C’est pourquoi, il est devenu méfiant à son égard et s’est résolu à prendre des dispositions, pour que la sécurité et l’indépendance de la république divine ne soient pas mises en péril, car si jamais Adam s’approchait de l’arbre de la vie et en gouttait les fruits, le danger serait certain et la sécurité du royaume serait compromise.

Monsieur le curé, comment puis-je ne pas m’inquiéter de cette situation, quand je sais que tel est l’état de la torah, que nous considérons tous comme étant le message sacré dont Dieu a chargé son envoyé Moïse!

Le prêtre: - Doucement Emmanuel, si tu ne laisses pas la passion dominer ton langage, Dieu finira par illuminer ton esprit et l’orientera vers le doit chemin. De notre côté, peut être pourrions nous essayer de défaire le nœud qui serre ton cœur, en te faisant connaître quelques vérités, dés qu’il nous sera donné de les démontrer.

Emmanuel: - Père, je vous demande au nom de votre tendresse paternelle, de me répondre en toute franchise; si vous-même, avant que vous ayez pris connaissance de ces questions dans la Torah, et que je venais vous dire que j’avais lu dans certains livres, qu’on attribuait à la sainteté de Dieu les aberrations que nous venons de citer dans l’histoire d’Adam, ne réagiriez vous pas en qualifiant tout ceci, d’impiété et de perversion païenne?

Eliezer: - Tout a fait, je suis forcé de le reconnaître, mais je reste malgré tout convaincu que la torah est la parole de Dieu et à ce titre, il est de mon devoir de faire abstraction de ces détails. Regarde plutôt dans le Coran et dis-nous si tu y trouves quelque indication de ces problèmes pour lesquels tu te passionnes tant.

Emmanuel: - J’ai parcouru le Coran à maintes reprises et je l’ai trouvé libre de ces choses ou de ce qui leur ressemble. Je voudrai préciser qu’il est disponible pour tous ceux qui voudraient le lire, ne serait-ce que pour vérifier.

Eliezer: - Incroyable, ceci ne fait qu’accroître mon étonnement.

Serendibe et Adam

Emmanuel: - Dans les livres de géographie et d’histoire, nous trouvons qu’une montagne sur l’île de Serendibe (Ceylan) porte un nom anglais (Adam’s Peak), et qu’entre l’île et le continent d’Asie, d’énormes rochers alignés dans la mer, rendent difficile le passage des navires. Cet endroit s’appelle également en anglais: Adam’s Bridge. Je me demande en quoi, tout cela peut bien concerner Adam?

Le prêtre: - La tradition musulmane rapporte qu’Adam, une fois expulsé du paradis, est descendu sur l’île de Serendibe et de là, a traversé vers l’Asie. Quant aux noms de la montagne et du pont, ils sont le témoignage historique de ce que rapporte la tradition musulmane.

Emmanuel: - Monsieur, s’il s’avère que ce que racontent les musulmans ne concorde pas avec les paroles de la Torah, serai-je amené à qualifier la tradition musulmane de mythe?

Le prêtre: - Sûrement pas; il ne te sera pas permis et je te déconseille fortement de le faire.

Eliezer: - Lève-toi Emmanuel, va te détendre un peu dans ta chambre, cela te reposera le moral.

Emmanuel et les livres

Je me suis levé en pensant aux dernières paroles du prêtre et une fois dans ma chambre, je me suis assis là d’où il m’était aisé d’écouter la discussion qui se déroulait entre lui et mon père.

Eliezer: - Monsieur le curé, l’état de mon fils me préoccupe de plus en plus et sa fréquentation pour les musulmans me rend décidemment soupçonneux à son égard. Figurez-vous que je l’ai surpris un jour en possession d’un livre intitulé: idhhar al-haq, qu’il lisait avec envie et attention. Quand j’ai voulu savoir de quoi il s’agissait, il me répondit que c’était un livre d’un grand savant musulman. Je ne vous cache pas que cela m’a quelque peu froissé et j’en ai d’ailleurs parlé à quelques frères, lesquels m’ont charitablement conseillé de lui faire lire le livre de Hachem al-‘Arabi.

Ils m’ont également conseillé le livre al-hidaya de l’association chrétienne d’Egypte, édité sous le patronage des missionnaires américains. Enfin, ils m’ont recommandé le livre ar- rihla al-hidjazya, du cheikh Gharib Ibn ach-cheikh ‘Adjib. J’ai bien sûr vite fais de les acheter et de les lui donner à lire. Vu son penchant naturel à la lecture, il ne tarda pas à le faire. De mon côté, je me suis mis à surveiller discrètement son état et ses réactions, mais je ne voyais transparaître sur son visage, à ma grande déception, aucune joie, aucun enthousiasme; la lecture ne le rendait cette fois que grognant et vociférant.

Le prêtre: - Mon pauvre Eliezer, il n’était pas opportun de lui acheter ces livres. Leurs contenus se caractérisent par une vision fanatique de la religion. Ils se placent en contradiction avec la réalité et se trahissent par une méconnaissance flagrante des livres sacrés. Les livres que tu viens de citer sont tout simplement agaçants pour le lecteur averti et ayant un esprit critique. C’est, de mon point de vue, le genre de livre qui met véritablement en danger l’avenir de la religion chrétienne.

Eliezer: - Vous m’en direz tant! Et dire que ce sont les livres « références » de la plupart de mes amis. Quoi qu’il en soit, quelques jours plus tard, j’ai retrouvé Emmanuel, avec d’autres livres, qui lui faisaient à l’évidence meilleure impression, puisqu’il lisait cette fois-ci avec une certaine satisfaction. Evidemment, je n’ai pas manqué de lui demander ce qu’il lisait, et sa réponse fut immédiate:

- Je n’imaginais pas, disait-il, qu’il pouvait exister parmi les musulmans, un savant aussi connaisseur des livres saints, aussi agréable au discours et aussi courtois au dialogue. Il ajouta:

- Je suis maintenant convaincu qu’il n’existe pas parmi les grands prêtres juifs, ni dans la spiritualité chrétienne, l’équivalent de cet homme, dans le domaine de la connaissance des livres sacrés.

- Epargne-moi ces glorifications vides de sens, lui dis-je; dis-moi plutôt quels sont ces livres, de qui sont-ils et de quoi parlent-ils?

Il semblait n’attendre que cette question, à laquelle il répondit en citant entre autres livres: al-houda en deux volumes, rissalat at-tawhid wa-t-tathlith; les deux livres sont de l’écrivain an-Nadjafi, édités en réponse à Hachem al-Arabi, à Jam‘iyet al-hidaya et à Abd al-Massih al-Kandi. Et maintenant monsieur le curé, je me sens plus perdu que jamais. Je ne sais que faire pour récupérer Emmanuel, mon fils unique. J’ai bien peur que d’ici peu, il ne se convertisse du christianisme à l’Islam, cette religion barbare et païenne.

A ces mots, le curé l’arrêta: - Non, non Eliezer, il n’est permis à personne de traiter la religion musulmane de barbare, et encore moins de païenne. Alors, mon père l’air embarrassé, baissa la tête et demanda de nouveau:

- Et maintenant monsieur le curé, aidez-moi et dites-moi au moins comment m’y prendre avec mon fils.

Le prêtre: - Cher Eliezer, vous vous inquiétez outre mesure. Il se trouve seulement que les idées de votre fils sont quelque peu en avance et il est doué d’un excellent jugement. Quand il parle, il le fait en connaissance de cause, en se servant d’arguments rationnels et convaincants, car il a l’esprit libéré des entraves du fanatisme et de l’imitation des anciens. Il ne se précipite pas par amour du changement et ne se contente pas d’évaluations légères, imaginaires et incompatibles avec la raison. Sans vouloir vous offenser Eliezer, je ne peux pas en dire autant de vous.

Pour ces raisons, il ne serait pas vertueux que vous tentiez d’empêcher ou d’entraver les réflexions de votre fils, car vous risqueriez de l’amener à douter des fondements même de la religion, et le faire dévier vers les principes et les thèses de l’athéisme, comme cela a malheureusement tendance à se généraliser en Europe et en Amérique, devenues les capitales de l’impiété, et cela après qu’elles furent des pôles de prospérité pour la religion céleste. Il est primordial que la croyance d’Emmanuel, se forge sur des preuves tangibles et sur la vérité; c’est essentiel pour la conviction religieuse de tout être sensé. Et ce ne sont là que les principes élémentaires de la croyance religieuse.

Quant à la croyance sur la base de prophéties spécifiques, c’est une affaire secondaire, dont l’authenticité se manifeste en s’appuyant sur les évidences des fondements de la croyance en Dieu.

Ceci étant, deux solutions me semblent indiquées pour la guérison du mal dont souffre votre fils. La première, est qu’il devienne le disciple d’un spiritualiste au grand savoir, ayant l’esprit libre, d’un naturel doux, honnête, droit, tolérant, maître de ses passions, connaisseur en philosophie de l’enseignement, ne craignant pas la critique et ne convoitant ni rang, ni rémunération. La seconde solution est que votre fils soit touché par la grâce divine, pour que s’installe en lui le Saint Esprit qui le guidera sur la voie de la vérité.

Eliezer: - Monsieur, ne le prenez surtout pas pour de la flatterie. Mon intime conviction est que le fameux remède que vous préconisez, ne peut venir que de votre sagesse et de votre sainteté. Ayez pitié du pauvre pécheur que je suis et de mon fils, en vous installant chez nous. Faites le pour nous, mais aussi pour le bien de la religion chrétienne, puisque vous accomplissez déjà avec un grand succès votre mission d’évangélisation, dans cette immense contrée. Aussi, je vous souhaite beaucoup de réussite dans la séduction des musulmans et pourquoi pas, leur conversion au christianisme.

Le prêtre: - Mon pauvre Eliezer, je ne connais malheureusement pas de réussite pour un missionnaire chrétien, dans son travail d’évangélisation, parmi les musulmans. Le plus surprenant, c’est que malgré l’absence de prêcheurs musulmans ici, chez les Hindous, nous ne pouvons que constater, impuissants, l’affluence de ces derniers vers la religion musulmane et ce, en dépit du nombre incalculable de prêcheurs chrétiens sur le terrain, ajoutés à tous nos gestes prévenants envers la population, comme l’assistance médicale, la publication massive des livres saints dans la langue locale, la concordance de nos points de vue sur le principe de la trinité, des hypostases et de l’incarnation de la divinité, sans oublier que notre mission bénéficie de l’appui du pouvoir politique. Mais voilà où nous en sommes. Et comme si ce n’était pas suffisant, des échos de la même situation me parviennent également de l’Afrique, n’est-ce pas incroyable!

Eliezer: - Mais pourquoi? Quelles peuvent bien être les causes de cette situation? Y a-t-il un secret derrière tout cela?

Le prêtre: - S’il existe un secret et que nous ne le connaissons pas, mieux vaut continuer à l’ignorer.

Pendant ce temps, j’étais resté là, immobile, à écouter avec avidité, mon père et sa béatitude le prêtre, quand ce dernier me rappela:

- Reprenons la lecture Emmanuel, si tu le veux bien!